Cancer ou carcinome
(Tancer cj'illu'-lial cl cancer i'e tissu tmjonctif.)
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(Voy. en outre les traites d'anatomie pathologique et de chirurgie.)
Ou donne le nom de cancer à un néoplasme unique ou multiple, ordinairement chronique et très-rarement aigu, qui se rencontre dans presque tous les organes et tissus, sous forme de tumeur ou d'infiltration, et dont le volume, la forme, la coloration, la consistance, etc., sont des plus variables. Ce néoplasme se compose essentiellement de cellules qui, pour le volume, la forme, la disposition, etc., ressemblent aux cellules normales (cellules épithéliales.
glandulaires; globules blancs du sang), ou bien s'en éloignent plus ou moins; par leur nombre surtout et par leurs métamorphoses, elles entraînent la destruction de la partie qu'elles atteignent, et presque toujours celle de l'organisme. Le cancer se reproduit habituellement après l'extirpation.
La synonymie du cancer est excessivement riche. Parfois elle exprime certaines espèces et des métamorphoses de ce néoplasme, par exemple squirrhe, cancer fibreux, fongus médullaire, cancer épithélial, cancer cellulaire, cancer gélatineux, cancer alvéolaire, cancer réticulé, carcinome mélanoïde, hématoïde, etc.; plus souvent elle procède des théories qui ont cours sur le développement et la nature du cancer, par exemple, outre une partie des noms déjà mentionnés, ceux de inflammation $pongoiïde, fongus et sarcome médullaires, encéphaloide, matière cérébriforme, tumeur galacioïde, galactomyces, etc.
La définition que nous venons de donner du cancer est en partie anatomo-pathologique et en partie clinique.
On admet un cancer épithélial et un cancer ordinaire, distinction qui se base sur les caractères des éléments essentiels, et principalement sur la forme et la disposition des cellules ainsi que sur leur mode de développement.
Le cancer épithélial, pris dans le sens le plus large du mot, se compose de cellules semblables ou analogues, par leur siège et leur origine, soit à celles de l'épithélium cutané, soit à celles de Pépithélium pavimenteux stratifié, soit à celles de l'épithélium cylindrique ou de l'épithélium de certaines glandes ; ces cellules sont disposées comme les cellules épithéliales, et siègent dans des alvéoles manifestes : elles procèdent directement des cellules épithéliales cutanées, muqueuses ou glandulaires, et sont dues à la pénétration, par prolifération, des éléments les plus profonds dans les parties environnantes, habituellement formées de tissu conjonctif.
Le cancer ordinaire ou de tissu conjonctif, qui prend le nom de squirrhe ou de. fongus médullaire, suivant la quantité de cellules qu'il renferme, est constitué par des cellules rondes ou arrondies, ordinairement plus petites, et qui ne sont pas disposées comme celles de l'épithélium, mais irrégulièrement groupées les unes à côté des autres. Elles prennent naissance par subdivision des corpuscules du tissu conjonctif ou des tissus analogues.
Le cancer épithélial procède des formations des feuillets germinatifs supérieur et inférieur, et par conséquent il se rapproche des néoplasmes de l'épithélium vrai, des tumeurs glandulaires vraies et de certains kystes. Le cancer de tissu conjonctif, au contraire, dérive des formations du feuillet moyen, spécialement du tissu conjonctif
ordinaire, et se range en conséquence à côté de l'hypertrophie du tissu cytogène, de la néoplasie lymphatique et du sarcome.
Comme, a l'exception de la nature, de la disposition et du développement des Cellules, les propriétés anatomiques et cliniques de ces deux espèces principales de cancer sont essentiellement les mêmes et que la séparation, du reste, ne peut pas eucor en être nettement effectuée, nous étudierons en même temps les propriétés générales, anatomo-histologiques et cliniques de ces deux néoplasmes.
A l'exception du cartilage et des membranes interne et moyenne de= artères, le cancer se développe dans tous les organes et dans tous les lissus, mais avec une fréquence très-différente pour chacun d'eux. En général, les organes se classent dans Tordre suivant, relativement à leur prédisposition au cancer : très-fréquent dans l'utérus et le vagin, le sein de la fournie, la lèvre inférieure, les glandes lymphatiques, le foie, l'estomac et l'œsophage; plus rare dans d'autres régions de la peau, dans les poumons, l'intestin, le péritoine, les veines et les vaisseaux lymphatiques, les os, le cerveau et ses enveloppes, l'œil, les reins, les capsules surrénales et le te>tieule; très-rare dans la vessie, les ovaires, les muscles, la langue, les voies aériennes, les glandes salivaires, les amygdales, la glande thyroïde, la moelle et la rate. — Le cancer montre de la préférence, non-seulement pour certains organes, mais encore pour certaines parties d'organes : la portion vaginale de l'utérus, le pylore, les points dé réunion de la peau aux muqueuses, l'extrémité inférieure de l'intestin grêle, le cjecum, le rectum, le trigouc vésical, etc.
