Contages et miasmes
( Épidémies et endémies. )
Consultez pour la bibliographie, les traités de pathologie générale, les ouvrages sur les exanthèmes aigus et celui de Griesinger sur les maladies d'infection (Virch. Handb. d. tpec. Path. und Ther. 11, 2. Abih. 2. Afl. 1864).
Les causes dçs maladies contagieuses et miasmatiques sont encore très-obscures. Nous pouvons avec raison les considérer comme spécifiques et agissant sur le corps à la manière d'un poison, d'un virus. Quoique nous ne connaissions que les effets de ce poison, nous pouvons cependant supposer une substance particulière pour chacune de ces maladies ; chacune d'elles, en effet, se propage soit à certaines époques, soit en prenant son origine chez un individu déjà atteint, soit dans un endroit déterminé, et les maladies ainsi développées se comportent, pour une même catégorie, d'une manière très-analogue ; elles ont en outre une symptomatologie commune.
L'action d'un virus sur le corps s'appelle infection, et nous donnons aux maladies qui en dérivent le nom de maladies infectieuses. Ces maladies forment un groupe particulier dont il faut exclure les affections qui, développées en dehors des influences extérieures, proviennent de transformations de nature à peu près inconnue se produisant dans l'organisme lui-même, quoique l'action des produits de ces transformations soit analogue à celle des substances infectieuses proprement dites. En conséquence, la tuberculose, le cancer, la pyémie, la septicémie, etc., ne provenant pas de causes extérieures, ne peuvent être comprises parmi les maladies d'infection.
Le lieu de provenance du virus des maladies d'infection est variable. — Si le poison se développe dans un organisme déjà malade dont il est ensuite éliminé, et s'il ne peut en conséquence se transmettre que d'individu à individu, la maladie est dite contagieuse, le poison prend le nom de contage et la transmission de celui-ci s'appelle contagion. Si, au contraire, l'agent inconnu qui produit la maladie prend naissance dans le sol et est transporté par 1 air ou pat
i;,N NOIVL.Vl'X KI.KMKMs I»K l'.UHOl.OtilK liE.NKKAI.K.
l'eau, de telle sorte <pie l'on puisse être infecté sans avoir aueun rapport avec uu malade ou qm» le malade ne puisse communiquer >on affection, on donne au poison le nom de miasme.
(les deux expressions distinguent nettement l'un de l'autre, le mode de propagation de certaines maladies : la lièvre intermittente, en elïet, n'est pas contagieuse, car ou peut impunément s'approcher d'un féhri citant ; mais le séjour en certains endroits est très-danuereux et, par conséquent, la cause de la maladie doit résider dans le sol ou dans l'atmosphère : la lièvre intermittente est donc d origine essentiellement miasmastu/ue.
Il en est autrement pour la rougeole, la scarlatine, la variole, la coqueluche, la diphthérie, les oreillons et la syphilis: on sait en elïet que ni le sol ni l'atmosphère ne communiquent ces maladies, et qu'on ne contracte la rougeole qu'en approchant un uiorliillenx. et la syphilis qu'à la suite de rapports 'intimes avec un syphilitique. — Ces maladies sont donc de nature amtatjieuse.
Il est d'autres maladies, telles que le choléra, le typhus, etc., pour lesquelles nous devons aussi admettre un fgent d'infection inconnu; maison ne peut déterminer si elles se propagent suivant l'un ou l'autre des deux modes précédents, ou hien, ce qui est très probable: suivant les deux à la fois. (In a en elïet observé les deux inodes de propagation pour ces maladies, ce qui a conduit à admettre des affections miasmaticO'i'onttt'jienses : ainsi le typhus, le choléra, la lièvre jaune, la peste, la lièvre puerpérale, la pourriture d'hôpital, la dysenterie, la grippe, peut-être aussi l'érysipèle facial et la méningite cérébro-spinale.
Les exanthèmes aiiriis ^variole, searlaline, roii£eole\ sont dos maladies éminemment contagieuses. Il (\si douteux el même improbable que. dans une localité où m* trouvent beaucoup de personnes atteintes la séparation des individus sains soit inutile. Les observations de l'anuiu \iennent à l'appui de celle opinion pour ce qui concerne l.i rouueolei Vin h. Archir., I.,|i. iîl'2). lians l'épidémie de rougeole observée pu cet auteur dan> les îles de Farvé, depuis avril jusqu'en o< tobre IMO, sur 77X2 habitants, fj.OOO lurent malades, depuis (>5 ans, aucun cas de îou^eole ne s'était produd dans cesiles, requi s'explique par le l'ait qu'elles sont séparées ponrainsi diredurestr de l'unixers par uu monopole commercial: les dix-sept îles habitées et leurs diftérentes localités n'ont même que très-peu de rapports entre elles. Panuin a souvent constate que la rougeole ne se contracte jjuère qu'A la suite de rapports immédiats a>ee un individu atteint de cette maladie, mais parfois aussi par Mue indirecte ^ vêtements .
Le. choléra est une affection miasiualico-conta^ieuse bien caractérisée; il ne se propage en général que par les rapports n'es liomuu s entre eux, c'est-à-dire par hmalades ou par des objets (pu leur ont servi et qu'ils ont infectés : il est en conséquence coiitdgieii.r. Cette opinion est confirmée par le fait que les premiers cas de maladie dans une localité se déclarent souvent cher les personnes qui ont été en re-
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lation directe avec un malade. D'autre part, il est très-fréquent de voir le choléra atteindre des personnes qui n'ont eu aucun rapport avec le malade, mais qui habitent la même localité ou qui ont ingéré de l'eau corrompue par le sol ; c'est alors la propagation miasmatique. C'est par la voie des circumfusa que le poison se répand dans un cercle plus ou moins étendu autour de l'individu affecté.
Le public et même quelques médecins donnent au mot contagion une acception plus large ; ils ne l'appliquent pas seulement aux maladies contagieuses, miasmatiques et m tas ma tico -contagieuses, mais encore à d'autres affections: 4* a certaines affections que l'on voit souvent se déclarer chez quelques membres d'une même famille à un âge plus ou moins bien déterminé, alors qu'il existe chez ceux-ci une prédisposition héréditaire plus ou moins sûrement établie (tuberculose, scrofulose, cancer, goutte, rhumatisme, hystérie, maladies mentales) ; 2* à certaines affections ou Nvmptônies que l'on observe surtout chez les enfants et les femmes et qui prennent leur source dans une espèce d'imitation : les bâillements, la toux (coqueluche ?) les convulsions, etc. ; 3* aux maladies parasitaires végétales ou animales ; 4* aux zoonoses (rage, sang-de-rate et charbon, anthrax et pustule maligne, farci n et morve), qui peuvent se communiquer a des individus d'espèce différente, et souvent des animaux à l'homme; 5" enfin aux affections purulentes contagieuses, c'est-à-dire dont » le pus est le véhicule de la contagion, et dont la transmission ne s'effectue que pour certains organes et ne détermine généralement que des accidents locaux (blertnorrhagie, ophthalmie des nouveau-nés ou ophthalmie égyptienne).
