Néoplasie de tissu conjonctif
Elle constitue la base d'une foule de maladies importantes d'organes internes et externes; en outre, elle joue un rôle essentiel dans la cicatrisation et dans la plupart des tumeurs.
On observe une néoplasie de tissu conjonctif dans différentes hyperthropics physiologiques, résultant surtout de l'exagération d'une fonction : ainsi daus la peau, lo tissu adipeux, les muscles, les tendons, les fascias, les ligaments, les os, etc. ; il
AMTOMIfi ET PHYSIOLOGIE PATHOLOGIQUES GÉNÉHALES. 583
en est de même dans la guérison des hémorrhagies physiologiques, telles que celles du cordon, de la muqueuse utérine, des ovaires, etc.
C'est ordinairement le tissu conjonctif ordinaire ou fibrillaire qui se produit : ce tissu se compose de fibrilles conjonctives collagènes tantôt réunies en faisceaux (faisceaux de tissu conjonctif), et tantôt entrelacées plus ou moins régulièrement et d'une manière plus ou moins solide (tissu conjonctif réticulé et compacte). Parfois il est solide comme dans les tendons, lés membranes séreuses et fibreuses, le derme cutané ou muqueux, le périoste, la cornée, etc.; parfois, au contraire, il est mou, aréolairc, amorphe, comme dans le tissu adipeux, le tissu interviscéral ou intermusculaire, etc. Entre les fibres et les faisceaux du tissu conjonctif, on trouve presque toujours une quantité plus ou moins grande de substance intermédiaire liquide qui, d'après certains auteurs, correspond avec le point d'origine des vaisseaux lymphatiques.
llis conteste l'existence de lacunes dans le tissu conjonctif mou, sauf dans les espaces sous-arachnoïdaui, ainsi qu'entre la sclérotique et la choroïde. D'après cet auteur, toutes les autres lacunes du tissu conjonctif sont des capillaires lymphatiques, ou bien elles sont remplies d'une substance qu'il nomme muqueuse ou mttcoide, et qu'il considère comme constituant, arec la substance fibrillaire, une partie essentielle du tissu conjonctif.
Par l'addition d'acide acétique qui fait pâlir et gonfler les fibres, et même sans cette addition, on aperçoit des corpuscules plus ou moins nombreux qui servent non-seulement au mouvement des sucs et à la nutrition du tissu, mais qui jouent aussi un rôle important dans le développement de la plupart des néoplasmes. Ces corpuscules ressemblent à de petits noyaux allongés, étroits, non anastomosés (noyaux conjonctifs), ou bien ils constituent des cellules plus volumineuses, fusiformes ou étoilées, pourvues d'un noyau apparent et de deux ou plusieurs prolongements filiformes, ordinairement creux (cellules ou corpuscules conjonctifs). — Le tissu conjonctif renferme en outre, en beaucoup d'endroits , une autre espèce de corpuscules possédant le même volume, les mêmes propriétés optiques, la même contractilité et la même motilité que les globules blancs du sang et les globules du pus. Pour les distinguer des premiers, on les nomme corpuscules mobiles du tissu conjonctif. On n'en connaît pas encore la signification pathologique qui est peut-être importante.
La néoplasie de tissu conjonctif homogène ou de Reichert, s observe plus rarement. Ce tissu ne renferme ni fibrilles ni faisceau apparents; il se compose d'une substance membraniforme ou disposée
en masses de volume variable, finement granulée ou légèrement striée et même tout à lait homogène, claire et donnant probablement aussi de la colle. On la rencontre dans les membranes de tissu conjonctif homogène, par exemple les gaines des faisceaux de l'arachnoïde, l'adventice, des petits vaisseaux sanguins, le névrilème dos petites branches nerveuses, l'enveloppe des corpuscules de Malpighi delà rate et des glandes folliculaires de l'intestin, celle des éléments glandulaires du testicule, des follicules de de Graaf , de certaines glandes acineuses et tubuleuses, etc.
Les tissus conjonctifs librillaire et homogène passent par gradations de l'un à l'autre.
Eniin ie tissu conjonctif nouvellement formé peut constituer du tissu muqueux ou tissu conjonctif gelatini forme, tel qu'on en rencontre dans le corps vitré, dans la gélatine de Wharlon du cordon ombilical, et chez le fœtus, dans les points où Ton trouvera plus tard du tissu adipeux, la moelle osseuse, etc. Ce tissu se compose d'une substance fondamentale inueoïde, muqueuse et albumineuse, ne donnant pas de colle, et renfermant des cellules rondes ou étoilées et anatoniosées.
