‹ Nouveaux éléments de physiologieChapitre 16 sur 102 · I. la force sera mille fois multipliée · texte numérisé non relu

I. la force sera mille fois multipliée

(1) La vessie urinaire manque dans la classe nombreuse ■>. des yolaliles. Chez eux, les uretères viennent s'ouvrir dans i le cloaque, sao musculo-membraneux qui tient la place de 1 l'intestin rectum, delà vessie et de la matrice, et sert en B même temps de réservoir aux excréments solides , aux uri- ^ nés et aux œufs détachés des ovaires. L'urine des oiseaux c délaie les matières fécales, et fournit le carbonate de chaux, I qui forme la base de l'enveloppe solide des œufs. Elle a une I' telle disposition à se concréter, que j'ai toujours observé,

• dans la dissection de plusieurs individus appartenant à i différentes espèces, une matière terreuse, saline et crisla-

lisée, formant des stries blanchâtres, faciles à percevoir i dan» le liquide qui coule par les uretères, à travers les r parois minces el transparentes de ces conduits. On con- ; çoit d'après cela, sans peine, combien eût été fréquente

la formation des calculs chez celle classe d'animaux , si

• les urines s'accumulaient et séjournaient pendant quelque

I temps dans une poche destinée à les recevoir. Ajoutez que

II les reins des oiseaux sont proporlionnollement Ircs-volu-

• mineux , et la sécrétion dos urines très-active , sans doute t pour tenir la place de la transpiration cutanée, presque f nulle pour des corps couverts de plumes. Il en est de même

che* les poissons, pourvus en général de reins très-volu-

• mincnx.

On rend cet énoncé purement géométrique, en disant que la force avec laquelle l'urine coule par les uretères est à celle par laquelle les parois de la vessie sont dilatées , ce qu'est le calibre des uretères à la capacité de la vessie.

La pression que l'urine accumulée dans la vessie exerce sur la partie Inférieure des uretères , n empêche point la force qui les fait couler dans ces conduits de les pousser dans la vessie; car la colonne de liquide qui descend par les uretères étant plus haute que celle que contient la vessie , ces deux organes représentent un siphon renversé, dont la longue branche est figurée par l'uretère.

Les causes qui retiennent l'urine dans la vessie sont : la contraction de son sphincter , anneau musculeux dont est garni l'orifice vésical de l'urètre ; l'angle que forme ce canal après s'être séparé de la vessie; et enfin l'action des fibres antérieures des releveurs de l'anus , qui embrassent le col de cet organe , entouré d'ailleurs et soutenu par la glande prostate. Ces fibres, qui peuvent comprimer la prostate sur le col de la vessie, et remonter celui-ci contrôla symphyse des pubis, ont été nommées par Morgagni faux sphincters de la vessie {pseudosphincter es vesicœ ).

L'urine, déposée goutte à goutte dans la vessie, en écarte graduellement les parois : celte poche musculo-membraneuse s'élève en soulevant les circonvolutions de l'iléon, et le péritoinedevanl lequel elle monte, derrière les pubis et les muscles droits abdominaux qu'elle touche immédiatement. Ces rapports delà vessie dilatéeavecle péritoine, qu'elle détache de la paroi antérieure de l'abdomen pour se placer entre lui el les muscles qui forment celte paroi, expliquent la possibilité delà percer audessus des pubis, pour donner issue à l'urine accumulée, sans pénétrer, par cette ponction , dans la cavité du péritoine. Les fibres charnues s'alongent dans tous les sens. Si cet alongement est excessif, elles perdent la faculté de se contracter. Tout lo monde connaît la mort malheureuse du célèbre Tycho-Brahé qui , dans un banquet , résista trop long temps à l'envie d'uriner, et dont la vessie devint impuissante pour expulser l'énorme quantité de liquide qui entraîna sa rupture. Des faits de ce genre sont nombreux , et l'on peut en trouver dans tous les traités de chirurgie. Quant aux membranes muqueuse et celluleuse, elles se prêtent à la distension de la vessie par le déplissement des rides qu'elles forment pendant la contraction de cet organe et par leur extensibilité. L'urine séjourne plus ou moins long-temps dans la vessie, suivant que celle-ci est plus ou moins ample , ses parois plus ou moins extensibles, et irritables, suivant aussi que ce liquide est plus ou moins acre et stimulant. Ainsi , les vieillards , dont la vessie ne jouit plus que d'une sensibilité obtuse et d'une médiocre contractilité , rendent moins fréquemment leurs urines ; elles s'accumulent en plus grande quantité dans la poche qui leur sert de réservoir , et qui souvent ne s'en débarrasse qu'avec peine. L'usage des boissons diurétiques, et principalement des canlharides , rend les urines plus slimulaiites ; elles agacent vivement les parois de la vessie, cl la sollicitent à chaque inslant à se contracter.

Toute cause d'inilalion cxislanl dans la vessie elle-même, ou dans le voisinage, rend plus fréquente l'envie de rendre les urines. C'est ce que l'on observe dans les affections calculeuses , les liémorrhoïdes , la blennorrhagio, etc. On pense que cette sensation a son siège dans la muqueuse vésicale , principalement vers l'angle antérieur du trigone ; les filets de nerfs que la vessie reçoit du grand-sympathique et des dernières paires sacrées , servent sans doute à la Iransractlro aux centres nerveux. Pendant son séjour dans la vessie l'urine s'épaissit par l'absorption de ses parties les plus fluides; ses éléments se combinent d'une manière plus intime ; quelquefois même elle paraît y éprouver un commencement de décomposition.

XCII. Lorsque , soit par le tiraillement que l'urine fait éprouver aux fibres musculaires de la messie , soit par l'irritation qu'elle occasione sur les nerfs qui se répandent dans le tissu de sa tunique intérieure, nous éprouvons dans le bassin un sentiment de pesanteur, joint à une sorte de ténesme qui, s'étendant le long de l'urètre, nous avertit du besoin d'uriner : alors nous contractons la vessie, et, joignant à son action celle du diaphragme et des muscles abdominaux, nous nous débarrassons de l'urine par un mécanisme très-analogue à celui de l'excrétion des matières fécales (XXXI). On doit cependant observer que , dans l'état naturel, l'accession des puissances auxiliaires n'est indispensable que pour rompre l'équilibre entre les contractions de la vessie et la résistance que les causes rétentives opposent à la sortie des urines. Après avoir contracté simultanémentle diaphragme et les muscles abdominaux , pour refouler les inleslins sur la vessie, et procurer la sortie du premier jet d'urine, nous cessons cet effort, et la vessie seule, toujours soutenue par le poids de viscères qui la pressent à mesure qu'elle se vide, achève l'excrétion. En effet, le premier jet d'urine une fois lancé, nous pouvons parler, chanter et rire sans l'interrompre. Nous ne répétons le premier effort que dans le cas où nous voulons accélérer l'expulsion. Dans l'excrétion des matières stercorales, au contraire, la tunique musculeuse du rectum a besoin d'être presque toujours aidée par les puissances expiraloires , ces matières plus solides sortant toujours plus difficilement que le liquide urinaire, et d'ailleurs un sphincter plus robuste et plus contractile que celui de la vessie leur opposant une plus grande résistance. Un seul fait prouve jusqu'à l'évidence que c'est principalement à l'action de la vessie qu'est due l'excrétion des urines : ce sont les efforts violents, mais inutiles , dans lesquels se consument les malades affectés de rétention d'urine par paralysie de cet organe (1). On pourrait dire, à la vérité, que , dans

(1) Croirait-on que des pliysiologisles aient regardé cet organe comme incrteet absolument passif dans l'excrétion des urines , qui s'elTeclue , selon eux , en vcrlii de la pression médiate quR les muscles larges de l'abdomen et le dia[)i)r«gme exercent, sur la poche qui les contient ? Toulez-vous, dans la diversité des opinions, rencontrer la ■vérité? prenez la moyenne entre les plus opposées. Ilùtcos inira muros peccaLvr et extra.

ce cas particulier , la rétention est due à ce que le corps de la vessie n'agit pas sur son col pour le dllater ; mais lorsque la vessie a prèle autant qu'elle] a pu , et que l'urine sort , comme on dit, par regorgement, ce n'est pas le col qui s'oppose à ce qu'elle | se vide en entier, mais bien la paralysie de sa tunique musculaire.