Bouchut (Wien. Wochenschr., 1861, N. 43) et Remak (Medic. CentialzeiL, 1804. N. 87), admettent, outre ceux que nous avons mentionnés, un contage nerveux qui expliquerait la propagation de certaines affections nerveuses, ainsi de la chorée, de l'épilepsie, des affections mentales, etc. D'après Vingtrinier, Tour de, etc., la cause de la scrofulose endémique résiderait dans un miasme semblable au miasme paludéen et auquel West a donné le nom de bronchine : ce miasme se trouverait tantôt dans l'air, tantôt dans l'eau, tantôt dans ces deux milieux à la fois.
En réalité, on ne connaît l'agent infectieux, le poison spécifique d'aucune affection contagieuse ou miasmatique ; mais parfois le véhicule en est connu, surtout celui des affections contagieuses : ainsi pour la syphilis, on sait qu'il se trouve dans le pus du chancre; pour la variole et d'autres maladies, dans le liquide séreux contenu dans lelevure épidermique qui précède le développement des pustules; le virus morbilieux est probablement renfermé dans les larmes, dans les sécrétions bronchiques ainsi que dans le contenu séreux des élevures épidermiques, etc. Ces liquides, en effet, introduits sous la peau, tant chez l'homme que chez les animaux, reproduisent les mêmes troubles locaux et généraux, se développant dans le même ordre de succession, que ceux dont on a constaté l'existence chez l'individu qui a fourni la matière. Le véhicule du poison des affections miasmatiques est tout à fait inconnu; celui des maladies miasmatico-contagieuses ne l'est qu'en partie : pour ce qui concerne le choléra et la dysenterie, il est démontréque les déjections et, en conséquence, le linge, les literies, les chaises percées, les seringues, etc., î
HiU NOUVEAU ELEMENTS DE PATHOLOGIE CENERAI.E.
peuvent constituer un moyen de contagion ; il en est de même pour le typhus.
L'examen microscopique et chimique le plus attentif n'a pu faire découvrir aucune différence entre le pus syphilitique et le pus ordinaire, entre les larmes morbillcuses et les larmes non niorhilleuses, etc. On a soumis ces substances à l'ai lion du froid et à celle de la chaleur, à celle du sublimé, du chlore, des alcalis, etc., et la
propriété contagieuse ne disparaissait que lorsque la matière organique était presque détruite.
Différentes théories ont été émises sur la nature de ces poisons spécifiques: la théorie parasitaire (p. 124) semble avoir conquis l'approbation générale, et c'est dans tous les cas la plus probable. On considérait autrefois les maladies d'infection comme étant dues à l'action de certains produits gazeux [maladies de décomposition- ou zymotujues), mais il est incontestable que la plupart des phénomènes et particulièrement ceux de contagion s'expliquent plus facilement par la théorie parasitaire que les théories chimiques ; toutefois, les substances gazeuses peuvent toujours agir comme cause adjuvante de l'infection, ainsi les gaz provenant des égouls, des eaux corrompues, etc.
A part toutes ces théories, l'origine des contâmes est inconnue et varie probablement pour chacun deux : certains auteurs ont admis pour un certain nombre de eontages, qu'ils ne se sont produits spontanément qu'une seule fois et que depuis lors, ils se transmettent d'individu à indi\idu, ou bien qu'ils ne se reproduisent que dans des cas très-rares (contagion permanente, contagion communicative), tels sont ceux de là variole, de la syphilis, de la rougeole, du choléra, etc. Pour d'autres, on croit qu'ils se reproduisent continuellement, mais qu'ils peuvent se propager épidémiquement ou endémiquement (typhus exanthéniatique cl abdominal). Cette supposition n'est du reste pas nécessaire à l'explication des phénomènes. — Ou ne connaît pas d'avantage l'origine des miasmes.
L'existence des contages est d'une certaine durée, et ils possèdent la propriété «l'agir de près ou à distance. La persistance de la propriété infectante a été désignée sous le nom de ténacité, qui indique le laps de temps pendant lequel cette propriété persiste dans le véhicule. La lymphe \aeeiuale peut être conservée à l'état sec pendant plus d'un an et être ensuite inoculée avec succès. La ténacité semble persister d'autant plus longtemps que le véhicule est mieux préservé de l'action de l'air. On a observé à l'égard du typhus exanthéma-
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tique, que des personnes qui logeaient dans des chambres restées vides pendant plusieurs mois (jusqu'à sept mois) après avoir été occupées par des typhisés, ont encore contracté cette maladie ; on a fait la même observation |)our le choléra.
On distingue les contages, d'après leur mode de propagation, en fixes et en volatils (contacta fixa s. pei' contacta m, et contagia halihiosa s. febriUa). Dans le premier cas, la matière contagieuse, c'està-dire le véhicule, est liquide ou plus ou moins consistante (pus, etc.) ; dans le dernier cas, ce sont des substances aériformes (air expiré, perspiration cutanée). Les uns n'agissent que par contact immédiat ou par inoculation du produit même de la maladie ; les autres exercent leur influence, médiatement ou immédiatement, à une distance plus ou moins grande.
La syphilis nous offre un type de contagion fixe : elle ne devient contagieuse en effet que par rapport immédiat avec le malade, ou bien par inoculation du pus syphilitique. — Dans les deux cas, il faut une lésion de la peau ou des muqueuses.
Les virus de la rougeole, de la scarlatine, de la variole, de la coqueluche, de la diphthérie, du choléra et du typhus exanthématique, sont au contraire volatils. .
On ne sait pas à quel degré de concentration du contage, ni à quelle distance, la contagion se produit. Un court séjour dans la chambre du malade, et même dans les appartements contigus, est souvent suffisant; ainsi pour la rougeole et probablement pour la variole, le typhus exanthématique et le choléra. Pour les autres maladies, il faut tantôt rester quelque temps dans b chambre du malade ; tantôt avoir avec celui-ci des rapports prolongés ; tels sont le typhus abdominal et le typhus eianuVmatique, dont les médecins et les gardes-malades sont préférablement atteints.
H est hors de doute que la contagion médiate est possible avec les virus volatils, par des objets, par exemple, que le malade a employés : habit, linge, lit, fourrures, etc.
