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Des maladies virulentes douteuses

Il y a des maladies qui, en raison de leurs symptômes, de leur marche et de ! leurs lésions spécifiques, semblent devoir être attribuées à la présence d'un virus dans l'économie, et sont regardées par quelques personnes comme des i maladies virulentes contagieuses qu'un poison morbide transmet et propage à d'autres individus. Tels sont la peste, la suette, la fièvre typhoïde et les typhus^ ; la dysenterie, la diphthérite, la coqueluche, la tuberculose (1), le cancer, la 1 mélanose (2), etc. Mais, d'une part, les propriétés contagieuses de ces affections I ne sont pas reconnues de tout le monde, et, de l'autre, il faut bien le dire, l'ex- I périence ne démontre pas d'une manière péreraptoire l'existence du virus qui I serait l'agent de transmission de ces maladies. En pareille occurrence, les affirmations sont impossibles, et il faut nécessairement attendre de nouveaux faits, ■ si l'on ne veut résoudre par hypothèse une question que l'état actuel de la science < laisse encore indécise.

Rien n'est plus séduisant que l'analogie qui permet de comparer les maladies

(1) Villemin, Éludes sur la tuberculose. Paris, 1868, 1 vol. iii-8, p. 535.

(2) Goujon, Comptes rendus de la Société do biologie et Gaselle des hôpitaux, 1867.

PATHOLOGlli GÉNÉRALIi.

dont nous parlons avec les maladies virulentes précédemment décrites. Comme elles, on peut croire qu'elles sont le résultat d'une infection générale de l'économie, et il semble qu'elles aient aussi le privilège de n'adecter qu'une seule fois le même individu. On y retrouve souvent une sorte d'incubation; les phénomènes d'invasion et de développement se succèdent d'une façon assez régu- . lière ; les lésions sont constantes, toujours les mêmes, sauf l'étendue, et elle> ont quelque chose de spécifique qui les distingue des lésions inflammatoires ordinaires du tissu où elles se montrent. Enfin, et c'est là ce qui les rapproche davantage des maladies virulentes, on dit qu'elles sont contagieuses. Or, sile fait est vrai, leur virulence ne saurait être incertaine, puisque le mot de contagion entraîne nécessairement avec lui l'idée d'un poison morbide ou virus comme moyen de transmission. Malheureusement il est contesté, ce qui enlève à l'analogie que nous avons essayé d'établir toute sa force et toute son importance.

Contentons - nous d'exposer sommairement les faits sur lesquels on s'est appuyé pour défendre ou rejeter les propriétés contagieuses et virulentes des maladies qui font le sujet de ce chapitre, et dont la nature est encore environnée d'une si profonde obscurité.

La peste, qui, en Orient, est à la fois épidémique et endémique, est une de celles dont la contagion a été étudiée avec le plus de soin, en raison même des hauts intérêts de droit international qui s'y rattachent. Jih bien, dans une discussion récente, les opinions les plus contradictoires ont été représentées et défendues avec un succès presque égal. Aux observations de Desgenettes, de Pariset (1), il faut opposer celles d'Aubert-Roche {'2) et les expériences plus positives de Balard, de Clot-bey, qui se sont impunément inoculé la maladie, tant ils étaient convaincus de la non-contagion^, et l'on ne peut guère encore se prononcer entre ces deux opinions contraires.

Il eu est de même de la suette, et à cet égard les travaux plus récents de Lepaulmier, de Parrot, ne peuvent détruire l'opinion d'un certain nombre de médecins, favorable, comme on sait, à la contagion de cette maladie.

La même question se présente dans la fièvre typhoïde, que Bretonueau, Gendron, Putégnat, Louis (3), considèrent comme contagieuse en certaines circonstances, et que la plupart des médecins de Paris, forts de leur observation journalière, dépouillent de cette funeste propriété. Ici peut-être une question accessoire se présente qui pourrait mettre tout le monde d'accord : il s'agirait de savoir si, par hasard, comme on l'affirme, celte maladie serait contagieuse dans de petites localités, tandis qu'elle ne le serait plus dans les grandes réunions d'hommes. C'est là une question qui, dans l'état actuel de la science, ne peut être entièrement résolue, et demande de nouvelles observations plus positives que celles qu'on possède aujourd'hui.

