SIGNES FOURNIS PAR LES PALPITATIONS
I SECTION vm
,f» SIGNES FOURNIS PAR LES PALPITATIONS.
■ Laennec appelait palpitations les battements du cœur sensibles et incommodes pour les malades , mais c'est trop restreindre la signification de ce mot, car, s'il a des palpitations de cœur, il y a aussi des palpitations dans les artères chez les personnes nerveuses et hypochondriaques. Il faut appliquer ce iiom à tous les battements exagérés du cœur et des grosses artères lorsqu'ils sont sensibles pour les malades.
' Les palpitations cardiaques et artérielles ont les mêmes causes. Ce sont des troubles fonctionnels réflexes du cœur et des artères qui dépendent tantôt de rhyperesthésie simple, essentielle ou idiopathique de ces organes, et tantôt I d'une hyperesthésie provoquée par une de leurs altérations matérielles. Elles sont idiopathiques dans le premier cas et sijmptomatiques dans l'autre.
Les palpitations essentielles résultent de la disposition nerveuse innée ou acquise des individus, de leur jeune âge et de leur sexe, de leur éducation et des sentiments variés qui viennent agiter leur âme.
Plus fréquentes dans la jeunesse et dans l'âge adulte qu'à toute autre époque de la vie, chez les femmes que chez l'homme, chez les êtres faibles, débiles, pâles, impressionnables et nerveux, que chez les sujets vigoureusement constitués, elles se produisent chez tous ces individus à la suite des impressions débilitantes prolongées, telles que de longs et vifs chagrins, l'ambi- •tioa déçue, l'envie permanente de tout ce qui réussit aux autres, la colère furieuse, l'amour exalté et les excès vénériens ou la masturbation, la frayeur, les lectures énervantes de choses imaginaires, fantastiques ou réelles, enfin après tout ce qui agit profondément sur l'âme pour exalter ou affaiblir son action. Il a souvent suffi à des étudiants en médecine d'entendre parler de maladie organique du cœur pour se croire affectés à leur tour et pour avoir, sous l'influence de cette impression morale, des palpitations du cœur assez pénibles pour rendre leur vie malheureuse. C'est ce qu'on a appelé la maladie du cœur des étudiants, névrose qui disparaît vite lorsque la frayeur du mal a cessé, car la quiétude d'esprit suffit à la guérison.
Elles existent chez tous les individus accidentellement ou naturellement nerveux par suite de chloro-anénn'e et d'appauvrissement du sang. (;'esl à ce titre qu'on les observe sur les filles atteintes de chlorose, sur les hypochondriaques, sur les sujets étiolés par le mauvais air et l'alimentation insuffisante, et chez les Talétudinaires, affaiblis par de longues maladies, par la cachexie paludéenne, cancéreuse, syphilitique, etc. Il y a, chez ces individus, diminution des globules sanguins, caractérisée par la pâleur de la peau et des muqueuses, et par des bruits de soufile simple et à double courant dans les grosses artères et princiïtolement dans les carotides.
109Ù SÉMÉIOLOGIE.
Les excitants du système nerveux, l'alcool, le vin, le thé, cl certains st péfiants tels que le tabac fumé à l'excès, produisent aussi des palpitations.
Leur cause ordinaire est l'hypereslhésie cardiaque provoquée par une maladie locale, ordinairement une altération organique suscf-plible de faire obstacle i m cours du sang et d'exciter dans les muscles du cœur un surcroît d'action q sensible et incommode pour les malades. Certaines maladies aiguës et chro*- j niques du poumon, l'hypertrophie du cœur, l'endocardite, la péricardite, H l'amincissement des parois du cœur, les anévrysmes de l'aorte, les rétrécissements et les insuffisances des orifices artériels et auriculo-ventriculaires, etc., s'accompagnent très-souvent de battements irréguliers, tumultueux, plus ou moins violents selon l'Age des individus et l'étendue de l'altération. Ces palpitations, désignées comme symptomatiques d un mal local, ne sont en réalité que des phénomènes essentiels ou réflexes, en rapport avec le degré de sensibilité des individus ; car, chez le vieillard affecté des mêmes altérations maté- ■] rielles du cœur ou de ses orifices, elles n'existent pas. Phénomènes essenliellfr : ment dynamiques, elles se rapportent plus au trouble de la sensibilité nerveuse • du cœur qu'à l'altération matérielle de son tissu.
