CONSTITUTION DE LA MALADIE. - DES ÉLÉMENTS MORBIDES
ses éléments En effet, une maladie n'est pas une chose simple, c'est le résultat complexe de diverses influences morbif.ques, et souvent une association d éléments divers qu'il faut chercher h découvrir par l'analyse et par tous les moyens nui sont en notre pouvoir. Une maladie doit être décomposée par le médecm, nuand cela est possible, de la même façon que les chimistes, les zoologistes et les'boianistes décomposent journellement les objets de leur compétence pour en connaître la nature. Une fois celte analyse terminée, les maladies et leurs éléments morbides peuvent être classés et traités comme il leur convient de l'être d'après leur nature, leurs analogies ou leurs différences. C'est la ce que j'appelle établir la constitution d'une maladie.
De tout temps, cette tache difficile a été un objet de recherche pour les médecins. Elle a dû inspirer tous ceux qui ont fait de la médecine, car elle est la conséquence de toute, recherche clinique, et le premier qui a prononcé le mot de fièvre ou de ph|ogose a fait, à son insu, un rapprochement fondé sur l'existence d'un élément morbide. - Galien a clairement indiqué ce but à ses successeurs, lorsqu'il dit : « Il faut d'abord dire ce que nous appelons maladie; en second Ueu, quelles sont les maladies générales simples et premières, eïemmtsàes autres; enfin, en iroisième lieu, que sont celles qui proviennent de leur réunion (1). »
Le monde médical est cependant resté sourd à la voix de Gahen. Personne n'a eu jusqu'ici le talent de décomposer les maladies en éléments simples tellement bien définis, qu'une doctrine générale, reposant sur cette base, ait pu être universellement acceptée. Des tentatives sans nombre ont été faites, mais aucune n'a réussi. Tandis que les uns augmentent à l'infini le nombre des éléments morbides, les autres le réduisent à une minime proportion, et, en quelque sorte, selon leur fantaisie. Ainsi Asclépiade et Thémison, si souvent imités de nos jours, ont commencé à leur point de vue l'édifice de la doctrine des éléments ; mais ils n'en admettaient que deux opposés l'un à l'autre^ le strictum et le laxum. Il faut arriver jusqu'à Féhx Plater et à Sauvages pour bien comprendre la signification de cette recherche et pour voir à quel degré on pouvait aller dans la multiplication des éléments morbides. Ce ne fut qu'un peu plus tard, lorsque Barthez, s'emparant de celte même idée pour la développer avec soin, en eut formé un corps de doctrine, qu'elle commença à se répandre parmi les médecins, acceptée par les uns, combattue par les autres. Elle eut alors pour champions Dumas, Lordal, F. Bérard, Golfin, Alquié (2), Quissac (3), et la plupart des médecins de l'école de Montpellier. Forgel (de Strasbourg) (Zijl'a défendue, mais à un point de vue différent de celui des auteurs que je viens de nommer. Malheureusement, comme je l'ai dit, le nombre et l'espèce des éléments morbides diffèrent pour chacun de ces médecins, et, faute d'unité dans la défini-
(1) Galien, De dijferenliis morborum liber, cap. i.
(2) Alquié, Doctrine médicale de l'Ecole de Montpellier. Montpellier, 1857.
(3) Quissac, Doctrine des éléments, 2" édition. Montpellier, 1857.
(4) Forgel, Principes de thérapeutique. Paris, 1860.
PAIHOLOGIE GÉNÉUALE.
tion de l'élémeiil, il règne dans celte partie de la science quelque chose de vague et une confnsion fàcliense qu'il sera bien diflicile de faire disparaître.
