CHAPITRE PREMIER
DE LA DIGESTION
I. La, digestion est une fonction commune à tous les animaux , par laquelle des substances qui leur sont étrangères , introduites dans leur corps, et soumises à l'action d'un système particulier d'organes, changent de qualités, et fournissent un composé nouveau , propre à leur nourriture et à leur accroissement.
II. Considérations générales sur Vappareil digestif. Les animaux seuls sont pourvus d'organes digestifs ; tous , depuis l'homme jusqu'au polype , présenlenlune cavité alimentaire diversement figurée : l'existence d'un appareil digestif peu t donc être donnée comme le caractère essentiel do l'animalité. Dans l'homme , cet appareil consiste en un long canal qui s'étend de la bouche à l'anus ; dans ce canal viennent s'ouvrir les conduits excréteurs de diverses glandes qui , placées au voisinage , sécrètent des liqueurs propres à altérer , à fluidifier, à
animaliser la matière alimentaire. Les différentes parties de ce tube digestif n'ont point une ampleur égale : d'abord évasé dans la portion que forment la bouche et le pharynx , il devient plus étroildans l'œsophage ; c«lui-ci , en se dilatant beaucoup , donne naissance à l'estomac , qui se rétrécit de nouveau, pour se continuer sous le nom de tube intestinal. Ce conduit présente lui-même une grosseur bien différente dans les divers points de son étendue ; et c'est sur la considération de ces différences de grandeurque sont principalementétablies les divisions des anatomistes.
La longueur du tube digestif est de cinq à six fois celle de tout le corps dans un homme adulte ; elle est proportionnellement plus considérable dans l'enfant : à cet âge aussi la digestion est plus active , proportionnée au besoin qu'a l'individu de croître et de réparer. La cavité digestive est , dans l'homme , ouverte par ses deux extrémités; chez quelques animaux , les zoophytes, par exemple , une ouverture unique remplit à la fois les fonctions de l'anus et de la bouche, sert à l'entrée des
aliments et à la sortie do leur résidu cxcrémcntiliel (1).
L'étendue des Yoies digestives est relative à la nature des aliments dont les animaux se nourrissent: moins ces aliments sont analogues, par leur nature, à la substance de l'animal qu'ils doivent nourrir , plus ils doivent séjourner long temps dans l'intérieur de son corps, afin d'y subir les altérations nécessaires. Aussi observe t-on que l'intestin des herbivores est très-long , leur estomac fort ample, et souvent multiple , tandis que les carnivores ont un tube digestif court , étroit , et tellement disposé, que les substances animales qui nourrissent davantage sous un volume, dont la digestion est plus facile et plus prompte , et qui d'ailleurs pourraient s'y putréfier par un trop long séjour, le parcourent avec rapidité. Sous ce rapport, l'bomme tient le milieu entre les espèces qui se nourrissent de végétaux et celles qui vivent de chair. En parlant des aliments, nous reviendrons sur la question de savoir si l'homme est indistinctement appelé à ces deux nourritures ; s'il n'est exclusivement ni herbivore ni Carnivore , mais omnivore ou polyphage ; question facile à résoudre , et qui a long-temps occupé les médecins , les naturalistes et les philosophes : chacun d'eux apportant , en faveur de son opinion , des arguments assez plausibles, tirés de la forme et du nombre des dents , de la longueur du conduit intestinal , de la force de ses parois , etc.
Les parois du tube digestif sont essentiellement musculaires; une membrane muqueuse en tapisse tout l'intérieur , en y formant divers replis ; enfin, une troisième tunique s'ajoute accidentellement à l'extérieur des deux autres : elle est fournie par les plèvres à l'oesophage, et par le péritoine à l'estomac , ainsi qu'au tube intestinal. Le caractère de cette troisième tunique est de ne point recouvrir toute la surface des parties du tube auxquelles elle s'applique.La tunique musculaire peutêtre considérée comme un long muscle creux , étendu de la bouche à Tanus, formé, dans presque toute sa longueur, de deux plans de tibres , les unes longitudinales, et les autres circulaires ; la volonté préside aux mouvements de ces deux extrémités , tandis que le reste de sonétendue esthors de son empire. Dans les cellules du tissu qui unit ses surfaces aux deux autres tuniques , on ne voit jamais s'amasser de la graisse , qui eût pu gêner ses contractions, rétrécir et même oblitérer le conduit le long duquel il fait descendre les aliments.
III. Des aliments et des boissons. Autrefois on entendait par aliments toutes les substances provenant de l'extérieur , qui, introduites à l'intérieur du corps , avaient la propriété d'en réparer les pertes.
(I) S'il faut en croire Thomas Bartholin , et si un mendiant, habitant de Yoid , département de la Meuse, sur la grande route de Paris à Strasbourg, n'est point un imposteur, comme le ferait présumer l'invincible opiniâtreté qu'il a de tout temps mise à éviter l'examen des gens de l'art, « des hommes offrant une occlusion complète des » voies intestinales , ont pu vivre rendant par la bouche I) leurs aliments réduits en une pâte liquide quelques heures » après les avoir pris » (voyei Archives générales do médecine , avril 1824) : ces êtres imperforés jouiraient d'une existence jusqu'à un certain point analogue à celle des polypes.
Suivant cette définition, l'air était un aliment; aussi i lui attachait-on l'épithète de pabulum vitœ. Cette acception trop vaste peut être restreinte aux matières introduites dans le canal alimentaire, et ayant la propriété de réparer la partie solide du sang (les boissons en réparant la partie liquide). M. Magendie ajoute une condition restrictive : c'est que l'aliment | suffise seul à la nourriture de l'animal. Il sera dé- i montré plus bas qu'aucun aliment ne jouit de cette propriété. Les aliments dont l'homme se nourrit sont tirés des végétaux ou des animaux. Le règne minéral ne fournit probablement que des assaison- ^\ nements, des médicaments ou des poisons. Relali- I vement aux sels que contiennent les matières anima- i les etvégétales.età la manière dont ils s'introduisent \ dans l'économie humaine , il n'est guère possible i d'indiquer quelque chose de positif avant qu'on soit arrivé à la solution d'une autrequestion , savoir ! si les sels sont en dissolution dans les liquides des i matières organiques, ou en combinaison avec les i substances vivantes. p Les substances réfractaires à l'action des organes ' ! digestifs, celles que les sucs gastriques ne peuvent i envelopper, émousser, dénaturer, jouissent à un I degré plus ou moins marqué de la propriété de trou- | hier l'action du tube digestif, qui se révolte contre tout ce qui lui résiste. Il n'y a point de différence j essentielle entre le médicament et le poison. Nos i remèdes les plus héroïques sont tirés des substan- i ces vénéneuses : l'émétique, le sublimé, l'opium, i tous ces moyens si efficaces dans des mains habiles, '■ donnés à contre-temps ou à trop forte dose , de- ' 'i viennent les poisons les plus violents. Il résistent i énergiquement aux forces digeslives , ne leur four- ! nissent rien d'assimilable; tandis que les raédica- ! ments doux et sans vertu cèdent à ces forces , et i rentrent dans la classe des aliments. Que penser : ' alors de toutes nos tisanes, de l'eau de poulet, de ;l! l'eau de veau et autres semblables remèdes ? Que ' i l'on s'en sert pour tromper la faim et la soif du j malade , pour empêcher qu'il n'introduise dans son i estomac des substances dont la digestion laborieuse î i détournerait les forces nécessaires à la guérison de i I la maladie; que ce sont de simples précautions de i régime et que celui qui varie le plus ce genre de ! moyens ne fait cependant qu'une médecine pure- ï ment expectante , laissant à la seule nature le soin li de susciter ces mouvements salutaires dont la gué- 'Il rison doit être le résultat. Pourquoi certains pur- [ gatifs végétaux, tels que la manne, le tamarin, il administres à grandes doses , ont-ils si peu d'effet? ! C'est que ces substances contiennent beaucoup de . parties nutritives assimilables ; [de sorte que cer- ^ taines natures fortes les digèrent complètement, et |i neutralisent tout-à fait la partie irritante ou purga- Il tive. Une substance animale ou végétale, quoique i: essentiellement nutritive, peut agir à la manière t d'un médicament , ou même d'un poison , lorsqu'à i raison de l'extrême faiblesse du tube digestif, on (! parce qu'elle n'a pointété préliminaircment divisée :^ par les organes masticatoires, elle résiste à l'action |(i digestive. C'est ainsi que surviennent les indiges-jll lions , parce que l'estomac est affaibli, parce qu'Un est chargé d'une masse trop considérable de ma- ticrcs , parce qu'imparfaitement triturées elles •!
DB LA DIGESTION
résistent à la dissolution, etc., etc. C'est dans les considéralions de celle espèce qu'existent les \rais fondeinculs de la matière médicale.
Les substances minérales sont d'une nature trop hétérogène à la nôtre pour pouvoir être converties en noire propre substance ; il semble que leurs éléments aient besoin d'être élaborés par la vie végétative ; ce qui a fait dire , avec raison, que les plantes peuvent être regardées comme des laboratoires dans lesquels la nature prépare l'aliment des animaux.
Les physiologistes distinguent la substance alimentaire de l'aliment. La première renferme les matières qui sont introduites dans le canal digestif; le second comprend la partie de ces matières qui est assimilée. L'on a long-temps pensé que cette partie séparée était toujours de même nature; c'est ce qu'Hippocrate avait professé: Il n'tj a, dit-il, quun aliment ; mais il existe plusieurs espèces d'aliments. On a essayé de déterminer la nature de ce principe alimentaire. Lorry le croyait mucilagineux ; Haller, glulineux : mais on ne peut aujour- , d'hui admettre l'identité constante de l'aliment , ; puisque la substance alimentaire a besoin d'être variée pour qu'elle puisse entretenir la vie. Un chien nourri exclusivement avec du pain blanc et de l'eau distillée , succombe au bout de trente à quarante , jours.
Ici se place naturellement la question de savoir I si l'homme est herbivore, Carnivore ou omnivore,
• et, dans celle dernière supposition, s'il n'est pas i appelé à user d'une plus grande quantité de sub-
• stances végétales que d'animales, et réciproque- 1 ment. L'observation des faits et l'anatomie compa- 1 rée vont nous fournir les données nécessaires pour
• décider cette question.
On a des raisons pour croire que dans l'origine 1 l'homme s'est nourri de fruits et de plantes tendres: ( c'est une faible objection contre celte opinion que c celle tirée de l'amertume du gland , dont on sup- ) pose que les premiers hommes se sont en partie I nourris, car, dans certains pays, le fruit du chêne i a une saveur très-agréable. Les récits des voyageurs i nous apprennent que des sauvages ont encore auî joard'hui une nourriture toute végétale. LesBrames I sont dans le même cas. Newton a pu se nourrir t exclusivement de pain pendant tout le temps qu'il
< employa à méditer son traité de l'optique.
D'un autre côté , les habitants de la Nouvelle- 1 Hollande prennent pour nourriture presque unique t des poissons. On trouve encore aujourd'hui des ! tribus chasseresses qui ne mangent que du gibier.
EnGn, dans l'état de civilisation, l'homme met à
< conti ibulion le règne animal et le règne végétal.
Que conclure de ces observations? c'est que ) l'homme peut se nourrir , soil avec des végétaux ,
• soit avec des animaux, soit à la fois avec les uns et les autres.
Si de l'observation des faits nous passons à l'élude comparative de l'organisation humaine et de celle '. des animaux herbivores et carnivores, nous voyons ' que chez ces derniers les articulations de la mâchoire inférieure sont disposées de telle sorte , que les raouvemenls de haut en bas sont faciles el les latéraux impossibles. Tout ce qui a rapport à ces
deux ordres de mouvements se rattache à celte idée générale. D'une part , volume énorme des muscles élévateurs de la mâchoire, temporaux, masselers et ptérygoïdiens internes ; grande étendue des surfaces d'implantation des muscles, des fosses temporales qui, chez le lion, occupent tout un côté du crâne; force de l'arcade zygomalique , et courbure qui augmente son étendue , multiplie les points d'attache du masseter. et produit une coulisse trèslarge , dans laquelle glisse l'énorme tendon du temporal. D'une autre part, muscles des mouvements latéraux ou ptérygoïdiens externes , et aile externe de l'apophyse pléi ygoïde peu développés.
Les dents , même les molaires , sont aiguës ou au moins anguleuses; l'estomac est simple, a un culde-sac peu étendu, parce que l'insertion de l'œsophage sur l'estomac est reportée tout-à-fait à gauche; les intestins sont très-courts.
Dans les herbivores se rencontrent des conditions différentes : les surfaces de l'articulation des mâchoires sont larges et plates, de manière à permettre des glissements latéraux; les muscles élévateurs de la mâchoire inférieure, les fosses temporales,sont peu développés; lesarcadeszygomaliques sont comprimées et rapprochées de la tète ; les ptérygoïdiens externes sont plus forts cl leurs surfaces d'implantation plus larges; les dents canines manquent dans quelques espèces; dans d'autres, ce sont les incisives; les molaires sont de vraies meules à broyer les végétaux : l'estomac a toujours un vaste cul-de-sac. Dans les ruminants , l'estomac est quadruple ; l'intestin grêle est très-long : chez le bélier, il a vingt-huit fois la longueur du corps de l'animal.
L'homme tient le milieu, pour ces caractères, entre les herbivores et les carnivores : articulation temporo-maxillaire permettant des mouvements latéraux, quoique la solidité des mouvements de haut en bas soit assurée; développement à peu près égal des muscles élévateurs de la mâchoire inférieure et de ses rotateurs, comme aussi des surfaces osseuses sur lesquelles s'implantent ces différents muscles; dents incisives et canines bien développées, mais égales et ne s'emboîtant pas les unes dans les autres; dents molaires mamelonnées ; estomac offrant un cul-de-sac; intestin grêle ayant un volume et une longueur intermédiaires entre ceux des mêmes organes chez les herbivores et les carnivores.
La conclusion équitable de cet examen comparatif, c'est qu'il y a dans la structure des animaux des raisons suffisantes pour expliquer la variété des aliments que prennent les différentes espèces; que cette variété d'alimentation n'est point le résultat del'habilude (quoique , pour élayer celte dernière opinion, on ait cité les observations d'animaux dont on avait pu changer entièrement la nature des aliments , tels que le pigeon , que Spallanzani nourrit avec de la viande , les chevaux , les vaches , les gallinacés, quel'on parvint à alimenter exclusivement avec de la viande ) ; qu'enfin , l'homme réunit en lui les deux caractères affectés aux herbivores et aux carnivores.
La question étant ainsi résolue, il s'en présente naturellement une seconde, qui, maigre l'intérêt
qu'elle offre, n'a pas aiilanl olé débaltuo que la précédenlo; la voici: L'homme élanl omnivore, a-l-il une tendance égale pour les aliments tirés du règne végétal el pour ceux fournis par le règne animal? Grimaud, comparant l'énergie de contraction musculaire de l'homme à celle des autres animaux , en conclut que nous sommes plus carnivores qu'herbivores. M«is Broussonet, au contraire, considérant que l'homme a en tout trente-deux dents, dont douze incisives et canines qui appartiennent surtout aux carnivores, tandis que les vingt autres molaires sont un attribut plus spécial des herbivores ; puis , évaluant à trente-deux la tendance de l'homme à se nourrir, il répartit inégalement celte tendance pour les alimentsanimaux ou végélaux, en accordant 12/32 au désir des substances animales, et 20/32 à celui des substances végétales; de telle sorte que la question posée en équation donne pour résultat que le besoin de l'aliment végétal est au besoin de l'aliment animal comme 20 est à 12.
Les aliments tirés des végétaux nourrissentmoins bien que ceux tirés du règne animal , parce que, sous un volume donné, ils contiennent moins de molécules assimilables à notre propre substance. De toutes les parties des végélaux , la fécule amylacée est la plus nutritive; mais elle se prête d'autant mieux à l'action des organes digestifs , qu'elle a déjà éprouvé un commencement de fermentalion : c'est pour cette raison que le pain levé est le meilleur de tous les aliments végétaux. Les chairs des jeunes animaux nourrissent moins bien que celles des adultes, quoique, dans le premier âge, elles soient plus riches en sucs gélatineux ; car cette gélatine abondante est aussi bien plus aqueuse. Le sucre et la gomme sont encore des substances trèsnutritives. L'Arabe traverse les vasles plaines du désert, n'avalant qu'une faible quantité de gomme arabique. Le nègre des Antilles acquiert de l'embonpoint dans la saison où la canne à sucre , parvenue à sa maturité, lui fournit un aliment préférable à ceux qui forment sa nourriture habituelle. On connaît la vertu restaurante des gelées animales et végétales ; les mets sucrés amènent bientôt la satiété chez les personnes qui ensont les plus avides. Plusieurs vieillards , arrivés à la caducité, ne soutiennent leur existence que par l'usage du sucre. J'en connais plusieurs qui passent la journée à broyer cette substance, travail pénible pour leurs mâchoires faibles et dégarnies. Le lait enfin, cette nourriture unique des premiers temps de la vie, contient, en grande proportion, des parties gélatineuses et sucrées, etc.
Quoique l'homme , appelé à vivre sous toutes les latitudes, puisse user de toute sorte d'aliments, on observe que les habitants des pays chauds préfèrent généralement ladiète végétale. LesBrachmanes dans l'Inde, les peuples des Canaries et du Brésil, etc., qui vivent presque uniquement d'herbages , de graines et de racines, habitent sous un climat contre les ardeurs duquel ils sont obligés de se défendre. Or, la digestion des végélaux exige moins d'action et d'efforls; elle est accompagnée do moins d'irritation el de chaleur. Les sectes philosophiques ou religieuses qui ont fait une vertu de l'abstinence des chairs^ fureul toutes établies dans les contrées
méridionales. L'école de Pylhagore fleurit en Grèce, f et les pieux cénobites qui, dans les commencements delà religion chrétienne , peuplèrent les solitudes de là Thébaïde , n'eussent pu endurer d'aussi longs ' jeûnes, et se soutenir avec des dattes et de l'eau ; pure sous un climat plus rigoureux. Aussi les moi- l nés, transplantés dans les diverses contrées do > l'Europe, furent-ils bientôt obligés de se relâcher de l'excessive sévérité d'un tel régime ; et , cédant à l'irrésistible influence du climat, vit-on les plus ' austères associer aux végétaux , base de leur nourriture, les œufs, le beurre, le poisson , et même les oiseaux aquatiques. On peut voir dans les livres des ; casuistes sur quels fondements ridicules était établie la dispense en faveur des pluviers, des poules d'eau, , des canards sauvages, des bécassines, des macreu- j ses . oiseaux dont la chair noire , plus animalisée , ! plus échauffante , eût dû être proscrite de la cuisine des monastères avec bien plus de soin que celle des l volailles de basse-cour.
Éludjez le régime alimentaire chez les divers peuples qui couvrent le globe , et vous verrez la ^ diète v'égélale préférée par ceux des pays chauds : la sobriété est pour eux une vertu facile ; c'est un bienfaitdu climat. Lespeuples septentrionaux sont, | au contraire , voraces par instinct et par nécessité : ils engloutissent des quantités énormes d'aliments , ,1 et préfèrent les viandes dont la digestion développe i beaucoup de chaleur. Obligés de lutter sans cesse i j contre l'action du froid qui tend à engourdir les } (■ puissances vitales , à arrêter tout mouvement orga- | i nique, leur vie n'est qu'un combat continuel contre ) les influences extérieûres. Ne leur reprochons donc j pas leur voracité , leur avidité pour les liqueurs spi- i ritueuses el les boissons fermentées. Les peuplades i reléguées aux confins de la terre habitable, où h l'homme résiste à peine aux rigueurs de la tempé- ii rature , les Eamtschatdales , les Samoïèdes , vivent 1: de poissons qui , entassés par piles, ont déjà éprouvé un commencement de fermentation seplique. Qui [; ne voit dans l'usage d'un aliment aussi acre , et i tellement échauffant, que sa digestion serait infail- i liblement , dans nos climats, accompagnée d'un -i mouvement fébrile, le besoin de compenser par ( une forte excitation intérieure l'influence des eau- ' ses débilitantes , dont l'action se passe au-dehors ? i Les excès dans les boissons spiritueuses sont mor- ' tels pour l'Européen transporté sous le ciel brûlant i des Antilles : le Russe en abuse en quelque sorte f impunément, et pousse sa carrière jusqu'à un terme a fort avancé , au milieu des excès auxquels succom- ii berait un habitant du midi de l'Europe.