L'urine est projetée avec d'autant plus de force 1 par le canal de l'urètre , qu'elle passe d'une cavité spacieuse dans un conduit étroit. L'énergie plus ou moins grande de la tunique musculaire de la vessie fait que l'urine est chassée plus ou moins loin : on 1 sait que dans les vieillards elle est tellement affai- 1 blie, qu'elle peut à peine en lancer le jet à quelques pouces au-delà du canal. Celui-ci ne doit point être considéré comme un tube inerte dans l'éjection des urines; il se contracte sur elles, en accélère l'écon- j lement, aidé dans celle action par les muscles I bulbo-caverneux , auxquels plusieurs anatomistes ont donné un nom tiré de leur usage ( accélérateurs de V urine).

C'est par l'action de ces muscles que sortent les | dernières gouttes d'urine qui restent encore dans le canal lorsque la vessie est complètement vidée. 1 L'action tonique et contractile de l'urètre est tellement marquée , qu'on doit ranger son resserrement ' spasmodique au nombre des causes qui rendent quelquefois si difficile l'opération du cathétérisme. Si l'on y pratique des injections au moment où l'on Ole le tuyau de la seringue qui doit boucher exactement son orifice extérieur , les parois distendues reviennent avec force sur le liquide injecté , et le font sortir par un jet rapide.

Lavessieetle canal de l'urètre sont intérieurement recouverts d'une membrane dont les cryptes glanduleux sécrètent une humeur visqueuse , propre à défendre les parois de ces organes contre l'impression trop vive de l'urine , et à faciliter l'écoulement de ce fluide. Cette membrane, plus étendue que les cavités qu'elle tapisse , forme un grand nombre de replis qui s'effacent lorsqu'elles sont dilatées par la présence de l'urine. L'humeur muqueuse , abondamment sécrétée dans les affections catarrhales de la vessie, devient aussi plus filante et plus albumineuse. Celle que séparent les glandules urétrales change de qualités, augmente en quantité par le stimulus vénérien , et forme la matière de l'écoulement blennorrhagiquc. Les orifices de ces cryptes glanduleux dirigés en avant peuvent arrêter le bec d'une sonde, nouvel obstacle au cathétérisme (1).

L'excrétion des urines ne peut se faire en même

(I) Lorsqu'on pratique cette opération pour un cas do simple paralysie de la vessie, il vaut mieux seserrir d'une sonde très-grosse, sur laquelle les parois de l'urètre s'étendent sans former de plis , et dont l'extrémité arrondie ne peut s'engager dans les lacunes muqueuses de ce conduit.

Quand, dans un cas de rétention d'urine, la vessie s élève au-flfssus des pubis, son bas-fond remonte, et il arrive un moment de réplélion extrême, où , 8cmblable à la matrice, à une époque avancée de la grossesse, elle semble faire effort pour passer du bassin dans la propre cavité de l'abdomen : on ne peut alors souder les femmes qn en courbant davantage l'algalie qui leur est destinée.

DES 6ÉCRÉTI0HS.

t'iiips que celle des matières fe'cales, lorsque cellcs- ;i, Irès-durcs , compriment la partie prostatique et nembraneuse de l'urètre , placée au-devant de l'exrémilé inférieure du rectum. Elle est difficile et cuvent impossible dans une forte érection , les )arois du canal se trouvant étroitement appliquées 'une à l'autre par le gonflement de son tissu spon- ;ieux , et par celui des corps caverneux de la verge, .e mode de sensibilité de l'urètre est d'ailleurs lelemcnt changé, qu'il ne se prête qu'à l'éjaculalioa le la liqueur séminale.

Lorsque la vessie s'est complètement débarraseée , elle se concentre derrière les pubis ; la tumeur [[u'elle forme au-dessus de ces os, lorsqu'elle est olen remplie , s'affaisse , le ventre est moins saillant, la respiration plus facile, et l'on se sent ^las léger. La vessie ne peut se vider complèle- «lent que le bassin ne soit médiocrement incliné »n avant ; son bas-fond , placé au-dessous de son );ol, retient, sans cela, une certaine quantité d'urioe.

XCIIL Propriétés physiques de Vurine. Cette ^queur étant plus ou moins abondante dans ua biomme sain, suivant la quantité des boissons et lueurs qualités plus ou moins diurétiques, l'état de )(ommeil ou de veille, l'abondance des autres sécrétions , et principalement de la transpiration, il est ^îxtrémement difficile d'en déterminer exactement (•es proportions. Rien n'est plus variable que sa uuantité , comme on peut s'en convaincre en lisant [«es calculs faits à ce sujet par un grand nombre de physiologistes. Tantôt on rend moins d'urine qu'on »ie prend de boisson ; d'autres fois , les urines sont Din plus grande proportion que les aliments liquides : nn peut néanmoins dire que la quantité des urines p-enduesen vingt-qualre heures est égale à celle de ta transpiration insensible durant le même inter- Ivalle; qu'ainsi elle peut être estimée de trois à lu|uatre livres chez un homme adulte et sain. Sa couleur varie, depuis le jaune légèrement citronné, li-usqu'à l'orangé, voisin du rouge: son odeur et sa Diaveur la caractérisent au point qu'on ne peut la L confondre avec aucune autre liqueur animale. Sa K^onleur est en général d'autant plus foncée, son KOdeur et sa saveur sont d'autant plus forles et plus t>iquantes , que sa quantité est moins considérable, k[ne le système circulatoire jouit de plus de force I it d'activité , et que les substances dont nous vivons L ont d'une nature plus animale. On sait combien ■ust fétide et peu abondante l'urine des animaux lu:arnivores , quelle horrible puanteur exhale celle via chat. Constamment plus pesante que l'eau dis- |l illéc , elle l'est plus ou Ynoins , selon les proporl..ions des sels et des autres substances qu'elle tient

■ ;n dissolution ; elle est aussi légère ment visqueuse, ■nais non point filante, comme le sérum du sang,

■ la bile , la salive , et les autres fluides albumineux.

■ XCIV. Nature chimique de l'urine. Ses pro- • priétcs sont toujours plus prononcées dans un adulte Imâle et vigoureux que chez les enfants , les femmes

■ et les sujets peu robustes. L'analyse chimique de ■l'urine y démontre plusieurs substances dissoutes Rdans une grande quantité d'eau : ce sont l'urée, une ^matière animale gélatineuse, des muriates cl des ■kphosphalcs de soude et d'ammoniaque , sépares ou

réunis en sel triple , le phosphate de chaux, le phosphate de magnésie, les acides phosphorique , urique, rosacique et benzoïque. Outre ces matières qui existent constamment dans l'urine humaine, ce liquide peut contenir un grand nombre d'autres substances ; et s'il est vrai que le système urinaire puisse être regardé comme l'émouctoire de toute l'économie, on ne conçoit pas que tous les principes qu'a jusqu'ici découverts l'analyse de nos solides et de nos humeurs, ne s'y rencontrcnten plus ou moins grande proportion dans les diverses circonstances de la vie. De là viennent sans doute les différences multipliées que l'urine a offertes aux chimistes qui ont étudié la nature de ce liquide , en l'abandonnant à sa décomposition spontanée, ou on le soumettant à divers réactifs. Berzélius, par exemple , croit avoir constaté la présence de trois nouvelles substances dans le liquide urinaire : l'acide lactique, auquel ce chimiste fait jouer un si grand rôle dans la chimie animale , et qu'il admet comme un des matériaux constituants du plus grand nombre de nos solides et de nos humeurs ; le lactate d'ammoniaque et la silice.

