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QUALITÉS DE L'ATR EXPIRÉ

Avant de faire connaître les signes physiques fournis par les bruits de l'appareil respiratoire, et que l'on constate à l'aide de l'auscultation, je vais dire un mot des renseignements que l'on peut tirer de l'appréciation des qualités do l'air h la sortie du poumon. Cette appréciation doit porter sur trois points principaux : Vodeur d'abord, la température et la composition chimique.

1" Odeur de l'air expiré. — L'odeur de l'air expiré n'est pas toujours aussi caractéristique qu'elle semblerait devoir l'Être au premier abord. Dans certaines affections, l'haleine prend une odeur particulière qui est la même dans un assez grand nombre de maladies fébriles et que l'on pourrait designer sous le nom d'aigrelette ; elle est plus franchement acide dans quelques maladies de l'estomac. Cependant elle n'est, dans ce cas, jamais pathognomonique d'un état morbide toujours le même.

Dans les affections à caractère typhoïde, telles que la fièvre typhoïde, la variole cou-

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fluenlc, les pneumonies adynamiques, celle odeur est plus fade, nauséeuse, impossible à définir, mais aussi impossible à oublier lorsqu'on l'a respirée une fois.

Sauf quelques rares exceptions, la seule lésion où l'odeur de l'air expiré soit un élément de diagnostic assez certain pour permettre tout d'abord de reconnaître la maladie, c'est dans la gangrène du poumon. L'haleine apporte alors avec elle une odeur de gangrène absolument semblable à celle qui s'exhale d'une plaie en proie à la gangrène humide, odeur tellement infecte, qu'elle absorbe toutes les autres et qu'elle rend insupportable le séjour dans la chambre des personnes qui soignent le malade.

Le ptyalisme mercuriel s'accompagne également d'une fétidité particulière de l'haleine, comme aussi la stomatite ulcéro-membraneuse, certaines angines gangréiieuses, les maladies scorbutiques des gencives, l'ozène ; mais là encore ces nuances ne peuvent être définies, et c'est l'observation seule unie à une expérience longtemps et souvent répétée qui peuvent parvenir à les faire reconnaître.

Enfin, il est des sujets ayant de mauvaises dents, qui ont naturellement une odeur fétide de l'haleine, que l'on serait fort embarrassé de rapporter à une autre causée, car ils paraissent jouir d'un état de santé parfait. Cette circonstance doit être prise en considération lorsque ces individus sont pris de maladies sérieuses; il est évident que ce serait commettre une erreur grossière que de mettre sur le compte de l'affeclion dont ils sont atteints le caractère spécial de l'haleine.

Pour être complet, nous rappellerons que, dans certains cas d'empoisonnements par des substances odorantes, l'appréciation de l'odeur de l'haleine pourra ne pas êtrje sans quelque valeur au point de vue du diagnostic.

2"^ Température de l'air expiré. — La température de l'air expiré ne fournit que bien peu d'indications; on peut se borner à dire qu'en général l'haleine présente la température du corps lui-même, et qu'avec cette température sont en rapport ses qualités d'humidité ou de sécheresse. Sèche et brùlanie dans les affections aiguës inflammatoires, elle l'est moins dans les maladies typhiques ; elle est réellement froide et donne à l'explorateur une sensation de froid désagréable dans le frisson des fièvres intermittentes, dans le sclérènie des enfants, dans la période algide du choléra, dans les derniers instants de l'agonie, etc.

'6° Composition de l'air expiré. — Au point de vue de la composition chimique, on sait qu'à l'état normal l'air expiré contient les mêmes éléments que l'air atmosphérique, sauf une légère modification dans la proportion de ses éléments, et, de plus, une assez grande quaniitc de vapeur qui constitue la transpiration pulmonaire ; cette vapeur, suivant iM. Collard de Marligny, serait formée de 907 parties d'eau, 90 d'acide carbonique el 3 de matière animale. La proportion d'oxygène a diminué, celle de 1 acide carbonique a considérablement augmenté, soit qu'elle représente exactemeni la (luaiilité d'oxygène en moins, soit qu'elle ne soit équivalente qu'à la moilu' ou même au tiers de l'oxygène consumé ; celle difierencc dépend surtout de ^'âge, du sexe, de la température ambianle et de la namrc des alinienls dont

