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IV. — Agents médicamenteux

Sinapisation.

Les substances les plus usitées sont la farine de moutarde et la teinture d’iode; l’ammoqiaque, susceptible d’être utilisée, est trop difficile à diriger dans son action.

1*^ Emploi de la farine de moutarde; sinapismes. — On se sert de la farine de moutarde sous forme de cataplasmes rubéfiants, de sinapismes préparés d’avance, et enfin en bains sinapisés.

Fig. 401. — Roue révulsive de Mathieu.

La poudre de moutarde noire [Sinapis nigra) est la meilleure ; elle doit ses propriétés à l’essence (sulfocyanure d’allyle) produite par la réaction de la myrosine sur l’acide myronique. Le développement de cette essence a lieu par l’action de feau, par-

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ticulièrement de Teaii tiède, mais il est entravé par l’eaii trop chaude, à 75°, qui coagule Talbumine, un des principes constitutifs de l’huile essentielle (Fauré et Trousseau); de même l'adjonction de vinaigre à l’eau retarde ou diminue la production de l’essence.

La poudre de moutarde doit toujours être fraîche, car elle s’altère à la longue; elle sera conservée, en tout cas, dans un endroit sec.

a. Cataplasme rubéfiant. — On le prépare en mélangeant 200 à 250 grammes de farine de moutarde avec de l’eau tiède, c’est-à-dire de 30 à 40*^ centigrades, en quantité suffisante pour obtenir une pâte assez consistante. La pâte est ensuite disposée sur une compresse, comme il a été indiqué à propos des cataplasmes émollients, et appliquée à nu sur la peau.

Ce sinapisme restera en place de 15 à 30 minutes au maximum; 15 minutes suffisent ordinairement. La douleur cuisante, vive, ressentie par le malade, est du reste le meilleur guide du moment où le sinaspisme doit être enlevé. Chez les enfants et les personnes à peau délicate, chez les sujets plongés dans le coma, il faut veiller à ce que faction rubéfiante ne soit pas dépassée, car on pourrait voir se produire non seulement de la vésication, mais des escarres laissant à leur suite des plaies longues à guérir. Après avoir retiré le sinapisme, on lave la peau à l’eau tiède; si la douleur persiste trop vive, on la calme par des applications de Uniment oléo-calcaire, d’huile de jusquiame, etc.

Lorsqu’on veut produire une rubéfaction moins rapide, plus prolongée, on emploie le cataplasme sinapisé, qui se prépare en saupoudrant avec de la farine de moutarde un cataplasme émollient ordinaire, ou en l’y incorporant; cette préparation peut rester appliquée plusieurs heures.

A défaut de farine de moutarde, on s’est servi de gousses d’ail écrasées ou de feuilles de choux pour préparer des cataplasmes rubéfiants ; le principe actif est de même nature.

b. Sinapismes divers préparés d'avance. — Le sinapisme ou papier Rigollot est la plus connue de ces préparations.

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11 est composé de farine de moutarde privée de son huile grasse par le sulfure de carbone ou par le pétrole, afin d’empêcher son altération ultérieure; cette farine est rendue adhérente sur une feuille de papier fort au moyen d’une dissolution de caoutchouc dans le sulfure de carbone et le pétrole. Pour se servir de ce papier sinapisé, on le passe dans l’eau tiède ou froide et on l’applique immédiatement sur la peau; on ne doit pas le laisser en place plus de vingt minutes. Ces papiers s’altèrent par une conservation prolongée.

c. Bains sinapisés. — Le grand bain sinapisé se prépare en délayant 600 à 1,000 grammes de poudre de moutarde dans une certaine quantité d’eau et en mélangeant ensuite le tout à l’eau à 30® contenue dans une baignoire. Trousseau et Pidoux ont fait remarquer que les malades ne tardent pas à éprouver une cuisson très vive ou un frisson violent, parfois les deux, et doivent sortir du bain dès que les sensations deviennent trop intenses.

