CHAPITRE III
DE LA CIRCULAirON.
XLVIII. On appelle circulation ce mouvement par lequel le sang, parlant du cœur, est continuellement porté dans toutes les parties du corps au moyen des artères , et revient par les veines au jutre d'où il était parti.
Ce mouvement circulaire a pour usage de soumettre le fluide altéré par le mélange de la lymphe t't du chyle au contact de l'air dans les poumons respiration) ; de le présenter à plusieurs viscères qui lui font subir divers degrés de dépuration ( sécrétion); et de le pousser vers les organes dont la partie nutritive animalisée, perfectionnée par ces actes successifs , doit cpérer l'accroissement ou réparer les perles (nutrition).
Les organes circulatoires servent moins à l'éla- !)oration qu'au transport des humeurs. On peut, pour s'en former une juste idée , les comparer à ces manœuvres qui, dans une vaste manufacture d'où sortent des produits de toute espèce , sont employés à porter les matériaux aux ouvriers chargés de la fabrication ; et de même que parmi ces derniers il en est qui perfectionnent, épurent les matières que d'autres mettent en œuvre, ainsi les poumons et les ulandes sécrétoires sont incessammentappliquées à séparer du sang tout ce qui est hétérogène à notre nature, pour s'identifier avec nos organes, s'assimiler à leur propre substance, ou les nourrir,
XLIX. Historique. Quand on étudie les anciens chirurgiens , voyantla crainte qu'ils avaient de l'héraorrhagie àla suite des amputations et des grandes opérations , on serait tenté de croire qu'ils possédaient une certaine notion du mécanisme de la circulation : cependant il n'en est rien; et la lecture des ouvrages de physiologie antérieurs à Harvey prouve qu'ils étaient dans l'ignorance la plus complète au sujet du mécanisme delà circulation.
Hippocrate, le premier, a parlé de vaisseaux qu'il nomma veines.
Plus tard, Proxagorasvitd'autresvaisseaux vides, les artères, qu'il crut pleines d'air pendant la vie, et il les nomma artères. On croyait alors que les veines étaient les agents uniques delà circulation; que le sang , par des mouvements oscillatoires , les parcourait du cœur aux extrémités et des extrémités au cœur.
Galion reconnut que les artères renfermaient du sang , qu'elles étaient agitées de batlements ; mais bien loin d'en conclure que ces battements étaient le résultat du choc que le sang faisait éprouver à leurs parois , il pensa que ces batlements étaient le résultat du mouvement que le cœur imprimait aux parois des artères de proche en proche ; et pour le prouver il Gt la fameuse expérience tant de fois objectée à Harvey. elqui pourtant était de nulle valeur, puisque Galien avait mal observé. Il coupa nne artère, mit un tuyau de plume entre les deux
bouts de l'artère , qu'il noua sur ce tuyau , et il prétendit que les batlements cessaient de se faire sentir au-delà du lieu oùl'artère était coupée : fait complètement erroné, et qu'une seconde expérience eût sans doute rectifié , si elle eut été tentée. A 1 époque où Vésale imprima une nouvelleimpulsionà l'anatomie , on découvrit dans les veines un grand nombre de valvules ; et si alors on eût étudié leur disposition et leurs usages, on eût découvert inévitablement le cours du sang dans ces vaisseaux. Mais il n'en fut pas de même: on ne connaissait pas les capillaires; en sorte que l'on admettait que le sang passait d'un ordre de vaisseaux dans l'autre au travers des porosités du cœur; et cette croyance était tellement établie, que les analomisles allemands et italiens tournaient en ridicule ceux qui paraissaient douter de l'existence de ces porosités dans l'épaisseur des cloisons du cœur.
Cependant Servet découvrit le petit cercle que parcourt le sang; il démontra que le sang allait du cœur au poumon parles artères pulmonaires, traversait celui-ci pour revenir de là au cœur par les veines pulmonaires. Comme il mourut jeune, sa doctrine , professée par des personnes qui voulurent se l'approprier, ne fit que peu de progrès. On trouve dans Sprengel un passage qui tend à prouver que Césalpin avait établi toute la théorie de la circulation. Quoiqu'il en soit, ces notions étaient à peu près perdues , quand Harvey, Anglais de naissance , étudiant l'anatomie en Italie sous le célèbre Fabrice d'Aquapendente , apprit l'existence des val- ^ules. En 1602, il étudia et reconnut leurs usages, et soupçonna la théorie delà circulation. Il revint en Angleterre , et pendant dix-sept ans fit silencieusement des recherches et des expériences pour acquérir la certitude de sa découverte (1). C'est
(1) Voici le jugement qu'ea porte Hume, le célèbre tislorien de l'Angleterre (p. 243, t. IX , de la traduction française de Suard, édition publiée par 31. Campenon) : « Harvey possède la gloire d'être parvenu par le seul rai-
0) sonneraent, sans aucun mélange de hasard, à faire une » découverte essentielle dans l'une des plus iniportafites « parties des sciences. Il eut aussi le bonheur d'établir en i> môme temps sa théorie par les preuves les plus solides )) et les plus convaincantes; et ceux qui sont venus après î) lui n'ont presque rien ajouté aux arguments dont il n'eut » l'obligation qu'à lui-même. D'ailleurs, son traité de V la circulation du sang est embelli par celte chaleur et » celte noblesse qui accompagnent si naturellement le » génie d'invention.... On remarquera qu'aucun médecin » en Europe, parvenu à l'âge de quarante ans, n'adopta
1) jamais , pendant le reste de sa vie , la doctrine d'Harvey 01 sur la circulation du sang, et que la pratique de ce » grand homme dans la capitale diminua exlrtimement » par suite des reproches que lui attira celle importante » découverte : tant est lent le progrès de la vérité dans )) toutes les sciences , lors même qu'il n'est pas contrarié » par des prévenlions de parti ou par la superstition ! » Harvey mourut en 1657 , âgé de 79 ans. » .le n'ai pu résister au plaisir de transcrire ce passage de l'un des trois historiens dont s'enorgueillit l'Angleterre. Hume, Robertson et Gibbon sont les seuls historiens que les modernes puissent opposer à l'anliquilé. Voltaire les eiit surpassés sans doute , s'il se fùl borné à ce genre de composition, et s'il y eût employé, sans partage, toutes les forces de son prodigieux génie. Jusqu'.\ présent loutefois , . il leur est seul , parmi nous , jusqu'à un certain point, comparable.
alors qu'il la publia ; efpendant neuf ans encore il continua à l'étaj er sur do nouveaux faits, llarvey fut en butte aux attaques les plus vives et les plus iniques ; on cbercba à déverser sur lui le ridicule et le mépris : c'était presque un terme avilissant que d'être nommé un circulateur. Cependant, avec la patience du sage et la ténacité de l'homme do génie, il soutint celte lutte acliarnée , et en 1652, c'est-à-dire cinquante ans après le premier moment de sa découverte , il eut la satisfaction de voir triompher sa doctrine. La défection d'un homme éminent qui l'avait combattu jusqu'alors , et qui embrassa publiquement son opinion , acheva de porter le dernier coup à ses adversaires , et fit admettre universellement la théorie de la circulation telle que nous la possédons encore aujourd'hui. Le nom d'Harvey acquit une célébrité qu'il a toujours conservée ; et même , parmi les gens étrangers à la médecine , Harvey est connu par sa découverte comme Jenner par l'invention de la vaccine.
Harvey descendit dans la tombe avant que sa découverte de la circulation fût confirmée par l'inspection microscopique. Mais , en 1661 , Malpighi publia ses observations faites avec une simple lentille sur les poumons, le mésentère, et la vessie nrinaire des grenouilles. En 1688, Leuwenhoek contempla le même phénomène au moyen du mi- ( croscope , et depuis lors une foule d'observateurs ont ajouté leur témoignage à celui des deux savants que nous venons de nommer. Parmi ces nombreux témoins de la circulation sanguine , il nous suffira de citer le laborieux Haller, qui, avec le secours d'une lentille ordinaire , a pu voir sur la queue de la loche do rivière , cobitis aculeata , la plus grande artère se recourber et revenir sous la forme de veine capable de donner passage à la fois à plusieurs globules de sang. Ses observations , que nous avons souvent vérifiées, méritent la plus grande confiance (l) ; il n'en est pas de même de celles que Guillaume Covrper dit avoir faites sur le mésentère d'un chien et l'épiploon d'un jeune chat. Haller avoue avec sa candeur ordinaire , qu'il n'a jamais été assez heureux pour voir sur les animaux à sang chaud la circulation , ni même le simple mouvement du sang.
Il serait superflu , de nos jours , de s'attacher à démontrer l'exactitude de la découverte faite par Harvey ; aussi est-ce par le seul désir de ne faire aucune omission , que je rappellerai ici qu'on s'est assuré que les choses se passent de la manière indiquée plus haut , par la disposition des valvules du cœui* , des artères et des veines; par ce qui arrive lorsqu'on ouvre ces derniers vaisseaux, qu'on les comprime , qu'on les lie ou qu'on y injecte un fluide. Si l'on ouvre une artère, le sang qui jaillit
(I) Sed eliam , perindè ut Lciiwenliœkius , yidi in scde caiidce qiia: finis pruxima est, majiisculam arteriam ossiculi comilem , incurvatam, in vcnam reflecli, earoqiie multorum globorum capacem esse. Haec vidi, et microscopio solari adjiiliis, qiiod cnormiter objecla augel , et •vulgaliori» Icnlis ope, Alii verô pisciculi aliis constantiùs extra aquas vivunt ; mi cobitis aculeata ad hxc expérimenta aplior , et diuliùs «upcrsles visa est. El. Phys., lib. 111; § 23, p. 2i0.
do la plaie vient du côté du cœur; il vient an contraire des extrémités , si c'est une veine qu'on a blessée, ta compression ou la ligature d'une artère suspend le cours du sang au-dessous de l'endroit où elle est exercée ; le vaisseau se gonfle audessus : c'est au contraire au-dessous que les veines se dilatent lorsqu'on les lie ou qu'on les comprime. Enfin , une liqueur acide injectée dans les veines coagule le sang du côté du cœur.
L. Avant de suivre le trajet du sang dans les vaisseaux qui le renferment, il ne sera pas sans intérêt d'étudier la nature de ce liquide et les différences qu'il peut présenter , selon plusieurs circonstances , telles que l'âge , la constitution , les maladies.
Le sang est un liquide de couleur rouge dans les quatre classes d'animaux vertébrés : il est encore rouge dans les annélides ; il est blanc ou blanc-blcuàlre dans les mollusques; il est blanc et offre la transparence de l'eau dans les insectes et les crustacés; enfin, il est jaunâtre dans les holothuries et quelques autres invertébrés; dans l'homme, la couleur du sang, plus ou moins foncée suivant qu'on l'examine retiré des veines ou des artères, varie , quant à son intensité, suivant les divers (états de faiblesse ou de force. Il est d'un rouge vif dans les individus pleins d'énergie et de vigueur, moins coloré chez les hydropiques, et dans tous les cas où la constitution est plus ou moins affaiblie. On peut, à sa couleur, juger de toutes ses autres propriétés : sa consistance visqueuse est d'autant plus grande , sa saveur salée d'autant plus marquée , son odeur spécifique et flagrante d'autant plus forte , qu'il est plus coloré. Celle couleur est due à la présence d'un nombre prodigieux de molécules globulaires qui roulent et nagent dans un véhicule aqueux et trèsfluide. Quand le sang pâlit, la quantité de ces molécules diminue : elles semblent se dissoudre dans les cachexies.
Pour se faire une idée exacte du sang , il faut penser que tous les matériaux qui entrent dans le corps des animaux traversent ce liquide avant d'être assimilés aux organes, et que tout ce qui est rejeté au-dehors, sauf le détritus des aliments, transformé en matières fécales , a dû également en faire partie avant d'être expulsé.
Imaginez un courant rapide, un fleuve qui part du cœur , et va , en se distribuant par une foule de canaux, dans toutes les parties du corps , laissant dans chacune d'elles quelques-uns des éléments qui le constituent ; puis supposez que par d'autres couloirs ce fleuve remonte vers sa source , et qu'en chemin il reçoive de nouveaux éléments, venus soit du dehors, soit du dedans.
On a essayé de rechercher quelle eslla quantité de sang qui se trouve dans le corps d'un animal. Pour délcrniiner cette quantité, on prit unanimal, un chien , un agneau , etc. , on le pesa , puis on lui ouvrit un gros vaisseau ; on laissa couler le sang jusqu'à la mort de l'animal , et on pesa le liquide soigneusement recueilli. En employant ce moyen, Allen-Moulins, Lister, évaluèrent le rapport du poids du sang à celui du corps comme 1 est à 20. D'après cette estimation , la quantité de sang que
DE LA ClUCULATIOW.
renferme le corps d'un homme adulte devrait être de sept à huit livres. Plusieurs physiologistes ont recommencé ces expériences , et ils ont 'reconnu (|uele rapport trouvé précédemment était trop faible : ilsannoncèrentque le sang formait la dixième jiartie du poids du corps.
Mais toutes ces estimations spnt mensongères ; car il reste toujours du sang dans les vaisseaux , quelque moyen que l'on emploie pour faire périr l'animal. Ainsi, nous nous sommes assurés par des expériences faites sur des chiens , dont les gros vaisseaux incisés étaient maintenus ouverts jusqu'à cessation complète d'écoulement sanguin, et par la dissection d'individus qui avaient subi le supplice de la guillotine, que, dans tous ces cas , les vaisseaux renfermaient encore une quantité assez considérable de sang.
Ces observations prouvent que les évaluations faites par les physiologistes cités plus haut, sont audessous de la quantité réelle de sang que renferme le corps d'un animal. On a encore imaginé de mettre à profit certains écoulements sanguins morbides observés sur l'homme. 11 faut ici distinguer ceux qui se font en plusieurs fois , à des intervalles assez éloignés ; cas dans lesquels on a pu avoir 75 livres de sang en dix jours , 202 livres en un temps plus long, d'avec ces écoulements rapides qui , en vingt-quatre heures, ont produit 10 livres et même 30 livres de sang. Dans le premier cas , en effet, la quantité obtenue ne donne pas la mesure de ce que contiennent les vaisseaux ; car, comme nous le dirons plus loin, le sang se répare avec une extrême rapidité : il est même probable que, dans l'espace de vingt-quatre heures, il a dû y avoir une réparation de quelques livres chez ceux qui ont pu perdre pendant ce temps trente livres de sang. Estimons donc avec Quesnay et Fr, Hoffmann la quantité de sang d'un homme adulte à vingt-neuf ou trente livres ; ce qui établit le rapport de 1 à 4 ou 5 avec le poids total du corps.
La quantité relative du sang varie , 1* selon les âges; elle est plus considérable dans l'enfant que dans l'adulte. On trouve en effet chez l'enfant un nombre considérable de vaisseaux qui disparaissent avec le temps ; celte quantité diminue encore plus chez les personnes avancées en âge. La plupart des capillaires artériels sont, ainsi que le démontrent les injections, tout-à-fait oblitérés chez les vieillards. 2° Selon la constitution; certains individus ont une quantité de sang beaucoup plus considérable en proportion que d'autres ; ils ont alors ce qu'on nomme le tempérament sanguin.
Si on examine le sang au microscope , on voit qu'il renferme des globules. Depuis Leuwenhoeck, qui les a découverts , et Malpighi , qui les a vus en même temps, ces globules ont été aperçus par toutes les personnes qui les ont recherchés; ils ont été vus dans le liquide nourricier de tous les animaux.
N omLre. Ils sont plus nombreux dans le sang des oiseaux , pois des mammifères , puis des animaux à sang froid; ils sont plus nombreux aussi dans le «ang artériel que dans le sang veineux.
Grosseur. Ils sont plus gros dans le sang des animaux à sang froid que dans celui des animaux
à sang chaud. Mais leur volume peut-il être déterminé par l'inspection microscopique , seul moyen de les apercevoir ? S'il faut en croire sir Everard Home, le diamètre d'une molécule de sang humain serait de 1/200 de millimètre ou de 1/5000 de pouce anglais. Les mêmes molécules dans les animaux à sang chaud, et surtout chez les animaux à sang froid , seraient en quelque sorte plus grossières , s'il était vrai, comme l'affirme le même auteur (1), que le diamètre d'une molécule de sang de souris fût de 1/180 de millimètre, et pour la raie seulement, de 1/70.
Forme. Quant à la forme des molécules sanguines , Leuwenhoek , qui a donné l'idée de leur prodigieuse ténuité, en estimant leur volume à la millionième partie d'un pouce , les croyait sphériques. Hewson dit qu'elles sont annulaires et percées d'un trou central. D'autres les comparent à une lentille aplatie , qui, dans son milieu , présenterait une tache obscure. Il paraît que ces globules sont ovalaires dans le sang des animaux à sang froid, elliptiques dans les oiseaux; dans l'homme, ils sont arrondis : ils ne forment pas cependant une sphère parfaite ; on aperçoit à leur surface un point lumineux que quelques anatomistes ont pris pour un trou. D'après Schmith, ils sont tout-à-fait ronds; mais Béclard , MM. Prévost et Dumas disent qu'ils sont déprimés et lenticulaires. Du reste, ils sont, selon ceux-ci, solides et formés d'un noyau ou point rouge , recouvert par une vésicule membraneuse qui paraît se former et se détruire avec facilité ; et, selon d'autres , Home, par exemple, la matière colorante du sang ne pénètre point dans l'intérieur des molécules , mais les enveloppe simplement. Ces opinions furent généralement admises ; cependant elles ont été récemment controversées.
Ainsi M. Denis admet les globules, mais il ne leur reconnaît pas de noyau central fibrineux ; il pense que le globule est formé en entier de matière colorante, et que la fibrine de sang est dissoute dans ce liquide.
M. Raspail, qui est très-versé dans les études microscopiques, paraît avoir pris à tâche de renverser* toutes les opinions précédemment émises au sujet des globules sanguins : il prétend qu'on a mal observé ces globules, qu'ils n'ont ni forme ni volume déterminés, qu'ilsue sont point enduits de matière colorante, mais qu'ils sont incolores, semblables à des grains de fécule ; il dit que ce sont des fragments d'albumine coagulée qui se forment et se figurent par le mouvement du sang. Ils sont, dit-il, solubles dans l'eau, et ils disparaissent quand on étend d'eau le liquide dans lequel ils se trouvent. Dans son travail, M. Raspail réclame la priorité de ces idées sur Hodgkin cl Lystcr, et il cite à l'appui des opinions qu'il soutient une assertion de M. Fodera, que voici ;''c'esl que tout ce quia été écrit sur les globules fourmille d'erreurs. Ces propositions ne sont pas restées sans réponse. M. Donné, qui s'est également beaucoup occupé de travaux microscopiques, a démontré que les globules ne sont nullement solubles; que dans le cas même où M. Ras-
(I) Philosophical Transactions ^ année 1817.
ÉLÉMENTS DE I'UYSIOLOGIE.
pail disait ne plus les apercevoir, ils n'claient cependant pas dissous. M. Donne pense que le globule est formé d'une partie centrale , fibrineuse , aréplaire, dans les mailles de laquelle s'arrêtent de l'albumine en petite quantité, et surtout la matière colorante.
Outre les globules que je viens de décrire, il paraîtrait qu'il y en a d'autres plus petits. Hunier pense les avoir aperçus dans le sérum, Bauer dans un sac anévrisraal. On leur a donné le nom de globules séreux. Leur existence a besoin d'être confirmée.
Il y a quelques physiologistes qui maintenant encore rejettent complètement l'existence des globules. Ainsi, d'après Schultz, le sangeslun liquide homogène , vivant , formé de parties qui se repoussent, s'attirent, se composent et çe décomposent à chaque instant. Mais il a été réfuté par M. Dutrochet, qui a montré que ce physiologiste s'en était laissé imposer par des illusions microscopiques.
Le sang, étudié hors des vaisseaux, parait visqueux, de saveur salée, alcaline; ce qui est remarquable, puisqu'il donne lieu à des sécrétions acides telles que celles du suc gastrique, de l'urine. Sa couleur est rouge ; mais cette coloration est modifiée par le contact de différents gaz. Il laisse exhaler, en perdant sa chaleur, une vapeur aqueuse, fortement odorante, et, suivant quelques-uns { Moscali , Rosa, etc.,), un gaz auquel il doit toutes ses propriétés vitales, et dont la perte le réduit à l'état de cadavre, ce qui fait que son analyse ne peut, selon ces médecins , fournir de données utiles et applicables à l'explication des phénomènes delà santé et des maladies.
Cette odeur, extrêmement forte dans les carnivores, est assez prononcée chez l'homme, surtout dans le sang des artères. Je me rappelle l'avoir conservée pendant tout un jour dans la gorge, après avoir levé un appareil, et arrêté une hémorrhagie qui dépendait du relâchement des ligatures, huit jours après l'opération de l'anévrisrae à l'artère poplilée.
Le principe odorant du sang est analogue à celui de la sueur de l'animal : il peut être mis en liberté en versant sur lui de l'acide sulfurique. M. Barruel, qui est l'auteur de cette découverte, a fort bien reconnu du sang de pigeon qu'on lui a présenté à l'Académie de médecine : cependant MM. Soubeiran et Denis disent que l'odeur qui se dégage alors est le résultat de l'action de l'acide sulfurique sur le sang ; ce qu'il y a de certain , c'est qu'on n'a pu encore isoler ce principe odorant.
Si, en l'agitant, on ne prévient la coagulation du sang à mesure qu'il se refroidit, sa consistance augmente, et, livré au repos, il se sépare en deux parties bien différentes, l'une aqueuse , presque sans couleur, plus pesante que l'eau commune, manifestement salée : c'est le sérum, formé d'eau, qui tient en dissolution un grand nombre de substances.
Quoique analogue au blanc d'oeuf, le sérum en diffère, parce que, en se concrétant, il forme une masse moins homogène et moins solide. L'albumine y est souvent mêlée d'une portion de gélatine transparente et non coagulable par la chaleur. L'avidité (le l'albumine pour l'oxigènc autorise à présumer qu'à travers les parois très-minces des vésicules
aériennes des poumons, le sérum s'empare de ce H principe, et donne au sang artériel l'état écumeuxH qui forme une de ses qualités distinclives. Cette oxi-H dation, ainsi que la fixation du calorique qui l'ac'H compagne, augmentent également sa consistance.H Cependant l'albumine ne se concrète pas, parce^l qu'elle est perpétuellement battue et agitée parles^! forces circulatoires, parce qu'une suffisante quan-^l tité d'eau l'étend et la délaie ; parce que la chalearH animale, qui ne s'élève jamais au-dessus de 32 èlfl 34 degrés, ne peut solidifier l'albumine, qui ne se iB prend qu'au 50^ (thermomètre de Réaumur), eten-tti fin parce que le sérum contenant une certaine qiian- l ■ tité de soude à nu, qui lui donne la propriété de:^! verdir les couleurs bleues végétales, cet alcali con- jl court à maintenir la dissolution de l'albumine, qu'il il fluidifie lorsque les acides, l'alcool ou la chalcur tl l'ont concrélée. il
Au milieu du sérum et à sa surface flotte aniM gâteau rouge , spongieux , solide ( insula) , formé» de fibrine, qui emprisonne dans ses mailles de lajH matière colorante et de l'albumine. Si la coaguIa-H tion se fait lentement , la fibrine monte à la surfacejH du caillot, et forme cette couenne connue sous leH nom de couenne inflammatoire. Saproduclion, plasH facile dans le sang qui provient de personnes affec-H tées d'inflammation , ne tient pas à ce que le sang, H dans ces cas, contient une pins grande quantité deu matière fibrineuse , mais bien à ce qu'alors la coa-|ft gulation s'opère plus lentement que dans les casU ordinaires. Dans ces cas de coagulation lente , lell caillot est beaucoup plus dur ; il l'est aussi davan-SI tage chez les personnes très-sanguines. La surface il supérieure du caillot est déprimée et cupuliforme.||l
Quelle est la cause de la formation du caillot?|U On a dû penser d'abord que c'est le refroidissement:M mais plusieurs faits ne permettent pas d'admettreiW cette opinion. En effet , on a retiré de la mer un||l poisson dont le sang , dans ses vaisseaux , était aa-M dessous de la température de l'atmosphère : lelll sang qui s'est écoulé des vaisseaux , quoique placé|ul dans un milieu plus chaud que le corps de l'animalll d'où il provenait, ne s'en est pas moins coagulé. H Bien plus , Hewson et autres ont fait geler du sang au momentoùon venaitdclerecueillirde la veine, i en le soumettant brusquement à une température «i extrêmement basse: ce sang ayant été dégelé et » rendu liquide, s'est ensuite coagulé très-régulière- \ ment. Ce n'est donc pas l'abaissement de tempéra- l ture du sang qui produit le phénomène de la coa- , gulation du sang. Est-ce le contact de l'air ? Pas 1 davantage; car la coagulation du sang s'opère même î1 quand il séjourne dans les vaisseaux du cadavre, i ou sous le récipient de la machine pneumatique. '1 Est-ce le repos? Cette opinion paraît au premier a abord plusadmissiblc ; car , d'une part, le sang qui vi reste liquide dans nos vaisseaux y est toujours en i mouvement; d'une autre part, le sang sorti des > vaisseaux et agité dans un vase, y reste liquide tant J qu'il y est en mouvement ; mais cette liquidité t n'est qu'apparente. Ainsi , il y a deux ans qu'à 3 Edimbourg on a constaté que, quoiqu'il n'y eut >( pas do caillot unique formé dans un sang long- M temps agité , il s'était néanmoins produit une * foule de petits caillots cpars, isolés, qui , recueil- ^
DE LA CIRCDLATIOW.
is , offrirent la même composition que celle du ailiot unique provenant de la coagulation paisible lu sang.