Les palpitations cardiaques, sensibles et incommodes pour les malades soui caractérisées par une vive impulsion de la région précordiale, qui est quelquefois ébranlée d'une façon appréciable au regard ou du moins qui se transmet à la main placée sur la poitrine,
Les battements du cœur sont plus fréquents, quelquefois tumultueux, irréguliers, intermittents, comme si le cœur faisait un faux pas. C'est ce que l'on a désigné sous le nom de chorée cardiaque, état qu'il ne faut pas confondre avec les maladies du cœur qui compliquent quelquefois la chorée, et que par des abus de langage on a appelées aussi, chorées cardiaques.
Les bruits, souvent naturels, deviennent, dans quelques circonstances, éclatants, clairs, accompagnés d'une sorte de tintement métallique produit par le choc de l'organe contre la poitrine, et ailleurs d'un bruit de souffle aortiquo qui cesse avec la palpitation. On entend ces bruits dans le dos, on peut même les entendre à une faible distance de la paroi tlioracique si les palpitations sont ; très-violentes.
Le pouls révèle des modifications analogues aux contractions du cœur. Tantôt fort et vibrant, souvent faible et serré, il a des intermittences et des irrégularités comme le cœur; mais, de plus, il olîre souvent des intermittences cpic le
cœur ne présente pas.
Les palpitations sont très - rarement continuelles, si ce n'est dans I agc adulte, lorsqu'il existe une grave altération matérielle du cœur et de ses onfices. Elles se montrent, en général, sous forme de paroxysmes, sans nulle provocation ou par le fait de la chaleur d'une émotion, d'une contrariété, do la marche, de la montée d'un escalier, etc. Quand elles sont très-fortes, elles détermmenl des malaises, des défaillances et quelquefois une syncope qui peut être suivie
de mort. ,11 Le diagnostic des palpitations n'est pas difficile, et les malades en savent a
SIGNES FOUHNIS PAR LA CYANOSE. 1095
cet égard aiuaiU que le médecin. Le fait d'un battement de cœur sensible et inco.ninodc n'a rien d'embarrassant. La cause seule de ces battements est quelquefois difficile à découvrir, et c'est à cette recherche qu'il faut s'appliquer.
Chez les enfants, les palpitations cardiaques sont ordinairement essentielles, idiopat/iiques, et indépendantes de toute altération organique du cœur.
Cliez les vieillards, au contraire, les palpitations sont rares, et elles résultent toujours d'une altération matérielle.
Les palpitations idiopatliiques s'observent dans l'hystérie, la chloro-anémie, l'hypochondrie, et ne sont pas accompagnées de souffle rude ni de frémissement cataire, comme le sont presque toujours les palpitations liées à une nosorganie cardiaque.
Les palpitations artérielles sont plus rares que les palpitations de cœur; ce sont des battements artériels sensibles et incommodes, qui ont pour siège les difl'éreutes artères du corps. On les observe dans les artères temporales, chez les pléthoriques ; dans l'aorie ventrale, chez les hystériques et chez les hypochondriaques ; dans les membres alTectés de tumeurs, dans toutes les artères à la fois, chez les personnes nerveuses un peu émues ; enfin chez les valétudinaires dont le pouls s'élève de 10 à 15 pulsations par le moindre mouvement et par la fatigue. Cette susceptibilité du cœur et des artères est toujours l'indice d'une grande irritabilité ou d'une extrême faiblesse.
Outre ce qui est relatif au régime alimentaire tonique indispensable à ceux qui ont des palpitatiims essentielles et idiopathiques, la tranquillité de l'àme et le repos de l'esprit leur sont absolument nécessaires. Ces troubles nerveux du
ii: cœur guérissent par le quinquina, le fer, le vin, et par l'usage du sédatif parliculier des organes de la circulation, la digitale et la digitaline à l'extérieur et
. I il l'intérieur. On sait, en effet, que ces préparations ont un elfet spécial sur les
m mouvements du cœur, dont elles diminuent la fréquence en régularisant leur
ifti action.
