CHAPITRE H
DE L'ABSOIIPTION.
XXXn. II. ne suffit pas que les matières alimentaires soient altérées par les organes digestifs et transformées en un fluide particulier, le chyle; il ne suffit pas non plus que les boissons soient ingérées à l'intérieur de ces mêmes organes digestifs : il faut encore, pour que la nutrition s'opère, que ces fluides soient pris à la surface des intestins, transportés plus profondément, etse mélangent avec un liquide, le sang, qui, pénétrant toutes les parties du corps, apporte partout les matériaux propres à la nutrition. Ces actes qui suivent immédiatement la digestion font partie de la fonction d'absorption.
PUYSIOLOGIE.
Dans l'h'rslolro des pliénomènes de la vie, l'exposition des fonctions du système absorbant doit? immédiatement suivre celle des fonctions de l'ap-j pareil digestif. Les vaisseaux qui pompent le chyle séparé des aliments par l'action des organes de la digestion, forment une partie considérable du sys-f tème absorbant, ressemblent parfaitement aux autres lymphatiques, et n'en dilTèrent que par leur origine. Mors le temps de la digestion, ces vaisseaux charrient une véritable lymphe, absorbée dans le tube intestinal, dont l'intérieur, quoique vide, est toujours mouillé par uuc sérosité muqueuse abondante.
Il existe dans toutes les parties du corps humain dans la profondeur comme à la surface de nog organes, des vaisseaux chargés du double emploi d'absorber et de porter dans la masse du sang les substances à l'aide desquelles notre machine s'entretient et se répare , et les débris qui résultent de la continuelle destruction de nos parties ; car on ne doit point oublier que la matière organisée et vivante , intérieurement agitée par un double mouvement, se compose et se décompose sans cesse.
XXXIII. Histoire de l'absorption. Cette fonction a été connue dès la plus haute antiquité. Ilippocrate avait déjà noté que les parties molles attiraient da dehors comme du dedans. Les Arabes connaissaient bien la propriété absorbante de certaines parties da corps, car ils appliquaient à la surface de la peau des médicaments qu'ils voulaient faire pénétrer à l'intérieur ; les anciens ont même indiqué les organes qu'ils considéraient comme les agents de l'ab^ sorption : ainsi Hippocrate dit positivement que des vaisseaux de l'estomac , qu'il nomme veines , attirent et prennent les parties fluides des aliments et des boissons.
Quand Praxagoras eut découvert les artères , il pensa que ces vaisseaux , qu'il avait trouvés vides de sang, étaient destinés à absorber de l'air. Galien , qui reconnut que les artères renfermaient du sang, crut encore que celles du poumon absorbaient de l'air.
Cependant, déjà quelque temps avant Galien , on soupçonna les agents véritables de l'absorption dans l'intestin. Ainsi cet auteur raconte , d'après Erasis- Irate, que sur un jeune cheval tué après avoir teté sa mère, on trouva les vaisseaux qui partent des intestins , et qu'il désigna alors du nom d'artères , pleins d'un fluide blanc qu'on prit pour du lait. Hérophyle nota également des veines particulières qui étaient destinées à absorber, et qui se rendaient à des organes glanduleux placés dans le mésentère , bien différentes, disait-il, d'autres veines qui se rendent au foie, dans le système de la veine-porte. Mais ces notions ne furent point fécondées, et même elles furent entièrement oubliées pendant les longs siècles de barbarie.
En 1563, Eustache fit la première découverte d'une portion du système lymphatique ; découverte qui, bien qu'alors sans résultat, ne devait plus tomber dans l'oubli , mais était destinée à opérer une révolution complète dans l'histoire de l'absorption. Ce fut le canal thorachique lui-même qu'il rencontra, et qu'il fit connaître, en disant qu'il naissait de la veine sous-clavièrc gauche , et
DE l'aBSORPTIOW.
descendait danslapoilrine : il le nomma veine blanche du thorax , et crut qu'il était destiné à nourrir lapoitrinc.
Eu 1622, Asclli, étudiant les mouvements du diaphragme sur un chien, aperçut les vaisseaux chylifères , qu'il prit d'abord pour des nerfs ; mais en ayant piqué uu, il en vit sortir un Quide blanc, •et, charmé de l'événomenl , il s'écria qu'il venait de faire une découverte sur un nouvel ordre de vaisseaux. Il pensa que ces vaisseaux prenaient l'aliment etqu'ilsle portaient au foie. Pour appuyer sa découverte sur un assez grand nombre de faits , Aselli examina successivement, et pour ainsi dire chaque semaine, des chevaux, des agneaux , des chiens , etc., dont il ouvrait le ventre , après leur avoir fait prendre des alimcnls ; mais il ne put jaimais découvrir des vaisseaux semblables dans le I mésentère de l'homme. Il soupçonna judicieuseiment que cette absence de vaisseaux était due à ce que ceux-ci avaient cessé d'être visibles sur le ca- .davre d'individus soumis plusieurs jours avant leur imort à une abstinence sévère.
Ce lut en 1649 que les découvertes d'Eustache et d' Aselli furent fécondées. Veslingius démontra que . ces deux ordres de vaisseaux appartenaient au même ■système , en suivant le trajet des vaisseaux lympha-
■ tiques d'Aselli jusque dans le canal thorachique d'Eustache.
A cette époque, Harvey , parvenu au faîte de la gloire par suite de sa découverte de la circulation sanguine, entraîné par un motif difficile à connaître, peut-être craignant que la découverte de nouveaux vaisseaux ne vînt attaquer ou renverser sa théorie de la circulation , Harvey combattit avec acharne-
rment, et l'on pourrait presque dire mauvaise foi, l'existence deces nouveaux vaisseaux. Mais, malgré l'autorité d'un homme qui jouissait alors de la plus
! grande célébrité, les défenseurs des vaisseaux lymphatiques poursuivirent leurs travaux , qu'ils enri-
■ chirent de nouvelles découvertes. Ainsi Rudbeck ! découvrit dans d'autres parties du corps des lymphatiques , qu'il nomma vaisseaux séreux. A peu près à la même époque, Berlholin en découvrit
i de la même nature , qu'il nomma lymphatiques. I Jollyf, en Angleterre, fit des découvertes analogues.
* Alors la connaissance des vaisseaux lymphatiques
• se trouva répandue dans les différents points de l'Europe. Tout était préparé dans le monde savant pouranwncruneréYolulion complète dans l'histoire de l'absorption : il ne s'agissait plus en effet que de coordonner toutes les notions éparses sur les lym-
f phatiques des diverses parties du corps, qu'à dé- ' montrer que ces vaisseaux formaient un seul tout, un seul système chargé de l'accomplissement d'une seule fonction , partout la même , celle de l'absorption. C'est ce que fit Guillaume Hunter ; et sa théorie de l'absorption fut développée et perfectionnée par ses disciples Hewson, Jean Hunter, Cruikshank. Ces physiologistes ont recherché l'existence des lymphatiques, non-seulement sur les mammifères, mais encore sur les oiseaux , les reptiles , les pois- ^ sons , et avec succès. Cependant , si on excepte une observation de Viviaui, qui dit avoir vu, outre une veine et une artère intestinales , un troisième vaisseau renfermant une substance fluide jaunâtre
sur un mollusque, il n'a pas encore été possible de retrouver des vaisseaux lymphatiques dans loe animaux invertébrés.
Los travaux de Hunter, de Mascagni,etc., eurent pour but de rapporter exclusivement aux lymphatiques toutes les absorptions, et ils entraînèrent tout le monde dans leur opinion ; en sorte qu'à la fin du siècle dernier et au commencement de celuici , il n'y avait plus personne qui pensât que les veines pouvaient être des agents d'absorption. Mais depuis quelques années plusieurs physiologistes , principalement en France, revinrent à l'opinion la plus ancienne, et pensèrent que le plus grand nombre des absorptions se fait par les veines. Enfin, plus récemment encore , on a tenté de substituer aux anciennes théories celle de l'endosmose et de l'exosmose, que j'examinerai bientôt, et dans laquelle on dépouille les lymphatiques et les veines de la faculté d'absorber, pour ranger ce phénomène de l'absorption parmi ceux d'une simple imbibition ou transsudation au travers des tissus mous et poreux des membranes.
XXXIV. Ici je termine l'histoire de l'absorption. Jetons maintenant un coup d'oeil rapide sur l'anatomie des vaisseaux et ganglions lymphatiques.
Après avoir pris naissance à la surface et dans la profondeur de nos parties par des radicules trèsrapprochées , les lymphatiques rampent et se replient sur eux-mêmes , en décrivant mille contours, se joignent, puis se séparent pour se réunir de nouveau , et former , par ces anastomoses multipliées , un réseau à mailles très-serrées , qui forme avec celui des vaisseaux sanguins la trame du tissu cellulaire et des membranes.
Chaque lame du tissu cellulaire n'est autre chose , selon Mascagni, qu'un lacis de vaisseaux lymphatiques ; la trame des tissus membraneux diaphanes, comme la plèvre, le péritoine, ressemble à celle des lames du tissu cellulaire; enfin les mêmes vaisseaux forment la base des membranes muqueuses qui tapissent l'intérieur des voies alimentaires aériennes et urinaires. L'anatomiste italien a bien pu remplir de mercure tous les tissus, qu'il regarde comme lymphatiques ; mais Ruisch, dans ses admirables injections , réduisait également les membranes et les lames du tissu graisseux en un réseau purement artériel , dont les mailles très-serrées laissaient à peine des vides apercevables avec le secours du microscope , et il tirait de cette préparation celte conséquence, que les capillaires artériels, singulièrement divisés , repliés, contournés sur eux-mêmes, forment la base des lames celluleuses et des tissus membraneux. Ces résultats , si contradictoires en apparence, prouvent que les vaisseaux lymphatiques et les capillaires artériels entrent dans la structure des lames celluleuses et des tissus membraneux. Il suffit, pour se convaincre que les plèvres, le péritoine, etc., ne sont formés exclusivement, ni par les premiers, comme Mascagni l'affirme , ni par les seconds , comme Ruisch le conjecture , de faire attention qu'il y a à la fois exhalation artérielle et absorption lymphatique dans toute l'étendue des surfaces intérieures, et que ces deux fonctions supposent dans les
ÉLÉMESTS DE PHYSIOLOGIE.
membranes et dans les lames du tissu cellulaire l'exislence des uns et des autres. Les préveulions de ces deux anatoinistcs si colobres , l'un par ses travaux sur le système Ijmplialique, l'autre par ses injections merveilleuses des plus petits réseaux artériels , viennent non-seulement de l'importance que nous aimons à accorder aux choses dont nous nous sommes plus particulièrement occupés, mais encore de la distension des plus petits vaisseaux par les liqueurs dont l'injection remplit leur cavité: dilatés outre mesure, ils compriment les parties qui se trouvent dans leurs intervalles , et les l'ont disparaître sous cette compression.
Sortis des réseaux cellulaires, les vaisseaux lymphatiques se réunissent en troncs assez gros pour qu'on les distingue des lames de ce tissu. Ces troncs se dirigent vers certaines parties de nos membres : là, ils se réunissent à d'autres, ou s'avancent parallèles, et communiquent fréquemment ensemble. Les vaisseaux lymphatiques ne marchent pas isolés, comme les artères et les veines ; rassemblés ils forment des faisceaux plus ou moins considérables, dont les uns, situés profondément, accompagnent les vaisseaux sanguins dans toutes leurs distributions, tandis que les autres, plus superficiels, correspondent aux veines sous-cutanées des membres, placés comme elles entre la peau et les aponévroses, et se trouvant en plus grand nombre au côté interne, endroit où ils sont mieux à l'abri des lésions extérieures. Les lymphatiques des parois des grandes cavités, ceux des viscères qu'elles renfermçnt , forment également deux couches, l'une superficielle, et l'autre profonde.
Leur direction singulièrement flexueuse, leurs communications très-multipliées, et surtout leur grosseur inégale dans les divers points de leur étendue, les distinguent encore des vaisseaux sanguins. Souvent un lymphatique très-étroit se dilate au point d'égaler le canal ihorachique en grosseur, puis se rétrécit, pour grossir de nouveau, sans que, dans le trajet qui présente ces dilatations et ces rétrécissements successifs, il reçoive aucun rameau. Lorsque tousles réseaux lymphatiques sont remplis de mercure, on voit alors que nos organes en sont recouverts, et le corps entier paraît enveloppé par un filet à mailles étroites et rapprochées. Le transport des humeurs d'une partie dans une autre trèséloignée paraît très-facile à expliquer à celui qui a vu ces nombreuses anastomoses rendues sensibles par les injections. L'existence des valvules dans les vaisseaux de la lymphe détermine son cours d'une manière en quelque sorte nécessaire, et rend impossible le transport des humeurs dans un autre sens ; de manière que, dans l'état actuel de la science, on doit absolument rejeter les conjectures de nos prédécesseurs sur la possibilité du transport de l'urine vers la vessie , ou du lait vers les mamelles, au moyen des vaisseaux lymphatiques.
Les fluides absorbés par ces vaisseaux ne peuvent entrer dans le torrent de la circulation sans avoir préliminairement traversé des corps glanduleux , placés sur la route des vaisseaux lymphatiques, répandus, comme eux, dans toutesles parties, rarement solitaires, mais groupés par paquets dans k'9 creux du jarret et de l'aisselle, aux plis de l'aine
et du coude, le long des vaisseaux iliaques , de l'ar-ji^ tèi o aorte et des vaisseaux jugulaires , autour de l4 base de la mâchoire et de l'occiput, derrière li)( sternum, le long des vaisseaux mammaires inter-tl nés ; enfin, dans l'épaisseur du mésentère, où leui^j nombre et leur grosseur sont proportionnés à la^ quantité des absorbants qui les traversent, Ce^ glandes (1) rougeâlres , plus ou moins volurai-. ncuses, ovoïdes et globuleuses, présentent deu<: extrémités, dont l'une est tournée vers la parti^i d'où viennent les vaisseaux lymphatiques qui g'^ insèrent en plus ou moins grand nombre, et porlenJ alors le nom d'afférents, tandis que de l'autre exx Irémité dirigée vers le canal thorachique sorten(| des vaisseaux plus gros, mais moins nombreux,! nommés e/yérenî* d'après leur usage.
