TROUBLES DU MOUVEMENT. — SYNCOPE
Le deuxième exemple que je dois à l'obligeance d'un de mes amis, M. Rour lier, a été recueilli à l'hôpital Beaujon, dans le service de Martin-Solon.
Observ. II. — Une jeune fille eut une violente attaque d'hystérie, et tomba dans un état syncopal fort grave.
Celte jeune fille, âgée de dix-neuf ans, mal réglée, ayant habituellement un léger bruit de souflle dans les carotides, avait déjà eu plusieurs pertes de connaissance de courte durée. Ce jour-là, sans aucun symptôme précurseur, elle tomba sans mouvement et sans cris sur le carreau de la salle, les traits non altérés, la peau du corps insensible à tous les excitants, de même que la conjonctive et la muqueuse nasale, les memjores dans la résolution la phas complète, et les sens entièrement fermés aux impressions extérieures.
La pupille était légèrement dilatée et insensible à la lumière. L'éther et l'ammoniaque ne produisaient aucun effet sur la muqueuse olfactive, les sons ne parvenaient plus à l'oreille, et la douleur que durent causer des piqûres, des pinçons, ainsi que l'excitation de la peau par des sinapismes, ne put réveiller le système nerveux engourdi. La malade ne poussait aucuu cri et ne faisait aucun mouvement On l'aurait crue morte, si de temps à autre une inspiration presque imperceptible (8 par minute) et la persistance de battements du cœur à l'auscultation (68) n eussent démontré la persistance de la vie dans ce corps privé d'intelligence de mouvement et de sensibilité.
Au bout d'une heure, la malade n'avait pas encore fait de mouvements, et 10 centigrammes de tartre stibié, qu'on fit alors couler dans l'estomac, ne produisirent aucun résultat. On attendait toujours, lorsqu'un assistant s'avisa de porter • le doigt dans l'arnère-gorge, ce qui occasionna des nausées, des vomissements et Dientot après le retour à la vie,
« Enfin, quand, sur des animaux, on détermine, par la soustraction dusano' 'les symptômes de la mort apparente par syncope, on arrive à diminuer îè nombre et la force des battements du cœur, mais on ne peut réussir à les suspendre pendant un temps assez long ni à faire disparaître leurs bruits sans occasionner la mort (1). »
Soutenir qu'un être d'une organisation aussi compliquée que celle de l'homme peut rester une heure sans bruits du cœur, c'est-à-dire sans mouvements de cet organe et sans circulation artérielle, me paraît bien téméraire et bien opposé iiux lois communes delà physiologie. Je ne crois pas que la circulation chez I homme puisse s'arrêter longtemps, et quand je dis longtemps, cela veut dire "ne heure, sans produire des caillots cardiaques qui empêcheraient le rélablisjement des contractions auriculo-ventriculaires et qui amèneraient la mort D ailleurs il n'entrera jamais dans mon esprit qu'un médecin puisse avoir la prétention de guérir personne, ni de rétablir l'ordre dans les fonctions dérangées par la maladie, s'il est admis comme incontestable qu'il ne peut môme pas savoir quand commence et quand finir l'exercice de ces fonctions, en d'autres termes ' " ne croît pas être sûr de pouvoir distinguer la vie de la mort. ' En voilà assez sur ce point et je reviens à la séméiologie de la syncope L mvasion de la syncope est tantôt soudaine et tantôt annoncée par des signes
(1) E. Boucluil, ouvrage cite, p. 69.
B. — PATIIOL. GÉN.
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prodromiqiics, tels que : malaise, anxiété, vertiges, tintements d'oreilles, obscurcissement de la vue, obtusion des idées, bâillements, nausées, efforts de vomissement, perte du sentiment et du mouvement et asyslolie c'est-à-dire i diminution de la force et de la fréquence des battements du cœur.
A ces premiers symptômes succèdent la pâleur de la face, la décoloration des lèvres, le refroidissement des extrémités, l'anéantissement de la mémoire ei de l'intelligence, l'apparition d'une sueur visqueuse sur la peau, le défani < de contraction musculaire, l'affaissement du corps. Dans quelques cas assez a rares, il y a émission involontaire de l'urine et des matières fécales.
La syncope n'a, dans la très-grande majorité des cas, qu'une durée éphémère. Eu effet, à peine quelques secondes ou une ou deux minutes se sont-elles écoulées, . que les malades rouvrent les yeux et recouvrent le plein exercice de leurs foac- J lions physiques et morales, mais ils conservent encore pendant quelques instants de la stupeur, de la courbature et de l'oppression. On a parlé de l'inexprimable i bien-être et des sensations délicieuses qu'éprouvaient certains individus en re- prenant, après une syncope, l'usage de leurs sens, et l'on a cité à l'appui de celte assertion le récit de Montaigne (1) et la narration de J. J. Rousseau (2); mai nous nous contenterons ici de signaler le fait sans y ajouter d'importance.
La terminaison de la syncope est très-rarement mortelle. Le professeur Uécamier a rapporté l'observation fort intéressante d'une jeune femme qui, après avoir été afl'ectée d'une syncope longtemps prolongée, parfaitement bien revenue à elle-même pendant quelques heures, s'affaissa tout à coup et mourut A l'autopsie, on trouva un gros caillot fibrineux dans le ventricule gauche. Bomi et d'autres auteurs ont cité des cas analogues.
La syncope peut revenir périodiquement. C'est ainsi que Bacon était une fo, par mois sujet à cet accident. On l'a vue aussi constituer l'une des formes l. plus graves de la fevre ■pernicieuse, et Winslow, cet anatomiste que l'on a prétendu avoir été enterré deux fois vivant, a fourni un exemple de fièvre \y:x
nicieusc syncopale. , i ■ • .
Chez les individus morts par syncope, on trouve d'abord toutes les lésions t. dépendant des maladies dans le cours desquelles elle s'est produite, puis de . l'affaissement et de l'engouement des poumons, ainsi que quelques caillots dans r le cœur et dans les vaisseaux.
Les causes de la syncope sont extrêmement nombreuses. Parmi Icscausfô'i prédisposantes, nous citerons la faiblesse générale, l'adynamie (pii succède à -1 une longue maladie, les circonstances morbides qui abattent les forces, le s«e féminin, le tempérament nerveux, la gros.sesse, les maladies du cœur, des prè- i dispositions particulières de nature incomme, l'état puerpéral. En 18o2, .4Ipn. 'j Robert (3) a rapporté trois cas de syncope mortelle chez des femmes nouvellement accouchées.
(1) Montaigne, Essais, 1588, p. 153.
(2) J. J. Rousseau, Les lièveries, deuxième pronienaile.
^ (3) A. Robert, De la morl subito par syncope à la suile des couches {Bullelm gtn de Ihérapeulique, 1852, t. XLII, p. 78).