DE LA DURÉE DES MALADIES. — MALADIES APPARENTES
tioTïlme exacerbntinn ou paroxysme. La plupart des maladies continues ont ainsi des rémissions et des redoublements dans leurs symptômes, surtout au moment de la plus grande intensité des accidents. Tous les soirs, il y a en général exacerbation des principaux syinptômes, et notamment de la fièvre. Dans la plieuinonie, par exemple, la fièvi e redouble à la firt du jour et au milieu de la nuit. Un phénomène semblable s'()bserve dans un grand nombre de maladies chroniques avec cachexie : exemple, la phthifiie pulmonaire, l'entériie ulcéreuse chronique, ett.
II. Type intermittent nu périodique. —Le type intmnittènf ou périodique ést caractérisé par le retour intermittent bu pôiiodique des symptômes d'une maladie. Il donde lieu h des accès entre lesquels la santé paraît bonne. C'est un type rare, relativement au type côiitinu, qu'allectent la plupart des étals morbides cOiiiius. Il s'observe surtout dans les maladies eûluviques paludéennes, dans les névroses et dans certaines maladies chroniques. C'est une forme singulièfé de liiàladies; qui démontre en elles la présence d'un élément autre que celui des lésions somatiques ; car, si tonte la maladie était couSliluée par ces lésiiMiS; qui sont stdbles et permanentes, les symptôines léflexesqui leur correspondent devraient être permanents comme eus^ durer et se prolonger autant qu'eux. Dès l'instaiit ^ùe des lésions persistantes, comme l'empoisonnement paludéens l'hypertrôph\é de la rate, ou des productioiis accidenteileSj n'oiit qûë dès symptômes intermittents, c'est que ces lésions ne sont qu'une paftiè dé la tiialadie ou ne la cbhstituent pas tout entière.
Les maladies intermittentes reviennent par accès ou par attaques plus ou moins rapprochés, entre lesquels la santé est généralement bonne. Le riofil d'accès s'applique à celles qui sont accompagnées de frisson, de clialeur et de sueur, comme le soin les fièvres intermittentes, et celui d'attaques est plus spéciaiemcntindiqué pour désigner les névroses intermittentes, comme l'asthme» l'angine de poitrine, la folie, l'épilepsie, l'hystérie, etc. L'intervalle qui sépare les accès et les attaques est désigné sous le noiti A'opi/rexfè ou à'iMerinission,
Leii maladies intermittentes rie sont pas nécessairement périodiques» car le retour dès attaqués peut être fort iri-égulier. C'est ce qu'on voit dans l'hystérie. Quand la périodicité se joint à l'intermittence, alors les accidents morbides reviennent à des époques régulières, fixes, et nous fournissent le tableau de ce qu'oii observe dans les fièvres iritèrmitterites paludéennes. Là les types intermittent et périodique marchent ensemble, et ils présentent des formes variables que je vais indiquer.
Les types ^M0^?V/2en, tierce, quarte, quintarie, sextane, indiquent que les accès reviennent tous les jours, tous les trois, quatre, cinq et six jours, à la iriéme heure et sous line forme à peu près îiemblable. Jl y a aussi un type hiensuel et annuel dont j'ai vu des exemples : mais cela est excessivement rare
Les types quotidien, tierce et quarte, so.it les types les plus ordinaires de I iHtermittènce. - Ils oiïrenl de nombreuses variétés : 1" le type donble-qnoticaractérisé par l'apparition de deux accès en un jour; 2" le type duMettèrce, caractérisé par la présence d'un accès d'intensité différente venant tous
300 PATHOLOGIE GÉNÉIULE.
les jours, cl se correspondant de deux en deux jours, de sorte que le troisième accès reproduise le premier et que le quatrième reproduise le second; 3° le type tierce doublé, ayant deux accès le même jour avec un jour d'iniervalle ; k" le type triple-tierce, caractérisé par deux accès le premier et le troisième jour, un seul le second et le quatrième ; 5° dans les variétés du type quarle il y a la , double- quarte, ayant un accès pendant deux jours, suivi d'une apyrexie au troisième joui , mais l'accès du quatrième jour est semblable à celui du premier, et celui du cinquième à l'accès du second ; 6" le type quarte doublé, ayant deux accès le même jour, de trois en trois jours, avec deux jours d'apyrexie dans l'intervalle ; 7° le type triple-quarte, enfin, est caractérisé par des accès venant tous les jours, se correspondant pour l'heure et l'intensité de trois en trois jours: ainsi le quatrième est semblable au premier, le cinquième au second, et le sixième au troisième. Ce sont là des raretés pathologiques qu'on n'a presque jamais l'occasion d'observer.
Quand les accès intermittents viennent sans régularité, on dit que la maladie n'a pas de type et qu'elle affecte la forme erratique.
III. Tijpe rémittent. — Le type rémittent est quelque chose d'intermédiaire entre la continuité et l'intermitlence morbides dont je viens de parler. C'est un phénomène peu ordinaire dans nos climats, mais il est assez bien établi par les observations d'Hippocrate et de ceux qui ont pratiqué dans les pays chauds, pour qu'on doive l'accepter sans contestation. — Il est caractérisé par un état fébrile continu, au milieu duquel apparaissent des accès fébriles périodiques accompagnés de frisson, de chaleur et de sueur, comme dans une fièvre intermittente.
