RHYTHME DE LA RESPIRATION
(le ces mouvements n'implique, pas toujours leur fréquence. Ainsi, dans certaines alTections tiioraciques, aiguës, accompagnés d'une douleur vive, la respU ration s'exécute avec vitesse, et cependant elle peut n'être pas plus' fréquente qu'à l'état normal, ou ne l'être que ti ès-peu ; c'est aussi ce qui se passe ordi^ nairenient pendant Iji dernière période de l'agonie, ovi, comme nous venons de le dire, il n'y a quelquefois plus que trois ou quatre respirations par minute.
Si la durée de l'inspiralion parait à peu de chose près 0H'e la môme que celle de l'expiration à l'état normal, il est loin d'en être de même dans un grand nombre de maladies du poumon, et la durée d'un des mouvements semble l'emporter de beaucoup sur l'autre. La respiration est alors dite irrégulière ; le plus souvent l'inspiration est plus longue, et semble être plus difficile que l'ex^s piration- Il en est ainsi dans certaines bronchites capillaires, où l'air ne pouvant traverser aisément |a couche liquide visqueuse qui remplit les ramifications bronchiques, un effort considérable et longtemps prolongé est nécessaire pour le faire arriver jusque dans les cellules pulmonaires; dans l'angine laryngée œdémateuse, où les bords de l'ouverture snpérietire du larynx, gonflés par l'accumulation de sérosité, se rapprochent l'un de Tsutre pendant l'inspiration, à la manière d'upe soupape, un effort puissant est encore nécessaire, et, l'air' ne passant que lentement, le mouvement est forcément prolongé.
Expiration prolongée. — Dans des circonstances plus rares, c'est l'inspiration qui est courte et l'expiration qui paraît beaucoup plus longue, d'où Vexpiration prolongée indiquée par Fournet, — Elle s'observe dans l'asthme, qù le défaut d'élasticité des bronches explique la lenteur de l'expulsion de l'air qui les remplit; dans la congestion pulmonaire chronique et an début de la tuberr cuHsalion pulmonaire. Ici c'est surtout l'auscultation qui fait reconnaître cette durée plus grande du mouvement expiratoirc, qui n'a pas toute l'importance pronostique qu'on lui a un instant accordée,
Les irrégularités de la respiration sont très-variées, et il serait assez embar-r rassant de donner un nom spécial à chacune des formes particulières qui on résultent. On a désigné sous le nom d'intermittente coljc dans laquelle chaque respiration est séparée de la suivante par un intervalle équivalent à peu près la durée d'une respiration complète; sous le nom de saccadée, entrecoupée, pu empêchée, celle dans laquelle l'inspiration et rexi)iration se font, non d'une manière continue, mais par plusieurs mouvements successifs ; dans cette dernière, l'inspiration seule ou l'expiration seule peut être saccadée, l'autre mouvement restant normal, ou bien les deux piouvements peuvent être entrecoupés.
Chacun de ces phénomènes, sans être patliognomonique, se rapporte cependant assez ordinairement à un état particulier du poumon; pour n'en citer que quelques exemples, l'inspiration saccadée se rencontre plus souvent dans la pleurésie ou la pleurodynie, états où une vive douleur s'oppose à la dilatation normale c trégulière de la cage thoraciquc; — V expiration en plusieurs temps et V expiration prolongée semblent se rattachera la première période de la phthisie pulmonaire, époque de la maladie à laquelle les cellules pulmonaires paraissent
SÈMÊiOLOGlE.
ne se dilater et ne revenir sur elles-mêmes qu'avec une certaine difficulté ; — la i mp/m^îon 6'm/3(?c/<e'e accompagne la péritonite aiguë, etc. Il y a eufin la m-. piration irrégvlière, incomplète, inégale et suspirieuse, caractérisée par une série d'inspirations petites, courtes, abdominales, de temps à autre interrompues i par une inspiration large, profonde, costale et suspirieuse. C'est le signe de la i méningite et des maladies du cerveau prochainement mortelles.
INous signalerons encore dans les modifications du rhythme une perturbation i particulière de la respiration que nous croyons avoir été le premier, sinon à i observer, du moins à décrire. C'est celle à laquelle j'ai donné le nom de respira- • tion expiratrice, ou respiration intervertie^ et que l'on rencontre dans la pneu- • monie des enfants à la mamelle, surtout dans les cas très-graves et qui doivent ; se terminer d'une manière funeste.
La respiration intervertie commence par un mouvement actif et brusque d'inspiration gémissante et saccadée, suivi d'une inspiration rapide. Chaque expiration est accompagnée du resserrenient latéral de la base du thorax, de l'énorme saillie du ventre et de la dépression sous-claviculaire et sternale (1).
Nous avons dit plus haut que, chez l'homme à l'état normal, la respiration était plutôt diaphragmatique, tandis que, chez la femme, elle était plutôt costale, et que cette circonstance devait être prise en considération, parce qu'elle était susceptible de fournir des renseignements précieux dans des cas donnés.
En effet, chez l'homme, lorsqu'il existe une affection de l'appareil respiratoire accompagnée de dyspnée, et qui exige un supplément d'énergie dans les organes chargés d'opérer l'ampHation de la poitrine, le diaphragme et les muscles abdominaux ayant donné tout ce qu'ils pouvaient fournir, ce sont les muscles de la poitrine qui donnent ce supplément d'action; la respiration costale chez l'homme indique donc, sans fournir du reste aucune donnée sur la nature de la maladie, un état pathologique en vertu duquel des puissances auxiliaires ont dû être mises en demeure de venir en aide à l'insuffisance de celles qui agissent normalement, état pathologique siégeant dans l'appareil pulmonaire et habituellement grave.
La même chose se passera, en sens directement inverse, chez la femme, lorsque la respiration, de costale qu'elle est à l'état normal, deviendra diaphragmatique ; la respiration ordinaire, se trouvant insuffisante, le diaphragme sera la puissance auxiliaire à laquelle l'organisme aura recours pour augmenter la capacité thoracique et le développement du poumon.