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ALTITUDE. TEMPÉRATURE. OXYGÈNE

Mètres. Degr. cent. CcQtigr.

Ces chiffres sont saisissants, et ils montrent de la façon la plus évidente que l'oxygène diminue à mesure qu'on s'élève, car si au bord de la mer, à la température de 0 degrés, il y a 30 centigrammes d'oxygène dans un litre d'air; a 4000 mètres, à la même température, il y en a près de moitié moins, c'est-àdire 18 centigrammes. C'est d'après ce fait que l'on peut comprendre les résultats annoncés par M. Jourdanet (1), sur l'influence que le séjour dans une cloche remplie d'air raréfié exerce sur les maladies.

l\° Électricité. — 11 y a dans l'atmosphère de l'électricité en quantité plus ou moins considérable, qui se produit d'une manière incessante dans les actes de la végétation, dans les décompositions chimiques du sol, dans l'inégalité de la température et les mouvements des diverses couches de l'atmosphère. Cette électricité est positive, appréciable à l'électroscope, tandis que celle du sol est négative. Elle traverse incessamment le corps de l'homme, comme elle ferait d'un conducteur métallique, pour se recomposer avec les courants négatifs de la terre, et cela sans que nous en ayons la conscience. L'électricité même qui se dégage au sein de nos tissus dans les opérations de la vie se mêle à celle du réservoir commun d'une manière tout aussi douce, sans déterminer de sensation appréciable.

Les impressions électriques sont inconscientes comme toutes les impressions organiques ; elles agissent évidemment sur le corps de l'homme, mais ou ignore complètement quelle est la nature de leur action, et l'on ne sait pas si elles peuvent être considérées comme une cause prédisposante morbifique générale. Elles ont un résultat immédiat sur le système nerveux et musculaire, dont l'action se trouve comme épuisée par elles. Ainsi les rhumatisants et les personnes exposées aux névralgies souffrent de leurs douleurs au moment des orages. La mort même a lieu quelquefois prématurément chez des personnes gravement malades et qui auraient encore pu vivre quelques jours.

8° Ozone. — Ce que l'on a dit de l'ozone (2), et de son influence sur le déve-

(1) Jourdanet, le Meœique el l'Amérique tropicale, climats, hygiène et maladies. Paris, 1864.

(2) Ce corps, entrevu par Van Marum en 1785, a été découvert en 18û0 par Schoenbein. L'ozone n'est que l'oxygène électrisé, c'est une forme particulière d'oxygène. C'est

encore là un exemple de ces changements que, sous l'empire de circonstances extérieures, les corps simples et les corps composés subissent dans leurs propriétés les plus essentielles. Les changements que l'électricité apporte ici à l'oxygène sont, en effet, comparables à ceux que les rayons solaires produisent dans le chlore, dont ils rendent les affmités beaucoup plus énergiques ; à ceux que la chaleur détermine dans le soufre, le phosphore, le carbone, dont ils modifient la couleur, la consistance, la solubilité, les affinités; el dans tant de composés, dans les oxydes métalliques, par exeiiple, qui éprouvent sous son influence des transformations isomôriques.

Ce qu'on produit dans un laboratoire sur l'oxygène, en l'électrisant, se produit spontanément dans l'atmosphère sillonnée par les orages, ou sous l'influence de la végétation.

-Une bande de papier amidonné renfermant une faible quantité d'iodure de potassium sort d'ozonomètre. Elle passe de la couleur blanche à une couleur bleuâtre d'autant plus foncée qu'il y a plus d'ozone dans l'atmosphère.

DES CAUSES DE MALADIE. •— LUMIÈRE. kl

loppement des fièvres intermittentes ou sur la gravité des épidémies de dysenterie, de grippe, de choléra, me paraît avoir été fait prématurément parE. Gaillard, Boeckel, Schoenbein, Scoutetten, etc. (1). Ainsi M. E. Gaillard a cru voir une relation entre la présence de l'ozone dans l'air atmosphérique et l'apparition des fièvres, tandis que M. Boeckel, au contraire, déclare que la malaria et les fièvres paludéennes coïncident avec le zéro de l'ozonomètre. D'une autre part, Schoenbein a fait connaître que l'ozone existait en quantité très-considérable à Berlin pendant une épidémie de grippe, et sous une constitution médicale disposant aux affections de poitrine, tandis que l'inverse avait été observé sous le règne d'une constitution gastrique. Le même observateur a signalé l'absence d'ozone pendant une épidémie de choléra, fait confirmé à Strasbourg par Boeckel, à Corbigny par Billiard, à Berne par Wolff, etc. Ce sont là des résultats importants à connaître et à vérifier; mais leur interprétation, encore impossible dans l'état actuel de la science, doit être ajournée à l'époque où de nouvelles et plus concluantes observations viendront jeter la lumière dans ce sujet difficile.