Dans plusieurs observations de Panum, le virus de la rougeole fut transmis par les vêtements dont étaient recouverts des individus qui avaient résisté à la contagion, et dans l'un de ces cas, après un voyage de 4 milles dans un bateau découvert et par un temps orageux et pluvieux. On a observé des cas analogues d«i transmission de variole, de choléra, de typhus exanthématique, de scarlatine, etc. Cette particularité est importante a connaître au point de vue de la possibilité, pour le médecin, de devenir l'intermédiaire delà contagion, et ensuite relativement aux mesures prophylactiques. — On admet également, et avec raison, que la fièvre puerpérale peut être transmise de la malade à une autre femme en couche par l'intermédiaire d'une personne saine, notamment par une accoucheuse.
Certaines affections contagieuses ont un virus fixe et volatil a la fois, par exemple, la variole ; il en est d'autres dont l'inoculabilité n'est pas encore bien démontrée,
nus rr wa«reb. — pat*, g en. il
m XH'VEU'X KLKMKMS M IWTIlnLOiilE GKNKUAIX
telles sont la rougeole i Home, Sporanza, Catona, Mayr), la scarlatine (G. Simon i »i la diphthérie.
L'absorption du virus, selon qu'il est fixe ou volatil, a lieu par la peau et les muqueuses limitrophes, ou par les poumons.
Dan* la sxphilis, la vaccine et la variole, la contagion s'effectue par la peau et le* muqueuses : dans la première, accidentellement on expérimentalement ; dans le* deux autres, par inoculation volontaire (inusitée aujourd'hui pour celle-ci). On ne sait si une lésion accidentelle ou expérimentale de la peau est nécessaire dans tous les cas, mais il est probable qu'il en est ainsi pour la syphilis et la vaccine.
Dans la rougeole, la seirlatine, la variole, la coqueluche, le choléra et le typliu>. c'est par les poumons, peut-être aussi par les autres muqueuses et la peau, que se produit la contagion, qu'elle soit immédiate ou médiate.
Kiichenuieister maintint pendant une heure, attaché autour d'un mouton, uusac avec une chemise qui avait été portée par un \arioleux et chez lequel les pustules étaient à la période d'ombilicalion : au cinquième jour, le mouton commença à perdre l'appétit, et au huitième, il se manifesta une éruption variolique à la face intiTiK* glabre des cuisses.
On admet que les contages peuvent agir en très-petite quantité, mais que, dans les maladies miasmatieo-contagieuses et miasmatiques proprement dites, il faut une certaine quantité de poison pour produire un effet sensible et que cet effet est en rapport avec la quantité de virus ; aussi ces affections prennent-elles surtout de l'extension quand le miasme s'accumule dans des foyers d'infection, par exemple dans les lieux d'aisance, dans les locaux étroits et non aérés où sont rassemblés des malades, etc.
Ces considérations sont importantes au point de vue des quarantaines : dans lemaladies contagieuses telles que le choléra, cette mesure préventive est éminemment utile et donne même souvent une sécurité complète, tandis qu'elle est nuisible pour les affections miasmatiques.
On ne connaît qu'imparfaitement l'époque à laquelle se développe le virus des maladies contagieuses, c'est-à-dire l'époque à laquelle la contagiosité est le plus prononcée ; dans les exanthèmes aigus, c'est avant et pendant la période éruptive ; dans le typhus et le choléra, c'est probablement au moment des plus abondantes évacuations.
Dans la rougeole, la contagiosité est très-grande pendant la période éruptive, pendant la période d'incubation; mais la maladie peut aussi se communiquer pendant le stade de desquamation et surtout à l'époque des prodromes. — La Wmphe vaccinale est dans sa plus grande activité i\\\ sixième au neuvième jour; et celle-ci se maintient beaucoup plus longtemps, si le virus est convenablement conservé. — La variole et la s\philis restent contagieuses aussi longtemps que la suppuration continue dans les pustules ou les ulcères. — On ne confiait pas bien l'époque à laquelle' les maladies îiiiasmatico-coiitagicuses se transmettent le plus facilement; pour quelques-unes d'entre elles, c'est sans doute an moment des plus fortes déjections ou en
général des déjections (choléra, typhus abdominal, dysenterie). Il est établi pour le choléra que la maladie peut être transportée, non-seulement par les cholériques» mais encore par les individus atteints de cholérine et capables en conséquence de circuler, de voyager, etc. Ceux-ci peuvent même ne pas avoir plus tard le choléra confirmé, qui peut,* au contraire, se déclarer chez les individus à qui ils ont donné la maladie. C'est ce que démontrent surtout les cas où, sans avoir le moindre rapport avec des cholériques, des individus pal contracté le choléra en lavant ou en maniant du linge imprégné d'évacuations cholériques ; de même que ceux où des voyageurs atteints de cholérine ont laissé le choléra dans la maison qui les a abrités pendant une nuit ou moins longtemps encore (Pettenkofer).
Dans la plupart des cas de maladie contagieuse ou miasmatique, le poison spécifique ne suffit pas pour déterminer la maladie ; il faut le concours de causes adjuvantes pour que le poison, le soi-disant parasite végétal ou animal, produise son plein effet. Les causes adjuvantes peuvent manquer pour certaines maladies, telles que la rougeole et la syphilis ; elles sont au contraire indispensables pour certaines autres, ainsi pour le choléra et la fièvre jaune. — Ces causes adjuvantes nous sont parfois très-bien connues.
Cest Griesinger qui a distingué le premier, pour le choléra, la cause spécifique ou poison cholérique, susceptible d'être transporté d'un lieu à un autre, et les causes adjuvantes, c'est-à-dire les circonstances qui favorisent l'action du poison. Voir au reste, ce que nous disons plus bas des épidémies.
Les affections contagieuses, miasmatiques et miasmatioo-contagieuses offrent certaines modifications qui ne se produisent jamais avec autant de netteté ni autant de spontanéité dans les maladies non contagieuses. — Ces modifications portent sur le plus ou moins d'extension, épidémiquç ou endémique, que prend la maladie ; sur l'intensité et la gravité des cas particuliers (rougeole, scarlatine et diphthérie bénignes ou malignes; typhus abortif; typhus abdominal et exanthématique légers ou graves) ; sur l'incompatibilité ou, au contraire, l'apparition alternante de certaines maladies ; etc. On trouve en particulier dans toutes les maladies d'infection des cas incomplets, dits abovtifs. C'est surtout dans la variole que ces modifications sont prononcées (variole et varioloïde) .
