CAUTÉRISATION CHIMIQUE: CAUSTIQUES ALCALINS
potasse à la chaux (la potasse à l’alcool agit trop irrégulièrement). Il est certains lieux d’élection pour l’application d’un cautère ; le point choisi doit être riche en tissu cellulaire, situé loin de saillies osseuses, de vaisseaux et de nerfs, et ne pas gêner le libre exercice des mouvements. Les points les mieux appropriés sont : soit la partie supérieure et externe du bras dans la dépression correspondant à l’insertion du deltoïde, soit la partie supérieure et interne de la jambe entre le muscle jumeau interne et le condyle interne du tibia. Velpeau conseillait la fossette sous-occipitale à la partie supérieure du cou, mais en ce point le cautère a l’inconvénient d’ètre trop apparent; on en a aussi placé sur la face interne de la cuisse, à 5 centimètres environ audessus du condyle interne du fémur, dans la ligne déprimée qui sépare le troisième adducteur du triceps crural. Le vrai lieu d’élection est la dépression deltoïdienne.
La peau étant préalablement rasée au point choisi, on taille dans un morceau de diachylon une ouverture moitié moins grande que la dimension voulue du cautère, en raison de ce fait que la potasse fuse et produit une escarre d’un diamètre deux à trois fois plus grand que le sien. Le diachylon est appliqué sur la peau, puis on place dans son ouverture un fragment de potasse sec, gros comme un pois, et on le fixe au moyen d’un petit carré de diachylon. La douleur est assez vive, et, au bout de 6 à 7 heures, on peut retirer lë pansement; si la douleur persiste trop intense, on appliquera quelques fomentations chaudes ou un cataplasme .
L’escarre, que l’on doit laisser tomber seule, met de dix jours à un mois pour se détacher. Lors de sa chute, on procède différemment suivant que le cautère est destiné à être volant ou permanent : dans le premier cas, on applique sur la plaie soit un carré de diachylon, soit un pansement avec la vaseline boriquée, pour favoriser la cicatrisation ; dans le second cas, au contraire, on empêchera la cicatrisation de la plaie à l’aide d’un pois d’iris, dit pois à cautère (on a aussi préconisé les pois d’orange, et même des pois en caoutchouc). Ce pois est traversé par un fil qui l’empêche de se déplacer, et surtout permet
OPÉRATIONS DE PETITE CHIRURGIE
de le retirer à volonté, et on le fixe par un petit pansement antiseptique; une bande de toile lacée ou une bande de diachylon maintient le tout. Si l’ulcère est un peu étendu, on emploiera deux ou plusieurs pois.
Le pois fait office de corps étranger, se gonfle et entretient une irritation de la cavité en même temps qu’il constitue un obstacle mécanique à la cicatrisation ; il sera renouvelé à chaque pansement. Si la suppuration ne paraît pas suffisamment abondante, ou si la plaie a une grande tendance à la guérison, on peut enduire le petit corps étranger avec de la pommade épispastique; un autre moyen, employé quelquefois, consiste à introduire de temps ’à autre dans l’ulcère une mince couche de potasse caustique.
La pâte de Vienne peut être employée au lieu de la pastille de potasse (voy. plus bas). Un cautère peut encore être établi par une incision simple ou cruciale de la peau avec un bistouri ; on introduit ensuite dans la plaie, soit un pois d’iris, soit un petit tampon d’étoupe ou de coton hydrophile. Il est évident que par ce procédé la révulsion exercée est moins intense, puisque l’irritation produite e«t plus faible, ce qui, dans beaucoup de cas, le met en état d’infériorité vis-à-vis de la méthode caustique.
b. Poudre de Vienne. — Elle est composée d’un mélange de 50 grammes de potasse caustique à la chaux, et de 50 grammes de chaux vive. On doit la tenir à l’abri de l’humidité, dans un flacon soigneusement fermé avec un bouchon luté ou imprégné de cire fondue. Depuis la généralisation de l’antisepsie, elle n’est employée que très exceptionnellement.
Lorsqu’on veut pratiquer à l’aide de cette poudre une cautérisation quelconque (ouverture d’abcès, destruction de tumeur, cautère, etc.), on taille d’abord dans un morceau de diachylon une ouverture un peu inférieure à celle que doit avoir l’escarre, et on l’applique soigneusement sur la région à cautériser. Puis on délaye dans un récipient quelconque une quantité suffisante de la poudre avec un peu d’alcool concentré, jusqu’à consistance de pâte molle. Piedagnel a conseillé d’ajouter une partie de chlorhydrate de morphine à 4 parties de poudre. Cette pâte est ensuite appliquée à l’aide d'une spatule sur la peau à nu, dans l’ouverture faite au diachylon, de manière à former une