6" Viciation de l'air. — L'atmosphère qui n'est pas souvent renouvelée par de nouvelles et successives quantités d'air est très-malsaine pour ceux qui s'y trouvent, et l'impression qu'elle exerce sur l'économie est une cause prédisposante générale morbifique bien constatée. Que ce soit à ciel ouvert, comme dans les gorges si profondes des Alpes, dans les bas-fonds de l'Auvergne, au milieu des camps, ou en lieu clos, comme dans les hôpitaux ou les prisons, l'air non suffisamment renouvelé, rempli d'effluves, c'est-à-dire de gaz particuliers avec des débris microscopiques de végétaux et d'animaux ordinaires ou infusoires, de miasmes, tenant en suspension des bactéries et des monades, produit ici la fièvre intermittente simple ou pernicieuse, le gonflement de la rate, la cachexie palustre, ailleurs des scrofules, le goître, et, dans d'autres cas, le typhus ou la peste, etc.

§ 8. — KiUniière.

L'impression produite sur l'homme par la lumière est aussi nécessaire à son développement que la présence de l'air à l'hématose, et les résultats de la soustraction de cet agent sont tels, qu'ils prédisposent les enfants au développement du rachitisme (2). D'une manière générale, l'absence de lumière longtemps prolongée chez les prisonniers, les ouvriers mineurs, a pour effet l'affaiblissement des forces, l'appauvrissement du sang (perte de fibrine, d'albumine et de globules) et la prédisposition à l'anasarque, à l'hydropisie, aux hémorrhagies et à toutes les formes de la scrofule.

La privation absolue de lumière a une telle influence sur les organes, qu'il en est un parmi eux que cette absence d'excitation détruit absolument, c'est l'œil Cela n'a jamais été vu chez l'homme, dont les yeux, d'abord plus pénétrants dans l'obscurité, finissent par devenir graduellement très-irritables au point de ne pou-

(1) Scoutetten, l'Ozone, ou Recherches chimiques, méldorologiques, physiologiques et médicales sur l'oxygène élcclrisé. Paris, 1 85C.

(2) W. F. Edwards, De Vinfluo.nce des agents physiques sur la vie. Paris, 182Û.

voir plus supporter le jour. Au contraire, chez les poissons de certaines grottes de l'Amérique, qui vivent dans une ol)scurité complète, l'œil se détruit et est remplacé par un moignon opaque, comme si la fonction visuelle ne pouvant plus s'accomplir, l'organe était obligé de s'atrophier et de disparaître.

, § 3. — Saisons.

L'impression produite sur la vitalité et sur l'organisation par le changement et le retour des saisons dépend en grande partie des conditions atmosphériques que j'ai précédemmeut étudiées. — Permanente comme le temps de la saison, elle engendre chez l'homme les mêmes prédispositions morbifiques que les modifications de température, d'hygrométrie, de ventilation dont j'ai parlé ; mais, comme les maladies nées sous cette influence se trouvent, par le fait du changement de saison et d'impression saisonnière, dans des conditions différentes, il en résulte souvent pour elles un changement de nature, leur amélioration, et enfui leur guérison définitive. — Hippocrate, qui a consacré dans des pages immortelles (1) l'influence des impressions saisonnières, divise, sous ce rapport, l'année en deux parties : {'hivernale et V estivale, et il dit :

« L'arrivée de l'hiver guérit les maladies de l'été.

(' L'arrivée de l'été change les maladies de l'hiver. »

Chaque année, depuis des siècles, on voit l'exactitude de ces aphorismes vérifiée dans la pratique médicale de tous les pays. Est-ce que les fièvres intermittentes ne disparaissent pas l'hiver pour revenir à l'été ? Est-ce qu'en été les maladies catarrhales de la poitrine ne s'améliorent point ? Est-ce que la plupart des maladies épidémiques qui se montrent pendant l'été ne cessent pas durant l'hiver pour reparaître l'été suivant ? Et ainsi d'une foule d'autres maladies que je pourrais énumérer.

