‹ Nouveaux éléments de pathologie généraleChapitre 12 sur 102 · IV · texte numérisé non relu

IV

l'anomalie ne devient maladie que si elle occasionne de la douleur, ou entrave l'exercice régulier des fonctions, etc. Enfin , il faut noter certaines expressions que Ton peut employer, les unes pour désigner les degrés légers de la maladie, par exemple indisposition ; les autres pour signifier un état organique qui, résultant d'une maladie, est actuellement guéri, stationnaire ou sans influence sur l'économie; ainsi pendant la vie intra-utérine les difformités (Missbildungen), et pendant la vie extra-utérine les vices de conformation (moignons d'amputation, mutilations, excroissances, etc.).

La santé faible (faiblesse de constitution, état valétudinaire, itnbeciliitas s. valclttdo), consiste en une susceptibilité morbide particulière, s'éveillant sous l'influence des moindres causes ; elle est innée ou acquise, et se remarque principalement dans la convalescence des maladies graves. Fréquemment aussi, elle n'est que l'expression d'une maladie dont le diagnostic n'est pas encore possible, par exemple de la tuberculose.

V altération qui constitue la maladie peut être anatomo-palho. logique (histologique) , chimico-pathologique, ou fonctionnelle.

Autrefois on divisait les troubles morbides en troubles matériels et en troubles dynamiques ; mais les troubles dynamiques (altérations de la force) ne peuvent pas exister isolément, car on ne conçoit pas que la force elle-même devienne malade : en effet, foule modification de celle-ci implique nécessairement un Rangement dans l'état de la matière à laquelle elle est inhérente. Toute cause de maladie agit d'abord matériellement, c'est-à-dire mécaniquement ou chimiquement. Le trouble que la cause morbigène provoque doit produire une modification essentielle, intérieure ou extérieure, dans les dispositions de la partie atteinte. Quand, par exemple, l'ictère se développe à la suite d'une colère, l'émotion morale détermine, par l'intermédiaire des nerfs, un trouble de la sécrétion biliaire, soit directement par voie chimique, en modifiant la sécrétion, soit indirectement par voie mécanique, en produisant l'occlusion spasmodique ou catarrhale des voies biliaires.

Les troubles anatomo-pathologiques et histo-pathologiques ou morphologiques (altérations de la forme) sont ceux qui produisent une modification physique dans la disposition de la partie. Ces modifications consistent soit dans une tuméfaction générale (inflammation du tissu cellulaire sous-cutané), soit dans une altération de la consistance (sclérose de la peau, ramollissement du cerveau), soit dans le dépôt de masses solides dans des espaces remplis d'air (croup du larynx, inflammation pulmonaire), soit dans une lésion de la continuité (blessures), soit enfin dans un changement microscopique du contenu des cellules (métamorphose graisseuse, etc.).

Les lésions chimiques (altérations de la composition chimique) mo-

4 Non K.vrx i;u;mi:nts iœ patiiolocif: cknkram-:.

dilient la quantité ou la qualité des principes constituants du corps (modifications quantitatives des principes constituants du sang, de l'urine, etc.; altérations qualitatives de la fibrine après des saignées répétées,etc); parfois elles amènent en certains endroits des substances qui n'y existent pas normalement (acide urique autour des articulations, albumine ou sucre dans l'urine, urée ou bile dans le sang).

Les altérations morphologiques et chimiques existent toujours simultanément; c'est ce que l'ait ressortir l'étude des phénomènes d'accroissement et de nutrition physiologiques; ainsi, Ton ne peut concevoir la formation d'une cellule nouvelle sans action chimique, c'est-à-dire sans assimilation cl désassimilation de molécules élémentaires; c'est ce qui nous est encore démontré par l'observation directe dans les maladies où Ton a poussé les recherches dans les deux directions.

Les troubles morbides que Ton n'est pas parvenu jusqu'à présent à ratlaeher à des modifications matérielles appréciables, ont reçu le nom de troubles fonctionnels ou sgmptomatiques ; on les désignait souvent autrefois sous le nom de troubles dynamiques (altération des forces) : telle est la douleur. Mais, dans ces cas, on doit supposer l'existence d'altérations matérielles délicates qui, jusqu'à présent, ont échappé à nos moyens d'investigation. En effet, dans un certain nombre de cas de ce genre, ou est parvenu, à la suite de rigoureuses recherches, à découvrir des causes mécaniques évidentes, (elles que dans la névralgie faciale, par exemple, la compression du trijumeau par des produits d'exsudation dans les canaux osseux étroits qu'il parcourt. On conçoit du reste (pie de petites causes produisent de grands effets en agissant sur les nerfs; ainsi, dans la carie dentaire, l'irritation exercée par l'air cl les aliments sur l'extrémité nerveuse mise à nu, peut occasionner une violente douleur.

