‹ Nouveaux éléments de physiologieChapitre 4 sur 102 · È:NE8. 2S · texte numérisé non relu

È:NE8. 2S

lorsqu'une partie est irritée, une autre partie, trèséloignée, ressent celte irritation , ou même se contracte. Ces rapports , ces concordances d'actions et de sensations, ces correspondances d'affections, ces sympathies , en un mot, absolument ignorées dans leurs causes, sont parfaitement établies par l'observation; et il en est à cet égard des phénomènes physiologiques connus sous le nom de sympathies, comme du plus grand nombre des actions qui s'exécutent dans le corps humain vivant : l'on sait très-bien en quoi ces actions consistent, l'observation en a déterminé toutes les circonstances; mais il est impossible d'en indiquer la cause.

On n'est nullement d'accord sur les instruments des sympathies , c'est-à-dire, sur les organes qui lient ensemble deux parties , dont l'une sent ou agit , lorsque l'autre est affectée. Mais pour être inexplicables , les sympathies n'en jouent pas moins unrôle important dans l'économie des êtres vivants; ces relations intimes entre des parties éloignées ont paru à quelques physiologistes constituer une des plus remarquables différences de ces êtres comparés aux corps inorganiques : elles sont, suivant eux , un des phénomènes les plus caractéristiques de la vitalité. Mais quelque chose de semblable s'observe dans la nature morte et inanimée ; tout ne s'y lient point par des liens matériels et palpables; et la cause ignorée qui dirige constamment l'aiguille aimantée vers les pôles delà terre , et la force inconnue , bien que soumise au calcul , en vertu de laquelle les ^planètes décrivent autour du soleil leurs ellipses régulières , et les rapports secrets en vertu desquels tel minéral se prêle à certaines combinaisons chimiques et se refuse à d'autres, etbien d'autres phénomènes , nous présentent les diverses parties du monde matériel liées entre elles par des chaînes invisibles, de même que les relations sympathiques unissent les divers organes d'un être vivant.

Suivant Haller , six causes différentes peuvent donner naissance aux sympathies, savoir: l"]a communication des vaisseaux ; 2'^ celle des nerfs ; 3° la continuité des membranes ; 4° celle du tissu cellulaire ; 5" l'intervention du cerveau; 6° enfin, l'analogie de fonction et de structure entre les organes. Hunter distinguait des sympathies de continuité et des sympathies de contiguïté. Mille faits établissent les premières , et nous les indiquerons bientôt ; quant aux secondes, elles ne sont pas moins évidentes. L'impression qui résulte du contact des aliments avec la membrane muqueuse intestinale , détermine l'action de la tunique musculaire sous-jacente ; l'impression du sang sur la membrane qui tapisse les cavités du cœur détermine la contraction de leurs parois musculaires plus vivement que ne le ferait la stimulation directe du tissu musculeux.

Whyll a parfaitement démontré que les nerfs ne pouvaient point être regardés comme les instruments exclusifs des sympathies , puisque plusieurs muscles d'un membre, qui reçoivent leurs filets du même nerf, ne sympathisent point ensemble, tandis qu'il y a une liaison étroite et manifeste entre deux parties dont les nerfs n'ont aucune connexion immédiate , cl que selon lui chaque filel nerveux

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ayant, do ses deux extrémités, l'une au cerveau, et l'autre à la partie dans laquelle il se termine , reste étranger ;\ ceux du moine tronc, et ne communique point avec eux. Mais ce qui ne s'opère point exclusivement au moyen des nerfs , a lieu par l'intermédiaire du cerveau ; et c'est môme de celle manière qu'ont lieu la plupart des sympathies. L'organe d'où part la sympaliiie éprouve une impression ; celle-ci est transmise par les nerfs au cerveau, qui la réfléchit pour ainsi dire sur une autre partie, et quelquefois sur toute l'économie.

On peut doncdislinguer diverses espèces de sympathies : l»Deuxorganesquiexécutentdesfonclions semblables; les reins, par exemple, se suppléent réciproquement. Lorsque la matrice renferme le produit de la conception, elle (ait participer les mamelles à l'état qu'elle éprouve, y détermine l'abord des humeurs nécessaires à la sécrétion qui doit s'établir, etc. 2° La continuité des membranes est un moyen puissant de sympathie. La présence des vers dans le conduit intestinal détermine un prurit incommode autour des narines. Dans les affections calculeuses de la vessie , les malades éprouvent une plus ou moins forte démangeaison à l'extrémité du gland. C'est par ce mode qu'est déterminée la sécrétion de plusieurs liquides. C'est ainsi que la présence des aliments dans la bouche, occasionant sur l'extrémité buccale du conduit de Slenon une irritation qui se propage le long de ce conduit jusqu'aux parotides, réveille ces glandes, et active leur sécrétion. 3° Sil'on irrite la membrane pituitaire, le diaphragme, qui n'a avec elleaucune connexion organique immédiate , nerveuse , vasculaire, membraneuse ou autre, se contracte, et nous éternuons. Cette sympathie n'est-elle point du nombre de celles que Haller faisait dépendre de la réaction du sensorium communie ? L'impression que le tabac produit sur les nerfs olfactifs est-elle trop vive, la sensation incommode est transmise à l'organe cérébral, qui détermine vers le diaphragme une quantité sufQsante du principe moteur, pour que ce muscle , resserrant subitement les diamètres de la poitrine, en chasse avec force une masse d'air propre à détacher de la membrane pituitaire les corps qui l'affectent d'une manière désagréable. 4" Le principe de vie ne semble-t-il pas diriger à son gré les phénomènes sympathiques? Le rectum, irrité par la présence des excréments, se contracte. Qui détermine l'action auxiliaire et simultanée du diaphragme et des muscles abdominaux? Cette relation tient-elle à des communications organiques? Mais alors pourquoi la sympathie n'est-elle pas réciproque ? par quelle raison le rectum ne se contracte til point quand on irrite le diaphragme? On voit bien qu'il était nécessaire que celui-ci vînt au secours del'inleslin qui se vide , en l'aidant à surmonter la résistance que lui oppose son sphincter : la récipiTOcilé d'action n'aurait aucun but utile; les phénomènes sympathiques conduiraient, dans ce cas, à reconnaître l'existence d'un principe intelligent. 5" L'habitude réitérée des mêmes mouvements peul-elleexpliquer l'harmonie qu'on observe dans l'action des organes symétriques? Pourquoi , lorsque nous dirigeons la vue sur un objet placé latéralement, le muscle droit externe de l'œil placé

de ce côté agit-il en mémo temps que le droit Interne de l'autre œil? On voit bien l'indispensable utilité de ce phénomène pour le parallélisme des actes visuels; mais peut-on en assigner la cause? Pourquoi est-il si dii'Qcile de faire exécuter des mouvements de circonduction en sens contraire aux deux membres situés dans la même division latérale du corps? Dire, avec Rega, qu'il y a des sympathies à'action ou do contraclilité (consensus actionum) , des sympathies de sensibilité (consensus passionum) , etc., est-ce donner une juste idée des innombrables variétés de ce phénomène et de ses fréquentes anomalies?

Toutes ces difficultés font que l'on excuse Whylt d'avoir regardé l'âme comme l'unique cause des sympathies : ce qui n'était qu'un aveu modeste de l'impossibilité dans laquelle on estde les expliquer. Il n'est pas permis de regarder les sympathies comme des actes anormaux, des aberrations des propriétés vitales. L'ordre naturel de la sensibilité et de l'irritabilité est-il intervertidansl'érection sympathique du clitoris et du mamelon , dans le gonflement des mamelles que détermine la réplétion de la matrice ?

C'est parle moyen des sympathies que tous les organes concourent au même but et se prêtent de mutuels secours. C'est par elles qu'on explique pourquoi une affection locale , d'abord topique ou bornée , se propage et s'étend à tous les systèmes; car c'est ainsi que s'établit tout appareil morbifique : c'est toujours de l'affection isolée d'un organe ou d'un système d'organes que naissent , par voie d'a*sociation, les maladies qu'on nomme générales.

En effet, les affections qui nous paraissent les plus composées par le nombre , par la variété et la dissemblance de leurs symptômes, ne se composent que d'un seul ou d'un petit nombre d'éléments primitifs et essentiels ; tout le reste n'est qu'accessoire et dépendant des sympathies nombreuses qu'entretient l'organe affecté avec les autres organes de l'économie. Ainsi , l'estomac ne peut point être le siège d'une irritation saburrale , que les douleurs de toute espèce , mais surtout de la têteet des membres, avec chaleur brûlante , nausées , perte d'appétit, anxiétés, etc., ne s'y joignent et ne constituent bientôt une maladie qui parait occuper la totalité du système.

Poursuivre cet exemple, l'estomac, surchargé de sucs dépravés , tend à s'en débarrasser; le trouble général que leur présence suscite , semble dirigé vers la même fin , comme si l'organe malade appelait tous les autres à son aide pour concourir à sa délivrance.

Ces synergies , ou ensembles de mouvements dirigés vers un même but, et naissant des lois sympathiques, constituent toutes les maladies appelées générales, et même la plupart de celles qu'on nomme locales. C'est parleur moyen , c'est à la faveur de ces sortes d'insurrections organiques, qu'on nous permette ce terme qui exprime parfaitement notre idée , que la nature lutte avec avantage et se débarrasse du principe morbifique ou de la cause de la maladie ; et l'art de les faire naître et de les diriger fournit matière aux plus beaux canons de la médecine-pratique. J'ai dit de les diriger et de les faire naitrc, car tantôt il faut en accroître, d'autres fois

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en diminuer l'Intensité et la force , dans certaines occasions les exciter, lorsque la nature, accablée sons le poids du mal , est presque impuissante pour réagir : ce dernier cas constitue les maladies du plus fâcheux caractère, les plus promptemenl et les plus silrement mortelles, en y joignant celles où les efforts de la nature , quoique remarquables par une certaine énergie , sont désunis, sans accord, ont entre eux une incohérence qui les inutilise , affections dont Selle a le premier bien déterminé le caractère , en substituant à l'expression de malignes, sous laquelle on avait coutume de les désigner, sans y attacher aucun sens précis , celle ù'ataxiques , qui peint bien le défaut d'ordre et la succession irrégulière de leurs symptômes (1).

La connaissance des sympathies est de la plus grande utilité dans la pratique de la médecine (2). En effet, toutes les fois qu'on veut détourner l'irritation flxée sur un organe malade, c'est sur celui qui a avec lui les connexions sympathiques les mieux démontrées par l'observation et l'expérience , qu'il est utile d'appliquer les médicaments révulsifs.

Ce serait peut-être ici le lieu d'examiner la nature de ces rapports cachés qui rapprochent les hommes, et des disconvenances qui les éloignent; les causes de ces impulsions secrètes qui poussent deux êtres l'un vers l'autre, et les forcent de céder à un penchant irrésistible ; de rechercher la raison de l'antipathie , et d'établir, en un mot, la théorie entière des sentiments et des affections morales. Une telle entreprise, outre qu'elle est bien au-dessus de nos forces , n'appartient pas directement à notre sujet : elle exigerait un temps considérable; et qui voudrait la tenter courrait de grands risques de s'égarer à chaque pas dans le vaste champ des conjectures.

§ VIII. De l'Habitude.

Il est plus aisé de sentir la valeur de cette expression que de la défiuir. On peut néanmoins dire que l'habitude consiste dansla répétition long-temps prolongée de certaines actions ou de certaines impressions : habitude de mouvements , habitude de sentiments , tel est le double aspect sous lequel ce sujet important se présente. Voyons d'abord quelle est l'influence del'habitude par rapportaux facultés sensitives.

L'effet le plus remarquable de l'habitude est d'affaiblir à la longue la sensibilité des organes. C'est ainsi qu'une algalie introduite et laissée à demeure dans le canal de l'urètre, cause, le premier jour , d'assez vives douleurs; le second jour , sa présence est supportable ; le troisième, elle n'est qu'incommode; le quatrième, le malade s'en aperçoit àpcine. L'usage du tabac augmente d'abord l'abondance des

(1/ Symptomata nervosa , nec inter se, neque caiisis manifestis re«pondentia. (Ordo lert. atacta: , C. G. Selle. Riidimenta pyrclologiae methodicse,)

(2) On pfiil puiser celte connaissance dans les ouvrages des anciens, et surtout d'Hippocrate, qui paraît avoir senti toute Timportance de cette matière. Parmi les modernes, Yanlielinont, Bagtivi, Rega , "\Vhytt, Hunter, Barlhez, Bichat et M. Broussais ont reconnu sur ce sujet un grand nombre de faits tirés des expériences sur le» animaux , cl surtout de l'observation des maladies.

mucosités nasales ; mais, continué pendant un certain temps , il cesse d'affecter la membrane pituitaire; et la sécrétion souffrirait une notable diminution , si chaque jour on n'augmentait la quantité de cette poudre irritante. La présence d'une canule dans le conduit nasal , après l'opération de la fistule lacrymale, augmcntcd'abord la sécrétion muqueuse qui s'opère dans ce canal ; mais à mesure qu'il s'accoutume au corps étranger, la sécrétion revient à son état naturel , etc.

Ce n'est que par nos sensations que nous sommes avertis de notre existence. Toute la vie , pour nous prêter au langage systématique et figuré d'un auteur moderne, consiste dans l'action des stimulants sur les forces vitales. {Tota vita , quanta est ^ consistit in stimula et vi vilali. Bkovsn.) Un besoin continuel d'émotions toujours renouvelées tourmente tous les êtres sensibles; toutes leurs aclions tendent à se procurer des sensations agréables ou désagréables; car, au défaut d'autres sentiments, la douleur est quelquefois une jouissance. Ceux qui ont épuisé toutes les manières de jouir, qui ont goùlé toutes les voluplés, se trouvent conduits au suicide par le dégoût de la vie: peut-on vivre alors qu'on n'est plus capable de sentir?

Voici l'exemple le plus extraordinaire et le plus remarquable de la manière dont l'habitude ou la répétition fréquente et prolongée des mêmes impressions use par degrés la sensibilité des organes. Un pâtre contracte , vers 1 âge de quinze ans , l'habitude de la masturbation , et se livre à cet excès jusqu'à se polluer sept à huit fois par jour. L'éjaculation devient si difficile , qu'il se fatigue pendant une heure pour obtenir l'émission de quelques gouttes de sang. Arrivé à l'âge de vingt-six ans , sa main ne suffit plus ; seulement elle entretenait la verge dans un priapisme habituel. Il imagine alors de chatouiller l'intérieur de l'urètre avec une petite baguette de bois longue de six pouces, employant chaque jour, plusieurs heures à cet exercice dans la solitude des montagnes où paissait son troupeau. Tar cette titillation continuée durant le cours de seize années, le canal de l'urètre devint intérieurement dur , calleux et insensible. La baguette devenue alors aussi impuissante que la main, G. fut malheureux par le souvenir des jouissances qu'il avait perdues. Après plusieurs tentatives infructueuses pour les recouvrer, désespéré, il tire de sa poche un mauvais couteau, et s'incise le gland suivant la longueur de l'urètre. Cette opération , douloureuse pour tout autre,. lui procure une sensation voluptueuse, suivie d'une éjaculation abondante. Enchanté de sa découverte , il répète son procédé chaque fois que ses besoins l'excitent. Lorsque, par la division des corps caverneux , le sang coulait en abondance, il savait arrêter l'hémorrhagie , en faisant autour de la verge une ligature médiocrementserrée. Enfin, peut-être en mille reprises, il parvint à fendre sa verge en deux parties égales, depuis le méat urinaire jusqu'à l'origine du scrotum, très-près delasymphyse des pubis. Arrivé dans cet endroit, et ne pouvant pousser plus loin son incision, réduit à des privations nouvelles, il revient à l'usage d'une baguette plus courte que la première, l'insinue dans le reste du canal, et titil-

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lant à volonté lesorîflccsdes conduits éjaculaleurs, il provoquait aisément l'éjection de la semence. Il goûte ce plaisir pendant environ dix années. Au bout de ce long intervalle, il enfonce un jour sa baguette avec si peu d'atlcnlion et do ménagement, qu'elle échappe à ses doigts, et tombe dans la vessie. Des douleurs atroces survinrent , des accidents graves se manifestèrent. Le malade se rendit à l'hôpital deNarbonne, où le chirurgien, surpris de rencontrer sur le même individu deux verges de grosseur ordinaire, toutes deux susceptibles d'érection , et dans cet état divergeant des deux côtés ; voyant d'ailleurs aux cicatrices , ainsi qu'aux callosités de la division, que celte conformation n'était point originelle, obligea le malade à lui faire l'histoire de sa vie, avec tous les détails que l'on vient de rapporter. Ce malheureux fut taillé, guérit de l'opération, mais mourut, trois mois après, d'un abcès dans la cavité droite de la poitrine : état phlhisique évidemment amené par une masturbation continuée pendant près de quarante années (1).

