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CHAPITRE IX

DE LA DYNAMOSCOPIE.

Les bruits profonds de la contraction musculaire que peut apprécier l'oreille ont été signalés par Grimaldi en 1618 comme étant le résultat de l'agitation des esprits animaux. Ce fut aussi la pensée de Théodore Craanen ; mais dès l'année 1760 Lud. Roger attribua ces bruits à la contraction musculaire, opinion adoptée par Walleston, par Ermann, par Laennec et par tous les physiologistes.

C'est ce bruit de contraction musculaire, étudié par l'auscultation, qui a été de la part de M. CoUongues l'objet d'illusions sensoriales extraordinaires dési- : gnées sous le nom de dymmoscopie. D'après ce médecin, l'élude de ce bruit serait la mesure des forces et de la vie (1).

^ Sans accorder beaucoup d'importance à ce moyen, je le mentionne ici, afin d'appeler sur lui l'attention des observateurs qui voudraient vérifier ce qu'il renferme de bon et d'utile à la science. Je dirai plus loin toute ma pensée sur ce nouveau système d'auscultation. Mais je l'ai déjà jugé en lui appliquant le mol d'illusion seusoriaie. Voici comment s'exprime l'auteur :

« En plaçant l'un des doigts de la main d'un homme à l'état de santé ou

I malade dans le conduit auditif externe, on entend un bruit continu très-semblable à un bourdonnement; à ce bruit s'ajoutent, par intervalles irréguliers, des crépitations bien distinctes du bruit de bourdonnement, et qu'on peut appeler petUlemenls ou grésillements. Les bourdonnements et les pétillements sont

' plus sensibles lorsqu'on se sert d'un corps intermédiaire enlre le doigt et le conduit auditif. Les meilleurs conducteurs sont le liège et l'acier. Les bruiis entendus appartiennent bien réellement au sujet en exploration, et non à l'oreille de l'observateur, pas plus qu'à l'air comprimé entre le tympan et rinslrunieni

(1) Collongues, Compln rendus de VAcadémie des sciences, 185G.

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explorateur. Preuve : si l'on appuie l'instrument que nous appelons dipiamoscope contre un corps inerte, ou si l'on introduit dans le godet de l'instruinem le doigt d'un cadavre, on ne perçoit aucun de nos bruits.

» Le bourdonnement est un phénomène général. Les pétillements n'existent qu'à l'extrémité des doigts des mains et des pieds.

» Le bourdonnement et les pétillements, considérés sous le rapiwrt physiologique, varient suivant les sexes, les âges, les tempéraments, les saisons, les climats, l'état de veille ou de sommeil, de fatigue ou de repos, de grossesse.

» Étudiés dans certaines circonstances physiologico-pathologiques, comme 1 douleur pendant les opérations sanglantes, l'électrisation, 1 élhérisation, lelwurdonnement et les pétillements ont des dilïérences marquées. Pendant les maladies, soit aiguës, soit chroniques, le bourdonnement se modifie ainsi : s'il esl doux, lent, continu, égal h l'état normal, il devient rude, fort, rapide, continu; nous l'appelons bourdonnement roulant. Ce bourdonnement coïncide avec un état morbide exempt de danger. Si le bourdonnement, au lieu d'être continu, uniforme, devient tremblotant, c'est l'indice d'un état sérieux. Le bourdonnement peut être très-variable, très inégal; il peut affecter tantôt une note aigut, tantôt une note grave, et il correspond alors à un état morbide grave. Le cas devient plus grave encore si le bourdonnement passe du roulant, du tremblotant, à l'intermittent, au doux; c'est le signe delà rétrogradation de la maladie. Enfin, l'absence du bourdonnement à l'extrémité des doigts est l'augure d'uii< mort prochaine. Pourtant, dans quelques maladies en pariicidier, il ne faudrait pas se laisser tromper h ce caractère: ainsi, dans les paralysies complètes, le bourdonnement est nul ; dans les maladies qui se manifestent par la perte de la connaissance (épilepsie, catalepsie, apoplexie, etc.), le bourdonnement lient se supprimer longtemps et reparaître. Son apparition avant la fin de l'attaque indique que le malade reprendra bientôt ses sens,

„ I es pétillements dans les états morbides sont très-variables. Après la mort, c'est-à-dire après la cessation complète de la respiration et des battement., du cœur, le bourdonnement persiste; il est seulement très-alTaibl.. Il est un point dans les régions précordiale et épigastrique où il est plus évKUMit quo partout ailleurs. La durée du bourdonnement après la mort varie de la d.x. me à la quinzième heure. Il suit une loi de retraite des extrémités vers le centre Dans les membres séparés du tronc, le bourdonnement existe partou immédiatement après l'amputation. Il disparaît de minute en mnmte allant des deux extrémités vers le centre. Ce n'est que vers la qu.nz.tnminute qu'il a complètement disparu. ,;,„niîli

>. Le bourdonnement et les peiillemenis ne tiennent pas à la crculatum chaleur animale. Sans rien conctn. e sur la nature de m bruits, nous constato.t (lu'ils sont une résultante de l'action organique.

