MALADIES PSEUDO-VIRULENTES
Pian, blennorrhagie, ophthalmie purulente, etc.
C'est là une division sans doute imparfaite, purement temporaire, et qui ne peut rien avoir de définitif. L'observation pourra, je n'en doute pas, lui faire subir des modifications avantageuses; mais, telle que je la présente, elle est susceptible de faciliter la connaissance des maladies virulentes.
Je vais maintenant parler : 1° de ces diverses maladies envisagées d'une manière générale et comparative ; 2° de leur développement et de leur marche, ce qui me permettra d'indiquer très-sommairement les faits les plus importants relatifs à la durée de l'incubation de la fièvre primaire et à l'apparition des caractères spécifiques et des phénomènes généraux; 3'' enfin je terminerai par ce qui est relatif aux maladies dont la nature contagieuse et virulente est restée douteuse, malgré les plus minutieuses investigations.
a. — Des maladies virulentes.
On peut dire des maladies essentiellement virulentes ce que Seslier disait avec raison des maladies spécifiques en général : c'est qu'elles nous x'évèlent « certaines propriétés des corps vivants qui, sans elles, seraient complètement ignorées. Entre le virus variolique et la variole, entre le virus rabique et la rage, il y a l'intermédiaire de l'économie vivante qui a reçu l'action spécifique et qui reproduit l'effet spécial. »
Toutes sont caractérisées, chez l'homme et chez les animaux, par l'infection générale de l'organisme, qui se manifeste à une époque plus ou moins éloignée du jour QVi l'absorption de la matière virulente s'est accomplie, infection salutaire dans quelques cas exceptionnels, ordinairement nuisible et désastreuse dans ses effets : exemple, le cow-pox, la vaccine et les maladies inoculées dans un but de prophylaxie ; ailleurs la syphilis, la morve, le charbon, etc. Les unes, et ce ne sont pas toujours les moins graves, apparaissent sous une apparence peu redoutable, avec une écorchure ou quelques pustules, telles que la rage communiquée, la pustule maligne, les chancres de la syphilis, etc. ; les autres exercent une action locale plus étendue, et se manifestent sur toute la surface
(1) Ce sont des maladies miasmatiques ou parasitaires par germes cellulaires vivants se greffant dans l'organisme.
(2) Celte maladie est commune à l'homme et aux animaux, elle est souvent inoculable et l'on en a fait une maladie virulente. Ce n'est peut-être pas exact, et il n'y a peut-être là qu'une greffe cellulaire donnant lieu à l'absorption dans le san- et dans la lymphe de noyaux cellulaires reproduisant là oii ils se déposent la cellule qui leur a donné naissance.
(3) Ce sont des maladies purulentes.
de la peau et des muqueuses, comme la variole, la rougeoie, ou détruisent presque en même temps tous les tissus de l'économie : l'affection morveuse dans la forme aiguë. Gomme le dit M. Dalmas, souvent, lorsque ces symptômes existent, ils ont des caractères à eux, spécifiques, aussi bien que la maladie qu'ils représentent.
Les altérations anatomiques qui les accompagnent sont des plus variées quant « la forme, et il est difficile de les grouper d'une manière satisfaisante, Qu'observe-t-on, en effet, à cet égard? C'est ici une pustule qui doit nous préserver de la contagion variolique (la vaccine) ; là, une éruption cutanée, variable suivant les maladies : exanthémateuse dans la rougeole ; pustuleuse dans la variole de l'homme et dans la clavelée du mouton; ailleurs, un chancre; en d'autres circonstances, des abcès épars et multiples, comme dans la morve aiguë, ou des gangrènes épouvantables, comme on a pu en voir dans les différentes formes d'affection charbonneuse.
Le sang lui-même, véhicule de tant de principes virulents, n'a fourni à l'analyse que des données incertaines, 11 renferme quelquefois des bactéries, et, si l'on excepte quelques analyses de M. Andral (1) au sujet de la variole et de la rougeole, nous en sommes à juger de l'état du sang, dans les maladies virulentes, par l'aspect extérieur de ce liquide ou par l'examen du caillot des saignées.