La véritable cause de ce phénomène est la cesation de l'influence des parties vivantes sur le sang. )n a vu , en effet , le sang épanché dans la tunique aginale y séjourner pendant soixante jours , et -^pendant conserver toute sa fluidité; on sait que es bosses sanguines qui se forment à la suite des onlusions du crâne peuvent rester , avant d'être ésorbées, pendant un temps fort long, sans cecMidant perdre leur fluidité. Il y a plus , on a vu le aiig sucé par une sangsue , et retiré un mois et lomiaprès du corps de l'animal, se coagulercomme il venaitde sortir des vaisseaux qui l'avaient conenu d'abord. M. Denis considère le phénomène le la coagulation comme le résultat de la cessation lo la vie dans le sang. La fibrine , qui selon lui est, endantla vie, dissoute dans le sang par les forces niales, redevient solide quand le sang a cessé de uvre. Cette opinion serait admissible , si la fibrine :i'était déjà solide dans le sang contenu dans ses y aisseaux ; et l'immense majorité des physiologistes et des chimistes professe cette dernière ipinion.
Il est des cas dans lesquels la coagulation du iang s'opère même pendant la vie : ainsi , le premier phénomène de l'inflammation d'une veine est ia coagulation du sang qu'elle renferme. Dans le ^pbacèle, le sang des artères qui traversent les parties gangrénées est inévitablement coagulé, et c est un des moyens dont la nature se sert pour /opposer à l'hémorrhagie qui suivrait la chute des 'scharres , si les artères n'étaient oblitérées. Ces t aillots s'étendent quelquefois fort loin. Thomson (iilque dans un cas de sphacèle delà cuisse, le caillot remontait jusque dans l'aorte. Enfin , les cavités du cœur se remplissent de caillots que les anciens prenaient pour des polypes, que les modernes ont reconnu pour des caillots sanguins. La plupart de ces caillots se forment après la mort; mais quelques-uns, plus consistants, ont dû certainement s'organiser dans les dernières heures, ou même dans les derniers jours de l'existence.
En regard des circonstances où l'on voit le sang se coaguler, nous placerons des exemples dans lesquels le sang reste fluide, quoique placé hors de l'influence des parties vivantes. Hunier, Béclard, et line foule d'autres auteurs , ont constaté la fluidité du sang à la suite de ces morts violentes dans lesquelles le système nerveux a été vivement ébranlé, ( omme après l'action de la foudre, certains empoisonnements, l'asphyxie , etc. Une expérience récente et cruelle nous a appris que le sang avait perdu la faculté de se coaguler chez les individus morts du choléra.
Se dévcloppe-t il de la chaleur pendant le phénomène de la coagulation ?Scudamore a répondu ()ar l'affirmative; mais Davy et Denis ont constaté que ce dégagement n'existait pas.
Enfin, il se forme des gaz qui creusent l'intérieur du caillot , et y restent emprisonnés do la même manière que le gaz acide carbonique creuse 1 épaisseur du gluten pendant la fermentation pauaire.
Le caillot du sang qui provient d'une saignée , présente une forme et une épaisseur qui n'ont rien de constant, et qui peuvent varier selon que le sang appartient au commencement, au milieu ou à la fin de la saignée , qu'il sort en bavant ou par jet , qu'il est reçu dans un vase de telle ou telle forme, etc.; aussi les médecins ont-ils cessé d'attacher à l'inspection du caillot l'importance que les anciens mettaient à cet examen.
Y a-t-il des gaz en circulation avec le sang? Girtanner prétend avoir vu se dégager de l'oxigène du sang de brebis recueilli sous une cloche ; mais les recherches ultérieures des chimistes n'ont pas confirmé celte assertion. Quant à l'acide carbonique, il y a eu de nombreuses controverses. M. Brand , étudiant avec sir Éverard Home les modifications que le sang éprouve en se coagulant , a reconnu que le sang artériel et le sang veineux renferment l'un et l'autre du gaz acide carbonique dans la propoTlion de deux pouces cubes de gaz pour chaque once de sang. Cet acide se dégage sur-le-champ , quand on place quelques gouttes du fluide encore chaud sous le récipient d'une machine pneumatique (1). Vogel a reconnu la présence de cet acide dans le sang veineux ; cependant J. Davy a comhattu celte opinion. Selon lui, le gaz acide carbonique qui se dégage du sang ne provient pas de ce liquide, mais de l'air atmosphérique , le sang trèsavide de gaz acide carbonique absorbant celui de l'air, pour le laisser dégager ensuite. En outre , le gaz qui se dégage peut avoir deux autres sources : l'une , dans la combinaison directe de l'oxigène de l'air avec le carbone du sang; l'autre , dans l'altération cadavérique de ce liquide. Enfin , J. Davy prétend avoir fait bouillir du sang veineux sans oblejnir de dégagement de gaz; et l'alcalinité du sang, que ne détruit pas l'addition d'une certaine quantité d'acide carbonique , lui paraît une dernière preuve que ce gaz n'est pas contenu à l'élat libre dans le sang pendant la vie.
Mais M. Collard de Martigny , d'après une suite de recherches et expériences dont le résultat, s'il est exact, doit avoir des conséquences bien importantes en physiologie , pense qu'il se produit de l'acide carbonique dans l'épaisseur de tous les tissus pendant l'acte de la nutrition; que cet acide circule avec le sang veineux , et est rejeté par le poumon. MM. Orfila et Barruel ne mettent pas en doute l'existence de l'acide carbonique dans le sang ; ils pensent qu'il n'y a rien à répliquer à Texpérience de Vogel, qui recueillit du sang sous une cloche remplie de mercure et d'une certaine quantité d'eau de chaux , et qui aperçut des torrents de carbonate de chaux (c'est son expression) se former dans le haut du vase.
Le sang contient de l'eau en grande proportion , soixante-dix à quatre-vingt-six parties sur cent. Dans cette eau , il y a des substances en suspension et d'autres en dissolution.
Les substances en suspension sont la matière colorante , la fibrine , et peut-être le fer.
1° La matière colorante. Incinérée, après avoir
(I) Transactions iihilosopliiqit es , année 1827, 2' imi-
ÉLÉS1EHT8 DE PllYSIOLOGIB.
donné beaucoup d'ammoniaque dans sa combustion , elle laisse des cendres qui ne font que la centième partie environ do son poids , et contiennent, suivant Berzélius (Annales de Chimie I. LXXXÎlI, p. 45), 55 parties d'oxidede fer, 8 parties et demie do phosphate de chaux , et un peu de magnésie; 17 parties et demie de chaux pure, et 16 parties et demie d'acide carbonique. Mais il est aujourd'hui démontré que le principe colorant du sang est un principe immédiat des animaux formé d'hydrogène , d'oxigène , d'azote et de carbone, et ne renfermant pas un atome de fer. La proportion de cette matière est fort abondante dans le sang : selon M. Lecanu il y en a 0,1 33 , et de 4 à 22 centièmes selon M. Denis. Cette substance, quoique soluble dans l'eau , est en suspension dans le sang à cause des autres substances que renferme ce liquide , et qui empêchent sa dissolution : on l'a nommée globuline ou hématosine.
2" Le fer. Si l'on traite le sang par le feu , qu'on le calcine , qu'on le pulvérise , et qu'on présente à celte substance ainsi porphyrisée une pierre d'aimant , l'attraction magnétique y démontre la présence du fer. Les auteurs sont peu d'accord sur la quantité de ce métal qne le sang peut contenir. Menghini pense qu'il en fait la centième partie; d'autres soutiennent que sa proportion est de 1 à 503 : ce qui porte à croire que ce principe constituant du sang, comme les matériaux de tous nos liquides, peut varier en quantité, suivant une foule de circonstances. Selon MM. Lecanu et Denis, ces variations seraient en rapport avec celles de la matière colorante , dont le fer suit toujours la proportion.
Blumcnbach prétend que l'on ne trouve du fer que dans le sang calciné; qu'il n'en présente point si on l'abandonne à une lente dessiccation. Selon Fourcroy , le fer existerait dans le sang combiné avec l'acide phosphorique , et formerait avec cet acide un phosphate de fer avec excès de base. Ce sel se décompose par la calcination ; le fer reste à nu et devient altirable à l'aimant. Les physiologistes regardaient alors le fer oxidé et existant dans le sang comme la cause de la coloration de ce liquide.
Le chimiste que nous venons de citer avait cru reconnaître que la couleur rouge du sang est due à la présence du phosphate de fer, qui, arrivé blanc dans ce liquide avec le chyle qui lui sert de véhicule , passerait dans les poumons à un état plus avancé d'oxidation. C'est dans l'oxidalion du fer, et dans l'absorption de l'oxigène par l'albumine pendant l'acte respiratoire, que consisterait , dans cette hypothèse, Vhématose ou la sanguification , dont les poumons sont les principaux organes. Cette théorie de Fourcroy , sur la cause à laquelle le sang doit sa couleur, depuis lui , combattue par plusieurs chimistes , est tout-à-fait abandonnée, depuis surtout que l'on a reconnu que la partie colorante de ce fluide pouvait être obtenue isolément et tout-à-fait exempte de fer. On ne sait du reste dans quelle espèce de combinaison le fer se trouve engagé.
3° La fibrine. Substance solide qui, blanchie par de» lolions multipliées, présente l'aspect d'un feu-
tre dont les filaments entrecroisés sont extentiblei et très-élastiques ; elle est d'une nature semblable à la fibre musculaire, et, distillée, donne comme elle une grande quantité de carbonate ammoniacal. La fibrine existe-t-elle dans le sang sous forme solide ; s'y trouve-t-elle fondue et mêlée a autres parties constituantes du liquide , comme l'indique l'heureuse expression de chair coulantt dontBordeu, en parlant du sang, s'est servi le premier?
Nous avons vu, en parlant de la formation di caillot, que le plus grand nombre des physiologistes et des chimistes se prononçait pour la première opinion.
Les corps que le sang renferme en dissolutioa sont :
r L'albumine, substance fort abondante : son rapport est de 4 à 6 centièmes.
2° Une matière grasse analogue à celle da cerveau. Déjà Hunter avait eu, pour ainsi dire, le pressentiment de son existence ; car il dit, sans pouvoir le prouver, que le sang renferme une matière analogue à la matière nerveuse. Plai tard , M. Vauquelin a découvert dans ce fluide le phosphore. Enfin, M. Chevreul a trouvé une huile grasse, phosphorée, qui ressemble parfaitement à celle que renferme la substance nerveuse. On lui a donné différents noms. Sa composition n'est pas celle des corps gras, puisque, avec l'oxigène , l'hydrogène et le carbone , elle renferme da phosphore et de l'azote : elle est soluble dans les sels de soude; c'est elle qui, selon M. Denis, colora le sérum en jaune.
3° M.Denis dit avoir trouvé une huile phosphorée blanche. ,
4° Déplus, il y a une matière qui est de l'on, mazome selon M.Denis, et que M. Lecanu a nom* mée extraclif. >
5" Enfin, on trouve différents sels, de l'hydror chlorate de soude et de potasse, des phosphates, carbonates et sulfates alcalins, du sous carbonate do chaux et de magnésie , et des phosphates de même base.
Outre ces parties qu'on retrouve toujours dans le sang , il en est d'autres qui s'y rencontrent accidentellement. Âinsi , Tintroduction de nitrate ou de prussiate de potasse dans l'estomac est suivie, au bout de quelque temps du passage de ces matières dans le sang. Le principe colorant de la rhubarbe, le principe odorant du camphre et autres substances se retrouvent dans le sang , après avoir été introduits dans les voies digestives.
Il y a des différences entre le sang artériel et le sang veineux : ainsi l'artériel contient moins d'eaa, plus de globules , plus d'hémalosine ; il est d'une couleur écarlate; enfin, il renferme un peu plus de fibrine et moins d'albumine. Le sang veineux offre des qualités contraires; de plus, sa couleur est d'un rouge foncé : enfin , il contient de l'acide carbonique. Ces différences sont peu nombreuses ; les chimistes n'en peuvent signaler d'autres, et pourtant quelles différences immense» entre les propriétés de l'un et de l'autre pendant la vie!
DE LA CIRCTJLATIOIÏ.
Le sang des capillaires diffère-t-il de celui que .us yenons d'étudier ? Pallas l'a avancé , et il s'est puyo sur les recherches qu'il a faites sur du sang il recueillait du tube digestif des sangsues , après , avoir appliquées sur la peau de l'horame : il l'a luvé plus riche en principes nutritifs; mais on ut penser que ce sang avait été altéré par son ntact avec la surface vivante des organes digestifs > sangsues.
On s'est encore demandé si le sang était le même ns les diverses parties du corps, et celle question, i n'est plus même posée aujourd'hui , a été loni'ment débattue par quelques physiologistes anus. Ajnsi, Nesbil avait prétendu que le sang lancé lis les parties sus-diaphragmatiques était plus aud , plus aéré que l'autre ; il soutenait que les Lianes agissaient à distance sur le sang de telle le, que celui qui arrivait aux glandes salivaires ait plus écumeux, plus salé , etc. Quoiqu'il suffise I xposer de pareilles théories pour les réfuter, uallois a cru devoir, par des expériences, en déontrer la fausseté , et il a fait un long travail où s'est attaché à prouver que le sang arrive avec la èrae composition , les mêmes propriétés , dans utes les parties du corps.
Le sang veineux est-il le même partout? Ici , je ivoue, je n'éprouve aucune répugnance à admettre le ce sang ne soit pas identiquement le même ms toutes les parties du corps : on ne peut douter le celui qui circule, chargé du produit de la diges- )a et des absorptions lymphatiques, ne soit pas le ème que celui qui n'a encore subi aucun mélange ce le chyle et la lymphe; mais je crois de plus le le sang qui revient des intestins par les veines >araïques n'est pas le même que celui des veines -hépatiques ; que celui-ci diffère du sang qui itd'un muscle, etc. D'ailleurs, certains organes raissent entièrement destinés à modifier le sang i les pénètre : telle est probablement la rate, tel t probablement le corps thyroïde ; mais pour en le certain, il faudrait avoir recueilli le sang des ines thyroïdiennes inférieures et l'avoir comparé i clui des autres parties.
Y a-t-il des différences selon l'âge , les constituons? M. Denis a fait à ce sujet des recherches
I il a consignées dans un travail étendu et paritement fait ; il en résulte que la proportion entre au et l'albumine du sang ne change jamais ; quel le soit d'ailleurs le rapport de ces substances aux lires parties qui entrent dans la composition
II sang: dans toutes ses expériences, les plus 1 landes différences ont été de 4 à 6 centièmes.
Il en est de même à peu près de la fibrine et des aatières qui sont en dissolution dans le sang : ceci ' ous apprend à ne plus nous étonner du résultat ■es observations faites par Deyeux et Parmentier , lù l'on a vu le sang de la douzième^ de la quin- «ième , de la vingtième saignée , faites sur le même «ndividu à intervalles très rapprochés , ne donner 'ucune différence dans les phénomènes de sa oagulation et de la couenne qui recouvrait le cail- "«ol; où l'on a vu le sang des scorbutiques s'offrir îmcore avec les mêmes qualités que celui des au- «re» individus. Mais il n'en est pas de même du "rapport de l'hémalosine , matière qui est en si
grande quantité dans le sang. M. Denis s'est assuré que chez un homme athlétique et bien nourri, il y avait vingt-deux parties d'hématosine contre soixante-dix d'eau , tandis que chez un homme maladif, soumis à des pertes abondantes , et usant de peu de matériaux réparateurs, il n'y avait plus que six parties d'hématosine et quatre-vingt-dix parties d'eau. M. Denis a de plus reconnu que cette proportion ne variait pas en peu de jours chez le même individu; mais qu'il fallait plusieurs mois, plusieurs années de l'action continuée de la même cause fortifiante ou débilitante pour produire l'excès ou la diminution de l'hémalosine : voilà pourquoi l'on ne peut promptement changer la constitution d'un individu. Mais si on relire du sang , le résultat est différent : ce fluide se répare avec rapidité dans tous ses éléments , sauf toutefois l'hémalosine. Une conséquence facile à tirer se déduit de ces notions : c'est que la saignée , surtout la saignée abondante , ne doit être faite qu'avec ménagement chez les individus faibles, puisque chez ceux-ci déjà l'hémalosine est en petite quantité , et que sa proportion sera pour long-temps diminuée par l'effet de la saignée. Le fœtus dans le sein de sa mère renferme une proportion considérable d'hématosine , elpourtaut , chose remarquable , le sang du fœtus ne contient pas beaucoup de fibrine. A la naissance , la proportion d'hématosine diminue , et l'eau devient prédominante pendant les premières années ; un rapport inverse s'établit ensuite vers l'âge adulte. Enfin , chez le vieillard , le sang redevient plus aqueux, plus même qu'à toute autre époque de la vie. Il résulte de là que le rapport de l'hémalosine à l'eau est plus considérable avant la naissance qu'à toute autre époque , qu'ensuite vient l'âge adulte, puis l'enfance, puis enfin la vieillesse. Il n'en faut pas conclure que le sang des vieillards soit nécessairement très-aqueux; les personnes d'une bonne conslilution et qui usent d'une alimentation très-riche , peuvent conserver jusqu'à un âge très-avancé la prédominance de l'hémalosine sur les autres éléments du sang. On voit plusieurs vieillards qui sont obligés de recourir de temps en temps à la saignée, afin de remédier aux accidents qui résulteraient d'un sang trop riche en hématosine , et par-là trop excitant.
Un sujet d'une haule portée physiologique consiste dans la recherche du rapport qui existe entre le sang et les parties qui entrent dans ce liquide ou en sortent.
1° Avec les parties qui entrent. L'hémalosine n'est pas dans les aliments ; il faut donc qu'elle soit fabriquée de toutes pièces ; quant aux globules, on les retrouve déjà dans le chyle et la lymphe , sauf l'enveloppe de matière colorante. Nous verrons que celte matière colorante se produit dans l'acte de la respiration.
Du reste, on a trouvé dans les aliments la fibrine, l'alburaine , la graisse phosphorée , qui existe peutêtre ailleurs que dans la matière nerveuse des animaux qui nous servent d'aliments; tous les sels diï sang. Je n'oserais cependant affirmer que ce soit la même fibrine , la même albumine des aliments qui soient plus lard en circulation dans le sang.
2° Avec les parties qui sortent. L'hémalosine ,
quoique portée dans tontes les parties du corps, et quoique paraissant être l'agent excitateur de toutes les fondions que sollicite l'abord du sang , n'abandonne nulle part ce liquide ; de telle sorte qu'on ne peut la retrouver nulle part ailleurs que dans le sang. C'est ce qui explique peut-être comment les personnes qu'incommode l'hématosine par sou excès, ne peuvent être promptement soulagées que par la saignée. La fibrine se retrouve très-abondante dans nos muscles; mais on ne peut croire que ce soit une simple coagulation de proche en proche de la fibrine du sang qui produise la fibre musculaire , quoique , dans la coagulation du sang dans un vase , on voie le caillot prendre jusqu'à un certain point l'apparence de la fibre musculaire , et être agité de mouvements, comme ceux qu'offre la surface dénudée d'un muscle encore vivant. L'albumine se retrouve dans la plupart des fluides sécrétés et dans beaucoup de nos tissus. Le fer ne se rencontre pas bien évidemment ailleurs que dans le sang ; on ne sait quels usages il remplit : on pourrait croire qu'ils sont en rapport avec ceux de l'hématosine , en voyant les préparations ferrugineuses procurer des résultats avantageux chez des personnes peu riches en hémalosine, comme cela se remarque chez les femmes chloroliques. La plupart des sels se retrouvent dans nos tissus; les os en contiennent un nombre et une proportion considérables.
Le cerveau recèle les matières grasses trouvées dans le sang. On peut donc dire que la plus grande partie des objets que renferme le sang se retrouvent soit dans nos tissus , soit dans les fluides sécrétés; mais ce serait trop généraliser ce fait, que de dire que nos tissus ou les fluides sécrétés ne contiennent autre chose que les principes du sang , et que la nutrition n'est que le passage et l'arrêt des matériaux du sang dans nos tissus, et le retour de ces matériaux dans le sang après un temps plus ou moins long. Il est en effet une foule de principes qui n'ont pu être démontrés dans le sang, et qui se retrouvent dans les organes, comme la matière noire de la chloroïde ; ou dans les fluides sécrétés, comme la cholestérine, l'acide urique , la matière salivaire, etc.
LL Des altérations du sang. Non-seulement les humeurs s'altèrent, changent de composition , de qualité et de nature, lorsque l'action des solides éprouve elle-même quelque altération; mais encore le système absorbant peut introduire dans la masse de nos liquides des principes hétérogènes , source évidente de plusieurs maladies. C'est de cette manière que se transmettent tous les principes de contagion, les virus de la petite-vérole, de la syphilis , delà peste, etc. C'est ainsi qu'à la longue l'usage habituel des mêmes aliments produit dans nos humeurs une crâse , ou composition particulière, laquelle a sur les solides organisés une influence qui peuts'élendre jusqu'au moral.
La diète purement végétale porte dans le sang, selon Pythagore , des principes doux et tempérés ; ce fluide excite modérément les organes ; et cette mesure, dans l'excitation physique de l'individu, rend pour lui plus facile l'observation des lois de la tempérance, source première de toutes les ver-
tus. Ces observations de l'ancienne philosophie su l'influence du régime ont sans doute conduit leui auteurs à des résultats exagérés; mais on ne doi point non plus les regarder comme tout-à-fail d( pourvues de fondements solides. Les espèces carni r vores se distinguent par leur force, leur courage i leur turbulence , leur férocité ; les peuples sauvage» et chasseurs, qui se nourrissent de chairs cruesl-. sanglantes et palpitantes , sont les plus féroces dejjt hommes; et parmi nous, au milieu de ces scènc|i d'horreur dont nous avons été long-temps témoinli et victimes, on a remarqué que les bouchers figu^ raient comme principaux acteurs dans les raassacr^ji et dans tous les actes d'atrocité et de barbarie. Jti|r sais bien qu'on a expliqué ce fait constant en disaiii. que l'habitude du sang et du meurtre des animaulK les avait accoutumés à verser le sang des hommesé mais , sans rejeter cette cause morale , qui est trèi réelle , je pense qu'on doit y ajouter , comme causl! physique , l'usage journalier et abondant des su stances animales , l'air chargé d'émanations de I| même espèce , au milieu duquel ils vivent , qui leM pénètre et contribue à leur donner un embonpoiif quelquefois excessif.
La plasticité,la concrescibilité du sangdiminuati dans toutes les maladies asthéniques ou par débilité^ telles que les fièvres putrides , le scorbut, deD|i causes doivent être assignées aux hémorrhagies qi^ surviennent dans ces maladies ; savoir , le relàch($i ment des vaisseaux et la dissolution du liquide. Danil le scorbut, le tissu des capillaires est relâché, sejf mailles sont agrandies, le sang passe rouge dans ce^ vaisseaux, transsude à travers leurs parois, et form^j des taches scorbutiques. J'ai vu quelquefois cei^ ecchymoses ou transsudations sanguines cutanée»; s'étendre à la peau de tout le membre inférieur. Lei pétéchies , dans la fièvre putride , se forment de U même manière, et dépendent également du relal chement des petits vaisseaux, et de la plus grand|(? liquéfaction du sang, dont les molécules sont moinjlicohérentes , et s'abandonnent à une disgrégatioi; plus facile.
J'ai fait, dans l'été de l'an 1801 , l'amputatiol du bras à un vieillard sexagénaire , pour un ulcèn» rongeant et variqueux, qui, depuis trente année^ occupait une partie de la surface de l'avant-bras et se prolongeait jusqu'au coude. Tous les assistant! remarquèrent que le liquide sortant desartères éta3 bien moins rouge que celui que fournissaient lei mêmes vaisseaux surunjeunehommeàquila cuis5« venait d'être amputée pour une carie scrophuleus» de la jambe ; etque le sang veineux était totalemenip dissous , violacé et semblable à une Icintnrc léger* ;l de bois de Brésil. Ce sang ne se coagula point comra* n celui du jeune sujet ; on le vit se liquéfier , et se réi 9( soudre en une sérosité chargée de quelques gru| \ '' meaux peu colorés. l\
Ceux qui ont cherché dans les altérations du saii( el des liquides la cause de toutes les maladies son tombés dans des erreurs aussi graves que les soli distes outrés, qui professent que toute maladie nai i du dérangement d'action dans les solides, et qu( toute altération des humeurs est consécutive à c( dérangement. Les partisans de la médecine humo raie ont ccriaiucmcnt été trop loin: ils ont adini!
DE LA CIRCULATION
lans les liquides animaux des états à'acidite, d'aZalescence , d'acn'mome, etc. , dont rien ne peut rouver l'existence. Les solidistcsontété également lu-delà de la vérité , en disant que toute altération )riniitive des liquides était imaginaire , et que la nédecine humorale n'avait aucune base certaine, stalh rapporte que le sang d'une jeune femme ju'on saigna pendant un paroxysme d'épilepsie lait absolument coagulé , comme si le liquide eût )arlagé la roideur des organes mulculaires. Quel- [ues auteurs disent avoir vérifié cette observation ; ■lais je n'ai jamais pu apercevoir de différence sensible entre le sang d'un épileptique et celui d'un mire individu du même tempérament, du même ige , soumis au même régime ; et remarquez que , i)Our faire une comparaison sûre de nos humeurs, il faut que tout , dans les individus qui les fournisent , soit semblable , à l'exception de la différence que l'on veut apprécier. En effet , le sang n'a pas exactement le même aspect , ne se coagule point de la même manière , lorsqu'on le tire d'un enfant, d'une femme, d'un vieillard, d'un homme qui vit dans l'abstinence , d'un individu qui use d'une nourriture abondante , etc.
Les altérations du sang sont néanmoins renfermées dans des limites plus étroites que celles des autres liquides. La lymphe , les humeurs sécrétées se prêtent à des mélanges , et paraissent , dans certains cas , presque entièrement différentes de ce qu'elles sont ordinairement. Le sang , au contraire, mu par un cours rapide et vivement agité, incessamment soumis au contact de l'air dans le tissu pulmonaire, élabore et rend semblablesà lui-même les substances les plus hétérogènes, ou s'en débarrasse par diversémonctoires, lorsqu'une peutparvenir à les assimiler. On s'est assuré que l'on pouvait introduire dans le sang des quantités énormes de bile, en injectant lentement et à plusieurs reprises deux onces de ce liquide chaque jour. Quel- (jues minutes après cette injection, le sang retiré et soumis par M. Thénard à l'analyse chimique n'a pas offert un seul atome débile. L'introduction de ! la bile provoquait un léger trouble dans l'action des < organes sécrétoires. Le sang des vénériens , des I hydrophobes et des pestiférés ne peut servir à l'i- I noculalion de ces maladies; la lymphe et les hu- ! meurs sécrétées paraissent seules en contenir les r germes, bientôt altérés par les organes circula- " toires, ou rejetés lorsque la lymphe viciée les dét pose dans la masse du sang.