Les palpitations symptomatiques qiii dépendent d'une altération organique . du cœur réclament des soins tout différents. Les préparations de digitale sont ' encore utiles; mais, au lieu de vin, de viandes rôties, de quinquina cl de préparations ferrugineuses, il faut mettre les malades à une diète lactée rigoureuse, qui seule peut arrêter les palpitations et empêcher les progrès de la maladie organique du cœur.
SECTION IX
La cyanose (de xuavoç, bleu, et vôçoç, pialadie) a reçu un très-grand nombre de dénominations parmi les(iuelles nous ne citerons que celles de niafadie ///eue, de cyanose cardiaque, de cj/annpai/ne et do maladie par surkydrogénation du sang. J. Franck l'envisage et la définit comme un état morbide dans lequel existe une lividité particulière de ta peau, ayant son principal siège aux lèvres.
SÈMÉIOLOGIE.
aux mains et aux pieds, accompagnée de refroidissement des extrémités, de mouvement anomal du cœur, de dyspnée intermittente, de faiblesse musculaire et de tendance aux hémorrhagies. MM. Louis et Élie Gintrac n'appliquent l'expression de cyanose qu'à la couleur bleue qui se rattache à la communication anomale des cavités droites et gauches de l'organe central de la circulation; mais cette manière de voir est trop exclusive, et elle n'est pas complètement acceptée dans l'état actuel de la science.
Dans un traité de pathologie générale, c'est un devoir d'accorder au mot cyanose l'étendue la plus large, de l'employer comme désignant toute coloration bleue de la peau et de l'analyser comme un phénomène ou symptôme commun à un certain nombre de maladies.
Plusieurs divisions ont été introduites dans l'hisloire de la cyanose ; mais celle de J. Frank est infiniment préférable aux autres. Il faut admettre avec lui une cyanose cardiaque produite par les maladies du cœur, une cyanose pulmonaire causée par les maladies du poumon et les obstacles à l'entrée de l'air dans la poitrine, enfin une cyanose encéphalique produite par les maladies du cerveau et des nerfs, qui, par excès ou diminution de l'influx nerveux, fout obstacle à l'hématose.
1" Cyanose cardiaque.
La cyanose cardiaque est déterminée par les nombreuses conformations vicieuses du cœur et des gros vaisseaux, susceptibles ou non de produire pendant la vie le mélange du sang veineux avec le sang artériel, ou l'obstacle à la rentrée du sang dans le cœur. Parmi elles je mentionnerai :
1" La persistance du trou deBotal, ouverture qui, chez le fœtus, fait communiquer l'oreillette droite et l'oreillette gauche, et qui, s'oblitérant ordinairement du premier au quinzième jour après la naissance, peut ne point se fermer. Cette anomalie tient, et c'est le cas le plus fréquent, à un simple défaut d'adhérence, ou bien au manque du repli valvulaire. Si l'on vient h pratiquer l'autopsie, on trouve alors que le trou de Botal a une largeur de 3 ou Zi centimètres et même plus, que son trajet est tantôt direct, tantôt oblique, mais que, dans ce dernier cas, il est toujours rétréci. De toutes les altérations qui peuvent produire la cyanose, la persistance du trou de Botal est la plus fréquente et mérite d'être placée en première ligne. Cependant, comme je l'ai établi (1), on observe assez souvent dans les premières semaines de la vie une persistance du trou de Botal sans cyanose.
2" La non-oblitération du canal artériel, avec ou sans persistance du trou de Botal, est un accident déjà plus rare. Cette lésion, toujours congénitale, laisse communiquer le sang veineux avec le sang artériel.
:5" Le cœur, comme celui des poissons, peut n'être composé que d'une oreillette et d'un ventricule, donnant naissance à un tronc unique qui se divise bientôt en deux branches pour former les artères pulmonaire et aorte. M. le
(l) Bouclml, Traité des tmladies de l'enfance. 5» édit. Paris, 1867.
. docteur Thore a publié un très-intéressant travail sur cette vicieuse conformation du cœur (1).
W Deux oreillettes peuvent surmonter un seul ventricule, ce qui rappelle la disposition analomique du cœur des reptiles. Haller en a rapporté des exemples (2).