On comprend aisément le pourquoi du tijpe continu; il n'est pas extraordinaire de voir persister les symptômes réflexes d'une impression morbiGque tant que dure l'action de la cause ou le désordre organique produit par elle. Personne ne s'étonne de voir la variole, la pneumonie, l'angine, etc., exister a l'état continu tant que dure le désordre produit par l'impression morb.fique. Il en est de même de toutes les maladies continues; mais ce qui est surprenant, et, je dois le dire, inexplicable, c'est de voir les mêmes conditions somatiques, viscérales ou humorales persistantes, offrant à l'observateur des symptômes réflexes intermittents et plus encore périodiques. Si la maladie était uniquement un désordre matériel produisant un trouble de fonctions, toute altération de ce genre devrait se manifester par des symptômes réflexes, et, après cette mamfestation du mal, il ne devrait y avoir d'arrêt ou de rémission qu'après la disparition de l al eration matérielle. -Du moment que les troubles fonctionnels peuvent exis er d'une façon intermittente, la lésion organique restant la même, c est que troubles ne sont pas la conséquence rigoureuse, nécessaire, inévitable, de cette lésion; c'est qu'ils ont une origine dilîérente, et que leur production est au moins autant sous l'influence dynamique et vitale que sous l'influence materie des organes. On sait d'ailleurs qu'il y a beaucoup d'altérations de structure q e ne signale aucun symptôme réflexe, et réciproquement beaucoup de troubles fonctionnels sans altération somatique appréciable. - Donc la maladie e.
m- LA DURÉE DES MALADIES. — MALADIES APPARENTES. 301
pas plus une lésion qu'un trouble fonctionnel, cl elle est à la fois l'une et l'autre, comme je l'ai précédemment démontré.
L'intermittence morbide et la périodicité sont, comme la rémittence et 1 état latent, des faits inexplicables, qu'il faut admettre sans prétendre en dévoiler la nature. Comme l'adynnmie, l'ataxio et la malignité, ils démontrent toute l'influence de la réaction que peuvent avoir les forces de la vie contre les impressions morbiliqucs, et attestent une fois de plus l'importance médicale relativement plus grande de l'observation clinique opposée aux études anatomo-patbologiques de l'amphithéâtre.
L'intermittence s'observe, dans l'étal normal et pathologique, sous la forme périodique et non périodique. La plupart des fonctions, dans leur ensemble ou dans les actes qui les composent, telles que la nutrition, la génération, la menstruation, etc., s'accomplissent d'une manière intermittente et périodique. Dans l'état morbide, l'intermittence régulière est principalement le cachet d'une maladie de nature eflluvique paludéenne ; elle annonce presque toujours l'empoisonnement par les effluves végétaux sortis de la terre remuée, des eaux croupissantes et de l'eau des marais. Les fièvres intermittentes simples, les fièvres dites pernicieuses, les fièvres larvées, viennent ainsi par accès intermittents et d'une manière régulière, on périodique, à des jours et à des heures déterminés. Le retour d'un accès de fièvre à. la même heure, et à quelques jours d'intervalle, est le plus étonnant des phénomènes morbides qu'il soit donné au médecin d'observer. Sous ce rapport, la périodicité régulière a une importance extrême et indique presque la nature des remèdes à opposer au mal. Il y a beaucoup de livres de médecine et de médecins qui réunissent, dans un langage commun, l'idée qui exprime le rapprochement à faire entre pla périodicité régulière et l'usage du quinquina. Les uns et les autres appellent ; indifféremment les maladies qui offrent ce caractère de périodicité, m.alodies à quinquina an maladies périodiques. Souvent aussi on observe secondairement dans ces maladies un gonfiement notable des deux plus importants viscères de l'abdomen, le foie et la rate.
I L'intermittence non régulière s'observe dans une foule de maladies distinctes ' des précédentes, et principalement dans les névroses, dans les névralgies, dans les flux, dans les hémorrhagies, etc. L'épilepsie, l'hystérie, l'asthme, la laryngite striduleuse. l'angine de poitrine, la colique hépatique, néphrétique, etc., sont des névroses intermittentes ordinairement irrégulières.
La bronchorrhée, la diarrhée, la rhinorrhée, sont des flux intermittents à retour irrégulier.
Les hémorrhoïdes, les épistaxis, sont des maladies intermittentes, etc.
La fièvre, cette maladie primitive ou secondaire si commune, qui accompagne toutes les autres, est très-souvent intermittente. J'ai dit tout à l'heure ' quelle était sa signification habituelle, quand elle revenait d'une manière pério- Jique régulière à des heures et à des jours déterminés. Souvent, en dehors de influence effluvique, la fièvre vient d'une manière intermittente, mais peu ■eguhere, tous les soirs, par exemple, ou, dans le jour, à des heures qui ne
30'i PATHOLOGIE GÊNÈR/VLE.
sont pas les mêmes. Elle est alors sym|)tomatiquc d'une irritation des voies digestives, de la présence de tubercules pulmonaires ou d'une sonde dans le canal de l'urèthre. Dans ces. cas, |a f|èvre offre presque toujours Iq type quotidien.
§ s. — llurée.
Sous le rapport de la durée, les maladies ont été divisées dès l'origine de la méçlecine, i\\x lemp^ ^l'Iiippocr^te, d'Arétée, de qselius, en în«^/«dîÉ's aig^èli et en maladies chroniques. Mais cette distinction, très-vraie, et bonup à conserver, est très-flifficile à défmir d'une mimicre rigppreuse.
