CAUSE DES BRUITS DU COEUB
Après avoir mis en rapport les bruits du cœur avec ses mouvemenls, on se demande quelle peut être la cause de ce tic-tac régulier perçu par l'oreille. Ici encore la science est encombrée d'un certain nombre d'opinions exclusives et fausses qu'il faut rejeter pour en choisir une qui soit véritablement en rapport avec les résultats de l'expérience.
Entre toutes, l'opinion de Rouanet, qui accorde le principal rôle, dans la production des bruits cardiaques, au redressement et au claquement des valvules artérielles et ventriculaires, est celle qui mérite d'être adoptée. Elle a aujourd'hui conquis un assentiment presque général, et Cariisie, Bouillaud, (^uveilhier, C. Williams, MM. Faivre et Chauveau, etc., lui ont prêté l'appui de leurs
liliUITS DU COEUR. — CAUSE DES BRUITS DU COEUR. lOob
propres expériences. Seulement il ne faut pas en faire une doctrine exclusive, el si le claquement valvulaire entre pour une grande part dans la production des bruits cardiaques, il convient de savoir tenir compte du choc des ventricules contre la paroi thoracique ( Bouiliaud) et de la collision du sang dans leur intérieur.
Le premier bruit, ou bruit sourd, résulte du claquement des valvules auriculo- Vgntriculaires, auquel s'ajoute le double eiïet du choc du cœur en avant et de la (K^lisiondu fluide sanguin. En effet, si à l'exemple de MM. Faivre et Chauveau on introduit le doigt dans l'oreillette droite du cheval, de façon à explorer l'orifice auriculo-ventriculaire, on sent, au moment de la contraction des ventricules, les valvules triglochines se redresser, s'affronter par leurs bords, et se tendre au point de devenir convexes par en haut, de manière à former vn dôme multiconcave au-dessus de la cavité ventriculaire. Le doigt engagé entre les trois valvules, au point central qui les réunit, subit une pression très-sensible par ce choc valvulaire, et c'est à cet instant que se fait entendre le premier bruit. On le fait disparaître par la destruction de cette valvule.
« Pénétrez avec un ténotome courbe, à pointe mousse, dans l'oreillette droite^ par une ouverture pratiquée à l'auriculc, et coupez les cordages tendineux qui fixent aux parois venlriculaires les trois festons de la valvule iricuspide, ou seulement même un seul de ces festons ; la valvule ne se tendra plus sous l'effort de la contraction ventriculaire, et le sang refluera à large flot dans l'oreillette, à chaque mouvement de systole. Liez alors l'extrémité de l'auricule pour arrêter l'écoulement du sang, et placez le stéthoscope sur l'oreillette ; avant l'expérience, on entendait sur ce point le premier bruit du cœur ; après la section des valvules, il est remplacé par un souflle prolongé qui dure autant que la systole ventriculaire, avec assez d'intensité pour couvrir généralement le bruit normal qui continue à se faire entendre dans le cœur gauche. Introduisez le doigt dans l'oreillette, et vous sentirez, à chaque contraction des ventricules, le flot du sang remonter dans le compartiment auriculaire, en produisant un Irottement doux qui donne l'explication du bruit de souflle.
» Au lieu de couper les valvules, employez une tige de fil de fer contournée, à l'une de ses extrémités, en un petit anneau interrompu, coudé perpendiculairement sur la tige elle-même et que vous pourrez engager dans l'oreillette par une très-petite ouverture. Eu poussant cet anneau dans l'orifice auriculoventriculaire, pour empêcher l'aUVontement et la tension des valvules, vous déterminez également un bruit de souflle. En ramenant le fil de fer en haut de l'oreillette, vers les orifices veineux, vous ferez reparaître le premier bruit dans toute son intensité, et le souffle anomal sera anéanti.