5° La cloison qui sépare les ventricules manque quelquefois, soit en partie, soit en totalité, et il y a alors une communication établie entre les deux ventricules.
6° L'oreillette droite peut s'ouvrir dans le ventricule gauche.
7° Les deux oreillettes s'ouvrent dans le ventricule droit, et le sang arrive dans le ventricule gauche, d'où naît l'aorte, par une perforation de la cloison interventriculaire.
8° L'aorte provient des deux ventricules à la fois.
9° L'artère pulmonaire, mais le cas est plus rare, a cette double origine.
10° L'aorte naît du ventricule droit et l'artère pulmonaire du ventricule ; gauche.
11° L'aorte et l'artère pulmonaire proviennent du même ventricule.
12° On a observé enfin une double artère pulmonaire : l'une se rend au poumon, l'autre se perd dans l'aorte.
Je pourrais, mais sans utilité, multiplier encore les exemples de ces variétés de lésions anatomiques, qui, bien que congénitales dans la très-grande majorité des cas, se développent quelquefois accidentellement, à la suite d'un travail pathologique. On trouve, par exemple, dans les annales de la science, des observations où l'on a vu, soit la cloison des ventricules, soit la cloison des oreillettes, I au niveau de la fosse ovale de préférence, être le siège de déchirures et de perforations consécutives à un état morbide.
Lorsque les cavités gauches et les cavités droites viennent à communiquer ensemble, on les trouve habituellement dilatées et leurs parois sont souvent hypertrophiées. En outre, MM. Louis et Élie Gintrac ont démontré que, dans ces cas de communication insolite, les valvules du cœur droit sont altérées et déformées, et les orifices rétrécis. La lésion indiquée par ces deux observateurs occupe de préférence les valvules de l'artère pulmonaire. Chez les malades qui succombent avec les altérations pathologiques dont il est ici question, le système veineux est gorgé de sang, les sinus cérébraux sont congestionnés, les poumons affaissés. D'après M. Gintrac, les substances blanche et grise des centres nerveux sont difficiles à distinguer l'une de l'autre, tant la congestion sanguine est profonde; les muscles sont grêles et poisseux, les os amincis ; tout le corps enfin semble avoir subi un arrêt de développement.
Le phénomène le plus évident de la cyanose cardiaque et celui qui a soulevé le plus de discussions est la coloration bleuâtre, violacée, noirâtre, livide ou
(1) Thore, Mémoire sur un vice de conformation du cœur, consistant seulement en une oreillette et un ventricule (Archives générales de médecine, 1842, t. XV, p. 316).
(2) Haller, Opéra minora, De Monstris, lib. I, cap. xxx.
SKMÊIOLOniE.
pourpre de la peau. Celle coloralioii no se irouve pas également r6pai iie sur tous les points de la surface du corps ; elle s'observe surtout aux lèvres, aux ^ paupières, au pourtour dos narines, sur les joues, le nez et les oreilles, auxïjÉ parties gùnilales et à l'exlréniilô des orleils et des doigls renllés en forme de^l massue. La teinte bleue devient plus foncée pendant les quintes de toux,i)en- ' dant la marche, les cITorts musculaires en général, les émotions morales, et sous l'influence aussi des variations atmosphériques. Un repos prolongé peut, assure-t-on, la faire disparaître; mais ce fait est aussi rare que conlcstable. Maintenant, quelle est la cause déterminanle de celle coloration bleue? Tienielle à la communicalion anomale des cavités du cœur, ainsi que l'ont avan( ■ MM. Gorvisart et Gintrac? est-elle due simplement à la gêne de la circulalimi veineuse et à la stase du sang noir, comme l'indique Morgagni ? ou bien enfin résulte-t-elle de l'incomplète oxygénation du sang dans les poumons? Telle est I; question qu'il faut résoudre.
Ces dillérentes inlliiences concourent toutes à la production de la cyanose, ett chacune d'elles trouve des faits en sa faveur.