L'habitude de souffrir nous rend à la longue insensibles à la douleur; mais tout se compense icibas, et si l'habitude allège nos maux, en émoussant la sensibilité, elle tarit également la source de nos plus douces jouissances. Le plaisir et la douleur , ces deux extrêmes des sensations, se rapprochent en quelque manière, et deviennent indifférents à celui qui en a contracté l'habitude. De là naît l'inconstance, ou plutôt ce désir insatiable de varier les objets de nos penchants, ce besoin impérieux d'émotions nouvelles , qui fait que nous goûtons avec tiédeur les biens que nous avons poursuivis avec le plus d'ardeur et d'opiniâtreté, et qui nous porte à abandonner les attraits dont nous étions captifs.

Veut-on un exemple frappant de la puissante influence de l'habitude sur l'action des organes : on le trouve dans ce criminel qui, au rapport de Sanctorius, tomba malade au sortir d'un cachot infect, et ne guérit que lorsqu'il fut replongé dans l'air impur auquel il était depuis long-temps habitué. Ce roi du Pont, si terrible aux Romains, dont il balança long temps la fortune, Mithridale, tourmenté par la crainte de tomber vivant au pouvoir de ses ennemis, ne put se donner la mort en prenant à grandes doses les poisons les plus actifs, parce qu'il s'était depuis long temps accoutumé à leur usage. L'on n'a donc pas été trop loin, en disant, de l'habitude, qu'elle était une seconde nature dont il faut respecter les lois.

Quelques philosophes ont été jusqu'à prétendre que les sentiments naturels naissent du pouvoir de l'habitude ; que ces instincts puissants et comme invincibles, desquels dérive l'amour paternel , et se forment les liens les plus loris qui attachent l'homme à ses semblables, n'élaient que le produit de l'habitude ; de telle sorte, que si l'habitude était une seconde nature, la nature elle-racnie n'était peut-être qu'une seconde habitude. C'était aller trop loin : cette voix du sang qui parle avec tant d'énergie en faveur des nouveau-nés, au moment de la naissance, n'est point un effet de l'habitude.

(I) Cliui'arl, Maladies des vnics urinaiies, lome If.

Toutefois, on ne saurait nier que l'influence decelleci n'entre pourbeaucoupdansle moral de l'homme, qu'elle n'ajoute une grande force à l'énergie de ses affections les plus naturelles en apparence et les plus désintéressées ; que, faute d'être entretenus par l'habitude, nos sentiments les plus vifs et les plus affectueux ne courent le risque de s'affaiblir et do s'éteindre. Enfin, l'influence de l'habitude n'est pas moins grande sur nos actions que sur nos sentiments. Or, se créer de bonnes, de vertueuses habitudes, est, sans contredit, l'un des plus utiles préceptes de la morale. La pratique de la médecine fournit à chaque instant l'occasion d'appliquer celte théorie de l'habitude, et de voir que cette seconde nature est aussi importante à étudier que les lois primitives de notre organisme.

C'est en conséquence de ce principe que les médecins des pays septentrionaux astreignent rarement leurs malades aux lois sévères d'une diète rigoureuse, et que des soldats russes, atteints d'une maladie aiguë, se bourrent, sans danger, d'aliments qui causeraient à nos fiévreux des indigestions mortelles. Nous avons vu, non sans surprise, ces hommes du Nord, habitués aux allernatives de la température, se plonger, trempés de sueur et haletants de fatigue, dans une eau glacée, ou s'exposer dans le même état à un courant d'air froid, et ne trouver qu'un rafraîchissement agréable dans ces pratiques, sources fécondes de pleurésies, d'hydropisies et de catarrhes pour les habitants de nos climats (1). Mais tout étonnement cesse, lorsqu'on vient à réfléchir que , dès leur plus tendre enfance, et dans toutlo cours de leur vie, ces peuples passent ordinairement d'un bain d'étuve dans un bain de neige , et que leurs organes se sont ainsi accoutumés de bonne heure au brusque et soudain passage du chaud au froid et du froid au chaud. On pourrait dire que, condamnés à éprouver, pendant un été de courte durée, des chaleurs excessives à la suite d'un hiver aussi long que rigoureux, les habitants des contrées septentrionales ont réussi à neutraliser l'influence d'une température ennemie, en opposant à cette puissance de la nature, à laquelle il leur était impossible de se soustraire, la puissance non moins grande de l'habitude.

Cullen dit avoir vu des personnes tellement habituées à se faire vomir, que leur estomac n'avait besoin, pour entrer en convulsion, que d'un vingtième de grain détartre émétique. Ce fait semble d'abord une exception aux lois de l'habitude; mais si Ton fait attention que le vomissement est dû à l'action simultanée de l'estomac et des muscles de l'abdomen, on voit qu'il reste entièrement soumis à ses

(1) Au mois d'août 18' 5 , l'effectif des troupes russes en France élail d'environ 210,000 hommes; cette armée nombreuse ne comptait pas 1,500 malades. Il n'y avait , à la vérité, dans ce nomhre presque aucun blessé; mais ce n'en est pas moins une chose prodigieuse qu'il n'existât qu'un malade sur environ 130 hommes , tandis que parmi les soldats des autres nations , les malades s'élèvent du dixième au quinzième du nombre total, cl cela dans les temps ordinaires. Ajoutez que le service médical des armées russes est réglé d"après un ordre admirable sous la direclion suprême de mon illustre ami l'honorable baronnet sir J. Wylie , dont il suiTil de dire pour tout éloge qu'il est supérieur à sa fortune.

PROLÉGOMÈNES

lois. L'habitude des mouvements provoqués par l'action de l'émétique y dispose l'estomac et les musclesdu bas-ventre. Ilenestalors de cesmuscles comme de tous ccuxsoumisà l'empire de la volonté, et dont les contractions deviennent d'autant plus promptes et plus faciles, qu'ils ont été plus souvent exercés.

Les parties sexuelles de la femme , à raison de leur vive sensibilité, sont soumises, d'une manière très-marquée, à l'empire tout-puissant de l'habitude. La matrice, qui s'est débarrassée prématurément du produit de la conception , conserve une sorte de penchant à réitérer le même acte, lorsqu'elle est arrivée à la même époque : aussi doit-on redoubler de précautions pour prévenir l'avortement chez les femmes qui y sont sujettes , lorsqu'elles sont dans le mois où cet accident est déjà survenu.

La mort ne peut-elle point être donnée comme une conséquence naturelle des lois de la sensibilité? La vie, dépendante de l'excitation continuelle du solide vif par les liquides qui l'arrosent, seterminel-elle, parce que, accoutumées aux impressions que ces liquides produisent sur elles, les parties contractiles et sensibles finissent par ne plus les ressentir ? Leur action , grAduellement éteinte , se réveillerait peut-être, si les puissances stimulantes augmentaient d'énergie.

La connaissance du pouvoir de l'habitude éclaire singulièrement dans l'application des remèdes qui ne coopèrent , pour la plupart, à la guérison des maladies qu'eu modifiant la sensibililé. Une plaie , dans laquelle la charpie entretenait le degré d'inflammation nécessaire à la formation de la cicatrice, devient insensible à ce topique ; les chairs se boursouOent et se ramollissent, le mal suit une marche rétrograde: on doit alors saupoudrer la charpie avec quelque poudre irritante , ou bien imbiber les plumasseaux d'une liqueur active. On peut sans crainte forcer les doses d'un médicament dont on a longtemps continué l'usage. C'est ainsi que, dans le traitement d'une maladie vénérienne par les préjgaralions mercurielles, on augmente graduellement les quantités. C'est d'après la même considération que Frédéric Hoffman conseillait , dans le traitement des maladies chroniques, de suspendre par intervalles l'usage des remèdes , et de les reprendre ensuite , de peur que le système qui en contracterait l'habitude ne finît par y devenir insensible. Le même molif doit porter avarier les médicaments , à employer successivement tous ceux auxquels on assigne à peu prèsles mêmes vertus; car chacun d'eux émeut la sensibilité à sa manière. Le système nerveux peut être compare à une terre richedes différents sucs, et qui, pour déployer toute sa fécondité, a besoin que le cultivateur lui confie les germes d'une végétation diversifiée.

Il est bien remarquable que l'habitude , ou la répétition réitérée des mêmes actes, qui émousse constamment, dans tous les cas et pour tous les organes, la sensibililé physique, perfectionne le sens intellectuel , rend plus promptes et plus faciles, soit les opérations de l'entendement, soit les actions qui en sont la suite. L'habitude émousse le sentiment et perfectionne le jugement. Bichat a donc commis une erreur, lorsque, distinguant les organes qui

servent aux fonctions assimilatrices , de ceux qui sont employés à entretenir nos rapports avec les objets qui nous environnent, il a voulu établir que la sensibilité de ceux-ci devient plus exquise, tandis que celle des premiers s'émousse par l'effet do l'habitude.

Mais un peintre , qui juge plus sainement que le vulgaire des beautés d'un tableau , le voit-il mieux que le vulgaire? Assurément non ; car il peut, avec une vue bien moins perçante ou plus débile, analyser mieux par l'habitude qu'il en a contractée , juger plus promptement et plus sûrement des détails et de l'ensemble ; de même que l'oreille exercée du musicien saisit , dans un morceau de l'exécution la plus rapide, l'expression et la valeur de tous les tons, de toutes les notes. On a été induit en erreur parce que l'on a oublié qu'à proprement parler, ce ne sont point les yeux qui voient, et les oreilles qui entendent; que les impressions produites par la lumière et par les sons sur ces organes, ne sont que la cause occasionelle de la sensation ou de la perception dont le cerveau est exclusivement chargé. Lequel a l'ouïe plus fine, de ce sauvage du Canada qui entend le bruit que font les pas de ses ennemis à des distances qui nous étonnent, ou de cet artiste qui n'entend pas une personne qui parle à cinquante pas de lui , mais qui dirige avec sagacité toutes les opérations d'un grand orchestre , et démêle habilement l'effet de chaque partition?

Réduisez à un régime frugal et pythagorique l'un de nos modernes Apicius : son palais, épuisé de sensibilité par les mets lesplussapides, par les liqueurs fortes et les ragoûts les plus recherchés, ne trouvera au pain sec aucune saveur ; qu'il persiste quelque temps , s'il le peut , dans son usage ; bientôt cet aliment lui paraîtra savoureux , comme à ceux qui en font leur principale nourriture , et ne lui associent que des substances qui n'ont pas de saveur trop tranchée. Quoique , avec le sens de l'odorat, celui du goût ne nous fournisse que les idées les plus directement liées à notre conservation , celles qui tiennent de plus près aux besoins de Tanimalité ; quoique nous ne conservions que difficilement la mémoire des choses qui affectent ces sens , et que , pour nous les rappeler, il faille souvent que l'impression se répèle, le gourmand les avait si soigneusement analysées , qu'il était parvenu à distinguer les différences desaveur les plus légères, celles qui échappent, toutes ces sensations perdues pour nous, mangeurs vulgaires, commedisaitM.de Montesquieu.

Les mouvements que la volonté dirige acquièrent par la netteté des déterminations la même prestesse, lamêmefacilité,lamème promptitude; et cedanseur qui nous étonne par sa légèreté, a réfléchi, plus qu'on ne pense, sur le mécanisme des pas singulièrement compliqués dont un ballet se compose.

La sensibilité morbifique est également soumise à la puissance de rhal)itude. J'ai toujours observé que les écoulements blennorrhagiques sontd'aulanl moins douloureux , que l'individu en a éprouvé un plus grand nombre ; il n'est pas jusqu'aux maladies qui ne deviennent moins graves, quand ou en a contracté l'habitude , comme l'avait très-bien ol>serve le vieillard de Cos.

Il reste donc bien établi, et démonstrativemenl prouvé , même en thèse générale, que l'habitude , ou la fréquente réitération des mêmes actes, en ômoussant constamment la sensibilité physique, perfectionne l'intelligence, rend plus faciles et plus prompts les mouvements que la volonté dirige.

§ IX. Du principe vital.

Le mot de principe vital, force vitale, etc., n'exprime point un être existant par lui-même , et indépendamment des actions par lesquelles il se manifeste, il ne faut l'employer que comme une formule abrégée, dont on se sert pour désigner l'ensemble des forces qui animent ces corps vivants et les distinguent de la matière inerte. Ainsi , lorsque, dans cette section, nous ferons usage de ces termes, ou de toutautre équivalent, ce sera comme si nous disions : l'ensemble des propriétés et des lois qui régissent l'économie animale. Cette explication est devenue indispensable depuis que plusieurs écrivains , réalisant le produit d'une simple abstraction , ont parlé du principe vital comme de quelque chose de bien distinct du corps, comme d'un être parfaitement séparable, auquel ils ont supposé des manières de voir et de sentir, et même prêté des intentions raisonnées.

Dès les temps de l'antiquité la plus reculée, frappés des nombreuses différences que présentent les corps organisés et vivants, comparés aux corps inorganiques, quelques philosophes admirent dans les premiers un principe d'actions particulières, une force qui maintient l'harmonie de leurs fonctions, et les dirige toutes vers un but commun , la conservation des individus et des espèces. Cette doctrine, simple et lumineuse , s'est conservée jusqu'à nous, modiGée néanmoins à mesure qu'elle a traversé les siècles; et peu de gens aujourd'hui contestent l'existence d'un principe de vie qui soumet les êtres qui en jouissent à un ordre de lois différentes de celles auxquelles obéissent les êtres inanimés, force à laquelle on pourrait assigner , comme principaux caractères , de soustraire les corps qu'elle anime à l'empire absolu des affinités chimiques auxquelles ils auraient tant de tendance à céder , en vertu de la multiplicité de leurs éléments , et de maintenir leur température à un degré presque égal , quelle que soit d'ailleurs celle de l'atmosphère. Son essence n'est point de conserver l'agrégation des molécules constitutives , mais d'attirer d'autres molécules qui , s'assimilant aux organes qu'elle vivifie , remplacent celles qu'entraînent les pertes journalières , et sont employées à les nourrir et à les accroître ; en sorte que le fond changeant toujours, les formes restent les mêmes, et que, comme on l'a dit, dans un être vivant, le fond paraît moins important que la forme.

Tous les phénomènes que présente l'observation du corps humain vivant pourraient être donnés en preuve du principe qui l'anime. L'altération des aliments par les organes digestifs ; l'absorption qu'opèrent les vaisseaux chyleux de la partie nutritive ; la circulation de ces sucs nourriciers dans le système sanguin; les changements qu'ils éprouvent en traversant les poumons et les glandes sécrctoi-

res ; leur assimilation ; la faculté de sentir la présence des objets extérieurs ; le pouvoir de s'en rapprocher ou de les fuir; la reproduction; en un mot, toutes les fonctions qui s'exercent dans l'économie animale, sont des conséquences de \a vitalité : mais , en analysant avec soin cette puissance, on a vu qu'elle se composait de deux facultés distinctes, celle de sentir et celle de se mouvoir, facultés ou propriétés désignées par les noms de sensibilité et de contractilité. Nous avons examiné ces propriétés, et nous avons vu que chacune d'elles offre au moins deux grandes modifications; que la dernière en présente trois qui sont : la contractilité volontaire, la contractilité involontaire et insensible, appelée par Stahl mouvement tonique, et enfin , la contractilité involontaire et sensible , comme celle du cœur et des intestins.

S'il est utile d'analyser pour connaître, il est également avantageux de ne point trop multiplier les causes, en se méprenant sur la nature des effets ; et si , d'un côté , la multitude des phénomènes qui se passent dans les êtres vivants porte à admettre un grand nombre de causes qui les déterminent, l'harmonie constante qui règne entre toutes les actions, leurs liens mutuels, leurs réciproques dépendances, n'attestent-elles point l'existence d'un agent unique qui préside à tous ces phénomènes, leur commande et les dirige?

L'hypothèse du principe vital est à la physique des corps animés ce qu'est l'attraction à l'astronomie. Pour calculer les révolutions des astres, cette dernière science est obligée d'admettre une force qui les attire constamment vers le soleil , et ne leur permet de s'en éloigner qu'à une distance déterminée, en décrivant des ellipses plus ou moins étendues autour de ce foyer commun qui les éclaire et répand dans tous, avec la chaleur et la lumière, les germes précieux de la vie et de la fécondité. Nous allons parler de cette force à laquelle toutes les forces qui animent chaque organe se réunissent^ et dans laquelle toutes les puissances vitales se confondent , en avertissant , pour la seconde fois, de ne prendre ce terme qu'au sens métaphorique et figuré. Sans cette précaution , on serait infailliblement conduit à tous les faux raisonnements dans lesquels sont tombés ceux qui lui ont accordé une existence réelle et séparée.