Arrivés dans les glandes, les lymphatiques st divisent, se réunissent et communiquent ensemble en outre, ils se replient sur eux-mêmes, et formeui ainsi le tissu des glandes conglobées, qui ne son» autre chose que des pelotons de vaisseaux entortilléi et réunis par un tissu cellulaire, dans lequel s^j distribuent des vaisseaux sanguins , qui donnent aii^ corps glanduleux sa couleur rougeâlre. Les paroii des vaisseaux lymphatiques sont plus minces danii le tissu des glandes que partout ailleurs ; leurs dilftt tations , leurs divisions, leurs anastomoses y son plus fréquentes. Tous les vaisseaux lymphatique! qui se dirigent vers une glande ne pénètrent pas^ dans sa propre substance ; plusieurs passent sur ses côtés, l'embrassent, en formant autour d'elle unai sorte de plexus, dont les branches se portent veraj d'autres glandes plus voisines du canal thorachique. Les glandes lymphatiques forment une partie si essentielle du système absorbant, elles imprimenll à la lymphe des changements si nécessaires qu'au-^ cun des vaisseaux lymphatiques ne manque de lesi traverser avant de se rendre à ce canal. Souvent Iw luème vaisseau passe à travers plusieurs glandeif avant de s'ouvrir dans ce centre commun du sys^j tème lymphatique : c'est ainsi que ceux qui absor<i bent le chyle dans le tube intestinal traversent plusieurs fois les glandes du mésentère. Les lymphatiques du foie, très-voisins du réservoir d4j Pecquet , ont paru à quelques analomistes se sous traire à la loi générale ; mais il existe constammen sur leur trajet quelques glandes que ces vaisseau3i traversent. Néanmoins , comme elles sont en trèspetit nombre, la lymphe, rapportée de l'organe hépatique, n'est qu'une fois soumise à l'aclioC' glandulaire.
XXXV. Les parois des vaisseaux lymphatique^ sont formées de deux tuniques, toutes deux mincesi transparentes, et cependant très-fortes, puisqu'elle: supportent, sans se rompre, le poids d'une colonn<
(I) C'est pour nous conformer au langage reçu qii nous donnons le nom de glandes à ces pelotons de vais seaux lymphatiques , tout-à-fait différents des Téritablo glandes conglomérées ou sécrétoires. 11 vaudrait mie« peut-être les désigner par celui de ganglions, que Icti a imposé notre savant et respectable collègue, M. I professeur Cbaussier, quoique cette nouvelle dénomination offre l'inconvénient de rappeler à la pensée les ganglion nerveux, dont la structure n'estpoinl semblable à crl} dfs ganglions lymphatiques.
DE l'absorption.
de mercure qui déchirerait les tuniques des artères d'un égal calibre. La plus interne de ces tuni(|iies, qui estaussi celle qui a le moins d'épaisseur, donne naissance à des replis valvulaires, disposés par paieras, comme les valvules des veines sanguines, et propres , comme ces dernières, à empêcher la rétrogradation de la lymphe vers les lieux où elle a été absorbée. Tous les vaisseaux lymphatiques, sauf ceux de la moitié droite de la tète et du cou , du membre supérieur droit et de la moitié droite des parois de la poitrine, viennent aboutir à un conduit unique que l'on nomme le canal thorachique.
Ce canal naît à la partie supérieure de l'abdomen, de la réunion des vaisseaux chyleux avec les lymphatiques qui viennent des parties inférieures. A l'endroit où toutes ces racines se rassemblent , il offre une dilatation, sorte d'ampoule que l'on nomme citerne lombaire , réservoir du chyle , ou de Pecquet, qui n'existe pas constamment, et dont lagros- . seur est très-variable. Le canal thorachique entre dans la poitrine, en passant à travers l'ouverture aorlique du diaphragme , puis monte le long de la colonne dorsale, placé au côté droit de l'aorte, dans Tépaisseur du médiastin postérieur. Arrivé vers . le sommet du thorax , à la hauteur de la septième '■vertèbre du cou, il se recourbe de droite à gauche , passe derrière l'œsophage et la trachée-artère, pour aller s'ouvrir dans la veine sous-clavière du côté gauche, à la partie postérieure de l'insertion de la jugulaire interne dans cette veine. En montant ainsi le long de la colonne dorsale, le canal reçoit les lymphatiques des parois de la poitrine ; ceux des poumons viennent s'y rendre, lorsqu'il passe derrière la racine de ces organes; enfln il se réunit à ceux qui viennent du côté gauche de latète et du cou, ainsi que de l'extrémité supérieure gauche, au moment où il va s'ouvrir dans la veine ■ sous-clavière. Quelquefois son insertion se fait à la I jugulaire, du mêmecôté. Les lymphatiques du côté droit de la poitrine, du cou, de la léte et de l'extré- [ mité supérieure droite, se réunissent pour former i'un second canal, qui s'ouvre séparément dans la veine sous-clavière droite(l). Quelle que soit la veine dans laquelle s'ouvre le canal, sa structure est la t même que celle des vaisseaux lymphatiques , et son I intérieur est garni de replis valvulaires. Sa grosseur n'augmente pas d'une manière progressive , à mesure qu'il s'approche de sa terminaison ; il offre , ! au contraire , d'espace en espace , des dilatations plus ou moins considérables , séparées par des rétrécissements proportionnés : quelquefois il se divise en deux ou plusieurs vaisseaux qui s'anastomosent, et forment des plexus lymphatiques. Je l'ai vu se partager en deux troncs à peu près égaux, i qui allaient s'ouvrir séparément dans les veines
(1) Dan, certains cas assez rares, on voit quelques • Taisseaux lymptaliques des autres parties du corps s'ou- ' Tnr dans les veines voisines. C'est ce qui explique la ? présence du chyle, que l'on dit avoir trouvé dans les ■■ veines mésaraïques , où il avait été versé par quelque vais- ' neau lacté. Mascagni connaissait cette circonstance anatomiquc. Le système lymphatique est, au reste, de tous ceni qui entrent flans l'organisation humaine , celui qui présente le plu» de variétés.
sous-clavières de chaque côlé. Enfin, le canal s'anastomose quelquefois avec les vaisseaux lymphatiques du côté droit, par une branche si considérable, qu'on s'explique aisément comment , dans un cas d'oblitération du tronc principal , le cours de la lymphe a pu continuer à la faveur de ces communications. Après avoir lié le canal thorachique sur un cheval , on a vu le chyle et la lymphe se porter, par un faisceau considérable, dans la veine lymphatique du côté droit. Ces communications sont constantes, et sont, pour les principaux troncs lymphatiques , ce qu'est la veine azygos pour les gros troncs veineux, entre lesquels elle établit une utile anastomose.
L'orifice par lequel le canal thorachique s'onvre dans la veine sous-clavière est garni d une valvule , plus propre à s'opposer au passage du sang dans le système lymphatique, qu'à modérer l'entrée trop rapide de la lymphe dans le torrent circulatoire.
Quelques pathologistes pensent que la compression du canal thorachique dans les anévrismes du cœur et de l'aorte donne naissance à diverses espèces d'hydropisies , affection qui dépend toujours de ce que l'équilibre naturel est rompu entre l'exhalation et l'inhalation , soit que les vaisseaux exhalants éprouvent un surcroît d'activité , soit que les lymphatiques se refusent à l'absorption d'une lymphe à laquelle les glandes obstruées ou le canal comprimé ne peuvent point livrer passage.
XXXVI. Avant de décrire les phénomènes généraux de l'absorption, il convient d'étudier séparément les différentes absorptions qui s'opèrent dans le corps humain. Leur nombre est assez considérable : on peut les rapporter à deux classes principales. La première renferme les absorptions normales, celles qui s'exercent tantôt sur des substances venant du dehors : telle est l'absorption cutanée , celle du chyle , etc.; d'autres fois , sur des liqueurs produites parla Iranssudation artérielle ; celles-ci sont tantôt renfermées dans des cavités closes de toutes parts : telles sont la sérosité qui mouille la surface des membranes séreuses, la graisse, la inoelle des os , etc.; et cette absorption est presque toujours proportionnée à la transsudation, de manière que la sérosité, absorbée à mesure qu'elle est déposée à la surface des membranes dont elle entretient la contiguïté, ne s'accumule jamais en écartant ces membranes , hors les cas d'hydropisie ; tantôt elles sont versées dans des cavités ouvertes à la surface du corps, de telle sorte qu'une partie seulement est résorbée, tandis que l'autre estrejetée au-dehors, telle que l'urine,la bile, etc.; enfin, il est une espèce d'absorption qui agit sur les parties solides du corps, et que l'on peut nommer nutritive ou moléculaire, parce qu'elle s'exerce sur les molécules qui, dans le travail de la nutrition , abandonnent les organes , et cèdent leur place à celles qui viennent les remplacer. C'est cette absorption qui préside à la décomposition des organes , à laquelle Jean Hunter donnait le nom d'absorption interstitielle.
La seconde classe renferme les absorptions anormales.
XXXVn. L'absorption intestinale , faisant suite à la digestion, doit être placée ici la première.
ÉLÉMENTS DE MlYSIOtOKlE.
Celle absorption s'exerce sur le chyle et sur les boissons.
1° Absorption du chyle. Le chyle esl absorbé en i^rande quantité à partir du milieu du duodénum jusque vers la fin du jéjunum ; l'absorption va ensuite en diminuant d'activité jusqu'à la fm de l'intestin grêle. L'absorption du chyle peut-elle s'exercer sur d'autres points du tube digestif? Biumi prétend avoir vu les lymphatiques de l'estomac pleins de chyle; Ilaller penche également pour l'opinion delà possibilité de l'absorption dans l'estomac. Cependant Cruikshank n'a jamais pu découvrir de chylifèrcs remplis de chyle et partant de l'estomac. D'une autre part, MM. Leuret et Lassaigne prétendent avoir vu au microscope du chyle déjà tout formé dans ce viscère. La question est donc encore indécise , et l'on peut dire que s'il y a absorption du chyle dans l'estomac, cette absorption y est bien faible.
Quant au gros intestin , la chose est bien jugée, et plusieurs anatomistes, Wlnslow entre autres, ont montré les lymphatiques nés du gros intestin pleins de chyle ; et dans un cas où Méry doutait do la nature des filaments blancs queWinslowlui montrait se détacher du gros intestin , il fut convaincu , par une piqûre faite à un de ces filaments , et par la sortie du chyle , que c'étaient des vaisseaux lymphatiques.
Quels sont les agents de l'absorption du chyle? Il esl incontestable que ce sont les vaisseaux lymphatiques. Il suffit , pour s'en convaincre , d'examiner le mésentère d'un animal lué peu de temps après son repas , d'un supplicié qui esl dans les mêmes circonstances. Mais les veines partagentelles celte propriété d'absorption ? Voici ce qu'on a dit en faveur de cette opinion : Swammerdam prétend avoir vu des points blancs et des lignes chyleuses dans le sang des veines mésaraïques ; Meckel, Tiedemann elGmelin, disent avoir failles mêmes observations; mais celles-ci sont peu nombreuses, n'ont pu être répétées, et même M. Dumas a remarqué que le chyle mêlé au sang noir se confondait tellement avec lui , qu'il était impossible de le reconnaître après le mélange.
On a fait valoir d'autres raisonnements. Ainsi on a dit que chez les vieillards les ganglions lymphatiques s'atrophiaient, et que cependant l'absorption continuait ; que , dans la maladie connue sous le nom de carreau , l'altération des ganglions n'empêchait pas la nutrition. Mais que prouve l'atrophie (les ganglions par les progrès de l'âge ? Haller et autres u'ont-iis pas vu du chyle dans le canal thorachique des vieillards ? Et quant au carreau, on peut toujours faire passer au travers des ganglions malades les fluides injectes dans les lymphatiques.
Une objection plus forte se présente : le canal thorachique peut cesser de conduire le chyle sans que la nutrition en soit altérée : ainsi Bartholin dit que le canal thorachique fui blessé, et qu'il en résulta une maladie longue, longa fuit tabès. La mort n'aurait-elle pas dû venir plus promplemenl , s'il n'y eût eu d'autres voies pour le chyle?
Lower a découvert le canal thorachique, l'a ouvert, cl à laissé la plaie béante pendant trois
jours, temps au bout duquel l'animal a paru mourir d'inanition; mais les partisans de l'absorption du chyle par d'autres vaisseaux que les lymphatiques, peuvent répondre que l'animal a succombé autant à la douleur et à l'inflammalion d'une surface traumatique considérable , qu'à l'interruption du cours du cbyle. Enfin, le canal thorachique a été trouvé oblitéré par Cheslon de Glocesler , par Meckel , et la nutrition ne paraissait nullement en avoir souffert. Mais Cruikshank a réfuté ces dernières objections, eu disant que, dans ces cas, le canal thorachique était double; et cette idée a été pour ainsi dire mise eu évidence par les expériences de M. Dupuytren. Ces expériences ont eu pour résultat que certains chevaux mouraientdans un délai assez court après la ligature du canal thorachique; que d'autres, au contraire, se rétablissaient parfaitement. Ces divers chevaux ayant été tues , et les canaux Ihorachiques injectés au-dessous du lieu où la ligature avait été faite , M. Dupuytren , aidé de M< Huilier , s'est assuré que chez tous ceux qui avaient succombé, l'injection ne pouvait arriver dans la sous-clavière ; que chez les autres , au contraire, le passage était facile , grâce à la duplicité du canal thorachique. Mais avant ces expériences , Flandrin en avait tenlé d'autres, à la suite desquelles il avait constaté que la ligature n'avait point été mortelle, quoique le canal fût unique;.el depuis , MM. Leuret et Lassaigne ont lué un chien : quarante jours après la ligature du canal , l'animal était parfaitement guéri, très-gras, et pourtant il n'y avait pas de double canal , et les veines mésaraïques parurent plus grosses que de coutume.
Il résulte des faits que je viens d'énumérer , que si beaucoup d'animaux survivent à la ligature du canal thorachique , parce que ce canal esl double, il n'en est pas moins vrai que, dans quelques cas bien constatés, l'oblitération complète d'un canal unique n'a pas causé la mort de l'animal , et même n'a pas nui sensiblement à sa nutrition. Peut-on en conclurequeles lymphatiques ne sont pas lesagents uniques de l'absorption du chyle? Quoiqu'au premier abord la conclusion paraisse forcée , en y réfléchissant , on s'aperçoit que ces faits pourraient , à la rigueur , s'expliquer sans rechercher d'autres agents de l'absorption que les lymphatiques.
El d'abord , les lymphatiques n'ont-ils qu'une seule embouchure par le canal thorachique simpla ou double dans les veines? Ne communiquent-ils pas avec celles-ci par plusieurs points de leur trajet, et même dès leur origine î M. Lippi a récemment reproduit cette opinion qu'une foule d'auteurs, fidèlement énumérés par Haller , avaient déjà professée. Mais c'est en vain que les partisans de l'absorption exclusive du chyle parles lymphatiques s'étayenl des travaux des anatomistes cités par Haller, et de ceux de M. Lippi;car ils n'onlpu parvenir à injecter autre chose que des vaisseaux partant d'un ganglion lymphatique , et se rendant à une veine. Or, il a toujours été permis de croire, et avec raison, que ces vaisseaux injectés n'étaient autre chose que la veine du ganglion elle-même se rendant à un tronc plus volumineux. L'argument précédent esl donc sans valeur.
