‹ Nouveaux éléments de pathologie générale et de séméiologieChapitre 18 sur 439 · ARTICLE II CAUSES PRÉDISPOSANTES INDIVIDUELLES · texte numérisé non relu

ARTICLE II CAUSES PRÉDISPOSANTES INDIVIDUELLES

Les causes précUsposantes individuelles morbifiques sont celles qui exercen leur mfluence par l'intermédiaire d'une disposition générale propre à un individu. Ce n'est pas la maladie, mais c'est l'opportunité kxor^hle à son apparition et a son développement. Ainsi l'âge, le sexe, le tempérament d'une personne sa race et ses antécédents d'hérédité, sa profession, sa manière de se nourrir' villi, , T; ^"'^""«'«"«^es individuelles qui modiOent h

vitahie de I homme et constituent des causes prédisposantes de la maladie.

§ I'''. ~ Age.

les âges sont les différentes périodes de la vie déterminées par les chwar ments mtmies de la substance du corps à l'époque de son / ^ ^ et de son déchu. Une telle influence ^..siolo " 3::it~r

t. I, arlide.AccLiMATi.;MiiNï,p. 18;{. onvurgio pratiques. Paris, 186^,

(2) Vuycz un peu plus loin : IsiPUESblONS MOUAl.ES. B, — PAïllOL. GÉN.

50 ' l'ATllOLOGlE. GÉNÉRALli.

produire après elle luu! disposition pathogénique différente. L'iniluence des âges sur la nature, sur le développement, la inarche et la terminaison de certaines maladies, est maintenant dc la plus haute évidence. Elle a pour elle l'autorité d'Ilippocratc (1), dc Gelsc (2), de Pline (3), de Slahl (/i), de Frédéric Hoffmann (5), de Piiiel (6), de Rogery (7), dc Gendrin (8), etc. Rien n'est mieux établi que celte inllucnce, dont je vais exposer les résultats.

1° Enfance. — Chez les enfants, dont la circulation est très-active et la peau Uès-vasculaire, la plasticité prédomine et les tissus sont dans un état d'accroissement très-rapide. L'appareil lymphatique, glandulaire et vasculaire, fonctionne avec la plus grande énergie, et le système nerveux, très-impressionnable, traduit son excitabilité au dehors par la vivacité des mouvements, l'excès de sensibilité et le développement de la raison. A cette période, les sympathies sont très-vives et la réaction fébrile des maladies aiguës très-considérable, hors de proportion avec la nature et l'étendue des lésions organiques.

L'influence de l'enfance et de la jeunesse sur le développement de certaines maladies spéciales se révèle à chaque instant.

L'hydrocéphalie, l'hydrorachis, l'asphyxie, l'ictère, le sclérème, les entérohémorrhagies, l'apoplexie méningée, la desquamation épidcrmique, la diarrhée, les vomissements, la pneumonie lobulaire, le croup, la stomatite ulcéreuse, la gangrène de la bouche, l'incontinence d'urine, la coqueluche, l'éclampsie, le phréno-glottisme, la chorée, la méningite granuleuse, les fièvres éruptives, sont des maladies de la seconde enfance et qu'on observe très- rarement aux autres périodes de la vie. Il en est quelques-unes même, telles que la gangrené de la bouche, le phréno-glottisme, etc., qui sont des maladies exclusives de l'en-

00 Age adulte.— Loruqm les organes ont acquis tout leur développement et accomplissent leurs fonctions dans la plénitude de leur puissance, l'activité organique prédominante semble avoir la poitrine pour siège; les fonctions vasculaires Ivuiphatiques s'amoiildrisselit, dominées par la circulation sanguine, elles maladies se présentent alors avec des caractères pléthoriques plus constants que dans l'enfance. La réaction fébrile est en rapport avec la cause morbifique, cl les symptômes se rattachent régulièrement aux lésions somatiques.