Les bains locaux se désignent sous le nom de manuluves et pédiluves sinapisés. Pour préparer un pédüave sinapisé, on délaye environ 100 grammes de farine de moutarde avec une certaine quantité d’eau tiède dans le vase choisi, puis on ajoute au bout de quelques instants un volume d’eau à 35® suffisant pour que les deux membres inférieurs plongent dans le bain jusqu’à mi-jambe. Le patient sera assis; pour lui éviter d’être incommodé par les vapeurs irritantes et aussi pour concentrer l’action révulsive, on recouvre le vase d’une couverture qui vient se fixer autour des genoux.

La durée du pédiluve sera de douze à quinze minutes; on doit le cesser dès qu’il se produit un afflux de sang vers la tête.

Le manuluve, employé rarement, se prépare de la même manière avec 40 à 50 grammes de farine de moutarde.

d. Sinapismes durables, secs. — On obtient une révulsion peu intense, mais continue, en saupoudrant avec de la farine de moutarde sèche l’intérieur des bas du malade. Le principe actif se dégage lentement sous l’influence de l’humidité de la peau. Ruette a proposé, dans ce but, un sinaspisme spécial formé par un mélange de chaux et de sel ammoniac qui s’emploie de la même manière.

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2® Teinture d’iode. — Elle est fréquemment mise en usage pour produire une révulsion prolongée. On s’en sert en badigeonnages qui se pratiquent en étalant sur la peau le médicament avec un pinceau de crin ou de charpie, ou bien avec un tampon de coton fixé par un fil à l’extrémité d’une petite baguette en bois. Il est bon de recouvrir la surface ainsi badigeonnée avec une couche de ouate pour empêcher la teinture d’être enlevée par le frottement des vêtements et de les souiller; les taches produites sur le linge disparaissent du reste facilement par un lavage à l’eau savonneuse ou par le lessivage.

Les applications réitérées de teinture d’iode déterminent assez souvent une véritable vésication, surtout chez les personnes à peau délicate. •

La révulsion produite au moyen des ventouses sèches sera étudiée au chapitre des Emissions sanguines.

I IL — VÉSICATION

La vésication consiste à déterminer à l’aide d’agents irritants une modification à la surface cutanée, qui se traduit par l’accumulation de sérosité dans une poche formée par le soulèvement de l’épiderme. C’est un moyen énergique de dérivation et de révulsion.

Les agents les plus employés sont les vésicatoires à l’ammoniaque et aux cantharides, et le calorique.

1“ Vésication par l’ammoniaque. — L’ammoniaque s’emploie pure ou incorporée à l’axonge sous forme de pommade de Gondret. Elle est surtout utile pour produire une vésication instantanée, soit dans un but de révulsion rapide, soit pour faciliter l’absorption de médicaments par la méthode dite endermique : elle est aussi indiquée chez les sujets dont l’état des organes urinaires exclut l’usage des vésicatoires cantharidés.

Le vésicatoire à Vammoniaque liquide se prépare en versant 10 à 12 gouttes du liquide dans un verre de montre, qu’on recouvre d’une rondelle de flanelle ou de linge fin de dimensions un peu moindres, et qu’on applique alors sur la peau en le retournant sur lui-même : on peut aussi imbiber un fragment de linge ou d’amadou d’une grandeur déterminée, qui est ensuite placé sur les tégu-

VÉSICATION

ments et recouvert de taffetas gommé ou de guttapercha laminée, pour empêcher l’évaporation du liquide, et. par suite, un retard dans l’action vésicante. Bretonneau mettait de la ouate dans un dé à coudre, l’imbibait d’ammoniaque, et retournait le tout sur la peau.

On apprécie l’action de l’ammoniaque par la formation d’une auréole rouge autour du pansement; mais il est plus sùr de soulever de temps à autre le petit appareil pour reconnaître le moment où la vésication est produite. Il faut en moyenne un contact de 4 à 10 minutes, suivant la force du liquide et la finesse de la peau de la région.