Il est souvent important de déterminer si une affection est idiopathique ou symptomatiqne ; elle est symptomatique i\\\aml les symptômes généraux, surtout la fièvre, peuvent être rapportés à une autre cause, les taches rosées, par exemple, dans le typhus abdominal ; l'herpès labial dans la fièvre intermittente, dans la pneumonie, etc. On dit au contraire qu'une affection est idiopathique quand on ne peut découvrir aucune autre cause des symptômes généraux et surtout de la fièvre : roseola activa et autumnalis, herpès labial.

Toute lésion occupe un siège déterminé ; la cause de la maladie n'atteint pas ordinairement l'organisme tout entier, mais seulement

une de ses parties, tantôt un tissu, un organe ou une portion d'organe, tantôt un système de tissus ou d'organes. Il doit se produire d'abord, dans la partie atteinte, une modification matérielle, anatomique ou chimique, ou bien l'un et l'autre à la fois ; on peut donc prétendre que toute lésion est locale, du moins à son début. Il peut se faire, il est vrai, que plus tard l'examen microscopique des organes et des tissus ne puisse pas nous révéler ce siège primitif de la lésion ; mais il ne faut pas perdre de vue que les connaissances pathologiques ne s'appuient pas uniquement sur les recherches anatomiques.

Les maladies locales peuvent rester pendant toute leur durée, limitées à un tissu, à un organe ou aune portion d'organe (maladies, affections locales) ; mais aussi elles peuvent se propager et s'étendre à tout l'organisme. Cette propagation des maladies se fait de trois manières différentes : 1° par continuité ou contiguïté des tissus ; 2° par le sang ou la lymphe, et 3° par similitude de structure ou de fonctions des organes ou des tissus.

On peut aisément, à l'aide de l'anatomie, se rendre compte de la propagation des maladies par voie de continuité et de contiguïté. Nous trouvons dans le coryza un exemple du premier genre ; l'inflammation catarrhale de la muqueuse nasale se transmet aux sinus frontaux, aux antres d'Higmore, au canal nasal, à la conjonctive, à la trompe d'Eustache, à la caisse du tympan , et même aux amygdales, au pharynx, au larynx, à la trachée et aux bronches. Un grand nombre d'affections des séreuses nous offrent des exemples de propagation per contiguitatem : une inflammation profonde, une dégénérescence de l'estomac ou de l'intestin provoquent souvent l'inflammation de la portion correspondante du péritoine pariétal ou hépatique. L'extension des maladies per continuitatem et per contiguitatem à la fois, s'observe également d'une manière des plus évidentes sur les séreuses. Un foyer gangreneux de la surface des poumons, par exemple, détermine souvent l'inflammation de la portion correspondante de la plèvre pulmonaire, et cette inflammation s'étend ensuite per continuitatem à la plèvre pulmonaire tout entière, et per contiguitatem aux feuillets pleuraux costal et diaphragmatique.

Cette marche des phénomènes est des plus manifestes dans certains cas particuliers : ainsi, sur les membranes séreuses, la propagation de l'inflammation se produit fort différemment d'après le siège qu'occupe le foyer primitif du processus phlegmasiqoe. Au sommet et au bord postérieur des poumons, à l'orifice des gros vaisseaux, dans le cœur, sur les portions plus ou moins fixes de l'estomac et de Tin-*

G NOl'VEAUX KI.ÉMENTS DE PATHOLOGIE f.KNÉRAI.F.

lestiii (petite courbure, cïccuiii), l'inflammation reste plus facilement circonscrite «pie sur les régions plus mobiles de ces organes. Chez les sujets jeunes, les affections des épipbyses se transmettent rarement aux diaphyses et réciproquement ; ce qui provient de ce que le plus souvent les épipbyses et les diaphyses possèdent chacune un système vasculaire indépendant. — Il est toutefois un certain nombre de phénomènes dont l'interprétation est difficile : en effet, tandis que presque toujours le cancer du cardia atteint à la fois l'œsophage et l'estomac, on voit rarement le cancer du pylore se transmettre au duodénum.

Fréquemment la propagation des maladies per continu itatem et per contiguitatem, ne peut être admise au point de vue microscopique, mais dans le sens macroscopique. Tantôt les cellules se trouvent en contact les unes avec les autres (cellules épithéliales), tantôt elles sont séparées par une substance inlercellulaire, et dans ce dernier cas, complètement isolées (cellules cartilagineuses), ou bien elles sont reliées entre elles par des prolongements (corpuscules des tissus cellulaire et osseux, cellules nerveuses).