Dans chaque cas, pour qu'une maladie se développe, il faut une disposition individuelle particulière. Celle-ci est générale pour certaines maladies, par exemple pour la rougeole; il est rare en effet, quoique ce soit inexplicable, de rencontrer des individus qui résistent à l'action du contage morbilleux. La prédisposition aux autres affections, pour des motifs tout aussi inconnus, est beaucoup moins répandue; ainsi pour le choléra, le typhus, la scarlatine*
On ne jHMit pas encore alfirmer si certaines professions ne procurent pas rimmiHiité contre certaines maladies, et il ne Tant admettre qu'avec, beaucoup de réserve les données émises sur ce sujet, car l'immunité dépend souvent de circonstances tout autres, par exemple du défaut de prédisposition individuelle spéciale.
Les maladies infectieuses, à l'exception du typhus exanthématique, se déclarent plus fréquemment chez les individus forts et bien portants que chez les personnes faibles, maladives ou convalescentes. Néanmoins, quand celles-ci sont atteintes, elles en meurent plus facilement. Pour les autres maladies, on n'a observé aucune différence à cet é^ard, ou bien on a remarqué tout le contrait e. — La première année de la vie et souvent la vieillesse sont plus ou moins épargnées par les maladies infectieuses, quoique cependant le typhus exanthématique et la syphilis se déclarent facilement à ces deux époques de l'existence.
L;i lièvre tvpboïde s'observe rarement riiez les individus très-jeunes ou très-vieui: rYst entre lô et 7)0 ans qu'elle est le plus fréquente.
lue première atteinte, dans la plupart de ces maladies, procure une immunité presque complète contre l'affection ; ainsi pour la variole, la rougeole, la scarlatine, la coqueluche, la fièvre jaune, peut-être aussi la syphilis. Lorsque plusieurs épidémies se succèdent, la maladie n'atteint que la partie de la population née après la dernière épidémie, la prédisposition étant détruite chez les autres personne* par une première atteinte du mal. Il en est ainsi surtout pour la rougeole.
Sur liJMlO malades atteint* de rouuenle. observés aux îles Kàroé, Panum n'a im* enn^tatê une seule réridive; »|uatre-viiii;t-di\-buit weillanN. <|ui avaient m h maladie dans leur (eune^>e, en furent à l'abri. — Dans l'épidémie de lièvre jaune mu se déclara eu 1N'28 à (îibraltar, on n'obsena, sur i»,00U malades eininm, 1111*1111 seul cis bien aulbeutbnie deréridoe. — Ce nYst «pie pour la lièvre réeurreule nue deux et même plusieurs atteinte* paraissent ne pas être rares.
Deux contaues de nature analogue ou différente peuvent exercer leur action simultanément sur le même individu : la vaccine et la rougeole, la scarlatine et la rougeole, le typhus et le choléra, la varicelle et la scarlatine, le tvphus et la lièvre palustre; la rougeole et la lièvre intermittente, la variole et la vaccine. — La réceptivité pour un virus est détruite par l'inoculation d'une variété de ce virus (variole, syphilis).
Il ne se produit que très-rarement des phénomènes objectifs ou subjectifs particuliers au moment de l'infection. Cependant dans cer-
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tains cas de maladie grave, quelques personnes prétendent avoir éprouvé des vertiges, de la défaillance, des frissons et des nausées. — Depuis le moment de l'infection jusqu'à celui de l'explosion des phénomènes morbides, il s'écoule un certain temps pendant lequel, dans la plupart des cas, les personnes atteintes se sentent bien portantes, et ce n'est que dans des cas rares qu'il se présente des symptômes de prostration générale : cet intervalle porte le nom de période d'incubation. La durée de cette période varie d'après les maladies et n'est bien connue du reste que pour quelques-unes d'entre elles ; la connaissance de ce fait serait cependant d'une grande importance pratique.
Dans la rougeole, la durée de la période d'incubation, jusqu'au début de la fièvre typique, eet habituellement de neuf a onze jours, rarement plus longue. D'après Barensprong (Annalen der Charité, 1860, IX, p. 103), l'incubation aurait la même durée dans la variole. Dans le choléra et la fièvre jaune, la période d'incubation peut durer un ou plusieurs jours et même trois semaines ; dans le typhus exan thématique, elle est de huit jours environ.
Le chancre mou n'a problement pas d'incubation, tandis que, pour le chancre dur. elle parait être de vingt-huit jours (Bârensprung, etc.).
Nous devons aussi accorder une mention spéciale à l'inoculation de certaines maladies contagieuses : elle n'est possible naturellement que pour les affections qui possèdent un agent infectant fixe (rougeole, variole, syphilis, peste), et elle offre une grande importance tant au point de vue pratique qu'au point de vue théorique.
Depuis Jenner, l'inoculation du virus varioleux ne s'effectue qu'en vue de la préservation individuelle, et aujourd'hui ce n'est plus le contenu des pustules de la variole, mais celui des pustules de vaccine ou de cow-pox que l'on transmet.
Les tentatives d'inoculation pratiquées avec le sang, les sécrétions et surtout avec 1rs déjections des cholériques, n'ont donné jusqu'à présent, aucun résultat décisif. 11 parait certain, au contraire, que les animaux auxquels on a fait ingérer les déjections de cholériques en sont souvent devenus malades et ont succombé. (Lindsay, Thiersch, J. Meyer.)
Dans ces derniers temps, l'inoculation de la syphilis a acquis une grande importance théorique et même pratique. D'abord, on est parvenu de la .«orte à établir l'existence de deux virus syphilitiques : l'inoculation de la sécrétion du chancre induré ne réussit que chez les personnes saines et échoue chez celles qui sont déjà atteintes d'un chancre dur ou de syphilis secondaire; quand elle réussit, elle produit des pustules, et plus tard les symptômes secondaires. L'inoculation du pus du chancre mou, au contraire, réussit toujours, mais elle ne donne naissance qu'à des phénomènes locaux, tout au plus à des inflammations glandulaires ; jamais elle ne produit la syphilis secondaire. La période d'incubation est très-courte pour le chancre mou, tandis qu'elle est d'environ un mois pour le chancre dur. — L'analogie qui existe, dune part, entre la vaccine et le chancre mou, d'autre part, entre la variole et le chancre dur, ainsi que d'autres circonstances encore, que nous n'avons pas à mentionner ici. ont conduit à inoculer la syphilis, et non pas seulement dans un but théorique ou diagnostique, mais dans un but thérapeutique (syphilisaUon cura*
Ififi NOl'VEVUX ELEMENTS HE PATHOI.OlilE (iÉSKn.VI.E.
tire ou prcvenli ve) |.Yuzias-Turenne, .Marchai (de (lalvi), Speriuo, Boeck1. La s\pliilisation curative n'a été essavée que «lie/. les svphilitiqucs; la préventive, au contraire, devrait être généralisée comme la vaccination, pour préserver de la syphilis primaire et secondaire.