Celte échelle de fréquence du cancer doit être prise dans un sens absolu : pour « qui concerne le cancer primitif et le cancer secondaire, les organes se rangent comme suit : pour le cancer primitif, l'utérus et la portion vaginale, le sein de b femme, l'estomac, la lèvre inférieure, l'œsophage, les ganglions hmphatiques, ensuite le toie, la peau, l'intestin, les os, la vessie, les reins, le cerveau et ses enveloppes, le testicule et le bulbe; en dernière ligne les ovaires, les poumons, les voies aériennes, la glande th\ rouie, les glandes salivaires et les vaisseaux lymphatiques: pour le cancer se ■oudairc, les glandes Ivmphatiques elle tissu conjonclif (vaisseau* lymphatiques?) qui entoure le cancer primitif, les séreuses correspondantes, le foie et les poumons; h peau, les muscles, les os, le cœur, et enfin tous les autres orgjnes. La plupart des or.aues dan* lesquels le cancer primitif est surtout fréquent, sont très-rarement le siège du cancer secondaire (sein, utérus, estomac) ; quelquesuns, au contraire, tels que le foie et le> glandes lymphatiques, sont fréquemment atteints de l'une et l'autre formes.
Il arrive fréquemment aussi que le cancer primitif provient du tissu conjoncUf qui entoure les oiganes, surtout du tissu coiijonctif retro-péritouéal, moins souvent de celui des extrémités, de la \eiue porte ou de celui qui environne l'œsophage.
Dans les organes pairs ^seins, reins, testicules, glandes salivaires, etc.), le cancer primitif n'atteint d'abord habituellement qu'un seul organe et L'autre se prend quelquefois plus tard ; ils ne boni que rarement atteints simultanément ou à peu
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d'intervalle l'un de l'autre. Le cancer secondaire «'observe habituellement dans les deux organes pairs.
Il n'est pas rare de rencontrer aussi le cancer dans d'autres néoplasmes, surtout dans ceux de tissu conjonctif (pseudo-membranes et adhérences des séreuses, cicatrices des ulcères de l'estomac, etc.), dans les kystes, etc.
Le cancer se présente sous forme de tumeur ou d'infiltration. La tumeur cancéreuse (tubercule cancéreux ^ cancer circonscrit) présente un volume qui peut varier depuis la limite des objets perceptibles (cancer miliaire) jusqu'à la grosseur de la tête et au-dessus. Sa forme est régulièrement arrondie ou bien irrégulière, bosselée, ramifiée, etc.; sa consistance varie depuis celle de l'os jusqu'à celle d'une bouillie. A l'œil nu, les tubercules cancéreux paraissent souvent plus ou moins nettement limités ; mais si Ton tente de les énucléer, ou bien si on les examine au microscope, on s'aperçoit qu'ils sont près* que toujours en continuité de tissu avec les parties saines. Ce n'est que dans des cas très-rares que la tumeur cancéreuse est réellement séparée des parties voisines par une couche de tissu conjonctif aréolaire (capsule) exempte d'éléments carcinomateux, et qu'on peut facilement l'énucléer. Dans la plupart des cas, les tissus qui entourent la tumeur sont légèrement comprimés , mais la compression n'est pas en rapport avec le volume de celle-ci. C'est principalement dans le tissu conjonctif interstitiel des différentes régions, dans et sous la peau, dans les membranes séreuses, dans le cerveau, le foie, la rate, les poumons, etc., que le cancer se rencontre sous forme de tumeur.
Dans la peau, les muqueuses et les organes creux (utérus, etc.), le cancer constitue le plus souvent une infiltration (cancer diffus ou infiltré)* La peau et l'organe atteints sont alors infiltrés! dans uno étendue plus ou moins grande, d'une substance homogène, de coloration variable et donnant souvent un suc laiteux, de telle sorte que les tissus composants ne sont que peu ou point reconnaissables et paraissent épaissis,
Le cancer est unique ou multiple; c'est à lui surtout que se rapporte ce que nous avons dit dans la partie générale (p. 375) concernant les. néoplasmes primitifs, propagés et secondaires ou métastatiques; le cancer épithélial donne lieu moins souvent ou du moins d'une manière moins marquée que le cancer ordinaire, aux tumeurs secondaires ou métastatiques, sauf cependant dans les glandes lymphatiques correspondantes.