On sait seulement que l'inoculation, ou plutôt que l'injection d'une certaine quantité de ce liquide peut reproduire une maladie virulente, telle que la syphifis ou une maladie pseudo-virulente. Ex. : la tuberculose ('2).
La plupart des affections virulentes n'entraînent que des accidents primitifs immédiats, et, soit qu'elles se terminent par la mort ou par le retour à la santé, on peut croire, quand elles ont parcouru toutes leurs périodes, ou que la matière virulente est épuisée, ou que l'organisme n'a point été modifié par elle. Il en est une toutefois qu'il faut excepter, c'est la syphilis. Alors qu'elle est guérie, du moins en apparence, et que, trompé par la disparition des phénomènes primitifs, le malade et quelquefois le médecin peuvent croire que tout est terminé, il survient quelquefois, à une époque plus ou moins éloignée, sans autre infection nouvelle, des accidents graves et sérieux, désignés sous le nom de secondaires, qui révèlent une modification profonde et spécifique de l'économie.
Quelques-unes de ces maladies parcourent leurs périodes' avec rapidité : exemple, le cow-pox, la variole, les maladies charbonneuses ; d'autres, au contraire, se préparent lentement, comme la rage, et deviennent ensuite foudroyantes ; d'autres enfin sont essentiellement chroniques, ainsi qu'on en pourra juger par certaines formes de l'affection morveuse. Je reviendrai un peu plus loin sur ces phénomènes, qu'il est de la plus haute importance de bien connaître au point de vue de la nature des virus.
Les maladies virulentes sont donc la conséquence de l'impression produite par l'absorption des différents virus. Que ce soit par contact direct, comme
(1) Andral, i^ssai d'hématologie palhologiquo, Paris, 1843.
(2) Villemin, loc. cit.
DliS GAUSKS DE MALADIE. — IMPRESSIONS VlilULENïES. 153
dans rinociilatioli naturelle ou artificielle, par injection sous-cutanée du principe morbide ou par la réunion passagère de deux surfaces cutanées, par la réunion momentanée de deux membranes muqueuses, par l'application de vêtements infectés sur le corps, ou que ce soit par contact indirect, comme on le dit, lorsque le virus volatilisé, répandu dans l'atmosphère, vient pénétrer de toutes paris dans un organisme sans défense, il faut que le poison morbide so;t aî)sorbé et introduit clans le sang et dans les centres nerveux. Toutes les maladies virulentes se développent par l'un ou l'autre de ces moyens de propagation. Mais il en est qui n'ont pas besoin de toutes ces conditions pour se reproduire, La variole chez l'homme, la clavelée et la maladie bos-hongroise chez les animaux, se transmettent à distance par chacun des moyens précédemment indiqués, et surtout par dissémination de leurs germes invisibles dans l'atmosphère. Quelques-unes ne se propagent que par inoculation; ce sont la rage et le cowpox. Pour la plupart, elles peuvent se développer spontanément,. Toutefois, chez l'homme, ki morve et la rage font peut-être exception à la règle ; mais il ne faut pas appeler du nom de rage les symptômes d'hydrophobie observés dans les maladies nerveuses.
La multiplicité des modes d'absorption et d'impression des virus sur l'économie fait en quelque sorte pressentir la facilité du développement des maladies virulentes. En efîei, la cause qui les engendre étant spécifique et volatile, on comprend qu'elle puisse frapper un grand nombre de sujets à la fois.
Les maladies essentiellement virulentes peuvent donc se développer spontanément, comme on le voit pour la rage chez les animaux ; elles peuvent être provoquées par le simple contact ou par l'inoculation ; elles peuvent enfin régner d'une manière épidémique.
