SIGNES FOURNIS PAR LA CONSTIPATION
On appelle constipation la rareté, la sécheresse et la dureté des matières fécales.
La constipation s'accompagne habituellement de coliques, de tension du ventre, de chaleur, de ballonnement et d'inappétence. Chez certains sujets maigres, on peut reconnaître, par l'exploration du ventre, des matières dures dites scybales, arrêtées dans le gros intestin. Ailleurs, on sent ces matières dures dans l'extrémité inférieure du rectum, d'où elles pressent et gênent la vessie, le vagin et la matrice.
La constipation alterne souvent avec la diarrhée. Les matières fécales agissent comme de véritables corps étrangers, provoquent une sécrétion muqueuse plus ou moins abondante qui les entraîne au dehors de l'intestin.
La constipation a pour causes principales et directes : 1° la paralysie et l'atonie de l'intestin ou des parois de l'abdomen, à la .suite des maladies du cerveau et de l'intoxication saturnine ou opiacée, ce qui forme la constipation hyposténique ou constipation nerveuse ; 2° son obstruction produite par des lésions de ses parois ou par des tumeurs du voisinage et le spasme du sphincter de l'anus ou constipation mécanique; 3" les phlcgmasies chroniques, le défaut de
sécrétion des liquides qui serveni aux phénomènes do Indigestion, tels que la bile et le mucus ou constipation inflammatoire, etc.
La constipation est le symptôme d'un grand nombre de maladies, et son étude est très-importante dans le diagnostic. — On l'observe dans la méningite, dans les maladies organiques de l'estomac, dans les maladies du cerveau, dans la colique de plomb, dans l'intoxication par l'opium, dans les tumeurs de l'intestin , les hémorrhoïdes, etc.
^ Elle est constante dans la méningite. Les évacuations sont sèches, rares, le •' ventre aplati, et il y a toujours des vomissements au début. Cette constipation lui sert de signe distinctif avec la fièvre typhoïde. En effet, dans cette dernière maladie, avec la fièvre et la stupeur plus ou moins grande, existe de la diarrhée, et un ballonnement du ventre qu'on n'observe point dans la méningite. En cas de doute, la cérébroscopie permettra de distinguer dans l'œil des lésions qui révèlent la phlegmasie des méninges. La constipation s'observe encore dans l'apoplexie, dans le ramollissement I cérébi-al et dans les tumeurs du ceiweau. Celle-ci et la rétention d'urine qui l'accompagne indiquent l'inertie du rectum et de la vessie, inertie qui dépend de la lésion des centres nerveux.
Elle accompagne le rétrécissement du pylore, à cause du peu d'abondance des matières qui passent dans l'intestin; la colique de plomb, par suite de la sécheresse de la muqueuse intestinale et de la paralysie des parois de l'intestin ; V ictère spasmodique, et il s'y joint une coloration jaune bilieuse de la peau. La
(constipation nous paraît être ici un signe d'autant plus important h noter, que l'on ne la rencontre pas dans l'ictère fébrile, et on peut la considérer comme un signe différentiel entre ces deux espèces d'ictère.
Elle s'observe enfin dans les phlegmasies chroniques de l'intestin, par suite de la sécheresse de la muqueuse intestinale; dans la convalescence des phlegmasies, surtout chez l'adulte; dans la convalescence de la fièvre typhoïde, dans la péritonite aiguë générale, dont elle constitue l'un des symptômes les plus importants. C'est un phénomène du début et de la période d'état de cette phlegmasie. Il ne caractérise pas seul la maladie ; mais, réuni aux autres symptômes, il a une très-grande signification.
La constipation nerveuse, cérébrale, et la constipation sèche peuvent être guéries par le régime lacté, par la belladone à petite dose, par les légumes herbacés en abondance et par les douches ascendantes rectales. La constipation mécanique au contraire n'est que soulagée par ces moyens, et il faut s'adresser à la cause même du mal, et enlever l'obstacle au cours des matières pour la faire disparaître.
SECTION XV
Si les matières rendues dans la dérécation étaient bien connues, non-seulement dans leur apparence extérieure, mais encore dans leur composition intime
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on reconnaîtrait beaucoup mieux la nature dos maladies de l'estomac et des intestins. Il faudrait évidemment faire pour ce produit d'excrétion ce que l'on a fait pour les urines; mais les recherches de ce genre répugnent à beaucoup de médecins, et nous ne pouvons parler des excréments que sous le rapport de leur abondance, de leur couleur, de leur forme, et de quelques-uns des produits étrangers qui s'y trouvent mélangés.
