ARTICLE PREMIER DE LA GUÉRISON
Toute maladie tend à la guérison par les seuls efforts de la nature. Un travail intime, toujours le même dans chaque espèce morbide, cherche à s'opposer aux
DE LA TERMINAISON DES MALADIES. — CxUÈRISON. 315
progrès du mal, à en limiter l'étoïKlno, h en faciliter la disparition, et, si ce travail est quelquefois interrompu, s'il n'arrive ))as toujours heureusement h son but ' sa présence n'en témoigne pas moins de l'existence d'une loi organique primordiale semblable h la loi promorpliique, c'est la loi de conservation, destinée à lutter contre les effets des impressions morbifiques. Partout où un acte morbide s'est accompli se trouve aussitôt après l'acte curatif, spontané, dynamique ou organique, dont je viens de parler, et tout l'art du médecin consiste à découvrir la nature et le mécanisme de cet acte dans toutes les maladies, pour liivoriser son développement par les moyens en son pouvoir. Toutes les maladies tendent vers la guérison, et, si un grand nombre n'y arrive pas, le travail qui devait les y conduire était commencé, et il a fallu quelque circonstance secondaire pour l'interrompre. — On comprend qu'il y ait des forces étrangères au corps, tellement supérieures à l'organisation de l'homme, qu'elles empêchent son développement d'après les formes ordinaires. Quelque puissante que soit la force de développement, qui donne au crâne, aux pieds et aux différentes parties il du corps cette forme que tout le monde leur connaît, elle ne pourra jamais ' lutter contre les efforts d'un sauvage caraïbe ou chinois, qui tient à s'atrophier les pieds ou le crâne par une compression longtemps soutenue. De même, en pathologie, les forces intérieures qui président à la réparation des tissus malades par des tissus nouveaux, ou qui limitent une désorganisation commençante, ne peuvent pas faire qu'il n'y ait au voisinage des organes importants qui s'altèrent ou se déchirent d'une manière chiqiique, physique ou mécanique, et qu'un accident imprévu ne vienne empêcher la guérison de s'accomplir.
La loi réparatrice qui aide à la cicatrisation d'un ulcère de l'intestin ne peut empêcher que, dans une indigestion ou dans un effort musculaire, l'individu ne meure en faisant éclater l'intestin malade.
Le travail d'élimination d'un tubercule pulmonaire et l'induration qui entoure une caverne prête à se cicatriser ne peuvent faire qu'une secousse de toux ne produise une perforation de la plèvre. — La pétrification d'un corps fibreux de I l'utérus ne saurait empêcher la masse de peser sur les vaisseaux ou les nerfs du bassin. — Le travail de guérison d'une carie vertébrale par une exsudation du périoste formant une virole osseuse ne peut empêcher la pesanteur de courber le rachis et de déterminer une paralysie par compression de la moelle épinière, etc.
I De ce que toutes les maladies ne guérissent pas, de ce qu'elles sont entravées dans leur marche par des accidents imprévus, il ne s'ensuit pas qu'elles ne tendent naturellement vers la guérison quand elles sont placées dans des conditions convenables.
Tout en faisant la part des poisons et des virus foudroyants, des causes physiques violentes dont la dose et l'impression tuent sans que la réaction ait pu commencer, ou bien en tenant compte des accidents qui interrompent la marche des maladies, je dis, et cela est prouvé par l'observation des malades, que toutes les maladies tendent à la guérison par suite des efforts d'une force de conservation inhérente au corps vivant, force médicatrice, reconnue de l'ancienne
nt6 PATIIOr.OCir. RfiNÉRALE.
médecine, clU'ès îi loil niée par quelques positivistes de l'école moderne. Neuoù; tpuffiç ivîTrip, tel est l'axiome éternellement vrai h nous transmis par l'antiquité. « La nature, dit Ilippocrate (1), sulïit seule aux animaux pour toutes les choses; elle sait elle-même ce qui leur est nécessaire sans avoir besoin qu'on le lui enseigne et sans l'avoir appris de personne... Elle est le premier médecin des maladies, et ce n'est qu'en favorisant ses efforts (lue nous obtenons quelcjue succès. » Il est impossible d'exprimer plus nettement une vérité que l'expérience et l'observation clinique enseignent chaque jour aux médecins, et, si quelque chose doit surprendre, c'est qu'on ait pu un seul instant en contester l'évidence.