Loilique Morgagni a présenté l'histoire si intéressante d'une cyanose congénitale chez une jeune fille (1), il a eu le soin de faire remarquer qu'avec la a communication anomale des deux cœurs il existait un rétrécissement considé- -i rable de l'orifice pulmonairo. De cette disposition pathologique découlait nalii-^ rellementia stase du sang veineux. M. Louis a également noté le même fait dans la majorité dts cas qu'il a observés, et la coloration bleue a manqué, au contraire, toutes les fois que les orifices sont restés sains et libres. Or, cet argument bat singulièrement en brèche l'opinion du mélange des deux sangs à travers l'ouverture anomale. Et puis, ainsi que Fouquier l'a fait si judicieusement remarquer, comment se fait-il que le fœtus, dans les vaisseaux duquel il ne circule que du sang noir, n'ait point la peau colorée en bleu? Enfin, commcni expliquerait-on la cyanose pendant le stade de froid des fièvres intermiitentcs, dans le cours des autres maladies de l'appareil circulatoire, dans les maladies du poumon, dans la bronchite capillaire, dans l'asphyxie, et la période algido du choléra, si ce n'est par le fait de la stase du sang veineux et par l'absem d'hématose ?
On ne saurait donc regarder la cyanose comme étant toujours la conséquem de la communication des cavités du cœur et du mélange dos sangs artériel > veineux ; elle n'est pas davantage une slase sanguine ; c'est un phénomène se | rattachant à un certain nombre d'altérations morbides différentes : lésion du i | cœur, stase veineuse, asphyxie, etc.
Les malades aflcctés de cyanose cardiaque ont on général, le visage boufli, les yeux proéminents et humides, lessclérotiques blenaires, la conjonclivité, rin« foncé en couleur, les pupilles presque fixes, les lèvres bleues et la langue in gale, volumineuse, violacée comme les téguments. Ils éprouvent line grande gêne respiratoire, qui augmente par le moindre exercice, et sont sujets à de
(1) Morgagni, De scdibux cl camis morb., cpist. xvn, 12,
fréquents accès de dyspnée. D'après J. Frank, ce phénomène, souvent périodique, va quelquefois jusqu'à la suffocation, et s'accompagne fréquemment (l'effrayantes et longues lipothymies. Les causes les plus légères provoquent habituellement ces paroxysmes, qui durent plusieurs heures et qui se répètent, en général, à des intervalles assez rapprochés. "
La percussion de la région précordiale, chez les individus cyanoses, décèle ordinairement une malité plus étendue, occasionnée par l'augmentation quel- (|iiefois considérable du volume du cœur et par le degré de ses cavités. On y découvre souvent avec la main ce frémissement spécial connu sous le nom de frémissement cataire. A l'auscultation, on perçoit d'ordinaire des bruits de souffle variés, suivant le siège de l'altération des orifices, un bruissement sourd ot profond et une impulsion plus ou moins forte, en rapport avec le degré de l'hypertrophie cardiaque. Presque tous les malades se plaignent de palpitations et accusent une sensibilité exagérée au froid. Ce dernier symptôme, indiqué par M. le docteur Caillot, s'observe surtout lorsque la circulation est gravement entravée, que la stase du sang est considérable et que les fonctions sont plongées dans un état voisin de l'engourdissement. On constate toujours avec celle disposition un abaissement réel de la température, qui est toujours un peu au-dessous de la moyenne et dont le cliilfre varie de 35 à 35 5/10. Le pouls est habituellement très-fréquent, petit, inégal, intermittent, l'appétit reste assez bon, mais le travail de la digestion est parfois laborieux, et il a pour effet d'augmenter la dyspnée et de provoquer le retour des paroxysmes. Enfin, on rencontre très-souvent de la céphalalgie et de l'insomnie. Quant aux hémorrhagies, qui sont si communes chez les personnes affectées de cyanose avec perforation des cloisons du cœur ou altération des valvules, elles sont plus ou moins fréquentes selon le degré de la stase du sang veineux, et elles ont ordinairement lieu par le nez, par la bouche, sur les gencives et par les poumons.