C'est à cet âge qu'on observe principalement les hématuries, les hémorrhoides,

(1) Hippocrate, Aphorime,, S» .eclion. 2!i, 25, 2G, 27, 28, 29, 30, 31. {Œuvres, irad. Liltré. Paris, 184A,t. IV, p. Û97.) . .00/ v 11 t

(2) Cclse, De lamédecine, trad. ea français, par Fouquicr. Pans, 1824, liv. 11, cap. 1.

(3) Pline, Hisl. nat., liv. XXVIII.

(â) Stalil, Disserialio dc morborum mtalum fundamenlis. Halle, 1698.

(5) FreJ. UolTmann, Dcœlalis mulatione, morbonm causa et remedio.

(6) Pinel, De la constitution sénile et dc son inllucnce sûr les maladies.

n] ^oeery. Des maladiés des âges. n • jcAn

(8) Gendrin, De l'influence des dges Sur les maladies, Ihèse de concours. Pans < 840.

(9) Bouchut, Trailédes maladies des nouvcau-ncs, des enfants à la mamem et seconde enfance, S» édition. Paris, 1867.

la laryngite clnonique, la pneumonie franche ou fibriaeiise, le phlegmon iliaque, la maladie de Bright, les nosorganies cancéreuses, épithéliales, fibro-plastiques, chondroïdes, adipeuses, etc., le rhumalisnie, la goutte, la chlorose, les anévrysmes, etc.

3» F«'e<//esse. — Chez le vieillard, l'activité de l'appareil Vasculaire diminue, les capillaires superficiels cessent de recevoir le sang, les sécrétions sont moins actives, et la peau se durcit, se ride et se dessèche; la vue et l'ouïe s'affaiblissent; les perceptions sont moins vives, les mouvertients plus embarrassés; l'appareil digestif et le foie s'atrophient; les poumons s'altèrent par suite de l'agrandissement et de la diminution du nombre de leurs cellules, ce qui entraîne l'affaissement et le rétrécissement du thorax (1); tous les tissus fibreux s'ossiûeut, et les fonctions s'accomplissent avec une lenteur qui devient chaque jour plus grande; alors la réaction fébrile est faible et les symptômes sont en désaccord avec la gravité des lésions. Les maladies les plus sérieuses ont quelquefois des symptômes incertains, les sympathies entre les organes sont bien faibles, et plus d'une fois on a vu, dans les hospices des vieillards, des individus atteints de pneumonie sortir de se promener dans les jardins sans paraître se douter de l'existence d'une maladie prochainement moi telle. Une fois même on a vu un vieillard, qu'on ne croyait pas malade, tomber mort dans une cour et offrir à la nécropsie une hépatisatiou grise des deux poumons (2).

Alors on observe principalement les hémorrhagies intestinales passives, l'hémorrhagie cérébrale par suite d'une altération des artères qui détermine la rupture vasculane, le ramollissement sénile ou gangrène sénile du cerveau, la diarrhée hentenque, I œdème des membres inférieurs, les calculs urinaires, le catarrhe de vessie, les ma adies de la prostate, les érythèmes et eczémas, le catarrhe et lrZc£r r 7"'"''' 1'' ^'•«"•^I^«-P'^«"™onies aiguës et chroniques, la

s n lo ' '"'^''^ ^«"r, la cachexie

sénile, la gangrené spontanée des jambes, etc

la virittr"' ''''' ^" ^"'P^ ^'^^••«•"•^^ périodes de

la vie, est une prédisposition morbifique certaine, mais il peut être réciproque-

y anZ ''"T" r^^"'"" développement de quelques maladies. All l

de la Vie salis^ rC;^ ^S^la^^ ^^^^^^^ ^ "vr. XX.V, pl. V, texte 2. ^"«'°«'<' Valkologiquc du corps humain,

52 PATHOLOGIE GÉlNÉlîALE.

L'iiidueiicc des âges s'exerce à la fois sur le développement des maladies, sur leur marche, sur leur terminaison et sur le traitement qu'elles réclament. Cela est facile à comprendre, et il n'y a rien de surprenant à ce que b condition organique de l'âge, susceptible d'engendrer une maladie, soit assez forte pour en déterminer la nature, et par conséquent la marche ainsi que la terminaison. Ces différents phénomènes sont en quelque sorte la conséquence des premiers.

