CHAPITRE V DE LA SPIROMÉTRIE
Un nouveau moyen d'exploration de la poitrine, applicable au diagnostic des maladies du poumon, a été inventé par Hutchinson, déjà bien connu dans la science par d'utiles travaux cliniques sur les maladies de poitrine. Il s'agit de la spirométrie, mot qui veut dire, mesure de la respiration. Ici je ne parlerai que du procédé opératoire, mais plus loin j'indiquerai aux signes fournis par l'air expiré les résultats auxquels il conduit.
La spiromélri'e (1) a pour but de mesurer la quantité d'air qui entre et qui sort de la poitrine, sans tenir compte de celle qui reste dans les poumons. L'idée n'est pas nouvelle, mais les procédés sont nouveaux, et les résultats qu'ils ont donnés le sont également. Découverte par Hutchinson, en Angleterre, et sélieusemenl étudiée par le professeur Arnold (de Heidelberg), par Schneevoogt. par Hecht, la spirométrie est encore peu connue en France et n'y avait jamais été, avant l'année 185^1, l'objet d'investigations pratiques. Cette opération s'ac-
Fir.. 1U3. — Spiiomètre (le Giiycl.
complit au moyen d'un spiromètre, espèce de gazometri' assez volunnneux construit à cette intention. Aujourd'hui l'application à la spirométrie d'nistriiinents et d'api)areils d'un mécanisme simple ot d'une manœuvre facile, " compteur à gaz modifie de A. Bonnet (de Lyon), du spiromètre de M. J. Gnyc ,
(1) Hulrlmison, De la spirométrie (Archives de médecine, I8b*i}, analyse de M. Lasegue.
Dli r,A SPIROMÉTRTK. ol6
aujourd'hui abandonné, de la vessie spirométrique graduée de M. Boudin (fig. ■19^1 et 195) représentant par son échelle mobile le nombre de centimètres cubes d'air expiré (1), de l'appareil de M. Schnepf (lig. 196), paraît devoir en
vulgariser l'emploi et en augmenter l'importance (2). L'instrument de Schnepf rentre dans le genre des gazomètres imaginés par les physiologistes anglais
Fig. 195. — Spiromètre de lioudiii pendant l'expiration,
et allemands; mais il s'en éloigne par sa simplicité cl par la précision avec laquelle il permet d'apprécier la quantité d'air inspiré, aussi bien que le volume d'air expiré.
Voici en quoi consiste cet appareil : Un cylindre de laiton, ayant 35 cenli-
(1) Voyez, à ce sujet, llecht, thèse de Strasbourg, 1855.
(2) Schnepf, Nouveau spivornètre [Comptes rendus de l'Académie des scioncos. 1" décembre 1856).
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môtrcs de haut et 18 centimètres de diainôtrc, fermé seulement îisa partie inférieure, à laquelle est soudé un socle également cylindrique, sert de récipient. Un tube de 15 millimètres de diamètre s'élève verticalement dans l'axe du récipient, traverse le fond, se coude dans le socle, d'où il sort sous une légère inclinaison, pour se continuer avec un tube de caoutchouc vulcanisé de longueur va- viable, mais terminé par une embouchure légèrement conique : c'est le tube ' respiratoire. Une cloche cylindrique, de laiton également, de ,'iO centimètres de haut et de 16 centimètres de diamètre, est renversée dans le récipient plein d'eau ; elle est maintenue dans toutes ses positions dans un équilibre stable, au
moyen d'un contre-poids et d'une chaîne qui passe sur une poulie, et dont les anneaux, inégaux en poids, compensent les variations que subit le poids de la cloche, suivant qu'elle plonge plus ou moins dans l'eau du récipient. Une échelle, dont les divisions de 0 à 5500 correspondent à des centimètres cubes, est fixée sur le montant qui soutient la poulie et qui s'adapte avec précision sur le récipient.
Pour déterminer la capacité vitale du poumon, il faut chercher le volume de l'air inspiré et celui de l'air expiré. A cet effet, on verse de l'eau dans le récipient jusqu'à une hauteur fixée, de manière que la cloche plonge toujours dans le même volume d'eau ; on abaisse la cloche au niveau du 0 de l'échelle, quand il s'agit de recueillir la quantité d'air expiré ; puis, après avoir fait inspirer et expirer successivement la personne que l'on veut examiner, on lui recommande de faire une profonde inspiration et de lancer dans la cloche l'air expiré par le tube respiratoire, en plaçant dans la bouche l'extrémité terminée par l'embouchure. Le point où s'arrête le bord supérieur de la cloche indique le nombre de centimètres cubes d'air expiré. Cette opération, que tous n'exécutent pas .également bien du prcnuer coup, est renouvelée trois fois, et l'on ne conserve (îue le résultai niaxiimmi.