Je sais bien qu'une maladie n'a rien de comparable avec un objet d'histoire naturelle ou un corps brut dont les caractères et les éléments sont nets, distincts, faciles à saisir, à étudier, et que naturellement l'analyse des éléments morbides est fort difficile. La maladie, on le sait, n'est pas une chose concrète ; c'est un acte du corps vivant aux prises avec une inlluence dynamique ou matérielle, contre laquelle il réagit d'après des lois inconnues, et dans lequel l'observation nous montre un ou plusieurs éléments propres, accompagnés de phénomènes particuliers. Mais ces éléments ne nous sont eux-mêmes connus que par les actes morbides qu'ils produisent au milieu d'un ensemble plus général de phénomènes morbides ; ce ne sont pas toujours des objets matériels, à moins qu'il ne s'agisse d'accidents traumatiques, et ils ne sont pas aussi faciles à reconnaître que la disposition des feuilles d'une plante ou que les atomes constituants d'un morceau de minerai.
La vie est un principe que nous ne connaissons que par ses effets, et il en est de même de ses perturbations diverses, qu'il nous faut rattacher à autant d'éléments particuliers. Dans l'impossibilité de remonter, des maladies telles qu'on les comprend, à des éléments morbides, simples, faciles, isolés, les médecins se contentent d'apprécier dans la maladie certains faits et certains groupes de phénomènes, qui, au miljeu des autres, paraissent indiquer telle ou telle modification des forces de la vie ou de l'état somatique, et ces groupes de phénomènes sont ce qu'on appelle des éléments morbides. Ainsi, lorsque, dans une fièvre typhoïde, on observe, avec la conservation de l'intelligence et la vivacité du regard, la persistance des forces et la teinte rosée de la peau avec plénitude du pouls, on dit qu'il y a là élément phlogistique ; chez d'autres, ce sont les éléments adynamique, alaxique ou intermittent qui dominent, et forment, au milieu d'une maladie, comme quelque chose de très-important qui indique la nature du mal et appelle un traitement particulier.
Ailleurs, c'est une lésion organique qui reflète la nature de sa cause et indique la présence d'un élément morbide spécifique particulier, tel que la scrofule, la syphilis, la goutte et toute autre diathèse susceptible de produire des lésions qui peuvent être également déterminées par des causes de nature difierente. Chez d'autres malades, enfin, ce sont des lésions traumatiques, des difformités, des corps étrangers dans les tissus, qui provoquent certains phénomènes particuliers au milieu d'autres accidents morbides, et qui constituent autant d'éléments fort utiles à connaître. L'existence des éléments morbides n e.st contestée de personne. Malheureusement, dans l'étude qui en a été faite par les médecins, ils ont été classés et choisis par eux d'une manière presque arbitraire, en quelque sorte dilférente, selon le temps, le lieu et les doctrines philosophiques du moment. Il n'y a rien de fixe dans leur détermination, et, quand on passe en revue toute la pathologie pour analyser les éléments de chaque maladie en particulier, on se trouve arrêté par l'impossibilité déplacer les éléments connus, et il faut en créer de nouveaux pour les besoins de la doctrine. Cela
CONSTITUTION DE LA MALADIE. - DES ÉLÉMENTS MORBIDES. 265 montre combien il reste à faire dans l'étude des cléments morbides. Malgré ces diOicnltés, cette recherche est de h, plus haute importance, et je vais y con-
Ou'eTr<^Tu'uréîément morbide? Pour Barthez et Lordat, c'est une aflection simple ou altération du principe vital, donnant lieu h des symptômes constants bien dessinés. D'après F. Bérard, c'est l'alTection essentielle qu. constitue la maladie - D'autres accordent le nom d'élément à toutes les causes morbihaues'et à toutes les lésions affectives ou localisées qu'on observe dans les maladies De cette manière le nombre des éléments morbides se trouve multiplie à l'infini, et comprend tons les éléments dynamiques et organopathiques connus. C'est ainsi que la doctrine des éléments paraît avoir été comprise et professée par Forget lorsqu'il a dit (1) : « Dans un état morbide, tous les phénomènes simples ou complexes, primitifs ou secondaires, propres ou conjoints.; toutes les circonstances étiologiques, toutes les particularités de siège, de pronostic et de traitement, doivent être considérés comme des éléments. » Quelque vaste que soit cette conception qui embrasse toute la médecine, elle me paraît la seule vraie, la seule acceptable. En effet, à moins de mentir à leur nom, les éléments morbides étant ce qui compose et constitue les maladies, ils doivent comprendre, en tant qu'éléments, la cause, la nature, les lésions somatiques et tous les faits principes ayant une influence sur la forme des accidents et sur la production des symptômes.
