A CONTAGION. — CAIUCTÈRES DES MALADIES CONTAGIEUSES
1 e contact direct semble nécessaire.à son action contagieuse, car la l)lennoi- , hagie et l'oplulialmie se propagent de cette manière ; mais rien ne prouve que, clans i'oplithalmie, la volatilisation du pus dans l'air ne soit aussi un moyen de propagation de la maladie à d'autres enfants. Rien ne le prouve, d.s-je, e l'analogie permet de le supposer, car les émanations du pus var.ol.que sulhsent pour déternùner l'apparition de la variole. En serait-il de même pour autre maladie que je viens de citer? Je le crois, puisque sans cela il serait difficile d'expliquer cet état de permanence des ophihalmies dans certaines salles d hôpital. L'infection de l'air qui produit une maladie contagieuse est évidemment causée par la suspension du principe contagieux lui-même.
On peut donc, jusqu'à démonstration du contraire. Croire à l'influence direcie et indirecte de l'agent de transmission des maladies purulentes. Toutefois le contact direct est le mode de propagation le plus fréquent, et dans cette circonstance il faut savoir que la similitude de tissus est nécessaire au développement de la maladie. Ainsi le pus de la blennorrhagie simple ou de l'oplithalmie sécrété par une muqueuse n'agit pas sur la peau saine ou développée de son épiderme; il n'agit que sur un tissu de même nature, sur une muqueuse. C'est, en effet, lors du contact de ce produit morbide avec les tissus muqueux de l'œil ou de l'urèthreque l'on voit apparaître lesophthalmies et la blennorrhagie. Toutefois on a vu en Algérie des blennorrhagies épidémiques sur des soldats éloignés depuis longtemps de tout commerce avec les femmes dans des postes trèsrapprochés du désert. Ce mode de transmission n'est pas sans importance, et peut établir une nouvelle différence entre les maladies dont il est question elles maladies dites virulentes.
Les affections contagieuses purulentes sont peu nombreuses; leur siège primitif est dans le tissu muqueux ; elles n'envahissent que secondairement les tissus subjacents, mais les désordres ne vont pas plus loin. Ce sont des maladies locales qu'on peut avoir autant de fois qu'on s'expose au contact du principe contagieux, opposition remarquable avec les maladies virulentes, qui n'affectent en général qu'une seule fois le même individu.
L'ophlhalraie des nouveau-nés, l'ophlbalmie belge, l'ophthalmie d'Égypte, sont considérées sans contestation par tout le monde comme des maladies contagieuses locales (1), mais il n'en est pas tout à fait de même de la blennorrhagie, que l'on a tour à tour considérée comme virulente et non virulente, c'est-à-dire comme une affection générale ou locale. Il suffit de s'entendre à cet égard, et les expériences de M. Ricord ont éclairci la question. La blennorrhagie simple, c'est- . à-dire celle qui est dégagée de toute complication syphilitique, de tout chancre dans l'urèthre, est une maladie contagieuse locale au même titre que l'ophthalmie purulente, et elle guérit sans amener d'accidents secondaires. Elle rentre par conséquent tout à fait dans la division que nous essayons de faire accepter. La blennorrhagie causée par un chancre dans l'urèthre est au contraire conla-
(1) C'est un fait déraonirc par les expériences nouvelles de M. Eiseld, qui dit avoir saisi avec l'aéroscope des cellules de pus voltigeant dans l'air.
gieuse, inoculable, parce que le pus est mélangé îi une certaine quantité de virus syphilitique, ce qui change entièrement la nature du mal.
L'érysipèle plilegmoneux est-il doué de propriétés contagieuses et rentre-t-il dans la catégorie des exemples de contagion purulente? Cela est possible, mais je n'oserai l'alfirmer. Quelques faits sont de nature à le faire croire, et en particulier le suivant, relatif à un de mes élèves atteint de phlegmon du bras à la suite d'une piqûre anatomique, et qui, étant renvoyé dans sa famille, devint pour sa ville la cause d'une contagion d'érysipèle et de fièvre puerpérale.
Observ. III. — Contagion probable à la suite d'un phlegmon érysipélateitx du bras. — Le 16 septembre 1862, à neuf heures du matin, un externe de l'Hôtei- Dieu de Paris, M. H..., en faisant l'autopsie d'une femme morte d'une infeciion purulente à la suite d'une amputation de la jambe, s'éraille la face dorsale de l'annulaire droit contre la section anfraclueuse d'une côte.
Il se senl piqué par le contact du liquide purulent qui remplissait la plèvre.
Le même jour, à midi, traînée roogeâtre sur l'annulaire; à trois heures, la traînée arrive jusqu'à la moitié de l'avant-bras; à dix heures du soir, frisson intense, le ganglion épitrochléen et les ganglions axillaires sont tuméfiés et douloureux.