La pommade de Gondret, composée de 2 parties d’ammoniaque, 1 partie d’axonge et une partie de suif est excellente lorsqu’on veut déterminer la vésication sur une large surface, le cuir chevelu, par exemple. Elle doit être fraîchement préparée, car elle perd rapidement son ammoniaque par évaporation. On en étale une mince couche sur une rondelle de linge de dimensions voulues, qu’on applique ensuite sur la peau, en ayant soin de la circonscrire avec un cercle de diachylon, pour empêcher sa diffusion sur les parties voisines. L’effet vésicant, indiqué par l’apparition d’une auréole rouge, est obtenu en 10 à 20 minutes, suivant la finesse des téguments.

Pansement. — Le pansement des vésicatoires à l’ammoniaque varie avec le but cherché. Si l’on veut seulement produire une vive révulsion, on perce la bulle avec des ciseaux, et on panse soit avec de la ouate, soit avec delà vaseline boriquée ou phéniquée, etc., étalée sur un linge fin ou sur de la gaze, etc. Lorsqu’on a l’intention de déterminer l’absorption de substances médicamenteuses (chlorhydrate de morphine, par exemple), c’est-à-dire d’employer la méthode endermique, on met le derme à nu en enlevant l’épiderme avec des ciseaux s’il est bien soulevé, ou bien en le frottant avec un linge fin ou en l’arrachant avec des pinces si le soulèvement est incomplet. Ceci fait, on verse la poudre médicamenteuse à la dose choisie, et on recouvre le tout d’un morceau de silk protective, de taffetas gommé ou de gutta-percha laminée, ou même de ouate vierge. Si la médication doit être continuée, le lendemain et les jours suivants, avant de ver-

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ser la poudre on enlève, en frottant avec un linge, la couche plastique pseudo-membraneuse qui s’est produite: mais, en général, la plaie est fermée au bout de trois à quatre jours.

2*^ Vésication par les cantharides. — Les cantharides pulvérisées s’emploient incorporées à diverses substances, sous forme d’emplâtre, de taffetas vésicant, de mouches de Milan, de teiiïture, etc., etc.

Préparation du vésicatoire. — On se sert le plus souvent de vésicatoires préparés avec l’emplâtre vésicant de la façon suivante : étaler Pemplàtre sur un morceau de diachylon ou de taffetas un peu plus grand que la surface à recouvrir, en prenant la précaution, pour avoir une préparation régulière, d'appliquer d’ahord sur le diachylon un morceau de papier épais percé d’une ouverture égale à la grandeur du vésicatoire projeté ; retirer ensuite ce papier lorsque l’emplâtre a été bien également réparti avec une spatule.

Application. — On rase préalablement la région, puis on place l’emplâtre vésicant et on le fixe avec trois â quatre bandelettes de diachylon entre-croisées, ou avec des bandelettes de tarlatane dont les extrémités sont imbibées de collodion. Par dessus le tout on met une compresse pliée en plusieurs doubles, et on maintient par un bandage approprié.

La durée de l’application varie suivant la finesse de la peau; chez les enfants elle sera moindre. Beaucoup de praticiens ne laissent pas le topique en place jusqu’à production de l’ampoule, et le retirent au bout de 2 heures chez les enfants, de 8 heures au plus chez les autres sujets, puis au moyen de cataplasmes ou simplement de la ouate facilitent le développement de la bulle qui se forme quelques heures après. D’autres, au contraire, laissent l’emplâtre jusqu’à formation de l’ampoule, c’est-à-dire 12 à 15 heures, mais il peut arriver que, chez certains sujets à peau délicate, le vésicatoire, dépassant la mesure, produise une inflammation vive ou même des escarres. Dans tous les cas, lorsqu’en retirant un vésicatoire, l’ampoule n’est pas formée, on active son apparition par l’applicaUon d’un cataplasme.

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VÉSICATION

On trouve, dans le commerce, des sparadraps vésicants tout préparés qui agissent et s’emploient de la même manière que l’emplâtre dont il vient d’être question. On emploie aussi la cantharide dissoute dans le chloroforme (1 p. 100), le collodion cantharidé (collodion et teinture de cantharides à parties égales), qui sont particulièrement indiqués chez les enfants et dans certaines régions, telles que le périnée; leur action se produit en 5 ou 6 heures environ.

