‹ Nouveaux éléments de pathologie générale et de séméiologieChapitre 273 sur 439 · SIGNES FOURNIS PAR L'EXAMEN DE L'ABDOMEN · texte numérisé non relu

SIGNES FOURNIS PAR L'EXAMEN DE L'ABDOMEN

Le ventre, ordinairement lisse, souple, arrondi, indolent, peu sonore, sans éruption ni gargouillement dans l'état de santé, offre, dans l'état de maladie, un certain nombre de phénomènes dont la constatation est infiniment utile au diagnostic. Quelques-uns devant être l'objet de considérations étendues à propos de la séméiologie de l'appareil digestif, je me bornerai à les mentionner ici sans y accorder trop de place. C'est à l'inspection, à la palpatiou, à la percussion, à la mensuration et à l'auscultation, qu'il faut recourir pour la recherche de ces difi'érents signes.

Le ventre lisse est quelquefois couvert de vmjelures blanches et rougcàtres chez les femmes qui ont eu des enfants, chez les personnes affectées d'ascite, d'hydropisie enkystée des ovaires, ou môme d'un certain degré d'embonpoinL Ce sont des déchirures profondes du derme, sous l'influence de la pression intérieure dont il est l'objet. — Il est quelquefois parcouru à la surface par un grand nombre de veines sous-cutanées bleuâtres, ce qui annonce une ascite, une cirrhose ou un cancer du foie, line tumeur hydatique de cet organe, une phlegmatia alba dolens ou une tumeur profonde comprimant la veine cave inférieure. — On y trouve enfin à l'ombilic des hernies ombilicales, et, sur la ligne blanche, un amincissement de l'aponévrose avec écartement des muscles droits, ce qui indique une ascite guérie ou un certain nombre de grossesses antérieures. C'est V évenlration. Par cet écartement de la ligne blanche sortent les viscères formant de petites heruies dangereuses ou des hernies en besace recevant à l'intérieur une plus ou moins grande partie des intcstms.

La couleur régulièrement pâle du ventre est altérée par les érui)tions divcrecs de pétéchies du typhus, de sudamina incolores, de taclies morbdleuses, de coloration scarlatineuse;mais, entre toutes, celle qui a le plus d'importance est l'éruption de taches papuleuses roses et larges de U à 5 millimètres, qu on observe du huitième au douzième jour de la fièvre typhoïde. Ce sont les tache, rosées lenticulaires, extrêmement importantes à rechercher, sans avoir cepe daut, connue on l'a dil, l'importance d'un signe pathognomon.que. On iesODserve quelquefois dans le cours de l'état fébrile engendré par •

La forme et le volume du ventre changent avec l'état de maladie. Cette p devient ronde, saillante en avant avec aillcuremeut ou sailhe de 1 ombiia -

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l'ascite. Elle s'arrondit, au contraire, dans le sens transversal dans l'hydropisie enkystée de l'ovaire devenue très-volumineuse. Dans l'obésité, la forme reste régulière, et l'ombilic conserve la dépression qui lui est habituelle. Dans ce cas l'accroissement se fait d'une manière générale et uniforme; le volume du ventre S'accroît dans la grossesse, à l'hypogaslre ainsi que dans la rétention d'urine et dans certaines tumeurs utérines ; dans l'hydropisie enkystée des ovaires, sur l'un ou l'autre des flancs; dans l'ascite, d'une façon régulière avec proéminence de l'ombilic; dans la tympanite, partout, y compris l'épigastre.

Il se développe partiellement dans les maladies du foie avec hypertrophie ou tumeur considérable, dans les corps fibreux de l'ovaire, dans les tumeurs de la fosse iliaque, etc.

Il diminue, au contraire, dans les maladies chroniques par suite de l'amai'fflssement général, dans la diarrhée excessive cholériforme, dans la colique de plomb, dans la méningite tuberculeuse où il est souvent le siège d'une excavation considérable, etc. On y trouve alors aisément les tumeurs formées par le pancréas, par la rate, par un rein mobile, par le caecum rempli de matières, etc.

La fermeté du ventre, variable suivant les matières solides, liquides ou gazeuses qu'il renferme, ne fournit aucun signe spécial.

La résonnance du ventre, ordinairement peu considérable, augmente beaucoup dans certaines circonstances, et forme, soit le météoriame si la résonnance est faible, soit le ballonnement si le phénomène est très-bien caractérisé. C'est l'Indice d'une pneuinatose gastro-intestinale produite par une fièvre de mauvais caractère, par un obstacle au cours des matières fécales, par des aliments féCUleiits, ou par la disposition hystérique.