La force vitale soutient une lutte perpétuelle avec les forces auxquelles obéissent les corps inanimés. Les lois de la nature individuelle sont, comme le disait l'antiquité, dans une lutte constante avec celles de la nature universelle; et la vie , qui n'est que ce combat prolongé , tout entier à l'avantage des forces vitales dans l'état de santé, mais dont l'issue est souvent incertaine dans la maladie, cesse à l'instant où les corps qui en ont joui rentrent dans la classe de corps inorganiques. Cette opposition constante des lois vitales aux lois physiques , mécaniques et chimiques , ne soustrait point les corps vivants à l'empire de ces dernières. Il se passe dans les machines animées des effets bien évidemment chimiques . physiques et mécaniques; seulement ces effets sont toujours influencés , modifies , altérés par les forces de la vie. Pourquoi, lorsque nous sommes debout, les

PROLÉGOMÈNES

SI

humeurs ne se portent-elles pas toutes yers les parties inférieures , en obéissant aux lois de la gravitation qui entraîne tous les corps vers le centre de la terre? La force -vitale s'oppose bien évidemment à l'accomplissement de ce phénomène stato-hydraulique, et neutralise la tendance des humeurs avec d'autant plus d'avantage que l'individu est plus robuste et plus vigoureux. Si c'est une personne affaiblie par une maladie antécédente , la propension ne sera qu'imparfaitement réprimée; les pieds , • au bout d'un certain temps, s'engorgent, et ce gonflement œdémateux ne peut élre attribué qu'à la diminution d'énergie dans les forces vitales qui président à la distribution des humeurs, etc.

Un bateleur se renverse ; le sang ne se porte point entièrement vers la tête, quoiqu'elle soit devenue la partie la plus déclive. La tendance naturelle des humeurs vers les parties les plus basses n'est cependant pas tout-à-fait détruite , mais seulement diminuée ; car s'il conserve long-temps la même position , la lutte des lois hydrauliques et vitales devient inégale , les premières l'emportent, et le cerveau devient le siège d'une congestion bien funeste.

L'expérience suivante prouve d'une manière incontestable ce que nous venons de dire touchant la force de résistance qui, dans le corps humain vivant, balance d'une manière plus ou moins avantageuse l'empire des lois physiques. J'appliquai des sachets pleins d'un sable très-chaud le long de la jambe et du pied d'un homme à qui l'artère poplitée anévrismalique venait d'être liée par deux ligatures placées dans le creux du jarret; non-seulementle froid ne s'empara pas du membre, comme il arrive lorsqu'on intercepte le cours du sang , mais cette extrémité ainsi recouverte acquit un degré de chaleur bien supérieur à la température ordinaire du corps. Le même appareil , appliqué sur la jambe saine , ne put y introduire cet excès de calorique , sans doute parce que , ce membre jouissant de la vie dans toute sa plénitude , la puissance vitale s'opposait à cet effet.

Le principe de vie semble agir avec d'autant plus d'énergie, que la sphère de son activité est plus bornée ; ce qui a fait dire à Pline que c'était principalement dans les plus petites choses que la nature avait déployé toute sa force et toute sa puissance (1 ).

La circulation est plus rapide , le pouls plus fréquent, les déterminations plus promptes chez les hommes d'une petite stature. Le grand Alexandre était petit de corps ; jamais homme d'une taille colossale n'offrit une grande activité dans l'imaginalion ; aucun d'eux n'a brûlé du feu du génie. Lents dans leurs actions, modérés dans leurs désirs, ils obéissent sans murmure à la volonté qui les dirige , et semblent façonnés pour l'esclavage. « Agrippa (dit le traducteur de Vllistoire d'Auguste , par iEmilius Probus) feut d'advis qu'on cassast la guarde hespagnole , et au lieu d'icelle Ca;sar en choisit une d'Allemands, sçachant bien quences grands corps y avait peu de malice couverte , et

(1) Niisquàm magi» quàm in minimis tota est natura. (Hist. nat., lib. ii, cap, 2.)

erKores moins de finesse , et que c'étaient gents gui prenoyent plus de plaisir à estre commandes quà commander. »

Pour juger sainement de la remarquable différence qu'apporte dans le caractère l'inégalité de la stature, comparez les extrêmes, opposez à un colosse un homme d'une très-petite taille: en admettant que celui-ci , malgré l'exiguité de ses dimensions , jouit cependant d'une santé robuste, on peut conjecturer qu'il est babillard , remuant , sans cesse en haleine, changeant à tout moment de lieu : on dirait qu'il cherche à regagner sur le temps ce qu'il a de moins dans l'espace. La raison plausible de cette différence dans l'activité vitale, suivant la différence de stature , se déduit de la grosseur relative des organes les plus importants à la vie. Le cœur, les viscères de la digestion , etc., ont à peu près le même volume chez tous les hommes ; chez tous, les grandes cavités ont presque la même étendue, et c'est à la longueur plus ou moins considérable des membres inférieurs que doit être principalement attribuée la différence dans la stature.

On conçoit aisément alors que , les viscères digestifs fournissant une aussi grande quantité de sucs nourriciers à une moindre masse, que le cœur imprimant le même degré d'impulsion au sang qui doit parcourir un moindre trajet, toutes les fonctions s'exécuteront avec plus de rapidité et d'énergie.

Par une conséquence facile à saisir, les maladies des hommes de petite taille ont un caractère plus aigu, elles offrent plus de véhémence, et tendent à leurs crises par des mouvements plus rapides. Elles ont chez eux quelque chose de la vélocité , je dirais même de l'instabilité des réactions morbi6ques pendant l'enfance. Il n'est pas jusqu'à la durée de la vie sur laquelle les différences de stature n'aient quelque influence. La soupçonnant, et curieux d'en constater la réalité , j'ai fait des recherches dans les hôpitaux où l'on reçoit les personnes avancées en âge, et j'ai reconnu qu'ils étaientgénéralementpeuplésdë vieillards au-dessus de la taille moyenne ; de sorte que le raisonnement et l'observation s'accordent pour établir que , toutes choses égales d'ailleurs, les personnes dont la stature est la plus élevée ont un espoir fondé de prolonger leur existence au-delà de la moyenne durée.

J'ai , avec bien d'autres , observé constamment que tout le corps acquiert un surcroît de vigueur après l'amputation d'un membre. Souvent, après avoir retranché une portion du corps , l'on voit s'effectuer un changement manifeste dans le tempérament des individus ; des êtres faibles , même avant la maladie qui amène la nécessité de l'opération, devenir robustes; des affections chroniques par débilité, telles que le scrofule , le carreau , se dissiper; les engorgements glandulaires se résoudre: ce qui indique une augmentation bien remarquable dans l'action do tous les organes (1).

(1) Le développement extraordinaire d'un organe ne se fait jamais qu'aux dépens des parties voisines , dont il s'approivric les mes. Aristolc observe que les extrémités in-

Les parties les plus éloignées du centre circulatoire sont eu général moins vivantes que celles qui en sont plus rapprochées. Les plaies des jambes et des pieds sont les plus sujettes à devenir ulcéreuses, parce que, indépendamment de la circulation des humeurs que le moindre affaiblissement y rend plus difûcile , la vie y règne à un trop faible degré pour que ces plaies parcourent rapidement leurs périodes et tendent à une prompte cicatrisation. Les orteils se gèlent les premiers quand nous restons trop long-temps exposés à un froid rigoureux ; c'est aussi par eux que commence la gangrène qui s'empare quelquefois des membres après la ligature de leurs vaisseaux.

Ainsi , quoiqu'on puisse dire que le principe de la vie n'est retranché dans aucune partie de notre être, qu'aucune n'est son siège exclusif, qu'il anime chaque molécule vivante , chaque organe , chaque système d'organes , qu'il les pénètre de propriétés différentes , et leur assigne en quelque sorte des caractères spécifiques, il faut néanmoins convenir qu'il est des parties plus vivantes dans le corps vivant , desquelles toutes les aiutres paraissent tenir le mouvement et la vie. Nous avons déjà vu que ces organes centraux, ces foyers de vitalité, à l'existence desquels celle du corps entier est étroitement liée , sont d'autant moins nombreux que les animaux s'éloignent moins de l'homme; tandis que leur nombre augmente, que la vie se répand d'une manière plus égale, que ses phénomènes sont dans une dépendance moins rigoureuse et moins nécessaire à mesure que l'on descend dans l'échelle des êtres, en passant des animaux à sang rouge et chaud aux animaux à sang rouge et froid , de ceux-ci aux mollusques , aux crustacés, aux vers et aux insectes, puis au polype, qui forme le dernier anneau de la chaîne animale , et enfln aux végétaux, dont plusieurs , comme les zoophytes qui leur ressemblent à tant d'égards , jouissent de la propriété singulière de se reproduire par bouture; ce qui suppose que chaque partie contient l'ensemble des organes nécessaires à la vie , et peut exister isolée.

Le principe vital a été confondu par quelquesuns; d'autres l'ont distingué de l'âme rationnelle, de cette émanation divine à laquelle l'homme doit, autant qu'à la perfection de son organisme, sa supériorité sur les autres animaux. Quel lien unit le principe matériel qui reçoit les impressions et les

férieures sont presque toujours sèches et grêles cbei ceux dont le tempérament est ardent, ou qui exercent beaucoup les parties génitales. Hippocrale rapporte dans son ouvvage (do Aere, Locis et Aquix, Foës, fol. 293), que les femmes scyihes se brûlaient la mamelle droite, afin que le bras de ce côté acquît plus de volume, plus d'embonpoint et plus de force. Gulien parle des athlètes qui , de son temps, condamnaient les organes sexuels à l'inaction la plus complète, afin que, flétris, ridés, atrophiés en quelque sorte par ce repos absolu, ils ne détournassent point les sucs nourriciers , employés tout entiers au profit des organes musculaires. Lorsque la France, se proposant la Grèce pour modèle , eu voulut imiter les jeux (1797), un de rocs condisciples remporta plusieurs fois le prix de la course dans les fêles publiques , s'abstenant des plaisirs de l'amour plusieurs mois avant d'entrer dans la lice , bien sûr de la victoirclorsqu'il s'était imposé celte privation.

transmet à l'intelligence qui les sent , les perçoit , les examine, les compare , les juge et les raisonne? Si l'homme était un, dit Hippocrate, si §on principe matériel composait à lui seul tout son être, le plaisir et la douleur seraient pour lui comme n'existant pas; il n'aurait pas de sensations; car comment pourrait-il se rendre compte des impressions produites ? Si unus esset homo , non doleret , quia non sciret undè doleret. Ici finit le domaine de la Physiologie, et commence l'empire de la Métaphysique : craignons de nous engager dans ses routes obscures; le flambeau de l'observation n'y jetterait que de pâles lueurs, trop faibles pour en dissiper les épaisses ténèbres.

La force vitale n'est autre chose que la nature médicatrice , plus puissante que le médecin dans la guérison d'un grand nombre de maladies , et dont tout l'art de ce dernier consiste le plus souvent à réveiller l'action ou à diriger l'exercice. Une épine est enfoncée dans une partie sensible; une douleur vive s'y fait sentir ; les humeurs affluent de toutes parts ; la partie devient rouge , gonflée ; toutes les propriétés vitales sont exagérées, la sensibilité plus exquise, la contractilité plus grande, la température plus élevée : ce surcroît de vie introduit dans la partie lésée, cet appareil qui se déploie autourda corps nuisible , ces moyens qui se développent pour en amener l'expulsion , n'indiquent-ils point l'existence d'un principe conservateur veillant sans cesse à l'harmonie des fonctions , et luttant sans relâche contre les puissances qui tendent à en interrompre l'exercice, et à anéantir le mouvement vital?

Théorie de V inflammation. L'inflammation peut, ce me semble , être défiuie : V augmentation des propriétés vitales dans la partie qui en est le siège. La sensibilité y devient plus vive, la contractilité plus grande, et de cet accroissement de la sensibilité et du mouvement naissent tous les symptômes qui dénotent l'état inflammatoire : ainsi la douleur, la tuméfaction, la rougeur, la chaleur, le changement de sécrétions , indiquent dans la partie entlaramée une vie plus énergique et plus active.

Ceux qui ont combattu la déQnition que j'ai donnée de l'inflammation, ont visiblementconfonda les fonctions des organes avec leurs propriétés. Il est bien vrai que, dans l'inflammation de l'œil , il y a cécité; mais la cause en est dans l'opacité des parties transparentes que les rayons lumineux doivent traverser pour arriver jusqu'à la rétine. La fonction visuelle est empêchée par un obstacle mécanique; mais la sensibilité de l'organe est tellement augmentée, que la plus faible lumière, en arrivant au fond de l'œil, à travers son miroir obscurci par l'engorgement des vaisseaux, y produit uncdouleur intolérable. Aussi tous les auteurs recommandent-ils aux malades affectés d'ophlhalraie la plus profonde obscurité : de même, lorsqu'un muscle est enflammé , le jeu de la fibre , son raccourcissement est empêché par l'engorgement du tissa cellulaire qui en forme les gaines et en remplit les interstices. L'obstacle à la contraction ou à l'exercice de la contractilité est mécanique et comparable à celui qui, dans un poumon enflammé , s'oppose à l'admission de l'air et au passage du sang , des

PROLÉGOMÈNES

cavités droites du cœur dans les cavités ga»'ches de cet organe. Révoquera-t-on en doute l'e ^menlalion des propriétés vitales dans la péripneumonie ? La sensibilité et la coniraclilité organiques ou latentes paraissent d'abord ressentir seules l'excitation; mais à mesure que celle-ciaugmenle, la sensibilité organique s'élève à ce degré où les sensations deviennent perceptibles ; la coniraclilité des capillaires se manii'esle par des ballements marqués, et cette transformalion des forces toniques est une des meilleures preuves que les propriétés vitales sont identiques , et que la sensibililé animale et la sensibilité organique ne sont au fond que deux modes différents d'une même propriété.

Toutes les parties du corps humain, à l'exception de l'épiderme etde ses productions diverses, comme les ongles, les cheveux et les poils, paraissent susceptibles del'état inflammatoire: on pourrait joindre aux parties épidermoïques certains tendons secs et grêles, comme ceux des fléchisseurs des doigts, qui , piqués, déchirés, irrités de mille manières , ne font ressentir aucune douleur, restent intacts au milieu d'un panaris qui entraîne dans sa fonte suppuraloire toutes les parties molles environnantes, et s'exfolient, au lieu de se couvrir de bourgeons charnus , toutes les fois qu'ils éprouvent le contact de l'air. Dans toutes ces parties, l'organisation est si peu décidée, la vie si faible et tellement languissante, qu'elles restent insensibles à l'impression de toutes les causes qui tendent à en augmenter l'activité.

Le degré de sensibilité d'une partie, le nombre et la grosseur des nerfs et des vaisseaux qui s'y distribuent, donnent la mesure de son aptitude plus ou moins grande à s'enflammer : ainsi les os et les cartilages contractent très-difticilemeut l'état inflammatoire. Lorsqu'une de ces parties est mise à découvert, le premier effet de l'irritation qu'elle endure est le ramollissement de sa substance : un os misa nu devient cartilagineux, se ramollit par l'absorption du phosphate de chaux qui remplit les mailles de son tissu ; et ce n'est qu'après cette sorte de carnification que des bourgeons charnus s'en élèvent, comme il est facile de s'en assurer, en observant l'extrémité des os sciés dans l'amputation des membres. Cette lenteur avec laquelle l'inflammation se développe dans les parties dures, explique pourquoi ce n'est guère que du douzième au quinzième jour d'une fracture, qu'il est utile , pour la réunion, de maintenir dans une juxta-position exacte les surfaces cassées, sans que l'on doive cependant attendre cette époque pour appliquer l'appareil conlenlif, toujours indispensable dans les premiers temps de la maladie, pour prévenir les douleurs, les déchirements que ne manqueraient pas de produire les fragments déplacés.

Le sang afflue de tous côtés vers la partie irritée et douloureuse, qui se tuméûo et devient plus rouge par la présence de ce liquide. Sa tuméfaction n'aurait pas de bornes , si , en même temps que les artères augmentent d'action et de calibre pour déterminer cette affluence, les vaisseaux veineux et lymphatiques n'acquéraient une énergie proportionnelle, et ne devenaient capables de débarrasser la partie des humeurs qui l'engorgent , et que l'irri-

tation appelle sans cesse. La faculté irritable et contractile s'est donc accrue avec la sensibilité; la circulation est plus rapide dans la partie enflammée; les pulsations des vaisseaux capillaires sont manifestes : elle est aussi plus chaude , parce que dans un temps donné, il passe à travers son tissu une plus grande proportion de sang artériel , qui laisse dégager une quantité plus considérable de calorique, et que les effets continués de la respiration pulmonaire y sont plus marqués que dans tout autre organe.