Maisles lymphatiques communiquent ils avec les
DE l'absorption.
veines par Vintermédiaire des ganglions? Ohl icila chose n'est plus douteuse; l'injection poussée par un tronc lymphatique vers un ganglion, passe avec la plus grande facilité des radicules du lymphatique dans les radicules des veines qui se répandent dans le ganglion , et de là dans le tronc de ces veines, d'où dans toutle système veineux. Or, le chyle peut, dans les cas d'oblitération du canal thorachique , suivre la voie anaslomotique que je viens d'indiquer. En second lieu, il est possible que les veines absorbent (car nous allons voir tout à l'heure qu'elles jouissent de la faculté absorbante à un haut degré), qu'elles absorbent une portion nutritive dissoute , qui n'est pas le chyle, mais qui, par son mélange avec le sang , peut suppléer le chyle, et faire les Irais des matériaux réparateurs.
De la discussion qui précède , il est permis de conclure, 1" que les vaisseaux chylifèrcs sont, dans l'état normal, les agents de l'absorption du chyle ; 2" qu'après l'oblitération d'un canal thorachique unique la vie peut persister , et qu'alors elle est entretenue, soit par l'absorption du chyle opérée par les lymphatiques, qui le versentdans le système veineux, à l'aide des anastomoses de leurs radicules dans les ganglions lymphatiques, avec les radicules des veines; soit par l'absorption d'un fluide réparateur différent du chyle, et dont les veines sont les agents directs.
2" Absorption des liquides (boissons). Le chyle n'est pas le seul liquide dont l'absorption s'opère à la surface des intestins ; d'autres fluides, tels que les boissons chargées de leur matière colorante , des sels qu'elles tiennent en dissolution, sont également absorbés et portés dans le torrent général de la circulation. Quels sont les agents de celte nouvelle espèce d'absorption? Les lymphatiques y paraissent presque complètement étrangers, et les veines, à leur tour, en sont probablement exclusivement chargées. Voici les raisons nombreuses qui militent en faveur de cette opinion.
1" Quoiqu'il y ait disproportion entre le volume des veines et celui des artères correspondantes dans toutes les parties du corps , cependant cette disproportion en faveur des veines est plus prononcée dans les vaisseaux du mésentère que presque partout ailleurs ; ce qui porte à croire que les veines y sont destinées à rapporter autre chose que du sang noir.
2° Les veines ont des orifices qui s'ouvrent librcmenlàla surface interne des intestins, communication que des injections nombreuses dans lesquelles le liquide injecté pleuvait dans la cavité de l'intestin, ont démontrée jusqu'à l'évidence.
3" L'ingestion de poison dans l'intestin occasione la mort, malgré la ligature du canal thorachique.
4» M. Magendie a retiré une anse inlcslinale du ventre d'un animal , l'a entièrement coupée à ses deux extrémités, l'a complètement détachée du mésentère, et n'a conservé qu'une artère et qu'une veine par lesquelles l'anse intestinale était en communication avec le reste du corps; et il eut soin de bien dénuder les parois des vaisseaux conservés, afin qu'il n'y eiU aucun lymphatique accolé soit à la veine, soit à l'artère. Du poison lut ensuite
introduit dans l'anse intestinale, que l'on tint enveloppée d'un linge, afin que nulle transsudation ne pût altérer la pureté de l'expérience , et les symptômes de l'empoisonnement se manifestèrent comme à l'ordinaire.
5° M. Ségalas a répété, en la modifiant, cette expérience. Ainsi , après avoir également isolé de tout point une anse intestinale et lié les veines qui en partaient , sauf une ouverte , pour empêcher le sang de stagner dans l'anse intestinale, il introduisit du poison qui ne produisit aucun effet jusqu'au moment où une des veines fut déliée, et où alors les résultats de l'absorption se firent promptement remarquer.
6" Des substances de nature différente placées dans l'intestin ont été promptement retrouvées dans les veines mésaraïques. Ainsi, M. Magendie a fait prendre <le l'alcool camphré , de la térébenthine ; MM. Tiedemann et Gmelin, des matières colorantes, des matières odorantes, des sels solubles ; et toutes ces substances furent bientôt démontrées dans le sang des veines intestinales, tandis qu'il n'en existait aucune trace dans les lymphatiques.
Des expériences sans valeur ont été faites pour prouver que les veines n'absorbaient pas. Celles dont on a le plus parlé sont dues à J. Ilunter , qui mit plusieurs liquides , tels que du lait, de l'eau , dans des intestins , et qui, ne pouvant constater leur présence dans le sang par la simple inspection du liquide au travers des parois des veines , se crut en droitd'en conclure que les liquides n'avaient pas été pris par ces vaisseaux.
Il est donc évident que les liquides, autres que le chyle , passent par les veines; mais sont-ce bien les radicules veineuses qui sont les agents do l'absorption , ou bien celle-ci n'est-elle pas accomplie par des lymphatiques qui verseraient de bonne heure dans les veines les liquides qu'ils auraient absorbés ? Nous avons dit plus haut ce qu'il fallait penser de la communication directe des lymphatiques avec les veines. Or, dans quelques-unes des expériences précédentes , celle de M. Magendie entre autres , les parties ont été divisées de telle sorte que nul ganglion lymphatique ne pouvait, à l'aide des anastomoses veineuses et lymphatiques qui se font dans son intérieur , servirde passage aux substances ingérées des radicules lymphatiques vers les veineuses.
Mais les veines sont-elles exclusivement chargées d'absorber les boissons , et les lymphatiques y sontils complètement étrangers? On peut faire valoir contre cette opinion , 1» qu'il y a analogie de préhension entre l'absorption du chyle et celle des boissons, et qu'alors, si les lymphatiques s'emparent du premier , ils peuvent s'emparer des autres; 2° que Musgrave , Lister et autres , après avoir fait prendre de l'indigo, ont remarqué une coloration violette du chyle. 11 est vrai que Ilcrbert-Mayo pense que ces physiologistes ont été induits en erreur, pour la couleur du chyle , par l'aspect bleuâtre des vaisseaux lymphatiques quand ils sont vides; mais cette opinion de Mayo ne fait pas que, dans quelques cas , la coloration du chyle n'ait été le résultat de la malière colorante de l'indigo; 3" que Tiedemann et Gmelin ont retrouvé dans le chyle
. ÉLÉMEÎSTS DE
do riiydrocyanate do pelasse dissous, et ingérd quelque temps auparavant dans l'intcslin.
II est donc possible que les lynaphaliques absorbent une certaine portion des boissons.
Que deviennent les raalicrcs absorbées? celles qui entrent dans les radicules des veines mésaraïques arrivent à la veine-porte , et de là dans le foie, où elles éprouvent sans doute une élaboration particulière de la part de cet organe. Il est bien probable, ainsi que l'admet Smith, que les boissons absorbées avec toutes les parties solubles qu'elles tiennent en dissolution , tels que les sels , le sucre , la gomme, etc., n'arriveraient pas impunément se jnéler à la masse générale du sang , d'où la nécessité d'une véritable dépuration en traversant l'épaisseur du foie.
Quant au chyle, avant de suivre son trajet ultérieur, nous allons étudier sa nature et sa composition. Le moyen dont on se sert habituellement pour recueillir le chyle, et qui consiste à ouvrirle canal Ihorachique avant son insertion dans la sous-clavière, quelques heures après avoir fait manger l'animal , ne procure pas un chyle bien pur, puisque celui-ci est mêlé alors aux autres liquides qui sont apportés au canal thorachique partons les vaisseaux lymphatiques des membres inférieurs et du bassin. Quoi qu'il en soit, quelle est la nature de ce chyle? est-il toujours identique? Les vitalistes sont pour l'affirmative ; leurs antagonistes prétendent au contraire que le chyle varie comme les aliments desquels il provient. On pourrait dire que la vérité se trouve entre les deux opinions précédentes : car, de même que nous avons vu les matières fécales formées de deux parties, l'une variable , comme les aliments ingérés , l'autre invariable, formant l'essence de l'excrément , et étant un produit de sécrétion de l'animal , de même le chyle résulte d'un travail intestin, d'une action organique , qui rend une partie du fluide absorbé toujours identique,eld'une seconde portion qui modifie peu la première, mais qui subit elle-même quelques variations relatives à la nature de l'aliment dont l'animal a fait usage. Teint en bleu par l'indigo (Lister, etc.), rougi par la garance et la betterave, verdi par la partie colorante de plusieurs végétaux, etc., il m'a toujours, dans un grand nombre d'expériences faites sur les animaux vivants , paru tel que le décrivent les auteurs , blanc, légèrement visqueux, et très-semblable à du lait dans lequel on aurait délayé une très-petite quantité de farine ; sa saveur est douceâtre, quelquefois même légèrement sucrée , et assez analogue à celle du lait. MM. Tiederaannet Gmelin l'on trouvée un peu alcaline.
Examiné au microscope par MM. Bauer, Leuret, Lassaigne, Prévost et Dumas, il leur a présenté des globules analogues à ceux du sang, moins l'enveloppe colorée en rouge. Sur quelques animaux cependant , les globules n'ont pas la même forme que ceux du sang; ces derniers étant ovalaires, au lieu d'être ronds, ce qui tient peut-être à ce qu'ils s'alongenlen traversant la filière de vaisseaux trop étroits.
Quand on laisse reposer le chyle , il se partage en deux parties , Tune liquide, et l'autre solide. La partie liquide est formée d'une grande quanlitc
d'eau; elle renferme en outre de l'albumine et la plupart des sels du sang. La partie coagulée , ou le caillot, est formée do fibrine presque pure, et, chose singulière, il y en a presque autant dans le chyle de l'herbivore que dans celui du Carnivore. Celte circonstance ne peut être expliquée que par la , grande quantité d'azote que renferme le fluide t versé dans l'intestin , notamment par le pancréas , fluide qui, mêlé aux aliments en abondance (puisque le pancréas des herbivores est très-volumineux) , j lesanimalise assez pour que le chyle renferme autant d'azote , et par suile de fibrine, que celui des autres animaux. Le chyle, provenant d'une alimentation animale, présente cependant un prin^ cipe de plus que celui qui est la suite de l'usagé ; des végétaux: c'est une matière grasse qui, en v suspension dans le liquide, lui donne l'aspect d'une émulsion ou d'un liquide laiteux; aspect qui en avait imposé à certains physiologistes, au point qu'ils avaient pris le chyle pour du véritable lait: de lace préjugé devenu populaire , que le lait monte directement par les lymphatiques à la glande mammaire des nourrices.
Analysé avec encore plus de soin qu'on ne l'avait fait jusqu'alors par M. A. Marcel, médecin de l'hôpital de Guy, à Londres (1), le chyle a présenté des différences assez remarquables, suivant qu'il provenait d'animaux herbivores ou de carnivores. Le premier contient trois fois plus de charbon, et peut être conservé plusieurs semaines , et même plusieurs mois, sans se putréfier; il est transparent, tandis que le chyle animal est très-pulréfiable, laiteux,contient, outre l'albumine, une huile analogue à la crème du lait, et fournit beaucoup de carbonate d'ammoniaque parla distillation : du reste, le chyle elle chyme ne présententjamais de gélatine, quelle que soit lanature des aliments dont ils proviennent; elle est remplacée par l'albumine. C'est sur des chiens que M. Marcel a fait ses expériences.
XXXVIII. Absorption de l'air. Elle présente une grande analogie avec les précédentes quoiqu'elle s'exerce sur un corps d'une nature différente. Cette absorption s'opère à la surface du poumon, et constitue un des principaux phénomènes de la respiration. Nous ne faisons que mentionner ici l'absorption de l'air atmosphérique qui se fail peut-être encore à la surface de la peau, dans l'état normal : elle sera étudiée en détail, à propos des fonctions du poumon.
XXXIX. Ainsi quelesdeux précédentes, l'absorption cutanée s'exerce sur des objets venus du dehors. Béclard, dans son Traité d'Ânatomie générale, énumère les auteurs qui admettent l'absorption cutanée et ceux qui rejettent l'existence de cette fonction ; et l'on voit que, de part et d'autre, la liste est longue et les autorités imposantes. Mais pour bien apprécier tous les faits qui se rattachent à celte . question, il faut d'abord connaître les absorptions éventuelles qui s'opèrentsur dessurfaces morbides; car dans leurs discussions les auteurs n'ont pas tous distingué les cas dans lesquels la peau était ou non recouverte de sa couche épidermique. Ainsi nous
Cl) Voyci Trûn.iacitons incdico-chirurgicalcs , tome VI.' Londres, 1815.
DB l'absorption.
(ic traiterons de l'absorption cutanée qu'après ayoir parlé de toutes les autres.
XL. Dans l'état de santé, il n'y a pas d'absorption ■xercée sur d'autres objets étrangers à l'hoinine ; nais dans l'état morbide il s'en développe plusieurs iccidentelles , que nous examinerons, après avoir lassé en revue les absorptions normales qui s'exerenl sur des parties qui dépendent du corps propre le l'animal chez lequel la fonction s'opère.
Ces absorptions se font soit sur des surfaces clones de toutes parts, soit sur des surfaces ouvertes à extérieur.
A la surface de cavités closes de toutes parts, lous trouvons un grand nombre de ces absorptions ; •lies présentent toutes ce caractère commun d'être dcrémentitielles.
1° La face interne des membranes séreuses , syloviales, capsules tendineuses, bourses muqueuses, ;ous-culances, etc. , est habituellement lubrifiée •ar un fluide constamment sécrété, constamment ibsorbé, et qui a pour usage de faciliter les glisseiients des surfaces en contact de la membrane que :e fluide humecte.
2" Les aréoles du système cellulaire, qui, il est vrai, communiquent entre elles, mais dont l'ensemble forme un tout sans ouverture, ces aréoles -ont humectées d'un fluide séreux dont la sécrétion et l'absorption se font mutuellement équilibre.
3° Le liquide céphalo-rachidien, interposé au feuillet viscéral de l'arachnoïde et à la face externe (Je la pie-mère, liquide qui sans doute communique ;iyec celui des ventricules du cerveau, estsans cesse sécrété, sans cesse résorbé.
4° L'absorption du fluide graisseux est un phénomène qui s'accomplit souvent avec une activité singulière : ainsi, au bout d'une nuit de fatigue, les veux sont plus enfoncés dans les orbites, par suite lo l'absorption d'une partie de la couche graisseuse liii remplit le fond de ces cavités. Chez les animaux lybernanls, et qui sont très-gras au commencement le leur sommeil, la graisse est peu à peu résorbée, 2l paraît alors fournir aux nutritions de l'animal pendant son abstinence.