Pansement. — On retire le vésicatoire et on enlève soigneusement les débris d’emplâtre qui adhèrent presque toujours sur divers points; puis, suivant que l’on veut obtenir un vésicatoire volant ou un vésicatoire permanent, on panse d’un manière un peu différente.

Pour un vésicatoire volant, ouvrir largement d’un coup de ciseaux la bulle en son point déclive, appliquer ensuite comme pansement soit un carré de diachylon, soit de la ouate en couche épaisse, soit encore de la gaze ou un linge, enduits d’une couche de vaseline, simple ou boriquée, et maintenir le tout par une compresse en plusieurs doubles et un bandage convenable. Avec de la ouate, qui est un excellent mode de pansement, il n’est pas nécessaire de renouveler l’appareil aussi souvent qu’avec les linges à la vaseline, dont le changement doit être fait tous les Jours. La pellicule de l’ampoule sera enlevée dès le premier jour ou dès le second pansement. La plaie guérit en moyenne vers le cinquième jour.

Si l’on veut établir un vésicatoire permanent, c’est-à-dire conserver une surface sécrétante, on arrache circulairement avec des pinces, ou l’on coupe avec des ciseaux, la pellicule soulevée, et on panse le premier jour avec de la vaseline ou de l’onguent basilicum. Le lendemain et les jours suivants, on se sert de pommade épispastique au garou ou aux cantharides; la quantité de substance active variera avec l’état de la surface à exciter. Aujourd’hui on préfère au vésicatoire permanent les vésicatoires répétés soit sur l’emplacement du premier, une fois sec, soit sur un endroit voisin ; dans le premier cas, l’emplâtre détermine non pas une ampoule, mais seulement une plaie.

L’application d’un vésicatoire est suivie au bout de peu de temps d’une couleur vive, qui peut chez certains sujets donner

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de l’agitation et augmenter la fièvre, et qui cesse généralement dès que l’ampoule est formée. Une application trop prolongée produit souvent des escarres et des plaies ulcéreuses rebelles à la guérison, et, à un moindre degré, la formation de fausses membranes épaisses sur la plaie. Du reste, ces dernières peuvent se montrer sur la plaie d’un vésicatoire laissé en place un temps rationnel, lorsque pour une raison quelconque (pressions, mauvais état général, pansements défectueux) il survient de l’inflammation. On combattra cet accident par des applicalions antiseptiques ou des cataplasmes émollients à l’eau boriquée.

Les bourgeons charnus exubérants seront réprimés par quelques attouchements au nitrate d’argent.

Pendant l’action du vésicatoire cantharidé sur la peau, il survient assez fréquemment des phénomènes particuliers du côté des voies urinaires, consistant en mictions fréquentes, douloureuses, ténesme, urines albumineuses, parfois sanguinolentes ; ces symptômes sont dus à l’absorption de la cantharide et à son élimination par les urines. On a proposé dans un but préventif d’arroser le vésicatoire avec de l’éther camphré, ou de le saupoudrer de camphre, ou bien encore de le recouvrir d’un papier huilé ; mais ces moyens ne sont ]>as toujours efficaces, et le dernier retarde l’action vésicante. Ces accidents sont d’autant moins fréquents qu’on laisse le vésicatoire moins longtemps en place. On les combattra par l’application de cataplasmes sur l’hypogastre et par l’administration à l’intérieur de la décoction de graine de lin et de boissons alcalines (bicarbonate de soude).

A côté des vésicatoires doit se placer, au point de vue de la révulsion, l’emploi de l’huile de croton, de la pommade stibiée, du thapsia, etc. Ces substances agissent en déterminant des éruptions pustuleuses, qu’on pansera avec un linge enduit de vaseline antiseptique.

3° Vésication par le cliloral. — On saupoudre un emplâtre adhésif avec de l’hydrate de chloral; on chauffe le tout pour faire fondre le chloral, puis on applique sur la peau huilée ou graissée. En 15 minutes la vésication est obtenue (Ivanowski).

4*^ Calorique. — Il est très rarement employé comme agent vésicant, car il est difficile de limiter son action (V. Cautérisation).

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