Comme l'urine est, de toutes nos liqueurs, la plus éminemment putrescible , il faut l'examiner peu do temps après sa sortie de la vessie : elle est alors manifestement acide ; mais bientôt , et surtout si la chaleur de l'atmosphère hâte et favorise ces changements, elle se trouble , ses matériaux se décomposent et forment divers précipités. L'urée et l'albumine , qui sont les seuls principes fermentescibles et altérables, fournissent de l'acide acéteux, de l'ammoniaque , de l'acide carbonique ; et du jeu des attractions entre ces substances nouvellement forméeset les éléments primitifs, naît une multitude de composés nouveaux dontla connaissauceappartienl aux chimistes.

De toutes les parties constituantes de l'urine, il n'en est point de plus essentielle qu'une matière sirupeuse , cristallisablc et déliquescente, à laquelle Fourcroy a donné le nom particulier d'urée. Ce principe, auquel le liquide urinaire doit ses propriétés caractéristiques , sa couleur , son odeur, sa saveur particulières , entrevu par plusieurs chimistes qui ont tracé quelques traits de son histoire , en le désignant par des noms différents , selon l'idée qu'ils avaient de sa nature , n'est bien connu que depuis les derniers travaux de ce célèbre professeur (1). C'est un composé dans lequel l'azote prédomine , comme le prouve l'énorme quantité do carbonate ammoniacal qu'il donne par la distillation : on peut le considérer comme le produit lo plus animalisé possible , ayant une telle tendance à la fermentation putride , que , retenu dans l'économie animale, il pourrait éprouver cette altération , et vaincre la puissance antiseptique des forces vitales , si la nature ne s'en débarrassait parle moyen des urines.

Ou n'a point encore donné assez d'attention aux symptômes de la fièvre urineuse , affection qu'occasione la rétention trop prolongée de ce liquide

(1) Voyci son ouvrage inlilulé : i^ijstcvio des Connaissances chimiques^ etc. \ in-8", lome X , jmge 153 et BuiTantoH.

dans la cavllô de la vessie. J'ai eu plusieurs fois occasion d'observer qu'aucune ne donnait dessignes plus inarqués de ce que les médecins appellent putriditè. L'odeur urineuso et ammoniacale qu'exhalo tout le corps des malades, la moiteur jaunâtre et huileuse dont la peau est recouverte, la soif arr dente qui les dévore, la sécheresse et la rougeur do la langue et de la gorge , la fréquence et l'irritation du pouls, jointes à l'empâtement et à la flaccidité du tissu cellulaire , tout annonce que la substance animale est menacée de la plus prompte et de la plus effrayante décomposition.

J'ai observé des phénomènes analogues sur un chat et un lapin auxquels j'ai lié les uretères. Rien n'est plus facile que de trouver ces conduits et de faire celle expérience. Après avoir fendu crucialement la paroi ombilicale de l'abdomen , on ramène à gauche le paquet inleslinal pour faire la ligature de l'uretère droit, et à droite pour lier l'uretère gauche. Tous deux s'aperçoivent à travers le péritoine , collés derrière cette membrane, à la paroi lombaire du bas-ventre ; les ligatures placées vers le milieu de leur longueur, on réunit les lambeaux résultant de l'incision , par un nombre suffisant de points de suture, et l'on entoure le ventre de l'animal d'un linge trempé dans une décoction émolliente : au bout de trente-six heures , déjà la soif, l'agitation étaient extrêmes, les yeux brillants; la salive, abondante, exhalait une odeur manifestement urineuse. Au troisième jour, le chat fut pris de vomissements glaireux, dont la matière était remarquable par une semblable odeur; bientôt à l'agitation comme convulsive succéda une prostration extrême, et la mort survint. Les intestins n'étaient pas enflammés; la vessie parfaitement vide, les uretères dilatés par l'urine, au-dessus de la ligature jusqu'aux reins, égalaient le doigt annulaire en grosseur; les reins eux-mêmes, pénétrés d'urine, en étaient gonfles, ramollis el comme macérés; tous les organes , toutes les humeurs , et le sang lui-même , participaient à cette diathèse urineuse -.la putréfaction saisit le cadavre aussitôt après la mort, et au bout de quelques jours la décomposilion était presque complète. Dans le lapin, les symptômes marchèrent avec moins de violence et de rapidité; il n'y succomba qu'au cinquième jour : l'odeur de loulcs les parties, quoique manifestement urineuse, était moins infecte , et la pulréfxiction qui s'en empara mit plus de temps à les délruire.

Ces deux expériences confirment d'abord ce qu'ont dit quelques auteurs sur l'absence de l'urine dans la vessie , toutes les fois que l'on pratique la ligature des uretères; preuve incontestable que ces conduits sont la seule voie par laquelle ce fluide puisse arriver dans la vessie. Elles concourent à prouver d'une manière convaincante que les reins sont l'émoncloire au moyen duquel le sang se dépouille de sa partie trop animalisée ; enfin, elles établissent que la rétention de celle matière est d'autant plus dangereuse pour l'économie, que l'urine est elle-même plus animalisée.

La nature pourrait-elle suppléer par d'autres excrétions à l'évacuation des urines? Cette liqueur, craincramenl excrémcntitiello, pourrait-elle sortir sans danger par d'autres couloirs? Pour résoudre

cette question intéressante, on a extirpé les reins à plusieurs chiens. L'enlèvement d'un seul rein n'empêchait pas la sécrétion de continuer ; l'ablation des deux reins à la fois a, dans tous les cas, fait mourir l'animal au bout de quelques jours, et l'ouverture des corps a constamment montré une grande quantité de bile dans la vésicule du fiel, dans les intestins grêles, el jusque dans l'estomac, comme si l'urée eût cherché à sortir par cette voie, unie au liquide biliaire.

Des expériences récentes viennent de confirmer nos idées sur l'urée, et sur l'importance de son évacuation. Cette sorled'exlrailanimal préexisteà l'action des reins, qui n'en sont pour ainsi dire que les couloirs. En effet, extirpe-l-on ces deux organes, comme l'ont fait MM. Prévost et Ddmas, el plus récemment encore M. Mayer, Turée surabonde dans le sang, où l'analyse chimique démontre sa présence dans une proportion d'autant plus forte que l'animal a survécu plus long-temps à l'expérience. Injecte-t-on, au contraire, une solution aqueuse d'urée dans les reins d'un animal, comme l'a expérimenté M. le docteur Scgalas , la sécrétion de l'urine devient plus abondante et plus active ; l'élimination de l'urée esl si urgente et si nécessaire, qu'elle agit alors comme an puissant diurétique. Auprès de ces expériences tentées sur les animaux , nous pouvons en placer quelques autres sorties toutes faites des mains de la nature, et dont l'homme esl le sujet. Le docteur Brighl a remarqué que les urines d'une personne étaient devenues albumineuses el contenaient peu d'urée ; bientôt cette personne succomba à une hydropisie : les reins parurent transformés en une substance dure, jaunâtre, sans vaisseaux, et que Tinjection ne pouvait pénétrer. La maladie , en altérant la structure de ces glandes, avait donné lieu aux mêmes résultats que ceux que détermine leur ablation. Bostoc s'est assuré que dans tous les faits de ce genre le sérum du sang renfermait une grande quantité d'urée. L'urée ne se trouvant jamais dans le sang des animaux chez lesquels la sécrétion des urines se fait librement, il est évident que dans l'étal ordinaire les débris des organes mêlés au sang ne s'y trouvent point encore assemblés sous forme d'urée , mais que celle-ci se forme dans les reins, bien que les expériences ci-dessus démontrent que leur action n'est point indispensable à cette formation.