LIL De la transfusion du sang. Au milieu des disputes que fit naître la découverte de la circula- ' lion, quelques médecins conçurent l'idée de renouveler en entier la masse des humeurs dans les individus chez lesquels on les supposait altérées, ' en remplissant leurs vaisseaux du sang d'un animal ou de celui d'une autre personne bien portante. • Richard Lower, connu par son Traité du cœur, ; 1 exécuta le premier sur des chiens en 1665. Deux . années plus tard, la transfusion fut faite à Paris sur des hommes; l'on en conçut d'abord la plus haute espérance: on crut que par ce procédé nouveau, auquel on donna le nom de chirurgie transfu- *oire, tous les remèdes allaient devenir inutiles; qu 11 suffirait désormais , pour guérir les maux les
plus graves et les plus invétérés , de faire passer le -sang d'un homme vigoureux et sain dans les veines des malades : on alla même plus loin ; et, réalisant en espoir la fontaine fabuleuse de Jouvence , on ne se promettait rien moins que de rajeunir les vieillards parle sang des jeunes , et de perpétuer ainsi la durée de la vie. Toutes ces brillantes chimères ne tardèrent pas à s'évanouir. Quelques hommes soutinrent l'expérience sans en éprouver aucun bien remarquable; d'autres furent agités d'un délire furieux: un jeune garçon de quinze ans devint stupide après deux mois d'une fièvre aiguë. L'autorité publique intervint, et défendit ces entreprises dangereuses.
Les expériences relatives à la transfusion du sang furent répétées sans succès à l'Académie des sciences. Perrault y combattit cette nouvelle méthode, et prouva qu'il était bien difficile qu'un animal s'accommodât du sang d'un autre animal; que ce liquide, quoiqu'en apparence semblable à luimême dans deux individus du même âge , différait autant que les traits de leur visage , leur caractère , etc. ; qu'ainsi on introduisait un liquide étranger , qui, portant aux organes une irritation à laquelle ils ne sont point accoutumés, devait susciter mille désordres dans leur action; que si l'on oppose, ajoute ce médecin judicieux, l'exemple des greffes , où le suc d'un arbre en nourrit un autre de différente espèce, il est aisé de répondre que la végétation ne dépend ni d'un si grand appareil de mécanique , ni d'une mécanique si fine que la nutrition des animaux, et qu'on peut bâtir une cabane avec toutes sortes de pierres prises au hasard, au lieu que, pour un palais, il faut des pierres taillées exprès; de sorte qu'une pierre destinée à une voûte ne peut servir ni à un mur, ni même à une autre voûte (1).
En confirmation de ces remarques judicieuses viennent les expériences toutes récentes (1824) de MM. Dumas et Prévost de Genève. Comme les dimensions et la forme des globules du sang sont différentes dans chaque espèce, on tue l'animal chez lequel on infuse le sang d'une autre espèce; c'est ainsi qu'un quadrupède, dont le sang présente des globules circulaires, meurt en offrant tous les symptômes d'un empoisonnement, si l'on injecte dans ses veines le sang d'un oiseau, dont les globules sont elliptiques.
On pourrait, au moyen d'un tube recourbé, faire passer avec facilité le sang artériel d'un animal dont on ouvrirait.la carolide dans la veine saphcne d'un homme, dans la jugulaire interne, ou dans quelqu'unedes veines sous-cutanées de l'avant-bras ; mais les expériences sur les animaux vivants font présumer qu'il serait extrêmement difficile de le pousser dans les artères. Ces vaisseaux, pleins de sang pendant la vie, résistent à une distension ultérieure. Les capillaires qui les terminent se crispent, se resserrent et refusent de se laisser pénétrer par un fluide qui ne les affecte pas suivant leur mode de sensibilité. C'est ce qu'a expérimenté le professeur Buniva. Il a vu que les vaisseaux d'un
(1) Acodémie royale des Sciences, 1667. Histoire, p. 37.
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tLÉMENlï) DE l'IIYSlOLOGlE.
veau vivant nadiueltenllacilcmenl le fluide qu'on y pousse qu'au moment où on lue l'animal, en déchirant la partie supérieure de la moelle épiniëre. On a cherclio à utiliser les tentatives sur la transfusion, en réduisant ce procédé à l'injection des substances médicamenteuses dans les veines. 11 est remarquable qu'au moment où l'on injecte un liquide dans les veines d'un animal, celui-ci exécute des mouvements de déglutition, comme si la substance était prise par la bouche. Tous ces essais sont trop peu nombreux et trop peu authentiques pour qu'on puisse les étendre aux hommes; car tout porte à croire que, malgré les plus grands ménagements, on exposerait la vie de ceux qui voudraient bien s'y soumettre. 11 est dont à la fois humain et prudent de s'en abstenir (1).
LUI. La circulation dans un animal parfait, dans l'homme, consiste dans le passage du sang du cœur au poumon, du poumon au cœur, de ce lieu à toutes les parties du corps, et de celles-ci de nouveau au cœur. Il y a donc deux cercles parcourus par le sang : un petit dans la poitrine, un grand dans toute l'étendue du corps. Eludions les phénomènes qui se passent dans les parois des cavités successives dans lesquelles le sang circule, non pas suivant l'ordre du cours ûu sang dans ses couloirs : pour des raisons faciles à comprendre , nous examinerons séparément la circulation dans le cœur, dans les veines et dans les capillaires.
LIV. Action du cœur. Dans l'homme et dans tous les animaux à sang chaud, le cœur est un muscle creux dont l'intérieur est partagé en quatre grandes cavités qui communiquent ensemble , d'où parlent les vaisseaux qui portent le sang dans toutes les parties du corps, et auxquelles viennent se rendre ceux qui le rapportent de toutes les parties.
Placé dans la poitrine entre les deux poumons , au-dessus du diaphragme, dont il suit tous les mouvements , il est enveloppé par le péricarde , membrane fibreuse , dense , peu extensible , intimement unie à la substance du diaphragme , recouvrant le cœur et les gros vaisseaux sans les contenir dans sa propre cavité , fournissant au cœur une enveloppe extérieure , et arrosant sa surface d'une sérosité qui, ne s'accumulant jamais, hors les cas de maladie, facilite ses mouvements, et empêche son adhérence avec les parties voisines. Le principal usage du péricarde est d'assujettir le cœur dans le lieu qu'il occupe , de l'empêcher de se porter dans les diverses parties de la cavité Ihoracique ; ce qui n'eût pu arriver sans que la circulation n'etit éprouvé de funestes dérangements. Si, après avoir ouvert la poitrine d'un animal vivant , en détachant le sternum, on incise le péricarde, le cœur sort à travers l'ouverture faite à son sac, se porle à droite ou à gauche dans la poitrine, en se repliant sur l'origine
(1) Les Archives générales de Médecine renferment cependant plusieurs observations de transfusion du sang, faites avec succès dans des cas d'hémorrhagie utérine. 11 est probable que cette opération serait exempte des dangers qui l'ont fait abandonner , si on employait toujours du sang humain pour la faire , et si l'on pouvait éviter l'entrée de l'air dans les veines. Elle conviendrait surtout dans les cas où la vie est en danger par suite d'une perle de sang considérable.
des gros vaisseaux : alors le cours du sang se lrouv( intercepté , et l'animal soumis à l'expérience c& menacé d'une prompte suffocation.
Une occasion s'est offerte en l'année 1818, d constater de nouveau la parfaite insensibilité d cœur et du péricarde , à la faveur d'une opératioi dans laquelle j'ai fait la résection de deux cùteg puis excisé un lambeau de la plèvre cancéreuse (1) rien n'avertit l'individu du contact des doigts dou cément appliques à ces organes. Ajoutons que dan l'état de vie, le péricarde, chez l'homme, jouilj d'une transparence telle , que l'on aperçoit le cœurj au travers de cette membrane comme s'il était sous une cloche de verre parfaitement diaphane : c'est au point que nous avons pu croire un instant qu'il y avait absence de l'enveloppe. Il s'en faut de beaucoup que l'on retrouve cette transparence parfaite du péricarde sur les cadavres ; et, sous ce point de vue, celte membrane me semble pouvoir être comparée au miroir de l'œil , qui devient terne els'ob-| scurcit aux approches de la mort.
Le cœur est placé, dans l'homme, à peu près vers l'union du tiers supérieur du corps avec ses deux tiers inférieurs; il est donc plus rapproché des parties supérieures, il les tient sous une dépendance plus immédiate; et, comme cet organe entretient l'activité de tous les autres , en les excitant par le sang qu'il y envoie, les parties sus-diaphragmaliques sont plus vivantes que les parties inférieures. La peau de la partie supérieure du corps, et surtout celle du visage , est plus colorée , plus chaude que celle des parties inférieures; les phénomènes des maladies se développent avec plus de rapidité dans les parties supérieures ; leurs affections prennent moins souvent le caractère chronique.
Le volume du cœur, comparé à celui des autres parties, est plus considérable chez le fœtus que dans l'enfant qui a vu la lumière; chez les sujets d'une petite taille, que dans ceux d'une haute stature. Le cœur est également plus gros , plus fort et plus robuste chez les animaux courageux, que dans les espèces faibles et timides.
Voici le premier exemple d'une qualité morale dépendante d'une disposition physique; c'est l'une des preuves les plus frappantes de l'influence du moral sur le physique de l'homme. Le courage naît du sentiment de la force , et celui-ci est relatif à la vivacité avec laquelle le cœur pousse le sang vers tous les organes. Le tact intérieur que produit l'afflux du liquide est d'autant plus vif, d'autant mieux senti , que le cœur est plus robuste. C'est par celte raison que certaines passions , telles que la colère, augmentant l'activité des mouvements du cœur, centuplent les forces et le courage, tandis que la peur produit un effet opposé. Tout être faible est craintif et fuit le danger, parce qu'un sentiment intérieur l'averlit qu'il manque des forces nécessaires pour le repousser. On objectera peutêtre que certains animaux , tels que le coq-d'Inde, l'autruche , sont moins courageux que le plus
(1) Rapport des travaux de l'Académie royale des Sciences, pendant l'année 1818; par G. Cuvisn , l'un des secrétaires perpétuels de cette Académie.
DE LA ClUCULATlOlT.
lelil oiseau de proie; que le bœuf l'est moins que >• liou et plusieurs autres carnivores. Il ne s'agit loint ici du volume absolu du cœur, mais de sa rosseur relative. Or, quoique le cœur d'un éper- , icr soit absolument moins gros que celui d'un uq-d"Inde , il l'est bien plus proportionnellement uix autres parties de l'animal. Ajoutez que l'oicau de proie, comme tous les carnivores, puise ncore son courage dans la bonté de ses armes lïensives.
Une autre objection plus spécieuse, mais non lieux fondée, se tire du courage que manifestent tns certaines occasions les espèces animales les lus timides; de celui, par exemple, avec lequel I poule défend ses petits, de celui avec lequel ! "autres animaux, pressés par les besoins de la im ou de l'amour, bravent tous les obstacles, et ^!Irtout de la valeur poussée jusqu'à l'héroïsme chez les hommes les plus débiles. Tous ces faits ne sont i opendant que des preuves de l'influence du moral «ur le physique. Dans l'homme en société , le préjugé du point d'honneur, les calculs de l'intérêt, ri mille autres idées, dénaturent les inclinations naturelles , au point de rendre lâche l'homme que -a force porterait à affronter tous les périls, tandis .;!relles inspirent les actions les plus courageuses à L'ux que leur organisation semblerait devoir ren- (iie les plus timides. Mais toutes ces passions, tous r es sentiments moraux, n'agissent qu'en augmentant la force du cœur, en redoublant la rapidité et l'énergie de ses battements; de manière qu'il excite, par un sang plus abondant , soit le cerveau , soit les niasses musculaires.
Le cœur n'est point exactement ovoïde dans l'homme , comme dans plusieurs animaux : il n'est })oint non plus parallèle à la colonne vertébrale, mais dirigé obliquement, et aplati vers le côté qui louche au diaphragme sur lequel le cœur repose.
Des quatre cavités qui le forment par leur assem- Mage , deux lui sont en quelque sorte accessoires : ce sont les oreillettes , petits sacs musculo memiiraneux , adossés l'un à l'autre , recevant le sang de toutes les veines, et versant ce fluide dans les ven- I ricules,à la base desquelsles oreillettes sont comme appliquées. Les ventricules sont deux sacs musculaires , séparés par une cloison de même nature, appartenant également à tous deux : ils forment la plus grande partie du cœur , et c'est d'eux que naissent les artères.
L'oreillette et le ventricule droits du cœur sont I» plus grands que l'oreillette et le ventricule gauches. J Mais cette différence de grandeur tient autant à la r manière dont le sang circule, aux approches de la ' mort, qu'à la conformation primitive de l'organe. I Lorsqu'on est près de rendre le dernier soupir , les r poumons ne se dilatent qu'avec peine , et le sang % qu'y poussent les contractions du ventricule droit, p ne pouvant les traverser, s'accumule dans cette cavité, reflue dans l'oreillette droite , à laquelle les ' veines ne cessent d'en apporter, en écarte les pa- 1 rois, les dilate outre mesure , et en augmente sin- . gulièrement l'ampleur. Le ventricule gauche du cœur présente, chez le fœtus, une capacité do beaucoup supérieure à celle du ventricule droit ; à cet âge aussi les parois des deux ventricules oui la
même épaisseur. Chez l'adullcau contraire, les cavités droites du cœur, que l'on pourrait aussi nommer ses cavités veineuses, ont des parois moins épaisses que ses cavités gauches ou artérielles; et en cela , on observe la même différence que celle qui existe entre les parois des veines et celles des artères. Le ventricule droit, ne devant d'ailleurs faire parcourir au sang pulmonaire qu'un trajet trèscourt à travers un tissu facilement perméable, n'avait besoin de lui communiquer qu'une faible impulsion.
Comme nous le dirons au chapitre de la respiration , fonction qu'il est bien difficile de séparer de la circulation , dans son histoire physiologique, le cœur peut encore être considéré comme formé de deux parties adossées : l'une droite ou veineuse , l'autre gauche ou artérielle. La juxta-position de ces deux moitiés du même organe n'empêche point qu'elles ne soient parfaitement distinctes , et qu'un sang bien différent ne remplisse les cavités de chacune. Ce fluide ne peut jamais , dans l'adulte , passer immédiatement de l'une dans l'autre; le cœur droit reçoit le sang de tout le corps , etle transmet au poumon ; le cœur gauche le reçoit du poumon , et le transmet à tout le corps ; de manière que , physiologiquement considéré, le poumon entre dans le cercle circulatoire ; intermédiaire indispensable entre les deux moitiés du cœur , il n'en est pas , comme on le verra , la partie la moins importante.
S'il existait entre les deux ventricules une communication directe , le sang veineux se mêlerait au sang rouge, et le mélange de ces deux liquides altérerait réciproquement leurs qualités. Des observations récentes ont fourni l'occasion d'apprécier les effets de cette communication entre les ventricules qui, supposée par les anciens, n'avait pas encore été constatée.TJn homme, âgé de quarante -un ans , vint à l'hôpital de la Charité pour y subir l'opération de la taille. Il était remarquable par la lividité de son teint, la plénitude des vaisseaux de la conjonctive , et la grosseur de ses lèvres presque noires , comme le reste du visage. La respiration était difficile , les battements du pouls irréguliers ; il ne pouvait prononcer deux mots de suite sans reprendre haleine , était obligé de dormir assis, et se faisait surtout remarquer par son extrême nonchalance. Cette paresse , jointe à une grande bonhomie , avait de tout temps été telle , qu'il avait toujours eu besoin , pour subsister, du travail de son épouse. Une petite saignée fut pratiquée; elle diminua la douleur en augmentant les difficultés de la respiration ; des syncopes s'y joignirent : il mourut suffoqué. A l'ouverture du cadavre , le cœur s'offrit plein de sang : l'oreillette droite en était principalement distendue ; l'artère pulmonaire anévrismatique était uniformément dilatée depuis le ventricule droit jusque vers l'endroit où elle se divise; aucune de ses tuniques n'était encore déchirée. Les ventricules du cœur présentaient à peu près ûnc égale capacité, et l'épaisseur relative do leurs parois différait moins que dans l'état ordinaire. La cloison qui les sépare était percée d'une ouverture de communication, oblongue, ayant un derai-poucc environ d'étendue, obliquement dirigée de bas en haut, d'aYant en arrière, et do
gaucho à droite ; en sorte que , soit cette direction , soit une espèce de valvule l'ormcie dans le ventricule droit par une colonne cLarnue, et tellement disposée qu'elle s'opposait au retour du sang dans le ventricule gauche, tout indiquait clairement lo passage du Ouide do co ventricule dans le ventricule droit et dans l'arlère pulmonaire. Le canal artériel , conservé long d'un pouce , et assez large pour admettre une grosse plume d'oie, fournissait, comme chcï les fœtus , un libre passage au sang pour se porter de la pulmonaire dans l'aorte. Le trou de Botal était fermé.
Cette conformation singulière explique d'une manière satisfaisante , soit les phénomènes observés pendant la vie de l'individu, soit l'affection organique de l'arlère pulmonaire. Il y avait nécessairement mélange de sang rouge et de sang noir dans ce vaisseau. Ce iluide empruntait , pour y être lancé , une partie de la force du ventricule aortique , et celte impulsion plus énergique rend bien raison de l'anévrisme. Le poumon recevait uu sang déjà vivifié, et cet organe avait moins à faire pour en compléter l'oxidalion ; d'un autre côté, l'oreillette droite devait difficilement se vider dans le ventricule droit , en partie rempli du sang que le ventricule gauche y poussait avec beaucoup plus de force : de là l'embarras extrême de la circulation veineuse , la lividité du teint, la couleur et le gonflement du visage , la torpeur habituelle et générale. Cet élat de langueur et d'inertie pouvait également dépendre du sang veineux versé dans l'aorte par le canal artériel. Observons toutefois que le cerveau ne recevait point ce sang altéré, et qui n'eût point été capable d'y entretenir l'excitement vital. Les membres inférieurs étaient sans proportion avec les supérieurs; et cette inégalité, analogue à celle que l'on observe chez le fœtus , dépendait d'une cause semblable. La pièce anatomique a été déposée , par M. Deschamps , dans les cabinets de l'École de médecine de Paris, qui l'a fait modeler en cire. M. Beauchène fils a enrichi le même cabinet d'une pièce semblable, trouvée sur un cadavre dans les salles de dissection. Il est assez difficile de se rendre compte de l'absence de cyanose , dans des cas où le cœur offrait un vice de conformation analogue à celui dont on vient de lire la description.
Plusieurs analomistes se sont exercés sur la structure du cœur ; on a beaucoup disserté sur l'arrangement particulier des fibres musculaires qui entrent dans la composition de ses parois. Des fibres communes et diversement entrecroisées forment le deux oreillettes ; d'autres fibres, plus nombreuses, constituent les parois des ventricules, se prolongent de leur pointe vers leur base, se rendent dans la cloison qui les sépare , passent de l'un à l'autre , et se confondent dans certains endroits de leur substance. Elles sont extrêmement rouges, courtes, serrées, et réunies par un tissu cellulaire dans lequel il ne s'amasse presque jamais de graisse.
Fortement pressées les unes contre les autres, elles forment un tissu analogue au corps charnu de la langue, très-peu sensible, mais jouissant à un degré émincnt du la propriété contractile. Des
vaisseaux très-nombreux, si on les compare au volume du cœur, pénètrent ce tissu musculaire , dont la contraction , quelle que soit d'ailleurs la direction de chacune de ses fibres , tend à rapprocher du centre des cavités tous les points de leurs parois. Enfin , une membrane très-mince lapisse rinléricur do ces cavités, facilile le passage du sang, et prévient l'infiltration de ce fluide.
LV. En supposant un moment que toutes les* cavités du cœur sont parfaitement vides de sang,j; et qu'elles se remplissent successivement, voici quel est le mécanisme de la circulation cardiaque. Le sang , rapporté de toutes les parties du corps,, et versé dans l'oreillelle droite par les deux veinescaves et la veine coronaire , en écarte les parois et la dilate dans toutes ses dimensions. L'oreillette se contracte, le fluide incompressible reflue en partie dans les veines, mais passe en plus grande quantité dans le ventricule pulmonaire par une large ouverture, au moyen de laquelle l'oreillelle droite communique avec lui. Après s'être ainsi débarrassée du sang qui la remplit, l'oreillette se relâche i et se laisse dilater par l'abord d'un nouveau fluide , qu'apportent sans cesse les veines qui s'y dégor- ; gent. En passant de l'oreillette dans le ventricule , le sang ne traverse pas celui-ci du premier jet pour s'engager dans l'artère pulmonaire ; voici les causes qui s'y opposent : D'abord , une des languettes de la valvule tricuspide , plus large que les deux autres , partage en deux moitiés la cavité du ventricule droit. Cette languette, vue par Galien , qui lui a assigné l'usage que je viens d'indiquer, a été bien décrite par Lieutaud, qui l'a nommée cloison valvulaire. Senac a prétendu qu'elle n'était pas assez grande pour remplir la fonction qu'on lui; avait assignée; mais il faut remarquer que , pendant la vie, les cavités du cœur sont plus rétrécies par la contraction des fibres charnues. Une; seconde cause , qui n'est pas généralement connue, tient au prolongement charnu queleventrir cule droit envoie autour de l'artère pulnionaire , et qui augmente la cavité secondaire du ventricule. Enfin , le dernier obstacle au passage du sang; à travers la totalité du ventricule est formé par l'état d'abaissement où se trouvent alors les valvules sigmoïdes.
Cependant le ventricule droit, plein du sang qu'y a poussé l'oreillette, se contracte à son tour sur le liquide qu'il renferme, et tend, d'une part, à le repousser dans l'oreillette, et, d'autre part, à le faire passer dans l'artère pulmonaire. Le reflux dans l'oreillette est empêché par la valvule tricuspide, anneau membraneux dont est garnie l'ouverture de communication^ et dont le bord libre est découpé en trois languettes , auxquelles s'attachent les petits tendons par lesquels se terminent plusieurs des colonnes charnues du cœur. Appliquées contre les parois du ventricule , au moment où le sang passe dans sa cavité, elles s'en écarlent lorsqu'il se contracte, et sont relevées vers l'ouverlure auriculaire. Elles ne peuvent point être repoussées dans l'oreillette , leur bord flottant et libre se trouvant assujetti par les colonnes charnues, qui doivent être regardées comme autant de petits muscles dont les tendons ont pour
DE LA CIRCULATION
>i\ge do retenir les bords libres des valvules auxlolles ils adhèrent, lorsque l'effort du sang tend chasser ces replis membraneux du côté des oreil- Ues. Néanmoins , les trois languettes de la vaille tricuspide, en se relevant vers l'ouverlure iiiculaire, repoussent dans l'oreillelte tout le uig qui se trouve compris dans l'espèce de cône nversé qu'elles interceptent au moment de leur iévation: d'ailleurs , ces trois portions de la valiile tricuspide ne bouchent point complètement ouverture autour de laquelle elles sont placées; iir substance est percée de plusieurs petits trous: le partie du sang revient donc dans l'oreillette ; lais il passe en plus grande quantité dans l'artère limonaire. Ce vaisseau entre en action lorsque ■s parois du ventricule se relâchent , et refouleut le sang, si tout-à-coup les trois valvules inoïdes, s'abaissant, ne lui opposaient un puisuil obstacle. Soutenu par l'espèce de plancher que arment ces trois valvules abaissées , le sang traiMse le tissu des poumons en parcourant toutes 'S divisions des vaisseaux pulmonaires , passe des rlcres dans les veines de ce nom , qui , au nombre L> quatre, le versent dans l'oreillette gauche. ;elle-ci se contracte, comme l'avait fait l'oreil- •lle droite : le sang est renvoyé dans le poumon , liais passe en plus grande quantité dans le ventriule gauche , qui le chasse par l'aorte dans toutes es parties du corps, d'où il revient au cœur pat es veines. Le retour du sang dans l'oreillette auche est empêché par la valvule mitrale , paruitement analogue à la tricuspide, et qui n'en ilTère qu'en ce que son bord libre n'est divisé n'en deux languettes. Arrivé dans l'aorte, ce aisseau se contracte , ses valvules sigmoïdes s'a- ' lissent, et le sang est chassé dans toutes les pares du corps qu'arrosent les innombrables ramiflations de la grande artère.
Dans l'état naturel , les choses ne se passent oint comme on vient de le dire ; et l'on ne sup- !Ose l'action successive des quatre cavités du coeur (lie pour rendre plus intelligible le mécanisme !e la circulation à travers cet organe. Si on le met ' découvert sur un animal vivant , on observe que es deux oreillettes se contractent en même eraps, que la contraction des ventricules est égacment simultanée; de telle manière que, les ;i eilleltes se resserrant pour expulser le sang qui les remplit, les ventricules se dilatent pour le recevoir.
Si l'on demande pourquoi les quatre cavités du l'ur ne se contractent point à la fois, il est plus l'icile d'en donner la raison finale que d'en déterminer la cause prochaine. Si la contraction de ces cavités eût été simultanée , au lieu d'être successive, on sent aisément que les oreillettes n'eussent \n\ se vider dans les ventricules.