Le General boaril of health a posé la question de. savoir si l'inoculation généralisée cl obligatoire du cowpox ne peut pas introduire d'autres virus et notamment celui «le la syphilis, en inèuie temps que le vaccin : des réponses différentes y ont été faites. Viennois (Arch. yen. de nirW., INliO, juin, juillet, septembre) a rassemblé les matériaux existants et en a retiré les renseignements suivants. Si l'on inocule du vaccin pur et non souillé de sang, pris sur une personne svphilitique. on n'obtient que la vaccine normale, sans accident syphilitique immédiat ou ultérieur. (Juand,au contraire, on inocule à un individu sain du vaccin recueilli sur un syphilitique atteint ou exempt de manifestations constitutionnelles actuelles, et que la pointe de la lancette se recouvre d'une petite quantité du sang de celui-ci, on peut communiquer à la fois les deux maladies, la vaccine avec le cowpox, et la syphilis avec le sang syphilitique. Dans ces cas, c'est la vaccine qui se développe d'abord, parce que la période d'incubation est plus courte et la marche plus rapide que pour l.i svphilis : celle-ci ne se manifeste que plus tard et débute à l'endroit de l'innculaliu'i par l'apparition d'un ulcère à bords indurés et d'engorgements glandulaires diver>.
Itans ces dernières années, on a observé plusieurs exemples très-frappants «h1 transmission delà svphilis par la vaccination. A Hivalla, en Sardaignc, sur (tâ enfants inoculés avec du va vin impur, iti étaient syphilitiques après six semaines [Gaz:, uied. ital.t i nov. 1X01.) — In fait analogue s'est présenté en Hongrie {Glatter in Oeslr. Ztttch. f. pralit. Heilk., 18t>2. N" 4) : la grand'mère de l'enfant dont ou prit le vaccin ét;iil syphilitique; chez les enfants inoculés, les pustules vaccinale* m» transformèrent en ulcères rongeants, et il je développa des condilumes à l'anus el des accidents du celé de la bouche. Les mères d'abord, les pères plus lard, contractèrent ensuite la syphilis, de telle sorte que, deux ans après, sur une population de ti.M) hal'itauls 7*2 étaient syphilitiques.
Hretonneaii, llerpiu.ete., comprennent aussi la dipbthérie parmi les maladies inoculables. >ié;inmi)ins l'inoculation ne peut être utilisée en pratique, attendu que !»• même individu peut contracter plusieurs fois la dipbthérie el que cette maladie inoculée n'en est pas plus bénigne.
La rougeole et la scarlatine n'ont été inoculées jusqu'à présent que dans un but théorique et non pratique ; l'affection inoculée est cependant beaucoup plus légère.
La description dos symptômes propres aux maladies d'infection rentre dans le cadre de la pathologie spéciale. — Les symptômes des affections contagieuses débutent, en général, tantôt au point d'absorption du virus (douleur, routeur, exsudation), tantôt par des troubles généraux. Foutes ces maladies produisent soit une lièvre violente, soit des altérations de certains tissus et organes, particulièrement de la peau et des muqueuses (maladies contagieuses), et de certains organes glandulaires, ainsi que des évacuations abondantes, soil enfin, les deux ordres de symptômes à la l'ois. La marche de la plupart des affections contagieuses et miasmatiques fébriles est beaucoup plus régulière que celle des autres maladies, et, dans les affections contagieuses fébriles aiguës, elle est exactement cyclique.
Il est très-important, pour la doctrine des contages et des miasmes, de connaître la distribution géographique de ces maladies, ainsi que l'influence que les conditions sociales exercent sur leur développement : toutes ces circonstances, en effet, peuvent donner des éclaircissements sur leur nature et leur cause de production, spécialement pour les affections miasmatiques et quelques affections miasmaticocontagieuses.
Lee maladies contagieuses aiguës sont répandues, semble- t-il, sur toute la surface du globe, indépendamment des conditions de races, de climat, de sol, etc. La distribution géographique de la variole est en rapport avec la diffusion de la vaccination. — La diphthérie parait être plus commune dans les contrées humides et marécageuses. — Certaines maladies miasmatico-contagieuses, telles que la fièvre jaune, le choléra et la fièvre typhoïde, sont plus ou moins avant leur développement wts la dépendance des conditions mentionnées plus haut. Le choléra et le typhus, par exemple, ne se développent que sur un sol poreux (terrain d'alluvion), et les exceptions apparentes ù cette règle s'expliquent, parce que le sous-sol rocailleux d'une localité n'est pas compacte ou bien est recouvert d'une couche poreuse. En outre, le choléra suit surtout les rives des fleuves, en évitant les confluents, tandis que la fièvre jaune se répand sur les côtes de la mer et sur les bords des grands cours d'eau navigables. — C'est dans les plaines, au contraire, que l'on observe la fièvre de malaria, et elle y prend d'autant plus d'intensité et d'extension, que le sol f«t plus humide et qu'il se dessèche plus facilement, en d'autres termes que les Tariations hygrométriques y sont plus prononcées.
La température atmosphérique exerce souvent une influence notable sur le développement des affections contagieuses et surtout des affections miasmatiques et miasmatico-contagieuses. C'est ainsi que, chez nous, In fièvre intermittente se déclare au printemps et au commencement de Tété, le typhus a la fin de Tété et en automne, le choléra surtout en été. L'action des saisons se confond en partie avec celle de la température ; cependant pour bien en apprécier la portée, il faut prendre en sérieuse considération l'état hygrométrique de l'air et du sol. Ceci s'applique surtout au choléra, au typhus abdominal et à la fièvre intermittente.
Nous citerons encore la race et la nationalité, dont l'influence sur quelques affections miasmatico-contagieuses est très-marquée ; ainsi le nègre possède à l'égard de la fièvre jaune une immunité presque absolue, qui se retrouve, quoique moins parfaite chez le mulâtre. Cependant cette immunité dépend en partie de l'acclimatation ; car le nègre qui a fait un séjour prolongé dans les pays froids y a contracté la réceptivité pour la maladie.
L'influence -de l acclimatation sur les affections miasmatico-contagieuses se manifeste a un haut degré dans la fièvre jaune. En effet, dans les contrées où cette maladie règne endémiquement, elle épargne presque complètement les indigènes et atteint presque exclusivement les étrangers nouvellement arrivés ou non encore acclimatés. — On a souvent observé que Vinfluenza, au contraire, épargnait complètement les nouveaux venus. Le contraire a été remarqué pour le choléra, par exemple à Calcutta.