Il n'entre pas dans notre intention de traiter des variétés que l'inflammation peut offrir, variétés principalement décidées par la structure de l'organe qu'elle affecle, par la véhémence et la vélocité de ses symptômes, et parles produits auxquels elle peut donner naissance.

Le gonflement d'une partie enflammée ne s'effectue-t-il point par le même mécanisme que celui des parties susceptibles d'érection , comme les corps caverneux de la verge et du clitoris , le mamelon , l'iris , etc. ? Dans l'érection de la verge , il y a, comme dans l'inflammation , irritation , afflux d'humeurs dans la partie, accroissement de sensibilité et de contraclililé : ce n'est point cependant l'état inflammatoire. La nature a tellement disposé l'organisation de ces parties, qu'elles peuvent éprouver sans dommage ces augmentations instantanées d'énergie vitale, nécessaires à l'exercice des fonctions dont sont chargés les organes auxquels elles appartiennent. Comme l'inflammation, ces engorgements se résolvent quand la cause irritante a cessé d'agir. Ainsi la pupille se dilate , parce que l'iris revient sur lui-même , lorsque l'œil n'est plus exposé aux rayons d'une vive lumière. La verge retombe dans son état naturel de mollesse et de flaccidité , lorsqu'aucune irritation n'y appelle les humeurs dont le séjour , pendant tout le temps que dure l'érection, s'explique facilement par la continuité de l'irritation qui les y appelle sans cesse , sans qu'il soit besoin de recourir à des causes mécaniques pour rendre raison de ce phénomène. Lorsque l'irritation qui produit la turgescence vitale de la verge ou de l'iris est portée trop loin , ou s'exerce trop long-temps, l'engorgement naturel devient morbiûque. On sait que le priapisme entraîne fréquemment à sa suite l'inflammation gangréneuse du pénis, et que l'action long-temps continuée de la lumière sur le globe de l'œil amène l'inflammation générale de cet organe.

Lesconsidéralionsprécédentes sur l'inflammation prouvent que les phénomènes de cette maladie sont utiles à étudier , même sous le point de vue physiologique ; les mouvements vitaux qui , dans certains organes, se passentd'unemanière tellement obscure , qu'ils sont imperceptibles , acquérant par l'étal inflammatoire un tel caractère de promptitude et d'intensité, qu'il devient bien plus facile de les observer etde les reconnaître. Vue d'une manière générale et abstraite , envisagée seulement sous le rapport de son objet, l'inflammation peutctre donnée comme un moyen qu'emploie la nature pour repousser l'atteinte des agents nuisibles , auxquels elle ne peut opposer , lorsqu'ils sont introduits dans le corps, ou appliqués à sa surface,

ÉtÉlHENTS DE PllYSIOLOGIE.

qu'un développement plus marqué des forces qui l'animent. Au rapport do Pallas, les Osliaks préservent leurs visages de la congélalion en en déterminant l'érysipèle (l). Celle couUime est trop singulière pour que le lecteur nous saciie mau vais gré de rapporter ici les propres paroles de l'illustre voyageur. « Le tabac est d'une grande ressource » pour les Osliaks, dans ces chasses d'hiver, puis- » qu'ils sont exposés au froid le plus violent, à tou- » tes les incommodités , et quelquefois à la faim ; » ils en fument , mais ils préfèrent de le prendre » en poudre. Ils ne le trouvent jamais assez mor- » dant; ils le mêlent avec de la cendre d'agarics » qui croissent dans les fentes des bouleaux et des » trembles. Cette cendre est très-alcaline. Après » s'être bien rempli les narines de ce tabac , ils les » bouchent avec de minces copeaux d'écorces de » saule. Le montant de cette poudre se trouvant » ainsi concentré , leur occasione une espèce d'in- » flammation sur tout le \isage, qui les garantit du » froid , et il leur gèle très-rarement une partie de » la flgure. »

Au mois de novembre de l'année 1812, un soldat du douzième régiment de ligne eut le pied gauche gelé en revenant de Russie par un froid de 25 à 27 degrés. Le pied droit, eu.lammé par suite d'une blessure assez grave de la partie inférieure de la jambe , fut préservé de la congélation. Le malade, qui ne sentait plus son pied gauche engourdi par le froid , éprouvait dans le pied droit une douleur brûlante. Arrivé à Yilna , et pouvant se déchausser, il reconnut avec satisfaction que les seuls orteils du pied gauche avaient été frappés de gangrène.

Pendant l'hiver rigoureux de 1793 , le chimiste Pelletier, répétantla fameuse expérience delà congélation du mercure, obtint un culot solide dans la boule d'un baromètre qu'il avait tenue long-temps plongée au milieu d'un bain de glace , continuellement arrosée par l'acide nitrique. Lorsque la solidification du métal fut parfaite , il tira le culot de la boule, et le mit sur sa main. La chaleur de la partie , jointe à celle de l'atmosphère , fit promplement repasser le mercure à l'état liquide : dans le même instant il éprouva dansla main un froid lellementiusupportable, qu'il fut obligé de jeter le culot avec précipitation. Bientôt, à l'endroit refroidi et douloureux, se manifesta une inflammation phlegmoneuse , dont on obtint la résolution. Le mercure solidifié estun des corps les plus froidsde la nature : combien, dans le cas rapporté, la soustraction du calorique dut-elle être rapide! et combien fut profonde l'impression ressentie parla paume delà main, doublement tourmentée par cet effet physique et par la réaction vitale dont le résultat fut l'inûammalion! J'ai obtenu un effet analogue en essayant de faire liquéfier un morceau de glace dans ma main pendant les chaleurs de l'été. Dans celte expérience, l'impression du froid est bientôt remplacée par la sensation d'une douleur vive, accompagnéede battements extraordinaires dans la paume de la main cl dans Tavant-bras. Lorsqu'on compare ensuite les deux mains, celle qui tenait le morceau de glace,

(I) Voyages de Pallas, tome lY, in^", page 66.

extrêmement rouge par Tinjection du tissu capillaire cutané , contraste d'une manière très-marquée avec la main qui n'a point été soumise à l'expérience.

Des faits analogues , soigneusement médités, devraient engager les sectateurs de Brown à adopter, poulies effets du froid, ladistinclion que leur maître a établie de la faiblesse , en directe et en indirecte; ils n'auraient pas de peine à se convaincre que, dans son application médicale , cetétatnégalif de la chaleur, directement débilitant, peut néanmoins, par la réaction qu'il occasione, être considéré comme un fortifiant indirect.

§ X. Du Système des grands nerfs sympathiques.

Long-temps le système nerveux fut considéré , chez l'homme, comme formé d'un ensemble de parties liées entre elles, dépendantes les unes des autres, ayant une origine commune; le cerveau étant le point le plus important de cette unité nerveuse , puisque toutes les autres parties de l'appareil en parlaient ou venaient y aboutir. L'on s'aperçut que la moelle de l'épine n'émanait point de la masse nerveuse reuferraée dans le crâne ; Vieussens démontra qu'elle ne diminuait point de volume en descendant le long du canal des vertèbres, comme on voit l'aorte se rétrécir à mesure qu'elle fournit les nombreuses artères de la poitrine et de l'abdomen. Winslow professa que le grand nerf sympathique formait un système nerveux isolé et distinct. J'adoptai ses idées dans mon Essai sur laConnexion de la vie avec la circulation , publié dans les Mémoires de la Société médicale d'Emulation , pour 1799. Bichat, dont cette doctrine appuyait merveilleusement la distinction des deux vies, n'hésita point à se l'approprier, soit dans son Traité des membranes, soit dans son ouvrage sur la Vie et la Mort, publié l'année suivante (1800). L'étude de l'anatomie comparée porta les derniers coups à la théorie de l'unité du système nerveux. Enfin , Gall établit démonstrativement la pluralité des systèmes nerveux ; et depuis ce grand anatomiste, cette opinion a tellement prévalu, que je ne sais s'il est, à l'époque actuelle , un seul physiologiste qui ne l'admette. Seulement, partant de cette idée fondamentale, chacun aujourd'hui arrange ou plutôt enseigne les systèmes nerveux à sa manière : celui-ci assemble quelques ganglions , et compose un système par ce rapprochement naturel ou forcé ; celui-là prend une paire de nerfs, pour en faire un système à part; tel autre monte en chaire et dit gravement : Selon moi , il y a trois, quatre , cinq , six appareils nerveux bien distincts , et que les ignorants seuls peuvent confondre!!!

Enfin, je ne saurais dire quel élève, dès les premières années de ses études , ne se croit obligé d'avoir sur l'ensemble ou les détails du système nerveux une opinion particulière; et cette sorte d'anarchie, si je puis ainsi parler , durera tant que le mécanisme de la fonction dont l'appareil nerveux est l'organe, continuera de se dérober à l'ardeur de nos recherches. Toutefois, on ne saurait refuser au professeur Gall la gloire d'avoir, le premier, enseigné la plupart des idées qui prévalent aujour-

ÏROIÉGOMÈNES,

(l'hui touchant la pluralité , la composition et les fonctions des systèmes nerveux , comme on le verra, lorsqu'à l'occasion des sensations on traitera des nerfs de la moelle , de l'épine et de l'encéphale. On y verra que les systèmes nerveux des fonctions automatiques, ceux des mouvements volontaires et des sensations tactiles, les systèmes nerveux des sens et ceux des facultés de l'esprit, forment, suivant Gall, quatre groupes distincts, dont les grands-sympathiques, la molle spinale, la moelle alongée, le cerveau et le cervelet , sont pour chacun la partie principale. Comme sa manière d'envisager les nerfs grands-sympathiques , qu'il appelle système nerveux des fonctions automatiques, est presque entièrement conforme aux idées que j'avais depuis long-temps émises à ce sujet, et que tous les travaux postérieurs ne me semblent avoir amené aucun progrès réel sur ce point particulier de physiologie , je n'hésite point à conserver les pages que j'ai écrites depuis si long-temps sur ce point de doctrine, dans lequel je persévère.

Les grands nerfs sympathiques doivent être regardés comme le liendesliné àunirplusinlimement les organes des fonctions nutritives par l'action desquels l'homme s'accroît, se développe, et répare sans cesse les pertes continuelles qu'entraîne le mouvement vital. Ils forment un système nerveux bien dislinctdu système des nerfscérébraux, quoique unis par de nombreuses communications , soit au cerveau, soit à la moelle de l'épine; et de même que les nerfs cérébraux sont les instruments des fonctions par lesquelles nous nous mettons en rapport avec les objets du dehors, les grands-sympalhiques donnent le mouvement et la vie aux organes des fonctions intérieures, assimilalrices ou nutritives. En leur transmettant la puissance nerveuse qu'ils tiennent eux-mêmes du cerveau, de la moelle alongée et de la moelle de l'épine, les nerfs grandssympathiques les mettent dans des rapports plus intimes , des connexions plus étroites avec la totalité de cette puissance; en sorte que de leur affection la plus légère naît un trouble profond, bientôt ressenti dans toute l'économie.

Le système nerveux des animaux invertébrés , flottant dans les grandes cavités avec les viscères qu'elles renferment, n'est-il pas entièrement réduit aux grands-sympathiques? Il se distribue principalement aux organes de la vie intérieure, dontl'aclivilé semble croître dans ces animaux à proportion de l'affaiblissement des sens extérieurs et de la faculté locomotrice. Si les grands-sympathiques existent dans tous les animaux qui ont un système nerveuxdistinct, ne contiennent-ils point spécialement le principe de celte vie végétative , essentielle à l'exislcnce de fout être organisé, à laquelle appartiennent les phénomènes de la digestion, de l'absorption, de la circulation, des sécrétions et de la nutrition? Enfin, n'est-il pas vraisemblable que, chez l'homme , le système des nerfs grands-sympathiques joue le plus grand rôle dans la production d'un grand nombre de maladies , et que c'est à ses nombreux ganglions que se rapportent les impressions affectives , tandis que le cerveau est exclusivement le siège de l'intelligence et de la pensée. On n hésitcra point à résoudre ces questions par

l'afflrmative, si l'on fait attention à l'origine, à la distribution, à la structure particulière de ces nerfs, à la vive sensibilité dont jouissent leur rameaux, ainsi qu'aux desordres que leur lésion occasione.

Étendus le long de la colonne vertébrale, depuis la base du crâne jusque vers la partie inférieure du sacrum, ces grands nerfs, eu quelque sorte parasites , ne proviennent point des rameaux que leur fournissent la cinquième et la sixième paires cérébrales de chaque côté ; ils vivent et s'alimentent, pour ainsi dire, aux dépens de tous les nerfs de la moelle de l'épine, dont ils reçoivent des rameaux, de manière qu'il n'en est aucun dont on puisse dire que les grands-sympathiques en naissent exclusivement. Les ganglions nombreux qui se trouvent répandus le long de leur trajet semblent les partager en autant de petits systèmes particuliers , desquels émanent les nerfs des organes qui en sont les plus rapprochés. Parmi ces renflements, regardés par plusieurs physiologisles comme autant de petits cerveaux dans lesquels se fait l'élaboration du fluide qu'ils admettent dans les nerfs , aucun n'est plus important que le ganglion semi-lunaire placé derrière les organes qui remplissent l'épigastre, et duquel parlent les nerfs qui se répandent dans la plupart des viscères de l'abdomen. C'est dans la région qu'occupe ce ganglion auquel se réunissent les nerfs grands-sympathiques, et qui peut être regardé comme le centre du système formé par leur ensemble , que se rapportent toutes les sensations agréables: on y ressent, dans la tristesse, uneconstriclion que le vulgaire attribue au cœur. C'est de là que dans les affections tristes de l'âme, semblent partir ces irradiations pénibles qui portent le trouble et le désordre dans l'exercice de toutes les fonctions (1).

Les ûlels nombreux des nerfs grands sympathiques sont plus déliés ; ils n'offrent ni la couleur blanchâtre, ni la même consistance que les filets des nerfs cérébraux. Aussi leur préparation est-elle moins facile ; les fibrilles nerveuses sont moins distinctes; les cordons rougeâtres, plus humides, plus abreuvés de sucs, paraissent aussi formés d'une substance plus homogène ; les enveloppes membraneuses en constituent une moindre portion. Ils sont également doués d'une sensibilité bien plus vive et bien plus délicate. On sait combien sont dangereuses les blessures dumésenlère, duplicature membraneuse, insensible par elle-même , mais qui contient en telle quantité les nerfs destinés au tube intestinal , qu'il est difficile qu'un instrument , quelque acéré qu'on le suppose, la traverse sans léser quelques-uns de leurs filets. La douleur que produit l'affection des grands -sympathiques est d'une nature toute particulière ; elle ne se manifeste pas par une sensation pareille à la sensation que produit la lésion d'un rierf cérébral : aussi plusieurs physiologistes ont-ils déclaré les filets grands-sympathiques privés du sentiment;

(1) Voyoz, sur le centre épigastriqne, Vanliolmonl, qui en parle sous le nom (Varchèe BiifFon , Bordeii , Bnrlliei et Lacaze, qui le désignent par le nom de contre phrciiique, parce qu'ils attribuent au diaphragme ce qui ap|)arlicnt aux ganglions nerveux placés au-devant de ses piliers.

ÉLÉMENTS DK PHYSIOLOGIE.

mais elle va pins tHicclcmont à ëleindro l'aclion vilale. Ou sait que la pression des IcsUcules qui reçoivent le senliiuent de ces neiTs, brise lout àcoup les forces de l'bommo le plus robuste. Personne n'ignore que les malades qui meurent d'une hernie étranglée, d un volvulus, ou de toute autre affection de ce genre, périssent au milieu des angoisses les plus cruelles, se sentant le cœur défaillir, et tourmentés pnr de continuels vomissements. Les coliques intestinales et néphrétiques présentent des douleurs absolument semblables : celle que cause l'injection de la tunique vaginale dans l'hydrocèle a le même caractère., L'on est même plus fondé à espérer le succès de cette méthode dans le cas où le malade a senti la douleur se propager le long du cordon , suivant le trajet des nerfs spermatiques, lesquels procèdent, comme l'on sait, des plexus rénaux. J'ai, dans trois occasions , et seulement par le genre des douleurs auxquelles étaient en proie les malades, pronostiqué la pénétration dans des plaies au bas-ventre ; et l'événement a trois fois confirmé mon pronostic. Dans toutes ces lésions des grands-sympalhiques, le pouls est fréquent, vif et serré; une sueur froide mouille le visage; les traits de la figure se décomposent; tous les symptômes sont alarmants et rapidement funestes.

