CONSIDÉRATIONS GÉNÉRALES
Lister avait choisi l’acide phéiiique comme le meilleur agent pour réaliser l’antisepsie, c’est-à-dire pour détruire lés germes et empêcher leur développement. Prenant, en outre, à ses devanciers, ce qu’il y avait de bon dans leur pratique, il fit ressortir l’importance fondamentale des conditions suivantes pour prévenir la suppuration dans les plaies, opératoires ou autres, susceptibles de se réunir par première intention : éviter la tension des tissus et la rétention des liquides par une hémostase, des sutures et un drainage soigneusement exécutés, éloigner toute irritation directe des tissus vivants par des matériaux de pansement appropriés et rendus antiseptiques. Avant Lister, Sédillot et Chassaignac avaient déjà appelé l’attention sur les dangers de la rétention des sécrétions des plaies et sur les moyens de la prévenir.
Les résultats obtenus avec le pansement de Lister, incomparablement supérieurs à ceux donnés par les anciennes méthodes, n’étaient pas toujours parfaits, aussi les chirurgiens recherchèrent-ils des antiseptiques plus puissants ou d’un maniement plus facile que l’acide phénique. Ces recherches furent singulièrement facilitées par les progrès accomplis dans les études bactériologiques.
L’on vit bientôt apparaître dans les pansements l’iodoforme, les sels de mercure, l’acide salicylique, le thymol, l’acétate d’alumine, le salol, le naphtol, etc., etc. Lister lui-même, cherchant à perfectionner son œuvre, employa le sel alembroth et, plus récemment, le cyanure de mercure et de zinc. A la gaze de Lister, on substitua des substances plus absorbantes (charpie et ouate de bois, coton et étoupe hydrophiles, produits de la tourbe, etc., etc.), permettant le renouvellement moins fréquent des pansements. Le drainage a été également l’objet de modifications, et on est arrivé à le supprimer dans les plaies aseptiques d’affrontement facile, dans les laparotomies, etc., etc.
Les inconvénients nombreux des antiseptiques chimiques n’avaient pas tardé à frapper l’attention des chirurgiens : ils sont irritants pour les tissus sains dont ils peuvent compromettre la vitalité et dont ils diminuent le pouvoir phagocytaire; leur application détermine
généralement, par irritation, une sécrétion abondante qui gène la réunion primitive; leur action sur les germes ou les spores est irrégulière, infidèle, fortsouvent incomplète, soit par une insuffisance de la dose maniable, soit parce que les bactéries s’enveloppent, dans les tissus, de substances grasses qui leur permettent de s’y soustraire ; leur puissance contre les lésions infectieuses est faible, nulle parfois; enfin, et ce n’est pas le moindre de leurs inconvénients, ils ont un pouvoir toxique qui a été la cause d'accidents généraux plusieurs fois suivis de mort. On a donc cherché des procédés de destruction des germes pathogènes plus efficaces et moins nocifs, et, actuellement, par l’utilisation de la chaleur sèche ou humide (eau bouillante, étuves, autoclaves, etc.), dont l’action est plus sûre, plus puissante, on est parvenu à restreindre considérablement l’emploi des antiseptiques chimiques, et même, dans certaines conditions, à éviter leur contact avec les plaies opératoires ou accidentelles. Cette stérilisation par les agents physiques a reçu le nom d’asepsie.
Toutefois, comme nous l’exposerons dans le chapitre de la technique des pansements, la substitution de l’asepsie à l’antisepsie ne peut être complète. La désinfection des mains du chirurgien reste toujours tributaire de l’usage des antiseptiques chimiques; il en est de même pour la désinfection de la région à opérer etdes plaies septiques. Dans la chirurgie journalière des villes et des campagnes, le praticien, suivant ses ressources, associera dans la plus large mesure possible l’asepsie à l’antisepsie, mais il ne devra pas perdre de vue que, dans les conditions spéciales où il exerce, les antiseptiques chimiques sont d’un emploi plus facile et plus sûr. Nous persistons à soutenir que l’antisepsie s’impose d’une manière à peu près absolue dans la pratique de la chirurgie des champs de bataille.
Dans les chapitres suivants, nous étudierons successivement les matières à pansement, la technique générale de l’antisepsie et de l’asepsie, les divers modes de pansements; cette première partie sera terminée par un chapitre sur les soins à donner aux malades et aux blessés, sur leur couchage et sur les lits mécaniques.