Le gargouillement du ventre n'existe que lorsque des matières liquides sont renfermées dans l'intestin. Celui qui est spontané n'a pas d'importance pour le diagnostic; mais, d'après son siège, celui que l'on provoque par la palpation est infiniment utile à rechercher. Le gargouillement localisé dans la fosse iliaque droite, au niveau du caîcum, est un des signes de la fièvre typhoïde. Étendu à tout le ventre, au contraire, il annonce l'entérite aiguë ou chronique avec flux muqueux ou séreux de l'intestin.

La fluctuation existe quelquefois dans le ventre, et cela indique toujours la présence d'un liquide dans le péritoine, dans un kyste des ovaires ou dans une vessie très-distendue par l'urine. Les caractères particuliers de ces différentes maladies permettent ensuite très-facilement de les distinguer l'une de l'autre.

Des frottements peuvent se produire dans le ventre, mais cela est très-rare. On les entend au moyen du stéthoscope, soit dans les tumeurs hydatiques du foie et du péritoine, et ils ofl'rent le caractère général du frémissement hydatiquc, soit, d'après M. Després, au début de la péritonite ; mais c'est un signe très-difiicile à étudier.

Des bruits de soufile et des battements s'y font entendre dans plusieurs circonstances normales ou pathologiques. — J)cs battements isochrones au pouls s'observent souvent à l'épigastre chez les personnes maigres, très-nerveuses, et surtout chez les hypochondriaques. — Des battements irôs-frôquents, plus iiccélé-

rés que ceux du cœur, s'enlendent à l'hypogastre chez les femmes à la fin de la i gestation. C'est un excellent signe de la grossesse, et qui résulte de la transmission du bruit formé par les mouvements du cœur du fœtus. Les bruits de souffle qu'on entend dans le ventre ne sont appréciables que dans les trois circonstances suivantes: 1° l'anévrysme de l'aorte abdominale; 2" les tumeurs volumineuses anomales de l'utérus comprimant la veine iliaque, et par cela même produisant le souffle; 3" enfin la grossesse, cas le plus ordinaire dans lequel le souffle, attribué par les uns à la circulation des parois utérines, me paraît devoir être, comme dans la circonstance précédente, attribué à la compression des veines iliaques par l'utérus en état de gestation.

La douleur, dont je parlerai plus loin, se présente avec le double caractère de la spontanéité ou de la provocation par l'appui des mains. Ce sont des élancements, des coliques, des douleurs provoquées par la palpation, ou des épreintes et du ténesme s'il s'agit de souffrances au moment de la défécation. D'après leur siège, ces douleurs ont une signification différente et caractérisent des maladies d'estomac, d'intestin, du caecum, du côlon, du foie, de l'utérus, des reins, etc.

La douleur spontanée, sourde, avec brûlure à l'épigastre, se rattache aux affections nerveuses chlorotiques de l'estomac si la digestion reste bonne, et à la gastrite aiguë ou chronique, au contraire, si la digestion est douloureuse, pénible, accompagnée d'un léger mouvement fébrile. Elle porte le nom de gastralgie. — Des douleurs également spontanées, d'une forme à peu près semblable, s'observent entre l'ombilic et l'épigastre chez les sujets habituellement constipés ou ayant des alternatives de diarrhée et de constipation. Elles appartiennent au côlon plus qu'à l'estomac ; c'est une véritable colonalgie qui se rattache à l'atonie du cœcum et à l'obstruction de cette partie par les matières fécales.

Les coliques sèches s'observent, soit dans le choléra sec, qui est très-rare, soit dans la cohque sèche des pays chauds, dont la nature est peu connue, soit dans la cohque de plomb et dans les obstructions de l'intestin. Les coliques humides, au contraire, sont le signe de l'irritation gastro-intestinale, de l'entérite aiguë ou chronique, de tumeurs cancéreuses de l'intestin et de toutes les maladies accompagnées de flux intestinal. Quelques personnes ont soutenu qu'il n'y avait de coliques que dans le côlon, parce que seul il recevait des nerfs de la vie de relation. C'est une erreur. Toutes les parties de l'intestin, ordinairement insensibles dans l'état normal, acquièrent, comme les tendons par exemple, une sensibilité organique très-grande dans l'état de maladie, et les intestins grêles, malades et ulcérés, peuvent devenir aussi douloureux que le gros iniestm.

Les douleurs spontanées de la défécation, épreintes ou ténesme, annoncent toujours une dysenterie plus ou moins forte.

Il y a des douleurs spontanées de l'hypochondre droit, revenant irrégulièrement par crises plus ou moins fortes, d'une façon intermittente, souvent accompagnées d'ictère; ce sont des coliques hépatiques, et elles révèlent ordinairement la présence de calculs biliaires.

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