Indépendamment de toute hypothèse sur le mode d'action des saisons, et sans faire la critique d'Hippocrate sur ses idées au sujet de la prédominance d'une des quatre humeurs pour chaque saison de l'année ; sans croire avec Sydenliam que les maladies de chaque saison soient causées par des effluves terrestres, je me contenterai d'établir que les impressions saisonnières modifient à la fois la nature et les symptômes des maladies. Je m'appuierai pour cela sur les données de l'observation.

En hiver, quelles sont les maladies prédominantes ? Ce sont les irritations des membranes muqueuses et les affections catarrhales ; le nez coule, les yeux pleurent ; chacun tousse ; il y a beaucoup de flux muqueux sans trop de réaction, et beaucoup plus de bronchites que de pneumonies. Il y a des diarrhées indolentes et peu de dysenteries. C'est enfin cet ensemble de symptômes qu'Hip|)ocraie rapportait à une prédominance de la pituite, et que nous caractérisons sous le nom d'affections catarrhales.

Au printemps, les maladies changent de nature, et les angines, les croups,

(1) Hippocrate, Des épidémies, troisième livre (OEuvres complètes, trad. Lillréj Paris, 18/11, t. III).

les furoncles, le rhumatisme et les pneumonies, viennent remplacer les maladies catarrhales — Les symptômes aigus prédominent dans toutes les maladies qui i-èvètent en -énéral la forme inflanmiatoire. Il y a beaucoup de lièvres ayant ce caractère. Chez les sujets en bonne santé, une sorte d'état pléthorique peut être constaté et c'est alors qu'on observe les hémorrhagics nasales, les fièvres éphémères suivies ou non d'hémorrhagie, et guéries par une saignée ou par les seuls efforts de la nature.

Dans l'été, des maladies spéciales, sinon chez nous, dans notre climat, mais au moins dans l'es pavs chauds, se développent en grand nombre. — On y observe principalement les iuQammations et les suppurations du foie. La sécrétion de la bile y est plus considérable qu'en hiver; ses éléments, primitivement formés dans le sang, y restent peut-être, sans être séparés par le foie, et il en résulte ce caractère' bilieux des maladies et des fièvres endémiques dans ces malheureux pays. Il y a en môme temps des pyrexies, des maladies des voies digestiveg, des ophthalmies, etc.

L'automne s'annonce par le retour des inflammations catarrhales des muqueuses observées dans les hivers doux et humides, affections qui deviennent aiguës lorsque l'hiver est froid et sec; par les fièvres intermittentes, l'asthme, et la rapidité des phthisies.

On peut se demander, à l'exemple des anciens qui ont suivi Hippocrate dans cette étude de l'influence des saisons, si les résultats que je viens d'indiquer ont quelque chose de spécial, particulier à la saison, ou si, au contraire, ils ne sont pas la conséquence pure et simple des conditions atmosphériques régnantes. Il est impossible de résoudre cette question, et, tout en croyant pour ma part à une très-grande intervention de l'état de l'atmosphère dans la production des maladies saisonnières, je pense que cela ne suffit pas entièrement pour expliquer la fréquence moyenne ou extrême d'une ou plusieurs maladies à un moment donné, leur gravité et la différence de traitement qu'elles réclament. C'est là un desideratum de la science sur lequel je reviendrai avec plus de détails à propos des constitutions médicales.

§4. — Impressions clImatCriqucs.

Hippocrate (1) nous a le premier montré toute rinduence des impressions climatériques sur le développement physique et moral de l'homme, et sur le maintien de sa santé. Il faut lui rendre justice à cet égard; celte influence, qu'il a exagérée, est très-réelle, et sa manière de voir, complètement partagée par Aristote et Platon, a reçu de nos jours la haute sanction de Montesquieu et de Cabanis (2). Pour Hippocrate, dans les climats tempérés, les hommes ont

(1) Hippocrate, De Vair, des eaux et des lieux [OEuvres vomplètos, trad. par Littr6, Paris, 1840, t. II).