L'époque de l'apparition de la cyanose cardiaque est extrêmement variable : nn la verra survenir tantôt dès les premiers jours qui suivent la naissance, tantôt dans la deuxième semaine, dans le premier mois, et ainsi de suite jusqu'à la ^l" année, où J. Frank rapporte qu'elle s'est manifestée pour la première fois rhez un de ses malades,
La marche de cette variété de cyanose, dans la grande majorité des cas rapportés par M. Louis, a offert les plus grandes analogies avec celle de l'anévrysme du cœur et de la plupart des affections de cet organe. Sa diu'ée est très-variable, (;t parfois les malades peuvent poursuivre encore assez loin leur carrière. C'est ainsi que plusieurs d'entre eux ont vécu jusqu'à vingt-neuf, quarante et quarantesept ans, et même jusqu'à un âge très-avancé, comme l'a remarqué Natalis Guillot, à l'hospice deBicêtrc. J'ai rapporié (1) l'observation d'une petite fille de cinq mois qui me fut adressée par M. le docteur Vorncuil. Chez celle malade, la (;yanost; et les accès de suffocation étaient parfaitement caractérisés, et il y avait on outre de la matité à la région du cœur, un frémissement vibratoire intense, et
(1) Rouchut, Traité pradquo des maladies des nouveau-nés. 5" édit. Paris, 1867.
SÉMÉtOLOGlE. >
un bruit de souffle h la pointe, courant et suivant le premier bruit du cœur. A force de soins, et à l'aide d'un régime végétal et lacté, l'enfant a vécu jusqu'à six ans, restant un peu cyanosée, avec de rares accès de suffocation, et conservant un souille précordial assez prononcé. Elle est morte d'une fièvre typhoïde. Cependant, lorsque la cyanose est caractérisée par de graves troubles fonctionnels, ceux-ci en général s'aggravent de plus en plus, et, après quelques mois ou quelques années d'une vie languissante et pénible, les malades succombent, les uns dans un paroxysme de dyspnée, les autres dans une hémorrbagie, dans une syncope, ou bien ils s'œdématient et s'éteignent lentement. Quelquefois, mais ce cas est fort rare, la cyanose se termine par le retour à la santé après une hémoptysie; nous ne savons jusqu'à quel point de semblables guérisons peuvent être authentiques, car, nous le répétons, la maladie marche à peu près toujours vers une terminaison fatale.
Il est hîipossible de confondre la cyanose cardiaque avec la coloration bleuâtre uniforme ardoisée produite par l'administration à l'intérieur de préparations de nitrate d'argent. Rien n'est plus aisé, dans ces cas, que de s'assurer que cette teinte anomale n'est point due à la stase du sang dans les capillaires. D'ailleurs on chercherait vainement les accidents que nous avons énumérés du côté des organes respiratoires et circulatoires.
Ce que j'ai dit de la durée et de la terminaison de la cyanose cardiaque me dispense d'entrer dans de longs détails à propos du pronostic, qui est toujoure très-grave. Sauf de rares exceptions, ce symptôme est toujours l'indice d'une maladie organique mortelle dans un espace de temps variable.
D'après Franck, les causes susceptibles de produire la cyanose sont r l'hérédité, le rhumatisme, la dentition, les cris, les spasmes, les convulsions, les efforts de la coqueluche, les suites de la variole, des catarrhes, le refroidissement de la peau, la suppression des règles, les coups portés sur la poitrine, les chutes, les courses rapides, les émotions morales, etc. Ces différentes causes n'agissent que par les obstacles apportés par elle à la circulation du sang à travers le poumon, en produisant le rétrécissement de l'artère pulmonaire ou de l'onfice auriculo-ventricnlaire droit, les altérations vasculaires du cœur gauche, les
maladies de l'aorte, etc.
Il suffit de bien connaître les causes de la cyanose cardiaque pour entrevoir le peu d'efficacité des remèdes employés pour combattre ce symptôme.