L'état du corps aux âges a pour résultat de retenir h l'état latent le germe d'une foule de maladies transmises par l'impression générative. C'est ainsi que les maladies héréditaires, telles que la phthisie, la nosorganic cancéreuse, la goutte, la folie, l'épilepsie, etc., ne se développent que dix, vingi, trente et quarante ans après la naissance, c'est-à-dire dans la seconde enfance, à l'âge adulte, et jusque dans la vieillesse.

Si l'on étudie avec soin l'influence des âges sur la forme, la marche et la terminaison des maladies, on observe des phénomènes particuliers qui établissent très-nettement qu'une maladie n'est jamais absolument pareille à elle-même, et que, différente selon les âges, elle constitue alors des états morbides différents confondus sous une même dénomination. Ainsi les symptômes locaux et généraux des phlegmasies utérines ont une bien plus grande importance dans toute la jeunesse qu'aux autres époques de la vie. Les phlegmasies des voies digestives sont bien plus graves chez les enfants et les jeunes gens, dont le corps est en voie d'accroissement, que chez les vieillards, où le mouvement nutritif est considérablement ralenti. Les phlegmasies aiguës de l'enfance commencent très-souvent par des convulsions initiales, qui n'existent jamais chez l'atlulte ou chez le vieillard dans les mêmes maladies. Les phlegmasies du larynx ont, chez l'enfant, une forme suffocante, due à l'étroitesse des voies aériennes, et qu'on n'obsei^e pas chez l'adulte. Les phlegmasies bronchiques et pulmonaires ont, parmi leurs symptômes, chez l'homme adulte, une expectoration que les petits enfants n'ont jamais. Les moindres phlegmasies ont, dans le jeune âge, une réaction fébrile d'une intensité remarquable, que, dans le même état morbide, on rechercherait en vain chez les adultes et chez les vieillards. Dans les maladies de la vieillesse, les symptômes fébriles sont généralement faibles, et il y a une tendance à l'accablement, au coUapsus et à l'asthénie, qui n'existe pas dans les autres périodes de l'existence.

L'hifluence des âges sur la marche et sur la durée des maladies n'est pas moms grande que leur influence sur la forme extérieure. - Les maladies aiguës sont plus fréquentes chez les enfants que les maladies chroniques; elles ont une acuilc plus forte et elles marchent plus rapidement vers une terminaison heureuse ou funesie. — H en est de même de leurs maladies chroniques, à cause de l'élément aigu qui s'y trouve mêlé. — Les maladies de la peau, si communes chez les enfants, cessent un moment, reviennent un peu plus tard, et ne disparaissent entièrement qu'aux approches de la puberté. Les scrofnlides cutanées ou glandulaires guérissent aussi à cette époque, mais les scrofulidcs viscérales et osseuses persistent après cette révolution organi(iue. — Chez les vieillards, toutes les maladies prennent fréquemment une marche chronique. Leur développement est

DES CAUStS DE MALADIL. — AGE. 53

insidieux, leur évolution lente, difficile, et le retour à la santé se fait longtemps attendre.

