CHAPITRE II
BHUITS DU COEUR.
■ Déterminons à présent la cause du double bruit, tic-lac, que l'on entend à
chaque évolution du cœur. ,
Les expériences de Haller sur les mouvements du cœur, confirmoes pa. lanto
d'observations ultérieures, ne laissent aucun doute sur la réalité des qu'on en a tirées; mais elles seraient insufiisantes si, en même temps, elles n faisaient connaître la cause des bruits cardiaques. Beaucoup d erreui-s et de théories fausses ou trop exclusives ont été publiées. Je ne les reproduirai « .mais, je signalerai seulement celles que les expériences d autrui mont (luektue sorte contraint d'adopter.
Je dirai seulement, pour rendre hommage au génie de Laennec. que c auteur est le premier qui ait imaginé les applications que l'on peut lauc • connaissance et de l'étude des bruits du cœur
Il y a deux choses h établir dans la question des bruits du cœur : 1 u r port des bruits et des mouvements; 2" la cause de ces bruits.
0) Beau, Traité clinique cl expérimental d'amcuUalion.'PaTh, 1856.
BRUITS DU COEClR. — RAPPORT DES BRUITS ET DES MOUVEMENTS. 1051
ARTICLE PREMIER
RAPPOnT DES BRUITS ET DES MOUVEMENTS,
La plupart des physiologistes ont compris qu'il n'y avait pas moyen de séparer la théorie des hruits du cœur de la théorie de ses mouvements, et, en f ffet, de la solution du dernier problème dépend, en grande partie, la solution de l'autre.
Eu suivant, d'après les expériences de Haller, de Laennec, de Hope, de Bouillaud et de la plupart des physiologistes, ces mouvements du cœur avec le tic-tac naturel de cet organe, on voit que le premier bruit, ou bruit sourd, se fait entendre à l'instant de la contraction des ventricules et de leur choc contre la poitrine, c'est-à-dire pendant le deuxième mouvement ou la deuxième période d'une évolution du cœur. Seul, Beau et ses adhérents placent le bruit sourd au moment de la contraction des oreillettes, du relâchement des ventricules et de la contraction des ventricules, phénomènes du premier acte des mouvements du cœur. Il est vrai que cela résulte des observations faites sur la grenouille, et non des recherches entreprises sur les mammifères,
La preuve que le premier bruit ou bruit sourd coïncide avec la contraction [les ventricules résulte d'un grand nombre d'expériences, et en particulier de celles faites sur le cheval, préparé d'après la méthode de MM. Faivre et Chauveau. « Un stéthoscope appliqué sur l'origine des troncs artériels ou sur l'une des oreillettes permet d'entendre les bruits avec leur rliylhme et leur timbre naturel. Une oreillette étant saisie entre les doigts, on sent sa contraction avant (l'entendre le premier bruit. La main quitte l'oreillette et se porte sur les ventricules ; on constate alors un isochronisme parfait entre le premier bruit et la mitraction ventriculaire ; le second bruit s'entend cm moment où les ventrindes passent de l'état de contraction à l'état de relâchement. On fait tenir le stéthoscope par un aide, et les deux mains sont appliquées à la surface du cœur, l'une sur les oreillettes, l'autre sur les ventricules, et l'on obtient encore les mêmes résultats : systole cmrictdaire, aphone ; systole ventriculaire, pre- "der bruit sourd; relâchement général ou diastole, avec deuxième bruit au ' ommencement. On varie l'expérience de la manière suivante : un doigt est introduit dans une oreillette, il sent la contraction des parois de cette cavité nvant que l'oreille entende aucun bruit; le premier bruit survient quand la ' ilvuie auriculo-ventriculaire frappe la pulpe du doigt en se relovant; ce bruit i^sse et est remplacé par le second quand ces valvules s'abaissent.