Pour avoir le volume d'air inspiré, on élève la cloche au niveau de la diusion de l'échelle qui marque 5000 cenlimètres cubes ; puis, après une cxpn-aiion c une inspiration successives, on fait fain; une expiration prolongée, et, pendai le court intervalle de repos qui suit, la personne soumise h I examen p nr l'embouchure dans sa bouche et inspire aussi longtemps que possible de <
Fro. 196. — Spiromètre de Sclincpf.
Dlî LA SPIROMÉTRIE. o/J
qu'elle puise dans la cloche; celle-ci descend, cl le point où elle s'arrêle sert à déterminer le volume d'air inspiré.
Les avaniages que présente ce spiromètre sur tous les autres gazomètres, depuis celui d'Hulchinson jusqu'à ceux des professeurs Vogel ctWinlrich, peuvent, suivant l'auteur, se résumer eu ces deux mots : simplicité et précinnn. Mais ce n'est pas tout. Il y a un nouvel instrument construit dans le même but de spirométrie par M. J. Maréchal, de Brest (1), et qui, dans la pensée de l'auteur, est supérieur à tous les autres. C'est un pnéomètre (fig. 197, 198 et 199).
Il consiste essentiellement en un baromètre métallique, formé par un tube
aplati et courbe dont les branches s'écartent ou se rapprochent suivant la pression intérieure qu'il supporte. Au milieu de sa longueur est soudé un petit tube cylindrique communiquant d'une part avec sa cavité, de l'autre avec un récipient (pour égaliser les pressions) qui a une capacité 200 fois supérieure environ à la sienne. Un tube de caoutchouc muni d'une embouchure assez large communique à son tour avec le récipient, mais auparavant il se bifurque, et des robinets peuvent à volonté faife passer l'air par l'une ou l'autre voie, suivant qu'il s'agit de mesurer la force d'inspiration ou celle d'expiration.
Des soupapes de caoutchouc convenablement disposées au-dessous des robinets ont pour but de remédier à la cessation brusque de l'effort maximum qui pressait sur l'instrument dans un sens ou dans l'autre.
Une aiguille indicatrice, reliée aux deux extrémités du tube barométrique dont elle traduit la course, se meut sur un cadran en entraînant avec elle des aiguilles
(1) Maréchal, Considérations médicalos sur les apprentis canonniers du vaisseauécole lo Louis XIV [Archives de médecine navale, juin 1808, l IX, p. i53).
FiR. 199. — Pnéoinôtrc de Maiiclml :'vuo de l'iiilrrieiir de l'inslnimeiit.
DE LA. SUCCUSSION. i)77
hmaxhna. Ccllos-ci permettent de lire, même après le retour de l'aiguille principale au zéro de l'instrument, le nombre de di^^^rés qui représentent la force inspiratrice ou expiratrice.
Chaque degré est équivalent au poids de 1 centimètre cube de mercure.
Cet instrument traduit donc la valeur exacte des puissances inspiratrices ou expiratrices. Celte donnée est importante à connaître, puisque, dans toutes les manœuvres réclamant de la force ou de l'agilité, c'est sur le thorax que les muscles des membres prennent leur appui, et que de son volume variable ou de sa fixité à un moment dépendent la précision, la rapidité et surtout la quantité de l'effort produit.
On peut cej)endant se passer de tout appareil mécanique pour faire la spiroraétrie, et, s'il ne s'agit que de savoir quelle est la capacité approximative des poumons, on pourra employer mon procédé, qui est le plus simple de tous. — Le médecin met son oreille sur un des côtés de la poitrine d'une personne debout ou assise, puis il lui enjoint de compter à haute voix depuis un jusqu'à cent, pendant que lui-même tient compte du nombre des inspirations qui se produisent dans ce laps de temps. Cela varie de quatre à cinq chez un homme bien ponant, tandis que, chez les sujets malades de pleurésie, et notamment chez les phlhisiques, le nombre des mouvements inspiratoires qui ont lieu est de huit ou neuf et quelquefois trente à quarante. J'ai même vu des cas de pleurésie où les malades éiaient presque obligés de respirer entre chaque chiffre prononcé par eux. C'est ce que j'ai appelé la spirométrie automatique. Elle n'a rien de rigoureux, mais elle donne la mesure de la gêne respiratoire.
Quand on désire plus de précision, il faut recourir aux spiromètres mécaniques, et voici comment il faut procéder :
Le sujet est debout, la poitrine libre de toute entrave, pour qu'il puisse respirer plus librement ; il inspire et expire avec effort trois fuis de suite, et l'on a soin de prendre note exacte du chiffre indiquant à l'échelle du spiromètre la quantité d'air introduit dans les poumons et chassé par eux. Cette quantité est en rapport avec la taille et les maladies du poumon, et elle varie d'après des lois fixes que je ferai connaître un peu plus loin.