I. Chaleur des végétaux
C'est encore une question indécise de savoir si les plantes dégagent de la chaleur. Plusieurs physiciens , J. Hunter, Senebier, Schœpf , Salomé, Hermbstraedt , Schrank et autres , leur attribuent la propriété de se maintenir à une température qui leur est propre , et d'engendrer de la chaleur. D'autres , an contraire , Fontana , Nau, G.-R. Trcviranus , Schuebler et Halder (1), leur refusent cette faculté. Les premiers se fondent sur l'observation que les végétaux continuent à vivre sous l'influence de températures extérieures fort différentes. Les arbres et arbrisseaux des pays septentrionaux supportent souvent un froid de 30 degrés C. (2) sans geler , tandis que ceux des tropiques sont fréquemment exposés à une chaleur de 35 à 40 degrés C, sans pour cela qu'ils périssent. Ils disent, en outre , avoir remarqué que des therroo-i mètres plongés dans des trous pratiqués sur des arbres vivants , ne se rapportaient point avec ceux qui étaient exposés à l'air libre ou introduits dans des arbres morts , et qu'ils ne montaient ou baissaient point par les changements de la température extérieure. D'après les observations de Schœpf et de Salomé , la température des végétaux tient lo milieu entre le plus haut et le plus bas degré do l'air ambiant, de sorte que leur température est inférieure à celle du dehors en été, et supérieure , au contraire , en hiver. Birkander prétend aussi avoir trouvé, en Suède , les arbres plus chauds que l'air en hiver. Suivant les vues des physiciens qui viennent d'être cités, la continuation de la vie des plantes pendant le froid est le résultat d'un dégagement interne de chaleur, tandis que la faculté de produire du froid , quand la température extérieure est élevée, tient à l'évaporation. Ils ojou-
(1) Veberdic Tempm'citur der Vegoiabilien.Tuhlnçtwe,
(^2) Pour la commodité du lecteur , j'ai réduit tontes le» indications llicrmomélriqucs des auteurs en degrés centésimaux.
TRAITÉ DE PHYSIOLOGIE
tenl que la mort des végclaux a lieu seulement lorsque la température extérieure est excessive. Quelques physiologistes conjecturent que la chaleur se dégage lors de la conversion des humeurs en parties solides. Th. de Saussure regarde comme une hypothèse probable qu'il se produit do la chaleur, comme dans la respiration des animaux, lorsque , pendant la nuit , du gaz oxigène est absorbé par les parties vertes des végétaux et du gaz acide carbonique dégagé.
Contre ces assertions s'élèvent les expériences de Fontana , qui n'ont pas été faites, à la vérité, avec beaucoup de soin , et desquelles il résulte que les végétaux n'ont point de chaleur propre , que celle qu'on observe en eux leur est seulement communiquée du dehors. G.-R. Treviranus ayant soumis à l'examen les expériences faites par les physiciens désignés plus haut, a fait voir que la seule chose qu'on puisse en déduire, c'est que les planles sont peu conductrices de la chaleur. Celle circonstance , et l'union de ces corps, par le moyen de leurs racines , avec la terre , sur la température de laquelle les saisons n'influent déjà plus à une faible profondeur, sont, suivant lui, deux moyens à l'aide desquels les végétaux conservent une certaine température moyenne, et résistent aux extrêmes de la chaleur atmosphérique.Les expériences faites en dernier lieu par Schuebler et Halder semblent être favorables à cette théorie. Ces deux physiciens ayant percé des arbres vivants ordinaires et conifères jusqu'à l'axe du tronc , y plongèrent des thermomètres qui se correspondaient , et pratiquèrent la même opération sur des arbres morts. Les instruments furent placés du côté du nord , et garantis sur les côtés , de manière à ne pouvoir être frappés par le soleil. On les compara , en différents temps de l'année et du jour , avec ceux qui se trouvaient en plein air. Les résultats furent les suivants :
1 " Les arbres ont toujours une température supérieure à celle de l'air le matin , au lever du soleil , et quand le ciel est serein ; ils en ont une moindre, au contraire, à midi et le soir, pendant la plus grande chaleur du jour. Celte différence ne s'observe pas seulement en été , mais même au milieu de l'hiver.
2» La température de l'intérieur de arbres s'éloigne d'autant plus , le matin et à midi , de celle de l'air ambiant , que les arbres sont plus épais , et que le thermomètre est plongé davantage dans la portion inférieure du tronc, celle qui avoisine la terre.
3° La différence de température enlrel'air et les arbres est d'autant plus grande qu'il survient des changcraenis plus rapides et plus considérables dans la température de l'atmosphère. Aussi n'eslelle jamais plus prononcée que dans les jours sereins , où la différence journalière de la température s'élève souvent, dans nos climats, à douze ou dix-huit degrés , depuis le lever du soleil jusqu'à deux heures après minuit. Les extrêmes journaliers de la chaleur et du froid n'atteignent ordinairement point les arbres, parce que , ces corps étant peu conducteurs du calorique, la température do l'air extérieure peut se propager qu'avec lenteur dans
leurs parties internes , et qu'ordinairement celle de l'air libre ne s'arrête que peu de temps aux ex trêmes journaliers. Plus la température almosphi rique demeure long-temps uniforme, et plug celle K des arbres s'en rapproche. i à
4' Des arbres d'espèces différentes n'offrent i ff' pas , toutes choses égales d'ailleurs , de diffère, appréciable dans leur température.