(1) Parisel, Mémoire sur les causes de la pesle. Paris, 1837.

(2) Auberl-Rochc, De la peslc. Paris, 1840.

(3) Louis, liecherches sur la pèvro typhoidc, 2' édition. Paris, 1841.

DliS CAUSES DE MALADIE. — IMPRESSIONS VJKLiLElNTES. 161

La diphtliérite a élé aussi présentée, soit comme une maladie parasitaire cryptogamique, soit comme une aflcction générale transmissible par contagion et due à l'inllueuce d'émanations délétères produites par les personnes malades. Cette dernière opinion, qui a été défendue par Bretonneau et Gendron, n'est pas généralement acceptée, et les expériences d'inoculation qui auraient pu servir à l'appuyer n'ont pas eu de résultat. Ainsi quelques médecins, entre autres 3J. Peter, se sont inoculé ie produit de cette affection sur la peau et même dans le pharynx sur les amygdales, mais l'expérience a échoué.

La coqueluche, ejifin, que tant de médecins regardent comme une simple névrose, et qui est aussi quelque peu une affection inflammatoire de la muqueuse bronchique, est une de ces maladies qu'on n'a qu'une fois, et, sous ce rapport déjà, elle touche de près aux maladies contagieuses virulentes. De plus, elle est évidemment contagieuse, et les faits de Rosen, Cullen, Rostan, Guersant et Blache sont là pour justifier notre assertion. Si elle est contagieuse, elle produit nécessairement, comme agent de transmission, un poison morbide spécial. Quelle est la nature de ce principe contagieux? C'est ce que nous ignorons ; mais il faut bien admettre son existence ; sans cela la coqueluche ne pourrait se propager, et d'ailleurs la phlegmasie, avec son produit spécial de sécrétion bronchique rempU de bactéries (Poulet), suffirait, je crois, pour qu'on puisse la rapprocher des autres maladies contagieuses virulentes.

La tuberculose est considérée par Villemin (1) comme une maladie virulente qui doit ses propriétés contagieuses à la présence d'un virus inoculable, se reproduisant sur place, étant absorbé dans les ganglions voisins et se répandant ensmtedans l'économie; mais ces expériences faites sur le lapin ne sont pas trèsconcluantes, car le lapin se tuberculise même par l'injection sous-cutanée de pus, de tissu ceUulaire, de poudre de charbon, et quant à présent, il. serait prématuré de conclure chez l'homme dans le sens indiqué par M. Villemin.

La mélanose serait, dit-on, également inoculable comme la tuberculose et Goujon, quia fait l'expérience, dit que la matière pigmentaire normale de l'œil reproduit chez le cochon d'Jnde de la mélanose intérieure. C'est encore une question a reprendre avant d'accepter la solution qui a été publiée

Ainsi, nous le voyons, la nature des maladies que nous venons d'énumerer „ est pas très-bien étabUe; on ne sait positivement si elles sont contagieuses, et, en supposant que cette propriété leur soit confirmée par les obser

tions et les recherches ultérieures, il faudra nécessairem „t adme J existence du principe contagieux, ce qui les fera rentrer de plein d o t d le maladies contagieuses virulentes. Jusque-là il sera impossible de se p onc ,

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». - Des maladies pseudo-ïirolente, ou maladto purulenlcs, to,ai„, age,u» comagicux, .UKrems de la plupart des vù-us, „e détcn„i„e,l

(i) Villemin, Éludes sur la luborculose. Paris, 18(j8,

— PÀÎUOL. GÉN.

162 l'ATUOLOGlE GÉNÉRALE.

jamais ce qu'on est convenu d'appeler l'infeclion généi-ale de l'économie ; ils exercent une action en apparence louée locale sur les parties soumises îi leur influence, où ils déterminent une maladie semblable à celle qui lésa formés; leur action est plus restreinte et bornée en quelque sorte au tissu avec lequel ils se trouvent en contact. Ils sont constitués par du pus, dont l'impression reproduit du pus spécifique, exaclement semblable au pus d'origine. C'est un virus d'action locale, qui a des propriétés contagieuses manifestes, et qui forme des maladies contagieuses pseudo-virulentes.