Les 17, 18, 19, fièvre très-intense, somnolence continuelle ; phlegmon profond du doigt et de la main : quatre incisions.
Le 20, le malade peut encore faire quarante lieues en chemin de fer.
L'état sanitaire de la ville de Reims, où il arrive, était, au dire delà plupart des médecins, très-satisfaisant.
La ville a soixante mille âmes, elle est bien aérée.
Depuis deux ou trois ans, il n'y a pas eu de fièvres puerpérales.
Toutes les fois qu'une épidémie de cette sorte s'est produite, elle a débuté dans le service d'accouchements à l' Hôtel-Dieu.
Voici l'histoire raccourcie du malade.
Pendant les huit jours qui suivent son arrivée, la fièvre contmue à être trèsintense, les symptômes généraux sont très -inquiétants. Prostration continuelle, rêvasseries fantastiques dont la description est impossible.
Le phlegmon du doigt, celui de la main, un abcès dans les masses musculaires de l'avant-bras, un très-gros abcès de l'aisselle, nécessitent quinze ou seize incisions.
Après plusieurs améliorations, rechutes réitérées. Érysipèle circonscrit à la partie supérieure du bras.
Au bout de six semaines de séjour au lit, le malade (qui était très-robuste) esl extrêmement amaigri et entre en convalescence.
Le 1" janvier 1863, il peut reprendre un nouveau service à l'Hôtel-Dieu de Paris, mais il ne réacquiert la plénitude de ses forces qu'au bout de plus d'un an.
Pendant un mois le malade, fils et frère de médecins, fut visité chaque jour par huit ou dix confrères (les plus occupés et les plus au courant, par conséquent, de l'état sanitaire de la ville).
Deux d'entre eux approchèrent surtout le malade :
M. G , chirurgien à l'Hôtel-Dieu, qui pratiqua toutes les incisions.
M. Ad. H , frère du malade, qui deux ou trois fois par jour fut chargé du
pansement.
Voici quelques faits qui à cette époque furent observés par ces messieurs.
M. le docteur G ne se souvient d'une façon bien précise que de ce fait :
I. — Une jeune dame accouche assez facilement. Fièvre puerpérale. Mort trèsrapide.
M. Ad a consigné les faits suivants :
DE L,V rONTAGION. — CARACTÈRES DES MALADIES CONTAGIEUSES. 223
II. — Une femme de trente-cinq ans accouche sans difficulté. Fièvre puerpérale. Mort en quatre ou cinq jours. ^
III Une femme de trente-quatre ans. Accouchement, assez pénible, implantation du placenta sur le col. Version au bout de quatre ou cinq jours. Fièvre puerpérale. Mort en trente-huit heures.
IV. Une femme de vingt-cinq ans accouche sans difficulté. Fièvre adyna-
niique. Guérison au bout de quatre mois, après l'ouverture de plusieurs abcès.
V et VI. — Dans la môme maison, un aubergiste reçoit un coup de pied de cheval. Plaie contuse au niveau de la crête du tibia, érysipèle phlegmoneux, résorption purulente. Mon.
La bonne de l'aubergiste voit apparaître un abcès spontané du pli du coude. Phlegmon profond et très-étendu du membre supérieur ; symptômes généraux sérieux. Guérison.
VII, VIII, IX, X et XI. — Môme maison. En face de la maison précédente, une boulangère a un érysipèle de la face. État adynamique grave. Guérison an bout de trois mois.
La mère de cette boulangère, qui est venue pour la soigner, attrape un érysipèle de la face. État adynamique. Mort en quatre jours.
La fille de la boulangère, six à sept ans, a à la même époque que sa mère et sa grand'mère un érysipèle des fesses. État adynamique. Mort en quinze jours.
Le petit garçon de la boulangère, cinq ans. Érysipèle de la face. Guérison rapide.
Le mari de la boulangère. Érysipèle très-grave de la face. Délire, adynamie. Guérison pénible.
XII. — Un homme (à deux cents mètres de la maison précédente) est mordu par un chien. Érysipèle phlegmoneux qui s'étend à tout le bras et à tout l'avant-bras. Guérison très-pénible.
XIII. — Madame L , buandière (soixante ans), qui a lavé le linge et les
pièces de pansement du malade. Érysipèle du bras sans traumatisme. Mort rapide.
XIV. — Madame L..., cousine du malade, vient le voir, retourne à Paris, où elle est prise, le lendemain de son arrivée, d'un érysipèle de la face. Guérison en quinze jours.