Je crois, avec la plupart des palliologistes, qu'qpe mal^idie aigMë est une maladie fébrjle qui parcourt ses périodes dqns nn çpurt espiipe de temps qui oe saurç^it dépasser quarante jours. Chomel a objecté ^ çette défmition qq'ime fièvrp typhoïde, arrivée ^u soix^intième jour, étfiit pncqre qne affection aigqë, et que, par conséquent, l'acuité dps maladies fixée 3 qugrapte joyrs n'était pas une limite biep acceptable. L'objection me paraît peu fondée et l'exemple mal choisi, car une fièvre typhpïde au soiijijptième jour est une maladie transformée, et çe D^fist plus mie fièvre typhoïde; c'est prdinqirement pne entérite ponsécutivq, un§ dyspepsie rebelle, une luberculisation pulmonaire lateptP, etc., et, par conséquent, une maladie chronique substituée à la maladie aiguë. Il n'y a pas de fièvre typhoïde, avec les symptômes typhpïdes. allant amsi jusqu au soixantième jour, et nulle maladie aiguë ne se prolpnge au delà d'un certam temps.'^ans perdre son caractère d'activité, san^ se transformer en maladie différente ou sans passer à l'état chronique. ^ Les maladies chroniques, avec ou sans fièvre, sont celles qui ont une durée prolongée. L'état fébrile qui les accompagne quelquefois n'a rien d actif comme dans les maladies aiguës, et constitue un élément secondaire entièrement sous la dépendance de l'état morbide primitif. Elles sont très-souvent la conséquence des maladies aiguës : ainsi upe pneumonie aiguë, une angine tonsillaire, une laryngite, une pleurésie, etc., peuvent passer de l'état aigu à l état chronique. Souvent elles se développent offrant d'emblée la forme chronique : exemple, la pleurésie, la péritonite, les engorge^^^^'s cervicaqx, certains produits accidentels, tels que le cancer, les tubercules, etc. Il y a enfin des maladies on marche est habituellement chronique, et qui, par hasard ^^^^^^ aigu : ainsi les tubercnles dp poumon, dqut le ^^^'f!''^^^^ la phthisip lente avec consomption, déterminent quelquefois des Pl'énomcnes réflexes cUune telle acuité, que la mort arrive en cinq ou six semâmes. G est ce ou'on appelle la phihisie aigpë. ^..iccpmpnt ' Les «Mies chro,>k,«« fébriles eu pou,- résului « fP'X"
graduel des individu» alTeclés, l'arosiBrissemeut, la d)spe|!s,e e uu état cachée Lue pU.s ou moins prunoncé, auquel on donne le nom de cach^xu.
Ves maladies aiguës sont pins communes che. les en ants, -^hç « et vigoutL, que chez |os vieillards et les personnes * 'J^
délicate. Elles régnent souvent à l'état épidémique; elles laissent laiemeni
DE LA DURÉE DES MalADIES. — MALADIES APPARENTES. 303
traces après elles, et elles guérissent plus facilement que les autres sous l'influence des moyens hygiéniques, tels que la diè|,p, \e repo.s et les boisson» émollienles.
Los maladies chroniques s'observent principajemept chez le^i sujets lymphatiques et nerveux; endémiques ou héréditaires dai)s les familles, cefj maladies modifient profondément la constitution des individus. Elles occasionnent i'\iah. mie et consécutivement des désordres graves dans le sommeil et dans la nuirition; d'où résultent, en dehors de l'état morbide primitif, des complications fâcheuses pour les malades. Elles sont, enfin, beaucoup plus difficiles à soigner que les autres, et elles réclament, de la part du médecin qui les Iraitç, pn soin inutile dans les maladies aiguës, qui guérissent souvent par les seuls efforts da la nqture.
Les maladies aiguës peuvent être d'une courte durée, foudroyantes, et marcher avec une rapidité telle, qu'elles font périr les malades en quelques heures Ou les pomnie éphémères quand leur intensité est médiocre, et qu'elles no durent que plusieurs heures ou quelques jours. Lorsque enfin leurs symptômes ne sont pas intenses et que l'état fébrile est modéré, elles ont reçu le nom de subaiguës. La pleurésie existe gouvent à l'état suôaigu.
Les maladies chroniques ont une dqrée variable ; mais, quqnd l^ur marche se prolonge beaucoup, on dit que ce sont dps maladie!^ chror^iques lentes. Un fait important à signaler d^ns leur histoire générale, c'est la facilité qu'elles ont de prendre un instant la forme aiguë, ppur revenir pnsuite à leur état chronique primitif La bronchite chronique, les ophthalmies chroniques, le rhumatisme, la goutte, etc., nous offrent des exemples de maladies chroniques, pouvant, à plusieurs reprises, dans la vie d'un individu, affecter la forme aiguë pepdant quelques jours.
§ 3. — Périodes.
Les maladies, surtout les m^tladies aiguës, offrent généralement, dans ^mv marche et dans leur évolution, des phases spéciales que l'on désigne sous le nom de périodes, et dont le nombre est variable. Il y en a une, deux, trois, quatre et cinq, selon la nature des maladies, car on ne peut rien préciser à cet égard. Hippocrate en a distingué jusqu'à six dans des cours de maladies aiguës d'une vingtaine de jours (1). Il n'y en a jamais que trois lorsque l'on consid^jre la maladie d'une manière ejçclusive, comme qn irayail destiné h mûfir et îi rejeter un produit morbide développé dqns l'organisme. Ces périodes sont celles de la crudùé, de la coction et de la crise, dans lesquelles le produit morbide se développe, mûrit et sort du corps humain par des voies particulières. Je revien drai pips loin sur cette doctrine, qui ollVe ope très-grande importance historique, et qui n'a plus que de rares partisans à notre époque.
D'une manière générale, et dans les cas les plus ordinaires, il y a dans les maladies cinq périodes, qui sont : l» l'invasion, T l'accroissement, 3° l'eVa^,
(1) Hippocrate, ÛEuvre^s, tra.l. par LiUré, DupronosUc, t. II, p. 169.
aO/i PATHOLOGIE GÉNÉRALE.