5° On doit rapprocher de l'absorption du fluide rraisseux celle du suc huileux et médullaire des os; absorption qui modifie singulièrement l'aspect et la nature de ces sucs médullaires, sous l'influence de plusieurs maladies chroniques. Les cavités spongieuses et médullaires des os sont, chez lesgens en bonne santé , remplies d'un fluide graisseux fort abondant, que les macérations ne peuvent complélement altérer, et qui , transsudant ensuite au travers des pores des os, rend la préparation de ceux-ci difficile ou même impossible. Par suite d'une maladie lente, cette graisse est absorbée, et n'est pas réparée ; le fluide qui la remplace est gélatineux et ( esse d'être gras : aussi les os peuvent-ils alors conserver en vieillissant l'aspect blanc et le toucher qu ils offrent peu de temps après la macération. Il ;.iut cependant noter que cette résorption est moins prompte que celle de la graisse ordinaire: ainsi, <lans le cas remarquable d'une abstinence déplus de < inquanle jours que Granié a dernièrement présente, on a trouve le suc médullaire peu altéré,
tandis que la graisse générale avait presque con»plètement disparu.
6 L'humeuraqueuse des deux chambres de l'œil 60 reproduit avec une rapidité très-grande quand elle a été évacuée par une plaie faite à la cornée; on peut penser que dans l'état ordinaire cette sécrétion , quoique moins rapide, se fait encore avec assez d'énergie : il doit donc y avoir là une certaine absorption. Les autres humeurs de l'œil sont aussi sans doute soumises à une absorption continuelle.
7° L'humeur de Colugno, si elle existe, comprise dans les cavités closes de l'oreille interne, y est soumise aux phénomènes de l'absorption.
8» Le pigmentum de la peau, celui des cheveux, de l'iris, de la choro'ide, est un fluide en circulation, ou du moins qui est successivement déposé et repris dans les aréoles du corps muqueux. L'âge, les maladies, influent sensiblement sur cette absorption ; ce que l'on peut surtout constater sur le nègre , où la peau cesse d'offrir un noir luisant , éclatant, par l'une et l'autre cause.
Quant à la matière ftoire de la surface du poumon et des ganglions bronchiques, on ignore lout-à-fait si, une fois déposée , elle est soumise aux lois de l'absorption.
9° Enfin, certains organes de nature gangliforme, rnais sans conduit excréteur , et que Chaussier nommai! ganglions glandiformes, le corps thyroïde, le thymus , les capsules surrénales , et peut-être la rate , renferment à leur intérieur des cavités closes plus ou moins grandes , pleines d'un fluide souvent très-apparent , qui , sans aucun doute, y est le siège de sécrétions et d'absorptions continuelles.
Les absorptions qui se font à la surface des cavités non closes sont moins nombreuses que les précédentes ; elles présentent toutes ce caractère général , qu'elles s'exercent sur des fluides plus ou moins excrémentitiels , mais qui fournissent une partie qui est résorbée et reportée dans le torrent de la circulation. Celle classe comprend l'absorption d'une parlie des liquides glandulaires , soit dans leurs canaux excréteurs , soit dans certains réservoirs , soit même à la surface des muqueuses des cavités dans lesquelles ils sont versés : ainsi l'urine, la bile, le lait, le sperme, etc., sont en partie résorbés soit dans les conduits excréteurs , soit dans les réservoirs , tels que dans la vessie , la vésicule du fiel , les vésicules spermatiques , soit enfin à la surface muqueuse dans l'intestin , où les fluides muqueux folliculaires sont encore en partie absorbés.
XLI. Nous avons successivement examiné les absorptions des fluides venus du dehors, tels que le chyle , les boissons , l'air atmosphérique , puis les absorptions des fluides intérieurs , soit qu'ils fussent renfermés dans des cavités closes et entièrement récrémentiliels , soit qu'ils fussent contenus dans des cavités ouvertes à l'extérieur, et en partie récrémentiliels, en partie excrémentitiels : nous allons voir maintenant que les solides euxmêmes sont soumis au travail de l'absorption. Le phénomène de la nutrition; quoique obscur dans son mécanisme , mais réel dans ses effets , résulte
«des deux actions opposées et en équilibre chez l'adulte , de la sécrétion et do l'absorption. C'est en faisant l'histoire de cette fonction de nutrition si intéressante, que nous rechercherons si les parties «olidesdu corps restent intégralement les indmes ■depuis la naissance jusqu'à la mort , ou si elles se renouvellent; et dans cette dernière hypothèse, nous rechercherons quelle est l'activité de celle rénovation; au bout de quel temps on peut considérer l'évolution complète de matière comme achevée, en sorleque le moi seul persiste au milieu <le ces métamorphoses successives. Je me bornerai à reproduire plusieurs exemples qui mettent hors de doute l'existence de l'absorption des parties solides :
1° Depuis Hunter, on a fréquemment répété la célèbre expérience qui consiste à faire prendre de la garance à des animaux, alimentation sous l'influence de laquelle les os rougissent. Si l'on suspend l'usage de la garance, les os perdent, au bout d'un certain temps, la couleur rouge qu'ils avaient acquise : il y a donc eu alors absorption de la partie solide avec laquelle la matière colorante s'était .combinée.
2° Les os des vieillards perdent une partie considérable de leur trame gélatineuse et calcaire ; c'est à cette diminution de parties solides, bien plus qu'à la prédominance du phosphate calcaire, que sont dues les fractures plus faciles des os des vieillards. Examinez les canauxmédullaires, les aréolesdu tissu spongieux, et vous trouverez le rapport des parois ■aux cavités intiniment plus petit chez les vieillards que chez les adultes et les adolescents : aussi, selon la remarque de Cooper, est-il excessivement rare de rencontrer des fractures du cçl du fémur avant un âge assez avancé.
3° Enûn , l'on voit la partie solide de certains organes être peu à peu absorbée par les simples progrès de l'âge : ainsi disparaissent ou s'atrophient le thymus, les capsules surrénales, quelquefois aussi le corps thyroïde.
Il y a donc quatre classes d'absorptions normales : 1" l'intestinale , la pulmonaire et la cutanée , sur les objets venus du dehors; 2° celles dans les cavités closes, sur les fluides récrémenliliels ; 3" celles dans les cavités ouvertes à l'extérieur, sur des fluides récrémentitiels ou excrémentiliels; 4° celles sur les solides.
XLII. Ces quatre espèces d'absorption font partie du mouvement régulier de la nutrition et de la vie ; mais d'autres substances que celles énumérées plus haut peuvent être absorbées, et ces substances peuvent être des médicaments, des poisons ou des parties insignifiantes. Nous allons examiner ces absorptions éventuelles, en suivant l'ordre précédemment •établi, ordre que nous empruntons à notre savant confrère M. Adelon.
r Dans le tube digestif. Nous avons déjà dit , en parlant des boissons, que celles-ci étaient prises avec les sels, les principes volatils ou les poisons qu'elles tenaient en dissolution ; les gaz sont également absorbés avec facilité à la surface gastro-intestinale. Chaussier a fait périr prompleraent des animaux dans le rectum desquels il injectait du gaz hydrogène sulfuré.
2" Dans le poumon , il s'opère avec une grandô facilité une absorption de gaz morbides ; d'où ]« cause d'une foule d'épidémies, de fièvres inlermiU tentes. Je citerai , en passant, le fait de Boyle, qni pilait de l'ellébore pendant que plusieurs de ses amis étaient à le visiter ; ceux-ci furent tous purgés par les émanations d'ellébore qu'ils absorbèren par les voies de la respiration. Un fait semblable est arrivé à Senncrt, en agissant sur de la coloquinte. Tout le monde connaît l'absorption prompte d( l'huile essentielle de térébenthine volatilisée, oi l'odeurde violette que ccllesubslance communiqué aux urines. Enfin, je signalerai les expériences d( Gohier et autres, qui prouvent que les liquides euxmêmes peuvent être promptement absorbés à li surface du poumon; car ce physiologiste a injecté des quantités considérables d'eau dans la trachée d'un cheval , et l'animal , d'abord incommodé , n'« pas tardé à reprendre son état ordinaire.
3° Dans les cavités closes. L'absorption se fait ici avec beaucoup d'activité , ainsi que l'ont déraonti des expériences nombreuses de M. Orfila. On a y\ une plaie du foie suivie d'un épanchement de bil considérable , entraîner, il est vrai , une péritonit mortelle; mais la bile avait été résorbée. M. OrfilaÉ a constaté que la plupart des poisons aériforraes o» liquides portés à la surface des séreuses, y étaient absorbés promptement et occasiouaient l'empoi Bonnement. L'air, danslepneumalo-thoraxsponlanc ou accidentel et traumatique , est souvent repris dans la plèvre ; les liquides épanchés ou injectés dans le tissu cellulaire , y sont bientôt absorbés : dd là la prompte disparition de certains emphysèmes des ecchymoses , etc.
4" A la surface des cavités muqueuses , l'ab sorplion est des plus actives. Ainsi pénètre le virus vénérien ; ainsi certaines femmes ont-elles étd empoisonnées mortellement par l'introduction ds poisons portés à l'intérieur du vagin. Mais dans ce« cavilés muqueuses, les absorptions peuvent encora s'exercer sur les fluides excrémsnto-récrémentitiels viciés ou absorbés outre mesure. Dans des cas d'o blilération du canal cholédoque , on a vu la résorp^ lion des éléments de la bile. Ainsi , dans un» expérience faite par Simon de Metz, le canal chO" lédoque fut lié sur un oiseau , et bientôt l'on vit lé bile soulever la membrane externe du foie , pUi» disparaître en partie, tandis qu'on retrouvait dant le cloaque un liquide fort analogue à la bile , et qu» avait été séparé par les reins. On a, d'une aulra part , publié l'observation d'une femme qui devin« iclérique , dont les urines étaient colorées par 14 bile, et qui à sa mort présenta le conduit cholédo» que complètement oblitéré. La plupart des ictérî qucs , dont tous les tissus sont colorés en jaune doivent probablement celle coloration à la résorp»' lion d'une des parties constituantes de la bile. Quanià l'urine, des faits plus curieux encore, cl qu« nous ferons connaître en traitant de la sécréliol urinaire , prouvent la possibilité de la résorptiol de ce liquide en grande quantité. Les liquides sorlif de leurs couloirs sont encore bien mieux résorbés» c'est par la résorption que disparaissent les épaiu chemenls de sang dans le cerveau , guérisons qil surprirent tellement ceux qui les observèrent pouf
DE l'absorption.
a première fois , que Morgagni fut presque tenlc II' les révoquer en doute; tandis qu'aujourd'hui , Icpuis les travaux de MM. Riobé , Rochou, Rostan,
allemand, leur mécanismeesl parfaileraent connu, .es épanchements sanguins traumatiqucs du crâne e résorbent encore avec une assez grande facilité,
t c'est à celte puissante action que beaucoup de naïades auxquels Desault avait refusé le secours lu trépan, durent leur guérison. Enfin, on peut , oir dans un article du Dictionnaire des Sciences nédicales , fait par M. Rullier, des exemples assez
ombreux de résorption de matières fécales et l'urines.
5° Des parties solides peuvent , à la suite de disosilions morbifiques, être résorbées en partie ou 'Il totalité. Ainsi, le testicule est sujet à un engorgenent qui en augmente prodigieusement le volume ; mis, quand vient la résorption , celle-ci peut devenir tellement active , qu'elle ne s'arrête pas au ' olume normal du testicule, mais qu'elle le réduise 3 un petit tubercule. M. Marjolin a raconté l'hisloire d'un jeune homme bien constitué qui vint le consulter à la suite d'une pareille absorption , pour savoir s'il était encore apte au mariage ; et à la place de testicules, M. Marjolin ne trouva plus (jue deux petits corps du volume d'une noisette. Il y a dans Cooper , Larrey, etc., beaucoup de faits semblables.
C'est par l'absorption des parties solides que la raasse osseuse du cal se réduit au volume normal de l'os, que le canal médullaire, oblitéré au niveau des bords de la fracture, se creuse d'une nouvelle :avilé centrale, que les lambeaux flottants de la capsule cristalline disparaissent du centre de l'œil.
Toutes lesabsorplions dont nous venons de nous ciccuper s'exercent, ou sur des parties venues du dehors, ou sur des parties appartenant à l'animal, îl élant susceptibles de se reproduire à mesure [u'elles sont absorbées. Mais il est une dernière >pèce d'absorption qui consiste en une destruction ^ans résidu ni réparation de parties : c'est l'absorp- Hon ulcérative de Hunter , ainsi nommée parce qu'elle explique d'une manière satisfaisante les érosions spontanées du solide vivant d'où résulte l'ulcère (1). Sans elle, comment se rendre compte de la disparition totale du corps d'une ou de plusieurs vertèbres voisines d'un anévrisme? Qui n'a été plusieurs fois témoin de ces destructions énormes qui ne laissent après elles aucun débris , parce que les molécules , détachées par l'effet des batte- :nenls de la tumeur, ont été immédiatement iibsorbées et transportées dans le torrent de la f irculation, qui les a poussées vers quelque émoncloire? Dans ces cas, cette destruction de parties ou ulcération survient spontanément; d'autres fois elle se développe pour pratiquer une voie , une issue aux corps étrangers, tels que le pus, les séquestres, les corps venus du dehors, etc., corps <liii se portent du centre à la circonférence , de l'in- 'érieur à l'extérieur; tantôt enfin cette inflammation ulcérative s'établit entre une partie qui se mortifie , soit molle, soit dure, et les parties qui
(1) Nosograpliie et Thérapeutique cliirurgicnle, t. I, •■<ri. Ulcères atoniques.
l'environnent. Cette absorption creuse un sillon qui finit par séparer entièrement l'escarre des tissu* vivants.
Absorption sur des surfaces morbides et absorption des corps étrangers introduits dans no» tissus. Les surfaces des plaies et des ulcères sont susceptibles d'exercer la fonction d'absorption avec beaucoup d'activité. On croyait autrefois que cela dépendait de ce que le pus dissolvait les corps , et pour le démontrer, on plongeait dans le centre d& surfaces suppurantes , des substances de facile absorption , des morceaux de viande, par exemple ,, et l'on notait que ces morceaux , en contact avec le pus, avaient perdu une partie de leur poids. Le fait observé est bien vrai, mais l'explication est vicieuse; et cette absorption n'est autre chose que le résultat del'action de la membrane qui suppure , surle corp» étranger, action qui résulte de la fonction absorbante de cette membrane.
Quant aux corps étrangers , leur résorption ne peut s'opérer s'ils ne sont préalablement dissous. Or, Chaussier a prétendu que, pour opérer cette dissolution , les parties voisines sécrétaient un liquide d'une nature dissolvante appropriée à la composition chimique du corps étranger.