(2) Cabanis, Rapports du physique et du moral do Vhomme, 8" édition pnr Peisse. Paris, 1844.

liU PATHOLOGIE GÉNÉRALE.

des mœurs douces et faciles, peut-être manquent-ils de constance dans le travail ; facilement abattus par la fatigue, ils n'ont pas de courage moral et ont un grand attrait pour le plaisir. Supposant ensuite un pays montueux, inégal, élevé, avec des saisons variables, il en déduit pour les habitants un grand courage, l'ardeur au travail, l'opiniâtreté, la résistance à la fatigue et l'aptitude aux grandes entreprises. Dans les pays enfoncés, plats, exposés aux vents chauds, avec des saisons peu variables, on trouve des habitants sans courage, mous, indolents, faciles à décourager dans leurs entreprises, et incapables de s'élever à de grandes destinées. Il accorde aux peuples des pays nus et froids l'indomptabilité des mœurs, la fermeté de résolution^ la sagacité, l'inlelligence, et le sentiment de la dignité humaine, qui les pousse vers la liberté. C'est à ce propos qu'il cherche à établir l'influence des climats sur les institutions politiques des peuples et la forme des gouvernements^ pensant, avec une grande apparence de raison, qu'un climat chaud, qui énerve les hommes, y favorise l'installation du gouvernement absolu.

Les impressions climatériques sont en partie produites par l'impression de l'atmosphère et en partie par l'action du sol, de l'eau, et de l'ensemble des conditions extérieures où se trouve l'homme. Ces impressions continues et prolongées sont différentes dans leurs résultats, suivant le climat où on les subit. Elles ont quelque chose de tout spécial dans les climats chauds, dans les climats froids et dans les climats tempérés.

L'impression climatérique chaude s'exerce sur l'homme qui habite la zone terrestre comprise entre les 30''^ degrés de latitude australe et boréale. Elle modifie les principales fonctions, et en particulier celle des poumons et de la peau. Elle diminue l'énergie d'action de l'appareil respiratoire et affaiblit la production de la chaleur animale : l'acide carbonique est exhalé en moindre proportion que de coutume, et le carbone fourni par les aliments respiratoires pour être brûlé dans le poumon, ne l'étant plus qu'en partie, est éliminé par un autre appareil, le foie, dont l'activité fonctionnelle, considérablement augmentée, s'annonce par l'abondance de la sécrétion biliaire. La sécrétion spermatique et la perspiration cutanée sont également considérables. Toutes les fonctions de la vie organique languissent, et peu à peu se prononcent les caractères du tempérament bilioso-lymphatique. La peau décolorée offre une teinte spéciale, les cheveux sont châtains et la barbe mal fournie. La circulation est plus active; de là une tendance, chez les nouveaux venus, aux hémorrhagies et principalement aux épistaxis. Les fonctions digestives sont lentes, et la salive, le suc pancréatique, les liquides intestinaux, les matières stercorales et les urines, sont notablement diminués dans leur quantité, à cause de l'abondance de la transpiration. Les forces musculaires sont faciles à épuiser. L'ardeur génitale, en rapport avec la vivacité de l'imagination, éprouve le besoin de satisfactions fréquentes. Enfin, une sensibilité exagérée, mobile des passions morales les plus vives et de l'exaltation des sentiments poussée à l'extrême, annonce la très-grande excitabilité du système nerveux.

Si les climats chauds modifient à ce point les fonctions de l'organisme.

quelle influence ne doivent-ils pas avoir comme cause prédisposanlc générale

morbifiquc! ,\. ,

Les habitants de ces pays sont prédisposés à un grand nombre de maladies de la peau, lichen, lèpre, éléphanliasis des Arabes; aux formes les plus redoutables de la syphilis; aux inflammations et aux abcès du foie; aux alfections nerveuses telles que le tétanos; aux entérocolites et à des dyssentcries cruelles; à l'hématurie; aux affections cérébrales aiguës; aux fièvres intermittentes simples et pernicieuses; à la peste, au choléra, à la fièvre jaune, etc.

L'impression des climats froids s'exerce sur les habitants du globe depuis le 50» ou 55' degré de latitude jusqu'au pôle. Les températures moyennes sont, d'après M. Fuster, entre 65° et 75*^ de latitude : au printemps, — 16°; en automne, — 12°; en hiver, — 30°; en été, — 2°. Sous l'influence de cette impression climatérique, les principales fonctions subissent des modifications importantes. L'exhalation cutanée est presque nulle, et l'activité du foie et de la sécrétion biliaire peu considérable, faits opposés à ceux que l'on observe dans les pays chauds. Les fonctions de l'appareil respiratoire ont une activité considérable, destinée à la production d'une grande quantité de chaleur animale nécessaire à contre-balancer la température ambiante et entretenue par la combustion d une notable quantité de carbone par l'oxygène de l'air dans les poumons. La nutrition est très-active et le sang très-riche en globules. La digestion est active et rapide. C'est elle qui introduit dans le sang la quantité de principes carbonés destinés à être détruits par la combustion pulmonaire, et elle trouve aisément à choisir entre la viande, les huiles animales, les fromages, les boissons fermentées, qui font la base de la nourriture des peuples du Nord. L'urine est abondante, fortement animaUsée, et remplace l'exhalation cutanée, qui ne se fait plus.