Le système des nerfs grands-sympathiques a non-seulement pour usage d'établir une connexion plus intime, une liaison plus étroite entre tous les organes qui remplissent les fonctions nutritives; il soustrait encore ces actions importantes à l'empire de la volonté : faculté de l'âme si mobile et tellement variable, que la vie courrait à chaque instant de grands dangers, s'il était en notre pouvoir d'arrêter ou de suspendre l'exercice des fonctions auxquelles l'existence est essentiellement liée. Enfin, et ce dernier usage n'est pas le moins important de tous, les organes de la vie intérieure, soustraits à l'empire de la volonté par les grands nerfs s.^ mpathiques, sont mis par eux en rapport plus intime et plus nécessaire avec la totalité du cerveau et de la moelle de l'épine ; ce qui rend parfaitement raison du trouble profond que portent dans toute l'économie animale lesdeuleurs qui ont leur siège dans les parties qu'animent les nerfs.

Si l'on examine les organes auxquels les fonctions nutritives sont confiées, et qui reçoivent leurs nerfs des grands-sympathiques , leur action, dans le plus grand nombre, est en effet pleinement indépendante de l'empire de la volonté (1). Le cœur, l'estomac, le tube intestinal, etc., ne lui obéissent

(I) Tontes les parties qui reçoivent leurs nerfs des ganglions en sont également indépcndanïfes. Le professeur Chaiissicr pense que les filets supérieurs des grands-symputhiqnes monlenl le long de la carotide interne, et vont se rendre aux ganglions sphéro-palalins et lenticulaires. M. Kibes croit même avoir constaté par la dissection que quelques lïlamenls très-longs , mais très-déliés, suivent le trajet des branches de la carotide cérébrale, et vont se rendre, comme elles, à la base du cerveau , au-delà de laquelle ou ne peut les suivre. J'ai moi-même souvent remarqué, dan» me» dissections , des iilamcnls autour des rAmeanx de la carotide interne; niais je les avais toujours regardés comme de nature cellulaire.

point, semblent Jouir d'une existence plus isolée, plus indépendante , agissent et se reposent sans notre participation. Quelques-uns de ces organes , comme la vessie, le rectum, les muscles inspirateurs, qui ne reçoivent point exclusivement leurs nerfs des grands-sympathiques , sont soumis à la volonté, et reçoivent du cerveau le principe de leurs mouvements : les premiers, par les filets que les paires sacrées envoient aux plexus hypogastriques ; le diaphragme, par les nerfs qu'il reçoit des cinquième et sixième paires cervicales.

Les grands-sympalhiques ne donnent donc au diaphragme, au rectum et à la vessie, que des nerfs sensitifs : ce qui était bien nécessaire ; car si, comme le cœur et le tube intestinal , ces organes eussent reçu leurs nerfs moteurs des grands-sympathiques, leur action eiit été indépendante de la volonté, comme celle de toutes les parties auxquelles ces nerfs donnent le mouvement. La vessie et le rectum , placés à l'une des extrémités de l'appareil digestif, et destinés à servir de réservoir au résidu excrémentitiel de nos aliments solides et liquides, se fussent vidés continuellement , et à mesure que les matières qui séjournent quelque temps dans leurs cavités seraient parvenus dans leur intérieur.

D'un autre côté , si le diaphragme eût reçu ses nerfs moteurs des grands-sympathiques , la respiration eut cessé d'être une fonction volontaire, dont nous pouvons à notre gré accélérer, ralentir ou même suspendre entièrement l'exercice. Pour prouver que l'acte respiratoire est soumis à l'empire de la volonté, on peut non-seulement invoquer le secours de l'analogie , et citer l'exemple des reptiles, comme les lézards, les grenouilles, les serpents, les salamandres et les crapauds, animaux à sang froid , chez lesquels cette fonction est bien manifestement volontaire ; mais encore celui de ces esclaves qui , au rapport de Galien , se donnaient la mort lorsqu'on les forçait de paraître en présence de leurs bourreaux ou de leurs juge§. Selon ce physiologiste et beaucoup d'autres, c'était en avalant leur langue qu'ils se faisaient périr par suffocation ; mais il suffit de connaître les attaches des muscles de cette partie , et les mouvements qu'ils peuvent permettre , pour voir combien une telle opinion est peu fondée. L'action cérébrale n'eût plus alors été indispensablement nécessaire à l'enlrelien de la vie : dans un animal privé du cerceau , la respiration aurait continué , et la circulation n'eût pas été interrompue. La mort de ce viscère n'eût point entraîné subitement celle des autres, comme elle le fait en arrêtant la respiration, par suite la circulation , et les autres fonctions qui en dépendent.

Les nerfs qui , venant de la moelle de l'épine, donnent au diaphragme la faculté de se contracter, , puissance que ce muscle perd si l'on lie ces nerfs, me semblent les liens principaux qui unissent les fonctions intérieures assimilatrices ou nutritives à celles qui entretiennent les rapports de l'individu avec les objets du dehors. Sans ce moyen d'union , la chaîne des phénomènes vitaux eût été moins étroite , et leur dépendance moins nécessaire. Sans la nécessité dans laquelle est le diaphragme de recc-

PROLÉGOMÈNES

voir du cerveau , par les nerfs phréniqucs, le principe qui détermine ses contractions, les acép/iaie*, qui viennent au monde privés de ce dernier organe, eussent pu continuer de vivre comme ils le faisaient avant de venir au jour, lorsque les organes delà vie nutritive recevaient un sang qui avait subi dans les poumons de la mère les modiflcations indispensables à la vie. Mais lorsque le lien qui les unissait à elle se trouve détruit, obligés d'imprégner euxmêmes leurs humeurs par la respiration du principe viviflant que contient l'atmosphère , ils ne peuvent obéira celte nécessité; les puissances inspiratoires manquent du principe qui doit les stimuler : l'inspiration , cet acte préliminaire de la fonction respiratoire, s'exécute sous l'influence des nerfs phréniques, comme l'hématose pulmonaire sous celle des nerfs pneurao-gastriques.

Lorsqu'une inflammation extérieure a peu d'étendue (1), qu'elle a son siège dans une partie où il n'existe pas beaucoup de nerfs, et dont le tissu cède aisément à l'abord des humeurs que l'irritation y appelle , toute la scène des dérangements morbi- (iques se passe dans la partie affectée, et l'ordre général des fonctions ne se trouve pas sensiblement interverti ; mais occupe-t elle une grande étendue, se trouve-t-elle dans une partie douée d'une vive sensibilité, ou d'une texture serrée, comme les doigts et les orteils , alors la fièvre s'allume , parce quela partie malade faitparticiper tous les systèmes an dérangement de son action. Cette généralisation de l'affection locale est presque infaillible dans tous les cas où l'inflammation a son siège à l'intérieur dans un organe des fonctions nutritives. Cet effet peut être regardé comme constant , quoique Morgagni cite quelques exemples d'inflammation du foie dont aucun symptôme n'avait annoncé l'existence.

La connaissance des grands-sympathiques explique celte différence. Lorsqu'une partie extérieure est attaquée d'inflammation , il faut qu'au moyen de ses nerfs , l'irritation qu'elle éprouve se propage à l'organe cérébral , lequel, par une réaction à laquelle Vicq d'Azyr (qui n'a fait que développer les idées de Vanhelmonl sur ce sujet) donne le nom d'action nerveuse interne , transmet celle irritation au cœur, aux organes de la respiration, de la digestion et des sécrétions, dans lesquels se passent principalement les phénomènes qui dénotent l'état fébrile. Lorsque le cœur, le poumon, ou tout autre organe intérieur, est, au contraire, atteint d'une phlegmasie aiguë, il n'est pas besoin de la média-

(I) L'on sait que mille boutons , dans la petite-vérole, n occasionent, s'ils restent séparés, qu'une fièvre modérée, tandis qu'elle devient très-forte, et met en danger les jours du malade , si la maladie devient conlluente, c'est-àdire , si les petits boutons se rai)prochent , se touchent et «e confondent. Les bourgeons charnus qui s'élèvent en grand nombre d'une surface ulcérée , sont autant de petits phlegmons qui n'entraînent pas l'état fébrile; si trop d'irntation le» anime, cet élat ne manquera pas de se manifester. La vaccination n'est point, dans un grand nombre de cas, suivie du plus léger mouvement fébrile, si l'on a l'altenlion , comme je l'ai constamment pratiqué , de faire le» piqûre» à une certaine distance, de manière que les aréoles inflammaloiros ne viennent pas à se confondre.

lion du cerveau pour que tous les viscères ressentent le dérangement que l'un d'eux éprouve. Tous sont étroitement liés par les filets que leur envoient les grands-sympathiques,etentretiennent, au moyen de ce système nerveux qui leur est spécialement destiné , un commerce plus intime de sensations et d alfections. Ajoutez que le dérangement des fonctions importantes confiées aux organes malades rend indispensables des changements proportionnels dans tous les actes de l'économie vivante, de la même manière , sans doute , que le vice d'un seul rouage inlèirompt ou dérange le mécanisme d'une machine tout entière.

Il existe dans l'estomac un mélange de nerfs cérébraux et sympathiques , par lequel se trouve expliquée la dépendance manifeste dans laquelle cet organe existe par rapport au cerveau ; dépendance si marquée, que toute affection vive de l'âme, toute contention forcée de l'esprit , affaiblit ou suspend même totalement l'exercice de la digestion stomacale. Enfin , les nerfs grands-sympathiques ou trisplanchniques , comriae les appelle M. Chaussier, s'étendent et se prolongent par des filets d'une admirable ténuité sur les vaisseaux artériels qu'ils enveloppent de toutes parts, à la manière d'un réseau , comme pour enchaîner le système sanguin , et lier plus intimement la circulation aux autres fonctions nutritives.

§ XL Des rapports de la Physiologie avec quelques autres sciences.

On aurait de la science de l'homme vivant une bien fausse idée , si , à l'exemple de quelques auteurs , on pensait qu'elle consiste uniquement dans l'application des lois physiques aux phénomènes de l'économie animale. La physiologie ne vit pas d'emprunts; elle existe indépendante: il est un oi'dre de vérités qui lui appartiennent en propre , et qu'elle puise dans l'observation des phénomènes dont la succession et l'ensemble constituent la vie. L'histoire fidèle de ces phénomènes que l'observation nous fait connaître ou que l'expérience nous démontre , compose spécialement le domaine de la physiologie : cette science est donc essentiellement historique. Elle s'enrichit, il est vrai, de plusieurs faits que lui fournissent la physique, la chimie et le calcul ; mais ces emprunts sont des accessoires qui ne forment point essentiellement l'édifice do ia science. C'est ainsi que , pour mieux pénétrer le mécanisme de l'ouïe et de la vision , elle tire de l'acoustique et de l'optique des notions élémentaires sur les sens et sur la lumière , et que , pour mieux connaître la nature de nos solides et de nos liquides , la manière dont les substances animales passent incessamment de l'un à l'autre de ces deux états, elle invoque les secours de la chimie. De même la géométrie et la mécanique lui donnent les moyens de faire ressortir les formes avantageuses des organes et la perfection de leur structure. Oii le physicien s'arrête , là le médecin commence : Ubi dasinit physicus , ibi incipit medicus , avait dit Arislote. Celte sentence lumineuse resta long-tempsensevelie dans les volumineux écrits du père de la philosophie; elle renferme cependant les vrais fon-

deraonls de toute Ihdorle physiologique et médicale, comme on a vu toute la science do l'entendement humain n'être , dans les écrits de Locke et des métaphysiciens modernes , que le commentaire de cette autre sentence trop long-temps négligée: Nihilest in intellectu quod non priiis fuerit in sensu ; il n'y a rien dans l'intelligence qui n'ait été auparavant dans la sensation : prodigieux génie dont la supériorité nous explique et doit excuser à nos yeux l'espèce de culte que nos aïeux lui rendirent pendant tant de siècles !

Aucune étude ne présente un plus vif intérêt que celle des rapports admirables existant entre la conformation de nos parties et les objets extérieurs auxquels elles s'appliquent; rapports calculés avec une telle précision .établis avec une si grande justesse, que les organes des sens et des mouvements, considérés sous cet aspect, nous offrent le modèle de tout ce que l'art a conçu et exécuté de plus ingénieux: tant il est vrai, suivant les paroles du grand médecin de Pergame, que la nature a tout fait avant l'art, et mieux que lui (I ) !

Au commencement du dernier siècle , séduits par l'apparence d'une précision rigoureuse , des médecins géomètres voulurent toutexpliquer par le calibre des vaisseaux , leur longueur, leurs courbures, la raison composée de l'action des solides et de l'impulsion des liquides. De ces applications résultèrent des théories tellement défectueuses , qu'ainsi que nous le verrons en traitant de divers points de physiologie , et surtout de la force avec laquelle le cœur agit , aucun de ceux qui les proposèrent ne se rencontre avec ceux qui suivent la même route. Cependant on ne peut raisonnablement douter qu'il se passe , dans la machine animée , des effets qui se rapportent aux lois de l'hydraulique. Le cerveau, par exemple, avait besoin de recevoir continuellement une grande quantité de sang artériel , viviflé par un passage récent à travers le tissu pulmonaire ; mais l'afflux trop rapide, l'abord trop brusque de ce liquide , pouvait en altérer la structure. La nature a donc, comme nous le dirons à l'article de lu Circulation cérébrale, employé tous les moyens hydrauliques qui étaient en son pouvoir, pour briser la force avec laquelle il y arrive, et ralentir son cours.

Les hommes ont-ils jamais appliqué plus heureusement les lois de l'hydraulique , que ne l'a fait la nature dans la construction de ce réseau merveilleux (rete admirabile) , que figurent à la base du cerveau les carotides internes des quadrupèdes ? Disposition remarquable, sans laquelle le sang qu'y apportent ces artères, lancé par une force supérieure à celle qui anime le cœur de l'homme, et n'étant point obligé de vaincre la résistance que sa propre pesanteur lui oppose, eut infailliblement désorganisé cet organe si peu consistant.

Quant aux applications qu'on doit se permettre

(1) Quandoqnidcm uatura , nt arbitror, el prior tempnre su, et m operibus inagis sapiens quàm ars. (Galenus, «le Vsii partiuvi, lib. vu, cap. 13.)

C'est par l'observation des moyens dont s'est servi lu nature pour prévenir la diffusion de la lumière dans le globe de l'œil , qu'Eulcr fut conduit à perfectionner les lunettes astronomiques.

des sciences mathématiques ou de calcul , on peut dire qu'en physiologie, peu do choses étant absolument certaines (l) , et beaucoup seulement probables, on ne peut faire usage que du calcul des probabilités, et chercher des éléments dans les faits tirés de l'observation el de l'expérience; faits qui, rassemblés et multipliés jusqu'à un certain nombre, conduisent à des résultats dont la certitude égale les vérités le plus rigoureusement démontrées.

Les phénomènes que présentent les corps vivants varient sans cesse quant à leur véhémence, leur intensité , leur vélocité : comment soumettre à des formules exactes des éléments aussi variables ? J'aimerais autant renfermer dans un vase fragile , hermétiquement bouché , une liqueur expansible et susceptible de changer à chaque instant de volume. Les mouvements progressifs de l'homme et des animaux offrent néanmoins au calcul des applications assez exactes : il peut encore s'exercer avantageusement sur l'évaluation des produits de nos diverses sécrétions, apprécier la quantité d'air ou d'aliments introduits dans nos organes, etc.

On doit mettre au nombre des principales causes qui ont singulièrement retardé les progrès de la physiologie , l'erreur dans laquelle sont tombés ceux qui ont voulu expliquer tous les phénomènes que les corps animés présentent, par une seule science, comme la chimie, l'hydraulique, etc., tandis que toiites ces connaissances réunies ne peuvent point rendre raison de la totalité des phénomènes. Cependant l'abus qui en est résulté ne doit point en faire proscrire absolument l'usage. Les connaissances tirées de la physique, de la chimie, de la mécanique et de la géométrie, sont autant de moyens utiles à la solution du grand problème de l'économie vivante; solution qui , pour n'avoir point été trouvée , ne doit point être réputée impossible , et dont on approchera d'autant plus, qu'on l'entreprendra avec un plus grand nombre de données. Mais on ne saurait trop le redire , celui-là seul peut prétendre à cet honneur , qui , dans l'application des lois physiques aux corps animés , tiendra compte des forces inhérentes à la nature organisée, forces qui soumettent à leur influence suprême tous les actes delà vie, et modifient les résultats qui paraissent dépendre le plus des lois auxquelles obéissent les corps inorganiques (2).

(1) Ceci doit s'entendre seulement des causes des phénomènes , et non pas des phénomènes eux-mêmes ; car la physiologie est peut-être plus riche qu'aucune autre science en faits certains et faciles à constater par l'observation.