L'âge enfin amène souvent la guérison d'un grand nombre de maladies, par suite des lévolulions organiques et des métamorphoses qu'il opère dans le corps de l'homme. Comme il avait engendré la prédisposition à leur développement, par la préparation favorable des tissus, il leur enlève toute racine par la modification du support, et il les éteint en quelque sorte par voie d'épuisement. C'est ainsi que la puberté fait cesser un grand nombre de susceptibilités morbides et presque toutes les maladies aiguës ou chroniques de l'enfance. — Il en est de même des autres périodes de la vie, où, comme le dit Ch. Dumas (1), les changements naturels des âges procurent la solution de maladies qui appartiennent à l'âge précédent. Ne voit-on pas l'époque de la ménopause modifier la vitalité de l'utérus et rendre impossibles ou du moins très-rares les phlegmasies utérines ? N'est-ce pas encore aux modifications organiques de la vieillesse qu'il appartient de dissiper les chloroses, les migraines et les névralgies de toute sorte qu'on observe dans l'enfance et chez l'adulte?

Il ne faudrait pas toutefois généraliser l'influence de la succession et de la transition des âges de manière à lui attribuer la guérison de toutes les maladies, car cette influence est souvent peu marquée. — Dans beaucoup de cas, la maladie persiste à l'état chronique dans l'âge suivant et quelquefois pendant toute la vie. Elle est seulement modifiée dans son apparence ; elle disparaît un instant pour revenir un peu plus tard, ou elle cesse et reparaît sous une autre forme, sa nature restant la môme. — Ainsi les gourmes et les ophthalmies de l'enfance disparaissent à la puberté pour faire place à la disposition aux diarrhées, aux bronchites, suivies un peu plus tard de la tuberculisation pulmonaire.

La gravelle de l'adulte est quelquefois remplacée dans la virihté parla goutte, et dans la vieillesse par l'apoplexie cérébrale.

L'influence des âges fait naître successivement plusieurs transformations morbides qui agissent l'une à l'égard de l'autre comme mode de ternn-naison des maladies de l'âge précédent. Ainsi, d'après M. Gendrin (2), et c'est là un fait nnportant dans l'histoire des maladies chroniques, un sujet a eu, dans son enfance, des eczémas du cuir chevelu ; il a à la puberté des migraines, remplacées dans l'âge mur par des hémorrhoïdes ; à l'âge de retour, ses hémorrhoïdes cessent d être fluentes, et il survient des douleurs rhumatismales remplacées dans a vieillesse par un eczéma sur la cuisse, etc. C'est un même état morbide dont les accidents sont régularisés dans leur évolution successive, dans leur durée et dans eur disparition, par l'influence des %s. <• De même, ajoute M. Gendrin qu a la succession physiologique des âges se rattachent le développement, l'étal t e déchu de certains organes, de certaines fonctions, de coniltions physiolog.ques particulières de tout l'organisme ; de même il faut y rapporter le déve-

p. 19o'"'""' 2c édition. Paris, 1824, t. II,

(2) Gendrin., De Vinilucnccda Ages sur les malades. Paris, d840, p. 106.

5k PATHOLOGIE GfiNfiRALF,.

loppement, l'état et le déclin de maladies déterminées, et d'élals morbides composés de plusieurs actes pathologiques, tantôt de même nature et différant seulement par leur siège et leur intensité, tantôt de nature différente et n'ayant de commun que leur connexion réciproque et leur dépendance de l'influence des âges. »

En résumé, les âges, par la vitalité spéciale et par les modifications spéciales qu'ils impriment à l'organisation, ont des rapports essentiels avec la production de maladies déterminées, et ils règlent d'avance leur évolution, leur marche, leur durée, leurs terminaisons, et même jusqu'à leur traitement. Ils ne déterminent pas les maladies, mais ils constituent la prédisposition fatale de leur développement. Ce sont des causes déterminantes spéciales qui achèvent ce que le travail physiologique des âges a préparé.

§ «. — Sexe.

L'influence sexuelle sur le développement des maladies a été très à tort considérée par un certain nombre de médecins, et même par Chomel (1), comme fort douteuse. Ne pouvant la nier complètement, chacun l'attribue à la manière de vivre différente de l'homme et de la femme plutôt qu'à une constitution vitale et organique particulière.