S" La température des arbres peut s'abaisser considérablement sans que celte circonstance leur porte préjudice. Durant le froid très-prolongé de janvier 1826, où pendant trois semaines la lemp^. rature ne s'éleva jamais , même à midi , au-deg«oi de zéro , les thermomètres plongés dans les arbwi furent continuellement au-dessous du terme de U congélation. Ils descendirent même assez souvent de six à dix degrés au-dessous de zéro , sans que les arbres en souffrissent. Cependant plusieurs, telsqoe phormium tenax, vitex agnus castus, coriariantgr-i tifolia, etc. , périrent. L'intérieur des arbres ettl réellement gelé dans les grands froids.
6° En élé , la température des arbres monte assez souvent jusqu'à 18 et 20 degrés au-dessus de zéro , quoique avec plus de lenteur que cellede l'atmosphère. Ce phénomène est plus sensible aussi sur les petits arbres que sur les gros.
Le principal résultat qui découle de ces expérien-l ces est que les plantes conservent bien une certaine température moyenne , mais que celle-ci ne pcDt i ^ cependant point être regardée comme le résuluti p^: d'une chaleur développée dans leur intérieur , et( ■ ['H qu'elle s'explique parfaitement par la faiblesse dot 4 pouvoir conducteur delà Gbre végétale et du bois, t it en vertu de laquelle la température des couc!r> r I ambiantes d'air ne peut pénétrer que lenleiucot i -j dans l'intérieur des végétaux. 1 iDDirij
Les plantes paraissent donc ne point étredoDéef HtlV je' delà faculté d'engendrer de la chaleur, ou celte faculté ne leur est départie qu'à un degré très-faible. Cependant du calorique se dégage pendant II germination , ainsi que Thomson (1) l'a observé sur l'orge. 11 y a , en outre, des circonstances dam lesquelles les végétaux montrent un hau^,degré de chaleur. Lamarck a observé le premier que , dani les fleurs épanouies de l'arum tfaMcMm, il sedfr gage de la chaleur , qui n'est pas sensible unique ment au thermomètre, mais même au sens du toU' cher. Senebier a fait la même observation si pied de veau commun ; il a trouvé que c'est cipalement quand les spathes de celle plante sortent de leurs gaines , qu'elles dégagent delachi leur. Le thermomètre s'éleva, dans les fleurs, d ea -viron8,70 degrés au-dessus du point où il nait dans l'air ambiant. Ce fait a été remarqii Hubert , au dire de Bory de Sainl-Vincent, sur^ rwm cordifolium , à l'Ile-de-France : lesflei quéraientune telle chaleur au lever du soleil, le thermomètre moulait de 23,33 à 56,67 d*l Les fleurs mâles donnaient moins de chalcorflO' les femelles. Bory de Saint-Yincent a rem*
(1) Sysfrme do chimie^ éd. 8, t. lY, p. 344. " Torge réduit en malt, cl qu'on n'avait point retourné, !»» 8cr en une nuit des radicules longues de ce qui fil monter la température jusqu'à 38 degrés.
,if!
GÉNÉRALE ET COSIFARÉE.
lement la productioD de chaleur , mais à un iudre degré, dans les fleurs dupandanus utilis,
de Saussure a fait depuis peu des expériences
l'arum maculatum (1). Il couvrit une spalhe celle plante d'une cloche en verre, dont la face ;rne ne tarda pas à être tellement chargée de ée qu'on n'apercevait plus la fleur. Au bout de gt-quatre heures , l'air contenu dans la cloche vait pas diminué en quantité; mais un cinquième son oxigène avait disparu , et était remplacé
du gaz acide carbonique. En renfermant isolent les diverses parties de la fleur d'un pied de u, Saussure reconnut que c'étaient les organes ilaux qui consommaient la plus grande propor- 1 d'oxigène. Il observa aussi un dégagement chaleur dans les fleurs des cucurbita melo et 0, du bignonia radicans et de la tubéreuse. Il ise que ce dégagement est le résultat d'une ûbinaison rapide de l'oxigène avec le carbone
végétaux. Assurément la formation abondante gaz acide carbonique paraît se rattacher à la lie température des fleurs; mais il reste encore
recherches à faire pour découvrir si la preîre est la cause de la seconde, ou si toutes deux sont pas les résultats d'une même force organi- ; , les effets simultanés d'une opération organicomme la chose paraît probable. Les obserions qui viennent d'être rapportées prouvent noins qu'on ne peut refuser entièrement aux véaux la faculté d'engendrer de la chaleur. Elles il appuyées encore par celles que J. Murray a es depuis peu sur la chaleur des fleurs diversent colorées. A une température atmosphérique 26,11 degrés, les fleurs d'un lis blanc marquè- ;t la même chaleur ; à celle de 25 degrés , celles n tradescantia bien indiquèrent 26,11 degrés; à le de 24,44 degrés, les fleurs jaunes d'un cistus
marquèrent 26,1 1 ; enfin à celle de 27,22 deis, les fleurs écarlates d'un géranium firent mon-
le thermomèlre à 30,56.