L,.s variations du bourdonnement éclairent la marche et le V^ou^[^ maladies. Enfin l'absence du bourdonneme.it fait distinguer «ne l^'-fî'^^ plète d'une paralysie incomplète; elle est le signe le plus certam de la pa.alK vraie, et la fait distinguer de la paralysie simulée. »

Fi(i. 201. — nynaDi(isi'ci|ii di' Colloiigiu;s (*).

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Comme on le voit, ce système d'auscultation tlilïère du procédé de rinimorlcl Laennec. L'auscultation stcthoscopique ne tiansmet h l'oreille que des bruits iTSultant d'une action physique, connue le passai^e de l'air à travers les mucosités accumulées dans les bronches ou les vésicules pulmonaires, le choc de deux fragments d'os ou de pierre, le frottement de deux surfaces rugueuses, etc. Ce système d'auscultation transmet les produits de l'action organique. C'est pour cela qu'il a été appelé dynamoscopie, et l'instrument explorateur dynamoscope (fig. 201).

Voici le résumé des signes que M. Collongues croit avoir découverts par ce mode d'exploration dans les maladies internes :

! Dans les maladies aiguës. — 1° Le bourdonnement est roulant, fort, rapide, continu, égal.

2" Le bourdonnement devient roulant, trépidant ou tremblotant. La trépidation ou le tremblotement peuvent être continus, comme ils peuvent aussi ne paraître que de temps en temps.

3° Le bourdonnement est très-variable, très-inégal ; il affecte tantôt une note aiguë, tantôt une note grave; il est à présent très-évident, tout à l'heure très-obscur; tantôt net, tantôt embarrassé.

Ix" Le bourdonnement est intermittent. Sa suppression peut être brusque, comme aussi elle peut arriver d'une manière lente en passant d'une note plus élevée à une note plus basse.

5° Le bourdonnement montre des caractères tels qu'il rappelle le bourdoniiiement qui existe au creux épigastrique ou sur la région précordiale, après la 'mort : ce bourdonnement est dit bourdonnement des mourants.

6° Enfin le bourdonnement se supprime quelquefois complètement à l'extrémité des doigts quelques lieiires avant la mort ou au moment même de la mort.

Dans les maladies chroniques. — Toutes les variétés du bourdonnement dans les maladies aiguës se présentent encore dans les maladies chroniques.

Le bourdonnement offre dans celles-ci une faiblesse qui ne se trouve pas dans Ifis maladies aiguës.

Fièvres intermittentes. — Les trois stades de la fièvre ont trois boui-donnements dilférents.

Dans le premier stade oU stade de froid, le bourdonnement est sourd, leni, profond, roulant, continu, inégal.

Ml,lit,. / l ,1 ' ' V' '7'" '''' !"""' "'""M"':'. <!"" I «l.sei'valem' inl.'ndnil dann s„ii wi-illi. ut «ni """""" < on<luil uii.lilii' .•.\t,.n„. de r..x|,C.ninent,ilrnr. siUMiiii i.i

892 SÉMÉIOLOGIE.

Dans le deuxième stade ou stade de chaud, le bourdonnement est roulant, superficiel, très-fort, très-rapide, continu, quelquefois trépidant ou tremblotant.

Dans le troisième stade, ou stade de sueur, le bourdonnement est roulaiii, fort, moins rapide, continu, égal, régulier.

Dans le choléra épidémi^e, le bourdonnement offre dès le début les caractères de celui qui ne se présente ordinairement qu'à la fin des maladies aiguës, c'est-à-dire qu'il est intermittent. Les intermittences du bourdonnement soni plus prolongées que les réapparitions. D'ailleurs, il est très fort, très-variable tremblotant; il baisse et disparaît.

Bans les maladies guise distinguent par la perte subite du sentiment et di. mouvement, ordinairement le bourdonnement se supprime d'abord, et sa suppression continue jusqu'aux approches du retour des sens du malade.

Bans les attaques d'hystérie, la suppression du bourdonnement n'est pas h règle.