Les mouvements du cœur sont de deux sortes : i l dilatation et le resserrement.. Les premiers so nomment diastole , les seconds systole. Les phy- Mologistes se sont demandés dans lequel de ces mouvements le cœur était actif. Dralœ et Gavet oiitprétendu que c'était pendant la diastole ; Haller " l le plus grand nombre des auteurs ont soutenu que « était pendant la systole. Quelques-uns enfin , tels
que Péchlin et Hamberger , voulant concilier les deux opinions, ont reproduit cette idée de Galien, que le cœur était actif dans l'un et l'autre mouvements. Pour prouver que la diastole était due à la contraction des fibres charnues du cœur, on a dit que cette contraction était apparente chez les poissons ; que la dissection du cœur montrait des fibres disposées pour agrandir ses cavités ; que cet organe, arraché du sein d'un animal vivant , palpite ; que ses parois se resserrent et se dilatent, quoique vides de sang ; que la main la plus robuste ne peut empêcher ces mou vemens alternatifs, qui s'affaiblissent à mesure que le cœur perd de sa chaleur. Mais Haller a réfuté cette doctrine. Selon lui , les parois du cœur d'un animal à sang froid sont évidemment dans le relâchement pendant la diastole. L'arrangement des fibres charnues du cœur est tel , que l'on ne découvre aucun plan musculaire qui puisse opérer la dilatation de l'organe , fait d'analomie que les travaux de Meckel ont confirmé. Enfin , c'est par erreur encore que l'on a pensé que le cœur , hors du corps de l'animal, continuait à se dilater ; le moment où il augmente de volume est, au contraire, celui de sa contraction. La diastole du cœur no reconnaît donc pas d'autre cause que la pression excentrique exercée par les ondes sanguines qui le remplissent. M. Barry pense que, pendant l'inspiration , il s'y joint l'action de la pression atmosphérique. Nous examinerons cette opinion en traitant de la respiration.
Les phénomènes qui accompagnent les mouvements du cœur consistent dans des changements de forme et de consistance de cet organe, dans un bruit particulier et un choc aux parois de la poitrine. Pendant la systole des ventricules , ceuxci deviennent plus durs ; ils se rident et éprouvent une espèce de frémissement , de palpitation. La pointe du cœur se rapproche de la base et se recourbe en avant. Si on ouvre le cœur, on voit la cloison éprouver le même mouvement , ainsi que la surface interne des ventricules et les piliers. D'après cela , il est évident que le cœur se raccourcit. Cependant des physiologistes ont soutenu le contraire : Vesale a nié le raccourcissement pendant la systole des ventricules , et son autorité importante a entraîné dans la même erreur Riolan et un grand nombre d'auteurs ; et même quelquesuns ont voulu prouver l'alongement du cœur pendant la systole , par la présence de fibres circulaires qui , en se contractant , devaient exprimer pour ainsi dire le tissu du cœur, et le forcer à s'alonger de sa base vers la pointe.
Quelques physiologistes , et Queye entre autres, ont dit que , pendant la systole , le cœur n'éprouvait ni alongement ni raccourcissement. Mais on ne peut aujourd'hui nier la diminution de longueur du cœur de sa base vers sa pointe ; car , s'il s'alougeait, les valvules tricuspide et mitrale ne pourraient remplir les usages auxquels elles sont destinées , puisque les colonnes charnues , dont les tendons s'attachent à leurs bords , les retiendraient appliquées contre les parois des ventricules : observation parfaitement juste , et faite parBassuel le premier. D'ailleurs, Scnac , Wolf , M. Gerdy , ont prouvé que le cœur était formé d'anses charnues, dont les extro-
ÉLÉMENTS DE l'IlYSlOLOGlE.
mités sont dirigées vers la base et le milieu vers la pointe : d'où résulte nécessairement le raccourcissement de l'organe quand les fibres entrent en contraction. Les battements qui se font sentir dans l'intervalle qui sépare les cartilages des cinquième et sixième vraies côtes gauches , dépendent do ce que, chaque fois que les ventricules se contractent, la pointe du cœur vient heurter les parois de la poitrine. Il n'est pas besoin, pour expliquer ce phénomène , d'admettre l'alongement du cœur pendant la sjstole ; il suffit de faire attention que sa base, endroit où se trouvent les deux oreillettes, est appuyée contre la colonne vertébrale , et que ces deux cavités se dilatant en même temps , et ne pouvant déprimer les os au-devant desquels elles sont situées , déplacent le cœur , et le poussent en bas et en avant. Ce mouvement dépend encore de l'effort que fait le sang lancé dans l'aorte pour redresser la courbure parabolique de cette artère, qui réagit , et porte en avant et en bas la masse entière du cœur , qui y est comme suspendue. Enfin, une dernière cause de ce choc est due au redressement de la pointe du cœur, redressement vu par Haller et Senac sur un grand nombre d'animaux , et observé une fois sur l'homme par Harvey , dans un cas où la paroi antérieure de la poitrine avait été détruite par une maladie.
La quantité de sang que chaque contraction des ventricules pousse dans l'aorte et dans la pulmonaire ne peut guère excéder deux onces pour chacun de ces deux vaisseaux. Il faut le dire , cette estimation n'est qu'approximative , et l'on conçoit que la quantité de sang lancée par le cœur à chaque contraction doit varier , et selon les individus , et selon les diverses circonstances dans lesquelles se trouve le même homme.
La force avec laquelle le cœur agit sur le fluide qu'il y projette , n'est guère mieux connue , quelque nombreuses que soient les méthodes de calcul appliquées à la solulion de ce problème physiologique. En effet , depuis Keil , qui n'estime la force du cœur qu'à quelques onces , jusqu'à Borelli , qui la porte à cent quatre-vingt mille livres , on trouve les évaluations de Michelolli , Jurine , Robinson , Morgan , Haies , Sauvages , Cheselden , etc. ; mais, comme Vicq-d'Azir l'observe , il n'est aucune de ces opinions dans laquelle il ne se soit glissé quelque erreur , soitd'anatomie , soit de calcul : d'où l'on peut conclure , avec Haller , que la force du cœur est grande , mais qu'il est peut-être impossible de l'estimer avec une précision mathématique. Si l'on ouvre la poitrine d'un animal vivant , qu'on en perce le. cœur , et que l'on introduise le doigt dans la blessure , on en sent l'extrémité assez vivement pressée pendant la contraction des ventricules. Le ventricule gauche , chargé de pousser le sang dans les parties du corps les plus éloignées du cœur , offre des parois plus épaisses que celles du ventricule droit ; sa force de contraction doit de même lui être supérieure.
Ceux qui ont rigoureusement admis la doctrine d'Harvey, touchant la circulation du sang .pensant comme lui que le cœur en était l'agent unique , ont exagéré les forces de cet organe , afin de les proportionner à la longueur du trajet que le fluide
doit parcourir , et à la multitude des obstacles qu'il J rencontre sur sa route. Mais, ainsi que nous le di- \\ rons, les vaisseaux sanguins ne doivent point être il| considérés comme des tubes inertes, dans lesquels il le sang coule seulement par l'impulsion que le II cœur lui a communiquée. ||
Les parois du cœur expulsent-elles à chaque con- n traction la totalité du sang qu'elles renferment Conséquent à sa doctrine de l'irrilabililé , et consi-Wl dérant le sang comme le stimulant du cœur, Halleril a résolu celte question par l'affirmative, et il a étayéM I son opinion d'expériences faites sur des grenouil-jl les , sur de jeunes poulets , animaux dont le cœniill offredes paroistransparentes, au travers desquellesMl il était aisé de voir que le sang était entièremenl|| J expulsé pendant la systole. Mais l'opinion con-^ | traire , déjà soutenue par Senac et Barlholin , a gé-i 1 néralement prévalu , et l'on pense aujourd'hui que. 1 à chaque contraction des ventricules , la moitié oh les deux tiers du sang qu'ils renferment restenw| dans leur cavité. n
Ces diverses parties du cœur suivent dans leurdj mouvements un rhylhme particulier , dont l'étudeMl n'est pas moins importante pour le médecin quetfl pleine d'intérêt pour le physiologiste. On peut con-4j sidérer comme propositions incontestables , 1° qném les deux oreillettes se contractent simullanément;;j 2" que les deux ventricules se contractent simulta-M nément; 3" que la systole des oreillettes répondait la diastole des ventricules, et vice versâ. Mais l'oni a voulu pousser beaucoup plus loin la connaissancci* des battements du cœur. Je ne ferai que rappeler) une opinion soutenue par Boerhaave, dans laquelleii on admettait l'existence d'un troisième temps con-4 sacré à la contraction du sinus de l'oreillette droite,l|j temps dont la durée a paru inappréciable à Haller , « quia pensé qu'on n'en devait tenir aucun comple.M
Lancisia cru reconnaître qu'il y avait enjambe-ifi ment de la systole des oreillettes sur celle des ven- ■ tricules, puis de la diastole des premières sur|M celle des seconds. Haller n'a pu éclaircir ce fait par* la contemplation des contractions du cœur mis àm découvert sur des animaux vivants ; mais Morga- } gni, contemporain et ami de Lancisi, a néanmoins ^ combattu sa doctrine, et démontré par des obser- i valions fort exactes , qu'au lieu d'enjamber les <i unes sur les autres, les contractions desdifférentes »l cavités du cœur étaient séparées les unes des au- f 1res par un intervalle de temps très-marqué. C'est 11 surtout à Laennec que l'on doit le perfectionne- • ment apporté à l'étude du rhylhme des battements du cœur. Si l'on applique sur la région précordiale l'oreille nue ou armée du stéthoscope on entend, 1° un bruit sourd et lent, accompagné d'un choc assez fort contrôla paroi antérieure delà poitrine; 2° ensuite un bruit plus éclatant et plus court ; 3o à ce second bruit succède un repos complet qui est bientôt remplacé par la repétition du premier bruit. Partageant ce cercle complet en quatre parties égales, Laennec professa que les deux premières , pendant lesquelles s'accomplit le bruit long et sourd , répondaient à la contraction des ventricules ; la troisième , à celle des oreillettes ; la quatrième enfin , au repos de la totalité du cœur. Ainsi se trouve expliquée la permanence des contrac-
DE LA CIRCULATION
Ions du cœur, permanence quin'eslqu'apparenle, uiisque les ventricules sont en repos douze heures, ■t les oreillettes dix-huit sur vingt-quatre, inleraile de repos aussi long que celui dont jouissent ( S muscles de la vie volontaire.
M. Despine a récemment ajouté quelque chose a > qu'avait fait Laeunec : il a reconnu l'existence d un cpos , court il est vrai, entre lepremier et le second ,ruils, assez distinct cependant pour répondre exacc ment à la pulsation de toutes les artères du corps ; ulsalionqui , d'après M. Despine , n'est point isoi.i one. Quant aux causes des bruits du cœur , la icnce n'est point encore assez avancée pour en dou- , r une explication satisfaisante. La plupart des liysiologisles les considèrent comme dus auxcon- I actions du cœur. M. Pigeaux les croit le résultat io la percussion de la colonne de sang contre les i.'.rois des cavités dans lesquelles il est lancé ; et elle opinion , en faveur de laquelle M. Pigeaux a .ipporté des expériences intéressantes , a cependant lesoin d'un nombre de preuves beaucoup plus conidérable pour être admise , car elle bouleverse iiesque tout ce qui a été professé au sujet des conractions du cœur. Enfin , M. Despine a supposé ! ue le premier bruit était produit par la contraction os ventricules , et le second par le choc du sang ntre leur surface interne, au moment de leur lilatalion , se servant ainsi tour a tour de l'une et autre doctrines précédemment exposées.
L'ensemble des deuxcontractions successives des jarois du cœur avec l'intervalle qui les sépare , •onslitue un temps complet, une pulsation du cœur. :.o nombre des pulsations ou battements du cœur, lans l'espace d'une minute , est considérable ; il préonte de nombreuses différences ; car, outre les moliacations apportées par l'âge , il peut éprouver une oule de variations accidentelles. Voici les règles les <lus générales des battements du cœur : 1" ils sont l'autant plus fréquents qu'on se rapproche davanage du moment de la formation du cœur : ainsi , ivant la naissance, on compte 140 à 150 pulsations )ar minute; au moment de la naissance, 110; chez adolescent, 95; 80 chez l'adulte, et enfin 65 ou iilement 60 chez les vieillards; 2° ils sont plus 1 équents chez les femmes que chez les hommes ; } ' chez les gens à petite stature que chez ceux d'une aille élevée; 4° chez les habitants des pays chauds lue chez ceux des pays froids ; 5" le soir que le main; 6" quand on est debout que quand on est coulié. Graves et Stockes, auteurs de cette dernière Ijservalion , ont remarqué qu'il y avait de 5 à 10 lulsations dedifférence par minute, et que l'excès levenail d'autant plus grand , que les battements ' aient eux-mêmes plus accélérés. On voit combien ust important de prescrire la position horizontale Mix personnes qui ont un mouvement fébrile, et 'h;z lesquelles l'accélération de la circulation uurrail accroître l'irritation de parties déjà enlammées.
On a vu des anomalies singulières dans le nomiic des battements du cœur. Je connais maintenant un vieillard âgé de 87 ans, dont le cœur ne liât que 29 fois par minute. Cet individu est cepenlant remarquable par son extrême vivacité , que
n âge avancé n'a point encore amortie. Je rap-
pellerai encore l'observation d'une dame dont parlent Graves et Stockes , et qui n'a jamais présenté plus de 38 pulsations par minute.
LVI. Duprincipe des mouvements du cœur. Quoique aujourd'hui il paraisse futile de rechercher quelle est la nature des mouvements du cœur, il y eut une époque où l'on était loin d'avoir à ce sujet des idées exactes ; et Stahl , un des premiers , eut le mérite de dire que le cœur était un muscle, et qu'il se contractait à la manière des autres muscles du corps. Stahl ayant placé la direction de toutes nos actions organiques sous la surveillance de l'âme, fut embarrassé pour expliquer comment le cœur était soustrait à l'influence de ce principe bienveillant : il n'eut d'autre ressource que de dire que l'habitude d'agir avait peu à peu arraché le cœur à la domination de l'àme. Pour fortitier cette opinion, les sectateurs de Stahl rappelèrent ces anomalies non moins rares que surprenantes, dans lesquelles des personnes avaient conservé un empire direct de la volonté sur les mouvements de leur cœur ; ils citèrent l'observation universellement répandue du capitaine Townshend , devenu célèbre parla faculté de suspendre volontairement les contractions de son cœur. Mais ce fait et quelques autres de même nature ne purent, vu leur rareté et le peu d'authenticité de plusieurs d'entre eux, faire admettre l'opinion de Stahl , et l'on pensa généralement que l'homme n'avait aucune prise volontaire et directe sur l'organe central de la circulation, et qu'il ne pouvait modifier ses battements qu'en faisant naître certaines circonstances dans lesquelles le cœur accélérait ou ralentissait ses contractions.
Haller appliquant au cœur sa théorie de l'irritabilité, c'est-à-dire delà propriété inhérente aux muscles de se contracter sous l'influence d'un excitant quelconque, rechercha quel était l'excitantducœur; et par de nombreuses expériences consignées en plusieurs écrits , il conclut que le sang qui pénètre les cavités du cœur était l'excitant des contractions de cet organe. Mais une chose était à prouver, et c'était la plus importante : il fallait dire d'où le cœur lirait son irritabilité ; car dire simplement que le cœur est irritable, c'est dire qu'il a la faculté de se contracter; et, malgré l'autorité de Haller qui a tant fait pour le prouver , un muscle n'est point irritable par lui-même : il lui faut l'influence du système nerveux pour jouir de cette propriété. Pourtant Haller, à l'appui de son opinion que le cœur était complètement hors de l'influence du système nerveux , citait l'exemple des décapités , dont le cœur continue à battre ; des fœtus qui viennent au monde sans cerveau ni moelle épinière , et qui ont eu une circulation parfaite ; il montrait l'indifférence complète du cœur au galvanisme, à l'action des substances narcotiques qui suspendent l'influence nerveuse, à la désorganisation du cerveau par une apoplexie. Nous allons voir tout à l'heure comment ces différents faits peuvent être expliqués.
D'autres physiologistes ont voulu fortifier l'opinion de Haller , en disant que le cœur devait être soustrait à l'influx nerveux, puisqu'il ne recevait pas de nerf; mais prenez garde qu'ici, comme en beaucoup d'autres circonstances , l'esprit humain
ÉLÉ3ra?ITS PE PnVSIOI.OGIE.
tournait dans un cercle vicieux. Le cœur ne reçoit pas de nerfs , disaient les analomistes ; car les physiologistes nous apprennent qu'il est hors de l'influence du système nerveux. Le cœur se contracte indépendamment de l'influence du système nerveux, disaient les physiologistes, car les analomistes nous apprennent qu'il ne reçoit pas de nerfs. C'était par une dissection attentive qu'il fallait résoudre une partie de cette double question : le cœur reçoit-il des nerfs? Sans aucun doute, des nerfs se rendent à cet organe , et personne ne l'a nié ; naais ces nerfs, selon Sœmmering , Behrends et autres, seraient seulement destinés aux vaisseaux du cœur, sur les parois desquels ils viendraient se perdre. Au contraire, Scarpa, par des travaux auxquels il n'y a rien à répondre , a démontré victorieusement que les filets de nerfs se fondaient dans les fibres charnues du cœur , de la même manière que les nerfs destinés aux muscles des autres régions du corps.
Ceci prouvé, voyons quelle partie du système nerveux tient les battements du cœur sous sa dépendance. Si on Ole le cerveau par couches, ou d'un seul morceau , si on coupe la moelle épinière au niveau de la première vertèbre cervicale, les battements du cœur persistent jusqu'à la mort : le cœur est donc, comme l'ont avancé Haller, Brodie, Legallois , hors de l'influence du cerveau. Est-ce le pneumo -gastrique? Dans toutes les expériences que nous avons citées de section du nerf pneumogastrique, nous avons vu que les battements du cœur n'avaient jamais été interrompus : le cœur est donc aussi hors de l'influence de ce nerf; ce qui se conçoit aisément, le pneumo-gastrique ne concourant à la formation des plexus cardiaques que par un très-petit filet.
Est-ce la moelle épinière ? On pourrait croire qu'elle n'a pas plus d'influence que le cerveau, en considérant que d'ordinaire elle sert à conduire, à la manière d'un gros cordon nerveux , l'influx que lui transmet l'encéphale ; mais l'expérience a appris que la moelle épinière a aussi une action propre. Il fallait donc détruire cet organe dans toute son étendue pour apprécier son influence : or, c'est ce qu'a fait Legallois, en introduisant une tige d'acier par la partie inférieure du canal vertébral, et en labourant de bas en haut tout ce canal, de manière à désorganiser entièrement la moelle épinière. Legallois affirme qu'alors il a toujours yu cesser complètement et presque instantanément les contractions du cœur; il ne restait plus que quelques mouvements faibles et irrégulîers, analogues à ceux qu'on remarque quand le cœur est retiré du corps de l'animal. Legallois a de plus constaté que cette action de la moelle épinière était d'autant plus prononcée, que l'animal élait plus avancé en âge. D'une autre part, Tréviranus, Flourens, Philips, sur de jeunes mammifères, Clift sur des carpes, ont répété les expériences de Legallois, et ils ont obtenu un résultat différent. Les mouvemens du cœur ont continué, en sorte qu'ils ont conclu que la mort, dans les expériences de Legallois, avait été le résultat de la cessation de l'influx nerveux sur les capillaires; conclusion que l'on peut attaquer, mais qui ne nous importe guère en ce moment; acceptons
seulement comme exactes , et les expériences d< Legallois sur des animaux avancés en âge, et celle de ses antagonistes sur déjeunes mammifères et de animaux à sang froid. J'ai déjà nommé Tréviranus Philips et Clift; j'y adjoindrai un expérimentateu plus récent, M. Brachet, qui a aussi constaté que l cœur des jeunes animaux continuait à battre aprè la destruction de la moelle épinière. Voyons si ce expériences sont contradictoires. Il est une loi g nérale et capitale dans l'histoire du système ne veux, et sur laquelle nous nous étendrons longn ment quand nous traiterons des fonctions de c système : c'est que les différentes branches du sy tème nerveux sont d'autant moins dépendantes 1 unes des autres que l'animal est plus jeune, o qu'il occupe une place moins élevée dans l'échel des êtres. Si nous faisons une application de cet loi au cas qui nous occupe , nous comprenons suite pourquoi les animaux à sang froid , les jeun mammifères, ont le système nerveux du cœur lou à-fait indépendant de la moelle épinière; comme des fœtus ont vécu sans cerveau ni moelle épiniè jusqu'à la naissance ; comment le cœur des aniraaun à sang froid continue à battre après la deslructio de la moelle épinière ; comment enfin, chezl'adul à sang chaud, cette désorganisation paralyse suite l'action du cœur.
Mais quelle estdonc la partie du système nerveia^ qui, chez les fœtus de mammifères, les animaux sang froid, influence directement les mouvemen du cœur, et qui, chez l'adulte, transmet au cœ l'action de la moelle épinière? C'est le nerf gran sympathique, ou son remplaçant dans les classes i férieures,le pneumo-gastrique. Pour s'en assurev M. Dupuylren avait tenté de lier les nerfs cardia,, ques , opération difficile, et qu'il avait abandonnées M. Brachet a repris ces expériences : il voulut enj lever les ganglions cervicaux moyen et infériea de chaque côlé, et, après plusieurs tentatives, 3 finit par y réussir ; alors les battements du cœur ce, sèreut brusquement. Un petit mouvement persi tait pourtant encore pendant quelque temps, M. Brachet l'attribuant à l'action non encore étein* des ganglions cardiaques , tenta d'enlever ceux-cJ il y réussit encore , et pour lors le cœur tomba ii|| stantanément dans une immobilité complète. Maiif nous devons le dire , quelque confiance que noi»i inspire le dernier expérimentateur que nous v* nous de citer, l'opération qu'il a pratiquée est e" vironnée de tant de difficultés , le résultat en e4 si séduisant , que nous conserverons quelques do tes , jusqu'à ce que de nouvelles expériences , qu>» nous appelons de tous nos vœux , et mises à fin pa plusieurs physiologistes , soient venues confirma les travaux de M. Brachet.
LVIL Action des artères. Il n'est peut-être aucun»' partie du corps dans laquelle le cœur n'envoie d^ sang au moyen des artères, puisqu'il est impossible d'enfoncer l'aiguille la plus fine et la mieux acérd dans le tissu de nos organes sans blesser plusieuil de ces vaisseaux, et occasionçr l'effusion du l|' quide. On peut comparer le système artériel aorti que à un arbre dont le tronc , figuré par laorld ayant sa racine dans le ventricule gauche du cœui étend au loin ses branches , et envoie partout d|
DE l.\ ClUCl'LAÎION.
nombreux rameaux. La grosseur des artères dimi- ( iie à mesure qu'elles s'éloignent du tronc qui leur 1 donné naissance. Leur forme n'est cependant oint celle d'un cône : ce sont plutôt des cylindres arlant les uns des autres, et qui diminuent sucossivement de grosseur. Comme les branches qu'un lioncproduit, prises collectivement, présentent un L ulibre plus grand que celui du tronc lui-même , la t apacilé du système artériel augmente à mesure qu'on s'éloigne du cœur : d'où il suit que le sang, passant toujours d'un lieu plus étroit dans un enlioit plus large, doit voir sou cours ralenti. Leur iirectiou est souvent flexueuse ; et l'on observe que 1 es artères qui se distribuent aux parois des viscères veux, comme l'estomac , la matrice , la vessie, ou à d'autres parties susceptibles de se resserrer, de s'étendre et de changer à chaque instant de dimension , comme les lèvres , sont celles qui présentent les courbures les plus grandes et les plus multipliées, sans doute afin qu'elles puissent s'accommoder , par l'effacement de ces contours, à l'extension des tissus dans lesquels elles se répandent. Knfin , les artères naissent les unes des autres , en lormant, avec le tronc, la branche ou le rameau qui les produit, un angle dont la grandeur varie , mais qui est presque toujours obtus du côté du cœur, et plus ou moins aigu vers le rameau.
En s'éloignant de leur origine , les artères com-
I mnnlquent ensemble, et ces anastomoses se font,
II tantôt par arcade, deux branches s'inclinant l'une » Ters l'autre , et se joignant bout à bout , comme on Ule voit dans les vaisseaux du mésentère; tantôt i deux branches qui marchent parallèlement se réu- II Dissent sous un angle très-aigu , pour former un » seul tronc : c'est ainsi que les deux vertébrales s'u- B Dissent pour produire la basilaire. Il en est qui com- I muniquent par des rameaux transverses qui vont a de l'une à l'autre : c'est ce que l'on voit dans l'inlé- I rieur du crâne.
Dans les anastomoses de la première espèce, les i colonnes de sang qui coulent en sens contraire dans ! les deux branches se heurtent à l'endroit de leur 1 réunion, se repoussent mutuellement, confondent 1 leurs molécules , et perdent une grande partie de 1 leur mouvement dans ce choc réciproque. Après i l'avoir éprouvé, le sang suit une direction moyenne, et passe dans les rameaux qui s'élèvent de la convexité de ces arcades anastomotiques.
Lorsque deux branches se confondent pour pro- 1 duire une nouvelle artère d'un calibre plus considérable que chacune d'elles prise séparément, mais I moins grosse que toutes deux ensemble, le mou- ■ vement du sang est accéléré , parce qu'il passe d'un endroit plus large dans un lieu plus étroit, et que les forces qui déterminaient sa progression se réu- ! Dissent en une seule. Enfin, les anastomoses Iransverses sont très-propres à favoriser le passage du sang de l'une dans l'autre branche, et à prévenir l'engorgement des parties.