Cette influence se révèle à chaque instant par l'observation comparative des maladies de l'homme, de la femme, et même de la jeune fdle, par la présence de maladies spéciales à chaque sexe, indépendamment de celles qui ont les organes génitaux pour siège, par la durée et les complications différentes de ces maladies, par leur gravité et la mortalité qui en résulte (2), enfin par le traitement qu'elles réclament. Ce n'est pas sans raison qu'Hippocrate (3) avertit de ne pas soigner les maladies des femmes comme celles des hommes, afin d'éviter les méprises et les graves accidents qui en résultent. L'expérience a prononcé en sa faveqr.

Tout, dans l'organisation humaine et dans la séparation des sexes, nous montre le résultat de forces préconçues et préexistantes qui opèrent à longue échéance, aux dépens et à l'aide de la vitalité des êtres, le développement et la disparition de certains organes et de fonctions nouvelles ou différentes. La séparation des sexes et leur répartition presque égale n'est pas plus un hasard de la loi des races qu'elle n'est un caprice de la matière organique. Elle est la conséquence d'une vitalité particulière, d'une organisation spéciale, qui fait la vie et la susceptibilité morbide de la femme différente de celle de l'homme. En veut-on la preuve? Voyez la différence extérieure, indépendamment de la présence des organes génitaux ! Voyez l'intelligence et l'excitabilité nerveuse des femmes, le volume et le poids de leur cerveau plus considérable que chez l'homme compa-

(1) Chomel, Éléments de pathologie générale, 5« édition. Paris, 1863, p. 61.

(2) On sait que la mortalité est, dans la première année, d'un cinquième phis grande chez les garçons (Berlillon).

(3) Hippocralc, Des maladies des femmes {Œuvres, t. VIII, p. 7 et suiv.), et Aphorismes, 28-63 (OEuures, trad. Liltré, t. IV, Paris, 18û4).

ralivement au poids de la masse du corps (StEinmcring. Açkerm^nn, Burdach (1), Parchappe (2). Voyez chez elles la différence des phénomènes cliimiqnes de la respiration indiquée par MM. Aiidral et Gavarret, et caractérisée par la conibnslion d'une moins grande quantité de carbone. Voyez enfin le volume moindre de leur cœur (Bizot), la quantité plus grande de l'eau du sang (A. Becquerel et Rûdier), et le chiffre moindre des globules, de l'albumine et de sels de ce liquide. Tant de différences entre les sexes, sans parler de celles que nous ignorons encore et de l'action sympathique des fonctions génitales, démontrent la présence d'une force spéciale indépendante de la force commune à l'espèce, et la pathologie fournit une nouvelle preuve de son existence.

L'influence du sexe est pour l'homme une prédisposition au développement du rhumatisme, de la goutte, du typhus, de la pneumonie, de la pleurite, de l'endocardite, de la néphrite albumineuse, de l'entérite, du phlegmon de la fosse iliaque droite, de la péritonite, du croup, de l'hémorrhagie cérébrale (Falret (3), 2297 cas en vingt-neuf ans, 1670 hommes et 627 femmes), de l'angine de poitrine (Forbes, 80 hommes et 8 femmes), de l'hypochondrie, des lichens, etc. , etc. Chez les lemmes, au contraire, le sexe les dispose de préférence à la chorée (79 hommes, 161 femmes (4); à l'épilepsie (5); à l'hystérie, qui leur est absolument spéciale ; à la scrofule ; à la phthisie pulmonaire (Benoiston de Châteaunenf, Papavoine] ; à la chlorose, à la gastralgie, à la migraine ; à l'impétigo (Aliberl) ; à l'ichthyose (Alibert), au cancer, etc., etc. Qu'on ajoute à présenties maladies spéciales des organes génitaux dans l'un et l'autre sexe, et l'on verra par de nouveaux faits l'immense différence qui sépare la pathologie de la femme de celle de l'homme. Ici, les catarrhes de vessie, les calculs vésicaux, les maladies de l'urètln-e et du recfum ; là, au contraire, plus de maladies de vessie ni de calculs : les troubles dp l'utérus, qui, primitivement ou secondairement, jouent un si grand rple dans les maladies des femmes, la menstruation et son influence sympathique, l'accouchement et ses conséquences circonscrites ou généralisées, les maladies de la mamelle, etc.