W le déclin ou décroissement , 5° la terminainoii. On les observe loules dans les fièvres érnpliveset continues, telles que la variole, la scarlatine, la rougeole, le typluis, la lièvre typhoïde, etc.; dans la plupart des phlegmasies aiguës viscérales, la pneumonie, la méningo-encéphalite, etc. Elles sont queUiuefois peu distinctes les unes des autres, et se réduisent à trois : l'invasion, l'état et la terminaison, connne dans les angines, les ophthalmies, l'érysipèle, les névralgies, la migraine, etc. Ailleurs, il n'y en a (luc deux : l'invasion et la terminaison,'comme l'hémorrhagic cérébrale foudroyante. Enfin, il y a des maladies, mais cela est rare, qui n'en ont qu'une seule, tel est le cas de la syncope.
I. Invasion. — L'invasion est tantôt subite et tantôt précédée de phénomènes précurseurs ou de prodromes. Dans le premier cas, elle est caractérisée, selon la circonstance, par des frissons, une syncope, une indigestion, du délire, des convulsions, une excessive douleur musculaire des membres ou des lombes, l'altération des traits, la fréquence du pouls, etc. Ainsi l'invasion de la variole est signalée par les vomissements, la fièvre et des douleurs lombaires ; la pneumonie, par un violent frisson et une douleur de côté ; la méningite, par des vomissements et de la constipation, etc. Chez quelques malades, l'invasion passe inaperçue tant elle est faible, et alors les accidents morbides sont ceux de l'accroissement de la maladie. Elle peut avoir lieu à n'importe quelle heure du jour et de la nuit, mais il en est pour lesquelles le moment du début est, en quelque sorle, invariable. L'asthme, la laryngite slriduieuse, apparaissent toujours pendant la nuit; l'hystérie ne se montre que pendant le jour; es hevies intermittentes paludô.innfis viennent toujours avant le coucher du soleil et les fièvres intermittentes qui Viennent le soir sont d'une autre nature et doivent être considérées comme des fièvres symptomatiques.
II Période d'augment ou de progrès. - La période d'augment ou de progrès est celle pendant laquelle il y a augmentation rapide ou graduelle des symptômes caractéristiques de la maladie. Toutes les fonctions se dei-angent plus ou moins complètement ; l'appétit est perdu, la langue est blanche, les sécrétions se font mal, l'inteUigence est altérée, et le pouls, avec la chaleur cutanée, indique une fièvre intense. Cette période est fort courte dans es maladies aiguës, mais elle se prolonge durant plusieurs mois dans les maladies chro-
''Tll ' Période d'état. - La période d'état est celle dans laquelle les symptômes physiques et réOexes de la maladie ont acquis leur plus haut degré d intensité. Elle est généralement fort courte. S'il s'agit d'une maladie a.gue et - qu'au bout de quelques heures ou de quelques jours les symptômes augmentent, avec élévation du pouls au-dessus de l^iO, la terminaison sera malheme se mais si. au contraire, il y a diminution d'intensité des «y-P^-^^;^' ^ preuve d'une solution favorable. Dans les maladies chroniques, cette pe. nie manque à peu près entièrement, ou du moins il est ^"n^ossible de l app éc eu
IV Pénodede déclin. - La période de déclin ou le décroissemen d s maladies s'annonce par une diminution d'intensité des «yilP^""'^^,^*?;" un changement favorable. L'expression du visage est meilleure, la langue plus
!)!• LX MAKCHL t)iS MALADIES. — VAIUÉTÊS.
liiiniide, plus noite, la peau inoins scelle^ le pouls plus lenl çt plus forl; loul annonce qu'on approche de la terminaison des accidents morbides. C'est alors <[ue se produisent quelquefois des phénomènes nouveaux', à titre de complications, ou, au contraire, d'adjuvants à une solution favorable. C'est ce qu'on appelle des crises. J'en parlerai plus loin. ,
V. Période de terminaison. — La période de terminaison des maladies est celle dans laquelle, à la suite de crises favorables ou de complications, s'éiablil la convalescence, la guérison, le passage à l'état chronique ou la mort. Ces différentes terminaisons seront l'objet de considérations spéciales placées dans le chapitre suivant.
La plupart de ces périodes se retrouvent dans les maladies aiguës plus souvent que dans les chroniques, et dans les maladies continues plutôt que dans les intermittentes. Dans ces dernières, d'après la remarque de Chomel, s'il n'y a pas tic périodes régulières dans l'ensemble de la maladie, elles existent dans chacun des accès qui la composent. Ainsi un accès de fièvre se compose de trois stades ou périodes caractérisées par les frissons, la chaleur et la sueur. C'est, comme on le voit, l'invasion, l'état et la terminaison qui sont propres à un certain nombre de maladies.
Si, dans les maladies chroniques, les périodes ne sont pas faciles à séparer, pour savoir où finit la première et où commence la suivante, elles n'en existent pas moins, et il faut s'appliquer à en faire la détermination. Vinvasion est généralement obscure, surtout si la maladie est profonde et paraît d'emblée sous la forme chronique. Des malaises, de la dyspepsie et un notable amaigrissement sont signalés parles malades. Cela peut durer ainsi très-longtemps, jusqu'au jour où des phénomènes plus significatifs, une hémoptysie, un ictère, une hématé/nèse, des urines albumineuses ou sucrées, etc., viennent révéler l'existence d'une phihisie, d'un cancer du foie ou de l'estomac, d'une néphrite albumineuse, du diabète, etc. Dans la seconde période, qui est la période d'état, Je diagnostic est facile, car la maladie est caractérisée par des phénomènes physiques ou réflexes dont la signification n'est pas douteuse pour le médecin.Vient enfin la troisième période, on période de terminaison, dans laquelle tous les accidents disparaissent, ou, au contraire, s'aggravent et préparent une solution défavorable. Alors l'anémie et la cac/^e^^e se produisent, h Ciëyre dite hectigue s'allume, les malades maigrissent, tombent dans le marasme, et ils meurent épuisés par une sulïïision séreuse générale, ou par une diarrhée colliauative abondante. '
§ 4. ~ Vni iô<«is aann la nim clic (lc.« ninladics.