Les principes constituants du cancer sont le sue cancéreux et le
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stroma, substance solide qui sert de gangue au premier. Le suc cancéreux renferme des éléments solides (cellules et noyaux cancéreux \ et une substance intermédiaire plus ou moins liquide (substance intercellulaire ou sérum cancéreux). Dans le cancer épithélial, le stroma forme un nombre plus ou moins grand de cavités, de forme et de volume variables, closes ou communiquantes, et dans lesquelles sont contenues les cellules (alvéoles cancéreuses) ; dans le cancer villcux, il constitue des excroissances papillaires de formes diverses, au pourtour desquelles sont disposées les cellules cancéreuses; dans le cancer ordinaire, enfin, il se compose d'un réseau irrégulier et serré de fibres conjonctives ordinairement peu abondantes, et dans les petites lacunes duquel on trouve une ou quelques cellules cancéreuses.
Les cellules du cancer ne présentent aucun signe particulier et caractéristique; il n'y a que quelques particularités qui peuvent les faire reconnaître, du moins avec grande probabilité. Ce sont le nombre relativement considérable des cellules, le volume souvent excessif de celles-ci et leur forme irrégulière se rapprochant plus ou moins de celle de certaines cellules physiologiques ; la multiplicité des noyaux et des nucléoles : en (in et surtout le volume souvent considérable du noyau et le plus souvent du nucléole.
Les cellules du cancer sont de véritables cellules semblables à celles de l'épilhêlium, ou bien des prolopldsmcs.
Tous les cancers épilhéliaux renferment surtout des cellules épithéliales. Le cancer ordinaire contient, soit des cellules analogues à ces dernières, soit des protoplasmes, suit des nn\au\ libres.
hans le cancer épithélial «le la peau, les cellules ne sont pas lisses; elles présentent des «tries apparente* et radiées qui. d'après Schultze et d'autres, constituent de fines pointes réunissant les cellules les unes aux antres, et, suivant Schron, correspondant à dis pores; c'est l'analogue de ce que l'on observe sur les cellules du réseau de .Malpii:hi. (M. Schultze, in Virch. Jn7i., XXX, p. 200. Schron, in Mole*chotfs l'ntcrs., IX.)
l)an^ la plupart des cancers, l'existence d'une substance inteneUulaire i*e peut être démontrée : les cellules >ont plus ou moins solidement réunies par une substance imperceptible. ïoutelois on home dans certains cancers une quantité ordinairement peu abondante d'une Mil stauee incolore, liquide, albumineuse ou muqueuse. On la i encontre sur le cancer trais, ou bien seulement quand le cancer n'e^t examiné que longtemps après l'extirpation ou la mort. Dans ce dernier cas, elle rè- Milte, soil d'une excrétion des cellules, soit d'une transformation du contenu de ces dernières, soit de la décomposition, etc., de ces éléments.
Le cancer mélanique ou p'ujmentaire (carcinome mëlanode, mêlanose maligne) se distingue du cancer ordinaire par la coloration grise, gris brun, brune ou noire de sa surface et de sa coupe, et j>ar la coloration analogue de son suc. Cette coloration peut se retrouver
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dans tous les cancers du corps, soit primitifs, soit secondaires ; ou bien on voit des tumeurs non colorées à côté de tumeurs foncées ; ou bien encore une partie ou la totalité des tubercules offrent en certains points la teinte ordinaire, et, en d'autres endroits, présentent des nuances plus ou moins foncées. Dans certains cas, les cancers opérés d'abord offrent la coloration ordinaire , tandis que ceux que l'on extirpe plus tard sont plus ou moins foncés. Au reste, le cancer mélanique constitue ordinairement un fongus médullaire mou, moins souvent un squirrhe et très-rarement un épithélioma. A l'état primitif, il ne siège guère qu'aux régions qui contiennent du pigment physiologique ou pathologique, surtout dans l'œil, sur la peau ou sur les naevi et les cicatrices d'extirpation de ceux-ci. Habituellement ces cancers secondaires sont très-nombreux et parfois répandus sur presque toutes les parties du corps, spécialement dans les ganglions lymphatiques, dans le foie, les poumons, les os et les membranes séreuses.