Cette influence du climat s'étend du régime de i l'homme en santéà celui de l'homme malade; et 'est f avec raison qu'où aditde la médecine, qu'elle devait cire différente suivant les lieux où on l'exerce. : La tisane d'orge , le miel et autres substances ; simples . la plupart tirées du'règne végétal , sufû- i saientàllippocrate dansletraitemcntdes maladies; i ses méthodes thérapeutiques étaient presque tou- : ( jours tempérantes , rafraîchissantes. Les médecins m qui pratiquent leur art sous un ciel analogue à i celui de la Grèce , peuvent imiter celte antique 1 1 simplicité du père de la médecine. L'opium , le I : kina, le vin, les spiritueux, les aromates, les»>|
DE lA DIGESTION.
cordiaux les plus énergiques, sont, au contraire , les remèdes convenables dans les maladies des peuples du Nord. Les médecins anglais prodiguent sans danger ces médicaments ailleurs incendiaires.
Que les aliments dont l'homme se nourrit appartiennent au règne végétal ou animal , c'est par eux que sont introduits dans le corpslos éléments divers dont les combinaisons en conslituenl et en entretiennent l'intégrité : oxigène, hydrogène, carbone, azote, etc., etc. Des vitalisles ont attribué à l'organisme la faculté de former de toutes pièces des éléments , aux dépens de corps qui ne les contien- Dent pas; de l'oxigène , par exemple, aux dépens de corps non oxigénés , c'est-à-dire , qu'ils prêtent à la force vitale plus de puissance que n'en ont les fourneaux les plus ardents et les courants électriques. Ils se fondent sur les arguments suivants : luDes plantes incinérées , quel que soit le sol qui les anourries, fournissent les mêmes éléments. 2''Des plantes nourries avec certaines substances en contiennent cependant d'autres étrangères. 3" Certains animaux renferment des éléments qui neselrou- ■yent pas dans les aliments dont ils ont fait usage : ainsi Rondelet nourrit un poisson dans de l'eau distillée, et il contenait de l'azote ; Mead et Valisnieri répétèrent les mêmes expériences sur des reptiles. Vauquelin , comparant la quantité de phosphate de chaux que contenaient les aliments dont une poule se nourrissait, à celle que renfermaient ses excréments et la coque de ses œufs , trouva qu'il y avait plus de sel rendu que d'avalé., 4° Les os contiennent une grande proportion de phosphate de chaux , en sorte que le corps est comme un vaste laboratoire à préparer le phosphore. 5° Les animaux herbivores contiennent beaucoup d'azote , et cependant les plantes dont ils se nourrissent n'en renferment pas.
On peut répondre à ces différents arguments que les plantes puisent les matériaux de leur nutrition, non-seulement dans le sol , mais encore dans l'air atmosphérique qui peut être chargé de particules hétérogènes; de plus, Bergmann a démontré que les plantes arrosées avec de l'eau distillée avaient emprunté aux parois des vases dans lesquels elles étaient renfermées, quelques-uns des principes étrangers qu'elles contenaient. La poule dont parle Vauquelin avait probablement une assez grande quantité de carbonate de chaux accumulée dans le corps antérieurement à l'expérience. Enfin , c'est une erreur de croire que les végétaux dont se nourrissent les herbivores ne renferment pas d'azote, llaller avait reconnu implicitement ce fait, quand il a dit qu'entre le gramen et le lion il n'y a que le bœuf qui mange l'un et qui est mangé par l'autre. Il avait d'ailleurs reconnu que des végétaux pourris dégagent des sels ammoniacaux, dont la base, l'ammoniaque , est formée, comme on le sait aujourd'hui , d'hydrogène et d'azote.
Jusqu'ici nous pouvons croire que les éléments qui composent le corps y sont importés par les matières alimentaires , formées elles-mêmes par ces éléments; peut-être aussi que quelques-uns de ces élémentssont introduits parla voiede la respiration.
Si l'organisme ncpcul créer Icsélémcnts primitifs
du corps, en est-il de même des principes Immédiats? Est-il nécessaire que la gélatine, la fibrine, l'albumine, la graisse, le mucus, soient tout formés dans nos aliments, de telle sorte qu'il n'y ait dans nos voies digestives qu'une simple dissolution de ces substances? ou bien y a-l-il en nous une force qui fabrique ces principes immédiats à l'aide des éléments contenus dans la masse alimentaire? Quoiqu'il soit difficile d'arriver à une solution rigoureuse d'une pareille question, on ne peut disconvenir que la dernière opinion est infiniment plus probable que la première. Les principes immédiats ont entre eux les plus grands rapports : ils sont composés des mêmes éléments en proportion différente. La force digestive peut sans doute altérer ces proportions selon le besoin de l'organisme ; autrement l'usage long-temps continué d'un aliment ne renfermant qu'un ou deux principes immédiats , devrait à la longue les faire prédominer dans l'économie : or , c'est ce qu'on n'observe pas : d'où l'on peut conclure qu'une substance organique qui sert de nourriture à l'homme, peut passer dans son corps par plusieurs états successifs de principes immédiats.
Un animal peut-il se nourrir en prenant uniquement pour aliment des substances non azotées? D'après ce qui précède, on peut à priori répondre par la négative; car si tout ce qui existe dans le corps y est introduit par les aliments, l'azote qui s'y trouve, et qui n'a pu y être fabriqué , doit avoir fait partie de la substance alimentaire. C'est en vain qu'on objecte que des individus ont pu se nourrir de pommes de terre , de maïs , de sucre : les deux premières de ces substances renferment de l'azote; le sucre brut en renferme aussi. Si des caravanes d'Abyssiniens ont pu se nourrir, ainsi que nous l'avons rapporté,.en mangeant exclusivement de la gomme arabique , c'est que celle-ci n'était probablement pas sans mélange d'autres matières. M.Magendie a nourri un chien avec du sucre raffiné et de l'eau distillée ; et celte alimentation , qui pendant les premiers jours a paru bien soutenir l'animal, est bientôt devenue insuffisante: les cornées se sont ramollies et ulcérées au bout de trois semaines , et l'animal est mort vers le quarantième jour. D'autres chiens , nourris de gomme pure et d'eau distillée , d'huile et d'eau distillée, sont également morts au bout de quelque temps. On peut conclure de ces expériences que les aliments non azotés ne peuvent entretenir la vie ; car elles ne sont nullement infirmées par celles de M. Londe , qui, pensant avec d'autres physiologistes que les animaux sur lesquels M. Magendie expérimentait étaient morts parce qu'ils n'avaient fait usage que d'une seule espèce d'aliment , et non parce que l'aliment n'était pas azoté , a réussi à nourrir des chiens avec le riz , la pomme de terre , le sucre brut , l'eau non distillée, le beurre non fondu , puisque toutes ces substances contiennent de l'azote.
Les physiologistes ont tenté plusieurs classifications des aliments : on les a divisés en 1" féculents, 2» sucrés , 3" acidulés, 4" huileux, 5° lactés, G^'fibrineux , 7° albumineux , S'^ gélatineux. D'autres les ont distingués en agréables et désagréables ; d'autres, en aliments végétaux et aliments aui?
ÉLÉMEITTS DB PHYSIOLOGIE.
ninux, cto. La mefllearo classiflcation est celle qui repose sur la composition chimique des aliments; c'est celle qui est suivie dans les traités d'hygiène , auxquels nous renvoyons pour une élude plus complète de l'aliment , les détails dans lesquels nous sommes entrés étant plus que suffisants pour bien comprendre la physiologie de la digestion.
Boissons. En opposant la définition des boissons à celle des aliipents , on devra entendre pour la première toute substance liquide ingérée dans le tube digestif par son orifice supérieur , jouissant de la propriété de réparer les parties fluides du sang; mais cette dernière p;i!tie de la définition tendrait à séparer des boissons les liquides qui contiennent la fibrine, le caséum , etc., tels que le bouillon, le lait; et pourtant toutes les considérations physiologiques qui s'appliquent à la préhension , à la déglutition de ces substances , sont identiques à celles qui concernent la préhension et la déglutition d'un liquide qui ne fournit rien de solide au sang.
Aussi l'élude des boissons d'après leur composition est-elle plutôt du domaine de l'hygiène que de la physiologie : ce n'est que dans l'estomac et les intestins qu'elles se présentent d'une manière différente à l'action des organes digestifs; c'est là que s'opère le partage entre celles qui fournissent le rincipe aqueux réparateur de la sérosité du sang, principe qui entraîne avec lui la plupart des sels solubles que renferme ce dernier liquide , et celles qui, plus nutritives , «e comportent à la manière des aliments qui réparent les parties solides du sang.
Les boissons simplement aqueuses servent à la digestion, en facilitant la dissolution des solides, en servant de véhicule à leurs parties divisées; animées par des sels ou par quelque autre principe excitant , comme les spirilueuses par l'alcool, elles y servent encore enstimulant les organes , en excitant leur action.
Les boissons les moins composées jouissent à différents degrés de la double propriété de dissoudre les aliments solides et de stimuler les organes digestifs. L'eau la plus potable est stimulante par l'air et par les sels dont elle est plus ou moins chargée; et c'est au défaut de celte propriété excitante que doit être attribuée la digestion difficile de l'eau distillée.
Les boissons les plus convenables aux besoins de l'économie sont donc celles oii les principes stimulants se trouvent associés dans de justes proportions avec l'eau qui les dissout. Mais presque tous les liquides dont nous usons sous forme de boissons sont chargés d'une plus ou moins grande quantité de parties nutritives : le vin , par exemple, en contient d'autant plus qu'il est le produit d'un climat plus chaud, etquele principe sucré y domine. C'est ainsi que les vins d'Espagne nourrissent par euxmêmes, et sont peut-être plus propres à apaiser la faim qu'à tarir la soif, tandis qu'au contraire les vins acidulés du Rhin , simplement désaltérants, ne jouissent presque d'aucune vertu conforlative. Entre ces deux extrêmes se trouvent la plupart des vins de France, lesquels jouissent à un degré pres-
que égal du triple avantage de délayer les liquides, i de stimuler les organes, et de fournira l'économie des éléments réparateurs. ;
IV. De la faim et de la soif. On désigne par les noms de faim et de soif deux sensations qui nous 5 avertissent du besoin qu'a notre corps de réparer | les perles continuelles qu'entraîne le inouvement j vital. Leur nature, comme l'observe très-bien M. Gall , n'est pas mieux connue que celle delà pensée. Atlachons-nous donc principalement à en exposer les phénomènes.
Il est indispensable de bien avoir présent à l'es- ; prit, en étudianirhisloire de ces phénomènes, que : jusqu'ici les physiologistes ont compris dans la même description les effets de la faim et ceux de ■ l'abstinence, et que nous nous conformerons à cet usage. Les phénomènes qui accompagnent la faim, ; et ceux qui surviennent pendant l'abslinence , sont locaux et généraux.
Le premier résultat local de la suppression des ' aliments est la diminution du calibre de l'estomac. ; Cette diminution, lorsque l'animal est mort de faim, j peut être portée au point que l'estomac n'égale pas j le volume d'un intestin grêle ; elle serait moindre, j et même nulle, si, à défaut de substance alibile, on eût introduit dans le ventricule une grande quantité de liquide. C'est ce qu'on a observé sur Granier. dont l'estomac avait la capacité ordinaire, quoiqu'il fût mort après soixante-deux jours de jeûne, car ce malheureux buvait de l'eau jusqu'à regorgement par la bouche. Comment s'opère le resserrement de l'eslomac ? Les deux lames du péritoine laissent glisser enlre elles les trois autres membranes ; les grande et pelite courbures de l'estomac s'é- | loignent des artères gaslro-épiploïque et coronaire i stomachique ; la membrane musculeuse se contracte et revient sur elle-même , tandis que les j deux internes, la fibreuse et la muqueuse, se plis- j sent et forment des rides très-saillantes à la surface I interne de l'estomac. La direction de cet organe ï change un peu ; mais l'étendue de ce changement a généralement été exagérée. Chaussier a remarqué avec raison que pour apprécier exactement la position de l'estomac, il faut arriver à lui en fendant la poitrine et enlevant une partie du diaphragme, et : non pas, comme on le fait ordinairement, et incisant les parois de l'abdomen.
Des changements s'opèrent dans la circulation de l'estomac ; les artères, devenues plus fluxueuses, j reçoivent le sang avec moins de facilité, et retardent son cours. Ce fait a été nié par Bichat ; mais nous démontrerons ailleurs que les courbures des artères ont de l'influence sur le cours du sang dans ces vaisseaux.
La sécrétion de plusieurs fluides est modifiée pendant l'abstinence : le suc gastrique, selon Spallanzani, s'épanche alors dans l'eslomac ; mais loin de là, nous verrons que la -présence d'une substance i ingérée dans l'estomac est nécessaire à l'écoulement ; de ce suc.
On a dit aussi que la bile refluait dans l'estomac, j parce que le resserrement de cet organe exerçait une traction sur le d:iodénura. Mais les expériences faites par Dumas, et répétées par M. Magendie aveo ! le même résultat, ont démontré que la quantité de !
DE LA DIGESTIOn.
bile dans l'estomac dtail toujours en raison Inverse de la longueur de l'abstinence.
Enfin, la membrane muqueuse de l'estomac finit par éprouver certaines alléralions ; elle rougit et finit quelquefois par s'enflammer. Dans un cas cité par lialier, elle laissa exsuder du sang ; dans un autre, dont parle Hunter, elle était ulcérée, comme érodée, pour fournir quelque substance à la force digeslivede l'estomac.
Les intestins éprouvent des changements analogues à ceux de l'estomac.
La vésicule biliaire est constamment remplie par de la bile. Chez Granier, elle était distendue par de la bile noire épaissie, ressemblant à un solutum de réglisse.
Le volume de la rate esl-il accru? C'est ce qu'a annoncé Lieutaud. Dans un cas cité par Haller, la rate était très-petite, et l'estomac plein de liquides. Or, Chaussier a prétendu qu'il y avait un rapport inverse entre le développement de ces deux organes ; et il a considéré la rate comme un diverticulum de l'estomac : idée adoptée et développée par M. Broussais dans deux Mémoires successifs. M. Chaussier explique ce fait par le mode de distribution de l'artère splénique à l'estomac et à la raie; de telle sorte que l'artère recevant toujours la même quantité de sang, elle en porte davantage à l'estomac lorsque la distension de cet organe a déplissé les vaisseaux courts , d'où une moindre quantité à la rate, etviceversâ. Cette explication et le fait qui en résulte ont été contestés par Bicbat, qui luades cochonsd'Indeàjeun.etaprèsleuravoir fait prendre des aliments, et qui ne trouva pas à ces deux époques une différence notable dans le volume de la rate. Nous reprendrons cette question en traitant de la digestion stomacale.
Les effets généraux de la faim et de l'abstinence senties suivants: l'affaiblissement général porte son action à la fois sur le système de la locomotion et sur les fonctions intellectuelles; les sens sont moins parfaits ; la circulation et la respiration se ralentissent ; de profondes inspirations et des bâillements semblent dénoter le besoin qu'a le sang d'une prochaine réparation ; la calorification est moindre; les sécrétions générales diminuent; l'absorption est probablement plus active. Mais si la privation des aliments persiste plus long-temps , alors les vaisseaux absorbants puisent avec énergie des matériaux pour réparer le sang, s'emparent de la graisse sous-cutanée, de celle des épiploons , de celle même des os; l'amaigrissement est rapide , surtout chez les jeunes gens; les sécrétions naturelles ou accidentelles Onissentpar se tarir; l'urine, le lait, le pus des plaies, cessent de couler ; le sang diminue , et bientôt ce n'est plus sur la quantité, mais sur la qualité des fluides, que portent les altérations.
L'Iialcine devient fétide; la fièvre survient; la faiblesse est de plus en plus profonde ; les fonctions intellectuelles se pervertissent; un délire furieux l'emparé des individus livrés aux tourments de la faim ; toute substance leur convient pour l'assouvir ; et Ton en a vu broyer des cailloux, dévorer leurs semblables, et, à défaut d'une autre proie , tourner contre oux-mômcs leur propre fureur ; en-
fin ils succombent, après avoir rendu du sang par la bouche et par les narines.
On meurt de faim d'autant plus promplement qu'on est plus jeune et plus robuste. C'est ainsi que ce père infortuné, dont le Dante nous a transmis ^l'épouvantable histoire, condamné à périr d'inanition, et renfermé avec ses enfants dans un cachot obscur, mourut le dernier, au huitième jour, après avoir vu périr, au milieu des convulsions de la rage eldescris du désespoir, ses quatre fils, malheureuses victimesde la plus exécrable vengeance dont le souvenir soit resté dans la mémoire des hommes (1). Haller a recueilli dans sa grande Physiologie plusieurs exemples d'une longue abstinence. S'il faut en croire les auteurs de ces observations, dont quelques-unes manquent du degré d'authenticité nécessaire pour qu'on puisse y ajouter foi, on a vu des individus passer dix-huit mois, deux, trois, quatre, cinq, six, sept, et même dix années, sans prendre aucune nourriture. On trouve dans les Mémoires de la Société d'Edimbourg l'histoire d'une femme qui vécut avec du petit-lait seulement pendant cinquante années. Les sujets de ces observations sont, pour la plupart, des femmes faibles et délicates , vivant dans l'obscurité , livrées à une inaction absolue, et chez lesquelles la vie presque éteinte ne se manifestait que par un pouls presque insensible et une respiration rare et peu marquée. Un fait bien digne d'attention , c'est que les muscles et les viscères de quelques-unes ouvertes après leur mort, brillaient d'un éclat évidemment phosphoriquc (2). On conçoit que les cadavres des sujets morts de faim diminuent beaucoup de poids: celui de Granier ne pesait plus que cinquante-deux livres.
A ces exemples d'abstinence , il faut opposer des exemples de voracités remarquables , et qui montrent avec quelle intensité la faim peut se faire sentir : on peut citer Tarrare , infirmier militaire , qui mangeait tout crus les chiens et les chats qui lui tombaient sous la main, qui, au rapport de Percy^ complétait sa ration en mangeant les cataplasmes des malades, et qui un jour engloutit un repas destiné à quinze ouvriers allemands ; et Bijou qui mangea un lion en deux jours , et mourut à la suite d'un exploit qui consistait à avaler huit livres de pain chaud. Ces individus voraces avaient l'estomac extrêmement développé et dirigé verticalement. Leurs intestins étaient au contraire fort courts.
(1) L'épisode du comte Ugolin n'est, il est vrai , qu'une fiction poétique; mais il nous paraîtrait moins touchant et moins terrible, s'il n'offrait l'expression fidèle de U vérité : Ficta voluptalis causa sint proxima vcris. Horat,. Ars poet.f v. 327. Morgagni , Episl. anat. med. 28 , conjecture, avec beaucoup de vraisemblance, que le Dante ^ très-érudit pour le temps où il a vécu, connaissait l'aphorisme du père de la médecine sur les effets de l'abstinence» et y a accommodé sa narration. Yoici cet aphorisme traduit par Foës : Sénés facillimè jejunium tolérant j seciindmn eos qui constantem aelalem degunl; minimum adolescentes ; ex omnibus vero praecipuè pueri j atque inler ipsos,, qui ad actiones obeundus prompliores existunt. (Hipr,, Sect. I, aph. 13.)
(2) Nitidissimn viscera sunt animalium famé encctorum, et argentci fibrarum fasciculi, (Halk'r, Elem. vhusiol., tom. YI, page 183.)
ÉLÉSIENT9 DE PHYSIOLOGIB.