La propagation des maladies par l'entremise du sang ou de la lymphe, s'effectue de dilférenles manières: 1° certaines substances, renfermées dans les vaisseaux, sont d'abord emportées par le torrent circulatoire et déposées ensuite en d'autres points du système vasculaire (caillots sanguins, débris de valvules, etc.) ; 2° certains principes qui, à l'état normal, se trouvent en dehors des cavités vasculaircs, pénètrent dans les vaisseaux (bile, urine, acide inique, sels de; chaux, graisse, etc.) ; et 5° tles matières étrangères à l'organiMue s'insinuent dans les voies circulatoires (parasites, poisons).

On ne peut pas encore donner une explication satisfaisante de la manière dont se propageât les maladies dans les tissus ou les org'Uies de même nature. II ne faut pas seulement tenir compte en effet de l'identité des conditions histologiques et physiologiques, mais prendre aussi en considération l'influence du sang, du système nerveux et des circonstances qui ont provoqué le développement de la maladie. Nous trouvons des exemples de ce mode de propagation dans l'inflammation du tissu cellulaire superficiel et profond; dans l'inflammation et la tuberculisation du tissu osseux; dans le rhumatisme articulaire ; dans l'inflammation, la tuberculisation et le cancer des membranes séreuses ; dans certaines affections cutanées (ér\ thème, érysipèle, eczéma, psoriasis, syphilides, etc.) : dans les affections des organes pairs, particulièrement des yeux et des reins, etc.

La plupart des organes pairs sont le plus souvent atteints simultanément, surtout par certaines maladies (tuberculisation pulmonaire, syphilis des testicules, néphrite, maladie de Bright, etc.) ; il est au contraire d'antres affections qui ne se présentent que dans l'un des deux organes similaires (cancer du bulbe, des poumons, des reins, des testicules). --Ce qui précède peut s'appliquer jusqu'à un certain point aux deux moitiés du cœur, de l'encéphale, de la glande thyroïde, etc.

Quant au mode de propagation des maladies par l'intermédiaire des nerfs, en particulier par voie réflexe, nos connaissances sur ce sujet sont encore trop imparfaites pour que nous puissions les utiliser. Que cette propagation 6e fasse souvent des nerfs sensoriels, sensibles et moteurs, par voie réflexe sur le grand sympathique, c'est ce que nous démontrent surtout les expérimentations exécutées sur ce dernier.

Les maladies générales ou constitutionnelles atteignent tantôt l'organisme tout entier, tantôt plusieurs organes ou tissus différents. Les maladies générales dans lesquelles on a démontré l'existence d'une modification dans la composition du sang, ont reçu le nom de dyscrasies (la chlorose, l'ictère, l'urémie, la pyémie, etc.) ; on appelle au contraire intoxications ou infections, les maladies qui se généralisent par l'intermédiaire du sang et qui sont le résultat de l'introduction prolwft/i d'un poison dans la masse sanguine, laquelle ne subit dans sa composition aucune altération appréciable. Si la substance nuisible appartient au règne minéral ou au règne végétal, c'est une intoxication (intoxication saturnine, empoisonnement par l'opium et peut-être par le miasme paludéen); c'est une infection au contraire, quand le poison provient d'un animal ou d'un homme malade (fa rein, pustule maligne, rage, rougeole, coqueluche, syphilis, choléra).

Aux différentes époques du mouvement scientifique médical, on a placé au premier rang tantôt les maladies générales, tantôt les maladies locales. Au commencement de ce siècle, Pinel décrivît comme maladies générales, sous le nom de fièvres, des affections considérées comme locales déjà par Bichat et plus tard surtout par Broussais. On a vu la même chose se reproduire en Allemagne dans ces quarante dernières années ; en effet, nous considérons maintenant comme locales un grand nombre de maladies que l'école de Vienne avait d'abord rangées parmi les dyscrasies.

Il est a remarquer que, dans les affections générales ou constitutionnelles, l'altération porte presque toujours sur des éléments isolés, et quand les lésions locales existent en grand nombre, la maladie parait générale à cause de cette multiplicité des foyers locaux. Virchow particulièrement a démontré que, dans les maladies générales, même quand elles sont encore à l'état latent (syphilis), il existe des foyers localisés. Néanmoins, s'il est vrai que les maladies peuvent se généraliser par multiplication des lésions locales et que, par conséquent, il n'existe alors en réalité aucune différence ou du moins aucune incompatibilité entre les maladies locales et k* maladies générales, il faut aussi reconnaître que ce mode de généralisation ni pu être que rarement démontré. D'un autre côté, nous devons ajouter qu'il est certaines expressions dont nous ne pouvons nous passer, quoiqu'elles soient empruntées à la langue d'écoles différentes, telles sont les mots localisation, produits de la maladie, etc.

L'expression de localisation de la maladie fait supposer qu'une affection générale rst devenue locale : mais cette supposition est en contradiction avec la signification que nous avons accordée I la lésion locale. Cependant il existe une localisation réelle pour certains stades de quelques maladies générales. Dana presque tous les empoi-

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