Mais alors qui ne voit que cette manière de découvrir les éléments morbides n'est autre que la recherche habituelle faite par le médecin vis-à-vis de son malade, lorsqu'il cherche la cause et la nature du mal, sa localisation et ses complications, comme il convient à tout homme faisant de bonne médecine? A ce point de vue, la doctrine des éléments ne relève plus en rien de tel ou tel individu, de Sauvages ni de Barthez; elle est l'universelle méthode de la pratique médicale consacrée par l'expérience des siècles. C'est l'étude attentive des maladies et des phénomènes qui s'y rattachent, entreprise dans le but d'en connaître la nature et le traitement. De deux choses l'une : ou l'on accepte l'élément morbide tel que l'a défini Barthez ; et il y a un grand nombre de maladies qui en sont privées, où on ne l'accepte pas, et l'on considère, avec F. Bérard et Forget, les lésions somatiques comme des éléments morbides. Dans le premier cas, il y a une doctrine spéciale des éléments choisis en petit nombre, applicable à une partie de la médecine, et inutile pour l'autre; dans le second, les éléments sont si nombreux, que, pour les exposer, il faudrait raconter la médecine entière, et il n'y a pas, à vrai dire, de doctrine des élémenls-, sinon celle que j'ai indiquée, ce qui est la méthode universelle d'observation des malades.
C'est de celte manière que je comprends la recherche des éléments morbides, et c'est ainsi que l'entendent la plupart des médecins de Paris. Presque tous analysent, dans les maladies, les conditions élémentaires, étiologiques, dyna-
(1) l'orgct, GascUe médicale de Strasbourg, 1855.
266 PATHOLOGIE OlfiNftUALE.
iui(iiK's, organiques ou autres de leur développouieut, el basent sur cette connaissance leur diagnostic et leur manière de diriger le traitement. C'est une erreur de se placer aux points extrêmes de la doctrine, pour ne voir, comme Barthez, Aiquié, Quissac, que les éléments dynamiques, ou, k l'exemple des ultra-organiciens, que des éléments matériels aussi appelés états organopathiques. Ces deux sortes d'éléments morbides entrent dans la constitution des maladies, et il me paraît impossible de ne pas tenir également compte des uns et des autres.
Lorsque, sous l'influence combinée de l'aptitude, de la prédisposition, des idiosyncrasies et des impressions morbifiques connues, une action réflexe s'opère dans l'organisme troublé, il en résulte une maladie, composée d'un ou de plusieurs éléments morbides. A l'état d'unité ou de réunion par deux, tiois, quatre et même davantage, ces éléments forment tout ou partie des états pathologiques et de leurs complications. Les uns, sans matière, insaisissables autrement que par leurs effets sur les forces de la vie, sont des phénomènes dynamiques : exemple, l'ataxie, la malignité, etc. ; les autres, au contraire, formés par les lésions appréciables de la. substance du corps, sont des éléments organiques : exemple, l'obstacle naturel ou accidentel au cours des matières dans l'intestin, un corps étranger dans le genou, etc. Pour moi, j'admets dans la constitution des maladies deux espèces d'éléments morbides : les uns, dynamiques ou virtuels, et les autres, organiques ou matériels.
C'est dans cet ordre que je vais exposer succinctement leur histoire.
Parmi les éléments morbides réputés dynamiques je citerai : la fièvre, la douleur, le spasme; l'élément catarrhal, inflammatoire, fluxionnaire, adynaraique, malin, ataxique, périodique, spécifique, diathésique, ou altération de l'agent vital, l'habitude, etc.
Les éléments morbides organiques sont : l'anémie, la pléthore ; l'état putride ou septique; l'état muqueux, bilieux; les éléments matériels homœomorphes ; les parasites, les corps étrangers, les obstructions vasculaires ou viscérales ; les continuités vicieuses, et les solutions de continuité.
ARTICLE PREMIER