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DE LA MANIÈRE D'INTERROGER

. D'après Boerhaave, l'interrogalion doit porter sur deux ordres de phénomènes : 1° les symptômes sensibles pour le médecin ; 2" les symptômes sensibles pour le malade. — Bayle veut qu'on examine d'abord les symptômes physiques pour arriver ensuite aux symptômes vitaux. — Chomel passe la reviie de toutes les fonctions dans l'ordre suivant : 1" fonctions de relation; 2» fonctions assimilatrices ; 3° fonctions génératrices. Ces méthodes sont défectueuses et glissent trop aisément sur l'étude de la fonction lésée. Or c'est le fait important; il doit précédér et dominer tous les autres, et ce n'est qu'après l'exa^ men de l'organe malade qu'il est permis d'étudier ce qui est relatif à la sympathie, à l'hérédité, h l'hygiène, etc. — Après l'inspection muette de l'état extérieur dont il a été parlé plus haut, il faut faire immédiatement l'étude du point douloureux, s'il en existe, et de la fonction troublée dans son exercice, de manière à examiner les principaux phénomènes morbides offerts par le malade.

C'est seulement après avoir achevé de poser, sur la route de son diagnostic, ce très-important jalon, qu'on doit explorer une à une toutes les autres fonctions, en commençant par celles qui lui paraissent le plus directement liées à la fonction lésée ou h l'organe malade, et en glissant plus légèrement sur les autres, sans rien omettre cependant. Cette méthode éminemment rationnelle est trèsimportante à suivre, surtout pour les élèves qui commencent l'étude de la médecine et pour les jeunes débutants dans l'exercice de l'art de guérir. Maintenant il est d'un très-minime intérêt que la respiration soit étudiée avant la digestion, et cette dernière avant ou après la circulation; l'essentiel, c'est qu'aucune ne soit oubliée et que l'on ne revienne pas à celle qui a déjà été inspectée, ce qui arriverait infailliblement si l'on n'avait présent à l'esprit un ordre conçu d'avance, destiné à servir de soupape de sûreté dans l'interrogatoire.

L'étude du point douloureux exige, de la part du médecin, deux questions d'une égale importance : la première, pour savoir ce qu'éprouve le malade et où il souffre : Oh avcz-vous mal? la seconde, pour savoir depuis combien de temps il souffre : Depuis quand souffrez-vous? ou Depuis quand êtes-vous malade? Lorsqu'on s'approche du lit de la personne qui vous.a mandé, il ne faut Jamais lui dire: Qu'avez-vous? parce qu'alors elle pourrait entrer dans de longs développements au sujet de l'éiiologie et de la marche de son mal, et établir ces mille théories absurdes dont il a été déjà question précédemment; il faut circonscrire ces questions et prier le malade d'indiquer, en y posant le doigt, le lieu exact et précis où siège la douleur. Alors, après avoir mis les muscles dans le relâchement, on touche, on palpe, on presse en différents sens, on délimite le point qui cause la souffrance, on détermine ses irradiations, cl l'on observe, selon U forme et la nature de la lésion signalée, s'il y a augmentation ou diminution, enfoncement ou mobilité anomale, crépitation, Ilucluation, frémissement, pulsations, élévation de température, emphysème, œdème, gargouillement, rougeur, fongcstion, etc.

S'il n'y a point d'endroit isolément douloureux et que tout le corps soit affecté, ou qu'il y ait des troubles fonctionnels avec malaises sans douleur vive, il faut étudier la forme, le degré et l'espèce du trouble fonctionnel, ses rapports

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avec les autres fonctions, en tenant compte de tout ce qui s'écarte de l'état normal.

La deuxième question : Depuis quand souffrez-vous? a pour but de savoir si la maladie est aiguë ou chronique, ancienne ou récente. Si elle est récente, on n'a qu'à choisir dans les affections aiguës, et on laisse à l'écart les maladies chroniques qui atteignent l'organe malade ; si, au contraire, l'état morbide se prolonge depuis un certain temps, on met de côté les affections aiguës pour ne songer qu'aux maladies chroniques. Qu'un malade, par exemple, soit enrhumé depuis quinze jours : sans prévoir l'existence de tubercules pulmonaires, on ne pensera tout d'abord qu'à la bronchite, avec ou sans autres accidents aigus des voies respiratoires ; mais, si la toux et l'expectoration durent depuis six mois, l'idée des productions pathologiques se présentera immédiatement à l'esprit. Cette demande n'est donc pas moins utile que la première, et, de plus, elle est susceptible d'indiquer, dans des Hmites approximatives, à quelle période la maladie est parvenue.

Lorsque ces questions sont résolues, on essayera de remonter aux antécédents héréditaires et à l'étiologie, puis on s'informera des devoirs imposés par la profession et des conditions hygiéniques dans lesquelles vit habituellement le malade, et l'on prendra note de moyens curatifs ou palliatifs qui auraient pu être précédemment mis en usage. Enfin, et en dernière analyse, on cherchera si l'affection est locale ou générale, primitive ou secondaire, si le symptôme douleur a de l'importance, s'il est épiphénomène ou complication.

Après avoir fait usage des divers modes d'exploration dont il sera bientôt parlé, le médecin est alors fixé sur l'examen de la fonction lésée, et il procède, ainsi que cela a été dit, à l'interrogatoire de celle qui lui paraît le plus directement liée, ainsi qu'à l'inspection des autres.

Dans toutes les maladies de l'appareil de la respiration, et surtout après les hémorrhagies pulmonaires, il convient de faire parler le malade le moins possible : on adresse dans ce but ses questions aux parents ou amis qui sont présents à la visite ; mais, toutes les fois que les renseignements peuvent être donnée sans inconvénient par la personne même qui souffre, il faut de préférence s'adresser à elle. Dans quelques occasions, en présence d'une phlegmasie cérébrale, par exemple, lorsque le malade est dans un état d'abattement moral voisni du coma et que l'exercice actif des facultés de l'intelligence est empêché, il faut savoir allier les réponses qu'il vous a faites à celles que vous recevez de la famille ou des gardes-malades et de les compléter les unes par les autres. La physionomie du médecin ne doit jamais refléter les impressions de son âme car trop de personnes cherchent à y lire. Beaucoup de malades le considèrent d un regard anxieux et avide, interprètent ses gestes les plus insignifiants, donnen de l'importance aux inflexions de sa voix, etc. Il doit donc, autant que possible, être calme et impassible et ne jamais donner à ses questions une tournure capable de faire croire à l'imminence d'un grand danger et d'une terminaison funesi et prochaine.

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