Si la marche des maladies est puissamment modifiée par leur natin-e et mile stége qu elles occupent, elle ne l'est pas moins par les différentes influenc de 1 âge du sexe, de la constitution, du tempérament, de l'idiosyncrasie de satson du chmat, des révolutions diurnes et des influences sidérales, de^ loc lues, de 1 isolement, de Tencombrement, de l'hérédité, de la condi imi so a e des impressions morales et névrosiques, de la grossesse, etc. '
B. — PATHOL. GÉN.
306 PATIIOrOCrlE GÉNÉRALE,
Toutes les condilions d'éilologie que j'ai précédemment fait connaître et toutes les impressions morbifiques dont j'ai indiqué l'existence ont chacune leur induence sur la marche des maladies. Cela se comprend aisément. En clïet, si ces causes ont sur l'individu sain une inHuence morOifique, c'est-à-dire une induence capable de déranger l'exercice des fonctions, comment n'auraientelles pas d'action sur l'individu malade et sur la marche ultérieure des maladies qu'elles ont engendrées? L'observation confirme ici pleinement ce que fait prévoir la théorie.
I Ai)e. — Tout le monde sait que chez l'enfant, chez 1 adulte et chez le vieillard, la marche des maladies n'est pas la même. Au premier âge, la fièvre est Généralement très-vivc, et sans rapport exact avec la gravité des lésions somatiques Chez le vieillard, c'est tout le contraire. Avec des altérations tresclendues et très-graves, il y a souvent peu ou pas de fièvre. L'équilibre ne s'observe que chez l'adulte, où la réaction fébrile indique assez bien le danger et l'étendue des matérielles. D'autre part, si l'on compare la marche des plilegmasies de l'enfance, avec celles des adultes ou du vieillard, on y trouvera des différences considérables qu'une étude approfondie a fait découvrir (1). La pneumonie lobulaire de l'enfance a une marche infiniment plus lente que la pneumonie des adultes, et elle passe bien plus souvent à l'état chronique.^ - L'angine détermine, chez un enfant, une suffocation striduleuse nocturne, qu elle ne détermine pas à un âge plus avancé de la vie. - Les phlegmasies laryngées de l'enfance deviennent facilement couenneuses. - A lentéro-colite aigue succède aisément l'entérite chronique; la rougeole se complique plus souvent de pneumonie et de tubercules. - Toute phlegmasie amène l'engorgement des ganglions lymphatiques et souvent une explosion de scrofule, etc. - D une manière générale enfin, les maladies de l'enfance, très-violentes en apparence, perdent rapidenent leur activité et se transforment souvent en maladies chro-
Chez les vieillards, les maladies ont rarement une grande acuité et une violente réaction fébrile; leur évolution est lente, il y a quelque chose de passif dans leur développement, et elles sont souvent chroniques ou comphquées d'advnamie La pneumonie des vieillards se prolonge infiniment plus longtemps que celle de l'adulte, et elle offre quelquefois des symptômes adynamiques très-
" II Sexe - Le sexe ne modifie la forme et la marche des maladies que chez les adultes,*et il n'a aucune influence chez les enfants. Dans le premier âge, hl es et -^arcons ont des maladies de même apparence, et c'est après la puberté seulement que, dans quelques circonstances, la succession des phénomènes morbides, qui constitue la marche des maladies, parait modifiée par le sexe.-Chez l'adulte à part la fréquence plus grande d'une maladie dans un sexe que dai^ l'autre, ce qui est une question de palhogénie, il y a une influence tres-réelle du
(1) Bouchut, Traité pratique des maladies des nouveau^nés, des enfants à la vmmeUe, b' cdition. Paris, 18G7.
DE LA MAIICIIE DES MALADlliS. — VAUIÉTÉS. :J07
sexe masculin ou féminin sur le développement des symptômes, sur leur terminaison et sur la résistance thérapeutique. Il n'en saurait être autrement. S'il est vrai, et cela est incontestable, que le sexe féminin prédispose à la chorée, à la migraine, à la gastralgie, h la chlorose, à l'épilepsie, etc. ; que le sexe masculin favorise le développement du croup, de l'angine de poitrine, du rhumatisme, de l'hémorrhagie cérébrale, elc. , la même disposition pathogéniquc doit certainement se retrouver lorsque la maladie est développée et suit son cours naturel. Mais, laissant là le raisonnement, voyons ce que dit l'observation. Elle nous montre, chez les femmes, des complications nerveuses fréquentes dans le cours de leurs maladies aiguës et chroniques : ici des douleurs plus intenses, dû délire au moindre accès de fièvre; là des vomissements Irès-faciles, et ailleurs une marche
I plus prolongée des phénomènes morbides. Chez les femmes, les maladies ont en général une durée plus longue que chez l'homme, et, chez elles, la fièvre sym-
i| ptomatique des phlegmasies disparaît moins facilement. L'état chlorotique, si
II commun chez les femmes, se mêle à toutes leurs maladies et vient compliquer leur évolution. La menstruation enfin, qui s'accomplit dans le cours des maladies aiguës, leur fait perdre une partie de leur intensité, ou les enlève complètement. Ainsi la bronchite, l'enrouement, peuvent disparaître au moment de l'époque menstruelle, et j'en ai vu de nombreux exemples. En quelques circonstances, au contraire, les règles se suppriment, et il en résulte, soit deshéniorrhagies supplémentaires, soit une convalescence prolongée, soit le passage du mal à l'élat chronique, et tous les accidents de l'aménorrhée. Tout le monde sait que, dans les maladies chroniques, la suppression du flux menstruel est le
, point de départ d'accidents nouveaux qui viennent aggraver ceux qui existent, ' et, pour ne citer qu'un exemple banal, je dirai que, dans la phthisie pulmonaire, cette suppression est le signal d'une marche plus rapide des accidents de consomption et l'indice d'un danger plus prochain.