Bans foutes les maladies nerveuses, le bourdonnement est comme contracté, embarrassé.

Les paralysies complètes sont remarquables par l'absence totale du bourdonnement.

Les paralysies incomplètes ont un bourdonnement plus ou moins faible, suivant le plus ou moins de paralysie.

Le bourdonnement pendant le sommeil des malades conserve les altérationa de l'état de veille; il est seulement plus faible, plus profond.

Pétillements. — Dans le cours des maladies aiguës, comme des maladie» chroniques, les pétillements sont extrêmement variables. Ils ne se suppriment' qu'à la mort.

Les pétillements sont rares pendant le stade de froid des fièvres interraiitentes. Ils sont plus fréquents et plus forts dans le stade de chaud.

Pendant la sueur, ils sont éclatants, très-vites, assez fréquents et ordinairement simples.

Dans le choléra épidémique, ils sont remarquables par leur nombre et leui éclat. Ils disparaissent pendant les crampes.

Dans les maladies qui se distinguent par la perte subite du senimient ei du mouvement, les pétillements ne se suppriment pas toujours pendant i«.

attaques. . ,.

Dans l'hystérie, ils sont très -nombreux. Ils le sont aussi dans les maladie.

nerveuses qui n'abolissent pas la conscience.

Dans les paralysies complètes, ils sont nuls; dans les paralysies incomplètes^

ils sont rares.

Dans le sommeil des malades, ils sont plus petits, plus rares.

Diagnostic. - L'absence du bourdonnement fait distinguer une paraiys complète d'une paralysie incomplète; elle est le signe le plus certain de la iralysie vraie, et la fait distinguer de la paralysie simulée.

Marche, durée, terminaison des maladies. Les variations du bouid.

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nement peuvent beaucoup éclairer la marche, la durée, la terminaison des maladies.

Le bourdonnement roulant, fort, rapide, coïncide avec la première période des maladies.

Les bourdonnements tremblotants, intermittents et des mourants, correspondent aux périodes les plus graves.

Pronostic. — Le bourdonnement roulant, fort, rapide, égal, signifie qu'une maladie, pour le moment, est exempte de danger.

Le bourdonnement tremblotant, roulant, rapide, continu, inégal, est l'indice d'un état sérieux.

Le bourdonnement qui est très-variable et très-inégal, surtout s'il se joint au tremblolemeut, correspond à un état grave.

Le cas sera encore plus grave si le bourdonnement roulant, tremblotant,' est intermittent.

Lorsque le bourdonnement passe du roulant, du tremblotant, de l'intermittent au doux, c'est le signe de la rétrogradation de la maladie.

Enfin, le bourdonnement des mourants et l'absence complète et durable du bourdonnement à l'extrémité des doigts, des mains, sont un caractère certain d'une mort prochaine.

Du pronostic dans quelques maladies en particulier. — Dans les maladies qui se manifestent par la perte subite de la connaissance, le bourdonnement qui persiste pendant l'attaque indique que l'attaque n'est pas mortelle.

Le bourdonnement, qui s'est supprimé au début de l'attaque et qui reparaît durant son cours, indique que le malade reprendra ses sens.

La réapparition du bourdonnement sous l'influence de l'électricité dans les organes paralysés, annonce que le malade peut guérir.

Traitement des maladies. - La méthode qui fait rétrograder le bourdonnement de la deuxième période à la première, est la plus convenable, et réciproquement, la méthode qui fait passer le bourdonnement de la première à la seconde période, est un traitement peu convenable.

Pétillements. - Les pétillements manquent, ainsi que les bourdonnements dans les organes complètement paralysés.

Dans les pertes de connaissance, les pétillements qui persistent malgré l'ab «ence de bourdonnements doivent faire espérer que le bourdonnement se réveil- 'era et que l'attaque ne sera pas mortelle.

L'électriciié qui réveille dans un organe paralysé les pétillements sans le Trltir"'''" ^""'^ "^"^ 1« '^«"'•donnement ne tardera pas

S ce S ' dynamoscopie.

ce n ctait que cela, ce ne serait rien; mais il s'est cru obliiré dP t.n '"^a^vais ce qui avait é.é fait avant lui. Il nie que 1' cuU Uon . -e faire reconnaître la mort, et il admet qu'on eut sans bruus du cœur appréciables à l'oreille. - Pour lui, l'absence d bom

domu-moiit est le signe le plus certain de la mort réelle. Elle fail distinguer la mort réelle de la mort apparente.