Quel csl le siège de la faim ? On pense que c'est dans l'esloniac; les cii conslanccs qui rendent probable celle opinion sont le sentiment de douleur perçue dans la région de l'eslomac, à la suite du jeune, et cessant immédialemenl par l'inlroduclion des aliments , ou par l'application de l'opium sur la région épigaslriquc et hypochondriaque gauche, ainsi que Dumas dit s'en cire assuré. Du reste, on ne peut dire si la sensation naît dans la totalité de l'organe, ou seulement vers un de ses orifices , le cardia ou le pylore. Ce qu'il y a de probable , c'est qu'elle a son point de départ dans les houppes nerveuses épanouies, dans la membrane muqueuse. 3Jait faut-il la rapporter aux filels du grand-sympa- Ihiquo ou au nerf pneumo-gastrique? Leuret et Lassaigne onl coupé ce derniernerf chez un cheval; l'animal aconlinuéà manger indéfiniment, jusqu'à ce que le reflux des aliments par l'œsophage et leur introduction dans les voies aériennes aient amené la suffocation. M. Cruveilhier a obtenu un semblable résultat d'une pareille section faite sur des lapins. Il est bien probable que dans ces cas l'animal a continué à manger , non parce qu'il avait toujours faim , mais parce que, n'éprouvant pas le sentiment de la satiété, son palais était toujours agréablement affecté par la guslalion des aliments. Or, si la section du pneumo-gastrique paralyse le sentiment de la satiété , il est bien probable qu'elle paralyse aussi la sensation de la faim. Pour que la démonstration fût rigoureuse, il faudrait qu'un animal , sur lequel les deux pneumo-gaslriques seraient coupés au-dessous des plexus pulmonaires, ne manifestai aucun désir des aliments ; et il est bien difficile de reconnaître ce qu'il éprouve quand il n'y a pas d'aliments devant ses yeux ; et quand il y en a , on ne peut savoir si c'est le désir d'apaiser la faim ou de savourer le goût des aliments qui le porte à les prendre.
On a tour à tour cherché la cause prochaine de la fairadans les frottements que les houppes nerveuses de l'estomac exercent les unes sur les autres , <]uand ce viscère est vide; dans l'irritation que produisent sur ces parois les sucs gastriques accumulés ; dans la lassitude qui naît de la contraction persévérante de ses fibres musculaires ; dans la compression et la plicature qu'éprouvent ses nerfs durant cette conlraction permanente; dans les tiraillements qu'exercent sur le diaphragme le foie et la raie , lorsque, l'estomac et les intestins étant vides, ces viscères cessent d'être soutenus; tiraillements qui sont d'autant plus considérables, qu'un nouveau mode de circulation s'établit dans les viscères qui reçoivent leurs vaisseaux du Ironccœliaque ,et que, l'estomac recevant moins de sang, la rate et le foie doivent augmenter de poids et de volume , parce qu'ils en reçoivent davantage.
Ceux qui prétendent que la faim dépend des froltements qu'exercent les unes sur les autres les parois de l'estomac , rapprochées quand ce viscère est vide, s'appuient de l'exemple des serpents, dont l'estomac est purement membraneux, et qui la supportent long-temps, tandis qtie les gallinacés, dont l'estomac inusculcux et robuste peut se resserrer fortement sur lui-même, l'endurent avec peine. Mais, outre qu'il existe une prodigieuse
différence entre l'aclivité vitale dont sont doués les organes d'un oiseau et ceux d'un reptile , l'estomac, qui revient sur lui-même à mesure qu'il se vide, peut se resserrer au point qu'il égale à peine un intestin grêle en grosseur, sans que pour cela ses parois , qui se touchent , exercent aucun frotlcment d'où la sensation de la faim puisse dépendre. Eu effet, pour que ces parois agissent, il faut que la présence des aliments les y détermine ; tant que l'estomac est vide , rien ne les engage à sortir de leur immobilité. j
Ceux qui pensent qu'elle esldue auxtiraillemenls qu'exercent la rate et le foie sur le diaphragme, que l'estomac vide cesse de soutenir, disent qu'on l'apaise momentanément en soutenant les viscères abdominaux au moyen d'une large ceinture ; que la faim cesse aussitôt que l'eslomac est rempli , et avant que les aliments aient pu fournir aucun principe réparateur; que certains peuples sauvages l'éloignant momentanément en avalant des boulettes d'argile. Dans cette hypothèse toute mécanique, comme dans celle qui attribue la faim à l'irritation que produisent les sucs gastriques, à la lassitude des fibres contractées, à la compression qu'éprouvent les nerfs , comment expliquer pourquoi, l'heure accoutumée du repas étant passée , la faim s'apaise pour un certain temps? Ne doit-on pas plutôtla considérercomme une sensation nerveuse^ qui , existant dans l'estomac , se fait ressentir sympathiquement dans toutes les parties, et, entretenant un excitement vif el soutenu dans l'organe où elle a principalement son siège, y appelle les humeurs de toutes paris ?
Comme tous les phénomènes qui dépendent de l'action nerveuse, la faim est soumise aux lois de l'habitude, à l'influence du sommeil et des passions de l'àme , dont l'empire est si grand , que l'on a vu de gens de lettres, absorbés par les travaux delà méditation et de la pensée, oublier totalement qu'ils avaient besoin de nourriture , et, l'heure du repas étant passée, se laisser aisément persuader qu'ils avaient dîné.
La faim se manifeste à une époque plus ou moins rapprochée du dernier repas, suivant certaines circonstances. 1° Les animaux à sang froid n'éprouvent la faim qu'à de longs intervalles. Un boa de vingt-cinq pieds de long ne prenait de nourriture qu'une fois par mois. Les sangsues gardent le sang dont elles se sont gorgées, liquide elsans altération, pendant plusieurs jours , puis s'en nourrissent pendant plusieurs mois. 2<'Le froid agit sur certains animaux: les hybernans, quelques insectes , des mollusques et des reptiles, ne mangent pas quand la température est au-dessous de o. 3". Les enfants, qui ont besoin de matériaux abondants de nutrition, ont une faim presque continuelle. Tout ce qui réveille la sensibilité de l'eslomac d une manière directe ou sympathique , augmente l'appélit et occa- i sione la faim. Ainsi , la boulimie dépend quelque- ' fois de l irrilalion continuelle qu'entretient un ( tœnia dans les organes digeslifs. L'impression du i froid sur la peau, en augmentant sympathiquement i l'action de l'estomac, a quelquefois produit la faim i canine, comme Plularque en rapporte des exemples i {Vie de Brutus). Les boissons spiritucuscs, les i
DE L\ DIGESTION
aliments de haut goût provoquent l'appétit , lors même que l'estomac est rempli outre mesure. Au contraire, tout ce qui émousse ou diminue celle sensibilité rend plus tolérable ou fait taire le senti- )mcnt de la faim. C/est ainsi qu'au rapport des voyageurs, les vioUahs turcs, les faqxiirs indiens, supportent de longs jeûnes , parce qu'ils usent habituellement d'opium, et endorment, en quelque sorte , par ce narcotique , la sensibilité de l'estomac. Les boissons tièdes et relâchantes entraînent la perte de l'appétit; l'usage médicamenteux des opiacés suspend tout-à-coup la digestion stoma-
V. De la soif. Le sang, privé de sérosité par la transpiration insensible et parles exhalations intérrieures, a besoin d'être incessamment délayé par ■ l'introduction de parties aqueuses qui tempèrent . son activité ; et comme la dissipation de la sérosité i est continuelle , le besoin de réparer cette perle tourmente sans cesse. La soif est encore plus impér rieuse que la faim , et s'endure moins patiemment. ^ Si l'on n'y satisfait point, le sang et les humeurs qui en émanent deviennent de plus en plus excitants, ; parle rapprochement des sels et des autres prin- I cipes. De l'irritation générale naît une fièvre aiguë, . avec ardeur et sécheresse de la gorge , qui s'enflamme, et peut même tomber en gangrène, comme on le voit dans certains cas d'hydrophobie. La salive ; plus épaisse coule avec moins d'abondance. Des ' matelots anglais , retenus par un calme, avaient . épuisé toute leur provision d'eau douce; ils étaient loin delà terre : depuis long-temps aucune goutte de pluie n'avait rafraîchi l'atmosphère. Après avoir enduré pendant quelques jours le tourment de la soif, encore augmenté par l'usage des salaisons, ils se résolurent à boire leur urine. Quoique peu agréable , cette liqueur les désaltérait ; mais, au bout de peu de jours , elle devint si épaisse et contracta un tel degré d'àcreté, qu'ils ne purent en avaler une seule gorgée. Désespérés, ils s'attendaient à une fin prochaine, lorsque la tencontre d'un navire leur rendit l'espoir et la vie. Si la privation des boissons persiste plus long-temps , les accidents généraux acquièrent promptement la plus grande violence. Les sens supportent à peine le contact de leurs excitants naturels : l'œil devient rouge , élincelant ; la circulation est précipitée , la respiration haletante, la bouche béante ; les excrétions se suppriment, la peau est sèche, un délire furieux survient , et le malade succombe au milieu d'accès frénétiques ou dans une adynamie profonde. A l'ouverture des cadavres on trouve les tissus comme desséchés ; le sang est noir, épais , poisseux, et en petite quantité. La soif augmente toutes les fois que les sécrétions aqueuses deviennent plus abondantes. C'est ainsi qu'elle tourmente l'hydropiquc , chez lequel les humeurs se dirigent vers le siège de l'épanchement. Elle est excessive dans le diabétès, et proportionnée à l'abondance des urines. Dans les fièvres, elle augmente, soit par l'effet des sueurs , soit parce que , dans quelques-unes de ces affections, l'irritation inflammatoire des voies digestives paraît être la cause essentielle de la maladie. De là l'usage des boissons adoucissantes, délayantes, tempérantes, données à grandes doses, dans la vue de diminuer,
en les relâchant , l'irritation do la membrane muqueuse del'estomacet des intestins, et d'introduire dans le sang un véhicule plus abondant. Enfin , lo sentiment de la soif présente, comme celui de la faim, des anomalies et dans la fréquence de son retour, et dans la quantité des boissons qui sont désirées , selon certaines dispositions individuelles. On a vu des personnes éprouver à chaque instant le besoin de boire ; d'autres , au contraire, laisser passer un ou deux repas sans éprouver le sentiment de la soif.
Quel est le siège de celte sensation ? En ayant égard au sentiment d'ardeur que l'on éprouve à la gorge quand on a soif, et aux lésions graves qui surviennent à cette partie si la soif n'i/i^ .nas satisfaite, on a pensé que cette sensation avai'^irOn siège dans le pharynx. MM. Leuret etLassaigne, qui partagent cette opinion , disent que la sensation de la soif est due au dessèchement de la muqueuse du pharynx, sans cesse parcourue par un courant d'air qui produit l'évaporation de l'humeur sécrétée à sa surface. Ce n'est donc point une objection à cette doctrine que de dire que la soif a été étanchée par l'injection de l'eau dans les veines, ou parl'immer-' sion du corps dans l'eau, -ou en recouvrant la peau de linges mouillés , ou par l'injection de liquide dans l'estomac, à l'aide d'une longue canule de gomme élastique qui descendait jusque dans l'œsophage, puisque, dans ces divers cas, le sang, devenu plus riche en principes aquèux, a pu fournir une sécrétion assez abondante pour humecter la surface du pharynx.
Quant à la cause prochaine , les physiologistes ne se sont pas montrés pour la soif plus avaresd'hypothèses qu'ils ne l'avaient été pour la faim; mais les esprits sévères ne peuvent trouver ni dans la préoccupation bienveillante du principe conservateur vantée par Platon et Stahl, ni dans les phénomèr.os locaux observés sur le pharynx, ni dans l'irritalion générale que produit un sang trop riche en principes nutritifs, invoquée par Dumas , une démonstration satisfaisante de la cause prochaine de la soif.
L'usage des boissons aqueuses n'est pas le plus sûr moyen d'apaiser le sentiment de la soif. Le voyageur, exposé aux chaleurs brûlantes de l'été, mêle avec avantage les spiritueux à l'eau commune, qui seule ne stimule point assez les glandes muqueuses et salivaires, dont la sécrétion arrose l'intérieur de la bouche et du pharynx, et couvre ces surfaces de l'enduit le plus propre à faire cesser, au moins momentanément, l'érélhisme d'où la soif paraît dépendre.
VI. Préhension et mastication des aliments. L'homme porte les aliments à sa bouche, tandis que, dans le plus grand nombre des animaux , c'est la bouche qui va les chercher : mais le mécanisme de ce premier acte est trop simple pour nous y arrêter ; nous verrons ailleurs comment s'exécute la succion des liquides.
Les organes employés à la mastication des aliments sont les lèvres , les mâchoires , et les dents dont elles sont armées, les muscles qui les meuvent, et ceux qui forment les parois de la bouche. Les mouvements des lèvres sont extrêmement va-
ÉLÉUENTS DB PUYSIOLOGIE.
rios.et dépendent de l'action simple ou corabinéo de leurs muscles qui couvrent la plus grande partie de Ja face, et peuvent cire distingués en releveurs de la lèvre supérieure ( les canins , les incisifs , les releveurs communs et les myrtiformes ) , en abaisseurs delà lèvre inférieure ( ies triangulaires , les carrés), en diducteurs des commissures ( les buccinateurs , les grands et petits zygomatiques , les peauciers ), et en constricleurs (f'ortecuiatre des lèvres ).
C'est en ramenant les alimcnls sous les arcades dentaires, en s'opposanlà ce qu'ils s'échappent de la bouche , que les lèvres et les joues contribuent à lamasIication.QuoiquosirapIeen apparence, cette action des lèvres et des joues est assez complexe dans les conditions qu'elle réclame, conditions que l'expérimentation aussi bien que la pathologie ont fait connaître d'une manière satisfaisante. La sensation tactile, et les mouvements musculaires qui y président, ne sont pas sous l'influence du même nerf. La première , développée dans la muqueuse de la bouche , a pour siège les rameaux de la cinquième paire, qui se ramiûent dans les parois de cette cavité : ce nerf est-il paralysé d'un côté, les dliments séjournent dans le sillon qui sépare la joue de l'arcade dentaire correspondante , parce que le malade n'est point averti de leur présence.
Quant aux mouvements des lèvres et des joues, c'est par erreur que M. Bell les a placés sous l'influence du même nerf ; ils dépendent aussi exclusivement de la portion dure de la septième paire , que ceux d'où résultent l'expression de la physionomie, ou la dilatation des ailes du nez pendant l'inspiration.
VIL Les mouvements delà mâchoire supérieure ont si.peu d'étendue, que plusieurs en ont nié l'existence; elle s'élève néanmoins un peu quand l'inférieure s'abaisse : mais c'est principalement par la dépression de celle-ci que s'opère l'ouverture delà bouche. Pour se convaincre de la réalité des mouvements de la mâchoire supérieure , et apprécier justement pour quelle part son élévation concourt à l'ouverture de la bouche , il faut examiner ses mouvements , non point sur la tête ellemême , mais bien sur son ombre projetée et grandie au point que les plus légères différences deviennent aperce vables. Les muscles postérieurs du col et le ventre mastoïdien du digaslrique opèrent l'élévation légère de la mâchoire supérieure , qui se meut avec toute la tête , aux os de laquelle elle est fortement unie. Cette union de la mâchoire supérieure aux os de la tête rend celte mâchoire moins mobile dans l'homme que dans un grand nombre d'animaux, où , dégagée du poids énorme du crâne, elle s'alonge au-devant de cette cavité, au-dessus de la mâchoire inférieure. En descendant dans l'échelleanimale, on voit sa mobilité augmenter à mesure qu'on s'éloigne de l'espèce humaine; elle est égale à celle de la mâchoire inférieure dans quelques reptiles et plusieurs poissons : de là vient que les serpents engloutissent souvent une proie dont le volume est plus grand que le leur , et seraient infailliblement suffoqués , si ce n'était la faculté dont il» jonissent do suspjendro leur respiration durant de longs intervalles , et d'at-
tendre patiemment que les sucs gastriques dissolvent l'aliment à mesure qu'il est avalé.
bans l'acte de la mastication, la mâchoire supérieure peut être considérée comme une enclume sur laquelle frappe un marteau mobile, représenté par la mâchoire inférieure ; et les mouvements de cette dernière, sa pression, ses efforts eussent bientôt dérangé l'assemblage des pièces osseuses dont la face est composée, si cet édiûce peu solide, parce que les os qui le forment ne sont que juxtaposés , ou unis par une suture harmonique, n'était soutenu et ne transmettait au crâne le double effort qui le presse de bas en haut, et le pousse vers les côtés. Six colonnes verticales , les apophyses montantes des os maxillaires supérieurs, les portions orbitaires des os de la pommette, et les parties verticales des os palatins, supportent et communiquent l'effort qui se passe dans le premier sens, tandis que les arcades zygomatiques serrent fortement les os de la face les uns contre les autres, et résistent puissamment à ce que ces os se désunissent en dehors ou sur les côtés. La mâchoire inférieure s'abaisse par son propre poids, quand ses élévateurs se relâchent; les muscles de l'os hyoïde et les ptérygoïdiens externes achèvent ce mouvement, dont le ' centre n est pas dans l'articulation de la mâchoire i avec les temporaux, mais correspond à une ligne \ qui traverserait ses branches un peu au-dessus de ses angles. C'est autour de cet axe qu'en s abaissant, la mâchoire inférieure exécute un mouvement de rotation, par lequel ses condyles se trouvent por- ii tés en avant, tandis que ses angles se dirigent en arrière. Dans les enfants , les branches de la mâ- I choire étant moins relevées sur le corps de l'os i dont elles ont presque la direction, le centre des mouvements est toujours dans les cavités glénoï- i des, que les condyles n'abandonnent jamais, quel i que soit le degré d'abaissement delà mâchoire. Par ' i cette disposition, la nature a prévenu ses luxations, j i qui eussent été si fréquentes dans le premier âge i^! de la vie, soit par les cris continuels dans lesquels i cet os est abaissé outre mesure, soit lorsque, ne connaissant point encore le juste rapport entre la j! grandeur de la bouche et la grosseur des corps ; , qu'ils veulent y introduire, les enfants présentent à . son ouverture des corps très-volumineux qu'ils .-Ij s'efforcent d'y faire pénétrer.
La mâchoire inférieure forme un levier coudé j'i double , du troisième genre, dans lequel la puissance, représentée par les muscles temporaux, mas- I seters et plérygoïdiens internes, se trouve placée ; " entre le point d'appui et la résistance plus ou moins i i rapprochée du menton.
Le bras de levier de la puissance, représenté par l'i la portion du maxillaire comprise entre l'apophyse ' i coronoïde et l'articulation, offre de nombreuses i différences de longueur dans la série animale, sui- ' i vaat que l'apophyse elle-même se rapproche du i menton ou du condyle. Ce bras de levier atteint i chez les rongeurs les dimensions proportionnelles ! les plus considérables, et compense par-là le désa. l vantage qui nait de ce que chez ces animaux la ré- | 1 sistance occupe ordinairement, à l'extrémité op- ( posée au condyle , l'intervalle des dents incisives. | < Si l'apophyse coronoïde est transportée en avant, i
DE LA ritiESTION.
au point de dépasser la dernière dent molaire, la nature du levier changera lorsque les corps soumis i à la masliealiou seront refoulés à la partie posté- I rieurede l'arcade dentaire. Le levier du deuxième , genre, c'est à-dire le plus favorable à la force, prendra la place du levier inlerpuissant, ou du troisième , genre.
Le mode d'articulation do la mâchoire avec les temporaux ne lui permet que des mouvemonls d abaissement et d'élévation, dans lesquels les dents dont les deuxmàchoires sont armées se rencontrent à la manière des branches de ciseaux, et des mouveraenls de diduction latérale par lesquels les arcades dentaires glissent l'une sur l'autre, en exerçant des frottements bien propres à broyer les aliments, dont les premiers mouvements opèrent le déchirement ou la section. En même temps que la mâchoire s'abaisse, elle se porte en avant ; sescondyles tendent à abandonner les cavités glénoïdes des temporaux ; et l'os se luxerait fréquemment, si ces éminences articulaires , coiffées d'un flbrocartilage, n'étaient accompagnées dans leur mouvement par celle espèce d'enveloppe qui rentre dans la cavilé glénoïde, lorsque, l'élévation de la mâchoire succédant à l'abaissement, elle se porte en même temps en arrière.