IIL Constitution. — La constitution pléthorique d'un individu imprime généralement à ses maladies un caractère inflammatoire prononcé, une intensité très-grande, une marche rapide, et une terminaison plus ordinairement heureuse, tandis que sur les sujets doués d'une constitution faible, délicate, les maladies inflammatoires sont moins communes ; elles sont plus lentes, plus prolongées; elles se terminent plus souvent par la chronicité et par la mort. IV. Tempérament. — Les maladies ne se développent pas de la même façon 1 et ne suivent pas toujours une marche identique chez les individus doués "de tempéraments différents. Ainsi, avec le tempérament sanguin, les maladies aiguës ont une forme inflammatoire plus marquée, une intensité très-grande, et elles revêtent rarement la forme chronique. Quand celles-ci se développent, elles changent le tempérament et le remplacent par un état anémique. Avec le tempérament lymphatique, les maladies aiguës sont moins activement inflammatoires et accompagnées d'u.ic fièvre moins soutenue ; elles se prolongent lacileraent a 1 état subaigu ou à l'état chronique, et elles donnent souvent lieu à la production de matière tuberculeuse. Chez les enfants, qui ont presque tous plus ou moins, les attributs et les caractères du tempérament lymphatique, les
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maladies chroniques Cl les tubercules, succédant aux maladies aigufis, sont dos phénomènes d'une observation journalière, surtout dans les hôpitaux de l'enfance, (.hez l'adulte même, lorsqu'un individu paraît très-lymphatique, et qu'il est pris d'une maladie aiguë, il y a toujours lieu de craindre le passage à l'état chronique ou la tuberculisation. Avec le tempérament bilieux, les maladies rcvfiteut souvent, sinon' toujours, une forme particulière qui participe un peu de la constitution générale des individus. On rencontre assez souvent alors un état gastrique saburral très-prononcé, une teinte jaunâtre de la peau plus prononcée que d'habitude, une coloration jaune des conjonctives, et une constipation opiniiitre ou des évacuations alvines bilieuses. Chez ces individus, les purgatifs sont particulièrement indiqués, et le traitement des maladies qu'ils présentent en est très-sensiblement amélioré. Avec le tempérament nerveux, nous observerons dans la marche des maladies certaines modifications particulière? de la sensibilité et de l'intelligence qui en altèrent l'expression phénoménale ordinaire Les maladies ont quelquefois une intensité plus apparente que réelle, la douleur y est excessive et le délire signale leur invasion. C'est à ce point qu'on pourrait si l'on n'était prévenu, croire à une alfeclion cérébrale commençante, tandis (m'il s'agit d'une simple phlegmasie accompagnée de troubles nerveux sympathiques. Le délire nerveux des opérés est un accident de cette nature, et qui ne s'observe, à la suite des grandes opérations, que chez les sujets d un tempérament nerveux très -prononcé. , i ,
V Idiosyncrasie. - Certaines idiosyncrasies ont, sur la marche des maladie^ sur leur intensité et sur leur prolongation, une inQuence évidente que je ne puis avoir la prétention de faire connaître ici en détail, mais que j'indiquerai au moins à l'aide de quelques exemples. Quelques personnes ne peuvent avoir un coryza sans être véritablement malades, et sans que la phlegmasie passe des narines aux bronches. Il y a des gens qui ne peuvent s'écorcher, avoir un erysipèle, mettre des sangsues, sans avoir une suppuration cutanée ou une rupt on d'impétigo. Il y a des personnes chez lesquelles les plus petites ecorchures onn Jli u àdeslém^ Toutes les diathèses mo , eut a
ur manière la marche des maladies, et l'on reconnaît des maladies scrofuleuses, vphim ques. goutteuses, rhumatismales, c'est-à-dire des malad.es ayant un caraSèœ propi-e et une évolution spéciale dépendant du vice constitutionnel mhérpiit à la constitution des individus.
T sàLs et clirnaU. - Les saisous et les clima.s «ercent s„r 1» marel, des ma a s une inQuence incon.es.aUe que j'ai <Wjà fait conname en pa,- an te mte s ons saisonnières etclimalériques(l). ,)en'y reviendra, que pon,- due ^mZrr, regrettable de ne pas avoir d'ouvrage complet de g^ograplne mTdSe ù r n puisse comparer, d'après des documents autUent.ques letlev.- Cmeut et 'a toarche .l'une tnèmc uraladie dans les diUérents pavs du globe (i).
rn Voyez Des c\usES DE MALADIE, p. 42. i.,r;< 1857
Ji) Voyez Boudin, TroUé de géographie et .le slaUsmc .»ct/,calc.. I ans. 1857.