» En résumé, une révolution du cœur chez le cheval étant partagée en quatre temps, le premier est occupé par la systole auriculaire complètement •'idwne; le deuxième par la systole ventriculaire avec premier bruit sourd; le uoisième par le commencement de la diastole générale avec deuxième bruit ' lair ; le quatrième par la lin de cette diastole, aphone comme le premier "■nips. Chez l'homme, les choses se passent de la môme manière, avec cette
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iliiïérence que la doniière phase manque toutîi fait, le rhythme des mouvements et des liruits étant marqué par trois temps seulement. »
La même expérience a été refaite d'une autre manière encore plus saisissante par le même Cliauveau, aidé de M. Marey (1). Ces médecins ont réussi à obtenir, à l'aide d'un appareil enregistreur, sur des animaux non mutilés, la représentation pour ainsi dire aiitographique des mouvements du cœur et du choc cardiaque, de manièr(; à ne plus rien laisser à l'appréciation des sens dans 1^^ détermination des rapports de l'un avec les autres. W^Ê
« Lorsque l'oreillette ou le ventricule se contractent, il survient une brusquA^ augmentation dans la pression du sang que contiennent ces cavités. Signaler l'aide d'un instrument enregistreur ces changements dans la pression nous a paru la meilleure manière de constater l'instant de la contraction de l'oreillette et du ventricule. L'expérience que nous avions déjà tentée il y a deux ans, au moyen de leviers de sphygmographe mis en communication avec les cavités du cœur par des tubes remplis d'eau, avait échoué à cette époque à cause des résistances trop grandes que causaient l'inertie et les frottements d'une longue colonne liquide. Nous la reprimes dans ces temps derniers avec un succès complet en nous servant comme moyen de transmission de tubes h air, d'après le procédé de M. Buisson (2).
» L'expérience fut faite sur un cheval vigoureux qui est resté pendant tout le temps debout et parfaitement calme (on observa cependant une accélération sensible des battements du cœur).
.. Une petite boule de caoutchouc gonflée d'air fut introduite dans un espace intercostal, du côté gauche, au niveau du ventricule; elle recevait le choc | développé par la pulsation cardiaque et le transmettait au moyen d'un long tube |
à un premier levier.
«Une sonde poussée dans l'oreillette droite, par la jugulaire, et termuiée par une mince ampoule élastique pleine d'air, transmettait à un deuxième levier | les impulsions développées par les systoles auriculaires.
» Enfm, un troisième levier recevait les impulsions ventriculaires ; i\ com- . muniquait au moyen d'un long tube avec une sonde solidaire de celle de \ l'oreillette, mais plus longue et descendant jusque dans le ventricule. Une ampoule élastique le terminait également; un plomb adapté à son cxirémné assurait .|
sa deficente. ,
» Quand on se fut assuré que les ti-ois leviers fonctionnaient régulièrement, ■ on leur fit écrire simultanément leurs indications sur un cylindre tournant recouvert d'un papier glacé enduit de noir de fumée. La ligure ci-dessous reproduit ces indications.
(J) Clmuvp.au cl Ma.oy, IhUcrmimlinn (,mphique des rapports du choc du ca-ur avec les monvemenlsdcs orciUetles cl des ventricules (Comptes rendus de VAcad. des sc.c«c«,, ot Appareils et expériences cardiographiques, démonstralion nouvelle du mer.amswe « mouvements du cœur par l'emploi des imlrumenls enregistretirs à ind.rat.ons conim ■ (hh'm. del'Acad. de mMccine. Paris, 1SG3, l. KXVI, p. 208). (2) Voyez la Gazette médicale do Paris, 18 mai 18G I.
lilluns.DU coEUiî. — uAi'i'onx diïs luiurrs liT ui^s muuvkmi;nts. 1053 » Le liacé supérieur 1 apparlieiil. à rorcillcLlc. Au début, roroilicllc est en iL'Iàclicmciit el se remplit peu à peu par l'alllux veineux; aussi la ligne du tracé ^'^lèvc-t-elie graduellement. L'ascension brusque et brève qui succède à cette première partie du tracé indique ensuite la systole auriculaire. L'abaissement non moins brusque qui vient après résulte de l'aspiration qtie le vide ihoraciquc cause sur l'oreillette relâchée. Puis arrive une nouvelle réplélion de l'oredlette, L'L la série des mouvements se répète comme tout h l'heure (1).