A côte de cellules non colorées plus ou moins nombreuses, l'examen microscopique en fait découvrir qui renferment, en quantité variable, de petites molécules ou de grosses granulations brunes ou noires. Fréquemment, la plupart des cellules sont détruites et Ton n'aperçoit plus que du pigment libre. Le stroma est plus ou moins abondant, ordinairement très-vascularisé, tantôt non coloré, tantôt plus ou moins pigmenté. Les granules pigmentaires y sont uniformément distribués, ou bien ils sont déposés dans des cavités de volume variable, fusiformes et correspondantes aux corpuscules du tissu conjonctif.
Dans le cancer mélanique, les cellules reçoivent principalement sans doute la matière colorante du liquide nourricier, de même que Tépithélium eboroïdien, les cellules du réseau de Malpighi et certaines cellules ganglionnaires; peut-être provient-elle en partie de petites hémorrhagies capillaires. D'après Rindfleiscb (/. c, p. 106), il y a absorption de matière colorante dissoute provenant du sang; c'est dans l'épithéuuin des vaisseaux qu'il a trouvé les premières traces de l'infiltration pigmen taire.
On donne le nom de stroma à la partie solide du cancer qui reste après l'évacuation du suc et qui se compose de tissu conjonctif, de vaisseaux et souvent d'autres débris de l'organe atteint.
La masse du stroma est très-variable. Dans quelques cas, il est si abondant qu'il constitue la plus grande partie du cancer et que, même à l'examen microscopique, on ne trouve que quelques petites alvéoles remplies de cellules : squirrhe ou cancer fibreux. Cela s'observe, pour certains cancers, pendant toute leur durée ; a la périphérie de certains autres, et dans les cancers atropbiques. Plus fréquemment le stroma et le suc cancéreux sont en proportions à peu près égales : cancer ordinaire , fibro-tnédullaire. Le plus souvent, enfin, les cellules l'emportent plus ou moins sur le stroma : fongus médullaire, cancer médullaire. Il peut même se faire que le stroma ne constitue qu'un clément très-accessoire du cancer et semble même manquer complètement en certains endroits, par exemple dans les fongus médullaires
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à développement très-rapide et dans les épithéliomas très-anciens : il apparaît inamfestement par le lavage et à l'examen microscopique.
Le stroma des cancers à maturité est formé de tissu conjonctif ondulé renfermant des corpuscules en nombre variable ; parfois detis>u conjonctif homogène, non ondulé, obscurément iibrillaire, contenant des corpuscules ordinairement peu abondants et peu 'développés qui peuvent manquer en certains points et même complètement, dételle façon qu'il ressemble au tissu conjonctif atrophié. Dans des cas rares, il se compose exclusivement ou en grande partie de cellules filiformes, disposées comme celles de certains sarcomes. Parfois, mai* très-rarement, il est plus ou moins analogue au tissu nui queux (cancer myxomatode). — Dans les cancers qui sont encore en voie de développement, le stroina se compose du tissu primitif plus ou nioin> atrophié ; dans le tissu adipeux par exemple, de tissu conjonctif contenant des cellules graisseuses en voie d'atrophie ; dans le tissu musculaire, de substance musculaire atrophiée: dans les glandes, de cellules glandulaires, etc. Mais à mesure que s'accroît le cancer, le tissu primitif se détruit graduellementet souvent d'une manière complète. — Dans le cancer des os, dans ceux de la surface des os et même quelquefois dans ceux des parties molles, le stroma est constitué par une véritable substance osseuse ayant la forme d'un ostéophyte villeux, lamelleux ou rayonné, ou bien par une substance o>téoïde.
Dans le cancer il stroma muqueux, le stroma, composé de tis>u muqueux, est ordinairement très-abondant et entoure très-étroitenient de petits amas de cellules; les couches les plus voisines de ces dernières offrent souvent une texture stratifiée, parce que les cellules fusiformes y sont disposées en cercles. Les cellules sont petites, de nature albuminoïde, et forment des amas ronds ou ovales dans le? alvéoles ; elles se détruisent aisément par métamorphose graisseuse, de sorte qu'il arrive parfois que les mailles du tissu ne sont remplies que d'un détritus graisseux. Les cellules du tissu muqueux peuvent également se multiplier par une prolifération continue; mai> dans d'autres cas, elles tombent en dégénérescence adipeuse, de sorte que, dans certains cancers, on trouve dans les alvéoles et dans le stroina des granulations graisseuses au lieu d'éléments cellulaires. — Cette espèce de cancer est rare; extérieurement il ne se distingue du cancer ordinaire que par sa coupe muco-gélatineuse.