L'urée, combinée avec une certaine quantité d'oxigène, paraît former l'acide particulier à l'urine humaine el à celle des oiseaux, qui constitue à lui seul le plus grand nombre des calculs vésicaux : il ressemble à l'urée , parce que ses cristaux, traités par le feu, laissent exhaler une grande quantité de carbonate d'ammoniaque; mais il en diffère esscnlicllement par sa facile concrescibililé. Il se cristallise en effet toutes les fois que l'urine refroidit , et forme la plus grande partie du sédiment urinaire. Cet acide si faible, que quelques-uns l'ont regardé comme un simple oxide , a reçu de MM. Fourcroy el Vauquelin le nom d'acide «ngue. Parmi ses caractères les plus paillants , il faut placer sa presque insolubilité dans l'eau froide; sa fixité est si grande , qu'il faut pour le dissoudre plusieurs milliers de fois son poids d'eau bouillante : il n'est pas

DE6 SÉCRÉTIONS

ors difficile d'expliquer pourquoi il donne si fréjemuicut naissance aux concrclions urinaires; on (iièuie lieu de s'élonner que celle maladie ne soit s plus commune , puisqu'il no faut qu'un léger Iroidissemcnt dans l'urine pour que son acide se ôcipile et se cristallise. Aussi toutes les ibis qu'un rps étranger tombe dans la vessie, il devient le )\au d'un calcul formé par l'acide uriquo qui vient concréler à la surface de ce corps plus froid. Si quadrupèdes sont si peu exposés aux calculs veaux, c'est à l'absence de l'acide urique dans leurs ines qu'on doit l'attribuer, et aussi à ce que le rbonate de chaux, qui chez eux forme la matière

• ces concrétions, est un sel que les acides les us faibles décomposent avec effervescence : or, usieurs de ces acides peuvent se montrer dans le luide urinaire. L'acide urique devient acide rosajue par un léger changement dans la proportion ses principes, comme l'a démonlréM. Vogel (1).

; nouvel acide, découvert par Wollaston , ne se 3uve mêlé aux urines que dans un petit nombre cas. C'est lui qui, dans les maladies inflamaloires , colore parfois les urines d'un rouge tense.

Le phosphore , qu'il est permis de regarder irame le résultat d'un degré très-avancé d'anima- ^alion, entre en grande proportion dans l'urine imaine. Outre les sels phosphoriques qu'elle connut, il s'y trouve toujours une certaine quantité acide phosphorique libre, qui lient en dissolution phosphate calcaire, et donne à l'urine son acidité manifeste, lorsqu'on l'examine fraîche ou réceraonl sortie do la poche vésicale. Aussi esl-ce de ; l ine que le phosphore fut d'abord relire par ceux li le découvrirent: elle a été long-temps en posssion de le fournir pour les besoins des arts; ais on ne l'emploie guère à cet usage depuis que la couverte de l'acide phosphorique dans le sel terux des os a rendu la fabrication du phosphore oins dispendieuse et plus facile. Dans l'urine des ammifères frugivores, les sels phosphoriques se ûuvent remplaces par le carbonate calcaire. Certaines substances imprègnent les urines une odeur particulière. On sait qu'il suffit de pasr quelques instants dans un appartement nouvelnient verni avec l'huile volatile de térébenthine, )ijr que les urines rendues quelque temps après ihalent l'odeur de la violette ; les asperges leur »nnent une fétidité bien remarquable; le camphre

• imprègne de son odeur.

XCy. Outre les variétés accidentelles que pré- •iilc l'urine, variétés indéterminables, puisque ce quide n'a point exactement la même composition, (! contient pas les mêmes principes, dans le même ijct, aux divers temps de la journée, suivant la Hure et la quantité de ses aliments et de ses boisris, 1 exercice qu'il a pris, les affcclionsde l'âme " ^ 'éprouvées, etc. , etc. , elle offre des diffénces constantes, rclati\cs au temps qui s'est écoulé l'uis le repas, à la nature et à la quantité des ali- ■nls, a lage des individus, et aux maladies dont peuvent èlre atteints.

Depuis long-temps les physiologistes distinguent (I) Annales de Chimie, décembre 1815.

deux et même trois espèces d'urines, suivant les temps où elle est rendue : ils les désignent par les noms d'wrme de la boisson, d'urene du chyle et d'urine du sang. La première est un liquide aqueux, presque incolore, qui relient souvent, d'une manière remarquable, les qualités des boissons ; elle est rendue peu de temps après qu'on les a prises, et n'a presque aucun des caractères de la véritable urine. L'urine du chyle ou de la digestion, rendue deux ou trois heures après le repas, est mieux formée ; ce n'est cependant point encore une urine parfaite dans laquelle tous les matériaux de ce liquide existent. Enfin, l'urine du sang, qui sort sept ou huit heures après le repas, et le matin après le sommeil de la nuit, a toutes les propriétés de l'urine à un degré éminent : c'est aussi celle que les chimistes choisissent pour la soumettre à leurs moyens d'analyse.

Pour apprécier les modifications que lé régime alimentaire apporte à la composition de l'urine, M. Chossal a pesé chaque jour ses aliments, et la partie solide de ses urines , c'est-à-dire le résidu obtenu en faisant évaporer l'urine à siccilé, résidu qui renferme toutes les parties animales azotées de ce liquide. Il a remarqué que les 10/1 de l'azote de& aliments étaient rendus par les urines ; qu'une personne adulte et en bonne santé, prenant chaque jour des alimentsde même qualité eten même quantité , sécrétait toujours la même proportion de principes animaux dans ses urines ; que cette proportion était plus forte en usant d'aliments tirés du règne animal; qu'elle augmentait en raison directe de l'augmentation de la nourriture, à moins que celleci ne devînt trop considérable , et qu'alors une partie des principes animaux des aliments non digérés ne s'en allât avec les matières fécales.

L'urine des enfants et celle des nourrices contient très-peu de phosphate de chaux et d'acide phosphorique; ce n'est qu'après que le travail de l'ossification est achevé que ces éléments Le montrent abondamment dans le liquide urinaire. Celle des vieillards en contient beaucoup au contraire. Le système osseux , déjà surchargé de phosphate de chaux, refusant d'en admettre davantage, cette matière saline ossifierait tous les tissus, comme elle ossifie quelquefois celui des artères, des ligaments, des cartilages et des membranes, si les urines n'en entraînaient la plus grande partie.

Dans le rachitis, c'est par les urines que s'écoule le phosphate calcaire, dont la privation est la cause du ramollissement des os. Aux approches des accès, de goutte, les matériaux phosphoriques de l'urine diminuent elsemblentse porter sur les articulations, pour produire à leur voisinage les concrétions ar-, thritiques. Dans l'hydropisie , l'urine est surchargé de malières albumineuses.

La grande quantité d'éléments salins et cristallisables qui entrent dans la composition de l'urino humaine, rend raison de la fréquence des concrétions qui se forment dans ce liquide. Les calculs urinaires ont été long-lemps regardés comme formés d'une sculesubstauce, que les anciens croyaicntanalogue à la lerrc des os, et que Scheèle pensait èlre l'acide urique. Les derniers travaux do MM. Fourcroy cl Vauquclin ont prouve que les principes uri-

naires sont et trop nombreux el trop composés pour donner constamment naissance à des calculs d'une même nature ; que les concrétions urinaires, le plus souvent formées par l'acide urique, conlieunenldo l'urate d'ammoniaque, du phosphate de chaux, du phosphate ammoniaco-magnésien, de l'oxalate do chaux, de la silice, et que ces substances, simples ou combinées doux à deux, trois à trois, formaient les matériaux de près de six cents calculs qu'ils ont anal}'sés. Quelque étendues que soient ces recherches , il y a lieu de croire que , continuées par les chimistes, elles offriront des résultats encore plus variés. Car de même qu'il n'est aucune molécule intégrante du corps qui ne puisse en être évacuée par la voie des urines, et se monlrerdans ce liquide, de même on ne conçoit point que , dans diverses circonstances qu'il est impossible de déterminer ou de prévoir , tout ce qu'il y a de concrescible dans le corps ne puisse former la matière des calculs urinaires. C'est ainsi que WoUaslon a découvert une nouvelle matière susceptible de former les calculs vésicaux, et qu'il nomme oxidecyslique.