TIII. Dans les animaux qui vivent de chair, les muscles élévateurs de la mâchoire inférieure , et principalement les temporaux elles masselers, sont doués d'une force prodigieuse et proportionnée à leur volume. Chez eux , l'apophyse coronoïde , à laquelle s'insère le muscle temporal, est très-prononcée ; le coudyle est reçu dans une cavité profonde; tandis que dans les herbivores, au contraire, les élévateurs sont moins épais et plus faibles, elles ptérygoïdiens externes, par l'action desquels s'exécutent surtout les mouvements latéraux , ou de broiement, plus forts et plus développés. Les cavités glénoïdes des temporaux sont aussi, chez eux, larges et peu profondes ; en sorte qu'elles permettent aux condyles de glisser facilement à leur surface. La force respective des élévateurs et des diducteurs de la mâchoire peut être appréciée facilement par l'inspection des fosses temporales etzygomatiques. Leur profondeur est toujours en raison inverse, et proportionnée au volume des muscles qu'elles contiennent.
Le degré de convexité en haut de l'arcade zygomatique donne la mesure de la résistance qu'elle pourrait opposer aux efforts du muscle masseter. Cette courbure existe chez tousles carnassiers; mais l'arcade est presque droite horizontalement dans l'homme , qui , sous ce rapport , tient encore le milieu entre les espèces carnivores et celles qui tirent leur subsistance du règne végétal : mais rien ne prouve mieux sa nature que la composition de ses arcades dentaires.
IX. Les petits os très-blancs et très-durs qui les jforment, ne se ressemblent pas dans tous les animaux dont les mâchoires en sont pourvues. Tous n'ont point, comme l'homme, trois espèces de dents. Les laniaires (1) n'existent point dans la
I (1) J'ai ciu (IcToir, à Pesemple de quelque» nnluralislrs, ansigncr ce nom aux dents canines : 1" \)arce que
nombreuse famille des rongeurs. Il en est qui manquent d'incisives. Les premières paraissent plus propres à déchirer les tissus fibreux qui olïrent beaucoup de résistance. Elles sont aussi très-longues , et recourbées en manière de tenailles à branches croisées dans les animaux carnivores. Les molaires servent surtout à la trituration des substances , dont la première division a été opérée par les laniaires qui les déchirent, ou par les /nc^sives qui, se rencontrant comme des branches de ciseaux , en opèrent une véritable section. Ces dernières, au nombre de quatre à chaque mâchoire , n'agissant que sur des corps qui offrent assez peu de résislaucc , sont placées à l'extrémité du levier maxillaire. Les molaires sont plus rapprochées da point d'appui ; c'est aussi sur elles que se passent les plus grands efforts de la mastication. Si nous voulons briser un corps très-dur, nous le plaçons, par instinct , entre les dernières grosses molaires , et , raccourcissant de beaucoup le bras par lequel agit la résistance , nous corrigeons le levier du troisième genre , qui , le plus employé dans l'économie animale, est cependant , de tous, le plus désavantageux. Les dents laniaires ont des racines trèslongues , qui , s'enfonçant profondément dans les bords alvéolaires , les fixent assez solidement pour qu'elles puissent exercer, sans danger d'avulsion , des tiraillements considérables.
L'émail qui revêt l'extérieur des dents préserve la substance d'e l'os exposé au contact de l'air, des effets nuisibles que ce contact immédiat ne manque jamais d'occasioner ; et , bien plus dur que la substance osseuse , il les rend capables de briser les corps les plus résistants , sans en éprouver aucun dommage. Les acides concentrés ramollissent cette substance , et affectent les dents d'une manière douloureuse. La sensibilité dont ces os jouissent réside dans la membrane muqueuse qui tapisse leur cavité inlérieure, et dans laquelle viennent se répandre les vaisseaux et les nerfs qui pénètrent par les conduits dont sont creusées leurs racines. Celle membrane est le siège d'un grand nombre de maladies auxquelles les dents sont sujettes. L'émail , usé sans cesse par les frottements réitérés qu'il exerce et qu'il éprouve, n'est pas susceptible, chez l'homme , d'accroissement ni de réparation. Les alvéoles dans lesquelles les racines des dents sontimplantées embrassent exactement ces racines; et toutes ayant une forme exactement conique , c'est sur tous les points de la surface intérieure de ces petites cavités , et non point seulement sur leur fond , endroit par lequel les vaisseaux et les nerfs des dents y pénètrent , qu'est transmis l'effort que ces os supportent. Lorsque , par des causes accidentelles, ou par les progrès de l'âge, les dents sont tombées, leurs alvéoles se resserrent, puis s'effacent ;
leur principal usage étant de lacérer, de déchirer les tissus fibreux , il convient de leur donner une dénomination tirée de leur manière d'agir sur les aliments soumis à lenr action, comme on l'a fait pour les incisives et pour les molaires; 2" parce que le nom de canines peut donner une idée fausse, en faisant croire que cette sorte de dents est départie à une seule espèce de carnivores, quoiqu'on les trouve sur le lion , le tigre, etc., plus fortes cl mieux développées.
les gencives , substance mcmbrancuso , roiigeâlre , dense el serrée , qui lie les dénis aux bords alvéolaires, se durcissent, et deviennent calleuses sur ces bords amincis. Toute la portion do l'os maxillaire inférieur qui renfermait et entourait les racines des dénis disparaît par absorption , et cet os perd plus de la moitié de sa hauteur; le trou raentonnier, qui sur un sujet de trente ans s'ouvre audessus de la partie moyenne du corps de la màcboire, en occupe le bord supérieur chez un sujet décrépil. Ainsi atrophié , le maxillaire inférieur ne s'applique qu'imparfaitement à la mâchoire supérieure. Aussi les vieillards, après la chute complète des dents , n'ont-ils qu'une mastication imparfaite; et c'est là une des causes de la lenteur de leur digestion , les sucs gastritiues ne dissolvant qu'avec peine les aliments dont les molécules ne sont point assez divisées.
Insalivation. Cette trituration mécaniquen'est pas le seul changement que les aliments éprouvent dans la bouche. Soumis à l'action des organes masticaleurs qui surmontent la force de cohésion de leurs molécules , ils sont en même temps pénétrés par la salive. Cette liqueur , sécrétée par des glandes placées symétriquement au voisinage de la bouche, est versée en grande quantité dans l'intérieur de cette cavité pendant le temps de la mastication.
La plus volumineuse de ces glandes chez l'homme, la parotide, verse le liquide qu'elle sécrète au niveau de la troisième dent molaire supérieure. Le conduit excréteur de la sous-maxillaire s'ouvre sur les côtés du frein de la langue, derrière les dents incisives, après avoir reçu un ou plusieurs conduits plus ténus, provenant de la glande sous-linguale ; d'autres conduits, provenant de cette dernière, percent isolément la membrane muqueuse qui recouvre la glande. Ainsi, c'est dans le voisinage des incisives et des dents molaires , c'est-à-dire , près du lieu où s'opèrent la division et la trituration des aliments , qu'afflue en plus grande quantité le liquide qui doit les pénétrer. A ces trois sources principales de la salive , il faut ajouter les molaires situées entre le buccinateur el le masseter, véritables glandes salivaires qui établissent la transition entre celles que nous avons mentionnées d'abord , et la couche glanduleuse qui double la membrane inférieure des lèvres et des joues. Ce serait comniellre une erreur que d'assimiler cette couche à un amas de follicules. Les corpuscules qui la composent offrent la plus grande ressemblance avec les grains des glandes salivaires , et diffèrent essentiellement des cryptes qui s'observent à la base de la langue.
La salive est un liquide transparent et visqueux, légèrement alcalin , formé d'environ quatre parties d'eau et d'une partie d'albumine , dans lequel sont dissous des phosphates de soude , de chaux et d'ammoniaque , ainsi qu'une petite quantité demuriale de soude ; comme tons les fluides albumineux , elle mousse quand on l'agite, en absorbant l'oxigène de l'alraosphèrc, dont elle paraît fort avide (1).
(I) Suivant M. Bcnéliu» , la salive contient 992,9 (l'eau, 2,9 d'une matière animale parliciilièrc , 1,4 de mucus, 1,7 de murinte de potasse cl de soude , etc.
Mais cette analyse do la salive prise dans la j bouche , donne un résultat peu satisfaisant, puisque I ce liquide y est mêlé aux produits de la sécrétion des follicules muqueux de la langue el du palais, el à ceux de la perspiralion. Pour obvier à cet i inconvénient, MM. Leuret et Lassaigne ontanalysô! j ce liquide obtenu par la division'du conduit paro-u tidien sur les animaux, et celui recueilli sur untir homme atteint de fistule salivaire. Voici le résultat»^ de leur analyse ; Eau , 98,99 ; mucus , traces d'al-> i humine , de soude, de chlorure de sodium, dc^ chlorure de potassium , de carbonate de chaux, d phosphate de chaux, 1,01.
MM.Tiedemann et Gmelin ont donné delà saliva une analyse beaucoup plus compliquée : outre la^ plupart des substances que nous venons d'indi-i quer, ils prétendent avoir trouvé dans ce liquid<^ une graisse conlenant du phosphore , de l'osma-» zôme, du sulfo-cyanure de potassium , une matièrâ|i qu'ils nomment salivaire, et qui est soluble dam i l'eau , etc.
Y a-t il des globnles dans la salive? Plusieurs i physiologistes prétendent les avoir aperçus distinc tement. Mais dans plusieurs recherches faites aved le microscope , par M. Kerroman , et dont nou^ avons été témoins , la salive pure et fraîche a ton jours paru sans globules; seulement, après quel ques minutes d'exposition à l'air, le liquide a perde son homogénéité par la cristallisation de quelques- il uns de ses sels ; et nous pensons que c'est l'appari- i lion de semblablescrislaux qui a pu en imposer poni i des globules à Leuwenhoeck, Asch , Tiedemann i Gmelin , etc.
Il pouvait être nécessaire , à l'époque où Bordei i publia ses recherches sur les glandes, de multipliei avec lui les expériences elles raisonnements poui ( réfuter la théorie des mécaniciens qui assimilaien la sécrétion de la salive à une sorte d'expressiot opérée par la mâchoire et les muscles qui la meu vent; aujourd'hui cette démonstration détaillée se rait superflue. On sait que si l'angle de la mâchoin inférieure se porte en arrière pendant le mouv ment d'abaissement de cet os, et semble ainsi di | minuer l'échancrure parotidienne, cette perle d'es pace est compensée et au-delà par le mouvemen en avant du condyle, en sorte que la parotide n( peut être comprimée.
L'irritation que la présence ou le désir des ali ments occasione, réveille les glandes salivaires qui se gonflent et deviennent autant de centres d fluxipns vers lesquels les humeurs se portent ei abondance. Bordeu a le premier fait remarque combien était grande la quantité des nerfs el de vaisseaux que reçoivent les glandes parotides maxillaires el sublinguales , des artères carotidei il externes, maxillaires et linguales, de la portioilt dure de la septième paire et du nerf lingual de le cinquième, qui traversent leur substance, ci i marchent quelque temps à leur surface. Ce grant II nombre de vaisseaux el de nerfs est relatif à 1< | quantité de salive qui peut être sécrétée : on l'estimi lil à six onces environ pendant la durée moyenne K d'un repas; peut-être même cette estimation n'esl elle pas assez forte, si l'on en juge par quelque*» observations de fistules salivaires , où l'on a pu ap tl
DE LA DlGESTlOIt.
précier la quantité fournie , dans un temps donné , par une seule glande. Duphenix a recueilli en vinglhuit minutes quatre onces un gros de salive d'une fistule du conduit parolidien pendant que le malade mangeait.
Ce liquide coule plus abondamment lorsque les aliments dont nous faisons usage sont doués de qualités acres et vivement stimulantes. L'excitation du conduit excréteur ne peut être considérée cependant comme la condition nécessaire de l'augmentation d'activité des glandes qui sécrètent la salive; car ce liquide s'écoule en abondance d'une fistule ou d'une plaie qui interrompent le conduit parotidien , lorsque la mastication ou la gustation s'exerce avec activité. Il faut admettre alors que l'excitation portée sur les glandes est consécutive à 1 impression que les centres nerveux ont ressentie . des contacts des matières sapides avec la membrane muqueuse de la langue. La vue des substances alimentaires est d'ailleurs suffisante pour faire affluer la salive dans la bouche. Elle se mêle aux mucosités abondammentsécrélées parles glandes muqueuses, buccales, labiales, palatines et linguales , à la sérosité que laissent exhaler les artères des parois de la bouche , humecte , pénètre et dissout le bol alimentaire, en rassemble les molécules divisées, et leur imprime peut-être un premier degré d'altération par les matières azotées qu'elle renferme,
telles que cette manière animale particulière ( matière salivaire) et l'albumine. C'est l'opinion de ; Tiedemann , qui allègue en faveur de l'action assi- * 1 milatrice de la salive ce fait d'anatomie comparée, I que les animaux destinés à vivre de végétaux ont i des glandes salivaires plus volumineuses que ceux I qui se nourrissent de substances animales. Nul I doute qu'agitée avec les aliments par les mouve- : ments des mâchoires , la salive n'absorbe de l'oxi- : gène, et ne mêle aux aliments une certaine quantité i de ce gaz, propre à favoriser les changements qu'ils i doivent ultérieurement subir.
XI. Les parois musculaires de la bouche sont, .1 durant la mastication , dans une continuelle acti- N vité. La langue presse en tous sens les aliments, et
les pousse sous les arcades dentaires ; les muscles i de la joue, et principalement les buccinateurs , c contre lesquels les aliments sont poussés, les re- I poussent sous ces arcades , pour qu'ils y soient suf- I fisammenl triturés. Quand la division est assez
avancée , que la pénétration salivaire est assez in- 1 lime (1), alors la languepromène sa pointe dans les k diverses parties de la bouche , en parcourt tous les i recoins, et ramasse les aliments qu'elle rassemble i sur sa face supérieure. Lorsque celte collection est t complète, elle presse le bol alimentaire contre la » voûte du palais , et recourbant sa pointe en haut , < en même temps qu'elle abaisse sa base , elle offre à ( ce bol un plan incliné, sur lequel elle le pousse i d'avant en arrière , pour lui faire franchir l'isthme
(!) Nous sonimes avertis que les aliments soumis n la : mantication et à l'acliou (îe la salive peuvent ôlre avalés , par la manit-re dont ils allectcnt la langue et les autres parlics de l'intérieur delà bouche. La luelle aurait-elle pour usage spécial de juger du moment où le bol alimen-
•««'•c peut sans inconvénient franchir l'islhxne du gosier? • SI. Magendie le nie.
du gosier , elle précipiter dans le pharynx. C'est dans ce passagedu bol alimentaire, dans sa descente le long du pharynx et de l'œsophage , que consiste la déglutition, fonction à laquelle coopèrent plusieurs organes, et dont le mécanisme est assez compliqué.
XII. Déglutition. Remarquons d'abord que. dans cette série d'actions successives dont la digestion se compose, l'enchaînement des phénomènes résulte delà liaison des organes , et surtout d'unesorte de subordination mutuelle que les nerfs établissent entre eux. Ainsi les grands hypoglosses ou neuvièmes paires président aux mouvements variés à la faveur desquels la langue concourt puissamment au travail masticatoire , tandis que c'est sous l'influence des glosso-pliaryngiens que commence la déglutition , à laquelle concourt le pharynx. Un chien sur lequel on avait coupé les grands hypoglosses semblait happer du lait , mais ne pouvait venir à bout d'en faire passer une seule goutte dans le pharynx, et cependant il avalait de la viande , si l'on portait les morceaux jusque dans le fond de la bouche , sur la base de la langue, région à laquelle se distribuent en partie les nerfs glossopharyngiens. ( Shaw. J. Bell.)
Le bol alimentaire ayant été amené par le mécanisme que nous avons indiqué à la face supérieure de la langue, celle-ci se contracte successivement de sa pointe à sa base par l'action du muscle génioglosse. Pressé entre la voûte palatine et la face supérieure de la langue, le bol alimentaire glisse d'avant en arrière sur le plan incliné qu'elle lui présente. Il est douteux que la pointe de lalangue.recourbée en arrière, contribue à la progression du bol alimentaire, ainsi que l'ont pensé quelques auteurs cités par Haller. Parvenu au niveau de la portion molle de la voûte palatine, l'aliment ne cesse pas pour cela d'être soutenu ; le muscle péristaphylin externe, en tendant le voile en travers, lui donne la rigidité nécessaire à la fonction qu'il doit remplir alors tandis que le glosso-staphylin le maintient rapproché de la base de la langue.
Pendant l'accomplissement de ce premier temps où tout est volontaire , le second se préparait déjà de la manière suivante. L'extrémité inférieure du pharynx portée en haut et en avant était en quelque sorte venue au-devant du bol alimentaire, que lo pharynx semble saisir à l'isthme du gosier.
C'est médialement, et par suite de l'ascension du larynx, qu'est opérée l'élévation du pharynx. L'os hyoïde est entraîné en haut et en avant par le ventre antérieur du digaslrique, le mylo-hyoïdien, le génio-hyoïdien et une portion du génio-glosse. Ces muscles prennent un point fixe sur la mâchoire inférieure, assujettie elle-même par l'action de ses élévateurs. La dilTiculté qu'on éprouve à exécuter le mouvement de déglutition lorsque la mâchoire inférieure n'est pas appliquée contre la supérieure, montre assez la nécessité du point d'appui qu'elle fournitaux muscles sus-hyoïdiens. L'os hyoïde élevé sert de point fixe aux Ihyro-hyoïdiens, qui achèvent de soulever le cartilage thyroïde, et aveclui l'exlromilé inférieure du pharynx. On peut admettre avec Haller la coopération des muscles stylopharyngiens cl stylo-hyoïdiens. Lts mucosités que
les amygdales et les follicules muqueux do la base de la langue laissent exsuder, facilitent le passage du bol alimentaire à rislluue du gosier. Ce passage est à peine effectué, que tout à coup le larynx et le pharynx retombent; le bol alimentaire, qui tout à l'heure était à l'ouverture postérieure de la bouche, est déjà parvenu à l'extrémité supérieure tlo rœsophage. Le simple relâchement des muscles sus-hyo'idiens et le poids du larynx ne suffisent pas pour expliquer celte action presque convulsive et involontaire. Les muscles qui du sternum et du scapulum se portent à l'os hyoïde, doivent prendre une part active à ce temps de la déglutition.
