‹ Nouveaux éléments de pathologie générale et de séméiologieChapitre 305 sur 439 · TROUBLES DU MOUVEMENT. — SYNCOPE · texte numérisé non relu

TROUBLES DU MOUVEMENT. — SYNCOPE

• Si nous examinons maintenant les causes occasionnelles, nous voyons que 'àauvages n'en admet pas moins de trente-deux espèces, et encore les lipothymies forment-elles un ordre à part; que Cullen divise la syncope en /rf/o/jamique, ou cardiaque, et en symptomatique d'une affection d'un autre organe Sbe le cœur ou d'un état général; que J. P. Frank la fait dépendre d'une iilléraiion locale (cœur ou gros vaisseaux), ou d'une afl'ectiou générale, soit asiliénique, soit hypcrslliénique ; que Sénac enfin décrit trois ordres de causes, suivant qu'elles ont leur siège : 1° dans le cœur ; 2° dans les vaisseaux ; 3° dans les nerfs, auxquels il ajoute, comme appendice, des circonstances particulières (troubles de l'estomac, lésions du foie). — Il est très-vrai que la syncope se niODlre fréquemment chez les sujets atteints d'une affeclion organique du cœur; mais c'est surtout dans le cas de dilatation des cavités, quand les parois sont très-amincies, que les orifices artériels sont rétrécis, que les valvules sont devenues insuffisantes, qu'il y a pei'sistance du trou de Botal, et qu'il s'organise rapidement des concrétions sanguines dans les cavités cardiaques. — L'introduction brusque de l'air, èn opposant un obstacle mécanique à l'action du cœur, est encore une cause puissante de syncope. ■ — La pléthore et l'anémie cérébrales, par des raisons diamétralement opposées, et qui cependant aboutissent au même résultat; les hémorrhagies, et, parmi ces dernières, les hémorrhagies artérielles de préférence; l'inanition; les brusques perturbations apportées dans la fonction circulatoire; la ponction d'une ascite, d'un kyste de l'ovaire; la rapide expulsion du fœtus; d'abondantes évacuations; des sueurs excessives; des débordements bilieux ; l'ingestion de certains aliments dans l'estomac ; l'action de l'émétique; certains miasmes, produisent également la syncope. — Parmi les causes qui agissent principalement sur le système nerveux, nous signalerons les odeurs, la vue d'objets repoussants, les émotions soudaines, une vive frayeur, une violente douleur, une chaleur trop vive, une fatigue prolongée, l'orgasme vénérien, le contact de différents corps; les névroses, et, parmi elles, l'hystérie, les morsures venimeuses, les fièvres graves, pernicieuses ou autres, les alTections gangreneuses et les empoisonnements, particulièrement la respiration des vapeurs d'éiher, de chloroforme, d'acide carbonique, d'amylène et de tous les agents employés comme anesthésiques. Ici, c'est plutôt une asphyxie par hyposthénie du système cérébro-spinal ou sympathique qu'une syncope ordinaire. Il y a quelque chose de plus que l'asystolie cardiaque primitive : on doit reconnaître qu'une altération grave du sang a modifié les fonctions de l'innervation générale et cardiaque en produisant une paralysie passagère du cerveau antérieure à la diminution d'action du cœur.

Le diagnostic de la syncope est-il une chose facile? Évidemment oui dans quelques cas, puisque, d'après les caractères tirés de l'auscultation et de l'ophthalmoscopie et que nous avons esquissés au commencement de cet article, il n'y a plus possibilité de confondre la syncope avec In mort réelle. — H reste seulement à savoir si l'on peut distinguer l'évanouissement syncopal de l'évanouissement apoplectique et de l'asphyxie. Or, dans l'apoplexie, l'action du cœur et la respiration uc sont pas au même degré diminuées de force et de frc-

1028 SÉMÉIOLOGlli.

quence, et, dans l'asphyxie, si la syncope existe, — ce qui s'observe assez fré- ■ quemment, — elle ne constitue qu'un simple accident n'arrêtant pas les bruits ! du cœur, et elle ne fait que compliquer un état morbide dont aucun praticien i ne saurait méconnaître les caractères.

Pour établir le pronostic de la syncope, il faut remonter à son étiologie ; car i un état syncopal est plus ou moins grave, selon qu'il est le symptôme d'une affection organique très-sérieuse, ou qu'il est simplement déterminé par le trouble fonctionnel du système nerveux. — A moins d'un cas rare de fièvre pernicieuse dite syncopale, la syncope ne peut jamais être d'un bien grand 1 secours au médecin pour asseoir le pronostic d'une maladie, car l'évanouisse- ment en apparence le plus bénin est quelquefois celui qui amène la mort. Il en i est de même aussi de ces lipothymies prolongées qui portent la terreur au seia i des familles et qui sont suivies du retour le plus complet à la santé.

En présence d'une syncope, il faut donc toujours s'appliquer à l'étude de la cause qui l'a produite, et ne concevoir, en général, de crainte que lorsque le • malade est atteint d'une fièvre pernicieuse, d'une affection du cœur, des gros vaisseaux, du péricarde, ou qu'il est très-affaibli par des hémorrhagies antérieures. Là seulement gît le danger.

Rien n'étant plus connu que les divers moyens de traitement à opposer à la syncope, nous ne ferons que mentionner l'exposition au grand air ; le décubitus horizontal, la tête basse; la déligation des corsets, des cravates et des vêtements trop serrés ; la projection d'eau froide sur la face ; l'aspiration de substances odorantes, acide acétique ou ammoniaque; les frictions sur les tempes avec le vinaigre, l'alcool ou l'éther, et les brusques secousses imprimées an malade. Si la durée de la syncope prend des proportions inquiétantes, il faut en venir à des frictions sèches, aromatiques et alcooliques, sur la région épigastrique ou sur les extrémités, prescrire un lavement stimulant avec du sel et du vinaigre, et, dans le cas où il s'est manifesté préalablement une très-abondante hémorrhagie, la ligature des membres devient de la plus urgente nécessité pour rétablir l'équilibre fonctionnel des principaux organes. Quand il s'agit d'une fièvre pernicieuse syncopale il faut prescrire 1 h 2 grammes de sulfate de quinine, les faire pi endre sur-le-champ afin d'éviter le retour de l'accès suivant qui pourrait être mortel.

Page 1