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CHAPITRE IV

DE LA PECTORILOQUIE.

La pectoriloquie découverte par Laennec est une résonnance non plus de la voix, mais de la parole elle-même, c'est-à-dire une transmission directe du son articulé qui semble sortir de la poitrine et passer dans* l'oreille ou dans le tube du stéthoscope. C'est avec cet instrument qu'on l'apprécie le plus distinctement; cependant avec un peu d'habitude, on parvient, avec l'oreille, à la reconnaître aussi facilement que les autres bruits de la voix,

Laennec a dû admettre trois sortes de poxtoriloqnie : « l'une parfaite, caractérisée par la transmission évidente de la voix à travers h; stéthoscope, par l'exacte circonscription du phénomène et des signes que la toux, le râle et la •respiration donnent en même temps. »

Les deux autres espèces, la pectoriloquie imparfaite et la pectoriloquie douteuse, consistent seulement dans la transmission du son, non plus de la parole articulée, et ont plus ou moins de rapport uvec la bronchophonie, de laquelle elles ne se distinguent que par des signes accessoires tirés de l'éial général, de

la marche de la maladie, du siège, etc. Cependant on parviendra le plus souvent à distinguer ces deux ordres de phénomènes l'un de l'autre en réfléchissant que dans la bronchophonie le reteniissement est plus éclatant que dans la pecloriloquie, qu'il est aussi moins circonscrit, tandis que dans celte dernière on limite facilement le champ du production de phénomène, lequel est plus local et borné en quelque sorte au point du poumon correspondant à l'altération anaiomique.

Pour que la pectoriloquie se produise, il faut qu'il existe dans le pounion une cavité de grandeur moyenne, dont les parois soient suffisamment denses, qui soit complètement vide, qui communique librement avec unou plusieurs rameaux bronchiques, ne soit pas trop profondément situé dans l'épaisseur du parenchyme ; enfin il est nécessaire que la partie correspondante à la caverne soit adhérente aux côtés. De plus, il faut que le malade ait encore assez de force pour pouvoir parler à haute voix ; la pectoriloquie ne se produira pas dans ces cas de phthisie laryngée où la voix est éteinte, non plus que chez ces sujets tellement épuisés par la maladie qu'ils ne s'expriment plus qu'à voix basse.

Les conditions qui s'opposent à la production de la pectoriloquie sont les circonstances tout à fait opposées aux précédentes. Si l'excavation pulmonaire est trop petite, le renforcement de la voix sera à peine sensible ; si elle est trop grande, au contraire, et que les parois en soient flasques, molles, ou si elle est centrale, et si les communications avec les bronches sont obstruées, il ne pourra y avoir de voix caverneuse.

Le siège principal de la pectoriloquie est la partie supérieure et antérieure de la poitrine ; cependant elle peut s'entendre dans tous les points où le poumon est creusé d'une caverne dans les conditions que nous avons indiquées.

La pectoriloquie peut disparaître momentanément, lorsque la cavité se remplit de mucus, lorsqu'elle en contient seulement une certaine quantité, et lorsque les communications bronchiques avec la caverne sont oblitérées par quelque mucosité visqueuse et tenace. Il suffit alors de quelques efforts de toux et d'une expectoration qui débarrasse les bronches et vide l'excavation pulmonaire pour faire reparaître la voix caverneuse.

La pectoriloquie est toujours accompagnée de souffle caverneux ou de râle muqueux à grosses bulles, et de gargouillement; elle indique toujours l'existence d'une cavité creusée dans le tissu pulmonaire, par la fonte de masses tuberculeuses ramollies, ou par une destruction gangréneuse du parenchyme. Il serait à la rigueur possible de la rencontrer dans des cavités qui auraient succédé à des foyers apoplectiques purulents; mais ceci est beaucoup plus rare, et jamais, dans ces cas, le retentissement de la voix n'est aussi fort que dans les cavernes de la tuberculisation pulmonaire.

En résumé, on peut conclure, et sans aucun danger de se tromper, que la pectoriloquie est le signe palhognomonique des excavations tuberculeuses ou autres du poumon.

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