Pendant la visite de sa cousine, le malade avait le frisson prodromique de l'érysipèle qui s'est développé autour de l'incision axillaire. Le fait capital est donc :
Etat sanitaire très-satisfaisant avant l'arrivée du malade. État sanitaire mauvais dans certaines maisons fréquéntées par les médecins ayant le plus approché le malade pendant une période de six semaines. État sanitaire infiniment meilleur après cette époque.
Les deux médecins chargés du service des gisantes à l'Hôtel-Dieu n'ont pas approché le malade; il n'y a pas eu de fièvres puerpérales à l'hôpital.
Il faut ajouter cependant qu'une ou deux personnes qui ont pas^sé dix huit heures sur vingt-quatre au chevet du malade n'ont éprouvé aucune maladie.
Maladies contagieuses parasitaires. — Les maladies contagieuses parasitaires sont celles qu'il faut rapporter aujourd'hui à la présence de parasites végétaux ou animaux, et qu'on attribuait autrefois à des virus particuliers. Que n'a-t-on pas dit des virus psorique et dartreux ? que n'en dit-on pas encore? Cependant où sont ces poisons morbides? Qui a démontré leur existence? Personnec'est qu'ils n'existent pas, à l'état de virus, si ce n'est dans l'imagination de ceux qui en parlent, et que les maladies désignées sous le nom de gale et de teigne n'ont d'autre cause que le développement d'acarus et de raycodermes faciles à
52^1 PATHOLOGIE GÉNÉRALIi.
reconnaître au moyen du microscope ; du reste, ces maladies ne sont i)as Ifs seules qu'il faille lapporter à la présence de parasites. 11 y a encore clie/. l'homme le muguet, dont la nature végétale est aujourd'hui parfaitement démontrée; \ herpès lonsurans, qu'on attribue également à un parasite végétal; le prurigo des vieillards, qui est souvent causé par les pediculi corporis, et, chez les animaux de l'espèce ovine, le piétin, qui est probablement dû à la présence d'un acarus caché sous la face interne et supérieure de l'ongloii. (Morel deVindé, Gaspariu.)
Ces maladies contagieuses, ducs à la présence de parasites végétaux ou animaux, ne sont pas plus des maladies virulentes que la noix de galle n'est une affection virulente du chêne, pas plus que les cryptogames développés sur l'écorce des arbres de nos forets. Ce sont des maladies dues à la présence de microzoaires et de microphytes, qu'on désigne sous les noms A'épizoaires et à'épiphytes. L'inoculation peut les reproduire, et elles ne sont jamais accompagnées de l'infection générale de l'économie; de plus, en raison de ce mode spécial de transmission qu'il faut rapporter à un parasite facile à trouver et à détruire, on comprend que ce soient là des maladies qui puissent affecter plusieurs fois le même individu.
Les maladies contagieuses parasites dues à la présence d'épizooaires sont des maladies vésiculeuses de la peau : exemple, la gale de l'homme et des animaux, le prurigo senilis et pubis occasionné par certains pédicules. Les maladies contagieuses causées par les épiphytes sont, au contraire, des maladies du tissu muqueux qui tapisse les anfractuosités d'où sortent les poils elles cavités qui viennent s'ouvrir à la surface du derme : exemple, le favus, occupant les follicules pileux ; le muguet, dans l'intérieur de la bouche. Les membranes muqueuses présentent alors des traces non équivoques d'inflammation ; elles sont rouges, luisantes et sèches, conditions qui se retrouvent ailleurs en dehors de toute cause contagieuse, et qui favorisent le développement spontané des végétaux microscopiques. Les parasites végétaux se montrent aussi quelquefois naturellement sur les plaies qui, ayant suppuré longtemps, se recouvrent d'un épithélium fm semblable à l'épithélium du tissu muqueux enflammé : exemple, les vésicatoires, les ulcères variqueux des gencives, etc.
Pour que ces maladies se transmettent à d'autres individus, le contact dn-ect du germe est absolument nécessaire. Il faut cette condition pour que, d'une part les acarus puissent émigrer, ou que, de l'autre, la transplantation des parasites végétaux puisse s'accomplir. C'est ainsi qu'on voit dans quelques cnxonstances le muguet de l'enfant à la mamelle s'étendre de la bouche au seni de sa nourrice. Ici la contagion ne peut s'effectuer à distance, comme nous avons vu que cela était possible dans les affections virulentes et purulentes.
Les agents contagieux animaux sont : pour la gale, le sarcopte, décrit par M Galès; pour le prurigo senilis, les pediculi corporis, connus de tous les médecins. Quant aux parasites végétaux du favus, tels que VAc/iorwn Schœnleinii • de la teigne tondante, Trickophyton tonsuram ; de la teigne decalvante, mrrosporon decalvans; du muguet, V Oïdium albicans ils ont été décrits dans