Mais dans son trajet de la bouche au haut de l'œsophage, l'aliment a évité l'ouverture du larynx et celle des arrière-narines. On s'est beaucoup occupé dans ces derniers temps du mécanisme à l'aide duquel la nature avait pu prévenir une erreur de lieu qui serait souvent dangereuse et toujours incommode ; mais il faut avouer que Haller avait laissé peu de chose à découvrir sur ce sujet. L'élévation du larynx est en même temps la cause qui met la trachée-artère à l'abri du passage des aliments dans sa cavité. Magna primùm sapientia naturœ factum est, ut vires pharyngem levantes et dilatantes, una laryngem élevant, atque viam ad asperam arteriam claudant. Le larynx, en effet, à mesure qu'il monte, s'incline obliquementen avant, etya cacher son ouverture sous l'épiglotte, par laquelle il est abrité. Celle-ci remplit d'autant plus fidèlement le rôled'opercule, qu'elle a éprouvé une sorte de renversement, de culbute en arrière, culbute attribuée par Galien à l'action mécanique du bol alimentaire ; par Albinus, au déplacement de la base de la langue; et avec plus de raison, parM.Magendie,''au refoulement en arrière qu'éprouve le paquet graisseux qui recouvre l'épiglotte , lorsque le cartilage thyroïde, élevé comme nous l'avons dit, s'engage un peu derrière le corps de l'os hyoïde. Mais, a-t-on dit , l'entrée des voies aériennes n'est pas seulement fermée en vertu de ce mécanisme ; l'introduction des aliments solides ou liquides était trop dangereuse pour que la nature lui opposât un obstacle aussi faible et que plusieurs causes peuvent déranger. Au moment où le bol alimentaire tombe dans le pharynx , la glotte se ferme par le resserrement de ses côtés, et interdit toute entrée aux aliments dans les voies de l'air. On ajoute que les oiseaux dépourvus d'épiglotte n'en exercent pas la déglutition d'une manière moins sûre; que des chiens, auxquels on a retranché cette partie, ont pu avaler des substances solides cl liquides , et qu'enfin la déglutition devient difficile quand on a paralysé par la section des nerfs laryngés les muscles qui ferment la glotte. Cette doctrine n'est pas entièrement neuve , et elle nous paraît fautive en plusieurs points, Ilalleravaitdéjà signalé laconlraction de la gloUe. Ostendi tamen necessario fieri dum levalur pharynx , ut una glotlis claudatur guttulœ forte aliquœ , sulcum qui est ad utrumque latus aditus laryngis perlabentcs , m fistulam spiritalem distillent, faciant(]ue tussim. Nous nions formellement que la régularité de la déglutition soit due à l'état de contraction de la glotte. Il faudrait, pour qu'il en fût ainsi, que cette ouverture
occupât l'extrémité supérieure du larynx. Or, elle est située au-dessous de sa partie moyenne , et surmontée d'une cavilé dans laquelle les aliments ne descendent certainement pas lorsqu'ils ont franchi l'isthme du gosier. La contraction de la gloltc pendant la déglutition n'en est pas moins un phénomène important à constater ; c'est pàr-là que la nature met obstacle à l'entrée des aliments ou des liquides dans la trachée , lorsque par accident ils se sont introduits dans la cavité du larynx ; c'est alors aussi que l'on éprouve cette toux convulsive accompagnée d'une expiration brusque qui entraîne le corps élranjjer. De ce qu'un chien a pu avaler sans épiglolte , nous ne concluons pas non plus que cette partie ne sert à rien dans le mécanisme de la déglutition. Comment , dans celle hypothèse , expliquer la fin misérable à laquelle sont condamnées lespersonnesqu'une maladie a privées d'épiglotte (1) ?
La rétrogradation des aliments par les fosses nasales est empêchée par la contraction du voile du palais, tendu parle péristaphylin externe, relevé par les périslaphylins internes , dont l'action est contrebalancée par celle des glosso et pharyngoslaphylins. Ce voile est de plus embrassé par le pharynx lui-même, et surtout parle constricteur supérieur. Quelquefois la résistance que ce voile oppose est surmontée , et les aliments ressortent en partie parles narines: c'est ce qui arrive lorsque ces muscles sont paralysés , et lorsque , pendant l'acte de la déglutition, nousvoulonsparlerourire. Alors l'air, chassé des poumons avec plus ou moins de force, relève l'épiglotte , et, rencontrant la masse alimentaire , la repousse vers les ouvertures qui doivent lui donner passage. L'islhme du gosier est fermé au retour des aliments dans la bouche par le gonQement de la base de la langue , soulevée par l'action des glosso et pharyngo-staphylins . petits muscles renfermés dans l'épaisseur des piliers du voile du palais.
Le bol alimentaire est dirigé vers l'œsophage , et introduit dans ce canal par la contraction pérlslaltique du pharynx , qui peut être regardé comme la partie évasée d'un tuyau infundibuliforrae.
En voyant combien sont complexes ces deux temps de la déglutition, et combien de parties doivent concourir à leur accomplissement, on s'explique la fréquence de la dysphagie , et la nécessité de rechercher attentivement la cause de celle affection , lorsqu'on se propose d'y remédier.
Les aliments descendent dans l'œsophage , poussés par les contractions de ce conduit musculomembraneux, élendu le long de la colonne vertébrale, depuis le pharynx jusqu'à l'eslomac. Il est facile de concevoir la part que prennent à leur progression les deux plans de fibres, les unes circulaires, les autres longitudinales, qui enlrent dans la composition de l'œsophage.
Des mucosités , abondamment sécrétées par la membrane dont est tapissé son intérieur , les en-
( I ) llinc al) croRà cpiglollidc , nul rigiil.'i , aiil resoliità , ut inverti nequirol ex illapso in laryngem polii , fiinesli CTcntiis soqmiHlur. Halleu , Phijsiolorjim , bb.
xviii, sccl. 3.
DE L\ DIGESTION
veloppent , et rendent leur progression plus facile. Les plis longitudinaux de la membrane intérieure favorisent la dilatation du canal : néanmoins , lorsqu'il est élargi outre mesure , il en résulte de vives douleurs, dépendant, sans doute, du tiraillement qu'éprouvent les plexus nerveux par lesquels les nerfs de la huitième paire embrassent l'œsophage eu descendant sur ses côtés. La laxité du tissu cellulaire , qui uuit à la membrane charnue de l'œsophage les deux tuniques intérieures, permet à ces dernières de céder un peu à la contraction des fibres musculaires qui les embrassent , et les pousse, sous la forme d'un bourrelet, dans l'orifice cardiaque de l'estomac chaque fois que le bol alimentaire est introduit dans ce viscère. Une femme qui présentait une large fistule de l'estomac, ouverte à l'intérieur, a été le sujet de cette observation. J'omets à dessein le poids des aliments dans l'énumération des causes qui les font descendre par l'œsophage. Quoique , dans l'homme comme chez les quadrupèdes , ce poids ne soit point un obstacle à la déglutition, il favorise si peu cette fonction , I que l'affaiblissement de la contraclililé musculaire I aux approches de la mort , suffit pour l'empêcher tout-à-i'ait. Les boissons font alors entendre un bruit d'un fâcheux présage. Ce bruit consiste en un gargouillement du liquide qui tend à s'engager dans le larjnx ; et si l'on insiste et que l'on veuille gorger le malade d'une tisane dont la déglutition est impossible, elle coule dans la trachée-artère, remplit les bronches, et l'individu meurt suffoqué.
Si l'on en croit des expériences faites en mettant à nu sur des animaux vivants l'extrémité inférieure de l'œsophage, la marche des aliments, assez rapide dans le haut de ce conduit, se ralentirait parfois vers l'extrémité inférieure qui est le siège de contractions prolongées alternant avec des périodes plus courtes de relâchement : mouvements qui , ainsi que l'anatomie le fait prévoir et que l'ont confirmé les observations de M. Magendie, sont sous l'influence du nerf pneumo gastrique.
XIII. De V abdomen. Avant d'étudier les phénomènes ultérieurs de la digestion , accordons un moment à l'examen de la cavité qui en renferme les principaux organes. L'abdomen est presque entièrement rempli par l'appareil digestif: sa grandeur, la structure de ses parois, sont évidemment relatives aux fonctions de cet appareil. La capacité de l'abdomen est supérieure à celle des deux autres grandes cavités ; ses dimensions ne sont pas invariablement fixées comme celles du crâne , dont la grandeur est déterminée par l'étendue de parois osseuses et non extensibles : elles sont aussi plus variablesquecelles de la poitrine , parce que les degrés de dilatation de celles-ci sont limités par l'étendue des mouvements dont les côtes et le sternum sont capables. Le bas-ventre s'agrandit , au contraire , d'une manière en quelque sorte indéfinie , par l écartemcnt de ses parois molles et extensibles. On le voit contenir jusqu'à quatre-vingts pintes de liquide dans certaines hjdropisies asciles, sans que cette quantité énorme d'un fluide accumulé cause la mort par l'effet de sa niasse; tandis qu'à raison de la délicatesse du cerveau, de l'exacte plénitude du crâne, cl surtout de l'inflexibilito de ses parois, les moin-
dres épanchemcnls sont si dangereux dans cette cavité ; tandis que l'amas de quelques pintes de liquide dans la cavité de la poitrine amène à sa suite la suffocation. Cette vaste capacité de l'abdomen, susceptible d'une augmentation facile , était bien nécessaire dans une cavité dont les viscères , creux pour le plus grand nombre, et dilatables renferment des matières dont les quantités sont variables, et d'où se dégagent des gaz qui remplissent de grands espaces. Quelle prodigieuse différence n'établit point dans les dimensions de l'abdomen la différence des aliments dont les animaux se nourrissent! Comparez le corps grêle , élancé, du tigre , du léopard , de tous les carnivores, à la masse pesante de l'éléphant, du bœuf, de tous les animaux dont les végétaux font la principale ou l'unique nourriture. L'enfant, qui digère beaucoup pour se développer et croître, a l'abdomen bien plus étendu que l'adulte et que le vieillard. Chez lui, l'appendice xypho'ide du sternum se termine vis-à-vis le corps de la huitième ou neuvième vertèbre dorsale. Dans les vieillards, elle descend jusqu'à la dixième, ou même la onzième , de manière que la capacité abdominale diminue avec le besoin des aliments et l'activité de la digestion.
Les organes intérieurs du corps sont incessamment agités par différentes causes, et entraînés dans divers mouvements. L'action du système artériel tend à soulever la masse cérébrale, et à lui communiquer des mouvements d'élévation et d'abaissement; les mouvements des côtes opèrent la dilatalion et l'affaissement du tissu pulmonaire ; le cœur, adhérant au diaphragme , entraîné par ce muscle lorsqu'il s'abaisse, s'élance encore contre les parois de la poitrine chaque fois que ses ventricules se contractent. Les viscères abdominaux ne sont pas moins ballottés par les mouvements respiratoires ; ils éprouvent, de la part du diaphragme et des muscles larges, une action et une réaction perpétuelles. Par-là, la circulation des humeurs se trouve favorisée dans les vaisseaux , le cours des aliments accéléré dans le tube intestinal, la digestion activée, et plusieurs excrétions , comme celles des matières fécales et de l'urine, accomplies.
XIV. Chymification. Les aliments reçus dans l'eslomacs'yaccumulent graduellement en écartant ses parois, toujours contiguës quand il est vide- Dans cette distension mécanique de l'estomac par la matière alimentaire, cet organe cède sans réagir. Il n'est cependant pas absolument passif; ses parois s'appliquent, par une contraction générale, une sorte de mouvement tonique à la matière qui s'accumule ; et c'està cette action de tout l'estomac que les anciens donnaient le nom de péristole. A mesure qu'il se dilate , ou plutôt se laisse dilater» sa grande courbure est poussée en avant; les deux feuillets du grand épiploon se séparent , la reçoivent dans leur écartement, et s'appliquent à l'extérieur de l'estomac dilaté. Ce repli du péritoine paraît avoir , chez l'homme , pour principal objet , de faciliter l'amplialion de l'estomac , qui se développe surtout par sa partie antérieure : on s'en assure en le soufflant sur un cadavre. A mesure que l'air dilate ce viscère , les deux lames de l'opiploon s'appliquent à sa surface 5 et si l'on traverse celte
ÉLÉMENTS DE PUYSIOLOGIB.
membrano avec uno épingle, à un pouce de dislance de la grande courbure , on voil l'épingle s'en n»pprocher, élre ramenée vers cette courbure; mais lu portion supérieure de l'épiploon peut seule élre employée à cet usage, et jamais l'estomac ne s'approprie la totalité de ce repli membraneux. Dirons-nous avec Galicn que le grand épipioon garantit les intestins du froid , et leur conserve une douce chaleur indispensable à la digestion; avec quelques-uns, qu'il remplit les vides, fait l'office d'un fluide, adoucit les frottements et la pression <le la paroi antérieure de l'abdomen ; avec d'autres , qu'il est là pour que le sang s'y porte , lorsque l'estomac, resserré sur lui-même, refuse de le recevoir? Le sang, qui coule si lentement dans ses \aisseaux longs et déliés, n'y conlracte-t-il point quelque disposition oléagineuse , qui le rend plus propre à fournir les matériaux de la bile? Rien ne le prouve.
L'estomac s'étend aussi , quoique d'une manière moins apparente, du côté de sa petite courbure , et les deux lames de l'épiploon gastro-hépatique s'écartent comme celles du grand épipioon. Telle est l'utilité de l'épiploon gastro-hépatique , qui peut être regardé comme un résultat nécessaire de la manière dont le péritoine est disposé relativement aux viscères de l'abdomen. Cette membrane, qui se porte de l'estomac au foie , pour les recouvrir, ne pouvait franchir l'intervalle qui les sépare qu'en y jetant une sorte de pont membraneux, par lequel sont soutenus les vaisseaux et les nerfs qui , de la petite courbure ou du bord postérieur de l'estomac, se porlentvers laface concave dufoic. Cet épipioon gastro hépatique peut encore , par l'écartement des deux feuillets dont il est formé , prêter à la dilatation de la yeine-porte hépatique, qui se trouve, ainsi que tout le paquet des vaisseaux, des nerfs el des conduits excréteurs du foie , contenue dans l'épaisseur de son bord droit.
Pendant que ces changements s'opèrent dans la membrane séreuse, la tunique muqueuse et le feuillet fibro-celluleux qui la double contribuent à l'ampliation de l'estomac par le déplissemenl des saillies qu'ils forment à la face intérieure lors de son état de vacuité. Les fibres charnues subissent un simple alongement.
L'estomac distendu par les aliments éprouve dans fa direction un changement en vertu duquel son grand bord se redresse en s'appliquant contre la paroi antérieure de l'abdomen et les fausses côtes , tandis que sa face supérieure regarde plus directement en haut que dans l'état de vacuité. Ce changement de direction paraît avoir élé exagéré par les anatomistes.
Chez plusieurs animaux à estomac simple , ce viscère prend cependant, au moment de la digestion , une apparence bi-loculaire , par suite d'un resserrement considérable qui se manifeste à sa partie moyenne. E. Home a dit que cette division en deux portions pouvait être fréquemment observée lorsque l'ouverture du corps était faite peu de temps après la mort. Il fait observer aussi qu'une élaboration différente paraît avoir lieu dans chaque portion de l'estomac ; il a constamment rencontré les liquides dans la région cardiaque , el les parties
solides ramollies dans la région pylorlque. On apporta, il y a quelques semaines ,^ à l'hôpital Saint- Antoine, le corps d'un ouvrier qui avait été écrasé quelques instants après avoir pris son repas du matin. Un resserrement considérable séparait les portions splénique et pylorique de l'estomac : la première ne renfermai! que des liquides; on trouva dans la seconde les matières alimentaires ramollies par les sucs gastriques.
Le resserrement dont nous venons de parler no se manifeste qu'au moment de la digestion, et il est douteux même qu'il soitaussi fréquent que M. E. Home l'a donné à entendre, puisqueMM.Tiedemana et Gmelin ne l'onljamais observé dans leurs expériences; mais il est dans l'espèce humaine des sujets dont l'estomac est véritablement digastrique et d'une manière permanente. Il est difficile de dire si celte conformation, chez eux, est congénitale ou acquise. Nous ne pouvons méconnaître ici une sorte de rudiment de l'estomac complexe ou multiplede quelques animaux, el celle opinion acquiert un degré de vraisemblance de plus , si l'on examine comparativement la structure des régions splénique et pylorique de l'estomac. M. Home a signalé dans la première des enfoncements alvéolaires analogues à ceux du bonnetdes ruminants. La deuxième est remarquable par la présence des villosités qui semblent commencer dans ce point, el continuent à se montrer très-développées dans l'intestin grêle.
L'estomac, rempli par les aliments, exerce sur les viscères abdominaux une pression qui sollicite l'évacuation de divers réservoirs ; mais on doit accueillir avec réserve les assertions des auteurs relativement aux effets mécaniques de la dilatation de l'estomac. Camper attribuait à celle cause l'évacuation de la vésicule du fiel , et l'accélération du cours du fluide pancréatique. On lui a de même attribué l'afflux plus abondant delà bile hépatique par suite de la compression du foie ( Lieutaud ) , la diminution du volume de la rate, viscère qui se serait constamment montré très-petit pendant la réplétion de l'estomac ( Lassone ), et très-volumineux dans l'intervalle des digestions (Lieutaud). Nous reviendrons sur l'état de la rate pendant la digestion.
Si on presse l'abdomen d'un cadavre , ou si on l'incline de manière à abaisser la poitrine et la tête, on voit le plus souvent jaillir par la bouche el les fosses nasales les liquides contenus dans l'estomac ; il suffit même du développement des gaz intestinaux, par suite d'un commencement de décomposition, pour produire l'expulsion des matières que renferme l'estomac. Cependant , sur le vivant , la pression du ventre, l'abaissement du diaphragme, la toux , le chant , etc., ne sont point suivis d'un semblable résultat, ell'estomac retient les aliments, quelque soit son degré de réplétion. Du côté du pylore , des fibres circulaires nombreuses ferment complètement cet orifice par leur contraction, tandis que vers le cardia , le même effet est produit par le resserrement d une anse musculaire jetée comme une écbarpc autour de l'extrémité inférieure de l'œsophage : le resserrement de ce conduit contribue aussi à prévenir la sortie des matières alimentaires. L'obstacle situé aux deux orifices
DE LA DIGE9TI0K
est si puissant, qu'un estomac retiré du ventre d'un animal vivant, avec le commencement du duodénum et la fin de l'œsophage , ne laisse rien sortir de sa cavité , lors même qu'on le presse entre les deux mains. (Haller.Shchilliling, Shradder.) MM. Tiedemann et Gmclin ont renouvelé celte expérience , et en ont obtenu les mêmes résultats. Lorsque sur certains animaux on pratique la section des pneumo gastriques , l'estomac perd en partie la faculté de conserver les matières alimentaires; celles-ci remontent dans l'œsophage, et finissent par s'introduire dans les voies aériennes. (Dupuy , Mayer, Leuret et Lassaigne.)
L'estomac a de tout temps été regardé comme le principal organe de la digestion ; il n'y joue cependant qu'un rôle préparatoire et secondaire: ce n'est pas par lui que s'accomplit le principal et le plus essentiel phénomène de cette fonction , je veux dire la séparation de la partie nutritive de l'aliment d'avec sa portion excrémentitieile. I Reçue dans sa cavité , la matière alimentaire se dispose à celle prochaine séparation ; elle se fluidifie , éprouve une altération profonde, et se convertit en une pâte molle et homogène, connue sous le nom de chyme. Quel est l'agent qui opère cette conversion? ou, sous d'autres termes, en quoi consiste la digestion stomacale ?
Comme il est souvent nécessaire de déblayer avant de construire , nous allons rappeler ici et réfuter les hypothèses successivement proposées pour en expliquer ie mécanisme ; elles peuvent se réduire à la coction. la fermentation, la putréfaction, la trituration el ]a macération des aliments reçus dans la cavité de l'estomac.
XV. La première opinion est celle des anciens et du père de la médecine ; mais par le terme de coction Hippocrale n'a point voulu désigner un phénomène semblable à celui que présentent les aliments soumis dans un vase à l'action de la chaleur; la température de l'estomac, qui n'est pas supérieure à celle du reste du corps (32 degrés), ne serait point suffisante : les animaux à sang froid digèrentcomme ceux à sangchaud , etc.; la chaleur fébrile , comme Vanhelmontl'observe , déprave la digestion , au lieu de l'accélérer. Dans le langage des anciens , le mot coction exprime l'altération , la maturation, l'animalisation des aliments, rapprochés de notre nature par les mutations qu'ils éprouvent dans la cavité stomacale. Il est néanmoins avéré que la chaleur naturelle concourt à faciliter ces changements: les expériences de Spallanzani sur lesdigeslions artificielles , prouvent que le suc gastrique n'agit pas plus efficacement que l'eau commune pour ramollir et dissoudre les substances alimentaires, lorsque la température est audessous de 7 degrés ( thermomètre de Réaumur) ; qu'il devient au contraire très-actif lorsque la chaleur est de 10, 22, 30 ou 40 degrés au-dessus de la glace. La digestion chez les animaux à sang froid est toujours d'ailleurs beaucoup plus lente que dans ceux à sang chaud.