C'est dans Taxe des trabécules du stroma que courent les vaisseaux du cancer. Ils existent régulièrement dans toutes les trabécules, à
l'exception des plus minces qui n'en renferment pas. Dans certains cancers très-mous et très-vascularisés, les vaisseaux ne sont entourés que d'une très-mince couche de tissu conjonctif mou, qui passe facilement inaperçu à un examen microscopique superficiel. Ce sont des capillaires d'un diamètre ordinaire, mais souvent aussi très-larges et offrant la structure habituelle. Il n'existe pas dans le cancer de gros vaisseaux artériels ou veineux, ou bien on ne les rencontre qu'à la périphérie et ils constituent alors des débris de l'organe normal. On peut s'assurer par l'injection artificielle de la richesse des cancers en vaisseaux.
Les vaisseaux que renferme le stroma proviennent en partie du tissu primitif; mais pour la plupart ils sont de nouvelle formation. Ce sont ordinairement des capillaires qui se relient aux branches artérielles et veineuses des parties environnantes suivant le mode habituel. Dans les poumons et dans le foie, les vaisseaux du cancer ne communiquent qu'avec les vaisseaux nutritifs (bronchique et hépatique) et non avec les vaisseaux fonctionnels. '
On donne le nom de cancer téléangiectasique (fonyus hématode, carcinome téléangiectode) à des cancers très-mous et d'une coloration rouge sombre plus ou moins prononcée, dont la coupe donne un suc rouge, abondant et crémeux, ou un liquide analogue au sang. Les degrés légers de cette espèce de cancer ne sont pas rares et offrent encore en beaucoup d'endroits les propriétés du cancer blanc ; les degrés les plus élevés ressemblent aux tumeurs vasculaires capillaires ; ils se débarrassent rapidement du sang qu'ils contiennent à la section et il ne reste alors qu'un tissu caverneux rouge sombre n'offrant que d'une manière très-peu apparente la structure du cancer. — Outre les cellules cancéreuses et les globules du sang, le microscope y fait découvrir un stroma qui est le plus souvent fort délicat, et un très-grand nombre de vaisseaux fortement dilatés d'une manière partielle ou uniforme.
Il est probable que des vaisseaux lymphatiques se rencontrent ré-* gulièrement dans le cancer.
Déjà, en 1842, Schrôder van der Kolk a démontré l'existence de vaisseaux lymphatiques dans le cancer (Dissertation de Lcspinaue). Depuis cette époque, on n'a fait aucune recherche plus approfondie.
• Il peut arriver que les alvéoles limitées par le stroma constituent des cavités kystiques, ou bien que le stroma forme un réseau délicat, analogue au tissu cytogène, et dont les alvéoles, très-petites, communiquent entre elles de diverses façons. La première disposi-
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lion s'observe dans l'ùpithélioma et la seconde dans le cancer ordinaire. Le stroma du cancer olîre alors de l'analogie avec l'éponge.
Los trabécules du stroma peuvent être également développées sur tous les puint* du cancer; quelquefois elles sont épaisses et abondantes, parfois minces et rares, dt sorte que, dans le premier cas, c'est le stroma qui l'emporte, tandis que dans le dernier ce sont les cellules ; dans d'autres cas, on aperçoit de grandes alvéoles simple* en appiirer.ee, mais qui, en réalité, sont occupées par un réseau très-délicat, souvent filamenteux; 'enfin, on observe différents degrés de transition de l'une à l'autre de ces dispositions.
Les deux espèces principales de cancer nous présentent les caractères suivants :
A. — Cancer vpilhclial. — Êpithéliome.
Le cancer épithélial offre un aspect qui varie, .à l'œil nu et au microscope, suivant le siège qu'il occupe, soit dans la peau et le? muqueuses à épithélium pavimenteux stratifié, soit dans les muqueuses à épithélium cylindrique simple ou stratifié, soit enfin dans les glandes. De là, les noms de cancer à cellules pavimenteuses , cancer à cellules cylindriques et cancer à cellules glandulaires. Le* deux premiers se présentent presque toujours sous la forme d'une infiltration aplatie ou ressemblant à une tumeur; le dernier au contraire offre habituellement la forme de tubercules plus ou moins manifestes.