Les condition» sociales n'exercent qu'une action minime sur les maladies contagieuses, a part la garantie que peut se procurer l'homme aisé en changeant de résidence et en s'éloignant complètement du siège des épidémies, en se faisant vacci-
I(»S NOl VKVl \ KI.KMENTS DK rWTHOl.Ol.lK t.KNÉRALE.
ner. mi on pr«*ii;iiit dos mesures pro\ enlises contre la s\jihih>% etc. Cette action est au contraire très-marquée >ur la plupart des .i.ïeetions miasuiatico-conlagieuses. Ouoi«pie la prédisposition pour colles-ci soit générale, ce ^oiil surtout les personnes placées dans il»*»» conditions défavorables qui en sont atteintes. '• — Ainsi, la tiè\ vr jaune rè__rno presque e\clusi\cment dans 'es localités dont la population e<t serre»*. par conséquent dans les villes populeuses, tandis que les alentours de celles-ci et surtout les campagnes eu sont préservés Ml.- m> déchue do pietérence dans les rues humides, mal aéivos, sales, r 'inplicsde déu ilus animaux et bord es de hautes maiso: > encoiuh1 ces p.ir uni1 population p.uiue. l'ans t uis l««s ei>, elle ^ est plus répandue. plus maligne et plus p< ■ -istanto. — l.e choléra atteint les cuisses painres luttant i outre les pmalioi.s de t < >ti t jenre : les classes aisées, saut dans quelques épidémielies-\iolei.tex, en soutirent relativement tort peu. — l.e hph'us exauthématique est tellement inhérent a la nation ulatiiaise, «pie. iisqu'à présent, toutes les mesures sanitaires >om restées irisuitisa'M. -s à l'e\lu por ou a eloi.ner les causes qui iavoris.-h' s,m développement, de ià il s'attache à l'enu^rant irlandais lOiume une malédiction, il le MM pait-'Ut où il .1 ii,r st. s p.«s. et pait««ut où il emporte a\ec lui, dans mui «ouïe lie ue. le-» \i. es .1^ «.lasses mt»i euu ^ de son pa\s Les conditions socialex iiia.l eu» ciiv,-s u :i,-. ,lix,i;t. du rte . évident ur.e notable influence ^ur le de>eloppciuen' lit ^ ait'.'ieiN tvp'.i ;i,ex. et spécialement du t\phu> exantheinatique « cla s .ipp.ique suit uî t lll.alide. où Cr tte tl.-nilele maladie m» Leproduit reifulicre- :i.« ::t .;•!•'< a ii.iUM.y- i -Suites. Mie s,- liaî.si-'îte «>• .a «laiis les grandes \ilt« s .■u.ii.v-x r . .-v .ixx..ix, x .x U;fin.-:iis des ni -.M.iis t-t i» ur> «.ib ii.es sordides \
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maladie se reproduit souvent au même endroit, on la dit endémique (endémie) .
La cause essentielle des maladies épidémiques peut être connue ou inconnue (contages et miasmes) ; mais quand elle est connue, il ne faudrait pas conclure de son existence à la nécessité du développement d'une épidémie.
On connaît, par exemple, la cause des épidémies de trichinose qui récemment oint tant attiré l'attention, et que Ton peut considérer comme des endémies quand elles se déclarent de préférence dans un district déterminé. Nous connaissons aussi plus ou moins bien la cause des rhumatismes, des pneumonies, des érysipèles provoqués par refroidissement, affections dont la propagation peut être regardée comme épidémique, quand elles surviennent en nombre considérable-
On observe dans toute épidémie une période d'ûugment dont la marche est habituellement rapide ; une période àJacmé et une période de décroissance, qui souvent se prolonge. Lorsque l'épidémie est terminée, la maladie disparait complètement et souvent pour plusieurs années, jusqu'à ce que tout à coup l'apparition de quelques cas annonce le commencement d'une nouvelle épidémie ; c'est ce qui s'observe pour le choléra, et ordinairement aussi pour la rougeole. Parfois cependant il se produit quelques cas isolés, sporadiques, dans l'intervalle de deux épidémies, ainsi qu'on le remarque surtout pour la scarlatine dans les grandes agglomérations, et pour la variole.
La durée des épidémies varie pour chacune d'elles : elle n'atteint ordinairement pas moins de deux ou trois mois et dépasse, rarement six mois. C'est surtout pour les maladies qui sont en même temps endémiques que Ton observe une durée plus longue et souvent aussi un retour plus fréquent, presque régulièrement annuel. On a remarqué également que la durée des épidémies se prolonge dans les grandes agglomérations plus longtemps que dans les petites localités, à cause des rapports plus fréquents de la cause morbiûque avec les individus prédisposés : c'est ce qui s'observe pour les maladies miasmatiques, mais surtout pour les affections contagieuses. Les épidémies de choléra et de rougeole ont une durée plus courte que celles de scarlatine, de variole, de fièvre typhoïde.
La plupart des maladies épidémiques sont des affections constitutionnelles; il n'en est qu'un petit nombre qui soient locales. Parmi les premières nous citerons les maladies infectieuses en général, telles que : le choléra, le typhus, les exanthèmes aigus, les fièvres paludéennes. La plupart des maladies épidémiques sont fébriles.
170 NnrVEVIX ELEMENTS DE PATHOLOGIE GENERALE.
Le mode de propagation d'une épidémie varie suivant que la maladie est ou n'est pas contagieuse. Dans le premier cas, il se l'orme, ordinairement sous l'influence de conditions locales particulières, de nombreux loyers d'infection, isolés, plus ou moins étendus, non pas toujours simultanés et qui donnent naissance à des foyers secondaires ; c'est ainsi que l'on peut observer des épidémies dune rue, d'une maison et même d'une chambre. 11 arrive souvent qu'à la fin de l'épidémie, la maladie règne en un tout autre endroit qu'au commencement. — Dans le deuxième cas, l'affection se dissémine sans règle parmi les populations.
Lorsqu'une épidémie se répand, non pas seulement dans quelques localités plus ou moins rapprochées les unes des autres, mais sur une contrée tout entière, elle prend le nom de pandémie ; le choléra, les lièvres paludéennes, les affections typhiques se montrent souvent sous forme pandémique. La pandémie se compose toujours d'un certain nombre d'épidémies isolées, plus ou moins étendues et non simultanées, d'où il résulte que la durée en est variable et habituellement fort longue ; elle peut être parfois de plusieurs années.