XVL Les auteurs et les partisans du système de la fermentation ont admis , pour les aliments reçus dans l'estomac , un mouvement intestin et spontané , en vertu duquel ils passent à un nouvel ordre
de combinaisons ; et , comme on accélère le travail fermcntatif en ajoutant à la matière qui l'éprouve une certaine quantité de la même matière qui a déjà fermenté , quelques-uns d'entre eux ont supposé dans l'estomac un levain toujours existant, formé , suivant Vanhelmont , par un acide subtil , et consistant, selon d'autres, dans la petite quantité des aliments restés de la digestion précédente. Mais , outre que l'estomac se vide complètement , et que son intérieur ne présente aucune trace de levain à celui qui l'observe quelques heures après la digestion , il faut un repos parfait aux substances qui fermentent, et l'aliment est soumis aux oscillations ondulatoires , aux contractions péristaltiques de l'estomac: ce viscère reçoit des secousses des artères voisines ; il est d'ailleurs continuellement ballotté par les mouvements respiratoires. Les fermentations s'accompagnent d'absorption ou de dégagement de produits gazeux, etc., etc.; et tous ces phénomènes n'ont point lieu quand l'action de l'estomac n'a souffert aucun dérangement.
On doit néanmoins dire , à l'appui de l'opinion des fermentateurs , que nous ne pouvons nous nourrir que de substances fermentescibles (III) , et que les matières qui ont déjà subi ce commencement de décomposition qu'amènent les fermentations panaire et sucrée, se digèrent plus aisément et en moins de temps. Cette fermentation imperceptible doit avoir beaucoup d''analogie avec ces deux dernières espèces d'altération , et surtout avec la fermentation acide : en effet , en peu d'instants les matières avalées tournent à l'aigre; le lait reçu dans l'estomac de l'homme se caille bientôt; mais c'est surtout dans celui des herbivores que cet effet est remarquable. La membrane interne du quatrième estomac du veau conserve au bout de plusieurs mois la faculté de coaguler le lait; c'est elle que, sous le nom de présure, on emploie dans la fabrication du fromage. Suivant Réaumur , la membrane interne de l'estomac d'une poule peut au besoin tenir lieu de cette espèce de levain. Les viandes elles-mêmes mal digérées donnent des rapports acides. Il ne faut donc pas douter qu'il ne se développe un commencement d'acidité dans les substances soumises à l'action de l'estomac : circonstance opposée à l'établissement de la fermentation putride.
XVII. Il s'est cependant trouvé des physiologistes qui, depuis Plistonicus, disciple dePraxagore, admettent que la digestion se fait par une véritable putréfaction; mais, outre qu'il nesé dégage jamais d'ammoniaque dans ce travail, notre économie digeslive a, comme ou le verra bientôt, la propriété de faire rétrograder, ou au moins d'arrêter la putréfaction des substances qui lui sont soumises. Les serpents , qui , à raison de la grande dilatabilité de leur œsophage , et de l'écartement considérable dont sont capables leurs deux mâchoires presque également mobiles , avalent souvent des animaux plus volumineux qu'eux-mêmes , et mettent plusieurs jours à les digérer , offrent la partie de l'animal soumise à l'action du ventricule parfaitement saine et dans un état de dissolution plus ou moins avancée; tandis que ce qui reste encore au-dehors présente les signes d'une pulridité com-
monçanle. Enfin , malgré la chaleur et l'humidité <lu lieu, les aliments ne prolongent point assez leur «éjour dans l'estomac pour que la putréfaction s'y établisse, en supposant que tout favorisât d'ailleurs la naissance de ce phénomène. Les animaux qui ont avalé par mégarde des substances animales putréfiées les rejettent par le vomissement, ou comme Spallanzani l'a observé sur quelques oiseaux , leur enlèvent le caractère putrédineux.
XVIII. Le système de la fermentation fut celui des chimistes; celui de la trituration est dû aux mécaniciens , qui assimilent les changements qu'éprouve une substance dans un mortier , sous le pilon du pharmacien, à ceux que les aliments subissent dans l'estomac. Mais qu'il y a loin de l'action attrilivc d'un pilon qui écrase une substance moins dure que lui , contre un plan qui résiste, à l'action douce et péristaltique des fibres de cet organe sur les substances qu'il contient ! La trituration , effet mécanique , ne change pas la nature du corps trituré, tandis que l'aliment se décompose et n'est plus le même après avoir séjourné dans le ventricule. Comme cette hypothèse, malgré son évidente absurdité , a Joui longtemps d'une grande faveur , il ne sera point hors de propos d'accorder quelques instants à la réfutation des preuves alléguées à son appui.
La manière dont la digestion s'opère chez les oiseaux à estomac musculcux, et principalement chez les gallinacés , est l'argument le plus spécieux dont se soient étayés les mécaniciens. Ces oiseaux granivores ont tous un double estomac. On donne le nom de jabot au premier ; ses parois sont peu épaisses et presque entièrement membraneuses; une humeur abondante est versée à son intérieur ; les graines dont ils s'alimentent s'y ramollissent , et y éprouvent une sorte de macération préliminaire , après laquelle elles sont plus aisément broyées par l'action du gésier, véritable estomac musculaire qui remplit l'office des organes masticateurs doiit cette classe d'animaux est presque absolument privée. Le gésier agit avec un tel degré de force pour briser les aliments solides soumis à son action, qu'il pulvérise des globes de verre et de cristal , aplatit des tubes de fer-blanc , rompt des morceaux de métal , et, ce qui est bien plus extraordinaire, hrise impunément les pointes des aiguilles et des lancettes les plus acérées, émousse ou casse cesinstrumentsmeurtriers : aussi son intérieur est il garni d'une membrane épaisse, semi-r arlilagineuse, incrustée d'un grand nombre de petites pierres et de graviers. Le coq-d'inde est, de tous les volatiles qui peuplent nos basses cours, celui où celte structure est le plus évidente : outre ces petits cailloux dont est garnie la membrane interne du gésier , sa cavité en contient elle-même, presque toujours, un plus ou moins grand nombre :1e choc de ces corps durs, soumis , avec les grains auxquels ils sont mêlés , à l'action stomacale, peut concourir à leur atténuation. C'est à cet usage que l'autruche desline les cailloux , les morceaux de fer qu'elle avale , et que Valisnieri a rencontrés dans son estomac. Mais ce n'est point dans ces divisions mécaniques, dont le gésier est chargé au défaut des organes masticaleurg , que consiste la digestion ; ramollis et divisés
par l'action successive du jabot et du gésier , les aliments passent dans le duodénum, et, soumis ! dans cet intestin à l'action des sucs biliaires, ils y i éprouvent les changements les plus essentiels à i Tacle digestif.
La structure singulière de l'estomac, dans l'é- \ crevisse , ne favorise pas davantage l'hypothèse de i la trituration : il est, dans ce cruslacé , pourvu | d'un véritable appareil mandibulaire destiné à la j trituration des aliments; en outre. Ton y trouve, ■ dans certain temps de l'année , deux concrétions arrondies, placées de chaque coté au-dessous de sa membrane interne. Ces concrétions, faussement nommées yeux d'écrevisse , sont formées par du carbonate de chaux mêlé à une petite quantité de matière animale gélatineuse : elles disparaissent lorsque, après la chute annuelle de la coquille, l'enveloppe extérieure , d'abord membraneuse , se solidifie par le transport à l'extérieur de la matière calcaire qui les constitue.
L'énorme différence qui existe entre le ventricule de ces animaux et celui de l'homme, devait écarter d'ailleurs toute idée de comparaison. Spallanzani a très-bien vu que , sous le rapport de la force musculaire de ses parois , les animaux pouvaient se partager en trois classes, dont la plus i nombreuse était composée par ceux dont l'estomac, presque entièrement membraneux, est pourvu d'une tunique musculaire d'une épaisseur très-peu considérable. Dans celte classe se trouvent placés l'homme, les quadrupèdes, les oiseaux de proie , t les reptiles et les poissons. Quelque faible que ' soit cette tunique musculaire dans l'estomac ùe \ l'homme , Pitcairn , abusant du calcul, estime sa force à 12,951 livres; il fait monter à 248,335 ! celle du diaphragme et des muscles du bas-veuire, i qui agissent sur l'estomac et le compriment dans i les mouvements alternatifs de la respiration. Que i prouve un calcul si exagéré, si ce n'est, comme ; Ta dit Garât , que ce vain appareil d'axiomes , de j définitions, de scolics, de corollaires, dont on a ' défiguré plusieurs ouvrages qui ne sont pas de \ géométrie, n'a servi qu'à retrancher, pour ainsi ( dire, des notions vagues, confuses et fausses, :j derrière des formes imposantes et respectées? Iliii suffit d'introduire la main dans l'abdomen d'un i l animal vivant, et le doigt dans une plaie faite à ji l'estomac, pour reconnaître que la force avec fH laquelle ce viscère agit sur les matières qu'il coulient , ne va pas au-delà de quelques onces .
XIX. Le savant et laborieux Haller crut que les 'i> aliments étaient seulement ramollis et délayés pariti les sucs gastriques. Celle macération était, selon jjj lui, favorisée et accélérée parla chaleur du lieu , 'i| le principe de putréfaction et les mouvements II doux, mais continuels, dont la substance alimen- ti taire est agitée. La macération surmonte à la Ion-; il gue la force de cohésion des matières les plus|.i solides; mais en les délayant, elle n'en change i» jamais la nature. Haller s'appuyait des expériences iil d'Albinus sur la conversion des tissus membraneux jil en mucilage, au moyen d'une macération pro-; l longée. ' f
Dans les animaux ruminants , la cavité de l'cslo-i I mac est divisée en quatre parties, qui s'ouvrent lesj l
DE LA DIGESTIOW.
I nnes dans les antres , et dont les trois premières I communiqucut avec l'œsophage. Descendus dans 1 la panse . qui est le premier et le plus vaste de ces I quatre estomacs , les herbages , imparfaitement I triturés parles organes masticateurs, dont la force est peu considérable, y éprouvent une véritable macération , en même temps qu'un commencement de fermentation acide. Les contractions de l'estomac les font passer par petites portions dans le bonnet, qui, moins grand, mais plus musculaire que la panse, se roule sur lui-même, enveloppe de mucosités l'aliment déjà ramolli , puis en forme une boule qui remonte dans la bouche par un véritable mouvement antipéristallique de l'œsophage. Mâ- I ché de nouveau par l'animal, qui semble se complaire dans cette opération , le bol alimentaire ! redescend , par l'œsophage , dans le troisième esto- : mac, appelé feuillet, à cause des replis larges et multipliés de la membrane qui en tapisse l'intérieur , puis passe de celui-ci dans la caillette, où s'achève véritablement la digestion stomacale. Tel est le mécanisme de la rumination , fonction propre aux animaux qui ont un quadruple estomac ; ils ne l'exercent point dans tous les temps de leur vie : l'agneau qui suce le lait de sa mère ne rumine point. La liqueur, à moitié digérée, ne traverse ni la panse , ni le bonnet , alors inutiles , mais descend de suite dans le troisième estomac. Quelques hommes ont offert l'exemple d'une sorte de rumination ; le bol alimentaire , descendu dans l'estomac , revenait peu de temps après dans la bouche , pour y subir une seconde mastication et y être de nouveau pénétré par la salive. Conrad Peyer a fait de ce phénomène morbifique le sujet d'une dissertation qui a pour titre : Mericologia , sive de Ruminantibus.
Cette quadruple division de l'estomac, si favorable à l'hypothèse de Haller sur la digestion , ne s'observe que chez les ruminants. Mais , quoique les animaux soient, pour la plupart, comme l'homme , monogastriques , c'est-à-dire pourvus d'un seul estomac, ce viscère présente des dispositions différentes , dont les plus remarquables sont relatives à la facilité plus ou moins grande qu'ont les aliments pour y prolonger leur séjour. L'insertion de l'œsophage à l'estomac est d'autant plus voisine de son extrémité gauche, et le grand culde-sac de ce viscère a d'autant moins d'ampleur , que les animaux se nourrissent plus exclusivement de chairs, substances éminemment altérables, et qui n'avaient pasbesoin, pour être convenablement digérées, de séjourner long-temps dans sa cavité. Chez les quadrupèdes herbivores non ruminants , le grand cul-de-sac forme près de la moitié , quelquefois même la plus grande partie de l'estomac, l'œsophage s'y rendant assez près du pylore. Dans quelques-uns, comme lecochon.l'estomacest même partagé en deux portions par un rétrécissement circulaire. Les aliments qui tombent dans le grand cul-de-sac de l'estomac peuvent rester plus longtemps dans ce viscère , cette portion de sa cavité se trouvant hors de la ligne de direction que suit le courant alimentaire.
XX. Sues gastriques. L'estomac est peut-être , de tous les organes, celui qui, proportionnellement
à son volume , reçoit le plus grand nombre de vaisseaux. Dans ses parois merabrano-musculaires, qui n'ont guère plus d'une ligne d'épaisseur, l'on voit se distribuer l'artère coronaire stomachique, tout entière destinée pour cet organe , la pylorique et la gastro-épiploïque droite , branches de l'hépatique, les vaisseaux courts delà gastro-épiploïque gauche, fournie par l'artère splénique. La plus grande partie du sang , qui de l'aorte passe au tronc cœliaque , va donc à l'estomac; car, si des trois artères en lesquelles ce tronc se divise, la coronaire stomachique est la plus petite , les artères du foie et de la raie envoient à l'estomac plusieurs branches assez considérables, avant de pénétrer dans les viscères auxquels ces vaisseaux sont spécialement destinés. Il suffit de remarquer celte disproportion excessive entre restomac et la quantité de sang qui s'y porte, pour en conclure que ce fluide n'est point uniquement employé à la nutrition de sa substance , mais bien destiné à fournir les matériaux d'une sécrétion quelconque.
Cette sécrétion est celle des sucs gastriques , dont la source la plus abondante se trouve dans l'exhalation artérielle qui se fait à la surface interne* de l'estomac; elle n'est jamais plus active qu'au moment oùles aliments reçus dans la cavité , l'irritant par leur présence, le transforment en un centre de fluxion vers lequel les humeurs se portent de tous côtés. L'étatde plénitude de ce viscère favorise cet afflux du liquide dans les vaisseaux, dont les duplicatures s'effacent, dont les courbures se redressent par l'extension de ses parois auparavant affaissées. La membrane interne de l'estomac, en contact avec les aliments, prend une teinte rosée très-prononcée, etqui persiste même après lamort, lorsque celle-ci est survenue brusquement pendant le travail de la digestion. Les artères de l'estomac, de la rate et du foie, leur étant fournies par le même tronc, on professe généralement que, le premier étant vide, peu de sang arrive dans sa substance contractée , et que , dans cet état de vacuité de l'estomac, la rate, moins comprimée, et le foie, doivent en recevoir davantage , tandis qu'ils en recevront moins lorsque le ventricule sera rempli. La rate , dans celte manière de voir, remplirait l'office d'un véritable diverticulum. Mais il faut avouer que les expériences de MM. Leuret et Lassaigne ne justifient point ce qu'on a avancé sur la diminution du volume de la rate pendant la digestion : co viscère s'est constamment montré bleuâtre et engorgé au moment où l'absorption des liquides dans le canal intestinal s'effectuait avec le plus de rapidité, tandis qu'il était vermeil et peu gonflé chez les animaux qu'on avait fait jeûner. Ces auteurs cherchent à s'expliquer ce phénomène en admettant que la colonne de sang que les veines mésaraïques conduisent au foie ayant été augmentée par les liquides que l'absorption a introduits dans ces vaisseaux, la veine splénique éprouve plus de difficulté à se dégorger dans la veine-porte. C'estainsi peut-être que l'on pourrait expliquer un fait avancé par Home, et confirmé par les observations d'Housinger et de Meckel , savoir , que les corpuscules arrondis, renfermés dans le tissu de la rate , se gonûetit beaucoup chez les animaux qui vien-
ÉLÉBEirrS DE PHYSIOLOGIE.
nent do boire. Mais revenons au suc gastrique.
Il est iiuporlant de ne pas se méprendre sur la significalion de ce mol. On ne doit pas regarder comme du suc gastrique la pelile quantité de liquide qui peut s'amasser dans l'estomac pendant l'intervalle des digestions , soit qu'elle provienne delà déglulilion de la salive, de l'exhalation opérée par la muqueuse de l'estomac , ou de ces deux sources à la fois. Le véritable suc gastrique est versé dans l'estomac au moment où ce viscère est entré en contact avec les aliments, ou un corps étranger introduit dans sa cavité. C'est peut-être faute d'avoir établi celte distinction que l'on a admis que le suc gastrique n'était ni acide ni alcalin ; c'est aussi pour l'avoir négligée que M. de Monlègre a échoué dans les tentatives qu'il a faites pour renouveler les digestions artificielles de Spallanzani. M. de Montègre expérimentait sur le liquide qu'il vomissait le matin à jeun , et non sur le véritable suc gastrique. Pour se procurer ce suc, on a tantôt fait l'ouverture d'animaux dans l'estomac desquels on avait introduit de petits cailloux ou des grains de poivre ; tantôt on à fait avaler de petites éponges enfilées d'un long fil à un oiseau de proie nocturne , tel qu'une chouette. Lorsque l'éponge avait séjourné quelques instants , on la retirait imbibée de sucs gastriques , dont la sécrétion avait été favorisée par sa présence. Quelquefois on s'est borné à mettre à nu la membrane interne de l'estomac, et à la tou- "cher avec quelque substance excitante. Dans quelques-unes de ces expériences , on avait pris la précaution de lier l'œsophage après l'introduction dans l'estomac des substances qui devaient provoquer la sécrétion du suc gastrique , qu'on obtenait alors sans mélange de salive.
Quelques dissidences qui se soient élevées sur la composition chimique du suc gastrique , il est cependant un point sur lequel presque tous les expérimentateurs sont tombés d'accord : c'est son acidité. 11 y a une très-grande différence , sous ce rapport, entre les liquides contenus dans l'estomac hors le temps de la digestion , ou pendant que cet acte s'accomplit : l'acidité est très-marquée dans ce dernier cas; elle l'est moins dans le premier: cependant l'eslomac et le mucus qui l'enduit retiennent presque constamment un peu d'acidité. Du papier de tournesol a été appliqué sur les mucosités et la membrane interne de l'estomac de l'homme, du cheval, du chien, du mouton, du rat , de la souris , du moineau , du corbeau , de la chouette , du crapaud , du lézard , de la carpe , et il a constamment rougi comme dans un acide. (Leuret et Lassaigne.) Si quelques chimistes ont trouvé le suc gastrique des ruminants tantôt acide et tantôt alcalin, c'est qu'ils avaient expérimenté indifféremment sur la panse , le bonnet, le feuillet ou la caillette: cette dernière cavité seule sécrète le fluide acide. Bourdelin , Duverney , Viridet, Duhamel, Rcaumur, Garminati , etc., avaient déjà noté l'acidité du suc contenu dans le quatrième estomac des ruminants, et cette propriété a été mise hors dedoule par lesexpériences de MM. Tiedemann et Gmelin. L'acidité du suc gastrique est donc un phénomène très-général , et très-bien constaté. II faat , en conséquence , attribuer à l'imperfection
des expériences tentées dans ce dernier siècle l'assertion de Spallanzani , qui regardait le suc gastrique comme n'étant ni acide ni alcalin ; celle do Gosse, de Genève, qui le présenta comme variant suivant que les animaux étaient herbivores ou carnivores; et celle de Dumas, qui prétendait le rendre à volonté acide ou alcalin, suivant qu'il donnait aux chiens sur lesquels il expérimentait une nourriture végétale ou animale. Il ne règne pas autant d'accord sur la nature de l'acide libre du suc gastrique. L'acide phosphorique , que Macquart et Vauquelin ont cru voir dans le suc gastrique des ruminants, n'y a pas été retrouvé : ainsiil n'en faut pas tenir compte. En 1S24, un chimiste anglais distingué , M. Prout , annonça , dans les Transactions philosophiques, la présence de l'acide hydrochlorique libre dans les liquides de l'estomac. A la même époque , et sans connaître les travaux de M. Prout , MM. Tiedemann et Gmelin avaient obtenu le même résultat de leurs recherches chimiques, et signalé de plus la coexistence de l'acide acétique libre avec l'hydrochlorique. Cependant MM. Leuret et Lassaigne , après avoir blâmé la méthode suivie par M. Prout, pour la recherche de l'acide hydrochlorique libre, avaient attaqué les conclusions de son travail et nié l'existence de cet acide dans l'estomac ; rapportant l'acidité du suc gastrique à l'acide lactique, ainsi que l'avait fait M. Chevreul quelque temps auparavant. Les assertions de MM. Leuret et Lassaigne ne restèrent pas sans réponse : MM. Tiedemann et Gmelin répliquèrent qu'à moins d'être un débutant en chimie , on ne pouvait commettre la faute reprochée au célèbre chimiste anglais ; ils reproduisirent en outre , avec détail , les expériences à l'aide desquelles ils avaient constaté la présence de l'acide hydrochlorique libre dans le suc gastrique. Nous ferons remarquer que ces dissidences entre des hommes tous recommandables par leurs travaux , ne sont pas aussi considérables qu'elles le paraissent au premier abord : pour beaucoup de chimistes de nos jours, l'acide acétique et le lactique sont absolument identiques, ou ne diffèrent que par le degré de pureté. Or, nous voyons MM. Tiedemann et Gmelin signaler le premier de ces acides , tandis que le second , déjà vu par M. Chevreul , a été rencontré constamment par MM. Leuret et Lassaigne : il n'y a donc pas jusqu'ici grande divergence d'opinions. Reste l'acide hydrochlorique nié par les chimistes français, et admis par les physiologistes allemands. Nous déclarons qu'après avoir lu attentivement le récit des expériences de MM. Tiedemann et Gmelin , et après avoir pris l'avis de plusieurs chimistes , nous regardons comme trèsvraisemblable l'existence de cet acide libre dans le liquide de l'estomac. Enfin, ces derniers expérimentateurs ont constaté l'existence de l'acide butiriquo dans le liquide exprimé de l'estomac des chevaux nourris avec de l'avoine.