Le cancer épithélial procède toujours des formations des feuillet? germinatifs externe et interne, c'est-à-dire des cellules épitlieliales de la peau, des muqueuses et des glandes. Dans les épithéliums le> plu> profond> et les plus éloignés de la surface, il se produit une prolifération des cellules, tandis que les tissus de natun: non épilhéliale sont repoussés comme dans la formation des glande* normales et de l'adénome. Les masses épithéliales en voie de prolifération (voues epitheliuux, masses épithéliales, cylindres épithéUaui* rorpuscules du cancer) sont de volume, de forme, etc., tout à fait irréguliers: généralement elles sont plus grosses que les vésicules des glandes, et de forme ronde, cylindrique ou irrégulièrement lo~ bulée ; elles n'ont pas de cavité: elles envoient dans les parties environnantes un prolongement à base plus ou moins large, et elic? peuvent même finir par se détacher. La membrane limitante qui, au début, existait encore, disparait plus tard. Dans les parties qui entourent ce* niasses, le tissu conjonctif est presque toujours traversé
de nombreux noyaux larges et provenant des corpuscules conjonctifs, ainsi que de petites cellules indifférentes. Une partie de ces éléments (de même qu'autour de certains entozoaires et des corps étrangers, etc.) se transforme en tissu conjonctif et contribue ainsi à former le stroma du cancer ; une autre partie n'atteint jamais son développement complet et finit par se ramollir en même temps que les cellules épithéliales. Toutefois, le stroma est formé surtout par le tissu conjonctif (ou osseux) préexistant, par la substance des glandes en voie d'atrophie, etc. On ne sait si une partie des cellules indifférentes ne se transforme pas en cellules épithéliales ; mais ce fait n'est pas probable. En même temps, il se forme toujours, dans le tissu qui entoure ces masses épithéliales, de nouveaux vaisseaux aanguins et probablement lymphatiques.
L'accroissement du cancer épithélial se fait comme son premier développement (accroissement périphérique), ou bien il résulte de la multiplication des cellules des masses épithéliales déjà formées (accroissement central).
L'opinion d'après laquelle le cancer épithélial et le caocer ordinaire seraient tout à fait distincts, n'est pas encore généralement admise. Elle a été soutenue par Fûhrer {Deutsche Klinik, 1851, n* 34; Virch. Arch., IV, p. 584), qui le premier a donné la description d'un cancer épithélial provenant des follicules pileux ; pub par Frerichs, Remak et en partie par Rokitansky ; mais c'est surtout Thiersch qui a complété cette doctrine et qui Ta particulièrement établie pour le cancer épithélial de la peau. Robin, Cornil, Wyss, Naunyn, Billroth, Waldeyer, etc., se sont ralliés à son opinion. — L'autre doctrine , d'après laquelle le cancer épithélial se dëreloppentit habituellement comme le cancer ordinaire, c'est-à-dire procéderait du tissu conjonctif, est défendue par Yirchow, Paget, Fôrster, 0. Weber, W. Fox, Recklioghausen, Neumann, etc. — Il est d'autres observateurs qui professent une opinion intermédiaire : ainsi Rindfleisch, avec quelques-uns des derniers que nous venons de nommer, n'attribue pas l'accroissement des masses épithéliales vers ta périphérie du cancer, à la subdivision ni à la prolifération des épitlicliuins de la région malade, mais à l'apposition d'éléments provenant des couches sous-épithéliales du tissu conjonctif. Nous devons encore citer Klebs, qui admet deux espèces de cancer épithélial : Yépithéliome simple, qui ne procède que des cellules épithéliales, et Yépithéliome infectieux, qui est dû à la transformation en éléments épithéliaux d'éléments de nature différente. (Virch. Arch., XXW1I1, p. 2U.)
Thiersch se base sur les raisons suivantes pour admettre l'origine épithéliale de Pépithéliome : l'histoire de sen développement, surtout pour l'épithéliuin de la peau, des muqueuses et de leurs dérivés. (On sait que les cellules épithéliales des séreuses, etc., ont une origine différente.) Ce n'est qu'à la peau et sur les muqueuses qu'on observe le cancer épithélial primitif; — les pertes de substance que les épithéliums subissent sont constamment comblées» selon toute vraisemblance, par l'épithélium même, et non par les corpuscules conjonctifs du stroma vasculaire ; le contraire, du inoins, n'a pas encore été démontré ; — dans les cas pathologiques, il n'est pas encore prouvé que le stroma puisse former des cellules épithéliales. (Voy.