(2) Celte sage réserve est bien éloignée de la confiance avec laquelle les physiologistes allemands rendent raison de tous les phénomènes de la vie par les lois de l'électricité et du magnétisme. Selon eux , tout dans le corps humain s'exécute sous l'indiience des forces polaires et des lois de V antagonisme ; tout est attraction ou répulsion : le solide est élcctrisé positivement ; le fluidn est dans un état d'électricité négative. Le jeu des organes dépend de leurs différents degrés d"électrisalion ; le mélange des parties , miscelUt partium , donne lieu à ecllo multitude d'attractions et de répii'sions, de dilatations el de condensations , forces opposées, sous l'empire des-

PROLÉGOMÈNES

M. le docteur Coutanceau a parfaitement observé , que les physiciens et les chimistes peuvent s'occuper utilement des phénomènes extérieurs de l'économie animale; mais que tout ce qui se passe > effectivement dans son sein , c'est-à-dire , entre les surfaces extérieures et les surfaces internes , entre la peau et les membranes muqueuses et séreuses, se dérobe complètement à leurs recherches (1).

L'anatomie et la physiologie sont liées par des rapports tellement intimes, que plusieurs ont pensé

< qu'elles étaient absolument inséparables. Si la physiologie, ont-ils dit, a pour objet la connaissance des fonctions que nos organes exercent, comment en comprendre le mécanisme , si l'on ne connaît les instruments qui les exécutent? Autant vaudrait prétendre expliquer la manière dont l'aiguille d'un

1 cadran parcourt le cercle de sa révolution journalière, si l'on ne connaissait les ressorts et les rouages nombreux qui mettent cette aiguille en mouvement. Haller est le premier qui ait établi l'union de l'anatomie et de la physiologie, et qui l'ait consacrée dans son grand ouvrage. Depuis Haller, un grand 1 nombre d'anatomistes , et parmi eux Sœmme- I ring (2) , dans un livre publié au commencement du ! siècle , ont réuni , autant qu'il est possible , ces deux ! sciences: ce dernier, en traitant séparément de

< chaque système d'organes, expose ce qu'il y a de 1 connu sur leurs usages et leurs propriétés.

Quelque étroites que puissent être les connexions t entre l'anatomie et la physiologie , elles n'en ont I pas moins paru parfaitement distinctes au plus ) grand nombre, et nous possédons plusieurs bons

< ouvrages d'anatomie dans lesquels la physiologie ; n'occupe qu'une très-petite place. Celte manière . d'envisager ces deux sciences me paraît offrir les ! plus grands avantages. £n effet, si la description 1 isolée de nos or^ganes suffit au physiologiste qui

veut en étudier les fonctions, cette considération I fournit peu de vues véritablement utiles dans la parlique des opérations chirurgicales. Pour rendre la connaissance du corps humain plus spécialement applicable à l'exercice de la chirurgie , il faut , non- ' seulement en considérer séparément les diverses parties , mais encore en bien saisir l'ensemble, et ' déterminer exactemenlieurs rapports. L'anatomisle qui saurait que la crurale est la principale artère de la cuisse ; que , continuée sous le nom de poplilée , elle passe derrière le genou pour se rendre à la jambe; qu'en parcourant sont trajet, elle fournit ■ des rameaux aux diverses parties du membre ; con- ■■ nùt-il parfaitement le nom , le nombre de ces rameaux, les variétés qu'ils peuvent offrir, les parties

quelles tout existe dans la nature. Dans ce système, les loi» qui régissent les corps organisés ne seraient que des œodifiualions de» lois générales auxquelles la matière est soumise. Quelque plausible et séduisante que paraisse une semblable théorie, quoique chaque jour ajoute à ses probabilité», \e procédé de la vie est loin encore d'être explicable par des connaissances acquises en physique et dans les autres sciences analogues.

(1) Révision des nouvelles doctrines chimie o -physiologiques, suivie d' expériences relatives à la respiration. M. Coutanceau , Paris , in-8°, 1814, page 246.

(2W.-Ch. Sœmmering, de corporis humant fabricâ. 6 vol. in-S", 1804. ' ^ ' '

dans lesquelles ils se répandent , n'aurait cependant de celle branche du système artériel qu'une connaissance presque inutile dans le traitement des maladies dont elle peut être atteinte. La situation de l'artère , sa direction , les parties qui l'entourent, ses rapports précis avec chacune d'elles , sa position superficielle ou profonde , le lieu d'où les rameaux naissent du tronc principal, leurs anastomoses, soit entre eux, soit avec les artères voisines, etc., sont les seules circonstances dont il puisse retirer quelque avantage.

Il en est de celui qui cultive sous ce point de vue l'anatomie humaine, comme du chimiste; et de même que celui-ci ne connaît jamaismieux une substance que lorsqu'il peut la décomposer et la refaire de toutes pièces, de même l'anatomisle ne connaît parfaitement le corps de l'homme que lorsque, après avoir étudié séparément et avec le plus grand soin chacun de ses organes, et chacun des systèmes que forme un certain nombre d'organes semblables, il peut assigner à chacun d'eux sa place, déterminer les rapports qu'il observe, et les proportions dans lesquelles il entre pour la composilion de tel ou tel de nos membres. L'élude de celuici est même bien plus longue et plus difficile que celle de celui-là ; car le chimiste qui décompose et recoinpose un mixte bien connu , le phosphate de chaux, par exemple , n'arrive qu'à la connaissance des principes constitutifs et de leurs proportions respectives : les phénomènes de situation lui échappent complètement. L'anatomisle , au contraire, qui sait que telle partie est composée d'os, de muscles, de nerfs et de vaisseaux, doit non-seulement connaître chacune de ces parties, leur volume proportionnel , mais encore le lieu précis qu'elles occupent.

L'anatomie, étudiée dans cet esprit, présente un champ d'une vaste étendue : elle est cet art que Leibnitz appelait l'analyse de la situation, analysis sitûs; et sa connaissance est trop importante pour qu'on ne lui accorde pas une place distincte parmi les connaissances médicales. On pourrait la définir la science des rapports qu'ont entre eux nos organes. Celle anatomie des rapports, cette anatomie chirurgicale, dont les termes d'anatomie descriptive n'expriment qu'imparfaitement l'objet, naquit, dans le dernier siècle, des travaux de Winslow, et dut sa perfection à Desault. C'est à son école, c'est en suivant la méthode qu'il a tracée, que se sont formés les premiers chirurgiens de notre âge ; elle est la seule qui puisse guider la main de l'opérateur dans le sein de nos parties, sans hésitation et sans crainte de leur porter une atteinte mortelle. L'habitude des dissections est le meilleur moyen d'acquérir et d'entretenir l'habileté manuelle, indispensable dans l'exercice de la chirurgie. Les chirurgiens qui ont le plus de dextérité l'ont acquise en se livrant long-temps aux travaux analomiques. On conçoit, en effet, que si la nature l'a doué d'une certaine fermeté d'âme, l'homme capable des recherches de l'anatomie la plus délicate et la plus subtile portera la même adresse dans l'exécution du procédé opératoire la plus difficile. On ne saurait donc trop recommander l'élude du cadavre au médecin qui se destine à exercer la chirurgie j il ne doilja-

ÉLÉMENTS DK PHYSIOLOGIE.

mais oublier que les progrès de co bel art ont toujours suivi ceux de rauatoinic, cl que l'babilclé anatoraique fut toujours le gage le plus assuré de Tbabileté cbirurgicalc.

Je ne ycux point taire les motifs allégués pour réunir l'analomie et la physiologie dans le même enseignement. L'analomie, réduite à la simple description des organes , entraîne , dit-on , trop de sécheresse et trop d'ennui ; la physiologie y répand de l'intérêt et de la variété ; l'on captive plus sûrement l'attention des auditeurs, qui écoutent mieux et retiennent plus volontiers ce qu'ils ont enlendu avec plaisir. Ne semble-l-il point que les détails physiologiques soient pour les auditeurs ce qu'est pour un enfant malade et pusillanime le miel dont on enduit les bords du vase, afin de lui déguiser l'amertume du breuvage qui doit le rappeler à la vie ? En réunissant deux objets , dont l'un no présente d'autre intérêt que celui de l'ulilité, tandis que l'autre y joint la séduction de l'agrément, l'attention ne sera point seulement partagée, mais tout entière distraite ; et l'esprit de ceux qui lisent ou écoutent effleurera les détails arides , pour saisir avidement ce qui prèle le plus à son activité. L'analomie est à la physiologie ce que la géographie est à l'histoire. Des considérations générales sur la situation, la grandeur, la Ggure, les rapports et la structure d'un organe, sont un préliminaire indispensable à la parfaite intelligence de ses fonctions : aussi trouve-t-on beaucoup d'analomie dans les traités de physiologie, comme beaucoup de détails géographiques chez les historiens ûdéles.

Je crois en avoir dit assez pour éviter le reproche de n'avoir point rempli cet ouvrage de descriptions analomiques qui se trouvent dans la foule d'excellents traités que nous possédons sur l'analomie humaine. Examinons maintenant quelles relations existent entre la physiologie et l'analomie comparée.

Si l'on ne connaît parfaitement une machine qu'après l'avoir décomposée en ses plus simples éléments ; si Ton ne conçoit bien le mécanisme de son action qu'après avoir examiné le jeu séparé de chacune de ses différentes pièces, l'analomie comparée , à la faveur de laquelle nous pouvons étudier , dans la grande chaîne que les animaux constituent, l'action séparée de chaque organe, apprécier son importante absolue ou relative , le considérer d'abord isolé et réduit , pour ainsi dire, à ses propres forces , aûn de déterminer quelle part il a dans l'exercice d'une fonction; l'analomie comparée, dis-je, est indispensable à celui qui veut faire de grands progrès dans la connaissance de l'homme : elle peut être regardée comme une sorte de méthode analytique , à l'aide de laquelle nous parvenons à nous mieux connaître.

Pour se faire une juste idée des opérations de l'entendement humain, et expliquer la génération des facultés de l'âme , les métaphysiciens ont imaginé une statue qu'ils ont animée par degrés, en la revêtant successivement des organes de nos sensations. Eh bien! la nature a réalisé en quelque manière ce rêve de la philosophie. Il est des animaux qu'elle a complètement privés des organes de la vue et de l'ouïe; chez quelques-uns, le goût et

l'odorat no paraissent pas exister indépendamment! i du toucher ; d'autres fois , elle a exercé cette espéctsi i d'analyse sur un système de parties qui servent ài i l'exercice de la même fonction. C'est ainsi que dana| j, quelques animaux , débarrassant en quelque sorla i l'organe de l'ouïe des accessoires destinés à rassem-i j hier, transmettre et modifier les rayons sonores ,j >>. elle l'a réduit a une simple cavité, pleine d'una^ i liqueur gélatineuse, dans laquelle flottent les ex-; trémités du nerf acoustique , exclusivement propraj j à ressentir l'impression des sons; fait qui détrui|| i toutes les hypothèses qui avaient attribué celldj j sensation à d'autres parties de l'appareil auditif. j

De toutes les sciences naturelles, l'analomie com»; j parée est celle dont il est le plus utile d'extraire de^ faits pour en enrichir la physiologie. Comme cetlQ j dernière, l'analomie comparée s'occupe d'èlres or'j i ganisés et vivants : on n'a doue point à se garantit ^ des fausses applications que fournissent si souvent t les sciences qui s'exercent sur les êtres morts ei i inorganiques, ou qui n'étudient, sur ceux qu| jouissent de la vie, que les propriétés générales dé s la matière. Haller avait tellement senti celle ulilitq i de l'introduction de l'analomie comparée dans 1^ physiologie , qu'il a rassemblé le plus grand nomj j bre des faits connus de son temps sur l'analomie i des animaux , à la tête de chaque chapitre de sor^ immortel ouvrage.

Cette considération générale des êtres vivants e animés , si propre à dévoiler le secret de notre or* : ganisalion,a encore cet avantage, qu'elle agrandi' la sphère des idées de celui qui s'y livre. Que celu 3 qui aspire à cette latitude de vues, si nécessaire s dans la médecine, où les faits sont si nombreux e ^ si divers, les explications si contradictoires et le^: i règles de conduite si peu précises , jette un coni i d'œil général sur celle grande division des être! iJ organisés, dont plusieurs, par leur structure phy^ :« bique , ressemblent tant à l'homme; il verra l'Ar s' chitecte suprême de, l'univers, distribuant à toui 1 l'élément de vie et d'activité, donnant aux uni ici moins de mouvement, eu donnant aux autres da >| vantage ; de manière que, formés tous sur le raêmë;! modèle, ils semblent n'être que les nuances pro digieusement variées et insensiblement graduée! de la même forme, si les formes ont des nuancei s comme les couleurs; ne passant jamais de l'un î a l'autre par un saut brusque et rapide, mais s'éle " vaut et descendant par des gradations douces e mesurées, jetant dans l'intervalle qui sépare deuj 'jI êtres différents un grand nombre d'espèces qui ser vent de passage de l'un à l'autre (1) , et qui offren < i

uni p

(1) C'est une grande et belle idée que celle d' échelle des ôtres , qui, comme le disait Charles Bonnet liant tous les mondes , embrassant toutes les sphères s'clpndrait de l'atome au plus élevé des chérubins. Sans I commencer ]iar l'atome, et la finir par les chérubins, e qui serait commencer et finir par les ténèbres, si on l réduit aux éircs naturels bien connus , et qui peuvent êtfi soumis à l'observation , on verr. que cette conccptioi n'est point aussi chimérique que l'ont prétendu quelque savants dont l'auloriié est infiniment respectable. Le plai tracé par Charles Bonnet est visiblement défectueux: oi y trouve rapprochés des êtres qui n'ont entre eux que de traits de rcssemblaucc faibles ou complètement illusoires'

PROLÉGOMÈNES

nne série continue de dégradations ou de perfectionneraenls; l'organisme se simplifiant, si Ion descend de l'homme aux espèces inférieures; se compliquant, au contraire, si l'on remonte des animaux à l'homme , qui est l'être le plus composé de ]a nature, et que l'ancienne philosophie regardait avec justice comme le chef-d'œuvre du Créateur.

Si la structure intime de nos organes se dérobe avec tant d'opiniâtreté à nos recherches, c'est que leurs parties constitutives les plus délicates elles mieux finies sont taillées sur de si petites proportions, que nos sens n'ont plus sur elles aucune prise. Il est alors avantageux de recourir a 1 analon^ie, et d'étudier l'organisation des animaux qui présentent les mêmes organes, construits d'après des proportions , pour ainsi dire , plus grossières. C'est ainsi que la nature celluleuse des poumons, • qui ne peut être intuitivement démontrée dans l'homme, à cause de l'excessive ténuité des plus petits lobules , se dévoile complètement dans les poumons vésiculaires des salamandres et des grenouilles. De la même manière , les écailles dont est couvert le corps des poissons et des reptiles, ou qui revêlent les pattes des oiseaux , nous donnent une juste idée de la structure de l'épiderme, et de la disposition de ses petites lames qui se recouvrent mutuellement dans une partie de leur surface, etc.

La structure humaine, étant la plus compliquée, doit produire des effets plus nombreux , des résultais plus variés et d'une connaissance plus difficile: on ne suit donc pas une marche analytique , ou ne procède point du simple au composé, en commençant l'étude de l'organisme animal par celle de l'homme. On arriverait plus naturellement, et plus aisément peut-être, à la solution du grand et difficile problème de l'économie vivante, en commençant par en expliquer les termes les plus simples; en s'élevant par degrés des plantes aux animaux végétants, tels que les polypes; de ceux ci aux animaux à sang blanc; puis aux poissons et aux reptiles ; de ces derniers aux animaux à sang chaud , et enfin à l'homme lui-même, placé au sommet de cette longue série d'êtres dont l'existence se compose à mesure qu'ils s'approchent de lui.

L'étude de toutes les parties de l'histoire naturelle , et particulièrement de l'anatomie comparée, ne peut donc qu'être infiniment profitable au physiologiste; vérité bien exprimée par Téloquent

L'état actuel des sciences naturelles permettrait de mieux faire ; on pourrait au moins tenter, pour tous les corps, Ce que Jussieu a exécuté relativement aux productions végétales ; et si cette entreprise, conduite par les hommes les plus capables de la terminer, laissait quelque cliosc à désirer, cette imperfection nécessaire n'indiquerait-clle point l'existence d'autres mondes ou de terres encore inconnues sur le globe que nous habitons ; ré!;ion8 ignorées , où se trouveraient les minéraux , les végétaux et les animaux, dont l'absence formerait deslaciines dans leur série immense et coordonnée?

Demonstratum enim fuit, et hoc nullam rem contrarias. Tel omnino multùm différentes qualitates recipere posse , niji pcr médias priù» iler fecerit. ( Gai.enu» , do Vsu partiuvi, liv. IV , cap. 12. )

M. de Buffon, lorsqu'il a dit (l): s'il n'existait point d'animaux , la nature de l'homme serait encore plus incompréhensible.