XLIII. Absorption qui s'effectue à la surface de la peau. Pour apprécier exactement la faculté absorbante de la peau , il faut tenir compte de la couche inorganique que l'épiderme forme à sa surface ; couche sans vaisseaux, etdontl'imbibition est, sinon impossible, du moins très-lente et très-difficile. C'est à celle couche qu'un cadavre doit de rester humide , malgré la sécheresse de l'air ambiant; c'est à cette couche qu'est due l'accumulation de sérosité entre l'épiderme et la peau à la suite de l'application d'un vésicatoire. Mais ces faits prouvent seulement que l'épiderme ne se laisse pas pénétrer de dedans en dehors. En est-il donc de même pourla perméabilité de l'épiderme en sens inverse, et ce corps oppose-t-il une barrière à l'absorption cutanée ? Ces premières réflexions rapprochées de celles qui ont été faites à l'occasion des absorptions accidentelles par des surfaces morbides des plaies , nous permettent d'éliminer de la question loules les observations d'absorption dans lesquelles l'épiderme a été intéressé , puisqu'alors ce n'était plus sur une surface cutanée saine, mais sur une surface morbide, que les substances étaient placées; et l'on pressent qu'alors l'absorption devait en être facile. Les partisans de l'absorption ne peuvent donc plus invoquer l'inoculation du vaccin, celle du venin de la vipère par une plaie si peu profonde , qu'elle ne fournissait pas même de sang, les frictions faites rudement et avec des corps rugueux, etc.
Cependant il est certain qu'on guéritdes maladies en appliquant sur la peau saine et revêtue de son épiderme, des médicaments qui ne peuvent agir qu'après avoir été absorbés. De là la médecine iatraleplique , surlaquelle MM. Brera, Chreslien, Chiarenti, etc., ont lu des mémoires à l'Institut, MM. Duméril et Alibert ont constaté l'exactitude des faits indiqués par ces médecins. Mais ces médicaments, en contact avec l'épiderme , ne paraissent être absorbés qu'après avoir altéré celui-ci ; et en effet. Seguin a fait des expériences avec des substances
différentes qn'il plaçait en petite quantité à la surface de la peau sous des verres do montre, et il a remarqué, par la diminution du poids, que ces subslatices étaient absorbées en proportion de leur action altérante sur l'épidermc. On en peut dire autant des expériences laites par Lebkuchner, à la suite desquelles on retrouvait dans les couches profondes de la peau , et quelquefois au-dessous , les substances avec lesquelles on avait frotté la peau; car les substances employées à ces frictions étaient irritantes et devaient altérer l'épiderrae. Nous conclurons de là que la médecine iatraleptique, médecine très-efficace comme moyen d'introduction des médicaments, sans agir directement sur les viscères intérieurs, médecine que favorisent les frictions faites avec des corps gras , n'éclaire en aucune façon le point de physiologie qui nous occupe, pas plus que les inoculations qui résultent de l'application d'une substance sur la surface de la peau dépouillée de son épiderme.
Seguin s'applique encore à combattre les conclusions favorables à l'absorption cutanée , tirées des faits suivants : 1° Simson dit avoir mis ses pieds dans l'eau , et avoir vu diminuer prompteraent le niveau. 2° Mascagni, ayant également mis ses pieds dans l'eau , a senti , au bout de peu de temps , les ganglions de l'aine sensiblement tuméfiés. 3° Certaines personnes augmentent très-rapidement de volume dans un air humide. 4° EnGn on dit avoir calmé la soif, à bord d'un navire où l'on manquait d'eau potable, en couvrant le corps avec des linges humides. Quoique plusieurs de ces faits soient peu probants, Seguin est peut-être trop exclusif en les considérant tous comme de nulle valeur. C'est à tort aussi qu'il conclut à la non-absorption , en voyant 1« poids du corps n'être ni augmenté ni diminué par le bain. Seguin a raisonné d'après cette idée , que les sécrétions sont suspendues pendant le bain , chose complètement fausse , car l'exhalation cutanée est souvent fort active dans le bain. Il a donc pu y avoir absorption ; et s'il était permis de conclure des animaux inférieurs à l'homme , je dirais que cette absorption est démontrée , puisqu'elle s'est manifestée de la manière la plus active sur des grenouilles , des lézards , des couleuvres , dans des expériences parfaitement faites par M. Edwards. Il est donc probable que la peau absorbe accidentellement certains fluides , sans que son épiderme soit altéré.
y a-t-il absorption de gaz par la peau? L'odeur de violette que contractent les urines d'un individu qui a traversé un appartement peint récemment avec l'huile essentielle de térébenthine, prouve que les substances gazeuses sont absorbées par la peau aussi bien que les fluides , et peut-être avec encore plus de promptitude et de facilité. On s'assure que ce n'est point par la surface d'où s'exhale la transpiration pulmonaire, que l'absorption a lieu, en se tenant quelque temps dans un appartement fraîchement peint, et en respirant l'air du dehors au moyen d'un tuyau qui passe au travers de l'une des croisées fermées avec exactitude, de manière qu'il n'y ait point de communication entre l'air extérieur et celui de la chambre close de toute^ parts.
Des observations de même nature ont été faites par Bichat et Chaussier. Le premier, en séjournant dans un laboratoire d'anatomie rempli de miasmes^? et d'émanations de cadavres, mais respirant exclu-U sivement l'air du dehors parle moyen d'un tube.tj s'est assuré que les gaz intestinaux qu'il rendait auil bout de quelques heures, avaient contracté uneU odeur miasmatique de même nature que celle duH milieu dans lequel il avait séjourné. Le second au fait périr plusieurs animaux, en les plaçant daneM des gaz délétères , pendant qu'il leur faisait sortir^ la tête hors du vase dans lequel ils étaient situés..}
XLIV. La fonction d'absorption, envisagée d'une«| manière générale, comprend plusieurs phénoraènesif qui peuvent être regardés comme des plus intéres-' sanls et des plus délicats de la physiologie.
La première question qui se présente est celle-ci: La substance absorbée éprouve-t-elle, de la part d l'agent qui opère l'absorption , une moditicatio appréciable, toujours la même pour chaque espèc d'absorption, de telle sorte que, quelle que soit 1 matière absorbée, le produit recueilli dans le vais seau absorbant soit d'une nature identique ou •' peu près identique, étant toujours le résultat d'u travail accompli par les mêmes organes? ou bie cette matière absorbée n'a-t elle fait que traverse les organes de l'absorption en partie ou en totalité,^ mais sans y éprouver aucune altération ? Il faut \a( dire, ce point de physiologie offre, en quelques cas.i une grande obscurité, et c'est le côté faible que le* vitalistes exclusifs , partisans de la première opi tS nion, offrent à leurs adversaires. Nul doute , eiii{ effet, qu'une grande partie des absorptions, touleaii celles qui sont éventuelles, consistent dans le sitn4 pie passage des substances absorbées de rextérieai|| à l'intérieur des vaisseaux. Il
Mais, dans les absorptions non éventuelles, le^ faits sont bien difûcilesà reconnaître. Certains phy-ir siologistes avancent que les liquides absorbés , saji présentant toujours les mêmes dans les mêmeaio vaisseaux, il faut qu'ils soientle produit de l'actionijf des agents de l'absorption.
Leurs adversaires répondent qu'on retrouve danât le sang les mêmes sels que ceux ingérés dans l'es-H toraac ; que les matériaux de la bile, de l'urine, ar-i ;j rêtés dans leurs couloirs , sont résorbés ainsi queij le pus, et que ces matériaux se retrouvent alorsij dans le sang : mais ici on a affaire à desabsorptionaf éventuelles, pour lesquelles la question est déjà ré-<ir solue. Mais, si nous exceptons les cas où MM. Lea'd ret et Lassaigne disent avoir trouvé du chyle en* nature, avec leurs globules caractéristiques, à laJ surface des intestins, et ceux moins probants, oïl* les villosités ont paru turgescentes de chyle déjà*! formé, nous res.tons dans une ignorance complète ! sur ce qui se passe dans les autres absorptions na-M turelles.
La seconde question qui se présente est celle du mécanisme de l'absorption. A l'époque où les lymphatiques furent reconnus comme étant les organes des absorptions , on imagina que ces vaisseauîi s'ouvraient sur les surfaces d'absorption par dei orifices particuliers, doués d'une organisation spc» ciale, afin d'accomplir la fonction qui leur était dévolue. Cette idée fut fécondée par Bichat , ringél
DE l'absorption.
nieux créateur des propriétés vitales de la sensibilité organique insensible , et de la contractilité de même nature. Cette théorie, publiée avec la chaleur (le conception , l'élégance et la facilité d'élocution qui distinguaient Bichat , fut généralemenladinise , et les physiologistes se complurent à décrire la forme des orifices des lymphatiques, qu'ils comparèrent à un suçoir, ou à la bouche d'une sangsue. On disait que chaque orifice , doué d'une sensibilité et d'une force contractile particulière, se dilatait ou se resserrait, absorbait ou rejetait, suivant la manière dont il était affecté par les substances qui lui étaient appliquées. Chaque suçoir lymphatique , lorsqu'il se disposait à l'absorplion , s'érigeait sur lui-même, entraînait et soulevait les parties membraneuses qui l'environnent, formant ainsi un petit tubercule analogue à ceux des points lacrymaux, etc.
Mais avant de rechercher la forme des orifices, les physiologistes eussent dû constater et démontrer l'existence de ces orifices. Commençons par les rechercher dans le tube digestif. Aselli , le premier, imagina aux extrémités des vaisseaux chylifères de petites tètes spongieuses destinées à pomper le chyle ; Lieberkiihn , le plus habile des anatomistes qui se sont occupés des villosités intestinales , admet que la surface de celles-ci présente un grand nombre d'ampoules spongieuses, ouvertes à leur sommet d'un orifice unique béant dans l'intestin , et percées à leur base de plusieurs trous , où viennent s'aboucher à la fois les extrémités des artères , des veines et des lymphatiques. Hewson a vainement cherché la structure cellulaire et spongieuse décrite par Lieberkiihn ; mais il prétend avoir vu sur les villosités de plusieurs animaux , tels que des oiseaux, des grenouilles, etc., des vaisseaux lymphatiques, qui dans leur trajet offraient une ou plusieurs ouvertures dans l'intestin. Cruikshank a trouvé sur une femme morte cinq heures après un repas assez copieux, le chyle gonflant les orifices nombreux des lymphatiques , et il les fit voir à Hunter. Meckel etBleuland prétendent également avoir reconnu ces orifices.
Cependant Ruisch, dont les injections étaient si parfaites , regarde comme une prétention insoutenable la démonstration des orifices des lymphatiques. Rudolpbi , Béclard , en rejettent fort loin l'existence. Meckel , le frère de l'auteur du Traité
Anatomie générale, descriptive et pathologique , ne les admet pas non plus; M. Cruveilhier a reconnu, ainsi qu'Hewson, le trajet des lymphatiques dans les villosités ; mais il n'a pu découvrir manifestement leurs orifices.
De toutes ces observations, il est permis de conclure que le fait matériel sur lequel repose l'absorption par des bouches absorbantes est au moins problématique , et ce, dans les lieux où il devrait être le plus facile de les apercevoir. Aussi serait-ce bien vainement que l'on en chercherait ailleurs la présence, et Cruikshank a-t-il complètementéchoué dans des tentatives de ce genre qu'il a faites sur la muqueuse de la bouche et du pharynx. Nous ne pouvonsconsidérer comme étant de quelque valeur les laits notés par Mascagni et par Cruikshank. je veux dire l'injection poussée par les lymphatiques
du foie, et exprimée de ceux-ci par la pression du doigt, de manière à faire pleuvoir le mercure à la surface du foie , et le passage d'une injection de» artères dans les lymphatiques. Donc, si 1 orifice du lymphatique ne peut être démontre, on doit considérer comme de pures fictions les suçoirs, qui prennent spontanément les matériaux de l'absorption , les portent au-dessus d'une valvule qui se soulève, et soutient ensuite celle première colonne absorbée, etc.
Relativement aux orifices veineux, il est certain que les injections que l'on pousse à l'intérieur des veines pleuventavec facilité à la surface des intestins ; mais pas plus pour ces vaisseaux que pour les lymphatiques , on n'a pu constater ni la forme ni la structure des orifices de communication.
Il faut donc s'en tenir , dans l'état actuel de la science, à l'admission d'ouvertures de communications entre la surface sur laquelle l'absorption s'exerce, et la cavité des vaisseaux dans lesquels so trouvent les substances absorbées (car autrement celles-ci ne pourraient y arriver , la matière étant impénétrable) ; et il faut avouer en même temps que la disposition de ces ouvertures nous est complètement inconnue.
En examinant les moisissures aquatiques dont se couvrent certains végétaux , et qui sont sous forme d'ampoules pleines d'un liquide, M. Dutrochet s'aperçut qu'il y avait un mouvement continuel du liquide contenu à l'intérieur, pour se porter à l'extérieur au travers de la pellicule de l'ampoule, en même temps qu'un mouvement en sens inverse s'opérait pour le liquide placé à la surface externe de l'ampoule. Le même physiologiste examinant le prépuce imperforé des limaces rempli de sperme et placé dans l'eau, vit de nouveau un double mouvement du sperme à l'extérieur du prépuce, et de l'eau à l'intérieurde celui-ci. Dans les deux cas, le passage de l'intérieur à l'extérieur fut moins abondant quelo mouvement inverse. M. Dutrochet pensa que ce phénomène, qui s'accomplissait au travers des porosités des membranes, pouvait s'appliquer à tous ceux d'absorption et de sécrétion qui se passent dans les corps des animaux ; il donna le nom d'endosmose à l'imbibition du dehors au dedans, et celui d'exosmose au phénomène opposé, et remarquant qu'il n'y avait jamais équilibre parfait entre les deux, il indiqua celui qui se faisait avec le plus d'activité, en donnant aux deux phénomènes le nom de celui qui l'emportait sur l'autre. Il y avait donc eu endosmose dans les deux cas précédents. D'une autre part, le liquide le plus dense était à l'intérieur. M. Dutrochet soupçonna que ce pouvait être une loi générale que le mouvement le plus actif so fit toujours du liquide le moins dense vers le plus dense. Pour s'en assurer, il fil plusieurs expériences : il plaça le cœcum à moitié plein de lait d'ua oiseau dans l'eau, cl ayant pesé le cœcum au bout de quelque temps , il reconnut qu'il y avait çu endosmose. Il fit alors la contre-épreuve et plaça le liquide le moins dense , l'eau , à l'intérieur du cœcum , cl le liquide le plus dense , le lait , à l'extérieur : le phénomène de l'endosmose cessa de so produire, cl celui de l'exosmose eut lieu. M. Togoot, médecin de Philadelphie, qui a répété avec soin
ÉLÉMENTS DE l'H VSIOLOGIE.
toutes les expériences de M. Dulrochel, a vériDo l'exaclitude de cette loi de l'endosmose en mettant alternativcnienl à l'intcrieur et à l'exldrieur de dilTérenlos substances, telles que le cœcum, le jabot des oiseaux, etc., une dissolution de gomme arabique d'un côté, et de l'eau pure moins dense do l'autre, et l'excès du courant eut toujours lieu \ers le milieu le plus dense.