» Le tracé 2 indique le mouvement du ventricule; il débute pendant la . systole. Le levier est alors relativement très-haut; il se tient un instant daa^
2i0. — linjipni'ts lin clicic; ] l'i'iim-ilial iivi'i' lus m'iuvcnionls iiili'iiisri[»ts tlii l'unir (ulicz lo clieviil) (*).
cette position ; après quoi, il descend brusquement au moment du relâchement (lu ventricule, reste abaissé pendant toute la durée de ce relâchement et remonte de nouveau à la systole suivante, fia durée de l'état d'élévation du levier correspond à la durée de la systole.
" La ligne 3, qui donne le tracé du choc, connnence au milieu d'une puisalion. Le commencement el la fin des pulsations suivantes sont indiqués par une ^»'rie de mouvements d'ascension et d'abaissement de la ligne du tracé.
(1) Les oreillettes dans ce trauc ont beaucoup plus it'aiiiplitudu <nic dans les deux ■lUlres, parce que, vu la faiblesse do l'oreillclle, nous avions donné à l'appareil Iransniettcur une exquise sensibilil6. Les dimensions des tracés ne peuvent donc nullement donner une idée de l'intensité relative des systoles de roreilletlc et du ventricule, ils n'expriment que leurs rapports de succession.
(*) 1, tracé (le; IWeillottc ; 2, tniw il» vunLi'iciilo ; 3, U:w ili; lu |iiilsn|{.in i iii iliiii|iR' un ilii clioc du m-nv ''iiUc In poilriiii;. (.1. Mmvy et Clmiivciiu.)
105/1 SÉMÊIOLOGIE. J
» Considérons maintenant ces trois tracés dans leur ensemble, afin d'établir ri| les rapports des mouvements do l'oreillette et du ventricule avec la pulsation cardiaque. Comme les trois tracés ont leur début sur une même verticale, il suffit d'abaisser des perpendiculaires du début des systoles de l'oreillette et du ventricule sur la ligne des chocs pour savoir laquelle des systoles coïncide avec ; le choc ventriculaire. | « On voit alors : 1° que la systole de l'oreillette débute et même finit long- -i temps avant le choc ventriculaire; 2" que la systole du ventricule commence r; exactement au début du choc et finit avec lui.
» Nous avons essayé de rendre la chose plus visible en reportant sur la ligne a ij la durée des systoles et leur position respective, tandis que la ligne b indique la. i/ position et la durée du choc.
» Il est inutile d'insister davantage sur la signification de ces tracés, qui nous semblent démontrer d'une manière irrécusable que le choc du cœur est un effet de la systole du ventricule, et que par conséquent il ne saurait y avoir de r doute entre les deux théories rivales. Si l'erreur était possible lorsque la vue et le toucher devaient saisir les rapports de ces mouvements rapides, il n'eu « saurait être de même avec des appareils qui accusent l'apparition de chaque r mouvement avec une approximation d'un vingtième et au besoin d'un cinquan- • tième de seconde. »
Ces expériences confirment donc les observations anciennes de Harvey, de > Haller, de Laennec, de Turner, de Hope, de Bouillaud, de iMagendie, de Ch. Villiams et des Comités anglais sur le synchronisme de la contraction ventriculaire et du premier bruit du cœur. Elle ne contredit que les observations de Beau, mais j'ai signalé précédemment la cause de cette différence. Quant au second bruit, elles confirment également les observations antérieures d'un certain nombre de médecins, et en particuUer celles de Hope, de Rouannet, de Carlisic. de M. Bouillaud et de Beau. Elle contredit formellement celle de Laennec, qui n'est plus acceptée de personne.
ARTICLE II