Leurs caractères sont essentiellement différents quant à la marche des symptômes. Ainsi, tandis que les unes prennent la forme aiguë, depuis l'instant de l'absorption du virus jusqu'à la terminaison heureuse ou funeste des accidents spécifiques, les autres sont en quelque sorte chroniques au début, lors de l'inoculation virulente, et les accidents aigus ne se manifestent qu'à une époque plus ou moins éloignée. Ainsi, tandis que la variole, la rougeole, la clavelée, etc., parcourent leurs périodes avec une rapidité extrême, on a vu la rage ne se manifester que fort longtemps après son inoculation. Elle est chronique, si l'on peut dire, dans son incubation ; elle est aiguë, au contraire, lors de l'apparition des accidents spécifiques. Disons aussi que plusieurs de ces maladies se présentent tantôt avec la forme aiguë, tantôt avec la /bme chronique. Tel est le cas de la syphilis. On sait, à n'en pas douter aujourd'hui, que la morve et le farcin, effets différents d'un même virus, peuvent s'offrir d'emblée avec l'un ou l'autre de ces caractères (1). Dans quelques circonstances, la marche des accidents est tellement rapide, que les individus meurent dans un fort court espace de temps (Dalmas): c'est, dit-on, le cas de quelques varioles (J. Frank); c'est aussi ce qu'on observe dans certaines affections charbonneuses des animaux.
(1) Tardieu, De la morve et du farcin chronique chez l'homme. Paris, 1843, in-ii.
ISi PATHOLOGIE GÉNÉRALE.
Quelle que soit la forme des maladies virulentes, que leur marche soit aiguii ou chroni(iuc, les accidents qui les caractérisent présentent quelque chose de tout spécial. Elles sont remarquables par le développement régulier de certains phénomènes constants, dont la succession peut être annoncée à l'avance.
Ces phénomènes, qui sont dus à l'absorption des virus, c'est-à-dire à Vinfection de l'économie, se retrouvent, à peu de chose près, les mêmes dans toutes les maladies virulentes. Il n'y a guère de différences que dans les altérations organiques locales qui constituent le caractère de ces maladies. Ainsi, à part la circonstance de l'inoculation qui entraîne des accidents locaux primitifs plus ou moins apparents, il y a des phénomènes généraux qui annoncent l'intoxication de l'organisme. Ces phénomènes, considérés dans ce qu'ils ont de commun, peuvent être groupés en plusieurs catégories, représentant chacune un ordre spécial d'idées. C'est d'abord la période û' incubation, puis l'invasion avec la fièvre primaii^e, et enfin l'apparition des lésions locales ou caractères spécifiques accompagnés ou non accompagnés d'une /îèure de réaction.
Incubation. — Toutes les maladies virulentes engendrées par l'impression d'un virus ont une période latente, dans laquelle rien ne révèle les accidents qui ne peuvent tarder à paraître. Cette période, comprise entre le jour de l'inoculation ou de la contagion directe et celui où paraît le premier phénomène morbide, je l'appelle période d'incubation. Elle est très- variable, suivant les maladies. On l'estime à sept ou huit jours pour la variole (Hunter) ; mais les avis sont partagés à cet égard, car J. Frank croyait que le virus variolique était susceptible de causer un effet instantané, et Biett porte la durée de son incubation à une ou deux septaiues. Elle est évaluée à vingt-quatre ou quarantehuit heures pour la rougeole, mais elle peut se prolonger au delà, six jours (Gaubius), sept jours (Home),Isix à seize jours (Willan), vingt-cinq, trente ou même cinquante -huit jours (Rilliet et Barthez); elle est de huit jours à un mois, et même, dit-on, davantage pour les chancres ; de six, huit ou vingt jours pour la clavelée ; de six à soixante heures pour le charbon ; de trois jours à une septaine, selon Camper, pour la maladie bos-hongroise, etc.
