RENOUVELLEMENT DES PANSEMENTS
est arrivé à constituer des pansements durables, secs (pansements dits aussi par dessiccation), qui peuvent rester en place de une à cinq semaines et même plus. Il est évident que ce laps de temps variera suivant la nature de l’opération, le genre de plaie et l’état du blessé. Avant même la période antiseptique, A. Guérin laissait son pansement ouaté en place pendant 3 à 4 semaines. Lorsque les couches externes du pansement sont souillées, on les enlève et on les remplace par des matériaux neufs. Ces pansements absorbants, rares, permettent aussi de ne pas entraver le processus naturel de réparation des plaies par des irritations répétées ; par l’absorption des sécrétions, ils enlèvent les milieux de cultures des microorganismes.
Le pansement aseptique d’une plaie sera changé lorsque se montreront les signes d’une infection locale signalée par le thermomètre et les douleurs ressenties par le sujet; lorsqu’il prendra de l’odeur, sera souillé par les sécrétions et ne pourra plus les contenir; lorsqu’on voudra enlever les drains et les sutures. L’époque du changement des pansements varie donc avec l’abondance des sécrétions; on le renouvelle aussi s’il survient de l’œdème, des douleurs vives, une fièvre persistante.
Les pansements humides seront changés moins rarement et dans un espace de temps assez rapproché de l’opération (48 heures au plus).
Il est évident que les plaies infectées et celles à suppuration abondante exigent un renouvellement fréquent du pansement, soit chaque jour, soit même deux fois par jour.
Avant de procéder au changement du pansement, le chirurgien se conformera aux règles indiquées pour son application, relativement à l’antisepsie. 11 faut imprimer le moins possible de secousses au blessé. Les bandes sont enlevées en les réunissant en paquet au fur et à mesure qu’on les déroule et en faisant passer successivement cette pelote d’une main dans l’autre ; si l’on s’est servi de bandes de tarlatane mouillées, on les enlève en masse après les avoir coupées du côté opposé à la plaie. On retire avec précaution les autres pièces du pansement en se servant de pinces et non pas de ses doigts. Les pièces collées
PANSEMENTS
sur la plaie, si elles ne cèdent pas à une traction légère, seront imbibées d’eau tiède antiseptique ou d’eau oxygénée, pour éviter non seulement de la douleur au blessé, mais aussi des déchi rures partielles de la surface bourgeonnante, déchirures qui donnent lieu à de petites hémorragies et sont fréquemment la porte d’entrée des germes infectieux de l’érysipèle, de la lymphangite, de la septicémie. Verneuil a souvent appelé l’attention sur ce dernier point et recommandé de s’abstenir le plus possible, pour la même raison, des explorations au stylet. Les sutures sont examinées, relâchées ou coupées s’il y a lieu.
Les alentours de la plaie sont ensuite nettoyés de leurs concrétions sanguines et purulentes. Il faut, en principe, s’abstenir de laver la plaie elle-même ; les lavages l’irritent et gênent le processus réparateur en enlevant une partie de ses matériaux. On évacue les caillots ou le pus qui séjourne dans les cavités ou sous des sutures au moyen de douces pressions ou de boulettes de ouate employées comme il a été dit. Le lavage n’est autorisé que dans les cas de foyers profonds, inaccessibles, dans lesquels le pus stagne; on se sert alors d’irrigateurs en donnant une force modérée au jet de liquide et en évitant d’introduire directement la canule dans la cavité sans l’avoir préalablement munie d’un bout de tube à drainage. On lave, soit avec la solution phéniquée forte à h p. 100, soit avec la solution de sublimé à 1 p. 1 000 ou c/e formol à 1 p. 200, les plaies dont l’antisepsie n’a pas encore été obtenue, ou bien encore l’on y injecte de l’eau oxygénée.
A chaque pansement, les tubes à drainage sont retirés, nettoyés à la solution phéniquée forte ou à l’eau oxygénée, ou changés, raccourcis et replacés doucement; on les supprime dès que la sécrétion devient peu abondante, et, dans le cas où la réunion par première intention réussit, on peut les retirer définitivement vers le sixième ou le septième jour. Avec les pansements absorbants, durables, les drains peuvent même être laissés en place pendant une, deux et même quatre semaines, sans de trop grands inconvénients. Il est évident qu’il vaut mieux s’en passer ou s’en débarrasser le plus tôt possible. Lorsque la plaie se réunit par seconde intention, il est