Le tissu muqueux de nouvelle formation contient presque toujours des vaisseaux sanguins et probablement aussi des vaisseaux lymphatiques.
D'après les idées qui ont régné jusqu'à présent, le tissu conjonctif pathologique de nouvelle formation proviendrait ordinairement des différentes variétés de tissu conjonctif normal : par division des corpuscules, et plus rarement par formation endogène, il se produit deux ou un grand nombre de cellules qui sont fusiformes dès leur origine, ou qui, rondes d'abord, deviennent plus tard fusiformes ou étoilées. Ces cellules sont d'abord serrées les unes contre les autres, mais plus tard il se dépose, dans leur intervalle une substance fondamentale dont le mode de développement n'est pas encore bien connu. D'après les uns, elle résulte de la transformation du protoplasme cellulaire; d'après les autres, les cellules sécrètent une substance molle et homogène, qui tantôt conserve ces deux propriétés et renferme du mucus et de l'albumine (tissu muqueux i, tantôt acquiert une consistance plus grande (tissu conjonctif homogène), tantôt enlin devient dure, collagène et librillaire (tissu conjonctif ordinaire ou iibrillairel. Quand la substance fondamentale est formée, les corpuscules conservent rarement leur structure nettement cellulaire; ils deviennent ordinairement plus petits, moins apparents ou semblables à des noyaux;
parfois elles se transforment en cellules adipeuses, pigmentaires, etc. Dans la suite, la substance fondamentale peut subir différentes altérations. — D'après des vues plus modernes , les cellules formatives du tissu conjonctif sont dans certains cas des globules blancs du sang extravasés auxquels du moins elles ressemblent en tous points; elles renferment notamment les matières colorantes que Ton a préalablement injectées dans les vaisseaux de l'animal, et elles se transforment en cellules ovales et fusiformes, plus tard en tissu fibreux.
Il est probable que le tissu conjonctif se produit aussi d'après le mode décrit en premier lieu, aux dépens du tissu cartilagineux et du jeune tissu osseux, et même aux dépens d'autres tissus qui ne se rattachent pas immédiatement à lui, tels que les capillaires, les fibres musculaires striées et les fibres nerveuses (les noyaux constituent alors le point de départ de la néoplasie), la membrane propre des glandes, etc.
Dans les caillots sanguins des vaisseaux et dans les foyers hémorrhagiques de toute nature , dans le sang épanché dans les plaies , ce sont les cellules épithéliales des vaisseaux, les cellules des autres tuniques vasculaires , peut-être aussi les globules blancs du sang qui donnent naissance au tissu conjonctif. {Voy. p. £24.)
Dans certains cas, il se forme d'abord du tissu muqueux qui se transforme ultérieurement en une substance analogue au tissu conjonctif homogène et fibreux. — De même que le tissu muqueux donne naissance au tissu adipeux, de même celui-ci se transforme souvent en tissu muqueux , spécialement dans les cas d'amaigrissement : tel est le cas pour le tissu adipeux sous-péricardique et la graisse du bile des reins, pour celle qui entoure la dure-mère spinale et celle de la moelle des os, etc.
Enfin on observe encore un mode particulier de production pathologique de tissu conjonctif, prenant son origine dans la dégénérescence de différents tissus normaux : métamorphose fibreuse. Dans l'atrophie du contenu des fibres musculaires striées, des fibres nerveuses, des glandes et des vaisseaux, l'enveloppe s'affaisse, se plisse et finit par se changer en fibre. Les corpuscules, les noyaux, etc., que Ton trouve à l'état normal dans la matière enveloppante (paroi capillaire, sarcolemme, etc.), se détruisent, ou bien ils persistent et passent pour des corpuscules de tissu conjonctif. La résorption des sels osseux normaux peut également donner naissance, par transformation du tissu osseux, à une substance plus ou moins analogue au tissu conjonctif. Parfois enfin une substance semblable se produit
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par la métamorphose des cellules cartilagineuses en cellules conjonctives et par la transformation libreusc de la substance fondamentale hyaline du cartilage.
Le tissu conjoiictif de nouvelle formation se présente sous trois formes différentes : sous forme de tissu cicatriciel ou de régénération de tissu conjonctif; sous forme d'hypertrophie de tissu conjonctif ou d'induration, et enlin sous forme de tumeur de tissu conjonctif.