Mort générale. — Immédiatement après la mort, le bourdonnement est absent de l'extrémité des doigts; on le perçoit aux jandjes, aux cuisses, aux avaiUs-bras, aux bras, au cou, h la poitrine, et quelquefois à l'abdomen : on ne l'enlend pas h la face et sur le cuir chevelu.

Il y a un point dans la région prccordiale et épigaslrique oii il est plus distinct que dans toute autre partie. Ce point n'a pas de siège précis.

Le bourdonnement se trouve, après la mort, petit, faible, profond, lent, peu nourri, clair, continu, égal. Il rappelle le bourdonnement des mourants.

Le bourdonnement disparaît d'abord des pieds, des mains, puis desavant-bras.^ des jambes, tles bras, des cuisses, où il est rare qu'on le trouve huit heuresW après la mort. Il se dissipe ensuite du cou, de la partie supériein-e delà poitrine, et il reste encore perceptible, quoique très-allaibli, aux points indiquC'N des régions précordiale et épigastrique jusqu'à la dixième ou seizième heure après la mort.

Si le bourdonnement existe encore à l'épigastre dix ou seize heures après la mort» on ne comprend pas qu'il soit possible de voir dans sa disparition le signe le plus certain de la mort, car avant cette époque il y en a bien d'autres qui ont permis d'établir ce diagnostic.

Mort locale. — Dans les membres séparés du tronc, le bourdouneraeul existe partout inunédiatement après l'amputation; il disparaît de minute en minute, en allant des deux extrémités vers le centre. Ce n'est que vers la quinzième minute qu'il €st complètement éteint.

Pétillements. — Les pétillements sont nuls dans la mort générale et locale.

Après avoir rapporté complètement tout ce que M. Collongucs croit avoir trouvé d'éléments de diagnostic et de pronostic dans la dynamoscopie, je suis libre vis-à-vis de l'auteur, et je jugerai sa découverte en quelques mots. — C'est une illusion sensoriale. - Et cela prouve combien il est difficile d'ob.server. Sans mettre en doute l'existence du bruit de contraction musculaire, je dLsqu il est très-difficile de l'apprécier, et j'ajouterai qu'il est difficile de savoir si le bniii se passe dans la personne qu'on ausculte ou dans l'oreille du médecin. En effei. j'ai lu quelque part qu'en auscultant un gros mur, on entendait le bruit <i boui-donnement, et après avoir répété l'expérience, et constaté la réalité du fait, j'en conclus que M. Gollongues s'est gravement trompé.

CIIAPITIIE X

DE L EMl'LUl t>ES SONDES ET DtS STVLETS.

Depuis répoqne la pins reculée, l'art chirurgical fait usage de sondes cl de slvlels. On se propose de reconnaître, à l'aide de ces instruments, la position > l'étendue des plaies et des trajets fistuleux, la direction des foyers pun.lenLs, •

UE l'iî.mploï j>es spéculums. 895

profoiuleiir des solutions de continuité, et môme la nature des corps étrangers (os, cartilages, projectiles de guerre) qui peuvent y être contenus. Les sondes métalliques, pleines ou creuses, sont irès-conniiunénient introduites dans la vessie, soit pour faciliter l'émission de l'urine chez lès malades débiles et figés, soit pour révéler la présence des calculs. Dans ce dernier cas, la main du chirurgien qui dirige l'algalie éprouve un choc caractéristique et perçoit une sensation toute spéciale due h la rencontre du métal avec le calcul. Nous avons vu comment l'auscultation pouvait être de quelque secours dans des cas de ce genre.

Lorsqu'on veut se rendre un compte exact de l'étendue, du degré d'intensité et du siège positif de certains rétrécissements du canal de l'urèthre, on introduit des sondes de caoutchouc ou Ijougies molles, susceptibles de reproduire la forme des parties avec lesquelles on les met en contact, et de conserver les empreintes des lésions internes. Ce moyeu d'investigation a été beaucoup |iréconisé à une époque qui s'éloigne déjà un peu de nous; mais l'expérience a démontré depuis qu'il ne faut accorder aux bougies et aux porle-empreintes qu'une confiance limitée, et n'accepter que sous bénéfice d'inventaire les résultats que ces instruments présentent. Il est aussi des sondes flexibles que I on emploie dans les rétrécissements organiques de l'œsophage et du rectum, ou dans les cas de corps étrangers; mais leur valeur thérapeutique est assez douteuse.

Quant aux instruments divers qui ont été tour à tour mis en usage pour l'exploration de la cavité utérine, ils sont souvent inutiles, quelquefois dangereux, et les médecins initiés au cathétérisme utérin par l'exemple de Récamier', n'y ont que très-rarement recours et dans les cas exceptionnels.

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