LVIII. Plongées dans un tissu cellulaire plus ou moins abondant, presque toujours accompagnées par des veines, des vaisseaux lymphatiques et des nerfs, lesartèresontdesparoisd'aulantplusépaisses, relativement à leur calibre , que celui-ci est moins considérable. Les expériences de Clipton-Vinlrin-
gham prouvent que la force des parois est plus considérable dans les petites que dans les grandes artères : aussi observe-t on que leurs dilatations anévrismatiques sont bien moins fréquentes. Ces parois ont assez de consistance pour no point s'affaisser quand le tube artériel est vide. Trois tuniques entrent dans leur structure. La plus extérieure, celluleuse, très-extensible, est formée par le rapprochement intime de lames et de fibres du tissu cellulaire. La seconde, plus épaisse, plus dure, jaune et fibreuse, est regardée par plusieurs comme musculaire (1) et contractile, tandis que d'autres physiologistes nelui accordent qu'une grande élasticité. Les fibres longitudinales, admises par quelques auteurs dans la texture de cette seconde tunique, ne peuvent être aperçues ; et pour expliquer la rétraction des artères suivant leur longueur, il n'est pas besoin d'en admettre l'existence. En effet , outre que celte rétraction pourrait dépendre de l'élasticité , elle peut aussi être l'effet de la contraction des fibres, qui ne sont ni entièrement circulaires, ni exactement transversales , mais forment plutôt des spirales qui entourent imparfaitement le vaisseau, et dont les extrémités s'entrecroisent de diverses manières. Cette tunique jaune, proportionnellement plus épaisse dans les rameaux que dans les branches, dans celles-ci que dans les troncs, est sèche, dure , peu extensible , et se rompt par un effort auquel la tunique externe cède en s'alongeant. Enfin , une troisième tunique mince, épidermoïde , revêt l'intérieur de ces vaisseaux , et parait moins destinée à augmenter la force de leurs parois, qu'à faciliter le cours du sang, en lui présentant une surface lisse , polie , glissante , et toujours humectée par une sérosité que laissent exhaler les parois artérielles.
Des trois tuniques dont sont formées les parois des artères, la fibreuse , quoique plus épaisse que les deux autres , est cependant la moins résistante. Si l'on prend la carotide primitive , qui dans un trajet assez considérable ne fournit aucun rameau , et que , liant une de ses extrémités , on y injecte avec force un liquide, la tunique interne et la moyenne sC' déchirent avant que la dilatation du vaisseau ait augmenté son calibre de moitié ; la tunique externe résiste à la rupture, se dilate, s'étend en ampoule ; et ce n'est qu'en employant une force plus considérable qu'on parvient à la déchirer. L'expérience faite avec l'air ou tout autre gaz réussit également. Dans les dilatations anévrismales des artères, les tuniques interne et fibreuse, et surtout celle dernière, se rompent dans les premiers temps de la maladie , qui, à celte époque, fait tout-à-coup de rapides progrès : à l'ouverture de la tumeur, on reconnaît que le sac anévrismal est entièrement formé par la tunique celluleuse dilatée. Prenez une
(1) Si dans l'homme et dans le plus grand nombre des animaux , les fibres jaunes qui composent celte tunique diffèrent beaucoup des fibres musculaires, elles leur ressemblent exactement dans les artères de l élépliant , comme j'ai pu m'en convaincre en assistant à la dissection de %elui qui est mort en l'un X, au Muséum d'Histoire nalur^e. Je laisse aux esprits gages à décider si l'analogie est siîilisante pour établir la nature musculaire de la fibre arlérielk dans l'homme.
artère d'un certain calibre , telle que les carotides primitives , la brachiale , etc.; entourez-la d'une ligature, et serrez avec un certain degré do force : détachez le vaisseau disséqué , puis , coupant le fil , examinez le point sur lequel il était appliqué , vous verrez que, dans cet endroit, les parois amincies , transparentes , sont formées seulement par la tunique cellulaire, qui seule a résisté à la constriclion. Tirez par les deux bouts en sens contraire un tube artériel isolé , puis examinez son intérieur, et vous trouverez la tunique interne déchirée , gercée dans plusieurs points, et les parois visiblement affaiblies.
LVIII. Ce défaut d'extensibilité dans les parois des artères est la cause principale des anévrismes. C'est pour cela aussi que l'a rtère du jarret en est si fréquemment le siège. Placée derrière le genou, dont rien ne borne l'extension que la résistance des tendons et des ligaments postérieurs, cette artère participe au tiraillement qu'éprouvent toutes ces parties molles, lorsque la jambe est fortement étendue ; cl moins extensible qu'elles, sa tunique jaune se rompt, ou du moins s'affaiblit; d'où résulte un anévrisme dont les progrès sont toujours rapides. Sur dix tumeurs anévrismales de l'artère poplitée, que j'ai observées dans divers hôpitaux, huit reconnaissaient pour cause probable une distension violente du jarret. Que l'on parcoure les recueils publiés parles observateurs, et l'on verra qu'un grand nombre d'anévrismes de l'aorte ont été la suite d'une trop forte et trop subite extension du tronc pour soulever un fardeau considérable. Il faut avouer cependant que l'extension brusque d'une artère n'occasione guère d'anévrisme que dans le cas où la tunique moyenne est déjà le siège de quelque altération organique.
Quelquefois cependant la quantité de sang qui arrive dans un organe augmentant par suite d'une irritation qui s'y établit, le calibre des artères qui s'y distribuent s'accroît d'une manière remarquable. C'est ainsi que les artères de l'utérus, très-étroites dans l'état de vacuité de ce viscère, acquièrent vers la fin de la grossesse un calibre égal à celui de la radiale. Les artérioles qui portent le sang aux mamelles ne présentent rien de semblable, comme j'ai eu occasion de m'en assurer sur une nourrice morte au deuxième mois de la lactation : elles conservent leur ténuité presque capillaire; ce qui semble favorable à l'hypothèse, d'ailleurs peu fondée, suivant laquelle les lymphatiques apporteraient à ces glandes les matériaux de leur sécrétion. Elles se dilatent manifestement dans le cancer ulcéré des mamelles. Les vaisseauxdela verge éprouvent dans les affections cancéreuses de celte partie une dilatation analogue; et c'est pour cette raison qu'il est alors indispensable d'en faire la ligature, tandis qu'on peut négliger cette précaution quand on ampute dans un cas de gangrène. Cette dernière affection présente cela de particulier, que les artères voisines des parties qu'elle détruit, se rétrécissent au point de s'oblitérer lorsque leur calibre est peu considérable. ,
La sécheresse, la fragilité de la tunique jaone ou fibreuse des artères, fait encore que les ligatures appliquées à ces vaisseaux en ont bientôt dé-
chiré le tissu; il suffit de les serrer avec quelque force, pour rompre cette tunique, l'externe restant cependant intacte, pourvu que ledegrédeconstriclion ne soit pas extrême. Pourquoi faut-il que le tissu artériel, qui est presque le seul sur lequel on doive placer des ligatures, soit de tous les tissus organiques le moins propre à les supporter? Heureusement la tunique cellulaire et externe du vaigseau suffit à elle seule pour supporter l'effort do lien placé sur l'artère; elle y résiste tant que l'ulcération ne s'est point établie ; et pendant ce temps la plaie intérieure, résultat de la rupture simultanée des tuniques moyenne et interne, se cicatrise : il y a obturation du vaisseau, et par conséquent obstacle à l'hémorrhagie.
Comme les artères sont les canaux qui portent dans tous nos organes les matériaux de leur accroissement et de leur réparation , elles sont proportionnellement plus grosses dans les enfants, chez lesquels la nutrition est plus active, et leur calibre est toujours relatif au développement naturel ou morbifique des organes : c'est pour cela que l'aorte descendante et les iliaques sont plus grosses dans la femme que chez l'homme ; que la sous-clavière droite qui porte le sang à l'extrémité la plus volumineuse, la plus forte, parce qu'elle est la plus exercée , est plus grosse que la sous-clavière gauche. Mais, prenant l'effet pour la cause, ne croyez pas que l'extrémité supérieure droite doive sa supériorité au calibre plus grand de son artère. Dans l'enfant qui vient de naître , ce vaisseau n'est pas plus gros que la sous-clavière gauche ; mais le bras droit étant plus souvent exercé, la distribution des humeurs s'y fait mieux, la nutrition y devient plus énergique; il acquiert un volume ainsi qu'une force prépondérante : l'artère sous-clavière droite y doit porter plus de sang par un canal plus dilaté. Si l'on employait l'extrémité gauche aux mêmes usages, et que l'on condamnât l'extrémité droite à l'inaction, nul doute que la sous-clavière gauche ne l'emportât sur la droite. Deux faits autorisent cette conjecture. La dissection de deux hommes gauchers, comme dit le vulgaire, c'est-à-dire, qui se servaient plus habituellement de la main gauche que de la main droite , m'a fait voir dans les sous-claviéres gauches l'excédant de volume que j'étais accoutumé à trouver dans les sous-claviéres droites.
LIX. Nous allons commencer par examiner les phénomènes de la circulation artérielle; puis nous rechercherons quelle part y prennent les organes dans lesquels elle s'accomplit.
Le sang circule dans les artères en sortant des cavités du cœur. Ces artères sont la pulmonaire, l'aorte et leurs branches. L'artère pulmonaire reçoit le sang qui sort du ventricule droit et le porte au poumon ; l'artère aorte reçoit le sang qui sort du ventricule gauche, et le porte à toutes les parties du corps, sans en excepter le poumon, dans lequel les petites artères bronchiques apportent du sang provenant des cavités gauches du cœur.
Il ne faut pas s'étonner de voir du sang noir clans une artère, et réciproquement du sang rouge dans les veines pulmonaires , car l'organisation des artères et des veines n'est pas adaptée à la nature du sang qui doit les parcourir, mais bien à la part que
DE LA CIRCULATION
haque espèce de conduit doit prendre à la clrcu- ■ition. Or, nous verrons que l'organisation des ar- L'i es est précisément celle qui convient pour recerûirdu cœur et porter au loin le sang qu'elles enferment, et qu'elles n'eussent pas été propres à ipporlcr au cœur le sang noir ou rouge de toutes es parties du corps.
La circulation dans l'aorte et ses branches peut 'Ire considérée comme le type de la circulation ariLTielle ; c'est celle sur laquelle ona le plus faitd'expériences ; c'est à elle que s'appliqueront les détails I ans lesquels nous allons entrer.
LX. Au moment où le ventricule gauche se con- I acte pour faire passer le sang dans l'aorte, les valulessigmoïdes de cette artère,élevées, s'appliquent ises parois, sans boucher pour cela l'orifice descoonaires qui se trouve placé au-dessus de leur bord ibre, de manière que le sang y pénètre en même ■raps que dans les autres vaisseaux. Lorsque le .utricule cesse de se contracter, l'aorte réagit sur le sang qui la dilate, et le repousserait dans le veniicule, si toul-à-coup les valvules, en s'abaissant, ne lui présentaient un obstacle insurmontable, et ne ievenaient le point sur lequel s'appuie l'action de outes les artères. La petite quantité de sang qui se Irouve au-dessous des valvules, au moment où elles - abaissent, reflue seule vers le cœur, et rentre dans leventricule.
En s'abaissant, les valvules sigmoïdes se touchent par leurs bords libres, qui cessent d'être convexes lour devenir angulaires ; le sommet de chacun des uigles occupe le centre de l'ouverture ventriculolorlique , et leur rencontre détermine d'autant mieux l'occlusion complète du vaisseau, que chaque t alvule est garnie en ce point d'un petit renflement 'onnu sous le nom de tubercule d'Arantius.
Le sang qui remplit un tronc principal fournit i chacune des branches qui en partent des colonnes iontla grosseur est proportionnée à leur calibre, "elte division de la colonne principale est opérée ar des espèces d'éperons dont sont garnis les oriîces de chaque artère. Ces saillies intérieures en létachent les filets, qui passent d'autant plus aisénent dans les branches, que, celles-ci naissant du roncsousun angle plus aigu, l'éperon est plus sailant, et la déviation du liquide moins considérable. M les branches se séparent sous un angle presque Iroit, l'orifice est presque dépourvu de cette saillie intérieure, et rien ne détermine le sang à y passer, [ue l'effort de pression latérale.
Le cours du sang n'est point intercepté dans les irlèresqui traversent des muscles, lorsque ceux-ci s iennent à se contracter ; car partout où les artères il'un certain calibre s'engagent dans leur épaisseur, elles sont environnées d'un cintre, ou d'un anneau tendineux qui s'agrandit lorsque le muscle seconiracte, tiraillé en tous sens par les fibres qui s'attachent à son contour. Il est facile de s'assurer de cette disposition vraiment admirable , en découvrant l'aorte à son passage entre les piliers du diaphragme; les perforantes de la cuisse, au moment où elles passent à la partie postérieure de ce membre, en perçant ses adducteurs; la popliléc, lorsqu'elle traverse l'extrémité supérieure du mus- ' le solaire, etc.
Si on place la main sur une artère , les doigts sont soulevés par des battements qui sont d'autant plus forts, que l'artère est plus grosse, plus rapprochée du cœur, plus superficielle, qu'enfin elle repose sur des parties plus résistantes. Dans les cas contraires, les pulsations peuvent être faibles et même tout-à-fait nulles, à tel point, qu'une artère dénudée, même volumineuse, peut cesser, si elle n'est point comprimée, de présenter les battements que nous venons d'indiquer.
Comme les artères sont toujours pleines durant la vie , et que le sang y coule avec d'autant moins de rapidité qu'elles sont plus éloignées du cœur, la portion de ce fluide, que les contractions du ventricule gauche poussent dans l'aorte , rencontrant les colonnes antécédentes, leur commuziique l'impulsion qu'il a reçue; mais, retardé dans sa marche directe par la résistance qu'elles lui opposent , il agit contre les parois des vaisseaux , et les écarte de leur axe. Cette action latérale, par laquelle les artères sont dilatées , dépend donc de ce que leurs cavités sont toujours remplies par un fluide qui résiste à celui que le cœur y projette.
Cette explication paraît tellement rationnelle , que l'on conçoit à peine qu'elle ait pu être contestée. Voici pourtant plusieurs objections qui ont été dirigées contre elle : 1" Il faut un point d'appui solide sous l'artère pour que le battement soit sensible : ne serait-il pas possible alors que le sentiment des dilatations fût le résultat de l'obstacle que le doigt apporte au cours du sang, en aplatissant les parois de l'artère , d'où un effort, un choc du sang pour écarter cetobslacle?2° Pourquoi les artères se dilateraient-elles quand le sang entre dans une extrémité du système artériel, puisqu'il en sort au même instant une quantité égale à l'autre extrémité? 3° Comment croire qu'un système aussi étendu que celui des artères puisse se dilater dans toutes ses parties d'une quantité notable, quand il entre une si petite quantité de sang dans son intérieur à chaque moment où le battement est perçu? 4" Des physiologistes ont regardé une artère mise à nu, Davy est de ce nombre, et ils n'ont aperçu aucune dilatation. 5" Brème a lancé par saccades un liquide dans des tubes à parois minces et métalliques , et le doigt, appuyé sur ces parois inextensibles , a perçu à chaque saccade une pulsation analogue à celle du pouls. 6° Enfin, Parry a fait un grandnombre d'expériences qu'il a variées de diverses manières, et il n'a jamais pu constater de dilatation.
Pour expliquer le pouls , d'autres physiologistes ont dit que le choc était dû à la locomotion et à l'alongement de l'artère : ainsi , dans les personnes maigres ou avancées en âge, on aperçoit très-distinctement, et à travers les téguments, la locomotion et l'alongement des artères des lèvres et des temporales superficielles. Bichat, sur le mésentère d'animaux de différentes espèces, a parfaitement reconnu cet alongement et ce changement do place des artères mésentériques. Enfin, l'on voit les artères des vieillards, en quelques régions, conserver un alongement qu'elles ne perdent plus , et que l'on peut attribuer à la répétition des élongations successives qu'elles ont éprouvées à chaque battement du cœur. Tout le monde connaît les flcxuosi-
iés de l'arlèro iliaque externe , de la carotide interne, pl même de l'aorte descendante.
Cependant nous pensons , avec des auteurs dont le nom fait autorité, qu'il yaàlafois élargissement et al.ongcmcnt des artères dans la production des battements : des expériences faites sur le cordon ombilical qui n'était point encore coupé, ont permis d'observer et l'alongement et l'élargissement des artères ombilicales.
Les rapports du pouls avec les battements du cœur sont invariables quant an nombre ; il s'ensuit que ce nombre doit offrir les mêmes variétés selon l'âge , le sexe, lescirconstances individuelles, etc., que celles que nous avons signalées en parlant des battements du cœur. A quel moment d'un des quatre temps qui constituent une pulsation du cœur, correspond une pulsation artérielle ? Dès que les battements du cœur furent connus, on pensa généralement que la dilatation des artères coïncidait avec la contraction des ventricules, et c'est l'opinion qui est encore, pour ainsi dire , universellement admise. Cependant M. Pigeaux, dont nous avons déjà exposé la théorie relative aux bruits du cœur , pour être conséquent à sa doctrine, a été obligé d'admettre que la diastole des artères répondait à celle des ventricules. D'une autre part, M. Despine, après avoir étudié très-minutieusement ce sujet, en faisant une foule d'expériences dont il a rendu lémoins un grand nombre de personnes, a reconnu que le pouls artériel ne coïncidait avec aucun des bruits du cœur, mais qu'il s'effectuait pendant ce petit temps de repos qui , selon lui , sépare la contraction des ventricules de celle des oreillettes.
Les artères battent en même temps dans toutes les parties du corps ; leurs pulsations sont isochrones. Cependant M. Despine a encore contesté cette proposition. Selon lui, l'ébranlement se communique de proche en proche aux artères ; de telle sorte que si on explore en même temps la carotide primitive, la radiale et lapédieuse, on perçoit la pulsation de la première immédiatement après le bruit qui répond à la contraction des ventricules; celle de la dernière , immédiatement avant le bruit qui accompagne la contraction des oreillettes ; etenûn celle de la radiale , au milieu de l'intervalle qui sépare ces deux bruits : néanmoins cette différence est si petite qu'elle ne peut détruire celte proposition, à savoir, que les ventricules, par le sang qu'ils lancent dans les artères , ébranlent en même temps et à chaque contraction toutes les parties du système artériel.
Nous examinerons plus loin si la force du pouls est toujours en rapport avec la force de contraction des parois du cœur. Depuis Galien, le pouls a fourni aux médecins un des principaux éléments de diagnostic. La force, la régularité, l'égalité de ses battements, opposées à leur faiblesse, leur inégalité, leur irrégularité, leur intermittence , font jdgcr du genre et de la gravité d'une maladie , des forces de la nature pour opérer la guérison , do l'organe spécialement affecté, du temps ou période du mal, etc. Personne ne s'est occupé avec plus de succès que Bordeu de la doctrine du pouls considéré sous ces divers rapports. Ses modifications, indicatrices des périodes des maladies, établissent, suivant ce mé-
decin célèbre , comme on peut le voir dans se : Recherches sur le pouls par rapport aux crises, \q , pouls de crudité, d'irritation et de coction. Cer i! tains caractères généraux indiquent si l'affcclioi i réside dans une partie placée au-dessus ou au-des i sous du diaphragme; et de là se retire la dislinc lion des pouls supérieur et inférieur. Enfin, de> caractères individuels dénotent la lésion de tel of tel organe; ce qui constitue le pouls nasal, gui tural, pectoral, stomacal , hépatique, intestinal, nal, utérin , etc.
Outre ces battements sensibles qui constilueif le phénomène du pouls dans les artères, il est u«t mouvement pulsatoire intérieur, obscur, parleque* toutes les parties du corps sont agitées chaque foip que les ventricules du cœur se contractent. Il exist* une espèce d'antagonisme entre le cœur et lei autres organes : ils cèdent à l'impulsion qu'il con(| munique au sang, se dilatent par l'abord de ce fluide» et reviennent sur eux-mêmes quand l'effort de sya tole a cessé. Tout vibre, tout Iremblotte, toc| palpite dans l'intérieur du corps ; les mouvemenll du cœur en ébranlent toute la masse, et ces frémi* sements , sensibles à l'extérieur , se manifestei<t surtout lorsque la circulation s'exécute avec plui^ de force et de rapidité. Danscertaines céphalalgies» les carotides cérébrales battent avec un tel degr». de force, que non-seulement l'oreille entend le brut qu'occasionela colonne de sang en se brisant coQ tre la courbure du canal osseux, mais qu'encore U' tête est visiblement remuée , et comme soulevée * chaque pulsation. Si vous examinez le pied ou 1 main, le membre étant pendant et dans le plus par i fait repos, ses extrémités vous offriront un légc ï mouvement isochrone aux battements du cœur. Ci^ i mouvementaugmente,etvajusqu'àfairelremblerl ^ main , lorsque, par l'effet des passions ou d'un exei 3\ cice fatigant, la circulation est accélérée. Dans tout !' agitation violente , nous sentons en nous-même ji l'effort par lequel le sang , à chaque battement d i a pouls, pénètre tous les organes , épanouit tous le i tissus ; et c'est de ce tact intérieur que naît eï i grande partie le sentiment de l'existence ; sentimen i d'autant plus vif et d'autant plus intime, que l'effe dont nous parlons est plus marqué. C'est aus?' i dans l'observation de ce phénomène que plusieur î physiologistes ont puisé l'idée d'un double mouvc < ment qui dilate ou condense, resserre ou épanouii ( alternativement tous les organes doués de la vie ils ont tous vu que l'effet de dilatation prédomini 9 dans la jeunesse, dans l'inflammation et dans l'ci I rection , état dont toutes les parties sont susceptii bles à divers degrés , suivant la diversité de leuii I ; structure. -
Si on coupe une artère en travers , il s'échapp» 5< à l'instant un jet de sang qui sort par saccades in» 'A termitlentes , d'autant plus fortes , que les arlcre;* >t sont elles-mêmes plus grosses et plus rapprochées l: du cœur. Le courant du liquide n'est point complè-- m temenl interrompu entre chacune des saccades ; ji seulement il sort avec plus de lenteur ; en sorlei ï qu'il y a un enchaînementsuccessifde jets plus forts» 1 et moins forts, sans qu'un seul instant le liquidcl '! cesse de couler hors de l'artère divisée. Or , si| i on examine la lumière du vaisseau pendant l'écon-t
DE L\ CIRCULATION
[(•ment de sang, on voit que l'artère est plus élargie au moment de la saccade; qu'elle se resserre dans intervalle, mais non au point d'être complètement jblilérée.
LX. Quelle est l'influence des artères sur le cours lu sang ? Nous connaissons l'action des ventricules lour pousser le sang dans les artères. Harvey n'a |)as admis d'autre cause pour le cours du sang Jans toute l'étendue du système artériel. Bichat , i]ui considère la circulation dans les vaisseaux ■apillaires comme étant entièrement hors de influence des contractions du cœur, a refusé iix artères une contraction active pour faire iiculer le sang dans leur intérieur. Voici le préis des expériences qu'il a faites pour étayer son jpinion :
r Si Ton irrite la face externe d'une artère dénudée avec la pointe d'un instrument , cette artère ste immobile.
2° Si on irrite avec le même instrument la fdce interne d'une artère , elle reste encore immobile.
3° Si on touche l'une ou l'autre face avec un acide , l'artère reste immobile, à moins que l'acide , avide d'humidité , n'exerce une action chimique 'ur les parois du vaisseau , qui se recoquevillent , et ne reviennent plus à leur diamètre et à leur consistance primitifs.
4" Si on coupe une artère en travers, on ne voit pas le renversement des bords, qui suit une pareille section de l'intestin.
5° Si on coupe une artère tranche par tranche , ou ne détermine pas de ces mouvements de palpitation, comme on en remarque dans les chairs musculaires que l'on divise.
6° Enfin, si sur l'artère d'un animal vivant on intercepte entre deux ligatures une certaine quantité de sang , et que sur une artère morte on place , entre deux ligatures également distinctes, une égale quantité de liquide, on observe, en piquant l'un et l'autre vaisseau , que le sang jaillit avec la même force à travers les deux ouvertures.
A côté de l'opinion de Bichat, nous placerons celle des physiologistes, qui n'accordent aux artères d'autre action que celle provenant de l'élasticilé de leur tissu.
Une deuxième doctrine est soutenue par un grand nombre d'auteurs recommandables, qui pensent que les artères sont douées d'une conlractilité propre vitale , analogue à la contraclililé musculaire. On trouve déjà les germes de celle opinion . dans les écrits anciens de palhologie. Ainsi, Gorter ■ établissant pour ainsi dire la transition entre les 1 doctrines des mécaniciens et celle des vitalistes , a : dit que si le sang s'embarrassait dans les capillaires lors de l'inflammalion, c'était parce que l'action d'une artère avait élé augmentée. Wiison , dans un travail fort remarquable sur l'inflammation , et Allen, attribuent la stase du sang dans les capillaires à un défaut d'équilibre entre la force contractile des artères et celle des capillaires. Mais les premiers faits entrepris dans le but spé- ' cialde prouver cette contraclililé sont dus au célèbre Hunier. Je passe sous silence quelques-uns do
ses arguments, qui sont faibles ou erronés ; mais je rappellerai une de ses expériences , à laquelle il semble qu'il n'y ait rien à répondre. Si, sur un mammifère vivant, on ouvre une artère que l'on maintient ouverte , pour que l'animal meure d'hémorrhagie, et si on a préalablement, sur le même animal, rais à découvert et dénudé une autre artère , on remarque que celle-ci accommode son calibre à la quantité de sang qui la parcourt, en sorte qu'elle devient de plus en plus petite à mesure que le sang coule, jusqu'à ce que la mort soit produite, et l'on voit alors l'artère dénudée reprendre peu à peu son premier diamètre, celui que réclame l'élasticité de ses parois. La cause qui a entraîné ce rétrécissement considérable de l'artère ne peut être son élasticité, puisqu'il a été au-jdelà de ce que permettait la force élastique de l'artère; ce ne peut être qu'une coarclation vitale ; et la preuve, c'est qu'elle a cesse avec la vie. Cette expérience remarquable a été répétée avec le même résultat par des hommes d'un esprit sévère , au nombre desquels je citerai Béclard. Malgré cela, des physiologistes dont l'autorité est d'un grand poids , refusent aux artères la propriété contractile que met en évidence l'expérience que je viens de rapporter. Pour nous, il nous est impossible de ne pas admettre la conclusion qui en découle ; et nous trouvons dans plusieurs des observations suivantes des résultats qui prêtent un nouvel appui à notre opinion.
Ainsi, Zimmermann, Lorry etVerschuir, disent qu'en versant un acide sur une artère, on voit souvent les parois de celle-ci se contracter; et même il arrive que la contraction de l'artère s'étend à une partie assez longue de ses parois : et la preuve que ce n'est pas un effet chimique, c'est qu'on ne l'obtient pas toujours.