La guérisou des maladies n'est facile à reconnaître que dans les maladies aiguës et chroniques accompagnées de symptômes physiques ou réflexes, car, dans les maladies latentes ou diathésiques, on ignore également l'instant de leur naissance et celui de leur guérison.
La guérison s'opère par des procédés différents qui sont en rapport avec la nature et l'espèce des maladies. — D'une manière générale, on peut dire qu'elle est la conséquence de la disparition des troubles fonctionnels on organiques constitutifs de la maladie. C'est le retour des fonctions et des organes a leur état normal. Ordinairement les symptômes perdent graduellement de leur intensité, ds s'affaiblissent et disparaissent successivement les uns après les autres, de manière à faire une transition insensible entre la maladie et la santé. Parallèlement disparaissent les altérations somaliques. C'est, là le mode des guérisons des maladies aiguës fébriles. Ailleurs, an contraire, les symptômes disparaissent brusquement et la guérison peut être instantanée ; c'est ce qu'on observe dans une névralgie et dans nue convulsion, qui ne viennent qu'une fois et cessent pour ne jamais revenir; dans quelques névroses, la surdité, la iiyctalopie; dans une luxation ou dans une hernie qu'on parvient à réduire; dans un corps étranger qu'on relire des paupières ; dans une hômorrhagie, etc. Il y a une foule de variétés intermédiaires dans la rapidité de la guérison des maladies, appréciée par la cessation de leurs phénomènes morbides. Ainsi, dans les maladies aiguës, le rétablissement est assez prompt si les sujets sont forts et vigoureux; il est plus lent chez les Nieiilards et chez les sujets lymphatiques; il est enfin iresprolongé dans les maladies chroniques, mais il s'accomplit de la même façon, par la disparition lente et successive des principaux phénomènes morbides
Les modes de guérison diffèrent d'après la nature des maladies. Cela est facile à démontrer par l'observation de quelques espèces morbides appartenant à des classes différentes. Ainsi les névroses, telles que l hystérie, 1 epilepsie, la migraine, l'amaurosc, la surdité, etc., guérissent quelquefois subitement e sans qu'on en puisse savoir la cause; le trouble fonctionnel disparaît, et toni est dit. D'autres névroses symptomatiques, telles que l'éclampsie puerpérale, l'épilepsie vermineuse, etc., guérissent par l'expulsion d'un taenia ou la depiet ion sanguine de l'encéphale. - Les hémorrhagies guérissent par la coagulaiion au
(1) llippncrale, De. l'alimenl {Oliums comiûclcs, ira i. Mtiré).
I)K I.A TKHMtNAlSON DlilS MALADIliS. — (iUfiUlSON. il 17
: sang à l'exlréinitô (lu vaisseau rompu ou divisé. — Les hydropisics (lisi)ai-aissent ! par l'absorplion du s6runi infiliré ou épanché, et quelquefois par l'adhérence ' des feuillets séreux qui ont sécrété le liquide. — Les fièvres, maladies humo- 1 raies par excellence, guérissent par la reconslilution du sang. — Dans les phlegmasics, la guérison a lieu d'après un mode particulier en rapport avec la nature des altéralions dites phlegmasiques. En clfct, caractérisés matériellement par la congestion sanguine et l'inlillration fibrineusc des tissus, il faut que ces éléments^ morbides disparaissent pour que le retour à la santé ait lieu. Un travail de résorption s'accomplit par degrés pour enlever ces matériaux; on lui donne le nom de résolution, exemple : la résolution d'une pneumonie, d'un phlegmon, etc.
Lorsque cette congestion et les symplômes indammatoires qui l'accompagnent |i disparaissent subitement, en ne laissant que peu ou point de traces de leur passage, on dit qu'il y a c/eV/ifescence. C'est un phénomène rare qui s'observe , quelquefois dans l'érysipèle, le phlegmon, certaines éruptions culanées, etc., et ! qui est généralement grave, car il coïncide toujours avec l'apparition de trou- I bles sérieux dans les viscères.