Les hommes du Nord sont, en général, sanguins, forts, robustes; ils supportent bien la fatigue corporelle, d'autant mieux peut-être que leur système musculaire est très-développé. Ils sont énergiques et font beaucoup d'exercice, de manière à augmenter leur chaleur animale par un redoublement d'activité de l'appareil pulmonaire.

L'impression de ces climats froids est une cause prédisposante incontestable des phlegmasies franches et catarrhales. Elle favorise le développement des bronchites, des angines, des pneumonies, des rhumatismes articulaires aigus et chroniques. Elle prédispose à certaines formes de blépharitc, aux gerçures de la peau sur les mains et sur les pieds, aux congélations des extrémités, au scorbut, aux affections vermineuses, au rachitisme, à toutes les formes de la scrofule et à la phthisie pulmonaire.

Les impressions du climat tempéré s'exercent sur les habitants du globe qui vivent entre le 35= et le 55Megré de latitude australe et boréale. Elles sont différentes comme les saisons et nombreuses comme les vicissitudes de l'atmosphère. Sans produire sur les organes et sur les différents appareils une modificalion aussi profonde que les impressions climatériques chaudes et froides, elles engendrent une disposition qui est comme l'intermédiaire cturc les dispositions

organiques extrêmes. L'iionime des pays tempérés, dans une latitude voisine des pays cliauds, a une coiislilution, une santé et des habitudes qui rappellent la santé et la constitution de l'habitant des tropiques. Au contraire, en s'approchant des climats froids, l'homme ressemble par degrés à l'habitant de ces pays, par les mœurs, le tempérament et les aptitudes morbides.

Ce qu'il y a de spécial aux climats tempérés, c'est le renouvellement des quatre saisons, qui constituent deux époques extrêmes, l'hiver et l'été, éiwques dans lesquelles l'action de la vie et des appareils organiques change et se modifie de manière h s'adapter à la température moyenne de l'atmosphère. En été, leur action ressemble à celle qu'on observe sur l'habitant des climats chauds, tandis qu'en hiver, elle est pendant quelque temps semblable à celle de l'habitant des pays froids. Deux fois par an, d'une manière progressive, dans la saison intermédiaire, l'ensemble des fonctions change de type, et les impressions saisonnières qui en sont la cause s'accomplissent sans que nous en ayons la conscience et sans que nous puissions en juger autrement que par les effets pathogéniques.

Dans les climats tempérés, l'impression climatérique est donc variable, et il est difficile de déterminer son influence prédisposante générale morbiûque autrement que par l'influence des saisons et par celle du voisinage avec les pays froids ou avec les pays chauds (1).

§ 5. — IniprcssionK produites par les localités.

Convaincu de l'action des localités sur l'homme, Hippocrate (2) établit que, sans avoir jamais séjourné dans une ville, on peut, d'après son exposition aux vents, au lever et au coucher du soleil, les qualités du sol, nu ou boisé, sec ou aride, bas ou élevé, les qualités des eaux, avoir des données générales sur la santé et la constitution des habitants de cette ville. Cela est vrai, et, si l'on restreint les assertions d'Hippocrate aux lieux où il vivait, ii est évident qu'il a raison.

L'influence exercée sur l'homme par les locahtés dépend de l'action combinée d'un certain nombre des circonstances atmosphériques saisonnières, climatériques, dont j'ai parlé, jointes à des influences particulières ou géologiques spéciales. Quand cette influence est permanente, il en résulte ce qu'on appelle des endémies (voyez ce mot). En certains endroits, le sol marécageux, ou couvert d'étangs, jette dans l'atmosphère des émanations végétales ou effluves remplis de débris de végétaux et d'animaux iufusoires, qui ont pour eiïet de disposer l'organisme au développement des fièvres intermittentes simples et pernicieuses.— Ailleurs régnent les conditions propres au développement de la pellagre, en Lombardiect dans les Landes; de l'hématurie dans l'île de France, de

(1) Voyez Jules Rochard, Nouveau Dict. dctncd. et de chir. pratiques, article Climat. Paris, 1868, t. VIll.

