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DE LA MANIÈRE D'INTERROGER

En fait d'interrogation, le modus faciendi est d'une grande importance et cest un véritable talent que de bien savoir poser et varier les questions que on adresse au malade. Il est donc bon d'adopier un ordre déterminé 1 avance, afin de ne pas s'exposer à de fastidieuses répétitions ou à de regrettables omissions. L'une des premières conditions pour le médecin est de se servir d , m langage exempt de termes trop techniques et qui soit bien à la portée du malade; il faut toujours qu'il s'identifie avec le milieu dans lequel il trouve, et, cpmme il pa.ssc tantôt de l'échoppe de l'artisan à la demeure du

riche, tantôt de cette dernière au palais des princes, il doit toujours mettre son discours en rapport direct avec l'éducation des personnes qui l'entourent. Dans tous les cas, l'examen clinique réclame la plus grande clarté de langage : c'est se préparer'des résultats inexacts que de vouloir parler h mots couverts; c'est également troubler son malade que l'interroger avec une sévérité mêlée ii de la brusquerie.

Il est un ordre de questions qu'il importe beaucoup de poser avec décence et ménagement : ainsi, lorsqu'on se renseigne auprès d'une jeune fille de l'état de la menstruation, du développement, de la durée, des troubles et des irrégularités de cette fonction; auprès d'une femme mariée, de ses grossesses précédentes, des circonstances commémoratives de ses accouchements, de ses suites de couches, de l'âge critique et des fréquentes hémorrhagies utérines qu'il entraîne ; auprès d'un jeune garçon, des habitudes d'onanisme qu'il peut avoir contractées; auprès d'un homme, des excès vénériens auxquels il s'est livré, des accidents syphilitiques qui en ont été la funeste conséquence, des traitements employés pour les combattre, etc. On peut établir en thèse générale qu'il ne convient jamais, lorsqu'il s'agit de maladies spécifiques des organes génitaux, de questionner un mari en présence de sa femme, ou une femme en présence de son mari. De cette manière, on évitera souvent d'apporter le trouble dans un ménage qui jusqu'alors avait vécu parfaitement heureux. On le voit, le médecin est dépositaire d'un infinité de secrets, tout voile tombe devaut lui, et parfois il se trouve engagé dans de bien délicates transactions: mais jamais il ne doit perdre de vue que son but est de soulager et de guérir, et que, s'il interroge, ce n'est point pour satisfaire une indiscrète curiosité, mais pour acquérir la connaissance d'un passé qui lui est indispensable.

Lorsciue le récit du malade est invraisemblable, lorsqu'il exagère ou quU atténue les renseignements qui lui sont demandés, et qu'il semble plutôt improviser des souffrances k sa façon que de rendre compte d'un état réel, le médecin doit redoubler d'attention, de réserve et de perspicacité. Il posera trèsnettement ses questions, et, en en changeant plusieurs fois la forme, il observera si elles donnent Heu à des contradictions manifestes, à de l'embarras et* une expression de physionomie toute particulière ; à l'aide de cette contreépreuve, il pourra quelquefois reconnaître qu'on veut lui donner le change et qu'on a un intérêt quelconque à le tromper.

Dans quel ordre doit-on interroger? - En commençant par une strie d Hypothèses, certains praticiens se demandent si le malade qui est sous leurs yeux n'est point allccté de telle ou telle maladie, et ils recherchent si les symptonifô offerts à l'examen ne sont pas précisément ceux de l'état morbide présumé. la supposition est mal fondée, ils passent h autre chose, et, après ''^'•'•'''^'^"I tâtonnements de ce genre, ils arrivent à faire leur diagnostic. Colle me lio(k es la pire de toutes; elle est arbitraire, très-longue, exige une atlention irov.o tenue et une mémoire des plus fidèles. Je n'en fais ici mention que dans le de prémunir le lecteur contre un procédé d'investigation qui ne doit jamais employé.

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