Haslings et Verschuir ont déterminé la contraction des artères, en irritant leur surface avec la pointe d'un scalpel.
Si on coupe une petite artère en travers, le calibre de celle-ci se ferme complètement.
Bikker et Van-den-Bosch ont vu des artères se contracter sous l'action de l'étincelle électrique.
Giulo et Rossi ont produit une conlraclion semblable avec le fluide galvanique.
Home, en plaçant un alcali sur les filets cervicaux du grand-sympalhique d'un lapin , a vu l'artère carotide agitée de mouvements comme convulsifs.
Ajoutons que Béclard a répété cette expérience de Bichat, dans laquelle du sang est enfermé entre deux ligatures placées sur deux artères , l'une vivante, et l'autre morte , et il a reconnu que Bichat s'était trompé , et que le jet était constamment plus fort par la rétraction delà première artère que par celle de la seconde.
De quelle nature est cette conlractilité? Elle n'est pas sous l'empire de la volonté; elle n'est pas non plus comparable aux contractions des muscles de la vie organique: nous devons la ranger parmi ces contractions qu'exécutent la plupart des conduits excréteurs, et certains réservoirs; celle faculté n'est pas le résullat de la présence du tissu jaune élastique , quoiqu'elle se rencontre dans presque tous les organes où se trouve ce tissu. La structure or-
ÉLÉMENTS DE l'UYSlOLOCIK.
ganique , qui est la condition de son existence, a la plus grande analogie, si mèvae elle ne se confond entièrement, avec la structure du dartos.
La contraction des artères prend-elle part à l'accomplissement des deux temps du pouls, et quand l'artère est ouverte, à la saccade qui répond au choc et à la sortie plus lenle du sang qui répond à l'intervalle de deux pulsations; ou bien cette contraction n'agit-elle que sur le deuxième temps, celui pendant lequel le sang sort sans saccade hors d'une artère ouverte? Nul doute que chez les animaux des classes inférieures , qui sont privés de cœur, les artères ne soientà la foislesagents de l'un etl'autre mouvements; mais il n'en peut être de même dans les animaux plus parfaits , dans les mammifères. Cette opinion a cependant trouvé des fauteurs. Ainsi, 1° Lamure a dit que si on intercepte le cours du sang par une ligature sur une artère, les battements continuent à se faire sentir au-delà du lieu où la ligature est appliquée; mais celle assertion est fausse dans le cas où d'autres artères ne peuvent transmettre le sang au-dessous du point lié. On peut pourtant encore , dans ce cas , apercevoir des battements à une petite distance du lieu de la ligature; mais , ainsi que Bichat l'a remarqué , ce battement s'opère par l'ébranlement communiqué de proche en proche aux parois artérielles, phénomène analogue à celui qu'on observe sur un moignon où le bout des artères bat encore, quoique la ligature soit placée souvent à six ou huit lignes de profondeur. 2" On a dit que le doigt introduit dans l'aorte y était alternativement serré et relâché. Bichat a répété cette expérience, et n'a pu constater ces resserrements et dilatations alternatifs. 3° On ne peut ajouter une grande confiance à l'expérience de Housset, dans laquelle une artère hors du corps s'ouvre et se resserre à plusieurs reprises. 4" Certains animaux n'ont pas de cœur, et pourtant ils offrent des mouvements pulsatifs. Ainsi, à l'oeil nu, on voit sur les holothuries des resserrements et des dilatations alternatifs des vaisseaux ; mais il faut se donner de garde de conclure des vaisseaux des invertébrés à l'homme, puisque, d'après les recherches de Bonorden, l'on trouve dans les vaisseaux des premiers des fibres contractiles très-évidentes , et que ces vaisseaux remplissent les fonctions de cœur, 5° Des fœtus anencéphales et sans cœur sont venus au monde (rès-bien nourris, et rien n'indiquait que la circulation eut souffert. Nous le croyons volontiers, et nous pensonsque la circulation s'était produite de la même manière qu'elle s'opère chez les animaux qui n'ont pas de cœur. 5° Chez des personnes affectées d'anévrisme de Tarière sousclavière , on dit qu'on a trouvé le pouls plus fréquent d'un côté que de l'autre ; mais, sur tous les individus chez lesquels a existé celle anomalie apparente, et dont on a eu occasion de faire l'ouverture, on a constamment trouvé dans l'artère malade une disposition qui pouvait suspendre momentanément le cours du sang. 7° Hoffmann, Storer, Marshall , ont publié plusieurs observations d'hémiplégiques, chez lesquels le pouls était beaucoup plus faible du côté paralysé que de l'autre : mais combien d'hémiplégies avec égalité de force et de fréquence du pouls des deux côtés ! et, dans les cas
cités, ne s'en est-on pas laissé imposer par la fa blesse congéniale du pouls , suilo d'une anomal dans la position et le volume de l'artère radiale On sait en effet qu'il n'est pas rare qu'un très-pet rameau de celle artère continue le trajet ordinai de la radiale au-devant du radius, tandis que le troi^ lui-même se dévie sur la face externe de cet os i quelques pouces au-dessus de l'articulation radicl< carpienne.
Il n'y a donc aucun argument en faveur de cet$ opinion qui ne puisse être réfuté. Bichat en a ra;» semblé un grand nombre pour prouver que le bal; tement des artères était dû en entier aux conlraq; lions du cœur; le résultat de ses expériences e^ tellement précis, qu'il ne sera pas inutile d'en dort ner ici une idée abrégée.
1° Les baltemenls artériels retentissent enméml temps dans toute l'étendue du système artériel.
2° Si on coupe l'artèrecarolide d'un chien vivan qu'on l'adapte à l'artère du bras d'un cadavre, le» artères de ce bras sont aussitôt agitées de mouvi ments analogues à ceux du pouls ordinaire.
S" Si on adapte l'extrémité de la même carotîd à la veine jugulaire d'un autre cadavre , aussitôt I veine est agitée de bruissements qui ne sont pai exactement des pulsations artérielles, à cause del différence de structure des parois , mais qui on avec elles la plus grande analogie.
4° Si on adapte la veine d'un animal à la carotid d'un autre , les battements cessent dans celle-ci jji quoiqu'elle soit parcourue par du sang venant d^l la veine.
5° Si l'on adapte l'artère carotide d'un chien Ti-t^É vaut à l'artère crurale d'un autre chien vivant celle-ci est prise de pulsations isochrones aux bat-*, teraents des artères de l'autre chien, et non de lui dont elle fait partie.
6° Si on place un tube creux entre les deux bouté coupés d'une artère, les pulsations se transmettentMii! au-delà de la section. ijl
7" Chez les vieillards , les artères sont souventf 11 ossifiées, et les battements n'en sont pas moins pro-»!tç nonces au-delà des parties malades. : *
8" Si on place une ligature sur une artère, lesfî baltemenls cessent au-dessous; mais ils se repro-|vj< duisent lorsque, par les anastomoses, le sang est ramené en colonnes assez volumineuses pour transmettre à l'artère sa dilatation habituelle.
De tous ces fails, nous pouvons hardiment conclure que, dans l'état normal, le temps de la circnlalion artérielle qui répond au pouls, au jet avec saccade du sang hors des artères, est entièrement sous la dépendance du cœur, cl que les artères y sont complètement étrangères. Nous disons dans l'élat normal, car il n'est pas prouvé que les singulières pulsations que l'on perçoit dans le ventre de quelques hypocondriaques soient toujours isochrones au pouls, et l'on ne peut guère nier qu'elles ne soient dépendantes du jeu des artères abdominales. Le plexus solaire aurait-il de l'influence sur elles?
Le second temps de la circulation artérielle est entièrement sous la dépendance des artères. L'artère, alongce et élargie par l'entrée brusque du sang dans son intérieur, revient sur elle-même en
bat-* f
DE LA ClRCULVnOU.
riu de l'élaslicilô desonlissu jaune. Cette rélracestaidée encore par la propriété contractile de artère: alors le sang, pressé dans l'intérieur du lisseau, tend à en sortir par ses deux exlrémilés ; lais une d'elles est complètement close par les ilvules sigraoïdes abaissées. Il faut donc que ce iliiide s écoule vers les capillaires : c'est pendant " temps que le sang s'échappe sans saccade d'une i tère ouverte.
A mesure qu'on s'éloigne du centre, plusieurs uises ralentissent le cours du sang. De ce nombre
ni l'augmentation de l'espace dans lequel il est
iilenu, la résistance que les courbures des vaisauxhii opposent, les frottements qu'il éprouve, . qui devieiment d'autant plus considérables, que, éloignant du cœur, les canaux dans lesquels il cirile se multiplient davantage ; enfin, les déviations ;i"il subit en passant des troncs dans les brani'cs qui, s'en détachant quelquefois sous des angles resque droits, le détournent de sa direction prililive.
On a encore donné comme causes du retard du ing la viscosité de ce fluide et sa tendance à la coaulation. Mais de ces deux obstacles le premier
existe certainement pas, et le second est au moins rès-problémalique : aussi n'en tiendrons-nous auun compte. Il n'en sera pas de même des arguiients précédents, malgré les attaques que Bichat a irigées contre eux. Cet auteur et plusieurs autres liysiologistes ont révoqué en doute ce ralentisselent progressif du sang artériel; et quelques-uns entre eux, quoique rejetant absolument toute aplication des sciences physiques à celle de l'éconolie animale, ont cependant appuyé leur opinion un fait emprunté de l'hydraulique : il faudrait, -ent-ils, pour que tous les calculs sur la retarda-
:i du sang artériel eussent quelque base certaine, lie les artères fussent vides au moment où elles eçoivent l'ondée de sang qu'y lance chaque contiction des ventricules; mais il n'en est point ainsi : > artères sont toujours remplies, le sang coule ans toutes avec la même vélocité. Il en est du \slème de ces vaisseaux comme d'une seringue de Hjuelle s'élèveraient une multitude de tubes droits l contournés : chacun d'eux fournira le liquide avec ne égale vitesse, lorsqu'on en déterminera la série en pressant sur le piston.
En réfutant cette doctrine, je ne puis m'empélicr de relever une contradiction bien singulière titre la prétention hautement annoncée d'exclure oute application des principes mécaniques à la phyiologie, et l'emploi de ces mêmes principes rigoueiiscment appliqués aux phénomènes de l'éconolie vivante; contradiction qui ne doit pas, au este, surprendredavantage que celledans laquelle liiit tombés les auteurs qui déclament contre les lomenclatures modernes, et cependant s'empres- I lit d'y ajouter, en recherchant avec soin toutes parties qui ont échappé au zèle des nouveaux lenorainateurs, pour leur assigner des dénominaions nouvelles. Quelle parité peut-on raisonnablenent établir entre une pompe foulante, dont les •arois sont inflexibles aussi bien que celles des tu- J(!s qu'on peut en faire partir, et l'aorte qui se diaic chaque fois que le sang y est projeté, entre des
tubes qui décroissent en «'avançant vers leur extrémité ouverte, tandis que l'espace artériel, par les innombrables divisions des vaisseaux, augmente sans cesse? Puisqu'on s'accorde pour admettre que dans les vaisseaux capillaires le cours du sang est beaucoup ralenti, cette résistance, opposée au sang qui remplit la série des vaisseaux, depuis les capillaires jusqu'au cœur, ne doit-elle pas se faire ressentir d'autant plus que l'on s'éloigne davantage de cet organe ? etc. , etc. , etc. Sans cette résistance progressivement augmentée, à mesure que le sang artériel s'éloigne du cœur , ce fluide coulerait dans les artères comme dans les veines, sans produire des pulsations ; car cette résistance, d'où naît l'effort latéral ou de dilatation que le sang exerce sur les parois des artères, est la cause principale du pouls offert exclusivement par ces derniers vaisseaux. On remarque une différence sensible entre la rapidité du sang qui coule dans les artères des orteils, et dans celles qui vont aux mamelles. Je m'en suis plusieurs fois assuré, en amputant les phalanges cariées des orteils et les mamelles cancéreuses : les artérioles de ces parties ont un calibre à peu près égal, et cependant le jet du sang est plus rapide; le fluide est lancé à une plus grande distance, lorsqu'une artère des mamelles est ouverte.
Quelle est la force avec laquelle le sang circule dans les artères? On conçoit de suite que celte force n'est pas uniforme, puisqu'on voit s'échapper d'une artère ouverte une colonne de sang qui jaillit tantôt avec lenteur , tantôt avec force. M. Poiseuille , négligeant les moyens que Halle , Borelli et autres avaient employés pour mesurer la force du cœur , a inventé un instrument fort ingénieux pour apprécier avec quelle énergie le sang est mu dans les artères : il place dans un tube recourbé une certaine quantité de mercure que surmonte d'un côté une dissolution de sous-carbonate de soude , aOn d'empêcher le sang de se coaguler ; surcecôîé qui est droit, il engage l'extrémité d'une artère ouverte et lie l'artère sur le tube , en effaçant préalablement le calibre de l'artère par la pression des doigts; quand l'artère est liée sur le tube , il écarte les doigts, et alors le sang est lancé , d'abord dans la portion horizontale , puis dans la partie recourbée du tube, et ce liquide pressant, par l'intermédiaire du sous-carbonate de soude , sur le mercure, il le fait remonter dans la branche recourbée d'une quantité égale à l'impulsion qu'il a reçue dans l'artère. Celle hauteur est la mesure de la force avec laquelle le sang presse sur les parois des artères. Elle équivaut à trois ou quatre livres chez l'homme adulte ; et, chose qui au premier abord peut paraître singulière , la pression est la même partout dans les artères d'un même animal , en sorte que le mercure est chassé avec la même force par le sang contenu dans une petite artère loin du cœur , que par le sang contenu dans une grosse artère et près du cœur: d'où l'on peut tirer cet axiome , que la force qui meut les molécules du sang est la même dans toutes les parties du corps.
LXI. Circulation dans les capillaires. La circulation du sang dans le système capillaire est un des points les plus épineux de la fonction qui nous •
ÉLÉMEHTS DE PHYSIOLOGIE.
occupe : ccUe circulation fait acluolleinent le sujet de l'étude de la plupart des physiologistes allemands, et une partie de leurs travaux se trouve consignée dans le Journal des Progrès. En lisant ce que ces médecins allemands ont entrepris et fait pour éclairer l'histoire de la circulation du sang dans les capillaires , on voit que leurs opinions sont, les unes spéculatives , les autres appuyées sur des observalions microscopiques.
Avant d'aborder ce point de physiologie, il con- ■vient de bien déterminer ce que l'on doit entendre par vaisseaux capillaires ; caries physiologistes n'ont pas toujours connu les vaisseaux capillaires ; et de nos jours, ils sont loin d'élre tous d'accord sur ce qu'ils veulent désigner par ces mots.
Autrefois , avant de connaître la circulation , on admettait que le sang était versé dans la trame des organes, qu'il stagnait dans celte trame , à laquelle on donnaitle nom de parenchyme,pour y fournir la substance nécessaire à leur nutrition. Quand plus lard on connut le mécanisme de la circulation, on fut obligé d'admettre un moyen de communication entre les artères elles veines; mais comme on n'avait pas aperçu de vaisseaux capillaires , on admit des porosités aux parois des ventricules , porosités par lesquelles le sangpassail des veines dans les artères. Cependant Servet découvrit que le sang passait par le poumon pour revenir au cœur, et il reconnut la nécessité de vaisseaux de passage dans l'épaisseur du poumon, établissant la communication entre les artères et les veines : il n'y avait plus qu'à faire l'application de cette donnée aux capillaires généraux. Or, quand Harvey, pour prouver le cours du sang , eut mis une ligature sur une artère qui empêchait l'arrivée du sang dans les capillaires, et une autre ligature sur une veine qui faisait stagner le sang entre le lieu de la ligature et les capillaires , il conclut à la nécessité de capillaires généraux , qui permettaient le passage du sang des arlèresdans les veines. Mais ces vaisseaux étaient difficiles à démontrer. Nous avons vu déjà comment ils furent mis en évidence par les injections et les travaux microscopiques : ainsi , Ent , poussant une injection pénétrante par les artères, la vit revenir par les veines. Beaucoup d'analomistcs répétèrent avec le même résultat les injections de Ent. EnGn, nous avons dit comment Malpighi , le premier, puis Leuwenhoek , virent avec le microscope le sang traverser les vaisseaux capillaires sur des animaux vivants à sang froid; comment Cooper les aperçut sur lemésentère d'animaux à sang chaud; comment on les a vus au travers de la transparence de l'aile des chauve-souris. C'est donc un point aujourd'hui démontré d'une manière péremptoire, et l'on a lieu de s'étonner que des physiologistes modernes nient encore l'existence de ces vaisseaux. Ainsi , Wilbrand , cité par Béclard , prétend que le sang des artères, en pénétrant dans nos tissus , est entièrement solidiGé, etlransforméimmédiatement en substance analogue à celle de l'organe dans lequel le sang est versé , pendant qu'une autre portion des tissus est à l'instant fluidifiée, et revient par les veines transformée en sang noir. Ainsi M. "Tognot soutient que le sang artériel est versé dans des cellules, et qu'il passe de celles-ci dans les
veines par le mécanisme de l'endosmose et do l'exosmose. Mais si ces opinions étaient l'expression de la vérité , comment les injections pourraientelles passer avec tant de facilité des artères dans les veines?
Il y a deux grands systèmes capillaires: l'un geài trouve à l'endroit où toutes les divisions de l'artère jaorte se continuent avec les origines de toutes leslf veines qui se rendent aux veines-caves ; l'autrel', existe aux extrémités des artères pulmonaires et ài» l'origine des veines pulmonaires. Quoique plus petit, ce système n'en est pas moins très-élendu e| parcouru, en un temps donné , par une quantité sang égale à celle qui traverse le premier syslèmcil capillaire. Dans l'intérieur du premier, lesangper ses qualités de sang rouge ou artériel, pour deve nir veineux ou noir ; dans l'autre , le sang éprouvd un changement inverse.
Les artères se continuent avec les veines déplu sieurs façons différentes : l» Tantôt une artère den venue très-ténue se recourbe en anse, et renconlr l'extrémité très-mince d'une veine; 2° tantôt deu branches Irès-fines, artérielles et veineuses , man'. chent parallèlement l'une à l'autre, et s'envoienif dans ce trajet une foule de rameaux de communié cation; 3° tantôt, enfin, et c'est le plus fréquent |i l'artère se termine en se partageant en une foule dcK branches anastomosées ensemble, d'où résulte ni|| lacis capillaire inextricable, et d'où reviennent le^ radicules des veines.
Quel est le diamètre des vaisseaux capillaires ijfi Ce diamètre est lellemcnt petit que les vaisseau^ ne peuvent jamais être aperçus à l'œil nu, quoiqu'oi puisse le croire, en voyant les figures que certain anatomistes ont données de ces vaisseaux. Il en r suite qu'ils ne peuvent jamais donner passage qa'i un globule de sang à la fois, excepté dans les an maux à sang froid, où ils peuvent en admettre plui| sieurs.
Quelle esl la quantité de ces vaisseaux dans l différents tissus? C'est par des injections très-fin que l'on peut en prendre une idée ; et quoique B$ chat ait voulu répudier ce secours des injections pour rechercher la structure intime des organes»' nous admettrons avec Béclard que c'est un moyef souvent utile , et ici indispensable , pour arriver sfj la connaissance delà vascularité capillaire des tissus»» connaissance bien importante à acquérir , puisquii c'est dans l'intérieur des vaisseaux capillaires que s»* passent probablementlaplupartdes phénomènes d<r la vie, tels que la nutrition, les sécrétions, etc., et que se produisent presque toutes les maladies. Le: injections si parfaites de Ruisch , Albinus, Proi chaska, Bleuland, ont fait naître l'idée, soutenue pat Ruisch et quelques autres anatomistes, que la slruc; lure intime de tous nos organes n'était qu'un comN posé de vaisseaux.
Mais Albinus a fait une première réfutation d( celle opinion , en disant que si tous nos organe» n'étaient qu'un amas de vaisseaux , ceux-ci étant d* même nature , nos tissus devraient être partout identiques ; ajoutons que même après les injection» 3 les plus fines , on trouve dans l'organe quelqu» 'i chose de solide qui n'a pu être injecté, et qui pat conséquent reste en dehors des vaisseaux.
DE L\ ClRCCLATIOn.
Les tissus qui sont imperméables au sang sont l epiderme et les cheveux. Si dans cette maladie connue sous le nom de plique polonaise , on a vu s'é- ■oulev du sang de l'intérieur des cheveux coupés i>i ès de la lète , c'est que par l'effet de la maladie le Dulbe du poil s'était prolongé dans la base du poil i mplanté surlui : c'est ainsi qu'en coupant les plumes des jeunes oiseaux, on voit s'écouler du sang qui i sort du bulbe vivant et organisé comme le bulbe du ! poil , et qui à cet âge se prolonge au travers de la [ peau , dans la base de la plume. Le tissu cellulaire, raversé en tous sens par des vaisseaux, ne paraît tas en recevoir ; les injections les plus fines n'en .ont apercevoir aucun arrêté dans son épaisseur. :i n'en est pas de même du tissu adipeux : Mal pighi, Béclard et autres ont aperçu de très-jolis réseaux vasculaires répandus dans la surface membraneuse qui forme les parois de l'utricule dans laquelle la p:raisse est logée; de même le tissu médullaire des -os reçoit un assez grand nombre de vaisseaux. Les tendons sont peu vasculaires; ils ne laissent pas écouler de sang quand on les coupe. Les membranes fibreuses sont un peu plus vasculaires; quelques-unes rreçoivent des vaisseaux très-apparents : ainsi le pé- : riosle, ainsi la dure-mère. Les cartilages articulaires ne paraissent pas renfermer de vaisseaux. Quand on pousse une injection très-fine, on voit celle-ci se prolonger quelquefois à la surface du cartilage; mais en y regardant bien, on voit que les vaisseaux sont . sous la membrane qui recouvre le cartilage, et non J dans celui-ci; mais les cartilages d'ossification se pé- 1 nètrent de vaisseaux au moment où ils se transforrment en os. Les os renferment des vaisseaux , mais • en petite quantité. Les membranes séreuses sont- ' elles vasculaires? Il est certain que l'on ne peut dé- : couvrir aucune trace de vaisseau ni par les injeci lions artificielles, ni par les injections naturelles , i à la surface libre de ces membranes; mais au-des- >: sous de celte surface , du côté de la portion adhérente , il y a un réseau vasculaire extraordinairement abondant, et qui est probablement relatif I aux sécrétions et absorptions dont la surface libre ! des séreuses est le siège. Cependant on ne peut 1 découvrir de communication vasculaire entre cette ; surface et les vaisseaux sous-jacents; ce qui pourrait porter à croire qu'ici les fonctions dont je ; parlais se font par des phénomènes d'imbibition.
ILa plupart des tissus précédents ne reçoivent que la quantité de sang nécessaire à leur nutrition. Mais : dans les organes qui, outre la nutrition, ont une action élaboralrice du sang à accomplir , les vaisseaux sont bien pins abondants : ainsi les membranes tégumentaires internes et externes qui sont le siège d'une exhalation fort active , toutes les glandes, reçoivent une énorme quantilé devaisseaux. Les muscles on reçoivent aussi une quantité considérable; et M. Cuvier pense que pen- ! dant leur contraction il y a consommation de quel- ; que principe apporté par le sang.
Le nombre des vaisseaux capillaires que renferment les organes varie selon les âges : considérable dans le fœtus et l'enfance , il diminue chez 1 adulte, et encore plus chez le vieillard. Aussi les I ; injections sont de moins en moins faciles et péné-
trantes à mesure qu'on les fait sur des personne» plus avancées en âge.
Les vaisseaux capillaires dont nous nous occupons contiennent tous des globules sanguins. Mais n'y a-t-il que celte espèce de vaisseaux faisant suite aux artères , ou bien celles-ci, arrivées à leur dernier degré de division, ne se continuent-elles pas aussi avec des vaisseaux d'un autre ordre, qui , au lieu d'admettre le sang en totalité , n'admettraient que certaines portions du sang, la partie séreuse, par exemple? en un mot, n'y a-t-il pas des vaisseaux blancs ou séreux?
Leuwenhoek, se servant du microscope, crut voir dans le sang des globules de plusieurs grandeurs; et Boerhaave, parlant de cette notion , imaginades vaisseaux décroissants de volume qui étaient destinés à admettre les globules proportionnés à leur calibre : de là naquit la fameuse théorie de l'inflammation, donnée par Boerhaave, dans laquelle les accidents de l'inflammation sont attribués au passage maladroit d'un globule trop gros dans un vaisseau trop petit : erreur de lieu qui entraînait un embarras dans la circulation. Haller a admis ces vaisseaux séreux; mais personne plus que Bichat n'a accumulé de preuves et de raisonnements en faveur de leur existence. Un de ses principaux arguments se tire de la coloration en rouge de certaines parties ordinairement blanches , mais qui, irritées, rougissent, parce que le sang, dit-il, passe par des vaisseaux séreux qui ne le renfermaient pas auparavant. Ainsi rougit la conjonctive enflammée; et on peut ajouter aux preuves données par Bichat un fait que ni lui ni plusieurs des partisans de sa doctrine ne paraissent avoir connu, et qui est dû à Bleuland. Cet anatomisle a poussé dans une artère mésentérique une injection composée de plusieurs substances différemment colorées et d'une pénétration également différente; au premier aspect, toute l'épaisseur des parois intestinales lui parut rouge; mais, après une inspection plus minutieuse , aidée du microscope , il s'aperçut que la surface péritonéale était parcourue seulement par des vaisseaux remplis précisément de la substance la plus pénétrante, qui était blanche, naissant des plus petites arlérioles rouges , et tout-à-fait différents des vaisseaux que l'on remplit par l'injection ordinaire. Bleuland n'hésita pas à rapporter ces vascules blancs , microscopiques , aux vaisseaux séreux.