Les maladies contagieuses purulentes sont des maladies locales engendrée, par le pus. Telle est l'origine de la blennorrhagie simple, de l'ophtlialmie des nouveau-nés, de l'ophtlialmie belge, etc. , de l'ulcère contagieux de Mozambique, ou pian, etc.

Le pus qui est l'agent de transmission de ces maladies, quoique étant d'une nature spéciale, ne diffère pas plus du pus ordinaire que le pus des virus; il ne s'en distingue que par ses effets spéciliques, comparables à l'action spécifique du pus virulent; mais ici les effets sont locaux, tandis que l'influence des véritables virus est, au contraire, une influence générale.

Le pus spécifique des maladies contagieuses est une sorte de pseudo-virus ; il se présente sous la forme d'un liquide épais, crémeux, jaunâtre ou verdâtre, et doué de qualités tellement acres, qu'il irrite vivement les tissus voisms sur lesquels il s'écoule. Le contact direct est nécessaire à son action contagieuse : ainsi la blennorrhagie et l'ophibalmie se propagent de cette manière; mais il se propage aussi par l'atmosphère, lorsque, sec et pulvérisé, ses molécules se mêlent invisibles à l'air qui nous entoure, car Eiseld, de Vienne, a montre que dans la poussière qui voltige dans une salle d'ophthalmie, U y avait des fragments de cellules de pus, ce qui démontre que la volatilisation du pus des ophthalmies dans l'air est le moyen de propagation de celte maladie à d'autre^ enfants. C'est un fait que l'analogie permettait de supposer, car on savait que les émanations du pus varioUque pouvaient suffire pour déterminer rappanlion de la variole. L'infection de l'air qui produit une maladie contagieuse est évidemment causée par la suspension du principe contagieux lui-même.

Ou peut donc jusqu'à nouvel ordre croire à l'influence directe et indirecte de l'agent de transmission des maladies pseudo-virulentes, c'est-à-dire a 1 influence (l'un pus spécifique fixe ou volatilisé. Toutefois le contact direct est c mode de propagation le plus fréquent, et dans cette circonstance la simihtude de tissus est nécessaire au développement de la maladie. Ainsi le pus de la blennorrhagie simple ou de l'ophthalmie sécrété par une muqueuse n agit pas sur la peau saine ou dépouillée de son épiderme; il n'a d'action que sur un ti^u de môme nature, c'est-à-dire sur une muqueuse. C'est, en eflet, à la suite du contact de ce produit morbide avec les tissus muqueux que l'on voit apparaitie les ophthalmies et la blennorrhagie. Ce mode de transmission n'est pas sans importance, et il établit une nouvelle différence entre les maladies pseudo-v nulentes et les maladies essentiellement virulentes. • -f t Les alîeclions pseudo-virulentes sont peu nombreuses ; leur siège prunitit est

dans lo tissu muqueux; elles n'envahissent que secondaireinent les lissus subjacents, mais les désordres ne vont pas plus loin. Ce sont des maladies locales qu'on peut avoir autant de fois qu'on s'expose au contact du principe contagieux, opposition remarquable avec les maladies virulentes, qui n'affectent en général qu'une seule fois le môme individu. ^

L'opluhalmie des nouveau-nés, l'oplithalmie belge, l'ophthalmie d'Egypte, sont considérées sans contestation par tout le monde comme des maladies contagieuses locales ; mais il n'en est pas tout à fait de même de la blennorrhagic, que l'on a tour à tour considérée comme virulente et non virulente, c'est-àdire comme une aU'eclion générale ou locale. Il suffit de s'entendre à cet égard. La blennorrhagic simple, c'est-à-dire celle qui est dégagée de toute complication syphilitique, de tout chancre dans l'urôthre, est une maladie contagieuse locale au même titre que l'ophthalmie purulente, qui n'a rien de virulent, et elle guérit sans amener d'accidents secondaires. EUe rentre tout à fait dans la division que je viens d'établir, tandis que la blennorrhagic liée à un chancre du canal est virulente par son association à la syphilis.

in. — Pronostic des maladies virulentes et pseudo-virulentes.

Les maladies virulentes, dans lesquelles l'économie est toujours plus ou moins gravement infectée, sont plus graves en général que les maladies pseudo-virulentes, dans lesquelles cette complication n'existe pas.