2 vol. in-8.
ni- LA MAUCiit: niis maladif.s. — variétks. 309
Maigt'c; les brillaïUs iruvaiix d'Hippocrale (1) el de quelques-uns de ses successeurs, nos connaissances sont encore peu avancées sur ce point. Les recherches modernes de Lind (2), de rringic, d'Annesley, de Levacher, de Dutroulau (3), de Jules Rocliard {h), de Boudin, les Annales de la colonisation algérienne, les Archives de médecine navale (5), ont cependant fait connaître des faits d'une haute iniporiance, mais le travail destiné à rassembler ces faits pour en faire un corps de doctrine n'est pas encore commencé. En attendant, pour démontrer, après tant d'autres, le fait général que j'ai indiqué, je dirai, en ce qui touche les saisons, que si le passage d'une saison à l'autre et les changements de température n'ont pas une action semblable sur toutes les maladies, leur influence n'est pas moins certaine. Ainsi les catarrhes du larynx, des bronches, les ophthalmies et le coryza chronique, sont plus intenses l'hiver que l'été, et ils diminuent ou disparaissent avec le retour du printemps. Il en est de même du rhumatisme chronique, des maladies chroniques des voies digestives et de la phthisie pulmonaire. A l'égard de cette dernière maladie, le passage de l'hiver au printemps, et de l'automne à l'hiver^ est un moment des plus fâcheux : aussi , quand les malades sont arrivés à la deuxième période du mal, ce changement de saison, qui est l'époque de la naissance et de la chute des feuilles, est-il souvent pour eux l'occasion d'une crise qui entraîne la mort.
Si maintenant on étudie les variations imprimées à la marche des maladies par les climats, on verra, par exemple, que les maladies aiguës du foie, et en particulier l'hépatite, très-rares et très-insidieuses dans notre climat, sont, au contraire, très-communes, très-violentes et souvent accompagnées d'abcès considérables dans les pays chauds. Une autre maladie, la dysenterie des tropiques, offre une gravité et une rapidité de développement inconnues chez nous; la fièvre intermittente est infiniment plus rebelle et plus meurtrière en Afrique qu'en France; rhématurie, meurtrière à Maurice, disparaît très-habituellement dès qu'on arrive en Europe; la syphilis, enfin, offre encore aujourd'hui, dans les colonies, une violence et un danger qu'elle n'a plus chez nous que d'une façon tout exceptionnelle.
Réciproquement, certaines maladies des climats froids diminuent ou disparaissent par le seul fait du séjour dans les chmats chauds. Ainsi la bronchite et la laryngite chroniques, certaines formes de la scrofule, la phthisie pulmonaire, etc., sont fort améliorées par l'influence des chaleurs d'un climat ardent. La phthisie, en particulier, s'arrête souvent sous cette influence et ralentit sa
Pads^ Srrn') " '"'"^ (QEMi^res complkies, Irad. Litlré.
(2) Lind, Vhsai sur les maladies des Européens dans les pays chauds. Paris 178^)
(3) Dnlroulau, Traité des maladies des Européens dans les pays chauds, 2^ édition. "3ris, lobo»
1868 !"'v,u °''r''; "^""'''^ D'otionnaire de médecine et de chirurgie pratiques. Paris, 1868, t. Vill, ai t. Climat, avec une carte coloriée.
IsS-iBot'" '"'"'^"■^ P^ris.
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marche au point que los malades peuvent vivre encore de longues années VII. Itévolutions diurnes et influences sidérales. — Les révolutions diurnes ont aussi leur influence sur la marche des maladies, et, sans agir sur l'ensemble du développement dos phénomènes morbides, elles ont au moins pour résultat de compliquer, d'aggraver momentanément et périodiquement i'état des ma- , lades. Ainsi, dans la plupart dos maladies, il y a, vers le soir, après le coucher du soleil, une exacerbation des principaux phénomènes morbides, et notamment de la fièvre ; quelques maladies, telles que la goutte, le rhumatisme, la syphilis des os, certains lichens, ont des douleurs nocturnes très-violentes qui cessent pendant le jour ; les accès d'asthme et de laryngite striduleuse ne paraissent, ne viennent que la nuit. Dans la phthisic pulmonaire, il y a des sueurs plus ou moins abondantes dont le retour a lieu chaque nuit ou le matin pendant le sonuneil ; au contraire, il y a des maladies qui ne se montrent que pendant le jour; dans ce nombre il faut ranger les accès de la fièvre intermittente paludéenne. D'une manière générale, on peut dire que la matinée est un moment de rémission dans l'activité des symptômes de toutes les maladies aiguës ou chroniques; c'est, en effet, l'instant où les malades éprouvent un soulagement à leurs souffrances.
VIII. Localités. — Les localités humides et froides retardent de beaucoup la guérison des maladies aiguës, et leur impriment une marche plus lente, quelquefois chronique. Au contraire, dans les localités chaudes, sèches, bien ventilées, les maladies guérissent plus facilement, et celles qui viennent de loin avec la forme chronique s'y améliorent d'une façon très-notable. Que d'individus affectés d'entérites, de scorbut et de maladies chroniques les plus différentes, et qui ont guéri par le seul fait du déplacement dans une localité différente de celle où ils étaient malades! C'est là ce qui explique la vogue des bains de mer et de certaines eaux minérales.
IX. Isolement. — L'isolement n'a pas d'influence sur la marche de tontes les maladies ; mais il en est quelques-unes qu'il aggrave d'une manière considérable La dyspepsie est de ce nombre. Manger seul, lorsque les fonctions digestives ne sont pas régulières, est un moyen assuré de prolonger et d'aggraver son mal. Au contraire, les repas en compagnie amènent souvent une digestion plus facile et une assimilation plus complète, ce qui a fait dire d'une façon badine • Qu'un dîner caqueté était un dîner digéré. La plupart des maladies nerveuses et morales sont exaspérées et prolongées par l'isolement, et c'est ce qu'on observe journellement dans la folie, dans l'hypochondrie et à la suite de V emprisonnement cellulaire, lequel conduit si souvent à l'aliénation, qu'on a
été obligé de l'abolir, etc. , ,. , , . .
