CHAPITRE II
DE LA BRONGHOPHONIE.
La bronchophonie est un bruit que Laennec a découvert par l'auscultation m et qui est dû à une résonnance très-forte de là voix dans l'intérieur de la poi- trine.
On distingue plusieurs espèces ou variétés de bronchophonie; tantôt c'est unee simple exagération du bruit naturel de la voix ; d'autres fois, c'est une vibration a nette, franche, sèche, semblable au bruit de l'air passant à travers un tube mé- ■ tallique; tantôt enfin, son timbre est aigre, comme chevrotant, c'est uni mélange de bronchophonie et d'égophonie d'où la broncho-égophonie. Dans ces s modifications, la voix est forte, superficielle, mais n'arrive cependant pas à à l'oreille avec netteté, comme dans la pectoriloquie ; elle est plus diCfuse, et sur- tout se distingue de cette dernière par l'absence des bruits de la respiration et du i râle caverneux. Le caractère particulier de chevrotement dans l'égophonie ne t permet pas non plus de confondre l'égophonie avec la voix bronchique ; il ne pour- • rait y avoir de doute que lorsque la voix bronchique prend le caractère broncho- égophonique dont j'ai parlé; mais alors la fixité du siège de la bronchophonie, , qui reste toujours le même, tandis que celui de l'égophonie change suivant les positions du malade, permet encore d'établir une différence bien marquée.
Les points dans lesquels on entend le plus souvent la bronchophonie sont k parties postérieures et latérales du thorax. Lorsqu'elle existe en avant, ce qui est loin d'être fréquent, c'est presque toujours sous la clavicule qu'il faut la i chercher. Enfin, son étendue est variable et dépend de celle de la lésion anato- • mique. Quelquefois elle se fait entendre dans un espace circonscrit et elle a des ^ limites tranchées ; d'autres fois cette résonnance va s'affaiblissant et se perd I d'une manière insensible.
Le plus ordinairement la bronchophonie coïncide avec la respiration bronchique ; déterminés par les mêmes lésions, ces deux phénomènes ont une signification pathologique semblable : ils annoncent un diamètre plus grand des bronches où ils se produisent, et une densité plus grande du parenchyme pulmonaire ; altérations dépendant ou d'une dilatation des bronches, circonstance qui est la plus rare, ou d'une induration pulmonaire de nature tuberculeuse, apoplectique ou pneumoniquc. La première et la dernière de ces trois affeclions étant les plus communes, il s'ensuit que la bronchophonie est un des signes presque pathognomoniques de la congestion pulmonaire chronique de la tuberculisaiion commençante, d'une pneumonie aiguë parvenue à la seconde ou à la troisième période ou enfin d'une pneumonie chronique. La marche de la maladie, le lieu où l'on entend la bronchophonie, la coexistence des autres sym-
DE l'ÉGOPHONIE. '^'^'^^
ptômes sufiSsent le plus souvent pour permettre d'éviter toute erreur. Nous renvoyons, pour de plus amples détails, à ce que nous avons dit de la respiration bronchique.
Il arrive quelquefois que l'on entend la bronchophonie dans des cas de pleurésie avec épanchement ; mais alors elle n'est pas aussi franche et aussi nette que lorsqu'il y a hépatisation pulmonaire. Elle prend le caractère chevrotant de broncho-égophonie que j'ai indiqué plus haut; de plus, elle dure moins longtemps, paraît moins superficielle que dans la pneumonie ; enfin, il peut arriver qu'elle se déplace lorsque l'on fait changer de position au malade, le liquide tendant toujours à rester dans les points les plus déclives ; mais ces cas sont rares, et si cfiez un sujet dans la poitrine duquel on a constaté un épanchement ou entend la bronchophonie forte et rapprochée de l'oreille, on sera en droit de conclure à l'existence d'une induration pulmonaire, en même temps qu'à celle d'une pleurésie, c'est à-dire à une pleuro-pneumonie.