L'infection générale de l'économie par un virus n'est pas nécessairement une maladie mortelle ; car, de même qu'il existe de bons et de mauvais poisons médicamenteux, de même il existe aussi de bons et de mauvais virus, et tel remède ou tel virus, salutaire s'il est affaibh, peut être funeste dans un état de proporlion ou d'énergie plus considérable.

Toutefois les maladies virulentes sont fort graves ; la plupart font périr les sujets qu'elles atteignent ou leur inpriment des stigmates ineffaçables. Combien plus de gens sont morts de la variole avant la découverte de l'inoculation variolique et de l'inoculation vaccinale ! Que d'hommes ont déjà succombé à la morve et au farcin ! Que de victimes emportées par les affections charbonneuses, et que de morts dans les troupeaux où régnent la clavelée, la maladie bos-hongroise, etc. ! Si, quittant ce tableau, nous jetons un regard sur les individus qui survivent, que voyons-nous? Ici, des gens défigurés et couverts de cicatrices, comme dans la variole et dans la pustule maligne ; là, sous une apparence plus trompeuse, des désordres intérieurs profonds, comme dans la syphihs constitutionnelle.

En général, bien que toutes les maladies virulentes soient graves, un grand nombre d'entre elles peuvent guérir; cela dépend des circonstances que nous allons indiquer. Leur pronostic repose : 1" sur la forme aiguë ou chronique qu'elles présentent ; 2° sur leur caractère épidémique ; 3» sur la nature et l'énergie du vnus; k" sur la multiplicité et la gravité de leurs caractères spécifiques; 5" enfin sur les conditions individuelles infiniment variées qui font que tel individu résiste mieux que tel autre à l'action des poisons morbides. Voici des exemples qui feront mieux comprendre ma pensée.

■Ifi/l l'ATIlOLOGlli (JÉNÉIULL:.

l.a morve aiguë est pius grave qile la morve chronique. La variole et la rougeole 6pi(l6miques chez l'homme, la clavelée, la maladie bos-hongroise chez les animaux, sont plus graves (luc les mômes maladies dans leur état sporadiciue. Il y a des virus de nature bénigne et douce qui ne déterminent ordinairement que des aiïeclions virulentes légères : tel est le virus du cow-pox, de la rougeole, de la varioloïde, et tels sont les virus affaiblis par des transmissions successives qui en ont épuisé l'énergie. Les maladies virulentes qui n'ont d'autre caractère spécifique qu'un exanthème ou que des pustules d scrètes sont évidemment moins graves que celles dont les lésions multipliées et profondes troublent nécessairement l'exercice des fonctions.

Parmi les maladies virulentes, les unes semblent épuiser leur virus dans l'effort nécessaire à la production des lésions spécifiques, et l'infection qu'elles déterminent n'est pas assez complète pour empêcher une infection nouvelle; les autres, au contraire, impriment à l'organisme une modification tellement profonde, que le sujet n'est plus apte à contracter la même affection.

Celte immunité constitue l'un des phénomènes les plus curieux et les plus irapurtanls de l'histoire des maladies virulentes ; et, si elle n'est pas constante, elle n'en est pas moins réelle dans la majorité des cas. Sur ce grand fait repose le traitement des maladies virulentes de nos animaux domestiques. C'est par milliers que les vétérinaires inoculent les têtes de bétail pour les préserver de la clavelée, et autrefois de la maladie bos hongroise. Nous avons eu pendant longtemps, chez nous, en raison du même principe, l'inoculation de la variole, aujourd'hui remplacée par la vaccine ; et, dans certains pays, on inocule la rougeole aussi bien que le cow pox, et presque avec autant de succès. MM. Guersant et Blache rapportent qu'en Allemagne, sur 1122 personnes inoculées dans le cours d'une épidémie, 1043 environ contractèrent la maladie vers le septième jour, et que toutes furent guéries au plus tard le dix-septième.

Les maladies pseudo-virulentes sont loin d'avoir la gravité des affections causées par les virus, car elles ne compromettent jamais la vie des individus. Cependant ce sont des maladies sérieuses, en raison même des organes qu'elles affectent. Tout le danger de la blennorrhagie consiste dans le rétrécissement organique de l'urèthre, qu'elle peut produire, et ce qu'il y a de plus grave dans l'ophthalmie purulente, c'est la désorganisation de l'œil et la perte de la vision qui peut en être la conséquence.

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