Il est difficile de fixer d'une manière rigoureuse la durée de cette période ; car on ne peut toujours assigner d'époque à l'impression du virus. En outre, elle varie suivant un certain nombre de circonstances idiosyncrasiques incontestables, dont nous ne connaissons pas l'influence. Ainsi pourquoi le pus d'un chancre primitif n'e&t-il pas immédiatement absorbé, et pourquoi la cautérisation détruirat-elle le virus au bout de six à sept jours chez un individu (Ricord), tandis qu'elle ne le détruira pas chez un autre? Nous n'en savons absolument rien. Pourquoi le virus rabiquc séjourne-t-il quelquefois si longtemps dans l'organisme sans révéler sa présence? C'est encore une question que nous ne pouvons qu'indiquer, mais qu'il est impossible de résoudre sans recourir à l'hypothèse. L'âge exerce, à l'égard de quelque virus au moins, une notable influence sur leur incubation. Toutes choses égales d'ailleurs, les fièvres éruptives se commumquent plus facilement chez les enfants que chez les adultes. Il y a des cas ou.
chez eux, il ne s'écoule pas plus de vingt-quatre heures entre l'infection et l'apparition de la lièvre primaire.
L'alTaiblisseinent de l'organisme par les excès, par les privations de tous genres, par les évacuations considérables, par lés passions tristes, etc. , est également susceptible de modifier les phénomènes de l'incubation, du moins il est permis de le croire. Elle est certainement prolongée chez quelques sujets, lorsqu'ils sont exposés à la contagion dans le cours d'une maladie aiguë. Ainsi, quand la variole et la rougeole régnent dans une salle d'hôpital, les enfants qui ont des affections aiguës ne sont eu général atteints que longtemps après leur arrivée et lorsqu'ils sont déjà en convalescence. C'est presque uniquement chez les enfants qu'on voit se succéder ainsi une foule de maladies contagieuses. Le même fait s'observe cependant chez l'adulte, et j'ai vu la variole survenir dans la convalescence de plusieurs fièvres typhoïdes, alors qu'un varioleux avait fort longtemps auparavant séjourné dans les salles de l'hôpital.
Lorsque les matières dites virulentes, en si petite quantité qu'elles soient, ont pénétré dans l'économie, l'action intime qui résulte de leur impression nous échappe ; inaiS;, par la pensée, nous comprenons l'intoxication qu'elles produisent. On suppose que, mélangées au sang qUi subit leur influence, elles agissent sur les centres nerveux, engendrent une diathèse spéciale favorable à I leur reproduction, et, lorsque l'infection est complète, elles déterminent des accidents qui se traduisent souvent par un mouvement fébrile désigné sous le nom de fièvre primaire.
Invasion, fièvre primaire. — Ici, comme pour l'incubation, il y a des différences nombreuses relatives sans doute aux idiosyncrasies particulières, mais ; aussi à la forme aiguë ou chronique des maladies virulentes, à la nature et. à l'activité du poison morbide absorbé. Le cow-pox, chez les animaux, est précédé d'une fièvre primaire qui manque quelquefois lors de l'inoculation de ce virus à l'homme, parce que ce virus est affaibli. Ces accidents fébriles sont trèsmarqués dans la variole; beaucoup moins dans la rougeole; ils sont très-manifestes dans la morve aiguë; ils sont moindres dans l'inoculation du claveau; ils sont inappréciables dans la morve chronique et dans la plus grande partie des cas de syphilis. Cependant on observe quelquefois des éruptions cutanées spé' cifiques et fébriles chez des sujets atteints de syphihs primitive.
Lorsque la fièvre s'allume, elle est presque toujours accompagnée de divers troubles dans les fonctions de l'économie, troubles qui toutefois ne sont pas encore spécifiques de V affection virulente. Avec la fièvre primaire de la variole s'observent des vomissements et des douleurs rénales caractéristiques; dans la rougeole, c'est le coryza, le larmoiement, etc., et avec ces phénomènes spéciaux, l'inappétence, la faiblesse, la courbature, enfin tout le cortège symptomatique 1 d'une maladie aiguë qui commence. Quelquefois on observe des phénomènes nerveux plus ou moins graves, en rapport avec la plus ou moins grande malignité des affections virulentes. La variole confluente débute assez souvent par le délire, et les affections charbonneuses par une adynamic profonde.