M><2 NOt'YEAUX ÉLÉMENTS DE PATHOLOGIE GÉNÉRALE.
p. 569.) — Le f;iit quo le cancer épitliélial se produit sous la forme primitive, loin d-* formations rpillirliaic-s de la peau et des muqueuses (os, glandes lymphatique*». o'lL>, ne contredit pas «elle opinion, et il peut alors provenir, par exemple, des fjl.indes ^udoriferes. 11 peut arriver également, pour le cancer épitliélial, ce que Remak admit pour les IvNstcs deiinoides et les eholesléiitomes, c'est-à-dire que. par un proco?^ pathologique, les «ermes épithéliaux des feuillets «erminatifV interne et externe, i»'*nètreul d;ms la profondeur des tissus et perdent toute communication avec la mjw? épilliéliule principale; ils peuvent alors rester latents pendant des années, de m-Vuque le germe des dents permanentes, sans perdre toutefois lapropiiété de se iléulopprr.
Les adversaires de la doctrine de Thiersch font provenir les tissus les plus diu-r* de la cellule ovulaire, et accordent en outre la même propriété ;i toutes ou presqi»' toutes les jeunes cellules, suitout aux cellules de granulation du tissu conjonctit «t aux globules blancs du sang. (Comparez 0. AVelier, in \ ircli. Arch., XXXIX, p. W2C>*.
D'après Kecklini.'1iau«Mi (W'iirzb. metl. Ztschr.,\\\, p. *24), les cônes du cancroi'ine sont que des formations des vaisseaux lymphatiques composées de cellules; r'^t ce que tendent à démontrer l'extension que prend le mal dans les vaisseaux et 1«*> jtandes lymphatiques, et le lait qu'aux endroit* où ils se sont récemment dé\elnp »é>, u» constituent des réseaux complets et répondent entièrement aux réseaux hnqlutiques préexistants. Cette opinion, du reste, n'est pas en contradiction avec celle de Thiersch.
Le cancer épitliélial présente les variétés suivantes :
a. Le cancer à cellules pavimentenses (cancer épithélial, épithel'wme, cancrnUle proprement dit).
Ce cancer constitue rarement un tubercule pins ou moins nettement limite ; ordinairement, il possède la forme d'une infiltration diffuse. II présente généralement peu d'étendue et il produit un épaississement uniforme ou bosselé de la partie atteinte, au centre duquel se trouve souvent un ulcère cratéritorme. Celui-ci sécrète une petite quantité de pus et de substance atbéromateuse blanchâtre, et, par conséquent, il se sèche facilement. Dans d'autres cas, le cancer est constitué par un ulcère plus ou moins étendu (parfois de 1 pied et plus), blanc grisâtre, rouge grisâtre ou rouge sombre, à grosse* granulations, souvent recouvert de croûtes et muni de bords lisses ou bosselés, aplatis ou retroussés et modérément épaissis. La coupe eu est ordinairement blanche ou blanc grisâtre, humide, rarement sèche cl friable : elle est lisse ou finement granulée, rarement homogène ou librillaire; d'apparence charnue ou glandulaire; il est rare d'y apercevnirmanifcstcmeul un suc. Sauf dans les cas très-rares d'enkvsteincnl (v.Cholesléatome), le pourtour se confond insensiblement avec le tissu normal, ou bien l'on y trouve des masses colloïdes, nettement limitées en apparence. Par le raclage ou la compression, on retire de la masse principale un liquide peu abondant, séreux et rarement cre-
meux t puis des corpuscules blanchâtres , plus ou moins gros et semblables aux comédons. On trouve parfois au centre, une ou plusieurs cavités, souvent mal limitées et remplies d'une matière sèche, blanc grisâtre et analogue à l'athérome.
Le cancer épithélial à Vétat primitif, se rencontre presque exclusivement à la peau, principalement aux points où elle se continue avec les muqueuses (lèvre inférieure, pourtour de l'orifice des narines, des paupières, de l'oreille, de l'anus et des organes génitaux des deux sexes) et sur les muqueuses à épithélium pavimenteux stratifié (spécialement à l'œsophage et au col de la matrice ) ; il est plus rare dans les os. De ces points, il se propage aux couches profondes de la peau et des muqueuses ; celui des muqueuses surtout arrive à la surface de la membrane extérieure par l'intermédiaire des tissus sous-muqueux et inter-musculaires, et ensuite dans les organes avoisinants (celui de l'œsophage par exemple, dans le médiastin, la trachée, les poumons, etc. ; celui du vagin, dans la vessie et le rectum), et même dahs les os. A l'état secondaire, le cancer épi* thélial s'observe souvent au bout d'un certain temps dans les glandes lymphatiques correspondantes -T parfois, mais plus rarement, dans les organes internes, spécialement les poumons et le foie.
