DE LA CAUTÉRISATION
La cautérisation est une opération qui consiste à désorganiser les tissus vivants par la chaleur ou par l’action des agents chimiques.
La cautérisation par le calorique est dite cautérisation actuelle, et les instruments employés ont reçu le nom de cautères. On appelle cautérisation potentielle celle qui se pratique au moyen d’agents chimiques désignés sous le nom de caustiques. Avec l’électricité on peut réaliser l’un ou l’autre de ces modes de cautérisation, suivant qiTon utilise soit la propriété que possède un courant électrique d’élever la température du fd traversé, soit son pouvoir de décomposition chimique; cette cautérisation a reçu le nom de galvanocaustie ou caustique dâns le premier cas, et d’électrolyse^ dans le second cas. Nous avons donc à étudier : 1® la cautérisation actuelle ou par la chaleur; 2‘^ la cautérisation chimique ou par les caustiques.
ARTICLE PREMIER
CAÜTÉRIS.VnON ACTUELLE OU PAR LA CHALEUR
§ I. — Considérations générales
Après avoir subi les vicissitudes les plus diverses, la cautérisation actuelle tient encore aujourd’hui une large place dans la chirurgie, grâce aux perfectionnements
OPÉRATIONS DE PETITE CHIRURGIE
apportés dans son emploi par l’invention de la galvanocaustie et surtout du thermocautère de Paquelin.
Action de la chaleur sur les tissus. — L’étude de cette action sera limitée à rescarrification produite par le fer rougi.
Le fer rouge détruit les tissus organiques en les carbonisant plus ou moins complètement suivant sa température, mais en outre, en vertu dé sa chaleur rayonnante, il agit sur les parties voisines du point touché en y déterminant des phénomènes de combustion incomplète, et une coagulation des sucs fibrineux et albumineux incompatibles avec la vie des éléments cellulaires. Le résultat produit est une escarre sèche, jaune brunâtre, parfois dorée et plus large que les dimensions de l’instrument employé. Avec les cautères ordinaires, cette escarre avait 7 à 8 millimètres de plus en largeur que le diamètre de finstrument et une épaisseur de 4 à 5 millimètres. Le faible pouvoir rayonnant du thermo et du galvano-cautère, dû à leur masse peu considérable, permet d'obtenir des escarres de 1 à 2 millimètres d’épaisseur à peine, à condition qu’on ne les laissera pas en contact avec les tissus. La combustion qu’ils produisent est aussi plus complète, car, en raison de leur mode d’échauffement, leur température peut être maintenue presque constante à un degré donné. Pour déterminer une escarre aussi petite que possible, il est donc nécessaire, avec les instruments nouveaux, de procéder à petits coups, par hachures en un mot, en ne leur permettant qu’un court contact avec les tissus. On est arrivé ainsi, comme l’ont signalé Le Fort et Reclus, à obtenir dans certains cas une réunion primitive, l’escarre étant si mince qu’une partie a été entraînée par le lavage de la plaie et que le restant a pu se résorber.
Une des actions qu’il importe le plus de connaître. est celle du fer rouge sur les vaisseaux. Les expériences si connues deBouchacourt ont démontré que le cautère au rouge vif sectionne les vaisseaux comme un bistouri et détermine un écoulement sanguin, tandis que le cautère chauffé un peu au-dessous du rouge sombre ou obscur empêche l’hémorragie ou peut servir à l’arrêter. Dans ce dernier cas en effet, outre la coagulation du sang et des sucs fibrineux et albumineux des parties entourant le vaisseau, il produit le rebroussement, le recroquevillement des tuniques vasculaires sur elles-mêmes. Une autre condition essentielle pour favoriser ce résultat, c’est de ne pas laisser l’instrument trop longtemps en contact avec le point saignant, car, adhérant ainsi à l’escarre, il l’entraînerait avec lui dans son retrait. On doit aussi sécher préalablement la plaie pour éviter une déperdition de calorique. L’action hémostatique de l’anse, du galvano-cautère nécessite encore, d’après E. Bœckel et