Celles de ces maladies qui sont engendrées par le contact direct de la peau
PATIIOLOGllî GÉNÉRALE.
avec une matière viriilciUc, ou par la pénétration du virus au moyen d'une blessure, présentent quelquefois des phénomènes locaux apparents. Les plaies prennent, comme on le dit généralement, un mauvais caractère. Dans la rage, il paraît que la morsure est douloureuse et que la plaie s'ouvre à plusieurs reprises. Dans la pustule maligne qui va donner naissance à une aiïection charbonneuse générale, la peau ne tarde pas à oiïrir les signes d'un phlegmon gangréneux fort grave. Ailleurs la plaie détermine une angioleucite superficielle et le gonflement des glandes lymphatiques correspondantes. C'est ce que M. Piorry a parfaitement indiqué par cette phrase : « Les virus déterminent souvent des effets locaux, suivis de phénomènes généraux, et d'autres fois c'est le contraire qu'on observe. »
La durée de la lièvre primaire et de ces prodromes est très-variable dans les diverses affections virulentes ; elle ne se prolonge guère au delà de trois ou quatre jours dans celles qui ont une marche aiguë ; sa durée est moins longue dans la rougeole, et il y a encore ici des différences nombreuses, que la pathologie spéciale a constatées depuis longtemps. Elle est presque nulle dans la variole, lorsque la marche des accidents est très-rapide. Il n'est pas rare, dit J. Frank, de voir les convulsions précéder l'apparition de la variole chez les enfants et chez les adultes. Les pustules, quelquefois très-nombreuses, paraissent souvent sans troubles, sans nausées, sans vomissement et avec une fièvre légère. La réaction fébrile échappe aussi quehiuefois à l'observateur dans le charbon des animaux lorsque sa marche est foudroyante; mais c'est particulièrement dans les affections virulentes chroniques que ces prodromes sont inappréciables. Ainsi les altérations que détermine la morve lorsqu'elle a pris d'emblée la forme chronique se développent en quelque sorte sans que le malade en ait la conscience; ce n'est que plus tard, lorsque cette affection passe à l'état aigu, que l'on voit apparaître une réaction fébrile plus ou moins prononcée.
ZfiSîons s/)ec?/îg«es. —Elles succèdent à la fièvre primaire; mais il faut le dire, elles sont quelquefois le premier indice de l'infection virulente, lorsque la réaction fébrile primaire vient à manquer ou échappe à l'observateur par son peu d'intensité. Leur apparition constitue la période la plus importante des maladies qui nous occupent. Là se trouvent les caractères spécifiques des affections virulentes.
Ces lésions sont fort nombreuses et ne peuvent que très-difficilement être envisagées d'une manière générale ; elles exigent chacune leur description particulière ; mais ici je ne parlerai quedes caractères générauxquileur sontcommuns. On peut dire qu'elles traduisent par leur forme la nature du virus qui les eugendre. Il faut les examiner dans les solides et dans les liquides.
Bien d'autres avant moi l'ont démontré, les maladies viridentes sont le résultat d'une infection générale de l'organisme, et c'est dans le sa7ig qu'il faut placer le siège de cet empoisonnement occulte. La chimie pathologique ne nous a pas encore éclairés sur ce point obscur, mais ici la raison a dû suppléer à des expériences négatives.
Comme je l'ai déjà dit, on n'a fait que des recherches incomplètes sur les
altérations du sang clans les maladies virulentes. L'aspect de ce liquide, la forme du caillot et de la couenne, sa densité, la quantité apparente du sérum, ont seuls été étudiés. Ces modifications ont été notées avec grand soin dans la morve par MM. Vigla, Bouley, Nonat, Donné et un grand nombre d'autres pathologistes. Elles ont été indiquées aussi dans certaines maladies virulentes des animaux, et c'est à la teinte sombre des muscles infiltrés de sang noir et poisseux, chez les animaux atteints de charbon, qu'il faut rapporter l'origine de ce mot créé par les vétérinaires. On peut donc dire d'une manière générale que, dans les maladies virulentes, le sang est noir, demi-fluide, et aussi peu coagulable que le sang des sujets atteints de fièvre typboïde. Toutefois, dans le fait rapporté par M. Vigla, cette analogie n'a pas été rencontrée.