Cette diversité des éléments qui entrent dans la composition des calculs urinaires, le défaut désignes auxquels on puisse reconnaître leur nature , la sensibilité des parois de la vessie qu'irritent dangereusement les réactifs , à l'aide desquels on pour ■ rait dissoudre les concrétions qui se forment si fréquemment dans sa cavité , doivent faire regarder comme bien difficile au moins, sinon comme toutà-fait impossible, la découverte d'un lithontriptique qui rendrait inutile une opération chirurgicale dont onapeul-êtrejusqu'ici trop exagéréetles difficultés el le danger.

XCVI. L'activité du système urinaire chez les habitants des climats tempérés estla causeà laquelle doit être attribuée la fréquence des affections calculeuses en Hollande , en Angleterre, en France, tandis qu'elles sont très-rares dans les contrées plus méridionales , où la sécrétion urinaire paraît remplacée par la transpiration cutanée, dont la quantité est toujours en raison inverse de celle des urines. Nulle part il n'existe plus de calculeux qu'en Angleterre, et surtout qu'en Hollande, pays dont l'atmosphère froide et humide favorise mal l'excrétion transpiratoire , déjà peu abondante dans les sujets d'un tempérament lymphatique, tempérament qui est celui du plus grand nombre des Bataves. Ce n'est qu'en un tel pays qu'un opérateur (Raw) pouvait tailler plus de quinze cents malades, comme on dit qu'il l'a fait avec succès. Le diabélès , ou flux immodéré des urines, maladie qui paraît produite par un excessif relâchement du tissu rénal, n'a été fréquemment observé que dans les régions froides et humides, comme la Hollande , l'Angleterre et l'Écosse : il est plus rare en France et en Allemagne , et parfaitement inconnu dans les pays chauds. Ce relâchement du tissu rénal dans les diabétès dépend de la fatigue des organes urinaires trop exercés, comme le prouve le succès des toniques el des astringents dans le traitement de cette maladie.

Les affections de l'organe cutané semblent , au contraire, propres aux habitants des contrées méridionales. La lèpre nous vient de la Judée ; le mal

rouge , de Cayenno ; le pian , de Java ; l'yaws , l'éléphantiasis, les éruptions dartreuses , scabieuses sont plus communes chez les peuples du midi qné chez ceux qui vivent sous les zones tempérées. Soai les climats voisins de l'équateur, la surface du corpi habituellement en contact avec une atmosphère embrasée, se trouve frappée d'un vif excitement; la peau, plus irritée, sécrète davantage; la transpiration est tellement abondante , qu'elle affaiblit rapidement ceux qui, venant des pays éloignés, n'ett ont pas encore contracté l'habitude. Le système cutané est dans un élat d'activité prédominante, relativement au système urinaire, dont l'action décroît proportionnellement. Ces différences dang l'énergie des deux systèmes expliquent aisément la diversité de leurs maladies; car, loi générale,, plus un organe ou un système d'organes s'exerce, plus il est exposé aux maladies, qui ne sont que des dérangements de son action.

Les affections calculeuses sont plus fréquentes dans l'enfance et la vieillesse que dans l'âge adulte. Dans la vieillesse, on transpire moins, on urine davantage. Les sels phosphoriques, base d'un grand nombre de calculs urinaires, sont plus abondants chez les vieillards, comme le prouventl'ossitication des artères, des ligaments, des cartilages, des membranes, la solidification, le durcissement presque général des parties. Dans les enfants, l'activité do système urinaire est proportionnée à celle des organes digestifs. Destinés à évacuer au dehors le résidu de la nutrition, Irès-activeà cette époque de la vie, les organes sécréteurs de l'urine jouissent également d'une grande énergie. Enfin, on observe que le plus grand nombre de calculeux reçus dans les hôpitaux des grandes villes vient des rues basses et humides, voisines des fleuves qui les traversent: tout concourt donc à établir que la fréquence des calculs urinaires dépend d'un accroissement marqué dans l'activité de l'appareil destiné à la sécrétion el à l'excrétion de l'urine.

XCVH, Usages de la sécrétion urinaire. Si l'on considère que le sang présente toujours la même composition, malgré l'introduction journalière d'un grand nombre de principes différents dans ce liquide à la suite de la digestion et de la respiration; si, d'une autre part, on réfléchit à l'abondance de la sécrétion urinaire et à la grande variété des substances que renferme accidentellement l'urine, on sera conduit à penser que l'usage principal de la sécrétion urinaire est d'entretenir le sang dans un état d'identité constante. Aussi avons-nous vu l'urine présenter , dans les modifications qu'elle éprouve, une analogie marquée avec les substances étrangères que la digestion , la respiration et les différentes absorptions intérieures avaient introduites dans le sang. Dans cette dépuration que lo rein accomplit, on voit certain* matériaux passer de l'estomac dans la vessie sans être décomposés. D'autres, au contraire, sont plus ou moins allcrc?. Certains sels échangent leur base; el celte double décomposition a été mise à profit pour faire parvenir dans la vessie des substances salines dont la base peut y accomplir une action mcdicatricc importante.

XCVUL Sécrétion biliaire. L'existence du foie

DES SÉCRÉTIOKS.

inslous les animaux vertébrés, et dans tous les limaux invertébrés qui ont un cœur et des yais- ,uix , a donné une haute idée des usages oonfiés cet organe, et depuis long-temps on a pensé qu'ils t laient pas enlicrcmeut affectés à l'acte delà diction. Il s'est même rencontré des physiologistes 1 i ont considéré la sécrétion biliaire comme étran- ■I c à la chjliflcalion , parce qu'en plusieurs ciriiislances les fonctions digestives n'ont éprouvé iLune altération, quoique, par suite de maladies 1 foie ou de ses conduits excréteurs , la bile ait ssé d'être versée dans le duodénum pendant pluurs mois et même plusieurs années. Nous ne refendrons pas ici sur celte discussion, que nous yons exposée en traitant de la digestion, ï Parmi les physiologistes qui considèrent le foie mme un organe d'hématose, les uns ont pensé Vil contribuait à cet usage en séparant du sang les (atériauxqui constituent la bile, étant ainsi sur la 'iême ligne que les reins; les autres ont regardé lUe fonction comme entièrement indépendante de s sécrétion biliaire. Au nombre des partisans de la emière opinion, on doit surtout citer Elliotson. ■ ici les arguments qu'il a fait valoir pour déntrer que le foie pouvait être envisagé comme ivicaire du poumon : 1" Ce sont les deux seuls orales qui reçoivent du sang veineux. 2° Le poumon •l sans action avant la naissance ; le foie est alors lormémentdéveloppé. 3°Dans les climats chauds, poumon absorde moins d'oxigène ; le foie jouit c contraire d une activité remarquable. 4° A la Ussance, ce dernier organe diminue alors que le mier double et triple de volume. 5° Dans les eses anim.iles, le volume du foie est en raison inse de celui des poumons; on voit même , dans laïques animaux à sang froid , où le poumon agit a, le foie recevoir non-seulement le sang des 'nés intestinales , mais encore celui qui revient .1 membres postérieurs, de la queue, des organes naires et de la veine azygos. 6" Enfln , dans la Ubisie, le foie augmente considérablement de Diurne , et la bile est sécrétée en grande quantité, sasi, conjointement avec le poumon , le foie ôtetau sang son excès d'hydrogène et de carbone : une peut refuser à cette doctrine quelque chose I très-séduisant.