L'influence du sexe sur le développement des nic^ladies n'est pas la même à toutes les époques de l'existence. Chez les femmes, c'est principalement pendant la période que je désignerai sous le nom de vie utérine, c'est-à-dire de la menstruation à la ménopause, qu'elle est surtout évidente. Lorsqu'à la puberté l'utérus et les ovaires se développent et deviennent le siège de l'ovulation périodique

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aux

celui du repos de cet organe, il n'y a plus d'hémorrluigies uténnesTsi'ce n'es!

(1) Burdach, Traité de physiologie. Paris, 1837-1841.

(2) Parohappe, Recherches sur l'encéphale. Paris, 1836.

(3) Falret, Des maladies mentales et des asiles d'aliént^s. Paris 1866

(4) Dufossé, thèse, 1836.

(5) Esquirol, Des maladies mentales. Paris, 1838, t. I.

celles qui accompagnent les dégénérescences organiques. C'est à l'âge critique que paraissent souvent les flux hémorrhoïdaux destinés à remplacer les hémorrhagies dont l'utérus était le siège, et qui résultent de la pléthore produite par la suspension d'une hémorrhagie habituelle.

L'influence du sexe s'étend plus loin encore que la simple prédisposition au développement des maladies dans les grands appareils de la vie animale et dans les organes spéciaux de chaque sexe ; mais elle modifie en quelques circonstances la nature et la gravité des maladies. Elle ajoute aux diiïérents états morbides de la femme l'élément nerveux et chlorotique si commun chez elles : au moment de la gestation, de la délivrance et de l'allaitement, les éléments puerpéral et lactifère ; à l'époque du retour d'âge, l'élément pléthorique qui résulte de la ménopause, éléments morbifiques qu'il faut savoir apprécier et dont il faut tenir compte en thérapeutique si, comme le dit Hippocrate, on ne veut s'exposer à de cruelles déceptions.

D'une manière générale, l'influence du sexe ajoute à la gravité des maladies, puisque la mortalité qui en résulte n'est pas la même chez l'homme que chez la femme. Si cette différence de mortalité n'est pas duc au nombre total différent des maladies dans l'un et dans l'autre sexe, elle est la conséquence de leur gravité intrinsèque. Or il meurt proportionnellement moins de filles que de garçons, ce qui permet de croire que dans leur ensemble les maladies ont une gravité un peu moindre chez les femmes que chez l'homme.

§ 3. — Tempcramciït.

Les tempéraments sont des manières d'être compatibles avec la santé, et caractérisées par l'action prédominante d'un des grands appareils fonctionnels de l'organisme sur tous les autres, — Ils sont au nombre de quatre : les tempéraments sanguin, nerveux, lymphatique et bilieux, plus les tempéramc7its mixtes, qui sont la résultante de deux tempéraments mélangés. Ils exercent une influence prédisposante morbifique des plus manifestes, et il n'en saurait être autrement. — Les maladies n'étant que des impressions transformées, c'est-à-dire des réactions vitales contre les causes morbifiques, ces réactions participent nécessairement de la nature des êtres qui réagissent, et elles seront, suivant les cas, inflammatoires, nerveuses, bilieuses ou lymphatiques et catarrhales. L'expérience et l'observation sont en parfait accord avec la théorie.