Au moment de la naissance, chez un nouveau-né atteint de cyanose dépendant de la communication des cavités du cœur et du mélange du sang veineux avec le sang artériel, la maladie ne peut guérir qu'avec le temps, par suite des efforts de la nature, et si l'oblitération des ouvertures fécales vient à s'effectuer. En conséquence, il n'y a pas lieu de lui opposer aucun traitement actif. Il convient seulement de régler le régime des enfants, de ne leur donner à teter que toutes les deux heures, de ne pas les tenir dans un lieu trop échauffé, de ne pas les agiter fortement, et, s'ils vivent, de ne pas exciter leur joie par des moyens brusques et fatigants. Leur ventre doit rester libre au moyen de légers purgatifs administrés h des intervalles peu éloignés. Si la cyanose est déterminée par 1 un
des vices congénitaux énuinéi és au conimencemenl de ce chapitre, il n'y a aucun traitement curatif à mettre en usage; les efforts du médecin se borneront simplement à l'emploi de remèdes palliatifs. Il faudra, par exemple, surveiller de très-près les congestions veineuses, les diminuer de temps à autre par des sangsues, de petites saignées déplétives, conseiller le repos, faire éviter aux malades tout ce qui pourrait produire une action perturbatrice dans l'appareil circulatoire, déterminer par la digitale une légère excitation dans la sécrétion rénale et ne recommander que l'usage d'aliments très- digestibles. Les purgatifs énergiques et les vomitifs sont ici formellement interdits, car ils peuvent précipiter la mort, ou tout nu moins augmenter d'une manière très-sensible la stase sanguine. On traite habituellement les accès de dyspnée par les révulsifs cutanés, les antispasmodiques, et, lorsqu'il y a urgente indication, par la saignée, mais il faut en général prescrire les émissions sanguines avec une extrême réserve.
2" Cyanose pulmonaire.
La cyanose pulmonaire est caractérisée par une coloration bleuâtre, rouge, inégalement répartie, produite par les maladies des poumons et du larynx. Elle résulte de l'asphyxie lente ou rapide occasionnée par un obstacle à l'hématose. On la distingue de la cyanose cardiaque par l'intensité moindre de la coloration cutanée et par l'absence de frémissement cataire ou de souffle à la région précordiale. Elle est au contraire accompagnée de symptômes différents en rapport i avec les maladies de l'appareil respiratoire qui empêchent l'oxygénation du ' sang. A un assez haut degré d'intensité, elle s'accompagne d'anesthésie incomplète ou absolue déterminée par la rétention de l'acide carbonique dans le sang, r - C'est un phénomène que j'ai fait connaître en 1858 et dont l 'observa tioTi ^ ultérieure a démontré l'exactitude et l'importance clinique (1).
La cyanose pulmonaire avec ou sans anesthésie s'observe dans l'emphysème avec bronchite chronique dans quelques cas de phlhisie, dans la bronchite capillan-e aiguë, ou catarrhe suffocant, dans la phthisie laryngée, dans la période/ ultime du croup, dans l'œdème de la glotte et dans les différentes asphyxies par suspension ou par submersion.
Elle est généralement moins grave que la cyanose cardiaque, en raison de la '■urabilité de ses altérations organiques, mais elle indique toujours un grand (langer. On l'en distingue souvent par la présence de l'anesthésie.
.3° Cyanose encéphalique.
La cyanose encéphalique, reconnaissable à la teinte bleuiltre des té^umejits '■^tt également le résultat d'une absence d'oxygénation du sang en rapport -.ver "ne altération du système nerveux.
(I) Bouchut, De ranesthosie du croup servant d'indication à la trachéotomie (Cnmn,n ' >ldusde Ucadérnie de. sciences, 1858). et Traité des malad.es des nouveau-n s ' P r ^0/, o« cdil., art. Croup.
jl02 SÉMÉIOLOGIE.
Celte variété de cyanose, ordinairement temporaire, s'ol)serve dans quelques « névroses, dans plusieurs maladies organiques de l'encépliale, dans les einixjisonnemenls'par des substances qui agissent sur l'appareil cérébro-spinal. Ainsi ou la rencontre dans queUiues accès d'épilepsie, dans le coup de sang, dans l'hé^ morrhagie de la protubérance annulaire, dans certains cas de compression des nerfs pneumogastriques, dans les empoisonnements par la strychnine, dans la ' première période de quelques lièvres pernicieuses, et enfin dans le choléra. La cyanose observée dans cette terrible maladie montre plus que toute autre l'in-i fluence du système nerveux sur l'acte respiratoire. L'air sort des poumons à J peu de chose près tel qu'il y est entré, sans servir à l'hématose, et le sang resté 1^ noir dans ses vaisseaux donne aux téguments la teinte bleue de la cyanose cholérique. Dès que l'inllux nerveux revient et se fait sentir, la cyanose disparaît.