XCIX. Sécrétions en général. Si l'on voulait sndre l'idée que fait naître le terme sécrétion, ] pourrait dire que tout s'opère par la voie des îrélions dans l'économie vivante. Qu'est la digesn, sinon la sécrétion ou la séparation de la partie ijrleuse ou nutritive des aliments, de leur portion aie ou excrémenlilielle ? Les absorbants lympha- UC8 ne concourent-ils pas à cette sécrétion ? ne >uveut-ils pas être considérés comme les conduits fréteurs de l'organe digestif, qui agit sur les aliintsde la même manière qu'une glande sécréloire 'r le sang qui contient les matériaux de laliqueur ■'elle doit élaborer? La respiration n'est, ainsi e nous l'avons vu , qu'une double sécrétion que ooumon opère , d'une part , de l'oxigène contenu 3s l'air atmosphérique; et d'autre part, de l'hy- )gène et du carbone, de l'eau et des autres prines hétérogènes dont le sangveineux est chargé ; comme nous le prouverons dans le chapitre qui

suit, la nutrition n'est elle-même qu'un mode particulier de sécrétion différent dans chaque organe. Ce n'est donc que par une suite de séparations ou d'analyses, souvent très-délicates et très-compliquées, que nos organes parviennent à faire passer les corps étrangers à un tel état de composition, qu'ils puissent s'en séparer et s'en accroître.

Tout autorise à croire que les, phénomènes des sensations et des mouvements au moyen desquels l'homme établit avec tout ce qui l'entoure les rapports nécessaires à son existence, sont le résultat de sécrétions , dont le sang fournit également les matériaux préparés par le cerveau , par les nerfs et par les muscles , etc. Le végétal sépare de la terre dans laquelle ses racines sont répandues les sucs qui lui conviennent ; ces sucs forment lasève , qui, 'Ollrée dans une multitude de canaux, fournit aux diverses sécrétions, dont les produits sont les feuilles, les fleurs, les fruits, des gommes, des huiles essentielles , des acides. Tous les corps organisés sont donc autant de laboratoires dans lesquels de nombreux instruments exercent, spon tanément ou d'euxmêmes, des compositions , des décompositions , des synthèses , des analyses , qui peuvent être considérées comme autant de sécrétions faites aux dépens d'une humeur commune (1).

Si nous particularisons davantage notre sujet , et si nous ne considérons que l'homme, principal et presque unique objet de notre étude , nous voyons que les espèces de sécrétions qui peuvent s'opérer en lui sont extrêmement nombreuses et variées , qu'il suftit d'un changement d'état dans un de ses organes pour le transformer en sécrétoire d'une humeur nouvelle. C'est ainsi que toute inflammation d'une glande quelconque, entraîne le changement desécrétion dans l'organe affecté. Uneporlion de tissu graisseux atteinte de l'inflammation phlegmoneuse sécrétera , au lieu de graisse , un fluide blanchâtre connu sous le nom de pus. La membrane pituitaire enflammée fournira une mucosité qui , plus abondante et plus liquide , revient par degrés à son état naturel , à mesure que le coryza se dissipe ; les membranes séreuses, telles que la plèvre , le péritoine , laisseront exsuder une sérosité plus abondante , plus albumineuse , quelquefois même une lymphe concrescible; d'autres fois l'inflammation fait adhérer ensemble leurs surfaces conliguës; et comme l'état inflammatoire varie quant à son intensité, la sécrétion accidentelle présentera également des qualités variables : ainsi l'inflammation phlegmoneuso , qui doit fournir , lorsqu'elle se termine par suppuration, un fluide blanchâtre, épais , consistant et presque inodore, donnera, si elle manque de vivacité, un pus séreux , sans couleur et sans consistance, etc., etc. C'est

(I ) Un pliysiologisle écossais, M. Philips Wilson , après avoir pu lire pendant vingt ans ce passage , soit dans l'original, soit dans plusieurs traductions anglaises , a dit que la digestion, la production de la chaleur animale, tous les actes de la vie organique , sont du domaine de la force sécrétoire. Je ne relèverais point ici ce plagiat, si un jeune docteur, qui très-prohablement s'est servi dans ses études des premières éditions de cet ouvrage, ne s'étonnait, dans un journal, que M. Philips "VVilson ait eu lu hardiesse d'avancer une chose aussi nouvelle.

par une cause semblable que les vaisseaux sanguins de la matrice évacuent, chez quelques femmes, un sang foncé en couleur; «anilis que, chez d'autres, ils ne laissent couler qu'une sérosité peu ou point sanguinolente.

Le flux menstruel , chez les femmes , est le produit d'une véritable sécrétion qu'opèrent les capillaires artériels de l'utérus , de la même manière que ceux de la membrane piluitaire, de la membrane des bronches, de celle de l'estomac, des intestins, de la vessie , etc. , laissent transsuder , OH versent abondamment le sang par leurs pores dilatés , lorsqu'un principe d'irritation y a établi son siège, dans les hémorrhagies nasales , les hémoptysies,les vomissements de sang qui n'ont point pour cause la rupture des vaisseaux produite par une violence extérieure. L'apoplexie elle-même, sanguine ou séreuse , peut être, dans plusieurs cas, rangée au nombre de ces flux sécrétoires , dont la matière "varie suivant l'activité dont sont animés les capillaires par lesquels ils s'établissent. L'ouverture des cadavres découvre souvent des amas de sang dans les ventricules du cerveau, chez les personnes qui ont succombé à une attaque d'apoplexie; et cependant l'examen le plus attentif ne peut faire apercevoir le plus léger déchirement, la moindre rupture, soit dans les veines , soit dans les artères de l'intérieur du crâne.

Les nerfs, qui entrent toujours en plus ou moins grand nombre dans la structure des organes sécréteurs, et viennent principalement des grandssympathiques (1), se terminant de diverses manières dans leur substance, semblent donner à chacun d'eux des propriétés particulières, en vertu desquelles ils reconnaissent dans le sang que les vaisseaux leur apportent , les matériaux de la liqueur qu'ils doivent préparer, et se les approprient par un choix véritable. En outre, ils les font jouir d'un mode particulier d'activité, dont l'exercice fait subir à ces éléments séparés une composition propre , et imprime au liquide qui en est le produit des qualités spécifiques, toujours relatives au mode d'action dont il est le résultat. Ainsi le foie retient les matériaux de la bile contenus dans le sang de la veineporte, travaille, combine ces matériaux, et en forme la bile, liqueur animale, reconnaissable à certaines propriétés caractéristiques qui doivent éprouver quelques variations , suivant que le sang contient , en proportion plus ou moins grande , les éléments qui entrent dans sa préparation ; suivant aussi que la glande est plus ou moins bien disposée à les retenir, et à en opérer le mélange plus ou moins intime. Les qualités de la bile dépendant du concours de toutes ces circonstances , doivent présenter autant de différences que le sang qui en contient les principes et que l'organe hépatique peuvent offrir de variétés relatives à la composition de celuilà et au degré d'activité de celui-ci. De là les altérations du liquide, altérations dont les plus légères ,

(1) Us viennent aussi en assez grand nombre des nerfs cérébraux. C'est ainsi que les glandes salivaires reçoivent de la «cptième paire, du maxillaire de la cinquième cl des nerfs cervicaux , un très-grand nombre de nerfs , •i l'on fait attention au peu de volume de ces glandes.

compatibles avec la santé , échappent à l'observa i teur; tandis que celles qui sont plus complètes et dé il rangentl'ordre naturel des fonctions, semanifesten f par des maladies dont elles peuvent être regardéci il comme l'effet , et d'autres fois comme la cause. Cei i altérations de la bile (et ce que nous disons icid( r la sécrétion de ce liquide peut s'étendre à prcsqni il toutes les sécrétions qui s'opèrent dans l'écouonjji i(i animale), ces altérations ne sont jamais porléess loin que la bile devienne méconnaissable; elle cou i h serve plus ou moins ses caractères essentiels e î primitifs : jamais elle ne revêt les qualités d'uni ; ! autre liqueur, etnc ressemble an sperme, àTurioei i à la salive. l ;