MM. Leuret et Lassaigne attribuent aux villosités la propriété de sécréter le suc gastrique ; mais il faut admettre que ce fluide tire aussi sa source des follicules. Bostock a démontré la propriété qu'ils ont de coaguler le lait : 7 grains de la membrane intérieure de l'estomac du veau , traitée par l'eau ; don-
DE LA DIGESTION
nent èt eelte dernière la faculté de coaguler 6857 fois son poids de lait. (Expériences de Young d'Édimbourg.) Le suc gastrique est-il habituellement mélangé à la bile qui refluerait par l'ouverlure du pylore? On doit regarder le passage de la bile en
, grande quantité, du duodénum dans le ventricule, comme un phénomène morbifique : on a pensé cependant qu'une petite quantité du liquide bi-
I liiire était un stimulus utile pour la poche stomacale. Celte idée acquiert une nouvelle force par
. l'observation de Vésale , qui raconte avoir vu le conduit cholédoque s'ouvrir dans l'estomac sur le cadavre d'un forçat remarquable par son extrême voracité. Elle est encore confirmée par l'exemple des oiseaux de proie, du brochet, qui digèrent très-facilement et très-vite, parce que l'insertion du canal cholédoque dans le duodénum étant trèsvoisine du pylore, la bile remonte aisément dans leur estomac, et s'y trouve toujours abondante.
Ce suc gastrique, produit de l'exhalation artérielle, se mêle aux mucosités que versentles cryptes • glanduleux dont la membrane interne de l'estomac est garnie ; ce mélange le rend visqueux et filant comme la salive , avec laquelle les sucs gastriques ont d'ailleurs fort peu d'analogie.
Sa force dissolvante paraît fort variable dans les différentes espèces animales. Il n'agit point comme
: un véritable menslrue sur les os dont se nourrit le chien osléophage, et s'unissant à tout ce qu'ils contiennent d'organisé et de gélatineux, seul il ne les
! réduit point à un résidu calcaire, auquel les anciens chimistes donnaient le nom d'album grœcum. C'est après avoir subi l'aclion successive de toutes les liqueurs intestinales que ces substances semontrent sous cetétat ; l'acte de la digestion s'est exercé tout entier sur elles. L'énergie dissolvante du suc gastrique est en raison inverse de la force musculaire des parois de l'estomac ; et les animaux chez lesquels les parois de ce viscère sont très-minces et presque entièrement membraneuses, sont ceux chez lesquels il a le plus de force et d'activité. Dans la classe nombreuse des zoophytes , il suffit seul à la décomposition des aliments , toujours plus prompte quand elle est favorisée par la chaleur de l'atmosphère, comme Du Trembley l'a vu sur les polypes , qui , selon cet observateur, dissolvent, pendant l'été, en onze heures, ce qu'ils mettent trois jours à digérer durant des temps plus froids. Dans les actinies, dans les holothuries, ces sucs détruisent jusqu'aux coquilles de moules qu'elles avalent.
Le suc gastrique pénètre non-seulement les aliments reçus dans l'estomac et les dissout ; il s'y incorpore , s'y unit encore, se combine intimement avec eux , en altère profondément la nature, et en change la composition.
Les sucs gastriques agissent à leur manière sur les aliments soumis à leur action ; et , bien loin d'y introduire un germe de putréfaction, ils arrêtent et corrigent, au contraire , la dégénérescence putride , ainsi que l'ont démontré les expériences nombreuses dans lesquelles on a soumis , comparativement à l'aclion du suc gastrique et de Tcau simple, des substances alimenlaircs, que l'on plaçait d ailleurs dans les mômes conditions do tempéra-
ture. Celle propriété antiseptique des sucs gastriques a engagé à en arroser la surface de certains ulcères, afin de hâter leur guéiison; et les expériences tentées à Genève et en Italie , ont eu , diton , un plein succès. J'en ai fait d'analogues avec la salive, qui cependant jouit à un degré beaucoup moindre de la propriété de prévenir le mouvement de décomposition , puisque les matières organique» s'y putréfient beaucoup plus proraplement que dans le suc gastrique (expériences de Tiedemann et Gmelin) ; et j'ai vu des ulcères anciens et sordides prendre un meilleur aspect , les chairs s'aviver par l'impression de cette liqueur irritante, et la maladie marcher vers une prompte guérison. Je traitais un ulcère rebelle, placé sur la malléole interne de la jambe gauche d'un adulte. L'ulcère , saupoudré de kina , couvert de plumasseaiix imbibés des liqueurs les plus délersives, faisait des progrès très-lents vers un état meilleur, lorsque je m'avisai de l'arroser chaque malin avec ma salive, dont son aspect hideux favorisait la sécrétion. Depuislors.le malade éprouva un mieux sensible , et son ulcère , perdant chaque jour de son étendue primitive, parvint bientôt à une entière cicatrisation.
Quelque grande que soit la puissance du suc gastrique pour fondre les substances alimentaires , il ne tourne point son action contre les parois de l'estomac. Douées de la vie, ces parois résistent puissamment à la dissolution. Les vers lombrics, si tendres et si délicats , peuvent , par la même raison, y séjourner sans en ressentir la moindre atteinte; et celte force de résistance vitale est telle , que le polype vomit ses bras intacts , lorsqu'il lui arrive de les avaler avec d'autres aliments (1) ; mais lorsque la vie a abandonné l'estomac avec les autres organes , ses parois peuvent-elles céder à la force dissolvante des sucs qu'il contient? Elles se ramolliraient, se détruiraient même en partie , sMl fallait en croire Hunier, qui, sur un homme mort du dernier supplice , et qui, pour une somme d'argent, avait observé une abstinence sévère, trouva la membrane interne détruite dans plusieurs points. Ce fait unique ne me semble point suffire : Hunier , trop préoccupé de l'énergie dissolvante dusuc gastrique, pourrait bien l'avoir inventé, dans la vue de fortifier son système sur le mécanisme de la digestion stomacale ; ou bien ce n'était que l'un de ces cas pathologiques d'érosion de l'estomac , qui se rencontrent assez souvent sur les cadavres , et sur lesquels notre savant collègue, M. Chaussier, a, dans ces derniers temps , appelé l'atlenlion des médecins.
L'on s'accorde assez généralement aujourd'hui à regarder la digestion stomacale comme une dissolution des aliments par le suc gastrique. Ce liquide pénètre de toutes parts la masse alimentaire , en écarte , en divise les molécules , se combine avec elle, change sa composition intime, et lui imprime des qualités bien différentes do celles qu'elle avait
(1) On avait pensé qu'aucun animal ne pouvait vivre de sa propre cliair, et l'on expliquait ainsi ce |iliénomène ; mais il suffit de citer l'exemple des peuples anthropophages et des espèces carnassières , dont les individus se dévorent eux-mêmes, à défaut d'autre proie, pour voir que ce n'en est point la véritable explication.
avant ce mélange. Si l'on rend , en effet, une gorgée do vin ou d'alimcnls quelques minutes après l'avoir prise, l'odeur, Ja saveur, toutes les qualités physiques et chimiques de ces substances sont tellement altérées , qu'on les reconnaît à peine; les liqueurs vineuses , plus ou moins aigries, ne sont plus susceplibles de la fermentalion spiritueuse. Quoique le suc gastrique soit l'agent le plus puissant de la digestion stomacale , sa force dissolvante a besoin d'être aidée par l'action de plusieurs causes secondaires, comme la chaleur, qui semble augmenter et se concentrer en quelque sorte dans la région de l'épigaslre tant que dure le travail stomachique ; une sorte de fermentation intestine , qui ne doit pas être rigoureusement comparée au mouvement par lequel se décomposent les substances fermentescibles et putréGables; l'action douce et péristallique des Obres musculaires de l'estomac , qui pressent en tout sens la matière alimentaire en exerçant une légère trituration, tandis que les humidités gastriques ramollissent, macèrent les aliments avanlde les dissoudre. L'on pourrait donc dire que le procédé de la digestion stomacale est à la fois chimique , mécanique et vital ; alors les auteurs des théories proposées pour en expliquer le mécanismé ne se sont trompés qu'en attribuant à une cause unique , comme la chaleur, la fermentation , la putréfaction , la trituration , la macération , les sucs gastriques , ce qui est le résultat du concours de plusieurs de ces causes réunies.
Mais l'action chimique a surtout été étudiée avec le plus grand succès dans ces derniers temps , et nous allons nous y arrêter un instant. Nous avons ditquc les sucs gastriques exerçaient une action dissolvante: or, les agents de celle dissolution sont en partie l'eau, en partie les acides de ce suc. Dans la première, sont solubles un grand nombre de substances organiques simples, contenues dans les matières alimentaires, comme l'albumine non coagulée , la gélatine , le sucre , le mucus végétal et l'amidon ; dans les acides, peuvent se dissoudre la plupart des autres composés organiques: albumine concrète, flbrine, matière caséeuse, gluten, etc. (Tiedemann etGmelin.) Voici un aperçu des expériences qui ont démontré la justesse de celte propo- , sillon : de l'albumine liquide donnée à un chien n'a pointété détruite dans son estomac, ainsi que l'avait annoncé Prout ; mais on l'a trouvée complètement fluidifiée, et formant avec le suc gastrique une liqueur jaunâtre muqueuse. — De l'albumine coagulée donnée à un autre chien s'est montrée en partie dissoute dans le suc gastrique, qui rougissait fortement la teinture de tournesol. — En expérimentant sur la fibrine, on a vu que celle substance, au bout de quatre heures de séjour dans l'estomac, s'était gonflée, ramollie, qu'elle avait perdu sa texture fibreuse, et subi la même altération que si on l'avail fait digérer dans du vinaigre. — D'autres principes immédiats, comme la gélatine, le caséura, l'amidon, le gluten, furent trouvés également fluidifiés dans le suc gastrique. Mais hàlons-nous de présenter ici une remarque importante. L'altération subie par les principes immédiats des aliments ne consiste pas pour tous dans une dissolution pure cl
simple, dmoiuttontello , qu'on pourrait conslammenl retrouver ces principes dans la matière du chyme, par l'action de leurs réactifs ordinaires. Quelques-uns éprouvent en se dissolvant et se combinant peut-être avec les sucs gastriques, une mutation particulière, et peut être un commencement d'assimilalion. Ainsi , une partie de la fibrine dissoute s'était convertie en albumine; la gélatine contenue dans le suc gastrique avait perdu la propriété de se prendre en gelée et de se précipiter en filaments par le chlore : elle ne paraissait pas cependant s'être précisément convertie en albumine; le caséum avait été fluidifié sous une autre forme que la sienne, mais sans se convertir en albumine; l'amidon , dissous par le suc gastrique , ne jouissait plus de la faculté d'être teint en bleu par l'iode : il paraissait remplacé par du sucre et une sorte de gomme d'amidon; quant au beurre, il avait été simplement fondu parla chaleur de l'estomac : une partie avait élé absorbée sous cette forme, ou déjà poussée dans le canal intestinal.
Ces notions sur l'alléralion qu'éprouvent dans l'estomac les principes immédiats tirés des règnes végétal et animal , s'appliqueront avec facilité à la digestion des substances composées , comme le lait, la chair, le pain, divers végétaux. La coagulation du lait par les acides de l'estomac a élé observée par beaucoup d'expérimentateurs; et nous connaissons déjà l'action de l'estomac sur chacun des principes immédiats que ce liquide renferme, etc. Le phosphate de chaux des os ne résiste même pas au sucgastrique du chien : une quantité considérable de ce sel fut trouvée dissoute après quatre heures de séjour dans l'estomac d'un de ces animaux.
Si c'est par l'intermédiaire des liquides qu'il sécrète, que l'estomac dissout ou altère les matières alimentaires , celles-ci devront subir l'élaboration digeslive, alors même qu'introduites dans l'estomac et soumises à l'action de ces liquides , elles seraient cependant privées du contact de la membrane moqueuse et de toute pression exercée par la musculaire. C'est ce dont on s'est assuré en faisant avaler à des animaux ou à des hommes des matières organiques renfermées dans des tubes ou des boules mélalliquespercées de trous, par lesquels le sucgastrique pouvait s'introduire , pour dissoudre les aliments. Telles avaient été les expériences que Réaumur pratiqua sur plusieurs animaux, et sur lui-même avec quelques modifications; telles avaient élé celles tentées avec le même résultat sur une foule d'animaux par Spallanzani. — Stevens , dans sa dissertalion inaugurale. De alimentorum concoctione, dédiée à Alexandre Monro, rapporte vingt-cinq expériences , dont la plupart avaient élé faites sur un individu qui depuis son enfance était habitué à ingérer dans son estomac des cailloux dont il s'amusait à déterminer la collision en pressant la région abdominale. Stevens lui faisait avaler une sphère d'argent percée de trous, et divisée par un diaphragme en deux comparlimcnls , dans chacun desquels il mettait une substance dilïérenlc; il examinait ensuite le degré d'altération ou dcdissolution que les aliments avaient subi à l'époque de l'expulsion de la petite sphère. Les résultais généraux lurent semblables à ceux que nous avons annoncés.
DE LA DIGESTIOR.
Ainsi l'cxpdrieDce avait démontré la dissolution des aliments avant l'époque où la chimie devait eu exposer les conditions.
Si cette théorie était fondée , des matières alimentaires mises en contact avec le suc gastrique, et exposées dans un vase à une température convenable , devaient y subir un travail analogue à celui qu'elleséprouvent dansle ventricule. Lesdigeslions artificielles de Spallanzani ont été citées par tous ceux qui depuis ont écrilsur la digestion. Cet ingénieux expérimentateur plaçait sous son aisselle des tubes remplis d'un mélange de suc gastrique et de matières alimentaires préalablement mâchées et insalivées, et obtenait par ce moyen la conversion du mélange en une matière qui lui paraissait être un véritable chyme. Stevens , dans sa vingt-qualrièi^ expérience, a également constaté la force dissolvante du fluide gastrique retiré de l'estomac. Nous avons déjà dit ce qu'il fallait penser des expériences contradictoires de Montègre. Les assertions de ce physiologiste sont d'ailleurs puissamment réfutées parles digestionsarlificielles obtenues par MM. LeuretelLassaigne en France , Tiedemann et Gmelin en Allemagne. Le numéro de janvier 1826 de VAmerican médical recorder contient la relation intéressante d'expériences fort décisives faites sur un jeune homme qui, par suite d'une blessure, portait à larégion épigastrique une fistule communiquant avec l'estomac. A l'aide d'une sonde et d'une bouteille de gomme élastique , on se procurait du suc gastrique avec la plus grande facilité. — Deux morceaux de bœuf de même volume furent placés l'un dans l'estomac, l'autre dans une fiole contenant du suc gastrique , et entretenu dans un bain de sable à la température de l'estomac. Au bout de quelque temps on retira le morceau introduit dans l'estomac, pour le comparer à celui renfermé dans la fiole. On remarqua que la dissolution avait lieu dans les deux, mais un peu plus proraptement cependant dans l'estomac ; ce qui pouvait provenir de ce quece viscère sécrétailcontinuellement denouveau fluide et de ce que ses mouvements renouvelaient le contact du dissolvant. On remarqua en effet qu'une portion de poulelintroduitedans la bouteille avec du suc gastrique, et agitée de temps en temps , se dissolvait plus promptement que si le vase était laissé en repos.
Dans toutes les expériences sur les digestionsartificielles, on a pu s'assurer que la dissolution s'opérait d'autant plus facilement, que ces substances avaient été préalablement plus triturées, qu'elles étaient plus pénétrées de salive, et que la température du mélange se rapprochait davantage de celle qui est naturelle aux mammifères.
Cette théorie presque toute chimique de la digestion stomacale paraît susceptible d'une objection que nous ne tenterons pas d'atténuer. Si la dissolution s'opère par l'eau et les acides du suc gastrique, si ces derniers ne varient que dans la quaulité chez les divers animaux, comment se rendre raison de l'aptitude que telle ou telle espèce montre à digérer presque exclusivement des substances végétales ou animales ? Y aurait il donc dans le suc gastrique de chaque groupe d'animaux autre chose d'actif que ce que la chimie nous y montre? cl faul-il se raugcr à
l'opinion de Spallanzani , qui admettait un suc spe'^ cial pour chaque animal? A l'appui de cette idée oa pourrait faire valoir les expériences de Stevens, quiayant fait avaler à des ruminants (bœuf, brebis) des boules creuses et trouées , contenant les unesdes matières animales, les autres des matières végétales , et ayant tué les animaux au bout d'un certain temps , avait constaté que le contenu des premières avait à peine été altéré, tandis qu'il ne restait presque plus rien du contenu des secondes. La même expérience , répétée sur des chiens , lui avait donné un résultat inverse : la chair avait été dissoute et les graines à peine attaquées. On peut cependant répondre à ces objections. Stevens avait trouvé les boules contenues encore dans le premier estomac des animaux qu'il avait sacrifiés : or, nous savons que c'est dans le quatrième seulement qu'a lieu la sécrétion des sucs acides. MM. Tiedemann et Gmelin font observer que le suc gastrique des herbivores possède la faculté de dissoudre les substances animales. Ce liquide jouit en effet d'une acidité proportionnée au peu de solubilité des matières qui constituent la nourriture de ces animaux; tandis que le suc des carnivores n'est point assez actif pour attaquer les végétaux grossiers, tels que les herbes crues , les graminées et la paille.
Il serait difficile de déterminer si quelques parlies des substances alibiles dissoutes dans l'estomac sont absorbées dans ce viscère , et échappent ainsi à la deuxième élaboration qu'elles auraient dû subir dans le duodénum. M. Sraitz a récemment prétendu que les veines s'emparent des principes dissous dans les liquides que renferme le ventricule, et qu'elles les transportent au foie , qui , dans celte hypothèse , pourrait bien être regardé comme ua organe d'hématose. Aucune expérience directe ne confirme celte idée, qui d'ailleurs ne manque pas de vraisemblance; car s'il est démontré que ces veines absorbent avec les liquides les sels que ceux-ci tiennent en dissolution , ce donlnous donnerons des preuves ailleurs, on peut supposer qu'elles prennent également les principes immédiats , lorsque ceux-ci ont élé fluidifiés.