M. Dutrochel constata que la densité n'était pas la seule cause de l'endosmose , mais que la composition chimique des substances l'influençait aussi. Un acide et un alcali places dans les circonstances précédentes, ont donné pour résultat constant l'endosmose de l'acide vers l'alcali , en sorte que le premier répond au milieu le moins dense, et le second au plus dense. M. Tognot a répété ces expériences et a obtenu les mêmes résultats : il a vu aussi qu'une eau chargée de matière animale passait avec plus d'abondance jusqu'à ce qu'elle fût altérée , cas auquel l'inverse avait lieu; ce qui tenait, selon M. Tognot, à ce que la putréfaction l'avait rendue alcaline.
M. Dulrochet a varié les substances intermédiaires , en emploj'ant des lames de carbonaîe de chaux , d'ardoise , etc., -et il a vu que les unes permettaient avec facilité, et que d'autres empêchaient complètement le phénomène.
Quelle est la condition physique des phénomènes d'endosmose? Est-ce la puissance électrique? est-ce celle de la capillarité? M. Dulrochet a cru que cette condition était la puissance électrique : il a comparé le corps intermédiaire à la bouteille de Lejde. Le contact de deux matières de nature différente l'une avec l'autre, au travers des porosités de la substance intermédiaire, développe l'électricité; et ici comme dans une pile vollaïque, on doit voir se produire deux courants, l'un rapiiie du pôle positif vers le négatif, l'autre lent en sens contraire.
M. Dulrochet a cité une observation de M. Porrett, qui semble conflrmer celte manière de voir. M. Porrell a imaginé un cylindre partagé en deux par un diaphragme perméable; il a placé de l'eau dans les deux compartiments, et il a fait passer un courant électrique au travers du vase, de telle sorte, que le courant positif marchait d'un des compartiments du cylindre quiétaitplein d'eau, versl'aulre qui n'était qu'à moitié rempli ; et de suite les phénomènes d'endosmose se produisirent de telle sorte, que le courant le plus rapide passait du pôle positif vers le pôle négatif.
Pour donner plus de valeur à cette expérience, M. Togiiot a fait remarquer que dans la production spontanée des phénomènes avec l'eau albumineuse et l'eau pure, cas dans lesquels il y a endosmose, si l'eau albumineuse esta l'intérieur de l'ampoule, la surface interne du cœcum de l'oiseau se recouvre d'une couche mince d'albumine concrélée due, selon lui, au courant électrique qui , comme on le sait, coagule l'albumine liquide.
M. Ilollard, qui admet aussi la production de l'électricité , croit que ce phénomène résulte directement do l'action de chacun des corps sur la membrane intermédiaire , en sorte qu'il est produit avant que les substances aient traversé les
pores de la membrane pour se-metlre ellcs-mémei en contact.
Cependant M. Dulrochel vient , dans un dernier mémoire lu cette année à l'Institut, de rejeter toul-à-fail l'inlervcnlion de l'électricilé dans les phénomènes de l'endosmose, pour tout attribuer à la seule force de la capillarité. L'intensité de cette force esten raison inverse de la densité dcsli;iiiides; «n sorte que , plus un liquide sera dense, moins il passera aisément au travers de la membrane intermédiaire. M. Dulrochet a vérifié, à l'aide d'nn instrument que l'on pourrait nommer endo»momètre , que celle loi ne souffrait pas d'exception. L'ex[»érience de M. Porrelt,en apparence si forle contre celte nouvelle théorie, s'y range cependant comme toutes les aulres avec la plus grande facilité. On sait en effet que, par un courant électrique , l'eau est décomposée, que l'oxigène se porte au pôle négatif et l'hydrogène au pôle positif. Mais ces deux gaz qui restent en partie dissous dans l'eau , sonl loin d'avoir la même densité; il n'est donc plus étonnant que le milieu qui renfermait l'oxigène ait élé celui vers lequel l'endosmose s'est faite, puisqu'il était en même temps le plus dense.
Quoiqu'il en soit des explications, les phénomènes endosmotiques et exosmotiques ne peuvent être niés ; et si, comme le pense M. Dulrochet, ils sont dus à la capillarité, voilà encore celte substance invoquée cent fois pour expliquer plusieurs des actes de la vie, et cent fois repoussée avec succès ; la voilà de nouveau reproduite avec un cachet d'originalité, et environnée de faits singulièrement propres à lui donner une grande valeur. Par elle , en effet, M. Dulrochet explique comment les cellules des végétaux, pleines de différents liquides, absorbent de l'extérieur à l'intérieur les fluides moins denses que ceux des cellules , comment , en d'autres temps, un mouvement en sens inverse s'opère toujours sous l'influence de la même cause. Le même naturalisle explique aussi comment, dans les animaux , des phénomènes analogues doivent s'opérer, puisque, dit-il , les fluides sont renfermés dans des cavités closes comme dans les cellules des végétaux , à savoir dans les artères elles veines partout abouchées ensemble , et qui n'ont d'ailleurs aucune autre ouverture de communication par des suçoirs ou autres orifices , à la surface des parties sur lesquelles les absorptions s'opèrent, niais où sont les preuves qui pourraient ici nous apporter la conviction que les choses se passent ainsi dans nos tissus pendant la vie? Trouvons-nous dans ces simples transitions endosmotiques ces élaborations qui modifient entièrement la nature des produits de l'absorption ? 11 y a plus , c'est que dans les cas qui paraissent favorables à la produclion des phénomènes endosmotiques, on ne voit point ceux-ci s'opérer. Le péritoine , distendu par une quantité énorme do fluide, de densité médiocre, ne laisse pas pénétrer dans l'inleslin ou la vessie le Iluide qui le remplit. Et qu'on ne dise pas que les membranes sont trop épaisses pour être traversées: M. Tognot a vu les phénomènes endosmotiques se produire au travers d'une peau de rat. Dans d'autres cas, au contraire, la matière de l'ascitc va subitement dis-
DE l'aBS
paraître, en même temps que le malade rendra par les urines une quantité considérable de fluide albuinineux. Où est ici la modification de capillarité et de densité des fluides qui s'est prêtée à une absorption si rapide?
Il est pourtant probable que quelques absorptions morbides s'accomplissent d'après les lois de 1 endosmose et de l'exosmose. On peut en effet considérer comme telles quelques-unes de celles (]ui se sont ojiérées dans les circonstances suivantes, l't qui ont été allribuées à l'imbibilion , phénomène bien voisin peut-être de celui dont je viens de parler, l't qui comme lui paraît résulter de la capillarité des tissus. Voici les expériences qui démontrent ce i;enre d'absorption morbide: 1" M. Magendie a produit un courant d'eau dans la veine jugulaire , détachée d'un animal , et plongée par sa face externe dans un milieu acide, et bientôt l'eau qui traversait ia veine montra des traces d'acidité. 2" Le même jibysiologiste dénuda la veine jugulaire d'un jeune animal , la mit surune carte , et la couvrit de poison dans le lieu dénudé. Au bout de quelque temps, les symptômes de l'empoisonnement se manifestèrent. 3" La même expérience , faite sur un animal plus âgé, dont les veines étaient plus épaisses, donna lieu au même résultat , mais un peu plus lard. 4' La même expérience , faite sur une artère , fut encore suivie d'empoisonnement , mais au bout d'un temps beaucoup plus long. 5" Enfin, M. Magendie a démontré que l'absorption ne se faisait pas seulement a:i travers des gros vaisseaux , mais encore dans l'épaisseur des capillaires : en faisant passer un courant d'eau dans les vaisseaux du cœur de l'artère coronaire vers la veine , pendant que la surface externe du cœur plongeait dans un milieu acide , l'eau qui sortait de la veine coronaire devint acide au bout d'un certain temps.
A ces faits, M. Fodera en a, ajouté quelques autres qui, pour la plupart, se rangent sous la même loi. Ainsi, l» il met une veine à découvert, et voit le sang sourdre à la surface ; 2° il lie les deux extrémités de la veine dénudée, et le sang sourde plus vite encore; 3" il place"(lu poison dans une artère liée aux deux extrémités, etnéanmoins l'empoisonnement survient ; 4° il place un sel particulier dans la vessie, un autre dans le péritoine, et les deux ne tardenipas à se combiner; 5» il fait une expérience semblable sur l'intestin, en mettant à l'inlérieurde I hydrocjanale de potasse, et à l'extérieur du sulfate de fer; et la production du bleu de Prusse indique que les sels ont passé au travers des membranes de l'intestin. 6" L'apparence du même bleu de Prusse dénote le passage des sels précédents, placés dans le péritoine et la plèvre au travers du diaphragme , doublé de ses deux couches séreuses.
Je pourrais rappeler ici les expériences déjà citées de Lcbkuchner , à la suite desquelles on a retrouvé à la surface profonde de la peau des substances acides qui avaient été placées à sa surface externe.
Mais que prouvent tous ces faits? lis nous démontrent qu'accidentellement et dans de certaines circonstances, nos tissus sont susceptibles de s'imbiber, d'être traversés comme les membranes au travers degqucUe» M. Dutrochet a vu s'opérer les
actions d'endosmose et d'exosraose ; mais il y a loin de là à l'accomplissement des absorptions normales, où nous trouvons une règle uniformément suivie, tellement que des physiologistes modernes, d'un mérite extrême, n'hésitent pas à placer ces absorptions normales uniquement sous l'influence de la vie, en sorte que celle-ci éteinte, ces fonctions cessent avec elle.
Ajoutons encore que, s'il y avait imbibition dans les cas ordinaires, il devrait y avoir un passage perpétuel des fluides les uns dans les autres , et dans les tissus ambiants, ainsi que cela se remarque dans les vaisseaux sous-cutanés d'un cadavre, où la peau qui les recouvre est fortement colorée d'un rouge foncé disposé en lignes qui correspondent exactement aux vaisseaux; aux environs de la l'ésicule biliaire , où tout est teint en jaune ; à la surface de la cornée , où il se fait une couche humide provenant de la transsudation des humeurs de l'œil , d'où la perle de l'éclat de l'œil et la diminution de tension de son enveloppe extérieure. Or, rien de pareil ne s'observe pendant la vie. Il est vrai queM. Magendie avance que , pour être inaperçus , ces phénomènes n'en sont pas moins réels, mais qu'ils disparaissent à mesure, les matières ainsi eslravasées étantincessamraent entraînées et reprises par les courants sanguins qui ont lieu dans les petits vaisseaux voisins. Mais, d'une part, le passage des liquides dans ces courants est hypothétique, et s'ils existent avec une pareille destination , n'y a-t-il pas de quoi être effrayé du chaos qui doit résulter d'un tel mélange d'humeurs les plus hétérogènes? L'introduction d'une petite quantité de pus dans un vaisseau seraitelle un phénomène si grave , si le sang recevait à chaque instant le produit de la transsudation de la bile, de l'urine , des fluides séreux, graisseux, etc. ? D'ailkurs , si ces courants avaient cet usage, pourquoi n'enlcveraient-ils pas avec facilité une petite quantité de sang épanchée sous la peau , par suite de contusion, au lieu de laisser ces quelques gouttes de sang s'étendre, s'infiltrer au loin, former une ecchymose souvent lente à disparaître?
Doit-on rechercher quels senties agents des absorptions éventuelles? D'après la remarque de M. Ilollard, c'est une question moins importante que par le passé : car tous nos tissus étant susceptibles d'exercer une absorption accidentelle , il est évident par-là même qu'il n'y a aucun agent spécial de ce genre d'absorption. Si les agents des absorptions éventuelles sont multiples, les vaisseaux dans lesquels circulent les substances ainsi absorbées sont aussi de plusieurs espèces. On a retrouvé ces substances soit dans les lymphatiques, soit dans les veines , ainsi que je vais le dire bientôt.
On s'est encore demandé quels étaient les agents des absorptions nutritives dans les parties du corps autres que le tube digestif?
Ceux qui prétendent que ce sont les lymphatiques, s'appuient sur ce que les lymphatiques des autres parties du corps ont la même structure que ceux des intestins, que ces lymphatiques ont été' vus pleins de pus (celui-ci, il est vrai, pouvait y avoir été sécrété) , pleins do sang (A/ascagni, Crttikshank, Ludwig), pleins de bile, de lait, etc. On objecte que les lymphatiques n'existent ni dans
ÉtÉMENTS DE PUYSIOLOCIK.
tous les animaux, ni dans toutes les parties du corps de l'homme; mais autant vaudrait dire que les lymphatiques intestinaux n'absorbent pas, parce qu'un mollusque , une huître accomplit l'absorption intestinale sans conduits chjliféres.
M. Magendie a lait une expérience qui, au premier abord, semble prouver que ce sont les veines qui absorbent : il a placé dans la patte d'un animal un poison , après avoir complètement sépare le membre empoisonné du reste du corps, en y maintenant toutefois la circulation à l'aide d'un tube qui faisait suite aux deux bouts de l'artère principale du membre, et d'un autre tube qui était étendu entre les deux bouts de la veine correspondante ; l'absorption du poison s'effectua, et M. Magendie en conclut que les veines sont les agents de l'absorption. Mais ses antagonistes lui ont répondu qu'en faisant une plaie pour introduire le poison, il divisait nécessairement les orifices de quelques veinules , et qu'ainsi le poison pouvait passer directement et sans absorption dans l'intérieur de celles-ci. Nous ajouterons que dans cette expérience, ainsi que dans les faits invoqués par les partisans de l'absorption parlcslympbatiques, lesphénomènes observés rentraient dans le domaine des absorptions éventuelles , de telle sorte que la question reste dans la plus grande obscurité relativement aux absorptions normales , celles précisément dont il s'agit de déterminer les agents.
XLV. Avant de passer à l'étude de la circulation des liquides dans les vaisseaux lymphatiques, et des altérations qu'ils peuvent éprouver dans leur trajet, jetons un coup d'oeil sur la nature de ces liquides , dont l'un , le chyle , nous est déjà connu, mais dont l'autre , la lymphe , n'a encore été qu'indiqué. Quoique circulant dans un système de vaisseaux identiques , en apparence au moins, et probablement en réalité, il existe une différence d'aspect bien tranchée entre la lymphe et le chyle.
Avant d'aller plus loin , il faut ici bien entendre ce que nous désignons du nom de lymphe : c'est tout simplement le liquide renfermé dans les vaisseaux lymphatiques , et non, comme le disaient les anciens, et comme le disent encore aujourd'hui bon nombre de pathologistes , une humeur séreuse particulière , semblable au sérum du sang, et épanchée ou infiltrée dans une partie quelconque du corps.