L'action des glandes sécrétoires n'est pas cont|ii^ nuelle; presque toutes sont soumises à des alterniàit tives d'action et de repos; toutes, comme le disawf Bordeu , s'endorment ou se réveillent lorsqu'unM'j irritation s'exerce sur elles ou à leur voisinage détermine leur action immédiate ou sympatbiquân Ainsi la salive se sécrète en plus grande quantilmi pendant la mastication ; le suc gastrique n'est ver^^îi dans l'intérieur de l'estomac que pendant la duré(ii! de la digestion stomacale ; lorsque l'estomac est vit||J d'aliments , la sécrétion cesse, pour s'opérer de noii^j^ veau quand l'introduction d'un nouvel alimerî-lu produira l'irritation nécessaire. La bile coule plu^ abondamment, et la vésicule du fiel se débarrasse d^ï celle qui la remplit , pendant que le duodénum ei^n rempli par la pâte chymeuse , etc. ^

Lorsqu'un organe sécréteur entre en action,' entraîne dans son mouvement les parties qui l'e vironnentou se trouvent dans son atmosphère (Bo deu ). On dit qu'une partie est dans le déparleme de telle ou telle glande , quand elle participe mouveraenldont celle-ci estagilée pendant le lem que dure sa sécrétion , ou lorsqu'elle remplit d usages relatifs au travail dont celte glande est cha gée : ces départements sont plus ou moins étendu suivant que l'action des glandes est plus ou raoii importante. Ainsi l'on peut dire que la rate et plus grand nombre des viscères de l'abdomen soi du département du foie , puisqu'il en reçoit le saij qu'il doit élaborer. Le foie est aussi compris dans sphère d'activité du duodénum ; car la réplélioni cet intestin l'irrite , détermine un afflux d'humcn| plus abondant et une sécrétion de bile plus copieusi

Le sang qui arrose une glande sécrétoi éprouve-t-il , avant d'y arriver, des altératio préparatoires qui le disposent à fournir les mat riaux de la liqueur qui doit en être séparée ? No avons vu, au chapitre de la Digestion, que le sa qui porte au foie les éléments propres à la i crétion de la bile, est probablement celui la veine-porte ; mais si l'on excepte cette gland tous les autres organes sécréteurs reçoivent du sai artériel qui est partout identique. Cette opinion, qi Legallois s'est plu à développer, n'a plus besoin a jourd'hui de démonstration ; seulement on pe i croire que la manière dont le sang pénétre dans 1 glandes n'est pas sans influence sur leur sécrétioi le rein, par exemple , recevant ses artères par u simple scissure peu étendue, doit éprouver de colonne de sang qui l'aborde , des ébranlemei essentiels à l'acte de la sécrétion.

DES SÉCRÉTIONS

Au reste , la vitesse avec laquelle le sang arrive à !ii organe, la longueur , le diamètre, la direction, L'S angles de ses vaisseaux , la disposition de leurs iorniércs ramifications qui peuvent être slellées en étoiles ) comme dans le foie , sparaginécs ( sem- 'ables à des rameaux d'asperges) comme dans i rate , frisées comme dans Jes testicules, paraisaient à Boerhaave et aux mécaniciens des circonlances essentielles dans l'examen de chaque sécréon , tandis que , de nos jours , on leur accorde peu influence sur la nature du liquide sécrété, et sur i manière dont la sécrétion s'opère.

Nous avons à nous occuper d'une question bien )lus importante, celle de savoir si l'action de la ; lande consiste à séparer du sang les principes qu'on c lronve dans les humeurs sécrétées, ou bien à créer eiix-ci de toutes pièces. En comparant entre eux es différents fluides, on voit que la plupart coniennent à peu près une proportion d'eau et de sels inalogues à ceux du sang ; il en est de même de crtaines substances étrangères à la composition or- 1 inaire du sang, et qui sont introduites accidenteloment dans ce liquide. Il est permis de croire que 'es parties ne font que traverser l'organe sécréteur ; mà\s pour les principes immédiats, la chose est bien olus obscure ; quelques-uns , il est vrai, de ceux que Jesproduits de sécrétion renferment, se retrouvent »^3galeraenl dans le sang d'une manière permanente : 'elle l'albumine ; ou bien accidentellement, lorsque o'organe glandulaire a cessé ses fonctions : telles l'u- •ée , la matière jaune de la bile ; en sorte que l'hyoiothèse précédente peut encore s'appliquer ici. Il œn est enfin qu'en aucune circonstance on n'a pu encontrer dans le sang: tels la matière salivaire , l'acide urique, etc. Il faut bien admettre pour ces derniers une création nouvelle , à moins de supposer avecBerzéliusqueces principes sont le résultat ele l'action de la glande sur d'autres principes qui Bie trouvent exclusivement dans le sang, à savoir la tibrine, la matière colorante, etc., et qui, en trae/ersantla glande , éprouvent une modiûcalion dans a proportion de leurs principes constituants , hy- Irogène, oxigène, carbone et azote, d'où résultent eurs nouvelles propriétés.

Ces notions nous permettent d'apprécier plusieurs ihéories autrefois en honneur sur le mécanisme des lécrétions , et maintenant tombées en désuétude; 1° celle des mécaniciens : d'après elle , les globules idu sang, d'inégale grosseur, seraient admis dans les trous que les glandes , espèces de cribles ou de amis plus ou moins fins, leur présenteraient; 'i" celle de Hamberger, qui prétend que chaque 'humeur se dépose dans son organe sécréteur, en ivertu de sa pesanteur spécifique; 3" celle des chimistes qui avaient doué chaque glande d'un ferment «particulier destiné à faire subir au sang les modifiicalions d'où résultait le fluide sécrété ; 4" celle où l'on compare chaque glande à une réunion de tubes icapillaires qui ne retirent d'un mélange que le «liquide dont ils ont été d'abord humectes; 5" celle edeKeil, qui dotait le sang de forces attractives et, ^répulsives, etc. Nous verrons bientôt ce qu'on a t dit du role que les principes nerveux et électrique î-jouentdans les sécrétions.

Suivant Bordeu , lorsqu'une glande est irritée ,

elle devient un centre de fluxion vers lequel les humeurs al'fluent de toutes parts; elle se gonfle, se durcit , se contracte , entre dans une espèce d'érection , et agit sur le sang qu'apportent ses vaisseaux. La sécrétion , dépendante d'une force propre et inhérente à l'organe glanduleux, est favorisée par les secousses légères qu'il reçoit des muscles voisins. La douce pression que ces parties exercent sur les organes glandulaires suffit pour entretenir leur excitement et aider à la séparation et à l'excrétion du liquide. Dans son excellent ouvrage sur les glandes et leur action, Bordeu a bien prouvé que ce n'est point par la compression que les muscles "voisins exercent sur elles, que les glandes se débarrassent de la liqueur qu'elles ont séparée ; qu'ainsi les physiologistes avaient le plus grand tort de dire que Vexcrétion d'un liquide n'en était que Vexpression , et de comparer , sous ce rapport , les glandes à des éponges imbibées d'un fluide dont elles se vident lorsqu'on les comprime.

Les conduits excréteurs des organes absorbent ou refusent la liqueur séparée, suivant la manière dont elle affecte leurs bouches inhalantes ; ces conduits partagent l'état convulsif de la glande, se redressent sur eux-mêmes , et se contractent sur le liquide pour le chasser au dehors. Ainsi la salive jaillit quelquefois du conduit de Slénon à la vue et au souvenir d'un aliment fortement désiré ; ainsi les vésicules séminales et l'urètre (car ces réservoirs dans lesquels les humeurs séjournent quelque temps avant d'être mises au dehors , doivent être regardés comme faisant partie des canaux excréteurs ) se contractent, s'érigentets'alongent pour darder auloin la liqueur spermatique.