(2) llippocrale, Des airy, des eaux et des lieua' {OEuvies, trad. LiUré, Paris, 4 850, t. Il, p. 12).

la fièvre jaune h la Vera-Cruz, h la Nouvelle-Orléans, au Brésil, etc. , ou des maladies du foie en Algérie et dans les Indes ; — sur les côtes de la Méditerranée, les vents de l'été ou de l'hiver, le siroco et le mistral, amènent avec eux leurs maladies particulières. — Le goitre se développe dans les pays dont le sol magnésien jette une partie de ses éléments dans les eaux de puits servant à la boisson, ce que l'on observe dans le Valais et en Savoie. — Le choléra lui-même, endémique sur les bords du Gange, suit le cours des eaux, décime les habitants des terrains d'alluvion, et ne frappe jamais sur les populations établies sur les terrains anciens. C'est ainsi que Lyon, Versailles et bien d'autres endroits encore ont joui de l'immunité la plus complète dans les trois graves épidémies qui ont ravagé la France dans le cours des vingt dernières années.

Dans notre climat, les lieux secs et élevés au-dessus du niveau de la mer prédisposent aux maladies aiguës, franchement inflammatoires ; tandis que les lieux bas et humides disposent, au contraire, au développement des maladies catarrhales et des affections chroniques, de manière à rappeler l'influence morbifiquc des saisons et des climats dans lesquels on observe constamment ces conditions extérieures. C'est là chose facile à constater dans les villes placées sur les rivières et qui ont une partie haute bien aérée et une partie basse froide, sombre et humide. Il en est de même des villes coupées de manière à faire des expositions au nord, au sud, à l'est, à l'ouest, et dans lesquelles les maladies prennent les caractères que leur impriment les directions constantes des vents. Si ce fait avait besoin d'une démonstration autre que celle de l'expérience, il suffirait de rappeler l'influence de l'exposition sur la conservation et la dégradation des murailles et des façades de nos monuments publics ; noires et intactes du côté nord, elles sont au contraire blanches, corrodées et couvertes d'excavations nombreuses vers le sud, là oii le soleil et le vent détruisent et dissocient la pierre. Si la matière brute subit à ce point l'influence de l'exposition atmosphérique, que n'en doit-il pas être chez l'homme, dont la résistance est infiniment moindre.

L'impression de l'air des villes n'a pas la même influence sur la santé et le développement des maladies que l'air des campagnes. C'est là un fait qui n'est plus contesté par personne, elles expériences de M. Boussingault, sur la quantité énorme d'ammoniaque, 5 milligrammes, renfermée dans un litre de la pluie des villes, contre 1 milligramme par litre dans la pluie des campagnes, montrent bien la différence des atmosphères, et font comprendre la différence de leur action sur l'organisme. D'après M. Boussingault, sous le rapport des émanations, « Paris n'est qu'un amas de fumier d'une étendue considérable. » Plus d'un écrivain en a dit autant au pointde vue moral, et à toutes ces malédictions Paris ne répond rien; pins fort que tous ses ennemis rassemblés, il se contente de les attirer pour les engloutir. Dans les villes, les maladies nerveuses, la scrofule les fièvres éruptives et typhoïdes, la i)hthisie pulmonaire, sont les maladies les plus héqucntes. Dans les ciunpagnes, au contraire, ce sont les maladies aiguës, inflammatou-es, la dyse.Ucrie, les lièvres intermittentes, et cependant plus d'un citadin valétudinaire y vient chercher avec le repos l'air pur qui doit lui rendre la santé.

'iS PATHOLOGIE GÉNÉRALE.

Dans les villes, que de différences encore, pour les impressions morbifiques prédisposantes, dans les différents quartiers, dans le voisinage des hôpitaux et dans les hôpitaux; dans les casernes, dans les prisons, dans les pensions et les collèges! J'ai vu le choléra de 1833, entièrement éteint à Paris, renaître au mois de février, en 183Zi, à la Charité, y séjourner pendant un mois, en sortir et gagner les maisons voisines, s'étendre dans tout le dixième arrondissement, gagner l'hôpital des Cliniques, l'Hôtel-Dieu, ravager ainsi violemment toute la rive gauche de la Seine, longtemps avant d'aller sur la rive droite, où il n'a fait que de faibles ravages. J'ai vu dans les pensionnats mourir de lièvres éruptives des enfants qui eussent vécu chez eux, s'ils fussent restés au sein de leur famille, ou du moins qui eussent échappé à cette cause de mort. Il en est ainsi d'une foule de maladies que les localités font naître, et auxquelles on échapperait par la fuite et par le séjour en d'autres heux.