§ — Matières fécales liquides.
Elles peuvent être aqueuses, comme dans le flux de l'inteslin, dans le choléra, dans la goutte, dans la diarrhée dite catarrhale, dans les purgations par les sels neutres, etc. — Souvent alors mélangées à du mucus glaireux filant et albumineux ou à des matières jaunes en petite abondance, elles sont incolores et transparentes, ou légèrement jaunâtres; ailleurs, elles sont blanchâtres, opalines, mêlées de petits grumeaux blancs comme du riz: c'est ce qu'on observe dans le choléra.
Elles sont bilieuses, liquides, jaunâtres ou formées de bile presque pure, dans la diarrhée inflammatoire et dans les diarrhées qui surviennent souvent dans la convalescence des maladies aiguës.
Elles sont graisseuses et comme remplies d'huile dans les maladies du pancréas, lorsque la graisse de l'intestin n'est plus émulsionnée par le suc pancréatique. C'est du moins ce qui résulte de quelques faits publiés par MM. Moyse et Cl. Bernard (1).
Elles sont albumineiises, mêlées à des fragments d'albumine incolore comme du blanc d'œuf, dans quelques diarrhées inflammatoires aiguës.
Elles sont lientériques, liquides, c'est-à-dire mêlées à des aliments non digérés, dans l'entérite chronique.
Elles sont sanguinolentes, dans l'entérite aiguë; — sanguinolentes et muqueuses on purulentes, unies à des pellicules membraneuses, dans la dysenterie; — ensanglantées et formées de sang pur en notable proportion, dans l'héniorrhagie intestinale. Alors le sang est pur et rouge, s'il vient du rectum et du gros intestin ; il est noirâtre, s'il vient de l'intestin grêle, et tout à fait noir enfin, à moitié solide, lorsqu'il a séjourné longtemps dans le ventre. L'excrétion de ces matières noires liquides ou demi-solides constitue le mélœna. — Cela s'observe dans la fièvre pernicieuse dysentérique, dans le cancer de l'estomac cl des intestins, dans la colite ulcéreuse chronique, et dans les hémorrhagies intestinales produites par la fièvre typhoïde, la fièvre jaune ou n'importe quel étal morbide local et général.
Elles sont purulentes dans la dysenterie chronique, et alors le pus est tonjours mélangé à du sang et quelques matières stercorales liquides. On n'y trouve du pus en nature que lorsqu'un abcès de la fosse iliaque, des ligaments larges, de la colonne vertébrale, de la prostate et du pourtour de l'anus, ou de la matrice (phlegmon péri-utérin) s'est ouvert dans l'intestin.
(I) Cl. r.ornartl, Lrçons ilc physiologie expérimentale. Paris, 1856, t. II.
SIGNIÎS FOURNIS PAU l'EXAMEN DES iMATlÈRES FÉC'iLES.
§ », — iMatièrcs fccnlc»> soINIos.
Dans 1 elat naturel ce sont des matières d\in jaune ocré, assez abondantes, moulées, et d'une odeur désagréable, caractéristique. Leur consistance est assez forte, et, sorties du rectum, elles conservent leur forme primitive.
Dans cet élat solide, elles présentent une foule de modifications relatives à la couleur, à la forme, à la consistance, à l'odeur, etc. — Elles sont brunes, noirâtres ou noires, chez les individus constipés, chez les mélancoliques et chez les hypochondriaqueSj chez ceux qiii prennent du fer, du bismuth et du charbon ; — verdàtres, chez ceux qui font usage de légumes herl)acés ou qui ont pris du calomel à petite dose; elles sont peu abondantes, fragmentées, dures et oviilées, c'est-à-dire semblables à des excréments de brebis, dans la constipation par gastro-enlérite chronique, dans la dyspepsie et dans l'hypochondrie. — Au contraire, elles sont molles, filiformes ou aplalies dans la gastro-entérite chronique catarrhale et dans les maladies chroniques des voies digestives, avec ou sans rétrécissement du calibre de l'intestin. — On les rencontre à l'état pw/lacé, c'est-à-dire en bouillie, dans les mêmes circonstances, lorsque la maladie est plus grave.
Elles soni jaunâtres, pâles, quelquefois même semblables à de l'argile, dans l'entérite chronique sans diarrhée; — décolorées, grisâtres, dans l'ictère, par obstacle au cours de la bile dans l'intestin ; — striées de sang dans la colite chronique, la fissure anale et les hémorrhoïdes fluentes.