Quelle est la source delà lymphe? D'après l'opinion vers laquelle nous penchons sur les usages des lymphatiques , nous devons admettre que la source de la formation de la lymphe existe dans tous nos organes; que cette liqueur est le produit de l'action absorbante exercée par les lymphatiques sur les solides ou fluides du corps entier. Si telle n'est pas l'origine de la lymphe, d'où vient-elle donc? M. Magendie, qui refuse aux lymphatiques la faculté d'absorber, pense que le liquide qui circule dans ces vaisseaux provient de la partie la plus séreuse du sang, qui, arrivée dans les capillaires artériels, revient par les radicules des lymphatiques. Mais on peut objecter à M. Magendie que ce passage est une hypothèse que l'on doit être d'autant moins porté à admettre , qu'elle n'est pas susceptible de démonstration; (]uc, loin de là, le sérum
du sang et la lymphe n'ont que des rapports fort éloignés, et qu'enfin les injections ne [)assent que l rarement et avec la plus grande difficulté des artères dans les lymphatiques.
Les lymphatiques sont si petits, que l'on ne peut se procurer de lymphe qu'en ouvrant l'aboutissant commun do ces vaisseaux , c'est-à-dire le canal Ihorachique ; et comme celui-ci rapporte à la fois le chyle et la lymphe, il faut ne l'ouvrir qu'après avoir soumis l'animal à une diète assez longue pour que l'on soit certain qu'il n'y a plus de chyle dans [ les lymphatiques intestinaux; peut-être encore ces vaisseaux rapportent-ils un fluide particulier qui ï se mêle à la lymphe et l'altère. On a recueilli cependant de la lymphe pure dans le cas où M. Rigot , vétérinaire distingué, découvrit et incisa un lymphatique du cou d'un cheval , et dans un cas rapporté par Sœmmering, où l'on ouvrit sur un homme les lymphatiques du dos du pied , qui étaient tellement tuméfiés qu'ils formaient un relief sensible sous la peau. Est-il besoin de dire que ce n'est pas de la lymphe , même impure, qui a été retirée des ulcères scrofuleux, des ganglions lymphatiques du cou , de l'aisselle , de l'aîne? etc.
Composition de la lymphe. La plupart des physiologistes, et Haller lui-même , ont confondu cette liqueur avec le sérum du sang ; d'autres , et l'erreur est plus grossière , avec la sérosité des épanchements dans les cavités séreuses ou des infiltrations du tissu cellulaire : de là même est venue la dénomination de tempérament lymphatique affectée à ceux qui présentaient une disposition, soit àl'anasarque , soit aux collections d'eau dans les cavités séreuses , dénomination absurde , dont on commence à faire justice; car qu'y a-t-il de commun entre ces épancbements ou infiltrations séreux et le liquide des vaisseaux lymphatiques?
Etudiée, ainsi que le chyle, à l'aide du m'croscope , de l'analyse spontanée, des réactifs chimiques , la lymphe présente les propriétés suivantes : 1» le microscope permet d'yapercevoir des globules analogues à ceux du chyle, analogues par conséquent à ceux du sang , moins l'enveloppe de matière colorante qui distingue ceux-ci. 2" Par l'analyse spontanée ou le repos, on voit la lymphe d'abord sous forme d'un liquide tenu ordinairement transparent, quelquefois offrant une coloration rougeàtre , opaline ou d'une autre nuance, se partager- en deux portions , l'une liquide, l'autre coagulée; le caillot se recouvre d'une pellicule arborisée comme la fibrine du sang ; les acides ramollissent et dissolvent ce caillot comme ils le feraient à l'égard de la fibrine : ce qui prouve que ce caillot est bien fibrineux. En laissant reposer un temps plus long la partie liquide dépouillée de son caillot , on voit de nouveau se former un autre caillot analogue au premier, mais moinsabondant. 3" Les réactifs chimiques démontrent dans la lymphe 3/100 à peu près de fibrine, une proportion bien plus considérable d'albumine, du sérum , et la plupart des sels qui se trouvent dans le sang, et que nous dirons plus loin. Chose remarquable 1 L'analyse faite par M. Chevreul sur de la lymphe provenant d'un chien , et l'analyse faite par MM.Lcurclet Lassaignc sur la lymphe, recueillie
DB l'aBSORPTIOW.
ÏOI
par M.Rigolsuruu cheval, ont donné à peu près le même résultat.
La lymphe , au bout d'un certain temps d'absliiience , devient plus foncée et d'aspect sanguinolent.
La quantité de ce liquide ne paraît pas grande , si I on en juge par le résultat d'une expérience faite par M. Magendic , qui n'a pu en recueillir qu'une once et demie d'un chien de forte taille auquel il avait ouvert le canal thorachique; mais la lenteur vie sa circulation rend encore plus difOcile que pour le sang l'estimation exacte de la quantité totale de lymphe contenue dans les vaisseaux lymphatiques.
XL VI. Usages de la lymphe. Quelque opinion que l'on partage sur le mode d'origine de la lymphe, on doit admettre que ce liquide contribue à la formation du sang , avec lequel il se mélange : probablement il en augmente les qualités nutritives ; car, pendant le jeûne, lorsque te sang n'est plus réparé par l'arrivée du chyle, l'absorption de la {iraisse , cl même de plusieurs autres parties du corps, se fait avec plus d'activité; d'où résulte probablement une lymphe plus abondante, et qui en quelque sorte supplée à l'absence du chyle.
XLVll. Cours de la lymphe et du chyle. Ces liquides marchent constamment de la périphérie au centre, convergent des radicules des lymphatiques vers les troncs, de manière à venir tous les deux se rendre dans un vaisseau unique, le canal thorachique qui les verse dans la veine sous-clavière fiauche. II peut paraître superflu de démontrer la réalité de celle opinion; mais en physiologie le nombre des objets bien connus n'est pas extrêmement considérable , et si l'on reste long-temps à discuter sur des points obscurs ou ignorés, on peut bien s'arrêter un instant sur les faits qui ont été mieux constatés. Voici donc ce qui démontre le sens dans lequel s'opère la circulation de la lymphe: 1° Quand on divise un vaisseau lymphatique pendant la vie, on voit le fluide couler, en comprimant le bout qui répond au canal thorachique ; on suspend au contraire l'effusion en faisant la compression sur le bout qui répondanx capillaires. 2° Si on agit de la même manière sur le canal thorachique, on obtient le même résultat. 3" La surface interne des lymphatiques est garnie de valvules disposées de telle sorte qu'elles permettent le passage des liquides, des capillaires vers les troncs , et qu'elles s'opposent à ce passage dans le sens inverse; ce dont on s'assure par les injections qui ne peuvent être poussées du canal thorachique vers les lymphatiques, à moins que la putréfaction n'ait altéré la résistance des valvules, mais qui passent nvcc la plus grande facilité des radicules vers le canal thorachique.
Désigner le mouvement des fluides dans le système absorbant par les noms de circulation lymphatique, serait en donner une fausse idée: la lymphe , en effet, ne présente point, comme le •^ang , un cours circulaire , mais une simple pro- Rression du liquide porté de toutes parts de la circonférence vers un centre. Ce mouvement général 'les sucs lymphatiques n'a point non plus la régulanlé que présente le cours du sang dans les veines "u dans les artères. Ici nous voyons un mouvement
uniforme et régulièrement gradué , soil d'ans son accélération , soit dans son retardement: le mouvement du fluide , comme le calibre des vaisseaux suit une progression croissante ou décroissante. La lymphe , au contraire , quoiqu'elle s'avance gênéralement des extrémités vers le centre , éprouve dans sa marche de nombreuses irrégularités : tantôt accélérée , et d'autres fois ralentie , ici le fluide stagne un moment , et paraît osciller, toutefois sans éprouver jamais une véritable rétrogradation , à laquelle s'opposent les valvules dont est garni l'in-térieurdes vaisseaux. Les élargissements et les rétrécissements alternatifs de ces vaisseaux attestentasser cette marche variable et comme anormale du fluide.
Quelles sont les causes de la progression de la lymphe et du chyle?
1" Il faut d'abord nolerla perraanencede la force qui a fait entrer la première colonne de liquide dans le vaisseau lymphatique; que ce soit une force électrique, une force capillaire ; que l'entrée de la lymphe se fasse par le passage du sérum du sang artériel dans les lymphatiques, cas auquel ce passage serait dû à la force musculaire du cœur; que ce soit enfin une force vitale, il est certain que cette force , en sollicitant l'entrée d'une nouvelle colonne de liquide dansle vaisseau, pousse la colonne qui la précède. C'est le et* à tergo , dont personne ne peut nier raisonnablement l'existence.
2" Les parois des vaisseaux lymphatiques se contractent, et en se resserrant sollicitent le mouvement du fluide qu'ils renferment. Il n'y a point, il est vrai , de fibres charnues qui produisent , comme dans le cœur , comme dans les intestins , ces mouvements brusques et apparents qui constituent l'irritabilité de Haller; mais il y a une contraclilité d'un autre genre, contraclilité analogue à celle de la vésicule du fiel, des vésicules spermaliques ; contraclilité démontrée par plusieurs expériences : ainsi, Lauth, en ouvrant le péritoine d'un animal dont les chylifères étaient énormément distendus parle chyle, a vu ce liquide disparaître pour ainsi dire loul-à-coup par l'influence de l'aclion irritante de l'air sur les parois des vaisseaux lymphatiques , et ce n'a été qu'au bout d'un certain temps que ce& vaisseaux sont redevenus apparents, probablement parce que la continuité d'action de l'air avait affaibli son influence sur la contraclilité des vaisseaux lym-phatiqucs. D'une autre part , Béclard a reconnu qu'en ouvrant le canal thorachique très-distendu, ce canal se vidait plus complètement sur un animal vivant que sur un mort.
3° Le cours est favorisé par la contraction de^ muscles voisins. Il est facile de se rendre compte de cet auxiliaire de la circulation lymphatique. La pression que les muscles, en se contractant et se tuméfiant, exercent sur les parois des lymphatiques, tend à aplatir celle-ci , et à chasser le liquide qu'elles renferment ; mais le cours de la lymphe ne peut rétrograder dans le sens des radicules à cause des valvules qui s'abaissent comme des soupapes sous le poids de l'eau dans les pompes foulantes :. cette lymphe n'a donc d'autre voie que celle qui permet sou passage vers le canal thorachique.
4" On a pensé que les ganglions lymphatiques, activaient le cours de la lymphe en agissant comui»
do petlls cœurs. Malpighi crut découvrir dans leur intérieur des fibres charnues. Nuck fit les mêmes observations; mais l'existcnco de ces fibres musculaires est toul-à-fait une création imaginaire, et celle cause ne peut cire ajoutée aux précédentes.
5" Quant à la pesanteur, elle est favorable au cours de la lymphe dans certaines ptu lies, comme à la lélc et au cou , cl elle est désavantageuse dans les autres points du système lymphatique.
Les vaisseaux lymphatiques des membres inférieurs el du bassin se réunissent dans la cavité abdominale, au-devant de la deuxième ou troisième vertèbre lombaire, aux lymphatiques intestinaux. Ces canaux ne s'ouvrent pas, comme on l'a dit, dans une citerne, sorte de réservoir que l'on croyait fermé souvent de plusieurs loges ; ces différenls vaisseaux, élargis et renfermés dans une gaine commune qui offre une surface mulliloculaire , se continuent ensemble pour former le canal thorachique, mais sans s'ouvrir dans une cavité commune, le réservoir de Pecqucl n'existant pas dans l'espèce humaine. Le canal thorachique étant moindre dans ses diamètres que la somme des diamètres des lymphatiques et chylifères, desquels il provient, il doit y avoir accélération du liquide dans son intérieur , et celle accélération est d'ailleurs variable, selon le temps pendant lequel s'accomplit le transport du chyle. On conçoit qu'elle doit être plus grande quand le chyle arrive au canal thorachique que dans les autres moments. Le canal monte ensuite par l'ouverture aortique du diaphragme , entre le pilier droit et la colonne vertébrale : il en résulte que, dans ce point, le canal étant comprimé pendant l'inspiration, le cours du chyle doit être accéléré. Haller a bien noté celte cause du cours du chyle pendanU'inspiralion, mais la compression par le pilier droit n'est pas l'unique cause qui fasse circuler le chyle au moment de l'inspiration; il s'y joint une compression générale de toutes les parties situées dans l'abdomen par suite de l'abaissement du diaphragme ; et de plus, une action aspirante vers la cavité de la poitrine, exercée sur toutes les parlies qui communiquent avec l inlérieur de cette cavité, où, par suite de son agrandissement , il y a tendance à la formation du vide.
Le canal monte dans la poitrine à droite de l'aorte; les battements de cette artère peuvent encore accélérer le cours du chyle par la pression que sa dilatation exerce sur les parois du canal thorachique. Il en est de même au moment où il passe derrière l'aorte; il arrive enfin à la partie inférieure gauche du cou, où il l'abouche dans le lieu de jonction de la veine jugulaire interne avecla sous-clavière gauche de haut en bas , après avoir remonté d'un pouce à un pouce el demi au-dessus de son insertion terminale. Cette courbure a fait penser que le chyle, par son poids, faisait ouvrir îa valvule qui existe au niveau de la terminaison du canal thorachique dans la sous-clavière. Cruikshank a vu avec plus de raison, dans cette disposition anatomique, un moyen de favoriser l'insertion des lymphatiques qui viennent des parlies supérieures du corps.
On peut se demander pourquoi le canal thorachique parcourt un trajet aussi long et aussi oblique dans la poitrine? pourquoi il ne s'ouvre ni dans la
veine-cave inférieure, ni dans la supérieure, ni dans j la sous-clavière droite ?
Relativement à la terminaison dans la veine-cave inférieure, Morgagni donne celle raison futile, que le chyle, ajouté au poids du sang veineux, aurait chargé celte veine, déjà trop distendue par la masse de sang qui y circule contre les lois de la pesanteur. Pour les deux autres lerminaisons, on pense que le rellux sanguin qui s'opère à chaque contraction du cœur, aurait empêché la libre entréedu chyle | et de la lymphe, si le lieu de celte entrée eut existé dans une partie des veines trop voisine du cœur, et où par conséquent le reflux doit avoir plus de vio-j lence ; on croit enfin, est c'est peut-être là l'opinion la mieux fondée , que le chyle et la lymphe éprouvent, avant d'arriver au cœur, un mélange^ plus complet avec le sang, parsuilede celle terminaison.
Nous avons déjà parlé de la valvule qui est i l'orifice du canal dans la veine sous-clavière. Arrivet-il quelquefois que celte valvule, dont l'usage est d'empêcher le reflux du sang veineux dans le canal thorachique, remplisse mal son office ? Il est certain que, dans plusieurs cas recueillis par Sœmmering , on a vu le canal thorachique et les lymphatiques pleins de sang : il n'y a pas plus de deux ans qu'un fait pareil a élé présenté à la Société hippocralique; Un de nous, M. Bérard, chargé d'en rendre compte, a pensé que , dans ce cas cl dans cenx du même genre rapportés par Sœmmering, le passage du sang de la sous-clavière dans le canal thorachique avait eu véritablement lieu , mais non pendant la vie ; que celle circulation anormale était un résultat d'un commencement de putréfaction, ainsi que plusieurs autres phénomènes bien connus de la circulation des liquides, après la raorl , par l'effet, de la putréfaction,
La valvule aurait encore , selon Bluraenbach, un autre usage, celui d'empêcher une entrée trop brusque du chyle et de la lymphe dans la veine sousclavière, d'où aurait résulté un mélange incomplet de cesfluidesavec le sang, et l'irritation de la membrane interne du cœur.