Ailleurs, l'exsudation amenée par le travail inflammatoire se convertit en mucus ou en pus, lequel s'écoule au dehors, s'il est formé à la surface de la ' peauet des muqueuses, ou^ au contraire, s'amasse en foyer, c'est-à-dire en oùcès, dans la profondeur du corps jusqu'au moment où l'on en favorise la sortie par une ouverture. C'est la suppuration. Ce phénomène ne se produit que sur des surfaces ulcérées, ou par des fistules qui durent plus ou moins de temps, et se ferment au moyen d'un nouveau travail désigné sous le nom de cicatrisation, exemples: la suppuration de la pneumonie; les abcès du poumon, suite de ■ pneumonie; l'inflammation des amygdales suivie d'un abcès; l'inflammation difl"use du tissu cellulaire d'un membre, suivie de suppuration diffuse; les abcès des membres, les plaies qui en résultent et la cicatrisation qui les guérit. Quel- 1 quefoiSj par suite de sa nature particulière et septique, l'inflammation, au lieu I de produire d'abord du pus, arrête toute circulation dans les tissus, les frappe ( de gangrène, c'est-à-dire de mortification, et lorsqu'à lieu la séparation des i parties mortes et des parties vivantes, il en résulte une plaie avec suppuration, ; qui se cicatrise et se guérit comme les plaies ordinaires. Les phlegmasies ont ( encore un mode de terminaison qui leur est spécial, c'est le passage à l'état t chronique. Alors, en même temps qu'elles perdent de leur intensité, que leurs ( symptômes diminuent, que la réaction fébrile tombe, leurs altérations anato- I miques changent de caractère par suite de l'induration des tissus, et elles se ' prolongent au delà du terme ordinaire. Ce changement de forme n'existe que dans cette classe de maladies, et c'est par abus de langage ou par erreur qu'on a dit qu'il en était de même des flux, des hémorrhagies, des névroses, etc. Ces maladies sont chroniques par leur durée, mais non par leurs caractères clinir|ucs. — Elles ne changent pas de forme, et comme elles ne sont pas nécessairement accompagnées d'un état fébrile qui pourrait disparaître, comme dans les phlegmasi.:s, elles sont, au Iwut d'un an et plus, ce qu'elles étaient au premier
jour. Il n'en est pas de même d'une phlcgmasie de l'iateslin ou des poumons, qui est toute dilTcrente d'elle-même, selon qu'elle se présente à l'êlat aigu ou a l'état chronique.
Les maladies conslituêes par la présence de tumeurs et de productions accidentelles ont aussi chacune leur mode particulier de guérison, dû au travail intime accompli au pourtour et à l'intérieur de ces dillérentes tumeurs. Ainsi, les tumeurs érecliles guérissent souvent par suite de la transformation de leur tissu en trame libro-celluleuse ; les tumeurs fibreuses se durcissent, se pétrifient et cessent d'être dangereuses; les tubercules s'entourent d'une couche fibroplastique et s'infiltrent de matière calcaire; les tumeurs vermineuses hydatiques s'enveloppent de kystes qui deviennent cartilagineux ou calcaires ; le cancer perd sa vascularité, cesse de s'accroître et s'entoure de tissu fibreux qui l'enveloppe et le réduit à l'état de corps étranger dans les tissus. Quelque rares que soient ces guérisons complètes de maladies ordinairement considérées comme très-graves, elles existent; j'en ai vu des exemples, et partout, même chez les sujets qui succombent à ces maladies, on observe ce travail protecteur commencé à un faible degré et dans des proportions insuffisantes à la conservation de l'individu.
Est-ce que le rachitisme, les fractures, les plaies, n'ont pas leur mode de guérison en rapport avec la nature de ces maladies? Ici, un os nouveau enveloppant l'os ancien ramolli; là, une virole osseuse, le cal, qui rapproche les extrémités divisées d'un os; ailleurs, une agglutination de lymphe plastique entre les bords d'une plaie constituant la réunion par première intention ou la suppuration préparant une cicatrisation ultérieure. Comme on le voit, ces modes de guérison de maladies ne peuvent pas être indiqués d'une manière générale, et il faut les passer en revue dans chacune des classes morbides de la nosographie. Je l'ai fait pour quelques-unes, afin de montrer l'impossibilité de spécifier davantage sans entrer dans des détails qui appartiennent à la pathologie spe- , ciale.
ARTICLE II