CHAPITRE XYIII
DE LA DURÉE DES MALADIES
La durée des maladies est l'espace de temps compris entre l'invasion et la disparition de leurs symptômes.
J'ai dit que, d'après leur durée, les maladies devaient être divisées en deux grandes classes : les maladies aiguës et les maladies chroniques; mais cela ne suffit pas pour donner une idée exacte de ce qu'il faut entendre par durée des maladies. Il y a, sous ce rapport, des particularités importantes à faire connaître pour chacune de ces deux grandes classes de maladies. yVinsi une maladie aiguë qui ne dure c^u'un jour, comme l'accès de fièvre, accident très-commun chez
(1) Plubing, Allg. med. central Zeit., 1855, n" bU.
(2) Grisolle, De l'influence que la grossesse et la phthisie pulmonaire exercent réciproquement l'une sur l'autre {Bulletin de l'Académie de médecine. Paris, 18i9-1850, . X.V, p. 10, et Arch. gcn. de méd., janv. 18^9). — Voy. Foiissaffrives, Thérapeutique de la phHiiiie pulmonaire. Paris, 1866, p. 30.
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certaines personnes, csl une maladie aiguë éphémère. Par suite d'application abusive du mot, ou donne le nom d'éphémère prolongée à celle qui dure deux ou trois jours. — Il y a aussi les maladies très-aiguës avec des symptômes très-"raves et qui se terminent par la mort en cinq ou six jours, comme certaines varioles ou fièvres typhoïdes malignes; les maladies subaiguës, qui se prolongent sans réaction fébrile très-prononcée et avec des symptômes généralement peu graves. La pleurésie, la néphrite albumineuse, se manifestent ainsi très-souvent à l'état subaigu et finissent un peu plus tard par se changer en maladie chronique.
Rien n'est si diflicile à préciser que la durée des maladies évaluée par un nombre de jours déterminé. On ignore souvent l'époque réelle du début des accidents morbides, et l'on ne sait pas toujours apprécier celui de leur terminaison. A quel moment précis commence une fièvre typhoïde, et quel jour se termine-t-elle? Combien de jours a-t-elle duré? C'est ce qu'il est impossible de dire d'une manière rigoureuse et mathématique. — Par suite de celte difficulté d'appréciation, qui se retrouve dans un grand nombre de maladies aiguës et chroniques, dans toutes les maladies latentes, le nombre des jours que dure une maladie ne peut toujours être évalué sans erreur. Le médecin doit, ici comme en beaucoup de circonstances, savoir se contenter d'une estimation approximative. — Prétendre mieux faire, c'est abandonner le terrain des choses positives pour celui de la fantaisie et de l'hypothèse.
Certaines maladies ne durent qu'un instant; ce sont les maladies foudroyantes, la syncope, l'embolie de l'artère pulmonaire, la rupture du cœur ou des gros vaisseaux qui s'y rattachent, les eiîibolies cérébrales ou cardiaques, certaines hémorrhagies cérébrales, certains empoisonnements, etc. D'autres ne dépassent pas la durée d'un jour : la fièvre éphémère, le choléra, l'indigestion, certaines éruptions, certains flux, etc. En général, les maladies se prolongent plusieurs jours, une ou plusieurs semaines. Quelques-unes, en petit nombre, ont une durée à j^eu près constante et presque toujours limitée, exemples : la variole discrète, la rougeole, la scarlatine, la pneumonie fibrineuse, le furoncle, etc.
Au delà de six septaines, les maladies sont, comme je l'ai déjà dit, des maladies chroniques. Quelle est leur durée précise, exacte, mathématiquement déterminée en jours, mois ou années? Personne ne saurait le dire pour aucune d'entre elles. ~ Maladies chroniques avec ou sans dialhèse, leur disparition est liée à une révolution organique et humorale dont nous ne connaissons point les causes, et que nous ne jugeons que par ses eiïets. — Or, si ces révolutions peuvent s'accomplir, et si une bronchite chronique, une métrilc chronique, une phlegmasie chronique de l'intestin, etc. , placées dans de bonnes conditions hygiéniques, finissent par disparaître, quand et comment disparaissent-elles? Au bout de combien de temps et d'années? Toute réponse précise est impossible. — Quant aux maladies diaihésiques, si la manifestation locale semble disparaître, la diatlièse persiste et ne guérit jamais. Ce sont des nosohémies et des maladies humorales qui reviennent sous une forme ou sous une autre, maladies laientes et quelquefois larvées qui ne finissent qu'avec la vie.
Il en csl (le môme des maladies dites organiques. Tantôt rapides et proniptement mortelles, tantôt tolérées par l'organisme, qui iie traduit pas au dehors les désordres intérieurs dont il est le siège, elles éclatent et dureut des mois et des années, toute la vie même, sans qu'il soit possible de déterminer les condi^ tiens de cette durée si variable et de cette gravité si dilTéi-ente. — Les tubercules, le cancer, l'épitliélioma, les naevus érectiles, les jiarasitcs, etc. , offrent ces caractères, et on les voit tantôt, supportés par l'économie, constituer des maladies latérites que le hasard d'une nécropsie fait découvrir, tantôt des maladies assez rapidement mortelles, et tantôt enfin des maladies qui se prolongent indéfmimeni jusqu'au terme do la vie, à un âge très-avance.
La durée ordinaire des maladies est quelquefois augmentée par différentes circonstances particulières, telles que la débilité des vieillards, la faiblesse de la constitution, le tempérament lymphatique, les complications morbides et le traitement intempestif ou perturbateur mis en usage par le médecin. Mieux vaut abandonner à sa marche naturelle une maladie exempte de complications que de la combattre par des moyens énergiques irrationnels, qui la prolongent souvent au lieu de l'éteindre. Quand on n'est pas sûr de l'action d'un remède, il faut s'abstenir, afin de ne pas affaiblir les malades en ajoutant l'action d'un médicament actif aux effets de la maladie préexistante. Qui ne sait attendre est indigne de pratiquer la médecine.