On peut cependant révoquer en doute l'existence de ces vaisseaux; d'abord, avec le microscope qui grossit les objets au point que les globules du sang paraissent extrêmement gros , on ne voit pas de ces vaisseaux plus petits dans lesquels il n'y aurait pas de globules; ensuite, si certains tissus enflammés et auparavant blanc?, rougissent, c'est que leurs vaisseaux, parcourus autrefois par une quantité de sang si petite que la couleur cesse d'en être sensible, sont, pendant le temps de l'inflammation, traversés par des quantités de sang assez considérables pour que la couleur de ce liquide soit mise en évidence. Il faut en effet que les corps aient un certain volume pour réfléchir les rayons de la lumière sous un angle assez ouvert, de manière que l'œil puisse en apercevoir la couleur. On sait que les grains de
sablo porphyrisês et rodiiils à une flncssc cxlrôrao paraissent incolores quand on les regarde séparés, et ne montrent leur couleur que dans l'état d'agrégation ; que des lames très-minces , détachées d'une fenille de substance cornée , semblent transparentes, quoique la feuille de laquelle on les détache soit rouge ou bleue ; mais , si l'on applique l'une à l'autre plusieurs de ces lames transparentes, la couleur rouge paraît d'autant plus foncée , que l'on en réunit un plus grand nombre.
II n'est pas non plus nécessaire de discuter ici l'opinion de M. Magendie, qui pense que les artères se continuent avec les vaisseaux lymphatiques; car personne n'a yu ces petits conduits que traverserait la partie séreuse du sang pour revenir parles lymphatiques. Enfin, nous rejetterons comme une pure fiction les vaisseauxexhalantsetabsorbants de Bichat, car ils n'ont pas plus été vus que les précédents. Quant aux vaisseaux des nutritions, nous nous en occuperons en parlant de la nutrition.
Quelle est la cause du cours du sang dans les capillaires? Suivant Harvey, le sang est mu dans les capillaires par la seule force de contraction du ventricule gauche du cœur, et les vaisseaux ne lui ajoutent aucune nouvelle source d'impulsion.
Rapprochons de cette première opinion exclusive une autre opinion tout aussi exclusive et qui lui est diamétralement opposée, à savoir, que le sang dans les capillaires est entièrement soustrait à l'action du cœur, et qu'il circule dans ces vaisseaux par la seule impulsion que lui communiquent leurs parois. Bordeu a le premier imaginé cette doctrine, et personne plus que Bichat ne s'est efforcé de la démontrer. Comment, dit-il, expliquer par un agent unique ces variations que la circulation éprouve dans les vaisseaux capillaires ? Sur un même individu ici la peau est rouge et chaude ; là, elle est pâle et froide ; l'inflammation, les passions sollicitent en certaines parties des changements brusques et très-prononcés dans la circulation, tandis que les autres régions n'éprouvent aucune modification appréciable.
Nous pensons que la vérité se trouve dans une troisième opinion qui concilie les deux précédentes : nous admettons que le cours du sang dans les capillaires esta la fois sous l'influence de l'impulsion que ce liquide reçoit d'un côté de la part du cœur et des artères ; de l'autre, de la part des parois mêmes des vaisseaux capillaires. Nous nous bornons à consigner ici la première proposition ; car, en décrivant la circulation veineuse, nous démontrerons jusqu'à l'évidence que le sang y est encore sous l'influence des contractions du cœur et des artères : donc, o fortiori, il doit ressentir la même inOtience dans les capillaires. Quant à la seconde proposition, il suffit, pour être convaincu de son exactitude, de considérer que dans plusieurs circonstances le sang circule dans les capillaires en sens inverse de la direction que tendent à lui imprimer les actions réunies du cœur et des artères.
Il est de la plus haute importance de démontrer une pareille proposition : 1° Dœllinger a répété les expériences microscopiques de Spallanzani , Leuwenhock , et il a remarqué qu'il y a des variations dans le cours du sang dans les capillaires. Il est des
courants qui vont lentement ; d'autres, au co traire, vont assez vite; quelquefois une série d globules se ralentit, semble s'arrêter , puis , re contrant une autre série qui va plus vite, les gl bules se remettent en marche avec plus d'activit et dépassent ceux qui les ont devancés. Quelqo fois deux courants se rendent à un même vaissea et là ils y entrent globule à globule , l'un après l'a trc , dans chaque série ; leur mouvement s'accélère et les globules trop gros s'aplatissent pour passe dans un vaisseau plus petit.
2o Si l'on pique la surface d'une membrane aussitôt la direction des courants environnants e changée; de toutes paris le sang se dirige versl lieu piqué , que ce soit ou non le sens dans Icqu le cœur tende à le faire voyager ; ce qui a fait dire ubi stimulus, ibifluxus.
3° Thomson examine au microscope, et ave beaucoup de soin , la circulation capillaire dan l'état normal , puis il place sur les mêmes tissus de» substances irritantes , telles que différents sels, d4 l'ammoniaque, de l'alcool; et, selon la substanc employée, il remarque la dilatation ou le resserre ment des capillaires, l'accélération ou le retar dans les courants. Ces observations ont été faite» aussi par Haslings, par M. Gendrin, et elles on donné lieu aux mêmes résultats.
4° Kaltenbrunner a poussé plus loin encore ce recherches à propos des plaies et des parties e" flammées, et il a vu que dans le premier temp de l'inflammation , il y a afflux de globules sanguins puis congestion et circulation plus lente dans 1 centre , et enfin stase complète des globules au mi lieu de la partie enflammée, tandis qu'il y a ton jours des courants auxenvirons. Terminons en disan i que, malgré l'ablation du cœur, le sang continu encore à circuler dans l'intérieur des vaisseaux ca pillaires.
L'action des parois, des vaisseaux capillaires étant bien établie, recherchons quels en sont le agents. Il yaà ce sujet quatre opinions principales: 1° contraction des parois; 2° attraction exercée pa nos tissus; 3° action électrique; 4° mouvement spon tané du sang.
1° Contraction des parois. Bichat n'admet pa d'autre cause. Les capillaires , selon lui , se dilaten et se rétrécissent spontanément à la manière d petits cœurs. On a poussé une injection d'un liquida non irritant dans les vaisseaux d'un animal vivant, et elle a passé aisément ; tandis qu'une antre , aussi! fluide, mais irritante, n'a traversé les capillaireal qu'avec difficulté : de plus , l'on voit la contractilitéié des artères aller en augmentant des gros troncs yersH les branches , de celles-ci vers les radicules. Enfin ( le froid excite la contraction des vaisseaux qui chas-t sent le sang de leur intérieur, d'où la pâleur qo' alors se manifeste , tandis que la chaleur produit u effet inverse.
L'action des parois sur le sang a été révoquée en doute, et l'on a même cherché récemment à tourner* en ridicule une semblable croyance. Dœllinger pré-' tend que les artères arrivées dans le parcnchymct^ des organes , se dépouillent de leurs parois , et quer le sang circule à nu dans des canaux dont les parois»" ne sont antres que la trame elle-même de l'organe. <
DE L\ CIRCDLATIOK.
lue devient alors , dit-il , celte acliou des parois des aisseaux sur le sang ? Mais Wedmeyer , élève de lœlliuger, a rélulé son maître, en prouvant que les aisseaux capillaires avaient des canaux propres, kclard a admis que la membrane interne des vaislaux au moins pénètre dans le parenchyme des rganes, et continue à former les parois des capil- , lires. Mais que nous importe , pour la circulation , , u'il y ait ou non une membrane propre , ou que le aiig soit à nu dans des canaux creusés dans l'épaistur de l'organe, pourvu que les parois de ces maux soient contracliles? C'est tout ce dont nous
uns besoin pour comprendre leur action.
2o Cette puissance ne suffit pas pour expliquer
iite la circulation capillaire. La seconde force ivoquée par les physiologistes est l'allraction vcrcéepar nos tissus sur le sang; attraction proupar les phénomènes qui suivent à l'instant l'irri-
on d'une partie par une piqûre, un corps étran-
i . Ce qui prouve encore cette attraction , c'est ittlux du sang vers les parties qui sont en mouveont ; vers l'utérus , quand le produit de la concepun le remplit et le rend un foyer d'excitation;
rs les mamelles, quand s'opère la sécrétion du il; vers la papille, sur laquelle doit pousser le bois Il cerf, qui à celte époque devient extrêmement isculaire : c'est enfin le raplus du sang vers l'exomilé d'un membre dont l'artère principale est t'e , et qui sollicite l'abord du sang avec plus d'é- Li gie par les canaux qui d'ordinaire n'en renferlaient qu'une petite quantité. On ignore comment exerce celte attraction. Hodge a fait un mémoire )ur prouver que c'était le résultat d'une pro- ■iété vitale de nos tissus, à laquelle il a donné
nom d'eccpansibilité.
D'autres ont dit que l'attraction exercée par nos -anes était le résultat de leur nutrition qui abjibait une certaine quantité de sang, et entraînait i nécessité de sa réparation.
3o Bonorden a émis une troisième opinion sur la luse d'impulsion du sang dans les capillaires, àlalelle il n'y a à reprocher qu'une absence comlete de preuves des faits sur lesquels elle repose, dit que le sang artériel et nos tissus sont électrisés i sens inverse , d'où attraction de l'un vers les ulres ; qu'une fois en contact, les électricités se sairent ; le sang et les organes sont électrisés de la lèine façon , et maintenant le sang est repoussé de "i gane et chassé dans les veines. Avec celte expli-
ion, il n'y aurait presque pas besoin de cœur.
is , je le répète , il n'y a plus que les électricités
nature inverse et semblable à démontrer, pour lie l'opinion de Bonorden soit de quelque valeur.
4 Enfin , des physiologistes ont admis le mounuenl spontané du sang. Harvcy , Glisson , Bonn t plusicursautresonldit que le sang était un fluide i \ anl et susceptible de mouvement par lui-même, (uuler a aussi longuement discuté pour prouver la I (alité du sang : son état liquide n'est point, ainsi l il le fait remarquer , un obstacle à sa vitalité, lais de ce que le sang est vivant, s'ensuit-il qu'il "it capable de mouvementpar lui-même? Ala lêto " ceux qui professent celte doctrine , je placerai ' alther , qui n'a pas craint de soutenir que le sang
Il l'auteur, l'agent unique de son mouvement
dans tous les vaisseaux qui le contiennent ; que lo cœur, les artères , les veines et les capillaires , n'étaient qu'un vaste Ihéàlre dans lequel s'opérait la circulation , sans qu'aucune de ces parties y prît d'autre part que celle de former des parois de canal. Kook professe une opinion un peu ftioins extravagante; mais il pousse encore beaucoup trop loin le pouvoir inhérent au sang de se mouvoir ; il avance qu'après une amputation ce n'est pas la peine de poser des ligatures sur les vaisseaux : le membre étant retranché , le sang , dont l'abord est devenu inulile, n'ira pas au-delà du lieu de la section. Il est pourtant vrai de dire que l'hcmorrhagie est moins à craindre après une amputation que quand un vaisseau est divisé dans la continuité du membre.
lleïdmann a vu au microscope des globules se mouvoir dans une goutte de sang sortie de ses vaisseaux.Treviranusa vuaussides mouvements de deux espèces : un de tourbillonnement, et un autre de contraction lente dans du sang qui se coagule ; mais ces mouvements peuvent bien n'être que le résultat de la vitalité de la fibrine du sang qui se prend en réseau.
Si on examine un œuf incubé , on voit qu'il y a du sang et des vaisseaux capillaires dans lesquels le liquide se meut avant qu'il y ait un cœur. Wolf, Hal- 1er, ont vu un phénomène semblable sur des mammifères ; mais les travaux les plus convaincants sont ceux de Kaltenbrunner. Cet auteur a découvert aux environs des plaies, à une certaine période de leur durée , des vaisseaux disposés en croissant, sans parois distinctes, et dans l'intérieur de ces cavités des globules qui oscillent, alongent peu à peu les extrémités du croissant, jusqu'à ce qu'ils rencontrent l'orifice d'un vaisseau capillaire , dans lequel ils finissent par s'ouvrir. On a constaté que tel était le mécanisme du développement de tous les vaisseaux de nouvelle formation. Kaltenbrunner a coupé en travers une anastomose des mésentériques , et observant au microscope ce qui se passait, il a vu manifestement les globules du sang arriver jusqu'aux bords do la section , puis rebrousser chemin pour rentrer dans l'intérieur du vaisseau divisé; et s'il y avait une branche à chaque distance du lieu coupé, le sang y entrait bientôt de manière à ne plus pénétrer dans toute la partie de l'artère qui ne conduisait qu'à la plaie extérieurè ; et si par malheur un globule se trompait et entrait dans cette portion, vite , comme s'il eût commis une faute, il rentrait dans le centre du courant sanguin pour enfiler la voie de dérivation.
De ces faits il estpermis de conclure à la vitalité du sang, et peut-être à un mouvement spontané de ce fluide dans nos vaisseaux.
LXII. Action des veines. Ces vaisseaux , chargés de rapporter au cœur le sang que les artères ont distribué à tous les organes, sont en bien plus grand nombre qu'elles. On observe , en effet, que les artères d'une moyenne grandeur, telles que celles de la jambe et de l'avant-bras , ont chacune deux veines correspondantes , dont le calibre est au moins égal au leur, et qu'en outre il est unordro de veines superficielles, placées entre la peau des membres et les aponévroses qui environnent leurs muscles, lesquelles n'ont point d'artères analogues.
ÉLÉMENTS DK PHYSIOLOGIE.
L'espace dans lequel le sang veineux est contenu est donc plus considérable que celui qui renferme le sang arlériel. Aussi eslime-t-on que, de \ingthuil à trcnlo livres do ce fluide , qui lailà peu près le cinquième du poids total du corps dans un homme adulte , neuf parties se trouvent dans les veines , et quatre'seulement dans les artères. Lorsqu'on fait cette évaluation, on doit regarder comme sang artériel celui que contiennent les veines pulmonaires et les cavités gauches du cœur ; tandis que celui qui remplit ses cavités droites et l'artère pulmonaire fait véritablement partie du sang veineux, dont il offre tous les caractères.
Quoique les veines accompagnent généralement les artères et leur soient unies par un tissu cellulaire qui leur fournit une gaîne commune, ceci souffre de nombreuses exceptions. Les veines qui rapportent le sang du foie ne suivent nullement la direction des branches de l'artère hépatique ; les sinus de la dure-mère offrent une disposition bien différente de celle des artères cérébrales ; les veines des os surtout, bien plus nombreuses et d'un plus grand calibre que les artères des mêmes parties , à raison delà lenteur avec laquelle la circulation s'y opère , ne suivent point , pour la plupart , la direction de ces artères, et sortent isolées de leur substance, à l'exception néanmoins de celles que loge le canal de la partie moyenne , et auxquelles donne issue le trou nourricier de l'os. Enûn , un grand nombre de veines se remarquent dans plusieurs parties du corps où l'on ne trouve pas d'artères correspondantes: telles sont les veines sous-cutanées des membres , celles qui portent le nom de veines rachidiennes , etc. Non-seulement les veines sont en plus grand nombre, elles sont aussi plus amples et plus dilatables ; ce qui était nécessité par la lenteur avec laquelle le sang y coule , et la facilité avec laquelle il s'arrête et y séjourne lorsque le moindre obstacle gêne sa circulation (1). La force qui fait couler le sang dans les canaux artériels est si grande, que la nature semble avoir négligé les avantages mécaniques qui eussent pu en favoriser le cours. Au contraire , les puissances circulatoires qui déterminent la progression du sang veineux ont si peu d'énergie, qu'elle a écarté avec soin tous les obstacles qui se seraient opposés à son retour.
Les veines suivent une direction presque droite ; au moins leurs contours ne sont-ils pas aussi nombreux et aussi prononcés que ceux des artères. La force qui y fait couler le sang n'est donc point employée à redresser les courbures : les anastomoses sont aussi plus fréquentes; les veines profondes des membres communiquent fréquemment avec les
(1) Les artère» contiennent toujours à peu près la même quantité de sang. La pléthore s'établit toujours dans les veines, parce que la stagnation fin sang y est plus facile; et cpt état n'occasionc la fièvre inflammatoire (qui n'est autre chose que l'action augmentée du système vasculaire, ainsi que l'exprime la dénomination i'angtJioiénnpic que lui a imposée le professeur Pinel), que lorsque, la congestion sanguine étant portée à un très-haut degré dans les veines, le sang ne passe plus que difficilement des artères dans ces vaisseaux. Alors le cœur et les artères redoublent d'effort pour se débarrasser du fluide qui les surchargo, etc.
veines superficielles; les veines rachidiennes son , largement anastomosées avec les hypogastriqueg les veines-caves , l'azygos , etc. Enfin , l'iiitérieui des veines, comme celui des vaisseaux lymphati ques , est garni de replis valvulaires formés par I duplicaluredeleur tunique intérieure. Ces valvules i rarement solitaires , presque toujours disposées pa i paires, ne se trouvent ni dans les veinules , ni dau i les gros troncs , ni dans les veines qui rapporlenf le sang des viscères renfermés dans les grande cavités. Lorsqu'elles sont abaissées , elles ferraeni complètement le canal, rompent la continuité d la colonne de sang qui revient au cœur, la partage^ en un nombre de petites colonnes égal à celui espaces intervalvuiaires , dont la hauteur est mt^ surée par la dislance qui sépare ces replis ; de mi||i nière que les puissances motrices du sang veineu* qui ne pourraient en faire couler toute la masses s'appliquent avec avantage à chacune des pelilq. portions en lesquelles elle se trouve divisée. U Les parois des veines, beaucoup plus minces qcfj celles des artères, sont environnées , comme elle* par la gaine celluleuse commune à tous les vain seaux. Trois tuniques entrent également dans let^ structure. La tunique interne, aussi mince, mai plus extensible que celle des artères , adhère plii intimement aux autres tuniques. Le tissu cellulaiit qui l'unit à la tunique moyenne est moins aboa dant : aussi le phosphate de chaux ne s'y dépoi guère , comme il arrive dans les artères , qui s'ossi fient fréquemment par les progrès de l'âge. Cetip tunique intérieure n'est autre chose qu'un proloif gement de celle qui tapisse les cavités du cœur; ^ comme l'origine de la tunique interne des artèrc^t|i est la même, il existe une continuité non inteéijli rompue dans la membrane qui tapisse l'intérieGl ii| de tous les canaux circulatoires. La tunique inlern^- > i est la seule tunique essentielle aux vaisseaux ve^i ii neux : elle seule constitue les veines intérieures d^ if. os, les sinus de la dure-mère, les veines hépatique^ lil simples , en un mot , toutes les veines dont \'ei\à- 9 rieur adhère si fortement aux parties où elles si f>\ trouvent , que le sang y coule comme dans des conf » | duits inertes , par la presque impossibilité dart )^ laquelle sont leurs parois de se rapprocher. (■ Aux endroits où les veines traversent des musi I des , elles sont , comme les artères , protégées 1 des anneaux ou cintres aponévrotiques. Aucm i n'est plus remarquable que celui dont est garni II li contour de l'ouverture du diaphragme, par laquelU I la veine-cave ascendante passe du bas ventrc dan i la poitrine. Ce vaisseau n'éprouve donc aucuni * compression de la part du muscle , dans le mo ment où celui-ci se contracte pour l'inspirationi J< Tandis que dans les capillaires le cours du saiM H était caché à nos regards, et que nous étions obli > i gés de nous aider d'instruments d'optique pour saii n sir quelques-uns des phénomènes de la circulalio» .t capillaire , ici comme dans les artères, comme daiif ; le cœur, tout devient apparent, facile àconslalcr» ». et l'on peut dire que l'on possède sur la circulation il veineuse des connaissances précises, salisfaisanlefi n et dont plusieurs points ont une application hciif reuse à l'éliologie de quelques maladies , cl à U ' pratique de certaines opérations chirurgicales.
DE LA CIRCULATIOR.
Nous avons vu le sang lancé par le cœur dans uutes les parties du corps à l'aide de deux gros aisseaux, l'arlère pulmonaire etl'aor le ; sept veines )rincipalcs rapportent dans les oreillettes du cœur e sang qu'elles ont reçu des capillaires; trois dont lous avons déjà parlé s'abouchent dans l'oreillette h oile : ce sont les veines-caves supérieure et iiiféiourc, plus la coronaire du cœur ; quatre s'ouvrent Jans l'oreilletle gauche: ce sont les veines pulmonaires. Les premières apportent au cœur le sang les capillaires généraux: il est noir; les secondes ransporlent le sang des capillaires du poumon , ;ii a été viviûé parla respiration: ce sang est ouge.
Nous suivrons dans l'exposition delà circulation veineuse le même ordre que nous avons adopté pour l'étude de la circulation dans les artères; nous commencerons par indiquer les phénomènes de la circulation dans les veines , et nous rechercherons ensuite quels sont les agents de cette circulation. La première partie de celte description est pour ainsi dire une énumération en sens inverse des faits que nous avons nolés à propos du cours du sang dans les artères. Yoicice que ce parallèle apprend: 1 ° Dans les veines, le sang marche de la périphérie > ers le centre , des radicules veineuses dans les branches, de celles-ci dans les troncs, et de ceuxci dans les troncs principaux ; dans les artères, le sang coulait des troncs dans les branches, les rameaux , les capillaires. 2° Dans presque toute l'étenduedu cours du sang dans les veines, on n'aperçoilaucun battementsur le trajet du vaisseau ; si on le comprime , le doigt n'est pas soulevé par des pulsations isochrones aux pulsations du cœur; les artères présentaient ces battements et ces pulsations. 3" Pendant que l'on comprime une veine, on voit sa portion comprise entre le lieu comprimé et les capillaires se remplir de sang, et se gonfler de plus en plus, tandis que la portion opposée se vide presque complètement du sang qu'elle renferme : une artère comprimée présente des phénomènes inverses. A<^Si on ouvre les parois d'une veine, le sang coule, en formant un jet continu, à peu près uniforme: le jet était fortement saccadé en s'échappant des artères. 5° Le sang qui sort par une veine ouverte s'en échappe avec moins de rapidité que d'une artère du même volume, et qui a une plaie du même diamètre. On peuts'en assurer en ouvrant dans un membre l'artère, et dans le correspondant une veine satellite de la même artère et d'égal volume. Il ne faudrait pas faire celle expérience sur les deuxvaisseaux d'un même membre, parcequ'on pourrait objecter, et aNCc raison , que si le cours du sang est plus rapide dans l'artère que dans la veine, c'est parce qu'il y a eu soustraction d'une partie du sang qui revient ordinairement par ce dernier vaisseau, puisque l'on a ouvert une voie de dérivation sur l'artère qui lui correspond. 6" Le cours du sang augmente de rapidité dans les veines de l'origine de ce système vers sa terminaison. Nous avons vu qu'il allait en diminuant dans le même sens dans les arlères : la cause de celle accélération est soumise à la même loi que celle du retard du cours du sang dans les artères. Le système veineux a plus de capacité à son origine que dans son rai-
ISS
lieu, plus à son milieu qu'à sa terminaison ; il doit donc être parcouru par le sang avec plus de rapidité dans les parties rétrécies que dans les parties dilatées du même système. On peut généraliser ce fait en disant que plus un vaisseau artériel ou veineux est gros et rapproché du cœur, plus le sang qu'il contient le parcourt avec rapidité ; proposition qui n'implique pas contradiction avec la précédente , puisque dans les arlères le sang va des troncs vers les branches, et que dans les "veines il va des branches vers les troncs.
Il y a quelques variations dans la rapidité du cours du sang dans les veines , que je dois faire connaître ici. A la suite de certaines saignées du bras, vers la fin de l'opération, on observe que le sang sort rouge , écumeux, presque rutilant et avec saccades , surtoutchez une personne robuste, et dont le cours du sang est accéléré par un mouvement fébrile. D'une autre part, les veines du cou sont agitées de mouvementsqui s'accompagnent de battements parfois assez prononcés. C'est ce qu'on a nommé le pouls veineux, pouls connu dès la plus haute antiquité , car Hippocrale a parlé de ces mouvements avec pulsation que présentent les vaisseaux du cou. il est vrai que Gavet cherche à faire entendre qu'Hippocrate pourrait bien n'avoir voulu parler que des battements des carotides ; car , à cette époque , l'on ne distinguait pas les artères des veines ; et Hippocrale n'ayant parlé que des veines du cou , sans indiquer exactement leur place, il se pourrait que, selon l'observation de Gavet, il n'ait voulu indiquer que les pulsations des artères. Mais Galien, qui avait su parfaitement distinguer les artères desveines, exprimeposilivementle phénomène du pouls veineux, en parlant de battements qu'il avait observés dans la veine jugulaire externe : ce pouls a depuis été étudié avec soin par Valsalva , Morgagni. Nous reviendrons ailleurs sur les causes du pouls veineux , dont nous pourrons mieux comprendre le mécanisme. 7° Enfin , on ne trouve pas dans la circulation des veines la même uniformité que dans celle des artères, puisque sur le même individu , el dans le même moment, certaines veines sont dilatées, tandis que d'autres sont presque complètement resserrées.
Quel est l'agent du cours du sang dans les veines ? Quand le sang arrive dans les origines du système veineux, il y arrive, mu par l'action du cœur, des artères et des capillaires. Est-il alors simplement déposé dans les radicules des veines , ou conserve-l-il une partie de la force d'impulsion qu'il a reçue des agents précédents? Si nous prouvons qu'alors même que ce fluide est dans les veines , il est encore sous l'influence du cœur, non-seulement à l'origine du système veineux, mais encore dans les troncs principaux , nous aurons prouvé par-là même qu'il peut aussi être rais en circulation par la force additionnelle des artères et des capillaires ; car s'il reçoit une cause de l'agent le plus éloigné , à fortiori devra-t-il en conserver de ceux qui sont plus rapprochés des nouveaux conduits dans lesquels il s'est engagé. Harvey, en établissant sa théorie de la circulation, a professé que le sang dans les veines circulait par la seule force d'impulsion du cœur; que cet organe suffisait à lui seul
ÉLÉMENTS nE l'IlYSlOLOKIE.
pour faire faire au sang le tour coinplcl du cercle circulatoire. Cette doctrine fut admise sans contestation , et personne , avant «ordeu et Bichat, no chercha à les contredire ; mais ces deux physiologistes ayant soutenu que le sang, dans les capillaires, était entièrement hors de l'influence du cœur, furent obligés de conclure que cet organe ne pouvait être pour rien dans la circulation veineuse.