La cause prochaine de la propagation épidémique de certaines maladies nous est presque complètement inconnue. Il en est quelquesunes qui se développent sous l'influence de conditions atmosphériques anormales : tels sont les bronchites et les pneumonies à l'époque des vents secs, et les troubles des organes digestifs dans la saison des grandes chaleurs; on peut avec raison considérer l'isolation générale des influences morbifiques comme la cause productrice des nombreux cas de maladie que l'on observe. Néanmoins on remarque parfois à d'autres époques les mêmes conditions atmosphériques, sans que ces maladies se montrent en grand nombre. Il faut donc de plus quelque chose de particulier qui contribue d'une manière essentielle au développement de l'affection. — 11 est des maladies, la rougeole par exemple, qui n'atteignent qu'une seule fois le même individu ; à la suite d'une épidémie considérable de rougeole, il ne reste qu'un petit nombre d'individus qui ne se soient pas trouvés sous l'influence delà cause de cette" maladie. Ce nombre s'augmente chaque année par l'addition des nouvelles générations, et ainsi se constitue à la lin un noyau considérable pour une nouvelle épidémie. Mais il est impossible de donner le motif pour lequel celle-ci éclate à une époque déterminée et non pas plus tôt ou plus tard. — 11 est encore plus intéressant d'étudier la façon suivant laquelle d'autres maladies, telles que le choléra, arrivent à prendre la forme épidémique. On voit
souvent, en effet, que le germe de la maladie, transporté au milieu dune population saine, reste pendant des mois sans influence manifeste, jusqu'au moment où l'épidémie éclate soudainement et suit alors sa marche accoutumée; en d'autres endroits, au contraire, elle avorte après le premier cas. .
Il résulte de semblables observations qu'il faut, pour qu'une pi* demie se développe, non-seulement une cause morbifique et des personnes prédisposées, mais encore le concours de certaines causes adjuvantes, dont l'influence s'exerce, soit sur la cause morbifique, soit sur les individus, soit en même temps sur ceux-ci et mir celle-là. La cause de la maladie parait être favorisée, dans son développement et sa diffusion, par les causes adjuvantes, tandis qu'il se produit chez les individus une modification constitutionnelle qui les rend aptes à subir l'influence morbifique. C'est ainsi que l'eau potable peut être considérée à bon droit comme un^e cause adjuvante pour la production du typhus abdominal. . ■
Bohl a démontré qu'à Munich, une dépression du niveau des eaux souterraines amène une augmentation dans le nombre de cas de typhus abdominal» tandis que l'élévation du niveau de ces eaux coïncide avec une diminution dans le nombre de reux-ci , ce qui est dû sans doute à ce que, lors de rabaissement des eaux, le soi, humide et très-favorable au développement du principe morbigène du typhus, se trouve en communication avec les couches atmosphériques qui le recouvrent, et par conséquent avec les habitants de la ville, tandis que Ton observe tout à fait le contraire quand le niveau des eaux s'élève. Des circonstances analogues influent sans doute fréquemment sur le développement des épidémies de choléra .
Le typhus exanthématique, la fièvre récurrente et le choléra s'observent surtout chez les indigents, tandis que la rougeole et la scarlatine atteignent indifféremment les pauvres et les riches» Les conditions extérieures, favorables ou défavorables, peuvent donc imprimer à l'organisme des modifications qui ne sont pas sans importance pour le développement des maladies sporadiques et surtout épidémiques.
Si le mode de développement des épidémies ne nous est que peu connu, nous n'en savons pas davantage sur les causes qui produisent les variations que l'on constate dans les périodes d'acmé et de décroissance ainsi que dans l'intensité des maladies dans la même année. On croit souvent pouvoir attribuer une influence défavorable à certains jours marqués par des températures ou des variations extrêmes, ou par d'autres conditions atmosphériques, telles que des pluies torrentielles ou des orages ; mais il arrive fréquemment qu'à une autre époque, de semblables circonstances n'exercent aucune influence ou même semblent agir favorablement; jusqu'à présent on
no peut rien fixer de positif sur ce sujet. Ce que nous appliquons aux cas particuliers se rapporte également à la généralité de ceux-ci, d'autant plus qu'il se présente toujours d'autres circonstances plus ou moins complexes: ainsi l'inlluence de la saison et d'une modification hypothétique dans la puissance de la cause morbilique, la constitution variable des malades et les mesures prophylactiques, etc.
L'extension que prennent les épidémies varie parfois d'une façon considérable et en apparence arbitraire. C'est ce que Ton observe surtout dans les différentes apparitions du choléra dans le même endroit. La rougeole, dans certains cas, se déclare sous forme d'épidémie insignifiante pour se reproduire d'une manière d'autant plus intense après un intervalle extraordinairemenl court. On se rend plus facilement compte des différences d'intensité que présentent les épidémies de fièvre intermittente, et qui, chez nous, sont en rapport aver la quantité d'humidité renfermée dans le sol. Au reste, on s'explique ces variations par le fait qu'il faut le concours de plusieurs causes adjuvantes crime activité diverse pour qu'une épidémie se développe, sans qu'il soit nécessaire cependant qu'elles existent toutes simultanément.
La mortalité dans les maladies épidémiques est tout aussi variable que leur extension (îuorbilité). Ihms certaines épidémies, tous les cas suivent une marche bénigne, tandis que, dans d'autres, la proportion des morts est très-considérable, sans qu'il soit possible de donner une explication de cette différence. C'est ce que l'on remarque surtout pour la scarlatine. On a cherché à interpréter ces faits eu admettant deux cause> umrbifiques, l'une bénigne et l'autre maligne, mais il reste toujours à expliquer pourquoi c'est tantôt l'une et tantôt l'autre qui agit. Il faudrait peut-être admettre que, dans les épidémies malignes, il existe certaines influences défavorables, et des agents spécifiques qui exercent surtout leur action funeste sur les individus atteints de la maladie régnante.
Très-souvent les affections de la première moitié de l'épidémie sont les plus graves et fréquemment elles sont mortelles; plus tard l'intensité des phénomènes morbides diminue. Néanmoins, on observe encore parfois des cas graves à la fin de l'épidémie.
Il peut arriver que plusieurs ou du moins deux épidémies régnent simultanément et atteignent néanmoins une assez grande intensité : ainsi la scarlatine et la rougeole et, en général, les exanthèmes aigus, h* choléra et le typhus, le éludera et la lièvre intermittente, la coque-
ÉT10L0GIE GÉNÉRALE i^"
luche et la bronchite. Dans d'autres cas, au contraire, pendant l'existence d'une épidémie étendue, les autres maladies, épidémiques ou non, rétrogradent pour reparaître parfois de nouveau après la disparition de celle-là. — La susceptibilité morbide d'une population qui a traversé une épidémie parait en quelque sorte épuisée; car on observe souvent à la suite de celle-ci un état sanitaire excellent, plus ou moins prolongé. Il est vrai que ce fait doit être attribué peut-être à ce que, dans les épidémies meurtrières, le choléra par exemple, beaucoup d'individus, prédisposés aux maladies, ont été enlevés par l'affection régnante.