Rapidité du cours de la hjmphe. Le cours de la lymphe est fort lent. Dans le cas déjà cité, où Sœmmering ouvrit un lymphatique dilaté du dos du pied, il dit que le liquide sortit d'abord avec un, peliljet, el qu'il vint ensuite en bavant. Quand on; ouvre des lymphatiques sur des animaux vivants ,, on s'aperçoit que le liquide sort avec beaucoup de; lenteur. Celte lenteur forme une objection assez^ forte à la théorie de M. Magendie sur l'origine delà) lymphe ; car si la lymphe provenait du sang arté-' riel, elle devrait avoir une marche analogue à cellei^ du sang veineux. La lymphe va plus vile dans let^ canal thorachique. Sœmmering a voulu calculer» celle vilesse , qu'il estime à quatre pouces par se coude; mais on conçoit que celle estimation es impossible à faire. Ce qu'il y a de certain , c'es que le cours est lent ; que , dans certains lympha tiques , il n'y a peut-être aucun liquide en circn lalion ; que , dans aucun cas enfin, il n'y a un coar rétrograde , et que c'est une théorie erronée qu celle loue-temps admise , et que nous avons nous môme professée , dans laquelle on prétend que 1
DE l'aBSORPTIOR.
ait est sécrété aux dépens des fluides que les lymiliatiqucs apportent à la mamelle. C'est encore à i)rt que Dienierbroeck , et d'autres depuis , ont détendu qu'il y avait des lymphatiques qui poraient directement les boissons de l'estomac à la essie ?
La lymphe et le chyle éprouvent-ils une élaboraion particulière dans leur trajet !
Il est probable qu'il n'y a aucune alléralion des iquides lymphatiques pendant leur trajet dans les aisseaux ; mais aucun vaisseau ne se rend au canal iorachique avant d'avoir traversé au moins un anglion lymphatique, et ce rapport ne consiste pas Il un simple passage : il y a décomposition du .aisseau à son entrée dans le ganglion , et recora- )()silion du vaisseau qui en sort. Il y a des vaisseaux ifférenls et désefférents séparés par le ganglion; romment communiquent-ils ensemble dans son iilérieur ? Les uns ont pensé qu'il y avait un simple }iUrelacementdes vaisseaux; d'autres, qu'il y avait les cellules dans lesquelles les deux ordres de vaisseaux s'ouvraient. Cruikshank admet ces deux jispositions. Béclard , surdos ganglions provenant l'une femme morte après la gestation , a vu dans :eux-ci des dilatations en ampoule et des réseaux vasculair^s. Ce qu'il faut noter , c'est qu'il y a une quantité considérable de vaisseaux sanguins ramifiés dans l'intérieur des ganglions.
En traversant un ganglion, le chyle ou la lymphe ionl probablement modifiés par lui , soit que ces Uuides se trouvent dépouillés de quelques-uns de leurs principes, soit que de nouvelles parties, sénétées par le ganglion , s'ajoutent aux liquides lymphatiques pour en augmenter l'animalisation.
On peut dire en faveur de la première opinion , l"que le pus , qui parfois circule avec la lymphe, Jisparaît constamment au-delà du premier ganglion traversé par le lymphatique qui le renferme; à moins toutefois que le vaisseau ne soit malade au- .lelà du ganglion , et ne puisse alors sécréter une nouvelle quantité de pus ; 2° que dans le mésentère du cheval , MM. Leuret et Lassaigne ont vu l'apparence graisseuse du chyle disparaître au-delà des zanglions mésentériques ; 3° qu'il y a accumulation lie matière noire dans les ganglions situés sur le irajeldes lymphatiques qui reviennent du poumon, cl rapportent probablement avec la lymphe la matière noire dont l'air que nous respirons dans nos habitations est chargé.
La deuxième oj)inion , qui d'ailleurs n'exclut pas la première, n'est guère qu'une simple supposition. MM. Tiedemann et Gmelin pensent que la ,;i andc quantité de sang dont le ganglion est péné- I ré , a pour but de favoriser la sécrétion d'un fluide
ni se mêle à la lymphe et en augmente l'animaliation ; maison n'a pas analysé assez souvent d'une manière comparative la lymphe avant etaprès son <-ntrée dans le ganglion, pour juger cette question, "liant à la simple inspection , elle ne présente auiine différence appréciable entre ces liquides.
On peut donc regarder comme tout-à-fait probable, que dans l'absorption lymphatique il y a "laboration du fluide absorbé, soit dans les vais-
aux, soit surtout dans les pelotons vasculaircs "Il ganglions lymphatiques ; tandis que l'absorption
veineuse consiste dans un simple et rapide transport de la matière absorbée raclée au sang , et portée avec ce liquide vers le centre circulatoire. Sans cela, pourquoi deux systèmes d'organes seraientils chargés del'accomplissemenl d'une même fonction? la nature aurait-elle inutilement compliqué l'organisation animale, en y ajoutant un rouage superflu ? avare de causes, prodigue d'effets, se serait-elle , en cette occasion , démentie ? Celte objection paraîtra si puissante à tout homme qui a réfléchi sur les principes de la philosophie naturelle, qu'il n'hésitera point à partager notre opinion . tout en répétant avec Sénèque , malgré les immenses progrès de l'esprit humain depuis l'époque où vivait c/>. philosophe : adkuc multum restât operis , muUumque restabit , etc. !
C'est ici le lieu de parler des usages de la rate considérée comme un ganglion lymphatique. Celte opinion , émise tout récemment par MM. Tiedemann et Gmelin, présente quelques circonstances qui rendent vraisemblable, non pas l'analogie parfaite entre la rate et un ganglion lymphatique, mais une altération notable de la lymphe à l'aide du liquide que la rate verse dans le canal thorachiquo par ses vaisseaux lymphatiques. Ainsi , MM. Tiedemann et Gmelin font remarquer que la loi qui préside à l'existence de la rate dans les espèces animales , n'est pas en rapport avec la sécrétion biliaire, puisque dans les animaux invertébrés la rate disparaît, quoique beaucoupd'invertéhrés aient évidemment un organe sécréteur de la bile; mais que celte loi est en rapport avec la coexistence des vaisseaux lymphatiques , en sorte que l'on voit la rate cesser d'exister en même temps que les lymphatiques disparaissent dans les invertébrés.
De plus , ces physiologistes ont vu sur la tortue d'énormes lymphatiques se rendre à la rate , et d'autres aller de la rate au canal thoracique , en même temps que le chyle était plus animalisé , plus globuleux, au-dessus de l'insertion qu'au dessous.
Ils ont extirpé la rate sur des animaux, et ont reconnu, avec beaucoup de physiologistes , que la bile n'en recevait aucune altération , tandis que lo chyle était plus clair qu'auparavant.
Enfin la rate offre, disent-ils, la même structure que celle des ganglions lymphatiques. Mais une seule remarque suffit pour battre en brèche tout ce système : c'est que la rate ne se trouve pas placée sur le trajet des lymphatiques, de manière à avoir des vaisseaux afférents et efférents , si ce n'est peulêtre dans les tortues; elle ne communique avec le canal thoracique qu'à l'aide de ses propres vaisseaux disposés coinme ceux des autres organes : donc, si la rate modifie la lymphe , ce n'est pas en élaborant celle qui la traverse , mais en fabriquant un fluide qui, mêlé au chyle, peut contribuer, ce qui est probable, à son animalisalion. Nous verrons d'ailleurs que cette animalisalion s'opère d'une manière plus complète dans une autre partie du corps , à savoir les poumons, pendant l'acte de la respiration. Nous allons terminer cette longue et intéressante histoire de l'absorption par quelques remarques sur les circonstances qui peuvent modifier cette fonction.
L'absorption est Iros-activo chez les enfants, quoi-
que à cet âge la niilrilion soit des plus actives, dans la femme , durant lesoniaieii , le malin , lorsque lo corps est délassé par le repos de la nuit; l'étal de faiblesse augmentc-l-il ou diminue-l-il celle acli- Aité? On sait qu'il est des hommes robustes, qui fréquentent impunément les femmes les plus infectées par le virus syphilitique, et qui reçoivent la contagion lorsqu'ils s'y exposent affaiblis par quelque excès. Un esprit exempt de crainte et d'inquiétude a toujours été regardé comme un préservatif contre la pesle d'Orienl. Un chien mordu à l'improviste par une vipère l'est bien moins dangereusement, toutes choses égales d'ailleurs, que lorsqu'il a Gxé pendant quelque temps ses regards sur le reptile , donll'aspect l'a frappé d'une terreur plus ou moins profonde , etc. Mais , dans toutes ces circonstances,lafaiblessefavorise-l-elle l'introduction des principes contagieux, en augmentant la force absorbante; ou bien, ce qui est plus probable, cette faiblesse, introduite dans le système nerveux , ne fait-elle que le rendre plus sufceptible d'être affecté par les dispositions délétères ? La perméabilité des tissus influe sur l'absorption , dont l'énergie est en rapport avec le degré de perméabilité des organes.
Ainsi Edwards s'est assuré que les batraciens absorbaient beaucoup plus par la face inférieure de leur ventre , où la peau est plus mince, que par les ■autres parties du corps. On a vu que dans les expériences faites par M. Magendie , l'irabibition était plus rapide sur les parois des veines des jeunes animaux que sur celles des vieux , sur celles-ci que «ur les artères , etc. On voit les médecins conseiller les frictions dans les lieux où la peau présente le moins d'épaisseur ; on a remarqué que l'absorption se faisait quelquefois très-activement sur les parties recouvertes d'un grand nombre de poils; ce qui tient sans doute à ce que la matière absorbée s'introduisait le long des poils dans le fond des petits sacs appliqués sur le bulbe, et qui sont d'une extrême ténuité. Les variétés observées dans les expériences sur l'endosmose et l'exosmose par M. Dutrocbet , s'expliquent sans doute parla perméabilité différente des tissus absorbants.
L'état de plénitude ou de vacuité des vaisseaux a sur l'absorption une influence que l'on a pu apprécier en agissant avec des poisons dont l'action est certaine et se manifeste toujours dans un intervalle de temps bien connu. Or, M. Magendie s'est assuré qu'on pouvait accélérer ou retarder le moment de l'empoisonnement en vidant ou en remplissant les vaisseaux de l'animal soumis à l'expérience. Dans ce dernier cas, on ne peut dire que l'eau mêlée au sang a délayé et affaibli l'action du poison , puisque M. Magendie a injecté dans les veines de l'animal empoisonné du sang tiré des veines d'un autre animal, et que le résultat a été le même. Cette vacuité des vaisseaux, accélérant l'absorption, explique pourquoi l'abstinence est une cause si prompte d'amaigrissement. On se rappelle que Granicr qui, avant de jeûner, avait un poids et un embonpoint ordinaires , ne pesait plus que cinquante-deux livres au moment de sa mort : pendant l'abstinence , en effet, l'amaigrissement est lo résultat à la fois et de l'absorption augmentée et da
défaut d'ingestion de substances réparatrlcei,
Pression atmosphérique. M. Barry pense qo^ c'est par la pression atmosphérique que les subi stances placées aux extrémités béantes des veine] sont poussées à leur intérieur, l'air pressant sur ce] orifices, sollicité par l'action de pompe aspiranti qu'accomplit la poitrine en se dilatant. Mais poui que cette cause pût avoir l'action qu'on lui attribuei' il faudrait que les parois des veines fussent incomM j pressibles dans toute leur étendue; autrement U pression atmosphérique aplatirait le vaisseau, au lieu de faire entrer les fluides à son intérieur. CcmJ pendant on ne peut nier que la pression atmosphé rique ne soit utile pour l'accomplissement l'absorption, car cette fonction s'affaiblit ou mêmi cesse entièrement à mesure que l'on diminue oi que l'on suspend complèlementla pression de l'air De là une application heureuse faite au Iraiteil ment de plusieurs empoisonnements, de l'infed^ lion de venins ou virus. Ainsi , M. Pravaz a empt ché l'absorption du virus de la rage en faisant 1^ vide à la surface des plaies dans lesquelles il venai d'être déposé.
La pression, mécanique. Toute pression exercé sur une partie a pour résultat d'augmenter l'ab sorplion dans les tissus comprimés : ainsi une tu meur anévrismale détermine par sa pression es cenlrique l'absorplion de toutes les parties qu l'environnent; ainsi , à l'aide d'instruments parti culiers , on peut susciter la résorption de tumeui de diverses natures, peut-être même de massc|| cancéreuses. \
L'électricité augmente les absorptions, au moinij celles qui se font éventuellement. M. Fodéras'esi' assuré que les sels qu'il plaçait dans la plèvre et 1« i péritoine se combinaient beaucoup plus prompta ment quand il établissait un courant électrique d'ot sel vers l'autre.
Enfin, l'inflammation. Lorsque celle-ci esttrèd! vive, l'absorption est suspendue , et l'on voit a<| contraire se produire certaines sécrétions anor maies. Mais quand l'inflammation est légère , ell4 parait activer le phénomène de l'absorption. Ces sous l'influence de l'inflammation légère que s'opè^ ; rent la plupart des résolutions des parties eiv gorgées.
Un jardinier , sourd et muet de naissance, poi tait depuis long-temps une hydrocèle pour Ist|| quelle on lui faisait une ponction tous les six moisM Lorsque je pratiquai la dernière, le testicule sm^ trouvait gonflé , dur , et son volume était triple d< | naturel, sans que toutefois le malade se plaignit d'| ressentir aucune douleur. Une sérosité roussàtrWÉj sortit en abondance : au bout de deux jours, l'îi#@| flammation se déclara dans la tunique vaginale , ler ^ bourses se tuméfièrent : ces parties furent couvertei:|ï de cataplasmes émollienls. Au vingtième, le tesll^rfif cule avait considérablement diminué; il adhérait ti l'intérieur de sa tunique : laguérison fut jugée radi f s cale. Elle l'était réellement; car, depuis qaioiwl années, la collection aqueuse n'a point reparu, (i "i le malade se livre aux travaux pénibles de sa prci i fession. Je le rencontre fréquemment , et chaquiwi fois , par des sons inarticulés et des gestes de safis / ' faction , il m'exprime sa reconnaissance. Celte r(|
DE LA CIRCULATION
lOS
solution est ordinairement favorable; mais si elle va irop loin , elle peut, ainsi que nous en avons rapporté un exemple d'après M. Marjolin , entraîner l;i disparition entière de l'organe sur lequel elle sexerce.