On trouve souvent avec les matières fécales solides, à leur surface, dans une étendue assez grande, des pellicides jaunâtres, blanches, çdbutnineuses, constituées par du mucus ou des masses d'épithélium allongées, et formant des pseudo-membranes que l'on a pris, soit pour des vers, soit pour des fragments de membrane muqueuse. (Jes pellicules ne sont autre chose que de l'épiihélium uni à du mucus compacte sécrété parla muqueuse intestinale; elles sont formées d'albumine concrète de cellules épithéUales altérées et de globules nuiqueux et pyoïdcs. On les observe chez les sujets constipés, dans l'entérite chronique, chez les hypochondriaques et chez les femmes très-nerveuses. Il est rare que ceux qui souffrent un peu du ventre et des digestions, après avoir eu autrefois une forte diarrhée, ne présentent pas ces pellicules à la surface de leurs matières excrémentitielles.
Les matières fécales renferment souvent des corps étrangers, venus, soit de la bouche et introduits avec les aliments, tels que des pépins de fruits, des fragments d'os, etc., soit de l'intérieur même du corps, tels que des concrétions intestinales ou biliaires. On y trouve des vers, tels que les oxyures, le lœnia, les ascarides, des calculs intestinaux ou biliaires, des fragments d'intestin gangrené à la suite d'une invagination, etc. — A cet égard môme l'examen des matières peut être extrêmement utile au diagnostic. — Ainsi, chez les personnes gastralgiciucs, il sulïil de délayer les excréments et de les laniiser pour voir de la gravcllc biliaire ou des calculs biliaires (jui sont la cause
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du mal. — Dans l'épilcpsic qu'on suppose vcimineuse, il suffit d'examiner une parcelle d'excréments avec le microscope ])our y découvrir des œufs d'entozoaire soit des œufs de tœnia, soit des œufs de lombrics, soit des œufs de irichocéphale, reconnaissables à leur forme différente et pour savoir ce qu'il convient de faire ou quel est le remède à employer.
SECTION XVI
SIGNES FOURNIS PAR LA TYMPANITE ET PAR LE MÉ tÉORISME, OU PNEUMATOSE INTESTINALE.
La pneumatose intestinale ou tympanite est un état morbide caractérisé par l'accumulation d'une grande quantité de gaz dans le tube digestif. On réserve le nom de météorisme à une distension moindre de l'intestin.
Il y a deux sortes de tympanite : 1" la tympanite essentielle, nerveuse, due à une exhalation de gaz produite par des troubles nerveux comme chez l'hystérique qui, sans avoir rien mangé, voit dans son ventre se développer des gaz qui disparaissent par absorption et sans évacuation au dehors, et 2° la tympanite symptomatique provoquée, soit par des aliments qui fermentent comme les haricots ou les pois et quelques féculents, soit par une altération des tuniques gastro -intestinales qui favorisent la fermentation gazeuse des matières renfermées dans le tube digestif.
Quand la tympanite se développe, tantôt toute la cavité du tube digestif est distendue, et les anses intestinales se dessinent sous la peau du ventre ; tantôt la tympanite n'est que partielle, ce qui est le cas le plus fréquent, et alors les gaz occupent surtout le gros intestin.
La pneumatose intestinale change toujours la forme du ventre, qui augmente de volume et devient globuleux. La peau est très-tendue, lisse et luisante; elle présente une résistance élastique et égale dans tous les points de sa surface. Ordinairement il n'y a pas de douleur ; s'il en existe, c'est que la distension par les gaz est poussée à un degré considérable, ou bien c'est en raison d'une péritonite subaiguë ou chronique.
Ordinairement la pneumatose intestinale ne dépasse pas certain volume, et, si dans ces cas elle contribue à amener une terminaison funeste, ce n'est qu'indirectement, comme accident secondaire survenu dans une autre maladie. Au contraire, lorsque la tympanite est portée très-loin, elle détermine des symptômes sérieux d'asphyxie. Le diaphragme est refoulé en haut, jusqu'à la quatrième côte, et les fonctions de la respiration et de la circulation, noiablcnient gCnées, ne peuvent plus s'accomplir. Dans la tympanite, la percussion donne un son très-clair, dit son tympaniqxie, ayant du reste quelque chose de caractéristique, surtout dans les cas où les gaz sont accumulés en abondance.
Quand la tympanite est partielle, il est plus difficile de la constater, ou du moins le bruit que donne la percussion n'est plus aussi caractéristique. Dans ce cas, il faut comparer, pour le bien juger, le bruit que l'on entend avec le