§ O. — Accliinateiiicnt.

Le changement de localité, par son impression sur l'organisme, est souvent une cause prédisposante morbifique. Le déplacement vers des pays chauds ou froids et dans les contrées ou régnent des épidémies engendre les maladies de ces contrées; ici les maladies du foie, là les maladies de poitrine, ailleurs la fièvre jaune, la fièvre pernicieuse, etc. Tant que l'homme qui émigré des pays chauds vers les climats froids, ou réciproquement d'un climat froid dans un cUmat chaud, ou enfin d'un pays tempéré dans l'un ou l'autre de ces climats extrêmes, n'est pas acclimaté, sa vie court les plus grands périls. L'impression de cette température nouvelle, jointe aux autres circonstances de son déplacement, le prédispose au très-grand nombre de maladies indiquées précédemment dans le chapitre que j'ai consacré à l'inQuence des impressions chmatériques.

Non-seulement les déplacements de l'homme de son pays natal dans un climat différent lui sont préjudiciables; mais, dans le même pays, sous le même ciel, le changement de localité est une prédisposition morbifique. Tous les médecins savent, par exemple, que la fièvre typhoïde est très-fréquente chez les nouveaux arrivés à Paris. Les trois quarts de ceux qui en sont affectés sont dans cette condition, et je suis persuadé que pour l'autre quart la contagion n'est pas étrangère h son développement. Si la fièvre typhoïde a été épidémiquc à Paris depuis quatre ans, et a frappé sur tant d'indigènes, c'est qu'elle a pris naissance d'abord sur l'immense population mobile d'ouvriers et de curieux attirés dans la capitale par les monuments qui s'y trouvent et par les immenses travaux de bâtiment qui se font partout.

Si les impressions qui résultent du changement de localité et de climat constituent la prédisposition morbifique générale la plus grave de l'homme, ce n'est pas à dire qu'elles doivent être inévitablement suivies de troubles dans la santé. L'organisme peut s'habituer à ces impressions différentes de celles du pays natal: connue individu, il peut s'acclimater dans le pays nouveau vers lequel .son intérêt ou son plaisir le pousse, à la condition de suivre certaines règles cousa-

D£S CAUSIiS DE MALADIlî. — AGE 49

crées par l'observation antérieure; mais il est douteux que sa race puisse en faire autant. Ces règles, déduites des principes généraux de la médecine, constituent le code de l'acclimatement écrit dans tous les livres d'hygiène (1).

§ 9. — SiniircssiouiM iiiornic.x.

Les impressions morales ont à la fois une influence prédisposante morbifique générale et une inlluence prédisposante individuelle. Comme influence générale, rien n'est mieux établi que le trouble intime qui résulte chez l'homme des impressions morales tristes, dont l'action est si dépressive. Se consumer d'envie, de jalousie et de rage, se dévorer d'ambition, ne sont pas des expressions métaphoriques banales, elles indiquent un fait bien réel, qui est l'espèce d'état fébrile ou d'agitation nerveuse à laquelle sont en proie certaines natures devenues le jouet de leurs mauvaises passions. Le chagrin, la douleur, qui détruisent l'appétit, suspendent les sécrétions gastriques nécessaires à la digestion, et empèclieni. tout sommeil; la nostalgie des exilés et des troupes abattues par la défaite; le fanatisme rchgieux ou polititiuc, ont des eflets analogues, sinon semblables. La vie languit, le sang se détériore, les organes se troublent à leur tour, et il en résulte un état d'anémie, d'échauflement, dont il serait difficile de préciser la nature et qui est une prédisposition manifeste au développement des maladies. Ici ce sont des gastralgies avec constipation ou diarrhée, là du scorbut, ailleurs la dysenterie, le typhus et ses conséquences; en certains heux, l'hystérie, l'hypochondrie et l'aliénation mentale. Je reviendrai sur cette étiologie cji parlant des causes déterminantes spéciales (2).

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