1» Tempérament sanguin. — Les individus doués du tempérament sanguin sont pléthoriques, rosés, forts, potelés, et ils ont la circulation sanguine irèsactive, le système musculaire assez vigoureux, l'imagination vive et les passions très-violentes, — Chez eux, le sang est surchargé de globules et la masse de ce liquide paraît augmentée. Ils sont prédisposés au développement des fièvres éphémère et inflammatoire, aux phlegmasies, à l'hypertrophie du cœur, à certaines hémorrhagies, principalement à l'épislaxis, au coup de sang et à l'hémon-hagie cérébrale. Leurs moindres indispositions, leurs maladies, sont accompagnées d'un élément inflannnatoirc bien caractérisé. C'est chez eux que se développe ordinairement la diatlièse inflammatoire.

2" Tempérament nerveux. — Les sujets doués du tempérament nerveux ont des prédispositions morbifiques différentes. — D'une constitution sèche et maigres, ils sont pâles et ont l'œil vif, les mouvements brusques, en rapport avec des impressions vives et mobiles ; ils sont susceptibles d'une grande énergie et ont des défaillances morales ou des affaissements dont rien ne peut rendre compte. — leurs maladies se ressentent de cette disposition, et elles offrent des troubles d'innervation qui en changent le caractère habituel, modifient leur marche et rendent leur terminaison heureuse moins certaine. — L'élément douleur et délire vient souvent les compliquer. — Quant aux maladies particulières auxquelles prédispose ce tempérament, j'indiquerai la diathèse nerveuse, les convulsions, les paralysies essentielles, l'hystérie, l'hypochondrie, la syncope, la gastralgie, les palpitations, les névralgies, etc.

3" Tempérament lymphatique. — Les individus d'un tempérament lymphatique ont la peau fine et blanche, les fovmes arrondies, agréables, la physionomie douce, les chairs molles, infiltrées de tissu cellulaire, l'orifice des muqueuses pâle, et la circulation languissante, en rapport avec l'atonie des tissus et des organes. — Ils sont plus que d'autres prédisposés à un grand nombre de maladies d'une nature assez grave, ayant une marche lente et tendant à la chronicité. • — Ils ont une très-grande susceptibilité de la peau et des muqueuses. Ils sont prédisposés aux ophthalmics, au coryza, aux otites et à l'otorrhée, aux angines, au catarrhe intestinal, pulmonaire et vaginal, à l'impétigo, au lupus, à l'eczéma, aux scrofules, aux tubercules et h la diathèse scrofuleuse, à l'hydropisie, au scorbut, etc.

li" Tempérament bilieux. — Les sujets doués du tempérament bilieux ont une autre manière d'être et des maladies compliquées d'éléments différents. Leur teint jaune est sans éclat; leur physionomie, un peu rude ou dure, annonce l'intelligence ; ils sont forts sans embonpoint ; leurs principaux viscères sont bien développés, particulièrement le foie ; leurs digestions sont faciles, mais gênées par une constipation habituelle ; leur intelligence est grande, soutenue par des passions vives, durables, opiniâtres, quelquefois cruelles. — Leurs maladies offrent un élément bilieux ou saburral très -caractérisé. Ils sont disposés aux exanthèmes, aux flux bilieux, aux phlegmasies aiguës et chroniques de l'intestin, aux hémorrhoïdes, aux maladies organiques du foie, aux affections cancéreuses, etc.

§ — CouHtitutioii.

La manière d'être qui résulte pour un individu de l'ensemble des appareils fonctionnels de l'économie est ce qu'on appelle sa constitution. Elle diffère, comme on voit, du tempérament, qui exprime au contraire la manière d'être particulière due à la prédominance marquée d'un appareil fonctionnel sur tous les autres. - Sous ce rapport, le tempérament n'est lui-même qu'une partie nitégrante de la constitution.