Lorsqu'il y a plus de trente années , disciple de Cuvier .j'écrivais ce passage , j'étais loin de prévoir que de l'exagération de ces idées naîtrait une secte de naturalistes ridicules, qui, prenant à la lettre l'ancienne assertion, tous les animaux paraissent formés sur le même modèle , ont imaginé un type normal , y rapportent toutes les espèces , et abusent de l'analogie au poinl de voir dans le crâne , et jusque dans la face del'homme , un assemblage de vertèbres , et de trouver ces os répétés dans la peau des vers et dans l'enveloppe des insectes!!! Cela s'appelle, je crois, la théorie des homologues !!! Qu'un homme médiocre veuille à toutes forces avoir du génie , semblable à l'Indou , qui , dirigeant ses yeux sur le bout de son nez , après quelques heures d'une attention soutenue, voit enfin briller une flamme bleue, gage et symbole de la béatitude céleste , il réfléchit sur la structure des bulbes dont le derme est parsemé, voit bientôt que la peau est entièrement formée de bulbes , que ces bulbes subissent les transformations les plus singulières ; que , par exemple , les cornes et les sabots de certains quadrupèdes résultent de l'agrégation d'une grande quantité de bulbes , que l'œil et l'oreille elle-même ne sont , au fond , que des bulbes cutanées : de pareilles imaginations s'appellent aujourd'hui des vues philosophiques; en bon français, ce ne sont pourtant que des visions absurdes. Voyez Meckel, passim.

Je ne dirai rien des rapports , trop universellement connus , de la physiologie avec les sciences médicales, dentelle est, à bon droit, regardée comme la base ou l'appui. Toutes les parties de la médecine , que quelques-uns ont dit être l'art de guérir, que d'autres ont plus raisonnablement nommée l'art de traiter les maladies, mais qui, prise dans un sens plus général , peut être définie l'art de conserver la santé et de guérir les maladies, ou de les rendre plus supportables; toutes les parties de la médecine sont éclairées par les lumières physiologiques, et ne reconnaissent pas de guide plus sûr. C'est pour avoir négligé ce flambeau tutélaire que la thérapeutique et la matière médicale ont langui tant d'années dans le vague des conjectures et des hypothèses. Les médecins ne doivent pas oublier un instant qu'un grand nombre (2) de maladies consistant dans des dérangements des propriétés vitales , c'est à ramener la sensibilité et la contractilité à leur type naturel que tous les efforts doivent tendre et se diriger; que les meilleures classifications des médicaments seront celles qui

(1) Hist. vat., tome V, in-12, page 241 , i?zscoMrs sur la nature des animaux.

(2) Toutes les maladies consistent en des lésions physiques ou mccaniqucF , comme solutions de continuité, unions vicieuses , déplacements, épancheraenls , corps étrangers ; lésions organiques , tubercules, cancers, polypes , indurations osseuses et kystes; lésions tntalcs , Blhénics, asthénies, asphyxies, ataxies. Voyei Nosotjraphio et Thérapeutique chirurgicales , 5« édition. Paris, 1821. Prolégomènes , tome I.

auront pour foudcuient une bonne dislinclion des forces vitales.

§ XII. Classification des fondions de la vie.

Après avoir traité séparément des forces ou des facultés vitales, rien n'est plus facile que de distribuer, suivant un ordre clair et méthodique , les fonctions exercées par les organes qu'animent ces facultés. On entend par fonction une action exercée par un ou plusieurs organes. En ce sens , il y a plus d'actions ou de fonctions que d'organes , un seul organe , la langue , par exemple, pouvant servir en même temps à plusieurs fonctions ; mais, de même que , pour faciliter l'élude de l'anatomie , on a rangé dans les mêmes catégories tous les organes d'une structure semblable, de même, en physiologie, on réunit l'ensemble des actionsqui concourent au même résultat. C'est à ces ensembles d'actions particulières et concurrentes que l'on donne plus particulièrement le nom de fonctions de la vie ; ce sont elles qu'il s'agit de classer ici. On pourrait définir le mot fonction par moyen d'existence. Cette définition serait d'autant plus juste , que la vie n'est autre chose que l'exercice de ces fonctions, et qu'elle cesse lorsque quelques-unes des plus importantes ne peuvent plus s'exécuter. Faute d'avoir distingué les facultés des fonctions , qui ne sont que les facultés ou puissances réduites en acte , plusieurs divisions modernes , quoique bien préférables à l'ancienne classification des fonctions en vitales, animales et naturelles , manquent néanmoins d'exactitude et de simplicité. C'est ainsi que Vicq-d'Azyr, proposant une classification des phénomènes physiologiques, dans le grand discours qu'il a mis à la tète de son Anatomie , confondant la cause avec l'effet, range la sensibilité et l'irritabilité parmi les fonctions, et, commettant une autre méprise , place parmi ces dernières l'ossification , qui n'est qu'un mode particulier de la nutrition, analogue à la structure des parties dures.

La meilleure manière de classer les actions qui s'exercent dans le corps humain vivant, est sans doute celle qui les distribue et les ordonne d'après l'objet qu'elles remplissent. Aristote , Buffon , et surtout Grimaud , ont établi sur cette base les fondements d'une méthode que nous adopterons, en la modifiantnéanmoins comme nous allons le dire.

Aristote et Buffon avaient vu que, parmi les actes de l'économie vivante , quelques-uns s'exécutaient dans tous les êtres qui ont vie, dans les végétaux et les animaux, durant le sommeil et pendant la veille , etc.; tandis que d'autres semblaient l'apanage exclusif de l'homme et des animaux plus ou moins semblables à lui. De ces deux modes d'existence, l'une végétative et l'autre animale, la première leur paraissait la plus essentielle, puisqu'elle était la plus répandue , et qu'elle consistait uniquementdans l'assimilation des molécules alibiles,dans la nutrition absolument nécessaire à la conservation de l'être vivant (1), qui, perdant sans cesse sa

^1) Nam anima nutritiva etiam aliis inest, et prima et maxima communia facultas animée , secundum quam omnibuiTiTere inest. (Akistoteles, c/o/^n/wj,,lib. ii, cap, 4.)

propre substance , cesserait bientôt d'exister, si ces perles conlinuelles n'étaient incessamment réparées par l'acte nutritif.

Grimaud, professeur do physiologie à l'université de Montpellier, enlevé trop tôt à la science qu'il cultivait en philosophe vraiment digne de ce nom , adopta celte division simple et lumineuse, la développa mieuxqu'on ne Tavaitfait jugqu'àlui, la suivit constamment dans ses cours (1) etdans ses ouvrages. Cette distinction des fondions en intérieures , qu'il nomme aiussi digestives, et en extérieures ou locomotrices reproduite sous les noms de vie orgor nique et de vie animale par Bichat , dénominations dont la première est tout-à-fait inexacte et vicieuse, puisqu'elle tend à faire croire que la vie animale ou de relation n'est point confiée à des organes , et que ces instruments vitaux sontseulementemployésàla vie intérieure ou de nutrition ( ilifoïu* assimilationis , Bacon ; Blas alterativum , Vanhelmont ) ; cette distinction , dis-je , ne comprend pas la totalité des phénomènes, n'embrasse point l'ensemble des fondions qui s'exécutent dans l'économie. On ne trouve point en effet dans les deux grandes classes qu'elle établit , les actes par lesquels les animaux et les végétaux se reproduisent, se perpétuent, et éternisent la durée de leur espèce. Toutes les fonctions conservatrices des espèces n'y ont aucune place ; elles ne portent que sur les fonctions conservatrices des individus.

Se nourrir , entretenir avec toute la nature les relations convenables à son mode particulier d'existence , se reproduire , tel est le triple objet qu'en dernier résultat sont destinées à remplir tontes les fonctions qui s'exécutent dans le corps humain vivant , et qui , à raison du but qu'elles remplissent , se divisent naturellement en fonctions de nutrition, de relation et de reproduction. Vivre d'abord, primo vivere , c'est-à-dire pourvoir, par les fondions nutritives , à la nourriture du corps , à son accroissement, l'entretenir , réparer ses pertes journalières, tel est l'objet principal de l'existence cent fois exprimé dans des proverbes populaires qui se représentent d'eux-mêmes à la mémoire du lecteur ; exercer ensuite ces appareils admirables qui nous

(1) Dan« ses leçons manuscrites de physiologie, rédigées par lui-même , il semble se complaire dans cette division , qu'il s'était en quelque sorte appropriée , par les développement? heureux qu'il lui avait donnés, et par les changements qu'il y avait introduits : à chaque leçon, je dirais presque à chaque page, il revient sur celte division, l'étend, l'explique et la commente. « Les fonctions, dit-il, n peuvent se diviser en deux grandes classes : les unes se » passentdansl'iVi/eVzeMr ducorps, ets'y rapportent d'une n manière exclusive j les autres s'exercent à Vextérieur , 5) et se rapportent aux objets du dehors , etc. » La force dîjesftt'a préside , selon lui, aux fonctions intérieures qui ont pour objet la nulrilion ; la force loco^notrice dirige les fonctions extérieures. « C'est par les organes » des sens que l'animal agrandit son existence , qu'il la » porte et la distribue sur les objets qui l'environnent, 1) et qu'il prend connaissance des qualités par lesquelles » ces objets l'intéressent; c'est par le moyen des muscles, » essentiellement soumis aux organes des sens , qu'il se » coordonne avec ces objels , et qu'il se place ou se D dispose d'une manière convenable à leur mode d'acli- 0 vité, etc. »

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gaeltent en rapport avec tout cequi nous environne; consacrer enfin à la conservation de l'espèce les forces qui ne sont point nécessairesàlaconservation de l'individu: voilà à quoi tendent, en dernière analyse , tous ces phénomènes si nombreux et si "variés dont la vie se compose.

; Nous avons cru devoir comprendre sous deux classes générales, 1" les fonctions qui servent à la conservation de l'individu , et le rendent capable d'un mode d'existence isolée; 2° les fonctions qui servent à la conservation de l'espèce : fonctions dont l'absence n'empêcherait pointl'homme d'exister, comme les eunuques nous en fournissent l'exemple , mais sans lesquelles l'espèce humaine périrait bientôt , privée de la faculté de se reproduire. En établissant ces deux grandes divisions , nous n'avons eu égard qu'à l'objet , au but que chaque classe de fonctions doit remplir.

Parmi celles qui sont employées à la conservation de l'individu , les unes remplissent cet usage en assimilant à sa propre substance les aliments dont il fait sa nourriture; les autres, en établissant ses rapports avec les êtres qui l'environnent, d'une manière convenable à son existence.

Les fonctions qui servent à la conservation de l'espèce, les fonctions de reproduction , peuvent également être séparées en deux ordres. Celles du premier exigent le concours des deux sexes; elles constituent la génération proprement dite : celles du second sont exclusivement départies àla femme, qui, après qu'elle a conçu , est seule chargée de porter, de fournir au développement, de mettre an jour et d'allaiter le nouvel être produit de la conception.

Les fonctions intérieures , assimilatrices ou nutritives, concourent au même but, et servent toutes à l'élaboration de la matière nutritive. L'aliment , une fois introduit dans le corps , est soumis à l'action des organes digestifs qui séparent sa partie nutritive ; les absorbants s'en emparent, et la portent dans le torrent des humeurs ; le système circulatoire la promène dans toutes les parties du corps , la fait couler vers tous les organes ; les poumons et les glandessécrétoiresy ajoutent certains éléments, la dépouillent de plusieurs autres, l'altèrent, la modifient, l'animalisent ; enfin la nutrition , qui peut être regardée comme le complément des fonctions assimilatrices , qui ont toutes l'entretien et l'accroissement des organes pour objet , la nutrition leur applique cette substance animalisée , assimilée par ces actes successifs , lorsqu'elle a été rendue tout-à-fait semblable à eux.

Cependant plusieurs de ces fonctions servent à la fois à conserver et à détruire : l'absorption , qui se charge des molécules étrangères destinées à la nutrition , entraîne également les molécules organiques que détachent les mouvements , les frottements , la chaleur , et toutes les autres causes physiques , chimiques et vitales -.l'action du cœur et des vaisseaux pousse ces débris mêlés aux parties ■vraiment récrémentitielles vers les poumons, qui, en même temps qu'ils combinent les parties nutritives avec l'oxigèno atmosphérique , séparent du sang les matériaux qui ne peuvent plus être employés à la nourriture des organes et vers les

glandes sécrétolres , qui non-seulement épurent le liquide, en en séparant cequi ne peut sans danger rester dans l'économie, mais encore élaborent ou préparent des liqueurs particulières , dont les unes, produits de l'acte nutritif, servent à cet acte , et impriment aux substances surlesquelles il s'exerce un certain degré d'animalisation ( la salive , la bile , par exemple) , tandis que les autres semblent être des états intermédiaires par lesquels l'extrait nutritif tiré des aliments estobligé de passer avant son animalisation complète : telles sont les liqueurs séreuses et la graisse.

Ilaurait peut-être semblé plus conforme à l'ordre naturel de fondre en quelque sorte l'histoire de la respiration dans celle de la circulation, en traitant du cours du sang veineux à la suite de l'action des vaisseaux absorbants, avec lesquels les veines ont tant d'analogie ; puis des phénomènes respiratoires, ou de la conversion du sang veineux en sang artériel, et du transport de ce dernier dans toutes les parties du corps, par l'action du cœur etdes artères; mais l'avantage qu'on retirerait de cette méthode éloignée des idées reçues, suivant lesquelles on considère séparément la circulation et la respiralion , nous a paru trop faible pour nous décider à la suivre.

. Nous aurions pu donner aux fonctions du premier ordre la dénomination d'organiques, puisque tous les corps organisés les ont en partage , et qu'elles sont, pour ainsi dire, inséparables de l'organisation. Mais il valait mieux les dénommer d'après leur but commun, la nutrition : quelquesunes de ces fonctions n'existent point d'ailleurs chez tous les corps organisés, la digestion et la circulation , par exemple; nous les avons donc nommées nutritives, d'après l'objet principal auquel elles sont destinées. Le nom de fonctions animales ne convenait aucunement à celles du second ordre. D'abord , il n'est point rigoureusement prouvé qu'aux animaux seuls appartiennent les mouvements locomoteurs et les sensations; plusieurs sont inamoviblement fixés au lieu qui les vit naître ; bien des végétaux donnent des preuves non équivoques de sensibilité : il est des fonctions nutritives qui mériteraient le nom d'animales, à bien plus juste litre que les fonctions auxquelles on le donne; la digestion, par exemple, qui n'existe que chez les animaux, et, comme nous l'avons ,vu, fournil le caractère essentiel de l'animalité; enfin, les fonctions nerveuses, sensoriales, l'^nnervaïjon , existent-elles chez les animaux qui n'ont ni nerfs, ni cerveau, ni substance nerveuse distincte; les polypes, par exemple? Qu'est-ce donc que des fonctions animales? Les anciens , en rangeant la digestion dans ce nombre , étaient plus près de la vérité que les modernes. La dénomination de fonctions de relation caractérise parfaitement leur objet, et nous parait leur convenir exclusivement.

Ces fonctions, rapprochées par leur commune destination, mettent l'individu on rapport avec tout ce qui l'environne : les sensations, en l'avertissant de la présence des objets qui peuvent lui servir ou lui nuire; les mouvements, en le rapprochant ou l'éloignant de ces objets, suivant qu'il aperçoit en eux des rapports de convenance ou do

ÉLÉMENTS DE PIIYSIOLOtilE.

disconvenanco, suivant que, do son action sur , eux, ou de leur action sur lui , résullenl les sensations opposées du plaisir ou de la douleur ; enfla, la voix et la parole le font communiquer avec les êtres qui jouissent du mémo moyen de communication , sans qu'il ait besoin de se déplacer. Le cerveau est l'organe principal de ces fonctions, comme le système circulatoire est le centre des fonctions assimilatrices. C'est au cerveau que sont rapportées toutes les impressions que reçoivent les organes des sens; c'est de lui que partent les déterminations , d'où naissent les mouvements volontaires et la voix. C'est au système sanguin que sont rapportées les molécules qui doivent servir à la nutrition, et celles qui sont destinées à être rejelées hors du corps. Le système sensitif et le circulatoire sont aussi les seuls qui , pourvus d'un organe central (le cerveau et le cœur) , s'étendent à toutes les parties du corps, par des émanations qui partent ou aboutissent à cet organe (les nerfs , les artères et les veines) ; et de même qu'à la sensation sont immédiatement liés, et que d'elle dépendent , comme suite nécessaire , les mouvemenls et la voix, ainsi la respiration, les sécrétions et la nutrition ne sont en quelque manière que des conséquences de la circulation , qui distribue le sang à tous les organes, pour que ceux-ci lui impriment diverses altérations en lesquelles consistent les changements respiratoires, sécrétoires et nutritifs. Ce ne sont, pour le dire par anticipation, que divers genres de sécrétions exercées aux dépens de différents principes contenus dans le sang.

