‹ Nouveaux éléments de pathologie générale et de séméiologieChapitre 47 sur 439 · PRONOSTIC · texte numérisé non relu

PRONOSTIC

• Les épidémies naissent et disparaissent souvent sans qu'on sache pourquoi ; elles durent de six semaines à quatre, cinq et six mois. Il en revient à des périodes plus ou moins éloignées dans les différents pays, suivant qu'ils sont plus ou moins salubres, selon le bon état des récoltes et le degré d'aisance ou de misère des populations. Comme l'a dit Malthus, les épidémies indiquent, partout où elles se renouvellent fréquemment, la misère du peuple, ou, ce qui est la même chose, un excès de population relativement aux moyens d'existence dont elle jouit. Ainsi le caractère occulte de leur origine se poursuit dans leur développement et jusque dans leur disparition. Pourquoi une épidémie de choléra s'en va-t-elle de Paris? Pourquoi la fièvre typhoïde, la scarlatine, etc., cessent-elles de se manifester dans un collège où elles ont fait invasion sans frapper tous les individus soumis à l'influence épidémique ? Peut-on dire, par exemple, que l'élément toxique s'altère, ou que les organismes, se modifiant à la manière du corps de Milhridate cuirassé contre tous les poisons, par l'abus qu'il en avait fait, finissent par supporter sans danger ou avec un danger très-affaibli une inHuence radicalement vicieuse? Cela est difficile à démontrer, et, si l'on veut pénétrer ce mystère, il faut admettre l'immunité chez tous ceux qui ne sont pas atteints : immunité personnelle, spéciale chez les uns, ou, comme je ! viens de le dire, immunité acquise chez d'autres par l'habitude d'être, dans le . foyer épidémique. En effet, si, au début, tant d'individus sont gravement pris I et succombent, c'est que, personne n'étant habitué au miasme et ne se l'étant ipas encore inoculé à petites doses par la respiration, tous se trouvent au môme . point d'égalité devant le poison qui circule dans l'atmosphère, et les premières . victimes sont foudroyées. Au contraire, lorsque, plus tard, chacun a été soumis

(1) Carrière, Peste de Florence.

à l'influence épicléniiqiic el s'en est (mi parlio salmé, la dose nécessaire à la production des accidents morbides trouve l'individu préparé elne lui occasionne qu'une demi ou un quart d'épidémie. Ainsi l'inoculation réelle de la variole, saturant l'économie, ne permet plus qu'une varioloïde ou une variolelte sans conséquences. Le système nerveux, ce grand régulateur de nos impressions physiologiques et pathologiques, a reçu l'habitude du miasme, et il en est de ces derniers comme de tous les agents toxiques : l'habitude émousse complètement leur action.

Il ne serait pas impossible, enfin, que l'élément toxique s'altérât ou s'épuisât comme les ferments auxquels je l'ai comparé et qui s'épuisent dans la fermentation qu'ils ont fait naître au sein de la matière organique. Si les virus sont des ferments, ce qui est probable, ils doivent peu h peu perdre leur activité par des générations successives et par leur combinaison avec la matière dans laquelle leur action s'épuise.

Le mot d'épidémie n'est pas absolument synonyme de danger; cependant les épidémies sont très-graves. Quelques-unes sont bénignes,d'autres sont malignes, et alors le danger est extrême, car rien ne peut conjurer leurs coups. La plupart de ceux qui sont pris, sinon tous, meurent en quelque sorte comme foudroyés, et ceux qui luttent finissent par avoir le même sort, sans que l'art puisse intei-venir d'une manière efficace. Que d'hommes déjà n'ai-je pas' vus mourir d'angine, de scarlatine, de variole, de dysenterie, de choléra épidémiques, sans pouvoir faire autre chose que d'être le spectateur contrit de mon impuissance vis-à-vis de pareils malheurs ! Ozanam et Villeneuve ont essayé de faire connaître la gravité relative des différentes épidémies connues, en indiquant la mortalité qu'elles ont produite ; mais ces résultats n'ont peut-être pas été recueillis avec toute la sévérité désirable. Je me contenterai de les indiquer sommairement.

,^,.Mi., VILLENEUVE

OZANAM. lu ^.^levé des épidémies de 1171 â 1830.

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