» Répétez la mênv; expérience sur le cœur gauche, et vous obtiendrez encore le même résultat. Mais l'auscultation, dans ce cas, ne peut s'effectuer toujours sur l'oreillette, à cause du violent ébranlement que le reflux du sang fait •^"ibir au stéthoscope; il faut souvent appliquer l'instrument sur la base des ventricules à l'origine de l'aorte. Le souffle auquel on donne alors naissance est heaucoup plus fort que du côté droit; il couvre toujours entièrement le bruit normal qui se produit à l'orifice auriculo-ventriculaire droiL
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» Eiil'ui, la scclioii des valvules auriculo-venlriculaires peul èlrc i)iali(|u6c sur les deux cœurs à la fois, l'aniiual élant ouvert; du côlé gauche; le premier bruit esl alors coiistammcnl remplacé eu loialité par un souille niagnifKpie (1). »
11 était impossible de répéter d'une façon plus heureuse et plus concluante les expériences de Rouanet sur la part d'influence du claquement valvulairedaus la production du premier bruit du cœur, sans préjudice du renforcement produit parle choc, par la contraction musculaire et par la collision du sang | contre les parois ventriculaires. L'expérience du Comité de Dublin, dans la- h quelle le cœur vide, sorti de la poitrine et pose sur une table, fait entendre un» bruit lorsqu'on l'ausculte au moment de la systole, ne prouve rieu contre le claquement des valvules mitrale et triglochine ; car, si, au lieu d'appliquer le stéthoscope sur la masse des ventricules, on le place à la base de l'organe, de manière à éviter le choc ventriculaire, on n'entend plus ce bruit sourd dont la< signification a été mal interprétée.
Le second bruit du cœur, ou bruit clair, est exclusivement produit |)arleT claquement des valvules sigmoïdes, sous le choc en retour du sang contenu dans les artères. C'est un fait démontré par Rouanet, vérifié par M. Bouillaud, par C. Willians, parles membres du Comité de Dublin, par MM. Faivre cl:<
Chauveau, etc. . . , i ;
En saisissant très-vite, à pleine main, les deux troncs artériels, vers leur orn -ine de façon à intercepter la circulation à leur intérieur, on empêche le chuiucment des v'alvules sigmoïdes, et le second bruit du cœur cesse complétemenl.. On peut encore faire l'expérience comme il suit : « Pour empêcher 1 abaissement des valvules sigmoïdes sans intercepter la circulation, nous introdu.sonsr dans les troncs arlériels un trocart. dont la gaîue renferme plusieurs amcsélastiques. L'instrument est enfoncé jusqu'au-dessous du niveau des valvules sigmoïdes pendant qu'elles sont relevées; puis la gaîne du trocart est ijluv'' pour permettre l'écartement des lames élastiques, qui s appliquent alors o u les valvules et les empêchent de s'abaisser. On détruit amsi le deuxième bru l ■ soit dans les deux artères, soit dans l'une seulement, et l'on entend ires-b.en ïa place un souffle doux après chaque systole des ventricules, souffle produit, par le retour du sang dans ces cavités. » i.. „a„.<, ,.:
' Pour Ueau, dont la théorie des mouvements du cœur diffère ^ ^^-^ qui a fait également une théorie des bruits, l'explication du ^N»^" «^"^ " ^re imaginée par Rouanet et adoptée par un grand nombre de médecins n e. e te Le premier bruit inférieur, ou bruit sourd du premier temps,
là collision du sang chassé parles oreillettes ^^^^^ ventricules au moment de leur diastole et paV le choc du cœ ,rine h cet instant. Contraction auriculaire, passage du sang - ^ ^'^ dilatation des ventricules, choc des veniricules, collision du liquide conl.e le*
(,) Chauveau et Faivro, iVouucUcs rccUrcHes cpéri^ontalcs sur le. .ouvmen.e, les brtUls normaux du cœur. Paris, 185G, p. 30.
SIGNES FOURNIS PAU L'iNSPliCTlON UE LA UÉOlON l'UÈnolU)lALt. '1057
parois, systole veulriculairc el abaissement des valvules sigmoïdes, voilà les causes du premier bruit. Le second bruit, ou bruit clair supérieur, correspond au second temps des mouvements du cœur, qui est la dilatation des oreillettes gonflées par le sang qui revient des poumons, et il résulte de la collision du sang contre les parois des oreillettes. Malheureusement ces faits sont difficiles à démontrer, et, comme il n'y a en leur faveur aucune expérience aussi concluante que celles dont j'ai parlé à l'appui de la théorie du claquement valvulaire, c'est à cette dernière qu'il faut s'arrêter.
SECTION II