La circulation, qui lient dans une sorte de dépendance les fonctions nutritives, soumet le cerveau , organe principal des fonctions de relation, à une influence encore plus immédiate et plus indispensable. Les mouvements musculaires ne lui sont pas moins assujettis. Elle est la première fonction qui soit apparente dans l'embryon , dont elle opère le dé- Teloppement; de toutes les fonctions, dans les cas de mort naturelle , elle cesse la dernière. Voilà bien des raisons qui justifient Haller de l'avoir placée au premier rang , et d'avoir commencé par son histoire sa grande pliysiologie. Je n'entre dans cette digression que pour faire sentir tout le ridicule qu'entraîne après soi la prétention de certains auteurs qui , pour avoir varié l'ordre méthodique des fonctions^ interverti leur série , ou fait les transpositions les plus légères, en plaçant, par exemple, l'histoire des fonctions de l'odorat et du goût avant l'exposition des fonctions intérieures oa nutritives, croient avoir changé totalement la face de la science : pitoyables sophistes qui entassent des subtilités au défaut de faits et d'idées positives.

Dans les animaux à sang rouge et chaud , les fonctions nutritives, la digestion, l'absorption, la circulation , la respiration , les sécrétions et la nutrition , s'exécutent comme chez l'homme, et il y a entre eux, sous ce rapport, très-peu de différence ; bien plus, quelques unes de ces fonctions s'exercent dans des animaux avec plus d'énergie. C'est ainsi que plusieurs digèrent les substances réfractaires à l'action de nos organes; que d'autres (les oiseaux ) ont une circulation plus rapide, une respiration plus

étendue , une nutrition plus active, et développent plus de chaleur. Mais aucun d'eux n'est aussi bien partagé du côté des organes qui servent à établir les relations d'un être vivant avec ce qui l'entoure. Dans aucun animal , les sens ne réunissent le racme degré de perfection: l'aigle, dont la vue est si perçante , a le toucher , le goût et l'odorat obtus ; le chien , dont l'odorat est exquis, n'a qu'une portée do vue fort ordinaire ; chez lui le goùl et le toucher sont également imparfaits: ce dernier sens, pour la perlcction duquel aucun de ces animaux n'approche de l'homme , n'a point acquis chez lui cette délicatesse aux dépens des autres. La vue , l'ouïe, l'odorat et le goût , conservent une finesse trèsgrande , lorsque , par des impressions trop fréquentes ou mal dirigées, on n'en a pointaltéré la sensibilité. Le centre sensitif n'est, dans aucun, mieux développé et plus propre à diriger sûrement l'emploi des ôrganes moteurs; aucun ne peut articuler les sons de la voix de manière à créer la parole.

Cette plus grande extension de la vie , par le nombre et la perfection de ses organes dans l'homme ,, le rend sujet à bien plus de maladies que les autres animaux; il en est , à cet égard , de son corps comme de ces machines que l'on rend plus fragiles en multipliant leurs rouages , dans la vue d'obtenir des effets plus étendus ou plus, variés.

Tous les corps organisés ont les fonctions nutritives en partage ; mais l'assimilation exigeant des moj'ens plus ou moins nombreux et puissants , selon la nature de l'être qui l'exerce , la chaîne des phénomènes assimulateurs commence, dans le végétal , à l'absorption, puisqu'il puise immédiatement dans la terre les sucs qu'il doit s'approprier. Son système absorbant fait en même temps les fonctions d'organe circulatoire, ou plutôt la circulation n'existe pas dans les plantes , et l'on ne peut comparer le mouvement direct, progressif, de la sève qui monte de la racine vers les branches , et quelquefois rétrograde des branches vers les racines, à ce cours circulaire des fluides qui a lieu dans l'homme et dans les animaux qui lui ressemblent le plus , au moyen d'un système de vaisseaux qui lesramènentde momentenmomenldans les mêmes parties, et les promi^nenl dans tout le corps, en leur faisant parcourir un cercle entier , souvent même une double rotation (animaux à circulation simple ou double , c'esl-à-dire dont le cœur a un ou deux ventricules). Les végétaux respirent à leur manière, et allèrent l'atmosphère en lui enlevant le gaz acide carbonique , produit de la combustion et de la respiration des animaux, de manière que , par une réciprocité vraiment admirable, les végétaux qui décomposent l'acide carbonique, et laissent exhaler l'oxigène, épurent continuellement l'air que corrompent sans cesse la combustion et la respiration des animaux.

Les fonctions conservatrices de l'espèce sont communes aux animaux et aux végétaux. Les organes auxquels elles sont confiées , comparés dans les nombreux individus de ces deux règnes delà nature , présente une ressemblance qui a frappé tous les naturalistes, et leur a fait dire que, de tous les actes de la vie végétale , aucun n'était

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plus analogue à ceux de rccouomie humaine que celui par lequel la fécondation s'effectue. Cette analogie dans les moyens de reproduction accordés aux \tigctaux et aux animaux, existe dans la série nombreuse de ces deux classes d'êtres. En effet, bien que les -végétaux les plus composés jouissent de divers modes de reproduction, la multiplication par division appartient spécialement aux végétaux de la structure la plus simple, à ces plantes cryptogames, comme les nommait Linné, ce législateur de la botanique, plantes auxquelles notre célèbre contemporain, M. le professeur deCandolle, a eu l'heureuse idée d'imposer une dénomination Urée de leur texture, en les appelant cellulaires. On conçoit sans peine que les animaux elles végétaux, placés au degré le plus inférieur de leur échelle respective, offrant une structure analogue , se composant essentiellement d'un tissu aréolaire ou cellulaire dans lequel des vaisseaux ne se montrent point encore, doivent se ressembler sous le point de vue de la reproduction.

Lorsqu'on arrive à la classe si nombreuse des végétaux dicotylédones , la ressemblance est plus grande encore; elle serait complète, si plusieurs de ces plantes n'avaient, de plus que les animaux vertébrés , le pouvoir de se multiplier par bulbes, par bourgeons, par bouturés, tandis que la reproduction, dans les animaux d'un ordre élevé, ne s'effectue que par le moyen des embryons. Mais quelle frappante conformité entre la génération florale et celle des animaux les plus parfaits, entre le stigmate et la vulve , le pistil et le vagin, l'ovaire et l'utérus, les étamines et les testicules, les anthères et le pénis, le pollen et le sperme ! !Qui n'a réfléchi bien des fois sur celte odeur si caractérisée qui s'exhale d'un bois de châtaignier en fleurs, odeur fade, presque nauséabonde, commune au pollen ainsi qu'au sperme; odeur muqueuse, mais particulière , qui nous indique la présence du principe fécondant, principe inconnu dans son essence , sur lequel s'étend ce voile mystérieux , impénétrable , qui dérobe à nos yeux le mécanisme de la création.

Non-seulement cette singulière ressemblance entre les végétaux et les animaux d'un ordre élevé, existe sous le rapport de la disposition des organes génitaux et de la composition de la semence , mais s'étend même aux phénomènes de la reproduction. Dans les plantes comme dans les animaux, l'acte formateur s'accompagne d'une vive excitation, d'un accroissement marqué de vie, d'une élévation de température. Toute production nouvelle dans l'économie animale, suppose une excitation préliminaire, une irritation préexistante, et dans le plus grand nombre des cas , un véritable travail inflammatoire. Celte sorte de génération intestine s'accomplit donc sous des lois analogues à celles qui président à la multiplication des individus et des espèces. Mais je m'aperçois qu'entraîné par l'intérêt du sujet, j'anticipe sur les détails réservés au chapitre des fonctions reproductrices.

Nous n'exposerons pas ici les caractères généraux dés deux ordres de fonctions qui servent à la conservation de l'individu ; les différences qui les spécifient sont indiquées dans plusieurs endroits de cet

ouvrage (l)î Nous remarqnerons seulement, avec tous les autres qui les ont envisagées d'une manière générale, qu'elles sont dans un rapport toujours inverse; de manière que les fondions assimilalrices augmentant d'activité, l'énergie des fonctions extérieures diminue. Grimaud a donné les développements les plus étendus à cette idée d'une constante opposition entre ces deux séries d'actions auxquelles président, selon ce médecin, deux forces qu'il nomme locomotrice et digestive. Dans aucune espèce d'animaux elle n'est plus marquée que dans les carnivores, qui joignent à des sens pleins de finesse, à des muscles capables d'efforts prodigieux, une puissance assimilatrice si peu énergique, que leurs aliments, pour être convenablement digérés, doivent présenter une composition analogue à celle de leurs organes (2).

On ne doit pas attacher une trop grande importance à cette classification; comme toutes les divisions, elle est purement hypothétique. Tout se tient, tout est lié, tout est coordonné dans l'économie animale; les fonctions s'enchaînent mutuellement, se nécessitent l'une l'autre, s'exécutent simultanément; toutes ensemble représentent un cercle auquel il est impossible d'assigner, soit un commencement, soit une terminaison. In circu' lum abeunt (Hippocrate). Dans un homme qui veille, la digestion, l'absorption, la circulation, la respiration, les sécrétions, la nutrition, les sensations, les mouvements, la voix, et même la génération , peuvent s'exercera la fois; mais celui qui, pourconnaîtrele jeu de l'économie animale, donnerait son attention à cet exercice simultané, ne pourrait en prendre qu'une notion bien confuse (3).

(1) SiirtoiU dans le tableau des êtres vivants , § 5 des Prolégomènes , aux articles du Sdmineil Gl du Fœlus. On ne pourrait reproduire ici tous ces caractères sans tomber dans des répétitions aussi fastidieuses qu'inutiles.

(2) Dans les carnivores, la force digestive est extrêmement affaiblie ; mais les muscles sont très-puissants. Cette force relative des organes musculaires était bien nécessaire dans les carnivores, puisque ces animaux ne doivent subsister que de déprédation et de carnage ; que leur instinct, d'accord avec leur organisation, les met en guerre avec tout ce qui a vie, et qu'ils ne peuvent se soutenir qu'en sortant victorieux des combats auxquels la nature les appelle sans cesse, ( Grimaud , premier Mémoire sur la nutrition. )

(3) La division que j'établis ne doit point èlre prise à la rigueur, et comme étant d'une vérité absolue: c'est une simple hypolbèse, à laquelle il ne faut se prêter qu'en ce qu'elle va vous servir à distribuer vos idées avec plus d'ordre j car tout ordre, même arbitraire , est utile eu ce qu'il soumet à notre réflexion une grande quantité d'idées, et qu'en conséquence, il facilite la comparaison que nous devons en faire. Tous nos actes de la nalure sont si rapprochés , ils sont liés entre eux d'une manière si intime et si nécessaire , et la nature passe de l'un à l'autre par des mouvements si uniformes, par des gradations si insensibles et si ménagées, qu'il n'y a point d'espace pour placer les lignes de séparation et de démarcation qu'il nous plaît de tracer: toutes nos méthodes qui distribuent, qui classent les productions naturelles, ne sont que des abstractions de l'esprit , qui ne considère point les choses telles qu'elles sont réi-llenicnt, mais qui s'attache à certaines qualités , et néglige ou rejette toutes les autres. (Grimaud. Leçons du physiologie, ) A.

En so familiarisant avec ces abstraclions , on les prendrait bientôt pour des réalités , on irait jusqu'à "voir deux vies bien distinctes dans le mèineindividu; on assignerait comnae caractères à la vie inicrieure , de s'exécuter par des organes indépendants de l'empire delà volonté, quoique cette faculté de l'âme préside aux phénomènes de la respiration , de la mastication . de l'excrétion des urineset des matières fécales ; d'être conflée à des organes non symétriques , quoique le cœur , les poumons et les reins présentent une sjraélrie bien évidente; d'exister dans le fœtus, qui ne respire ni ne digère, etc. Rien , dans l'économie animale, disait Galien, n'est soumis à des lois invariables , et ne peut offrir les résultats rigoureux elcalculablesqu'ondoitaltendre d'une machine inanimée. {Nil est in corpore vivente plané sincerum. Gal.) Ainsi , la respiration qui lie ensemble les fonctions extérieures et les fonctions assimilatrices , fournit au sang le principe qui doit entretenir l'action du cerveau et provoquer les contractions musculaires. Les muscles et le cœur lui-même tiennent de la puissance nerveuse la faculté contractile. D'autre part, le mouvement des muscles sert à la distribution des humeurs, et concourt aux phénomènes nutritifs. Le cerveau , au moyen des nerfs de la huitième paire , tient l'estomac sous sa dépendance. Les sensations du goût €t de l'odorat paraissent présider spécialement au choix des aliments et de l'air , et appartenir plutôt aux fonctions digestiveet respiratoire , qu'à celles de l'entendement ou de la pensée, etc.

Nous avons vu, dans cette sorte d'introduction générale à l'étude de la physiologie , quelle idée l'on doit se former de cette science, ainsi que de la vie dont elle a l'étude pour objet, en combien de classes les êtres naturels se partagent, en quels éléments tous se résolvent , quelles différences existent entre les corps inorganiques et les êtres organisés et vivants, entre les végétaux et les animaux; comment la vie se modifie, se complique ets'étend dans la chaîne immense des êtres qui en sont pourvus, depuis la plante jusqu'à l'homme ; et particularisant davantage l'objet de nos considérations, nous avons étudié quels organes composent, par leur assemblage, la machine humaine; quelles propriétés président à l'exercice de leurs fonctions : puis, nous avons posé les lois fondamentales de la sensibilité et de la contractililé , parlé des sympathies et des habitudes , de l'appareil nerveux intérieur qui unit, rassemble et systématise les organes des fonctions nutritives ; cherché à déterminer par des faits l'existence de la cause qui soumet les corps vivants à un ordre de lois bien différentes de celles auxquelles obéit la matière inorganique. La connaissance de ces lois est le flambeau qui doit guider dans l'application des sciences accessoires à la physiologie. Enfin, nous avons établi une division des objets dont cette science traite, plus naturelle et plus simple que toutes celles que l'on a suivies jusqu'à ce jour.

Nous terminerons ces prolégomènes en disant deux mots sur l'ordre adopté dans la distribution des chapitres. Nous aurions pu commencer par l'ex-

position des fonctions de relation, comme parcelle des fonctions assimilatrices ou nutritives , par les sensations ou par la digestion. Cependant nous avons accordé la priorité aux fonctions nutritives, ])arccque, de toutes, elles sont les plus essentielles à l'existence, et que leur exercice n'est jamais interrompu depuis l'instant où l'embryon commence à vivre, jusqu'à celui de la mort. En faisant d'abord leur histoire, nous imitons donc la nature, qui fait jouir l'homme de ce mode d'existence avant de le mettre en rapport avec les objets du dehors , et ne l'en prive qu'après que les organes des sens, des mouvements et de la voix, ontcessé tout-à-faitd'agir.

Quant à la marche que nous avons suivie dans la disposition des fonctions appartenant au même ordre, ou concourant au même but, elle était trop bien tracée par leur nature pour que nous ayons pu nous en écarter. Nous avons cru devoir placer la voix immédiatement avant la génération, afin que cet arrangement indiquât, au premier coup d'œil, la liaison qui existe entre leurs phénomènes. Plusieurs animaux ne font entendre leur voix que pendant la saison des amours ; les oiseaux qui chantent en tout temps ont au moins, durant cette époque , la voix plus forte et plus sonore. Ses organes se développent tout-à-coup lorsque l'homme devient capable de se reproduire, commesi lanature eût voulu l'avertir que c'est surtout par leur moyen qu'il doit exprimer ses désirs à l'être sensible qui peut y répondre. La voix sert donc naturellement de passage entre les fonctions conservatrices de l'individu et celles qui sont employées à la conservation de l'espèce humaine.

La voix , qui conduit si naturellement des fonctions qui établissent les rapports extérieurs à celles dont le but est la conservation de l'espèce , est encore plus étroitement liée aux mouvements; elle est en quelque manière le complément des phénomènes locomoteurs; par elle sont rendues plus promptes, plus étendues et plus faciles, les communications avec les objets du dehors; dépendante de l'action des muscles, elle est le résultat d'un mouvement volontaire. Enfin , ces mouvements suppléent quelquefois à la parole : chez les pantomimes, par exemple, et dans le plus grand nombre des cas.le langage d'action concourtà en augmenter l'effet. Tout se réunit donc pour nous justifier d'avoir placé cette fonction à la suite des mouvements, en la séparant de la respiration , à laquelle tous les auteurs l'avaient jointe, sans faire attention que le rapport sur lequel ils s'appuient est presque entièrement anatomique, et ne peut servir de fondement en physiologie.

Nous avons placé à la suite delà génération une histoire abrégée de la vie et de la mort, dans laquelle se trouve tout ce qui n'appartenait à aucune des divisions précédentes. La nécessité de cet appendice , qui renferme l'histoire des âges , celle des tempéraments et des variétés de l'espèce humaine, celle de la mort et de la putréfaction , tient à l'impossibililé de rattacher à l'histoire particulière des fonctions cesphénomèues généraux auxquels toutes participent.

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