Le cancer épithélial se développe comme affection primitive, ou bien il prend naissance dans d'autres néoplasmes et surtout dans les cicatrices et les verrues. Il se produit avec une grande fréquence, surtout celui de la peau, chez les hommes qui ont dépassé 40 ou 50 ans, et particulièrement chez les individus des classes inférieures. On ne Ta pas encore observé avant l'âge de 30 ans.
Les caractères histologiques du cancer à cellules pavimenteuses sont variables ; parfois les cellules de la périphérie sont petites, cylindriques, souvent un peu pigmentées, perpendiculaires au stronia et renfermant un noyau manifeste; celles que l'on trouve ensuite sont plus grosses (outrés-grosses), cubiques, carrées, rhomboïdales, rectangulaires, en forme de massue, etc., ordinairement elles sont munies de nombreux aiguillons (canalicules?) et renferment un noyau apparent plus ou moins volumineux et un nucléole ; il est rare de ne pas y apercevoir de noyau ; les cellules les plus intérieures constituent souvent des couches disposées concentriquement autour d'une partie centrale incolore, homogène ou contenant des noyaux; dans leur plus grand développement, elles sont aplaties, iibroïdes et dépourvues de noyaux (globes épidermiqiies). Dans d'autres cas, toutes les cellules sont plates, de forme variable, ordinairement rhomboïdale ou allongée, et pourvues d'un noyau volumineux et apparent. Quelquefois,
lin NOl'VK.UX ÉLÉMENTS de pathologie générale.
mais rarement, les amas de cellules sont entoures d'une membrane homogène (la membrane glandulaire primitive).
Dans les deux formes, les alvéoles présentent un volume variable et sont parfois visibles à l'œil nu : leur forme est tantôt régulièrement ronde ou ovale, tantôt irrégulièrement bosselée et analogue à celle d'une glande, tantôt bifurquée ou ramifiée.
Le stroma est peu abondant et traversé en certains points par un grand nombre de noyaux libres et par de petites cellules rondes. Dans certains cas, on ne peut guère distinguer ces dernières de celle> que renferment les alvéoles.
Dons certains cris, ce n'est qu'à la périphérie des alvéoles que les cellules sont volumineuses, cuboïdes cl stratifiées; vers le centre elles sont plus petites, arrondies ou de forme irrégulière ; parfois toutes les cellules sont petites, arrondies ou irrégulièrement anguleuses; et, dans ces cas, il faut un examen attentif pour distinguer la tumeur du fongus médullaire ordinaire.
Thiorsch admet un cancer cpithèlial superficiel et wn cancer profond : dans le premier, on ne trouve qu'une couche superficielle et épaisse de quelques millimètres seulement de cellules épithéliales de nouvelle formation, laquelle, par une coup perpendiculaire, se détache nettement du stroma, suivant une ligne assez droite : dans le dernier, au contraire, la délimitation n'est pas aussi exacte ; les masses épithéliales s'enfoncent dans la profondeur du tissu sous forme d'amas irréguliers. Le cancer superficiel constitue ordinairement un ulcère superficiel à bords plats et peu épaissis, et les parties qui l'entourent n'offrent aucune anomalie dans leur coloration, leur résistance ou leur fui me; le cancer profond produit généralement de< ulcères de forme très-irrégulière, et on trouve toujours, soit dans les parties voisines, soit dans le fond, des tubercule* durs et agglomérés, du volume d'un jwiis et même d'une noi>ette. L'un et l'autre progressent en détruisant, de la surface ver* la profondeur, tandis que l'étendue de l'ulcère augmente ; mais le premier marche plus lentement que le second. Ils peuvent s'accompagner d'une prolifération papillaire. vascularisée, du stroma (verrues ou villosités) ; et ce phénomène, qui est une exception dans la forme superficielle, constitue la règle dans l'autre variété. Ils se transforment parfois en cancers infiltrés : dans le cancer superficiel, la prolifération des cellules épithéliales se fait alors vers la profondeur, et celles-ci cessent d'être nettement séparées du stroma ; dans le cancer profond, l'infiltration entraine la chu le des plus grosses masses épithéliales.
D'après Waldeyer, le cancer épithélial superficiel, de même que l'ulcère rongeant de la peau, procède surtout des couches profondes du réseau de Malpighi, et il De progresse que très-peu vers la profondeur avant de s'ulcérer. Le cancer profond, au contraire, dont les tubercules ont un volume variable et paraissent se développer d'abord dans la profondeur du derme ou dans le tissu sous-cutané, provient toujours des glandes sébacées, plus tard des conciles interpapillaires du réseau de Malpighi. et très-rarement de la gaine de la racine du cheveu.