Nous ne possédons d'analyses du sang que dans la variole et dans la rougeole ; encore sont- elles peu nombreuses et les résultats qu'on en peut tirer ne sont-ils pas très-importants. Dans les saignées de cinq varioles confluenles, analysées par M. Andral, les globules sont restés à leur chiffre ordinaire, si ce n'est dans un cas de variole hémorrhagique, et les chiffres de fibrine n'ont présenté que des différences insignifiantes. Dans la rougeole, la fibrine a paru conserver, à peu de chose près, son chiffre normal, et les globules, quelquefois augmentés en nombre, sont, dans la majorité des cas, restés dans les limites de l'état physiologique (Andral et Gavarret, Becquerel et Rodier).
Par l'analyse microscopique on a découvert quelques faits plus importants. Ainsi, Davaine (1) a vu que le sang des moutons atteints de sang de rate, inoculé à des souris, reproduisait le sang de rate. Un instant on put croire que c'était là l'altération primitive de la maladie, mais l'expérience n'a pas confirmé cette prévision, car on a retrouvé ces bactéries dans le sang d'autres maladies virulentes. — Ainsi, Chalvel (2), Coze et Feltz (3) ont rencontré ces infusoires dans le sang des varioles graves, de certaines fièvres typhoïdes adynamiques et de plusieurs autres maladies.
Les autres altérations organiques qu'on observe dans les maladies virulentes se trouvent dans les solides, et là existent les véritables caractères spécifiques de chacune de ces affections. La forme, la marche et surtout la succession de leurs périodes ont révélé ce qu'elles avaient de général comme genre; l'étude de la lésion matérielle, exanthèmes, pustules, etc. , les fera maintenant connaître comme espèce.
Je ne veux pas décrire toutes les lésions organiques qu'on observe dans les maladies virulentes, mais je ne puis me dispenser de les rassembler au point de vue de la pathologie générale, et d'en faire des groupes particuliers.
Ces lésions, aussi nombreuses que variées, existent d'une manière à peu près I constante, et l'on peut véritablement dire qu'elles constituent la base du diagnos- I tic particulier de ces affections. Leur siège n'a rien de précis. On les trouve
(1) Davaine, Comptes rendus de l'Académie des sciences, 1865.
(2) Chalvet, Gazette des hôpitaux, 1865.
(3) Coze et Feltz, Recherches sur les bactéries du sang. Strasbourg, 1866, in-8.
dans tous les organes, et je dirai presque dans tous les tissus indifféremment, à la peau, sur les muqueuses, dans les glandes, dans les parencliymes, dans les muscles, dans le tissu cellulaire, dans les os, etc. Ce sont des éruptions variées, des ulcères de mauvaise nature, des abcès superficiels et profonds, des gangrènes, etc. Rarement elles existent en peiit nombre et isolées, presque toujours, ' au contraire, elles sont nombreuses et combinées les unes avec les autres.
Elles présentent des différences caractéristiques suivant la nature des maladies virulentes, et c'est là ce qui leur donne de l'importance comme symptômes ^ au point de vue du diagnostic. A la peau, ce sont des exanthèmes comme dans la rougeole et dans la syphilis constitutionnelle, ou bien ce sont des pustules particulières comme dans le cow-pox, la vaccine, la variole, la clavelée, etc. Ailleurs, ce sont des érysipèles et des gangrènes, des ulcères, comme dans la morve aiguë, dans la pourriture d'hôpital, etc.