.Ainsi que nous lavons déjà fait pressentir, le pronostic des épidémies d'une même maladie peut être fort variable, et cette différence se manifeste, non-seulement entre les épidémies qui se développent à des époques dissemblables, mais encore entre celles qui se déclarent simultanément, mais dans des localités distinctes. Ainsi, Ton a observé que la rougeole est plus bénigne dans les grandes agglomérations, où elle se montre souvent, que dans les petites localités où elle est plus rare. On peut également expliquer de cette façon les différences d'intensité que Ton a constatées dans d'autres affections épidémiques.
Il faut accocder une grande importance à la prophylaxie dans les épidémies. Les mesures publiques à prendre dans ces cas doivent avoir pour but d'augmenter la force de résistance de la population contre les causes morbifiques, et, en même temps, d'anéantir ou de neutraliser celles-ci. On y parvient en maintenant la propreté et un air pur dans les habitations et leurs alentours ; en procurant aux habitants de bonne eau potable ; en distribuant aux indigents des aliments et des vêtements; en désinfectant les chambres et le linge des malades ; en neutralisant les émanations qui ne sont que trop souvent le véhicule de la cause morbifique ; en transportant les malades de leurs logements insalubres dans des établissements publics bien aménagés ; en éloignant les personnes saines des foyers d'infection; en isolant et détruisant ceux-ci, etc.
Certaines maladies, soit aiguës, soit chroniques, se manifestent sous forme d'endémie, lesquelles sont sous la dépendance de circonstances locales particulières résidant dans la qualité du sol, dans les mœurs, les coutumes ou l'alimentation des populations. Il est aussi des endémies dont la cause nous est inconnue. Les maladies endémiques sont tantôt sporadiques, tantôt sporadiques et épidémiques. De mauvaises conditions hygiéniques peuvent toujours augmenter la disposition à les contracter.
17 i NOlYEAl X ELEMENTS DE PATHOLOGIE f.ENERALE.
Le sol peut rire le point il^oi'î^iiii- d'une endémie en produisant la cause nmibitique. Ccst ce c|uî arrive eu maintes loi alités pour le typhus abdominal, pour les différentes espèces de fièvres palustres, pour le choléra, la peste et la lièvre jaune. Ces dernières maladies, confinées jadis dans une étendue de pavs plus ou liions limitée, sont sorties plus tard de leurs contrées pour prendre la forme épidémique. ('-'est probablement aussi la nature du sol qui donne un caractère endémique au crétinisme et au goitre, et, sous ce rapport, ces deux affections se rapprochent, jusqu'à un certain point, de la fièvre intermittente endémique.
Par suile de mauvaises conditions hygiéniques, la fièvre typhoïde, la tuberculose, la scrofulose, et même l'anémie, la chlorose et le rachitisme sont devenus endémiques dans presque toutes les grandes villes.
La mauvaise qualité du maïs paraîtrait être la cause de la pellagre dans l'Italie supérieure, lin grand nombre d'affections parasitaires se développent sous la lormc endémique, en certains pays, à cause de l'altérai ion d'aliments importants, par exemple des \iandes. On observe également désaffections endémiques, gaslriqu< set intestinales, occasionnées par l'eau potable, surtout chez les personnes non habituées, on a encore attribué à la présence dune quantité anormale de l'un de ses principes de la chaux par exemple, le développement fréquent de certaines affections parmi quelques populations.
Les affections diphthéritiques, le carcinome, les anévrysmes, la pliquc, etc., sont endémiques en certaines localités et en certains pavs, par suite «le circonstances plus ou moins inconnues. Dans ces derniers temps, on a trouvé l'explication, jadis inconnue, de certaines endémies, ainsi de l'hématurie observée en Afrique, qui est due a un parasite récemment découvert dans celte maladie, le Uistomum hœmaiobium .
COKSTITI.'TIOKS ÉPIDÉMIQUE, ENDÉMIQUE, ASNlîELLE.
GÉiNIE ÉPIDÉMIQIE.
Ces diverses expressions sont employées pour désigner la fréquence inusitée de maladies semblables, non contagieuses ni miasmatiques, ou bien le degré analogue de bénignité ou de malignité qu'elles présentent, ou bien enfin la prédominance de certains symptômes. Jusqu'à présent on ne connaît rien de positif ni de pratique sur ce point, parce que, d'un côté, les anciennes observations sont basées sur des classifications et des systèmes nosologiques faux (caractère inflammatoire, rhumatismal, gastrique, bilieux, nerveux, anémique, scorbutieo-putride, etc.), et, d'un autre côté, parce que les modernes ont négligé à tort ce genre de recherches.
Parmi les différentes constitutions épidémiques, on a distingué les suivantes: a* Le génie épidémique inflammatoire , qui régne surtou! par le< basses températures, et par conséquent en hiver, et par les vents du nord, froids et secs; il occasionne des inflammations, surtout des pneumonies.
b. La constitution épidémique nerveuse, qui se développe sous l'influence de chaleurs accablantes, de la sécheresse, de l'air vicié, etc., se montre surtout en été, et donne naissance à des formes morbides accompagnées de phénomènes nerveux
ÉTIOLOGIE GÉNÉRALE. 175
graves, offrant le caractère asthénique et peut-être plus de danger pour la vie que toutes les autres affections.
c. Le génie épidémique anémique, produisant des maladies qui se compliquent d'anémie.
d. Le génie épidémique gastrique, qui survient dans les saisons où régnent des chaleurs humides : il dispose aux affections de l'appareil digestif et aux maladies typhiques. — Le génie épidémique bilieux est subordonné au précédent; il se manifeste pendant les fortes chaleurs et amène des affections du système hépatique.
e. La constitution épidémique putride, qui se produit quand de grandes quantités de substances organiques se décomposent à une température élevée, ainsi que cela s'est observé après des batailles qui ont eu lieu dans la saison chaude. Les affections qui naissent sous l'influence de cette constitution possèdent un caractère marqué de septicité.
f. Le génie épidémique catarrhal, provoquant des affections des muqueuses, surtout des muqueuses respiratoires et digestives, et régnant à l'époque des changements de temps, surtout quand les froids alternent avec les chaleurs ; ainsi, au printemps et à l'automne. Il se produit aussi par les froids humides.
g. La constitution épidémique rhumatismale, qui coïncide habituellement avec variations rapides de température, les vents, etc., les dispose à toutes les formes de maladies que Ton comprend sous le nom de rhumatismes. (Yoy. Reich., Lehrb. der allg. jEtiolog., p. 287.)