Une autre question non moins intéressante , et presque oubliée de nos jours, avait déjà été agitée du temps de Haller : Se forme-t-il du chyle dans l'estomac? Sans nous prononcer encore sur l'importance de la bile dans la chyliûcation , nous ferons remarquer qu'on ne pourrait arguer de sott absence dans l'estomac, pour y nier la formation du chyle, puisqu'il en reflue parfois une petite quantité. Plusieurs analomisles cilés par Haller (Biumi, Belli, etc. ) ont affirmé avoir vu les vaisseaux lymphatiques de l'estomac pleins de chyle; mais Haller paraît attacher peu d'importance à leurs assertions et leurs expériences : expérimenta nimis pauca , d\l-i\,Bibliot. anatom. Cruikshank affirme n'avoir jamais rien vu de semblable. Mais de nos jours MM. Lcuret et Lassaigne se sont prononcés sur la question qui nous occupe, en faveur de l'affirmative» Si l'on examine, disent-ils, les lymphatiques de l'estomac d'un cheval que l'on a sacrifié peu de temps après lui avoir donné des aliments, on les voit remplis d'un liquide que l'on peut recueillir, et qui offre toutes les qualités du chyle ; bien plus, le mi-
croscope fait ddcouvrlr dans le chyme des globules semblables à ceux qui se remarquent dans le chyle, et jouissant comme ceux-ci de la faculté de former des flbrilles par leur adhésion mutuelle. Ce sujet mérite d'être approfondi.
Comme tous les actes de la vie, la digestion stomacale s'exerce sous la suprême influence de la force nerveuse. Conducteurs du principe d'action, les nerfs de l'estomac sont les agents principaux de la chymification. Ce serait en vain que, préliminairemcnt broyés, puis pénétrés parla salive , les aliments soumis dans l'estomac à l'influence d'une douce chaleur, seraient agités d'un mouvement intestin favorisé par leur nature; leur digestion ne «'accomplirait point, si l'influence nerveuse, transmise à la fois par les cordons stomachiques du pneumo-gastrique et du grand-sympathique , ne présidait à la sécrétion du suc gastrique et au mouvement péristaltique de l'estomac. Ce n'est pas que les expériences sur les animaux vivants aient démontré d'une manière irréfragable cette coopération du système nerveux dans l'acte de la digestion stomacale : on voit avec regret des dissidences marquées entre ceux qui ont cherché à éclairer ce point de physiologie. Mais notons que les pneumogastriques seuls ont été l'objet de ces expériences, €t que la digestion eût-elle continué après leur section ou leur ablation partielle, on n'en pourrait pas conclure que l'innervation ne la lient pas sous sa dépendance, puisqu'on a respecté dans cette opération les rameaux nombreux que le plexus solaire fournit aux parois de l'eslomac.
Voici toutefois un précis des travaux qui ont été entrepris à ce sujet. On voit dans Haller que la ligature du pneumo-gastrique paraît d'abord causer des convulsions de l'estomac, et qu'elle détruit ensuite son irritabilité. Baglivi avait déjà observé des nausées, des vomissements et de la répugnance à prendre des aliments, chez les animaux auxquels il avait pratiqué la ligature des deux pneumo gastriques. Mais ces faits ne décident pas la question qui nous occupe. M. deBlainville a indiqué dans sa dissertation inaugurale (1808) le résultai d'expériences faites sur des pigeons, auxquels il avait fait avaler de la vesce après avoir opéré la section de leurs pneumo-gaslriques. Celte substance n'avait subi dans leur jabot aucune altération ; les forces digeslives avaient été absolument anéanties.
Quatre ans plus tard, M. Legallois (Expériences sur le principe de la vie, etc. ) traita, en passant, de l'influence du pneumo-gastrique sur la digestion stomacale, et déclara que la chymification était complètement anéantie , chez les cochons-d'inde , après la section de ce nerf aux deux côtés du cou.
Avant d'assister aux expériences de MM. Leuret et Lassaigne, expériences dont nous exposerons plus loin les résultats, M. Dupuy, professeur à l'école vétérinaire d'Alfort, en avait pratiqué luimême sur des chevaux , des brebis et des chiens. Les matières contenues dans l'estomac ne lui avaient pas paru avoir éprouvé d'altération analogue à celle qu'on observe dans la digestion. Les <inimaux périssaient au bout de six à sept jours dans UD état d'amaigrissement remarquable, quoi-
qu'ils eussent conlinné jusqu'à cette époque à prendre des aliments et des boissons.
Enfin les expériences pratiquées en Angleterre par Wilson Philips, et répétées par MM. Clarke, Abel et Ilastings, avaient donné des résultats analogues , et conduit à des conclusions semblables à celles que nous avons exposées. Mais la question était loin encore d'être jugée. En effet, la société royale de Londres, à laquelle M. Wilson avait communiqué son travail , ayant désiré qu'il fût soumis à un examen sévère , M. Brodie , un des comr missaires désignés par elle, avait répété les expériences de M. Wilson , avec cette particularité, pour quelques-unes, que la section des pneumogaslriques étant pratiquée au-dessous du plexus pulmonaire, les résultats obtenus ne se compliquaient pas des troubles survenus dans l'hématose. Un jeune chat digéra très-bien après avoir subi cette opération , et les vaisseaux lactés se montrèrent pleins de chyle.
M. Magendie attribua aussi aux troubles survenus dans la respiration l'interruplion des fonctions de l'estomac après la division des nerfs de la huitième paire à la région du cou, et dit s'être assuré que si la section était pratiquée au-dessous des branches qui vont au poumon , les aliments introduits dans l'estomacy étaient transformés en chyme, et fournissaient ullérieurement un chyle abondant.
M. Broughton nia de même , en s'appuyant sur des expériences qui lui étaient propres , l'interruption complète de l'action digeslive après la section de la huitième paire. Mais notons bien le fait, il admet un relard.
Cependant M. Wilson n'abandonna pas l'opinion qu'il avait émise , et expliqua de la manière suivante comment des expériences en apparence identiques avaient conduit à des résultats si contradictoires. La simple section des nerfs pneumo» gastriques ne suffit pas pour faire cesser complètement la digestion; mais si l'on enlève une portion de ces nerfs , ou que , sans faire ainsi une perle de substance, on retourne leurs bouts de manière à empêcher leur contact et changer leur direction, la fonction est presque entièrement interrompue. Enfin , lorsque l'on a, par ce procédé, donné lieu à la suspension presque complète de la digestion dans l'estomac, on peut rétablir l'action digestivede ce viscère, et opérer la chymification en établissant un courant galvanique. Tel fut le résultat d'une nouvelle série d'expériences tentées par M. Wilson Philips (1) , en présence de MM. Brodie , Broughton et quelques autres personnes , et depuis lors répétées par MM. Girard fils , professeur à l'école vétérinaire d'Alfort, Breschet , Milne Edwards et Vavasseur, qui les a consignés dans sa dissertation inaugurale.
Après avoir enlevé sur un cheval le nerf pneumogastrique d'un côté , dans l'élendue de deux on trois pouces, on fait la simple section du même nerf du côlé opposé; ensuite l'on entoure d'une lame mince de plomb le bout supérieur de celui-ci; on
(I) An expcrinienl inlo thc laws of ihe Tilal fonctiouB, etc.; 2'^ édit. London , 1818.
DK LA DIGESTIOH.
fait communiquer cette lame au moyen d'un fil mé- ! tallique avec l'extrémité d'une pile; puis l'on com- , plète le cercle en introduisant dans l'abdomen de 1 l'animal, au-dessous de l'estomac, une autre lame do plomb communiquant avec Textrémité opposée par le moyen d'un fil conducteur. Danscetle expérience, 1 il faut avoir soin d'ouvrir largement la trachée-artère , pour prévenir l'asphyxie , qui sans cela ferait périr prompleraent l'animal par la suppression de la respiration. On voit alors l'avoine inlroduile dans l'estomac du cheval réduite en une pâle visqueuse , véritable chyme , tandis qu'elle n'est point altérée chez l'animal auquel on a , ou bien coupé avec i perte de substance les deux cordons stomachiques , ou bien sur lequel on s'est contenté de couper les cmêmes nerfs , dont on a renversé ensuite les boul> jde manière à empêcher leur contact, car leur «simple section n'empêcherait point aussi complè- 1 tement l'action chymifiante.
On pouvait croire qu'enfin ce point de doctrine fêtait fixé; mais il n'en était rien. MM. Milne t Edwards etBreschet , publièrent en 1825 {Archives ^générales de Médecine) \es résultats de nouvelles i expériences entreprises sur la section du pneumo- . gastrique. Celle section, disent-ils, n'arrête pas la chymification ; elle la rend seulement plus lente , en paralysant Ip tissu musculaire de l'estomac, et L mettant par-là obstacle aux mouvements par les- ^ quels le contact du suc gastrique avec les substan- : ces alimentaires est sans cesse renouvelé. Si l'acti-
> vite de la chymification est rétablie par l'électricilé, . cela tient à ce que cet agent enlrelieut les contracf lions de l'estomac ; l'irritation mécanique du bout i inférieur donne des résultats analogues.
Presque à la même époque, MM. Leurelet Las- ^ saigne réduisirent encore l'influence du pneumo- 'f gastrique sur la digestion. Parlant de cette idée que -si l'on attend, pour constater l'élat de l'estomac et i des matières qu'il contient, que l'animal ait succom- 1 bé aux suites de l'engouement du poumon, on ne i peut arriver à aucun résultat concluant, puisque la i digestion a dû être empêchée dans les derniers mo- I ment^ delà vie, ils procédèrent ainsi à l'expérience : I On pratiqua l'ablation de quatre à cinq pouces de I chaque nerf pneumo-gastrique sur un cheval bien ! portant et jeune, à jeun depuis quatre jours, auquel < on pratiqua le trachéotomie : au bout d'une heure, ' l'animal mangea avec appétit huit litres d'avoine. ^ Huit heures après ce repas, l'animal fut tué par la
> section de la moelle épinière, et examiné de suite. I L'avoine était chymifiée dans l'estomac ; une par- ' lie étaitdéjà passé dansl'inteslin grêle ; les vaisseaux
lymphatiques du mésentère contenaient un liquide 1 blanc, laiteux, et enfin les deux canaux Ihorachi- • ques étaient remplis d'un chyle rose transparent. M. Dupuy, présent à cette expérience et à celles qui furent faites ensuite avec le même résultat, n'a i pas persisté dans sa première opinion : J'en conviens, a-t-il dit, je m'étais trompé.
Plus récemment encore , M. Sédillot ( Dissertation inaugurale) opéra la résection des pneumo-gastriques sur plusieurs espèces d'animaux, et remarqua que la digestion était d'autant moins troublée, que l'animal sur lequel on expérimentait offrait un eslomac moins charnu, et faisait usage d'aliment»
plus facilement assimilables : un chien caniche vécut deux mois et demi après cette opération , et mangeait avec avidité la viande dont on le nourrissait exclusivement. Il mourut néanmoins dans le marasme.
Après cet exposé des travaux entrepris sur l'influence du pneumo-gastrique dans ta chymification, il nous reste à nous prononcer sur leur valeur. Nous ne douions pas quela digestion ne puisse s'opérer après la simple section ou l'ablation de ce» nerfs. Si quelquefois les aliments ont paru n'avoir subi aucune altération, c'est que l'opération avait causé des troubles généraux assez grands poursuspendre le travail digestif. S'il est difficile d'apprécier le changement qui constitue la chymification, il ne l'est pas autant de démontrer la présence du chyle dans le mésentère elle canal Ihorachique : or, nous avons vu que celle preuve de digestion n'avait pasmanqué dans plusieurs des expériences que non» avons rapportées. On pourrait dire aussi que la chymification devait certainement s'opérer chez le chien qui vécut deux mois et demi après la résection des pneumo>gaslriques ; mais il n'est pas prouvé que la cicatrice soit devenue chez lui perméable au fluide nerveux, comme elle existait, dit-on, après la simple section des nerfs (1). L'acte le plus essentiel à la digestion stomacale, la sécrétion du suc gastrique, peut donc s'accomplir sous l'influence seule du grand-sympathique. Nous ne concluons pas toutefois que le nerf pneumo-gastrique n'est pas utile au travail de la chymification; nousnous bornons à constater qu'il n'est pas indispensable.
Les aliments font dans l'estomac un séjour plus ou moins long , suivant que , par leur nature , ils se prélent plus ou moins facilement aux mutations qu'ils doivent subir. Gosse, de Genève , a expérimenté sur lui-même que la fibre animale et végétale, l'albumine concrète, les parties blanches et tendineuses, non réduites en gelée parla cuisson^ la croule de pâté , les substances non fermentées ou peu fermentescibles, restent plus long-temps dans i'eslomac, résistent davantage aux sucs gastriques que les parties gélatineuses des végétaux et des animaux, le pain fermenté, etc.; que ces dernières substances n'exigeaient qu'une heure pour leur dissolution complète, tandis que celle des premières était à peine achevée au bout de plusieurs heures.
L'observation suivante jette , ce me semble , quelque lumière sur le mécanisme et l'importance de la digestion stomacale, quoiqu'elle ne confirme
(1) On sait que les deux pneumo-gaslriques étant divisés à quelques semaines d'ititervalle sur un chien, l'animal continue à vivre, et qu'il succombe si on les coupe de nouveau tous les deux le même jour. (Haigliton, Béclard, Descol.) L'action nerveuse serclablirail-elle après l'ablation?. M. Fourcade a cru voir des fibrilles médullaires dans la substance intermédiaire aux deux bouts des nerfs pneumogaslriques. Uescision avait été faite sur des chiens , à huit jours d'intervalle; la santé, altérée pendant une quinzaine de jours, se rétablissait ensuite d'une manière parfaite : les pièces ont été montrées à la Société anatomique. M. Sédillot nie formellement la structure nerveuse de la substance intermédiaire aux deux bouts du nerf excisé.
ÉtÉMENTS DE PHYSIOLOGIE.
pas eiactement tout ce que noua avons dit précédemment, puisque le chyme vase montrer sans acidité ; elle a pour sujet une femme que j'ai pu souvent examiner à l'hôpital de la Charité de Paris, dans les salles de clinique du professeur Corvisart , où elle est morte le 9 nivôse an X , après six mois •de séjour.
Une ouverture flstuleuse ovalaire , longue de dix-huit lignes, et large de plus d'un pouce, située au has de la poitrine, à la partie supérieure et gauche de la région épigastrique , permettait de voir l'intérieur de l'estomac, qui , vide d'aliments , paraissait d'un rouge vermeil, enduit de mucosités, hérissé de rides ou de replis élevés de cinq à six lignes, et de distinguer les ondulations vermiculaires qui agitaient ces replis et toutes les parties de l'organe accessibles à la vue. La malade, âgée alors de quarante-sept ans, portait celte flslule depuis sa trente-huitième année. Dix-huit ans auparavant , elle était tombée sur le seuil d'une perle ; le coup avait porté sur l'épigastre; l'endroit frappé resta douloureux, et la malade dès-lors ne put se tenir et marcher que courbée en avant et sur le côté gauche. A la On de ce long intervalle , une tumeur phlegmoneuse, oblongue , se manifesta sur le point lésé : au milieu des nausées et des vomissements qui survinrent, cette tumeur s'abcéda, et parla plaie qui résulta de sa rupture, s'échappèrent deux pintes d'un liquide que la malade venait de boire pour se procurer quelque soulagement. Depuis lors , la fistule , qui d'abord eût à peine admis le bout du petit doigt , s'élargit chaque jour ; elle donnait seulement issue aux boissons ; mais au huitième mois, les aliments eux-mêmes commencèrent à passer, et continuèrent ainsi jusqu'à la morl. A son entrée dans l'hospice , elle mangeait autant que trois femmes du même âge , rendait par jour une pinte d'urine , et n'allait à la selle qu'une seule fois tous les trois joufs. Les matières fécales étaient jaunâtres , sèches , arrondies, et pesaient plus d'une livre ; le pouls était à la fois faible et d'une lenteur extrême puisqu'on ne comptait guère plus de quarante-cinq à quarante-six pulsations par minute; trois ou quatre heures après le repas, un besoin irrésistible la forçait d'enlever la charpie et les compresses dont elle couvrait sa fistule, et de donner issue aux aliments que l'estomac pouvait contenir. Ils sortaient promptement, et l'on voyait en même temps des gaz s'échapper avec bruit et en plus ou moins grande quantité. Les aliments rendus de celte manière exhalaient une odeur fade , n'avaient rien d'acide ni d'alcalin; car la pâle chymeuse et grisâtre en laquelle ils étaient réduits, élendue d'une certaine quantité d'eau distillée , n'altérait point les couleurs bleues végétales : ils s'en fallait de beaucoup que la digestion des substances alimentaires fût toujours complète ; quelquefois cependant on n'y reconnaissait pas l'odeur du vin, et la totalité du pain formait une matière visqueuse, molle, épaisse, assez semblable à de la (ibrine nouvellement précipitée de l'acide acéteux , et nageait dans un liquidefilant , de la couleur du bouillon ordinaire. ^ ,
Il résulterait des expériences faites à l'Ecole de Médecine sur ces aliments à demi-digérés, et sur les
mêmes aliments avant leur entrée dans l'estomac, que les changements qu'ils y éprouvent durant leur séjour se réduisent à l'augraenlation de la gélatine, à la formation d'une matière quia l'apparence de la fibrine, sans en avoir toutes les propriétés, et à une proportion plus considérable de muriàte et de phosphate de soude, ainsi que de phosphate de chaux.
Ce n'est qu'après avoir vidé son estomac, qu'elle lavait ensuite en y faisant passer une pinte d'infusion de camomille , que la malade pouvait se livrer au sommeil. Le matin , on voyait dans l'estomac vide une petite quantité de liquide filant et mousseux , analogue à la salive ;il ne rougissait ni ne verdissait les couleurs bleues végétales, n'était point homogène , mais présentait des parties plus consistantes mêlées à la partie liquide, et même des flocons alburaineux entièrement opaques. Les expériences faites sur ce liquide, qu'on ne peut regarder comme du suc gastrique, l'ont montré fort analogue à la salive, qui cependant est un peu plus putréfiable que lui.
Le mouvement vermiculaire, au moyen duquel l'estomac se débarrassait des matières contenues dans sa cavité, se faisait dans deux directions non point opposées, mais différentes, et telles que l'une poussait les aliments vers l'ouverture flstuleuse , tandis que l'autre les chassait du côté du pylore, ; qui livrait passage à la plus petite quantité. j A l'ouverture du cadavre, on trouva que la fis- ; tule s'étendait du cartilage de la septième côte gauche jusqu'à la hauteur de l'extrémité osseuse m de la sixième; ses bords étaient arrondis, épais de M; trois à quatre lignes; la peau les recouvrait d'une ,j: pellicule rouge et humide, semblable à celle des:|i lèvres. La membrane périlonéale de l'estomac avait 'ji contracté une adhérence si intime avec le péritoine j ; qui tapissait la paroi antérieure de l'abdomen au- ii lourde l'ouverture, qu'on n'apercevaitaucune trace ' d'union; l'ouverture était à la face antérieure de U l'estomac, à l'union des deux tiers gauches avec le f! tiers droit de ce viscère , c'est-à-dire à huit travers* ' de doigt de sa grosse extrémité, et à quatre senle-;il ment du pylore. Elle s'étendait de la petite àlaîj; grande courbure. C'était, au reste, la seule lésion]|:i organique que présentât ce viscère. > On ne doit point taire que, depuis plusieurs an- iJ nées, la malade, maigre et comme émaciée, traî- ! nait une vie faible et languissante, quetermina une i diarrhée colliquative : elle semblait ne vivre qu'à > la faveur de la petite quantité d'aliments qui, pas- n sant par le pylore dans le duodénum, allait y rece- s voir l'influence des sucs biliaires. Ce n'est pas que, if pendant ce séjour des aliments dans l'estomac, le^ lymphatiques de ce viscère ne pussent se chargei! jj d'une certaine quantité de particules nutritives J i mais cette petite proportion d'un aliment toujour^ | imparfait servait infiniment peu à la nutrition , ej < sous ce rapport, la malade était dans le même ca^ ; que ceux qui, tourmentes par une obstruction dii I pylore, rejettent par le vomissement la plus grandë partie des substances alimentaires , lorsque, la de i gestion stomacale étant achevée, cette ouvertur^ l rétrécie ne peut leur livrer passage. ! ;