On a vu les uretères minces et transparents des volatiles se contracter sur l'urine, qui, dans ces animaux, se concrète à la faveur de la moindre stagnation.

Après avoir persisté plus ou moins long-temps dans cet état d'excitation, les glandes se relâchent, leur tissu s'affaisse, les sucs cessent de s'y porter en aussi grande abondance ; elles s'endorment, et durant le repos elles réparent leur sensibilité, qui se consume par un long travail. On sait qu'une glande trop long-temps stimulée devient, comme toute autré partie, insensible au stimulus, dont l'application la dessèche et l'épuisé.

D'après ce que nous venons de dire touchant le mécanisme des sécrétions, on voit que cette fonction se partage en trois périodeshien distinctes: 1° celle de l'irritation, caractérisée par l'accroissement des propriétés vitales et l'arrivée plus abondante des fluides , suite nécessaire de cette excitation ; 2° le travail de la glande : c'est la sécrétion proprement dite; 3» enfin l'action par laquelle l'organe se débarrasse du fluide qu'il a préparé : c'est l'excrétion, dernier acte dans lequel il est aidé par les parties voisines. La fluxion, le travail sécrétoire et l excrétion se succèdent, précédés par l'excitation , cause première de tous les phénomènes subséquents. La circulaliqn est d'abord activée ; plus de sang arrive ■ et pénètl^ le tissu de la glande. Le docteur HJurat a eu occasion d'ouvrir un grand nombre de vieillards morts dans la maison de Bicêtro, et connus pour de grands fumeurs de tabac. Il a conslammcnl

observé que leurs parolitles, continuellement agacées par cet exercice, élaienl plus volumineuses que celles des individus qui ne s'y livraient point, et qu'elles présentaient une rougeur bien remarquable, dépendanlo de la présence du sang dont elles étaient habilucllcmenl injectées.

Quel rôle jouent les nerfs dans le mécanisme des sécrétions? ou quelle part doit-on attribuera l'influence nerveuse dansl'élaboralion deshumeurs fournies par des organes glandulaires ? Toutes les glandes qui reçoivent leurs nerfs du système de la vie animale, tels que les glandes lacrymales etsalivaires, paraissent, dans certains cas, recevoir du cerveau l'excitation sécréloire. Le travail de l'imagination suffit pour la déterminer. C'est ainsi que les paupières se mouillent de larmes involontaires, lorsque l'esprit est occupé d'idées tristes, et que la bouche est inondée de salive par le souvenir d'un mets savoureux. Dans ces cas, l'action des nerfs dans le travail sécrétoire ne saurait être contestée : les glandes conglomérées, qui reçoivent leurs nerfs des grands-sympathiques, les reins, le foie, le pancréas, paraissent un peu moins influencés par les affections de l'âme ; leurs nerfs leur viennent presque entièrement des grands-sympathiques; les reins surtout, sauf quelques branches du pneumogastrique , ne reçoivent aucun filet nerveux de la moelle de l'épine ou du cerveau : leur sécrétion néanmoins est loin d'être indépendante de l'influence nerveuse. Un accès de frayeur, de colère , etc. , suffit pour réduire les urines en un liquide parfaitement incolore , occasione des superpurgalions bilieuses ; les affections de la moelle épinière , la section de cet organe sur les animaux, modifient la sécrétion urinaire , surtout en diminuant la proportion des principes organiques de l'urine , etc. , etc. Est-ce que , comme le docteur "Wollaslon en a eu le premier l'idée , le système nerveux remplit ici l'office d'un appareil électrique pour déterminer la séparation des matériaux chimiques de nos sécrétions ? Chaque glande sécrétoire serait-elle dans un état permanent d'électricité positive ou négative , de telle manière que les organes destinés à séparer du sang les liquides essentiellement escrémentitiels , et par conséquent acides ( Berzélius) , l'urine, par exemple , de telle manière, dis-je , que ces organes sécréteurs seraient électrisés positivement , tandis que le foie cl les autres glandes qui fournissent un fluide destiné à rentrer en partie dans la masse du sang , et par conséquent alcalin , seraient dans l'état d'électricité négative ?

Le principe de l'électricité joueraît-il un si grand rôle dans les sécrétions , et ces phénomènes seraient-ils tous asservis à la loi générale de la polarité ! C'est en vain que pour étayer cette opinion on cite à l'appui l'expérience de M. Fodéra, qui, remplissant la vessie d'un lapin d'une solution de prussiate dépotasse, et faisant communiquer celle solution par un fil de cuivre avec un des pôles do la pile , puis appliquant à l'extérieur de la vessie un linge imbibé de sulfate de fer , et communiquant par un fil de fer avec laulrc extrémité , ou pôle positif de la pile , a vu que le linge extérienr était soudain coloré en bleu; que par ce procédé

le phénomène de la transsudation , qui mot souvent une heure à se produire, a lieu inslaulauément, etc. , etc. La théorie électrique ne peut néanmoins cire admise ; car comment expliquer par elle la formation de fluides si variés, tandis que l'électricité , force identique , agissant sur uu liquide identique, le sang, devrait toujours donner lieu à la formation de produits identiques? D'ailleurs , qui a pu démontrer le plus léger développement d'électricité dans le sang ou les glandes? et cependant les instruments destinés à faire reconnaître la puissance de cet agent décèlent sa présence , quelque faible que soit son intensité.

La multitude d'organes sécrétoires , inccssamment occupés à séparer divers liquides de la masse des humeurs , répuiseraient bien vile, si les calculs des physiologistes sur ce que chaque glande peut fournir, n'étaient pas visiblement exagérés. En effet, si l'on admet aveclïaller que les glandes muqueuses des voies intestinales sécrètent en vingtquatre heures huit livres de mucosités ; que, pendant le même intervalle , les reins séparent quatre livres d'urine ; qu'une égale quantité sort par la transpiration insensible , autant encore parla transpiration pulmonaire , on perdra chaque jour vingt livres de liquides presque entièrement excrémentitiels ; car nous ne faisons entrer dans ce calcul ni les larmes , ni la bile , ni la salive et l'humeur pancréatique, qui rentrent en partie dans le sang après en avoir été séparées , ni la sérosité qui mouille les surfaces intérieures , et qui est purement récrémentilielle.

Cette exagération dans le calcul des humeurs qui sortent chaque jour par les divers éraoncloires, tient à ce qu'on a toujours pris le maximum de chaque sécrétion , sans faire attention qu'elles se remplacent et se suppléent mnluelleraent ; de manière que les urines coulant moins abondamment, l'on transpire davantage; et vice versâ. On sait qu'un prompt refroidissement de la peau occasione souvent des diarrhées opiniâtres, les humeurs, toutà-coup refoulées vers le conduit intestinal , devant sortir par les membranes muqueuses , dont l'action se trouve prodigieusement augmentée. Une sorte de diabétès survient chez la plupart des individus exposés aux premiers froids de l'automne; le refroidissement subit de la surface du corps , en accroissant proportionnellement l'exhalation des membranes séreuses, donne quelquefois lieu à des hydro-thorax , à des asciles , à l'hydrocèle.

Dans les maladies , les sécrétions peuvent se suppléer les unes les autres. Nous avons déjà dit que l'ablation des reins avait été suivie d'une augmentation considérable dans la sécrétion de la bile ; plusieurs maladies de ces organes déterminent l'bydropisic. Lorsqu'un organe en supplée un autre dans sa sécrétion , c'est tantôt en augmentant la fabrication de l'humeur qu'il produit habituellement; tantôt, ce qui est plus rare , en sécrétant les principes mêmes qui se trouvent dans le liquide de la glande qui a cessé ses fonctions : ainsi l'on a retrouve dans l'urine plusieurs des parties essentielles de la bile qui n'était plus versée dans le duodénum : un grand nombre d'auteurs ont parlé de vomissements, do salivations, de sueurs uriucuses , dans les cas de

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