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les individus font usage. Milne Edwards a établi qu'il y avait moins d'azote rejeté par les poumons dans les saisons froides que dans la saison chaude, et que, dans les temps intermédiaires, il y avait une sorte de balancement entre l'azote introduit et l'azote rejeté. La conséquence est qu'en hiver, l'azote introduit à chaque inspiration, n'étant pas rejeté, reste dans le sang, sort par d'autres voies (pie le poumon et donne lieu à des combinaisons nouvelles. Il sort, dit-on, par les urines sous forme de combinaisons salines, d'acide urique, seul ou à base de chaux, et quelquefois donne lieu aux produits de la gravelle et de la goutte. Le même auteur annonce que, sous l'influence d'une ahmentation animale, il sort plus d'azote par les poumons que dans le cas d'aUmentalion végétale; mais c'est un fait h vérifier.

Des variations analogues s'observent dans la proportion d'acide carbonique exhalé. Ainsi, d'après M. Andral (1), la quantité d'acide carbonique exhalé va en croissant de l'enfance à trente ans; elle reste stationnaire de trente à quarante; mais, après cet âge, il y a une décroissance très-rapide et d'autant plus marquée qu'on approche de la vieillesse, à ce point que, vers quatre-vingts ans, l'homme n'exhale guère plus d'acide carbonique qu'un enfant à la période de la seconde dentition. A dix ans, l'enfant brûle U h 5 grammes de carbone par heure, et ce chiffre s'élève à 10, 12 et Ik grammes vers trente ans; puis, la proportion, d'abord stationnaire, s'abaisse graduellement ; chez le vieillard elle revient à ce qu'elle était dans l'enfance.

L'homme exhale plus d'acide carbonique que la femme ; mais, chez celte dernière, il y a pendant la menstruation une période d'abaissement, suivie d'une augmentation considérable après l'âge critique.

La nourriture substantielle, les boissons spiritueuses, augmentent la proportion d'acide carbonique exhalé, tandis que cette proportion diminue beaucoup dans l'abstinence et la nourriture insuffisante. Il en est de même des bains d'air comprimé, de l'exercice, du mouvement et de l'état de veille; car, ainsi que l'a démontré M. Boussingault, l'homme endormi exhale moins d'acide carbonique que l'homme éveillé. Dans l'air comprimé à une demi-atmosphère pendant quelques temps, il se fait une absorption plus grande d'oxygène et plus d'exhalation d'acide carbonique, mais vient un moment où cela s'arrête et, comme l'a dit Pravaz, on a beau augmenter la pression de la cloche pneumatique on n'augmente plus l'activité des échanges respiratoires. A deux atmosphères l'absorption n'est pas plus active qu'à un seul.

Voilà pour l'état physiologique. Dans l'état de maladie, les résultats des analyses chimiques ne fournissent aucune donnée certaine. Nysten affirme que tout état fébrile, la fièvre, en un mot, augmente la proportion d'acide carbonique exhalé; que les maladies chroniques des appareils respiratoires la diminuent. Scharling dit avoir observé que lorsque l'organisme soull're, principalement par l'action de causes débilitantes, la quantité d'acide carbonique expiré est notablement moindre que pendant la santé; mais ce .sont des assertions que personne

(I) Aiidial, Cours de palkologie générale, 1847.

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malheureusement n'a cnlrepris de vérifier. Des reclicrclies insliliiées dans celte direction rempliraient une importante lacune de la science, et il est à souhaiter qu'un chimiste veuille bien les entreprendre. John Davy a soutenu que, dans la période aJgidc du choléra asiatique, l'air sortait du poumon sans avoir subi aucun changement, ou du moins sans avoir subi de modifications très-appréciables ; mais ce résultat n'a pas été confirmé chez nous par les analyses de Doyère, qui a montré, contrairement à cette assertion, qu'il y avait seulement dans ce cas diminution de la quantité d'oxygène consommé, et diminution de la quantité d'acide carbonique exhalé dans l'expiration. En voici la preuve dans le tableau ci- joint :

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