L'influence de la constitution sur la prédisposition morbifique est rendue manifeste par l observation journalière des malades. - Les sujets d'une consti-

lutiou forle sont doués d'une faculté de résistance vitale très -marquée contre les différentes causes de maladies qui agissent sur les masses en général. Ils ont ainsi l'avantage d'échapper à un grand nombre de maux ; mais, en revanche, disposés qu'ils sont à la pléthore, les maladies qui les atteignent ont une intensité et une réaction pour ainsi dire proportionnelles à leur force ; l'élément inilammatoire domine dans toutes les maladies qui les frappent et exige un iraitemcni particulier.

Si la force de constitution est un préservatif plutôt, qu'une prédisposition, sa faiblesse, au contraire, primitive ou acquise, est une autre forme de prédisposition morbilique.

Les individus de constitution faible et délicate sont exposés à des maladies fréquentes et légères, à des indispositions habituelles et aux maladies chroniques. — Ils forment la majorité des valétudinaires. — Dans les maladies aiguës qui les atteignent, l'élément inflammatoire est rarement très-intense, et la prostration y arrive très-vite. La marche en est souvent irrégulière et troublée par des compUcations insolites. Ailleurs, et c'est le cas des individus lymphatiques ou des vieillards, les maladies peuvent rester latentes et donner lieu à des altérations soraatiques considérables, sans réaction ni symptômes appréciés par le malade. Que de pleurésies, de néphrites albumineuses et de lésions organiques débutent ainsi dans le silence de l'organisme ayant de se manifester avi dehors !

§ 5. — Conforuiationi

La conformation de chaque partie du corps est, en raison de sa force génératrice primitive ou de sa disposition physique, une cause prédisposante de maladie.

Tout le monde connaît l'influence des déviations de la colonne vertébrale sur l'emphysème pulmonaire, sur les maladies du cœur et sur l'hémoptysie ; du gros volume de la tête sur l'hydrocéphale ; de la brièveté du cou sur l'apojjlexie et les congestions cérébrales ; de l'étrpitesse de la poitrine sur la phthisie pulmonaire, etc. Je citerai encore l'influence de la disposition trop large des ouvertures aponévrotiques de l'abdomen sur la production des hernies ; celle de la structure des os du fœtqs, qui prédispose aux fractures incomplètes ou au décollement des épiphyses ; celle de l'état calcaire des os du vieillard et de l'agrandissement de leur canal médullaire comme cause prédisposante de fracture, et enfin celle de la conformation sénile des artères sur les anévrysmes, le ramollissement cérébral et la gangrène sénile des membres.

C'en est assez, je crois, pour établir l'influence prédisposante morbifique de la conformation de nos organes et de nos dilTérenls lissqs.

§ O. — Race.

L'influence de la race sur l'apparition de certaines maladies et sur leur mortalité ne fait doute pour personne ; seulement, dans beaucoup de circonstances,

elle se réunit h l'aciion d» climat ot il est difficile de bien distinguer ce qui a trait à l'une ou h l'autre inQuence.

La race modifie la forme de la tête, du visage et du corps, la couleur de la peau, la dureté des cheveux, la force musculaire, la taille et la mortalité et la durée de la vie. — Par une telle influence on comprend celle qu'elle doit avoir sur les idiosyncrasies, sur les immunités et sur la production des maladies. — Il n'y a pas de travail général qui fasse connaître les résultats de cette influence sur toute la surface du globe, mais on a des données partielles fournies par nos médecins de marine qui permettent de soulever un coin du voile qui couvre ce problème.

Ainsi, d'après le docteur Canstatt,le rapport de fréquence et de mortalité des maladies entre la race blanche et la race nègre de New- York, où il n'y a pas d'esclavage et où le climat est le même, est très-intéressant à lire. Mais je ferai remarquer ici qu'on n'a pas tenu compte du régime de vie des nègres, assez misérable,pour l'opposer au régime infiniment plus satisfaisant de la race blanche. Cela a son importance au point de vue des fièvres, des maladies épidémiques et de la phthisie. Quoi qu'il en soit, voici ce tableau :

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