X Encombrement. - L'encombrement d'une localité ou se trouvent des malades, dans un camp, dans une ville, dans un vaisseau ou dans un hôpital, exerce la plus fâcheuse influence sur la marche des maladies. Il les aggrave, les rend plus rapidement mortelles et détermine des complications redoutables. Ainsi s'explique la grande mortalité des enfants dans les hospices d'enfants trouvés et dans les asiles de l'enfance, la mortalité qni succède aux maladies aiguës
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et aux grandes opérations clans les hôpitaux où il y a trop do malades, les éDidémics d'érysipùle et de pourriture chez les opérés et les blessés d'uu hôpital, la diinculté des réunions par première intention, etc. L'encombrement amène avec lui une infection de l'atmosphère par des germes de monades et do bactéries nui éclosent dans l'organisme et produisent dos ciïets qui sont appréciés de tous les médecins. -L'hôpital le mieux disposé, le plus salubre, lorsqu'il ne renferme que deux à (rois cents lits, devient une véritable nécropole lorsqu'on V renferme cinq à six cents malades, comme on le fait trop souvent en cas d'épidémie sous prétexte d'assister ceux qui sont dans le besoin. Mieux vaudrait les recueillir sous une tente, dans la plaine, que de les entasser ainsi dans une maison trop petite pour les recevoir.
XI. Hérédité. — L'hérédité, qui joue un si grand rôle dans le développement des maladies, ne cesse pas d'agir sur elles après leur naissance et au moment de leur évolution. D'une manière générale, elle les aggrave, leur donne une intensité plus grande, et les rend plus facilement rebelles aux agents de la thérapeutique. Ainsi, toutes choses égales d'ailleurs, la phthisie héréditaire est plus grave, pkis rapidement mortelle que la phthisie acquise; la goutte héréditaire est plus dangereuse que la goutte accidentelle ; une épilepsie héréditaire est plus violente et beaucoup plus rebelle qu'une épilepsie accidentellement acquise, etc. Toutes ces diathèses héréditaires ont une marche infiniment plus compliquée et souvent très-différente de la même maladie acquise par l'individu, exemples : la syphilis, la scrofule, etc.
XII. Impressions morales et névrosiqucs. — Les impressions morales ont une influence très-différente sur la marche des maladies, suivant les circonstances où se trouvent les malades. Tantôt elles aggravent l'état morbide, et tantôt, au contraire, elles le dissipent comme par enchantement. — Une mauvaise nouvelle, un accès de colère, la vue d'une personne désagréable, la frayeur, la nostalgie, augmentent certaines maladies aiguës et les rendent momentanément plus graves parle fait d'un redoublement fébrile et d'une fluxion plus vive des organes enflammés. Au contraire, certaines impressions morales réussissent à guérir des maladies qu'on croyait incurables. Tout le monde connaît ces récils incontestablement vrais de paralysies anciennes et de névroses guéries par la frayeur d'un incendie, par un accès de colère furieuse, ou par un élan de foi religieuse dans la puissance d'un pèlerinage ou de prières spéciales. J'ai rapporté plusieurs faits de ce geure dans le chapitre consacré à l'étude étiologique des impressions morales, et il y en a quelques-uns qui ont une très-grande impor-^ lance. Celui que l'on va lire n'est pas le moins curieux de tous :
Observation, — Cas de parahjsie guérie spontanément par un effet de colère maniaque (docteur Plubing, de Berlin). — Une veuve de soixanle-douze ans, de bonne constitution, avait le bras droit paralysé depuis quarante ans, sans que ce médecin ait pu en découvrir la cause. Depuis quelque temps, celle femme avait le caractère tellement irascible, que des accès de manie furieuse, pendant lesquels elle accablait tout le monde des plus grossières invectives, se déclaraient fréquemment. Dans un de ces accès, son fils, en voulant la calmer, lui rapporta que quel-
P ATTIOr.OC. IF. C. f; N flK ALE.
qu'un avait (lil que Dieu no l'avait pas assez punie, quoiqu'il lui eût paralysé le bras depuis longtemps. <" Quoi ! reprit-elle toute furieuse, si Dieu m'a rendue malade, il peut aussi me guérir ! » Et, au môme moment, elle leva son bras et le lança dans toutes les directions. Ce fait s'est passé en présence du médecin. Depuis ce temps jusqu'à la mort, ce membre a gardé sa mobilité complète pendant les accès et dans leur intervalle (1).
XIII. Grossesse. — La grossesse enfin est un état qui modifie avantageusement ou d'une manière fâcheuse les maladies préexistantes, sans qu'il .soit i)ossible de se rendre compte du phénomène. 11 y a des femmes gastralgi(iues et chlorotiques, avec ou sans diarrhée, qui ne se portent bien que durant leurs grossesses. D'autres, affectées de phthisie lente, voient la maladie, momentanément arrêtée, reprendre plus d'activité après l'accouchement, se ralentir de nouveau dans une grossesse nouvelle et reprendre ultérieurement sa marche. Tout le monde a vu des faits de ce genre. J'en al observé un très-curieux sur une femme phthisique, qui a eu ainsi trois grossesses en dix ans, et, chaque fois qu'elle était enceinte, elle cessait de tousser, crachait peu et reprenait de l'embonpoint. Malheureusement il n'en est pas toujours ainsi, et il y a des exemples, cités par Grisolle (2), où l'on a vu, au contraire, la grossesse activer la marche de la phthisie. Ces faits-là n'infirment en rien la signification des précédents, car il est impossible de ne pas rapporter à la grossesse la suspension momentanée des symptômes qu'on observe, puisque dans la phthisie on ne les voit jamais s'interrompre. D'après mes observations, la grossesse interrompt le cours de la phthisie dans le cas de phthisie acquise accidentelle, et l'active, au contraire, dans la phthisie constitutionnelle, héréditaire.