Sur les muqueuses on observe les mêmes exanthèmes, les mêmes pustules, les mêmes ulcéraLions, dont le siège a une importante signification sémiologique. La rougeur de la conjonctive et de la pituitaire réunies ne se trouvent que dans la rougeole ; la phlegmasie et l'ulcération de la muqueuse nasale existent dans la morve aiguë, dans la syphihs; le catarrhe de toutes les muqueuses dans le typhus du gros bétail décrit par Camper, etc.
Quelques glandes sécrétoires, la parotide et la glande lacrymale, par exemple, offrent certaines modifications dans la rougeole et surtout dans la rage. Les viscères, et principalement les poumons, sont affectés d'induration fibro -plastique dans la syphilis, de congestion ou d'apoplexie pulmonaire et d'infiltration lobulaire purulente dans la morve, dans la variole, dans la diphthérite, et dans les affections virulentes graves. — La rate est énorme et réduite en puti'ilage dans le charbon; c'est là ce que les vétérinaires appellent splénite charbonneuse.
Les glandes lymphatiques, souvent gonflées, deviennent le siège d'une inflammation très-vive qui se termine quelquefois par des abcès; mais on attribue généralement cet état morbide à l'effet produit par la phlogose des parties voisines.
L'encéphale est quelquefois affecté, mais son altération est plutôt fonctionnelle que moléculaire en quelque sorte ; les membranes et la substance médullaire sont injectées, mais il n'y a pas ici de lésions caractéristiques.
Les os sont quelquefois nécrosés ou le siège d'exostoses dans certaines formes de l'affection morveuse ou syphilitique ; enfin de nombreuses altérations se rencontrent aussi dans le tissu cellulaire, dans les muscles, , dans les articulations, etc. Ce sont des abcès isolés plus ou moins nombreux ou de vastes collections' purulentes de la même nature que celles qu'on observe h la surface ou dans l'épaisseur des parenchymes viscéraux.
Il ne faudrait pas conclure de ce qui précède que, dans les maladies virulentes, les lésions anatomiques existent partout et toujours. Il en est dans les- (luelles ces altérations sont peu caractéristiques : exemple, la rage; peu nombreuses, le cow-pox ; et chez quelques individus, dans plusieurs autres de ces affections, elles sont souvent peu développées lorsque la marche des accidents a été très-rapide et que la mort est survenue inopinément.
Les altérations spécifiques des jnaladics virulentes parcourent leurs périodes tl'uiie manière plus ou moins prompte, suivant la marche aiguë ou chronique de l'ailection qu'elles caractérisent, et elles sont, en général, accompagnées d'un certain nombre de phénomènes généraux. Les unes, simples efdorescences eutanées, disparaissent vite et sans laisser de traces au lieu de leur apparition; les iiutres, au contraire, arrivent plus ou moins rapidement à la suppuration, à la gangrène, et laissent presque toujours l'empreinte de leur passage. Les altérations des maladies virulentes chroniques ont une marche lente ; s'il existe des plaies, leur coloration est sombre, leur suppuration de mauvaise nature et leur cicatrisation difficile, car elles s'indureut quelquefois ; enfin, dans les os, s'ils ont subi l'influence du virus, la modification ne s'effectue que d'une manière progressive.
Les phénomènes généraux sont peu marqués dans les affections virulentes, comme la varioloïde, ou dans certaines rougeoles, etc. ; ils ne le sont guère davantage dans celles de ces maladies qui ont une marche lente et chronique ; mais, dans les affections virulentes graves, ils sont très-prononcés et méritent d'être pris en considération. Ce sont alors ceux des maladies typhoïdes simples compliquées de symptômes adynamiques et ataxiques. La fièvre^ qui diminue sensiblement lors de l'éruption spécifique, reparaît plus vive lorsque celle-ci est accomplie et au moment de la suppuration. Avec la fièvre viennent la stupeur, la prostration, le délire et l'adynamie la plus profonde lorsque la mort est imminente. On trouve alors, outre des lésions spécifiques, la congestion plus ou moins considérable de tous les tissus et de tous les viscères, comme dans les affections typhoïdes.