Cependant M. Magendio reprit l'opinion de Harvey, et il fit une expérience qui démontra sans réplique que le cœur avait une action puissante sur le cours du sang veineux. Il mit à découvert l'artère et la veine principales d'un membre , ouvrit la veine, et comprimant l'artère médiocrement , il vit qu'il diminuait le cours du sang dans la veine : il comprima plus exactement, et le cours du sang diminua davantage; enfin, il intercepta complètement le passage du sang dans l'artère, et alors non-seulement le sang cessa de sortir par la veine , mais celle-ci ne se débarrassa même pas du sang qu'elle renfermait à son intérieur: la compression ayant été suspendue, aussitôt le liquide se remit en mouvement. Que manquait-il donc à ce sang pour circuler, quandl'artère était comprimée? Evidemment c'était l'action du cœur, puisque toutes les autres causes qui peuvent faire voyager le sang dans les veines étaient laissées inlacles.
Ajoutons à cette expérience le phénomène saccadé de la saignée, qui dénote encore d'une manière incontestable l'action du cœur sur le sang que renferment les veines. Il est vrai que M. Coudret, qui a fait de cet objet la matière de sa dissertation inaugurale , a publié que la sortie en jet saccadé du sang hors d'une veine, n'était pas due à l'action du cœur , mais à celle des artères, puisqu'elle se produisait pendant la systole des artères, et non pendant celle des ventricules. Mais si nous rappelons ici que les pulsations des artères ellesmêmes ne sont pas parfaitement isochrones aux contractions du cœur, et qu'elles s'opèrent à un intervalle d'autant plus long qu'elles sont ellesmêmes plus éloignées du cœur, fait qui a été bien constaté par M. Despine , nous comprendrons aisément comment la saccade dans la veine peut être consécutive au pouls artériel , et cependant reconnaître encore pour cause l'impulsion directe communiquée au sang par les mouvements du cœur.
Nous ne voulons pas nier pour cela l'action des artères sur le cours du sang veineux ; nous pensons au contraire que cette action est assez prononcée, et que son énergie est proportionnelle à la force élastique et à la conlraclililé propre de leurs parois.
Quant aux capillaires , bien que la nature de leur contraction soit peu connue, on ne peut douter qu'ils n'ajoutent quelque chose à l'impulsion que le sang a reçue du cœur et des artères. Le resserrement qu'ils éprouvent tend plutôt à chasser le sang vers les veines que vers les artères, puisque celles-ci sont moins extensibles , et que d'ailleurs elles sont parcourues par ce fluide de manière à empêcher tout reflux des capillaires vers leur propre cavité.
Les veines n'étant pas extensibles indéfiniment, cl recevant toujours de nouvelles quantilcs de sang par leurs radicules, la circulation veineuse pourrait à la rigueur être expliquée par les agents que nous
venons d'examiner; mais ce vis à lergo n'est pas la seule cause du cours du sang dans les veines.
1" Ces vaisseaux renferment des fibres longiiu! dinales de tissu jaune, élastique , moins épaisses que dans les artères , et qui sont plus prononcées daag les veines superficielles que dans les profondes. Nul doute que le tissu élastique ne remplisse ici let mêmes usages que dans les artères, et qu'il ne tende à ramener à son calibre ordinaire une veine digtendue par trop de sang.
2o Quelques physiologistes admettent une contractilité analogue à celle des artères, et peut-être même plus prononcée, car il existe des fibres musculaires dans l'épaisseur des parois de plusieurs veines : ces fibres sont très-apparentes dans la veinecave inférieure de l'homme. Pour prouver la contractilité des parois des veines, Béclard a fait une expérience semblable à celle qu'il avait faite sur les artères. Ainsi, sur deux veines appartenant l'une à un animal mort, l'autre à un animal vivant , il a intercepté une certaine quantité de sang entre deux ligatures; puis , ayant fait une ouverture aux deux vaisseaux, il a remarqué que le sang s'élançait avec plus de force de la seconde que de la première, et que la veine vivante se vidait plus complètement que l'autre. Meckel dit aussi avoir vu , dans certaines expériences , les veines agitées de mouvements contractiles très-évidents.
3o La compression exercée sur les parois des veines par les organes voisins concourt à faciliter la progression du sang dans ces vaisseaux. Ainsi, la peau presse par son élasticité sur les veines souscutanées; son action est aidée dans quelques cas par des moyens artificiels , tels que des bandes, des bas lacés. Ainsi , les aponévroses d'enveloppe compriment passivement les veines profondes ; les contractions des muscles y joignent par intervalles une compression active. On professe généralement que cette compression met un obstacle au cours du sang dans les veines profondes et inlermusculaires, et force celiquideàrefluerverslesveinessuperficielles. Nous pensons au contraire que pendant ce temps la circulation veineuse est accélérée à la fois dans les unes et les autres. Du reste , la présence des valvules permet très-bien de se rendre compte de l'influence de la compression sur la circulation dans les veines. Nous ne reviendrons pas ici sur l'explication de ce fait, que nous avons déjà donnée à propos du cours de la lymphe dans ses vaisseaux ; nous ferons seulement remarquer que la grande quantité de valvules dont sont garnies les veines profondes des membres , et que , dans de nombreuses recherches, nous avons reconnu être au moins aussi abondantes que celles des veines superficielles, vient à l'appui de l'opinion que nous venons d'émettre, que la contraction musculaire , et la compression qui en résulte, n'entravent point le cours du sang dans ces veines profondes. Les valvules remplissent un second usage non moins important, et que nous avons fait connaître en parlant de lastruclure anatomique du système veineux.
Les valvules se rencontrent d'ordinaire là où deux veines s'abouchent ensemble, ou dans le lieu d'insertion d'une pclitc sur une grosse. Il y a cependant des points du syslcme veineux dans lesquels
DE LA CTRCUIATION.
)n ne trouve pas de valvules. Ainsi, la veine-porte, ;i veine-cave inférieure, en sont dépourvues; iizygos également, quoiqu'on ait dit qu'elle en enfermait une ou deux ; il n'y en a pas non plus lans les veines rachidiennes , les veines du crâne , elles du cerveau , les canaux veineux des os , les eines desreins, du poumon. Mayer dit que les valules des veines pulmonaires sont nombreuses et iciles à voir , et il s'étonne qu'on ne les ait pas enre décrites; mais M. Bérard, qui s'est livré à uclques recherches à ce sujet, n'a jamais vu autre hose qu'un éperon assez saillant au lieu où deux oines se réunissent : c'est là sans doute ce qui en imposé à M. Mayer. Ily a quelques différences relUves au sexe pour certaines veines : ainsi, les alvules des veines spermaliques sont plus abonantes que celles des veines correspondantes de la cmrae , etc.
4.0 Le cours du sang est encore favorisé par les iiasiomoses , non comme pouvant donner une imulsion plus forte au cours du sang veineux , mais omme fournissant une voie de dérivation facile à (" liquide , lorsqu'un obstacle se trouve situé sur e trajet de la veine dans laquelle il circule. La plus oraarquable de ces anastomoses est sans contredit
lie qui existe entre la veine-cave supérieure et inférieure par l'intermédiaire de l'azygos , qui abouche en bas, soit dans la veine-cave directenent, soit indirectement par la veine rénale, ou me veine lombaire.
Les obstructions si fréquentes de l'organe hépaique eussent opposé un obstacle funeste au retour u sang qui -vient des parties inférieures par la eine-cave ascendante , si ce gros tronc veineux entretenait , par le moyen de la veine azygos , ne communication large et facile avec la veineave descendante ou supérieure. Cette anastomose ( S deux grandes veines, au moyen de l'azygos , a icn évidemment pour usage de faciliter le passage u sang de l'une dans l'autre de ces veines, lorsque une d'elles , et surtout l'inférieure , se dégorge dif- ( iiement dans l'oreillette droite. Aussi l'azygos st-elle à la fois et très-dilatable , et complètement ( pourvue de valvules. Remplie de sang , son voiiine égale celui du petit doigt sur le cadavre d'un omme ouvert aujourd'hui sous mes yeux , et dont ! foie engorgé présente un volume double du naiirel ; ses terminaisons en bas dans la veine rénale roite, et en haut dans la veine-cave supérieure, l és de l'endroit où elle s'ouvre dans l'oreillette , ' nt on ne peut plus marquées; et soit qu'on la (imprime en promenant le doigt sur elle de haut !n bas , ou de bas en haut , on fait passer le liquide lans l'un ou dans l'autre de ces deux vaisseaux. \ joutons que la science possède déjà un assez bon jorabre de cas , dans lesquels on a trouvé la veineave inférieure entièrement oblitérée. Alorsl'azygos ;'lait aussi grosse que l'est d'ordinaire la veinc-cavc iiférieure; les veines rachidiennes, et quelques égumenleuses abdominales doivent, dans ces cas , prendre une part assez grande au rétablissement de la circulation.
5° Mais la cause la plus influente du mouvement ilu sang dans un certain nombre de veines que nous allons connaître , est due aux mouvements de la res-
piration ; c'est un point fort important de la circulation veineuse , sur lequel nous devons nous arrêter quelque temps. Les premiers faits relatifs à cette question ontétépubliés parValsalva. En faisant sur un chien des expériences dans lesquelles la veine jugulaire était à découvert , il s'aperçut qu'à chaque inspiration la veine s'affaissait , et que -ses parois s'aplatissaient; il mit son doigt sur la veine tuméfiée, et, pendant l'inspiration , ses parois s'affaissèrent encore au-dessous de la compression, quoique l'impulsion à tergo fut interceptée par son doigt: il en conclut que l'inspiration avait pour résultat de faciliter l'entrée du sang dans la poitrine. Morgagni fit les mêmes expériences , et oblintles mêmes résultats, excepté dans un cas où il lui sembla voir un phénomène inverse.
Haller a fait aussi des expériences à ce sujet, et il a vu que, pendant l'inspiration, les veines du cou pâlissaient, et qu'elles étaient traversées plus rapidement par le sang. M. Magendie a mis un tube dans la veine jugulaire d'un animal, et il a vu l'air s'introduire par ce tube jusque dans la cavité de la veine. Ces faits en étaient restés là, et, pour les expliquer, on admettait que pendant l'inspiration les vaisseaux du poumon étant déplissés, le sang traversait cet organe avec plus de facilité, en sorte que les cavités droites du cœur se vidant plus librement, admettaient aussi avec plus d'abondance le sang des veines environnantes, lorsque M. Barry, phy Biologiste anglais, reprit ces travaux et découvrit qu'on avait donné une explication fautive de cette expérience, et que l'inspiration avait sur le cours du sang une action plus énergique que celle qu'on lui avait jusqu'alors attribuée. M. Barry démontra que l'action de la poitrine était une action d'aspiration sur le sang; qu'ainsi il n'y avait pas seulement obstacle levé au cours du sang pendant l'inspiration, mais encore attraction exercée sur ce liquide. Pour le prouver, il engage un tube dans la veine jugulaire d'un chien, et fait plonger l'autre extrémité du tube dans une cuve d'eau, et bientôt il s'aperçoit que pendant l'inspiration le liquide monte dans ce tube contre son propre poids : il est bien évident que l'inspiration doit avoir un pareil effet sur le sang contenu dans les veines. Voici comment M.Barry explique ce phénomène : la poitrine, en se dilatant, sollicite non-seulement l'entrée de l'air dans sa cavité, mais encore celle de tout fluide qui par des conduits ouverts peut passer de l'extérieur à l'intérieur de la poitrine. Or, dit M. Barry, les deux lames du médiastin dans lesquelles le cœur est logé font l'effet d'un soufflet qui s'agrandit de haut en bas par l'abaissement du diaphragme, et d'avant en arrière par la projection en avant du sternum pendant l'inspiration : ce soufflet a pour canal d'aspiration les deux veines-caves, et pour canal de décharge l'artère pulmonaire et l'aorte.
On a fait à cette théorie des objections;mais, avant de les discuter, faisons remarquer que le fait de l'aspiration est prouvé par l'ascension du liquide dans le tube ; chose principale dans la question qui nous occupe, puisque nous recherchons l'influence do l'inspiration sur le cours du sang dans les veines: aussi ces objections ne peuvent s'adresser qu'à l'explication du mécanisme de l'aspiration. Cependant
on a voulu nier le fait, et l'on a dit que si le sang était aspiré pendant l'inspiialion, l'oreilletle ne pourrait se contracter deux ou trois fois pendant chaque mouvement respiratoire, car les contractions ne s'accorderaient pas avec l'action expansive du soufflet aspirateur. Mais d'abord , l'action aspiratrice du médiastin ne pcutètrerévoquéeen doute, puisqu'en mettant un tube dans lo médiastin , et plaçant l'autre extrémité du tube dans l'eau, on voit pendant l'inspiration l'eau s'élever dans le tube à une certaine hauteur; en outre, les contractions de l'oreillette sont peu apparentes ; de pins, le sang peut s'accumuler dans le sinus qui sépare ou réunit les deux veines-caves, et dans la portion de ces veines placées dans le médiastin. On a objecté encore que le fœtus sans respiration ne pouvait participer d'une pareille cause de circulation; mais si la circulation veineuse du fœtus est privée de cet auxiliaire, cela ne prouve pas son inefficacilé chez l'adulte ; la seule conclusion à en tirer , c'est que les causes précédemment examinées de la circulation veineuse suffisent pour que celle-ci s'accomplisse chez le fœtus.
Mais M. Barry s'est trompé quand il a prétendu que cette action d'aspiration s'étendait jusqu'aux extrémités du système veineux , et même dans les capillaires; en sorte qu'une ventouse, par exemple, ne s'opposerait à la circulation capillaire et à l'absorption que parce qu'elle soustrairait à l'action de la pression atmosphérique les liquides dont l'aspiration est sollicitée par la dilatation du médiastin : la plus simple notion de physique suffit pour faire reconnaître cette erreur. On sait en effet que si on aspire le liquide contenu dans des tubes à parois molles, l'aspiration ne s'étendra qu'à une petite distance dans ces tubes, parce que la pression atmosphérique aura tout autant de tendance à appliquer les parois dépressibles du tube les unes aux autres, qu'à l'aire circuler le liquideà leur intérieur. Or, ce cas est tout-à-fait applicable aux veines qui constituent des lubes à parois dépressibles. M. Poiseuille , quia répété les expériences de M. Barry, et a de nouveau constaté l'action d'aspiration delà poitrine pendantl'inspiration, a bien démontré que cette aspiration ne s'étendait pas fort loin de la poitrine: ainsi, en plaçant ce même instrument dont il s'est servi pour mesurer la force d'impulsion du sang artériel dans plusieurs veines , il a reconnu que le liquide montait beaucoup dans le tube placé dans la veine-cave supérieure; qu'il montait moins , le tube étant dans la veine jugulaire: qu'il montait moins encore quand le tube était dans une veine de la tête ; qu'enfin il n'y avait plus aucune action aspirante dans la veine crurale.
Mais personne avant M. Bérard aîné (1) n'avait recherché le rapport qui existe entre la disposition anatomique de certaines veines, et l'action aspirante de la poitrine; il a démontré que beaucoup de veines des environs delà poitrine , et même de parlies assez éloignées, étaient transformées en tubes à parois non dépressibles, parl'adhérence deleur surface externe à des parties qui ne peuvent se laisser déprimer. Ainsi, lajugulaireestûxéesurla première
(l) Toir Àrch. gén. de Méd , juin 1830.
côle, et derrièrele sternum et la clavicule; ainsi, l'axillaire , jusque dans le creux del'aisselie, est leil' due en tous sens par des plans fibreux qui l'all^ chcnt aux côtes el à la clavicule ; ainsi , la jugulait! ne se peut affaisser , à cause des feuillets de l'apc) névrose cervicale; ainsi, les veines sus-hépaliqudj adhèrent intimement au parenchyme solide dÉ foie, etc., etc. Quelleconclusion tirer de pareilîedi|l position? C'est que les veines qui s'abouchent direw tement dans les veines-caves, semblablesà dcstubct incompressibles, ne peuvent être affaissées complu tement au moins par la pression atmospbériquei* quand le vide se fait dans la poitrine ; qu'ainsi, elld doivent transmettre à une distance assez grande d| cœur l'action aspirante qu'exerce sur le sang veineu la dilatation du médiastin.
M. Bérard jeune a substitué à l'explication d| M. Barry , sur la dilatation du médiastin , une aut théorie également empruntée aux lois de la ph sique , et qui repose sur une base plus large que précédente. La voici : la poitrine, en se dilatant pe dant l'inspiration, tend à faire le vide dans soj; intérieur; mais cette cavité communique ave4 l'extérieur par plusieurs ouvertures que traverseiiJ des conduits à parois toujours écartées. Ainsi , no* trouvons des ouvertures de communication par 14' I trachée , les veines-caves, ouvertures parcouruen par des fluides sur lesquels la pression atmosphéit rique peut exercer son action. Il en résulte que,, pendant la dilatation de la poitrine , la pressioij| atmosphérique fera entrer dans cette cavité, d'undi part, de l'air par le conduit de la trachée-artère,,; de l'autre , du sang par les veines-caves, supérieuréi et inférieure ; et la proportion de ces deux fluide^' sera en rapport avec la facilité que les organes dansi lesquels il seront introduits auront à se laisser enxi mêmes distendre. Ces organes , dans lesquels ce« fluides s'introduisent , sont, d'unepart, le poumonlf de l'autre, la portion Ihoracique des veines-caves de l'azygos el l'oreillette droite. Or, nous verron combien le poumon est doué d'élasticité ; combien, |i par conséquent, il doit résister à cette pressioi excentrique de l'air pendant l'inspiration : au con-* traire, les parois des vaisseaux dont je viens de> parler sont facilement extensibles. La p^ession^ atmosphérique devra donc faire entrer pendant! l'inspiration le sang veineux dans ces cavités aveci plus de facilité encore que n'en a l'air extérieur ài pénétrer dans le poumon.
Quelle est l'influence de l'expiration sur lacircn-i lation veineuse ? M. Magendie pense que l'expira-* tion , en accélérant le cours du sang artériel par lap pression quela diminution de la poitrine exerce snr^' les artères, doit accélérer le cours du sang veineux :î une expérience bien simple lui sert à en faire la| démonstration. Qu'on lie , dit-il , une veine du cou,| le sang s'accumule au-dessus de la ligature , et l'on \ voit la veine se gonfler sensiblement pendant l'ex- ; piration. M. Poiseuille admet que pendant l'expira- j tion le sang renfermé dans les veines de la poitrine, , comprimé par le resserrement de celle cavité, et i soutenu à l'extérieur par d'autres colonnes de sang jusqu'aux valvules , doit passer en plus grande quantité par l'oreillette. Cette opinion est tout àfait admissible ; elle est à cette partie de lacircu-
DE LA CIRCDLATIOM.
Iâ7
on l'applicalion de ce que nous avons dit au sujet . la compression sur les \eiucs et leslymphaliques I oionds des membres.
LXIII. Taisons à plusieurs points de physiologie >lo pathologie l'application des données que nous nous d'acquérir.
1° Causes du pouls veineux. Elles tiennent, s unes, aux contractions du cœur, les autres, aux louvements de la poitrine. A chaque resserrement . l'oreillelle droite, une partie du sang qu e le
nlient est refoulé dans les \eiues qui s y de- )rgent ; la dilatation s'étend à plusieurs veines su- -i nciclies, et devient parfois très-apparente ; elle
l immédiatement suivie d'une diminution dans le alibre de la veine, au moment où l'oreillette se di- Ue pour se reproduire à une nouvelle contrac- 011 : aussi compte-l-on autant de pulsations veiciises qu'il y a de contractions du cœur. La dimililion de grandeur de la poitrine, qui correspond l'expiration, entraîne la tuméfaction des veines oisines du cœur: d'une part, à cause du passage lus rapide du sang des artères dans les veines ; de .:ulre , parce que l'action d'aspiration exercée par
s parois de la poitrine est alors suspendue. Le onflcment de la veine est d'autant plus marqué as l'expiration est plus longue : on conçoit que inspiration doit Je faire disparaître, et que les ulsations veineuses sont ici en rapport avec le iorabre des mouvements respiratoires.
2° Mouvements de Vaxe cérébro-rachidien. En 755, un homme célèbre, Schilliting aperçut les iiouvemenls du cerveau. Ces mouvements furent
abord attribués à une propriété contractile de la
ire-mère; plus tard, on reconnut qu'ils avaient
I rapport avec les battements artériels , lorsque , (jugeant à une expérience de Valsalva , on s'aperut qu'ils étaient en rapport avec les mouvements c la respiration , et l'on n'admit bientôt que cette ernière cause des mouvements du cerveau. Auourd'hui.on sait qu'ils sont de deux espèces : les s isochrones aux battements du cœur ; les autres
jchronesaux mouvements respiratoires. Le choc es artères à la base du cerveau produit les preliers ; les seconds sont dus à la stase du sang veieux dans la boîte du crâne pendant l'expiration;
où la turgescence du cerveau, qui s'affaisse par a déplétion des vaisseaux dans l'inspiration. Ces oouvements, très-marqués aux fontanelles de Tenant, dans les cas de trépan, de fracture du crâne, vec séparation des fragments, de tumeurs fon-
leusesde la dure-mère, existent-ils quand la boîte
>euse du crâne est complète? On peut le penser,
l alors , à chaque expansion de la masse encéphaique, il doit y avoir reflux du liquide céphalo-ra-
liidien de l'intérieur du crâne dans le rachis , et
\pression de tout le sang que contiennent les silus de la dure-mère. Des mouvements analogues (Ht été observés sur la moelle épinière ; ils recon-
lissent les mêmes causes. On peut voir dans l'ou-
lagc de M. Ollivier des cas de spina-bitîda , de nudation de la moelle, dans les expériences, ndant lesquels la moelle ou la tumeur étaient itces de mouvements d'élévation et d'abaissement
nchrones, les uns à ceux du pouls, les autres à
''Hx de la respiration.
3" Influence sur les opérations. Si on ouvre une veine, et que la respiration soit gênée, le sang sort en abondance par l'ouverture de la veine. Depuis long-temps les chirurgiens ont remarqué que les mouvements réguliers de la respiration sont le meilleur moyen pour diminuer, et même supprimer une hémorrhagie fournie par des veines dont il est difficile ou dangereux de faire la ligature. On sait encore que quand on fait la trachéotomie, les veines du cou sont énormes ; car la cause qui réclame cette opération est ordinairement un obstacle à la respiration ; que les plus légères entailles des veines donnent lieu à une hémorrhagie abondante , mais qu'aussitôt le but de l'opération atteint, l'écoulement du sang cesse avec le retour de la liberté de la respiration.
Enfin, certaines opérations pratiquées aux environs de la poitrine ont quelquefois été suivies d'une mort si prompte que le chirurgien n'a pas même eu le temps d'atteindre le but qu'il s'était proposé. La cause d'un si terrible accident consiste dans l'introduction de l'air extérieur dans les veines : il suffit alors de quelques bulles d'air pour entraîner la mort. Ce n'est pas ici le lieu de rechercher comment ce fluide élastique mêlé au sang veineux peut à Tinslant suspendre les battements du cœur ; ce qui nous importe de faire connaître , c'est le mécanisme de l'entrée de l'air dans certaines veines. Deux conditions sont pour cela nécessaires : 1 ° l'aspiration exercée par la dilatation de la poitrine; 2" l'adhérence de la veine blessée au parties qui l'environnent, et qui maintient les lèvres de la plaie béantes : alors on comprend que l'air atmosphérique a tout autant de tendance à se précipiter par cette ouverture et le canal veineux qui lui fait suite , jusque dans la poitrine , qu'à y descendre par ses voies naturelles. On pourra , pour plus de détails, consulter à ce sujet un traité de M. Bérard , ayant pour titre : Mémoire sur un point d'anatomie et de pathologie du système veineux. {Archives générales de Médecine. Juin , 1830.
Aux causes de la circulation dans les veines que nous avons fait connaître , il faut encore ajouter la pesanteur qui, dans certains points , sollicite le retour du sang vers le cœur : c'est ce qui existe pour la plupart des veines de la tête et du cou dans la position verticale. Cette action ne peut être mise en doute; car il suffit d'examiner les veines souscutanées du membre supérieur dans plusieurs positions différentes , pour la constater.
M. Garson a voulu nier l'influence de la pesanteur , en disant que si le sang remonte dans une veine, il descend dans l'artère correspondante; ce qui neutralise l'action de la pesanteur. Cette proposition, qui serait vraie si les tubes vasculaires étaient comme des tubes inertes et solides, est complètement fausse quand il s'agit des artères et des veines; et d'ailleurs, que peuvent ces raisonnements contrôles faits qui chaque jour déraonircnt que le sang circule lentement, péniblement, quand il revient dans les veines contre les lois de la pe-. sauteur.
LXIV. Arrêtons-nous un moment sur les deux cercles que parcourt le sang dans son double trajet au travers des capillaires du poumon, et de ceux do
tout le reste du corps. Ces cercles se distinguent en jîrand cercle qui comprend le ventricule droit, l'aorte, les capillaires généraux, les veineset l'oreillette droite; et en petit cercle qui comprend le ventricule droit, l'artère pulmonaire, les capillaires pulmonaires, les veines pulmonaires et l'oreillette gauche. Ils dilTèrent l'un de l'autre à plusieurs égards. l°Dans le grand cercle, presque partout, les veines sontplusgrosses, soitabsolument, soit parleurnombre , que les artères auxquelles elles correspondent. Il n'en est pas de même du petit cercle. Les unsontdit que les veines pulmonaires étaient moins grosses, d'autres plus grosses, d'autres de même calibre que Icsartères pulmonaires ; cela nous prouve quela différence de capacité doit être faible : d'où ilrésulteque le sang circule avec plus de rapidité et d'uniformité dans les veines pulmonaires que dans les divisions des veines-caves. 2° Dans le grand cercle, les capillaires varient en quantité et en forme dans chaque organe, comme nous le dirons en parlant de la nutrition ; dans le poumon, au contraire, les capillaires sont disséminés d'une manière uniforme. Du reste, il y passe autant de sang dans un temps donné que dans les capillaires généraux; d'où l'on a conclu à tort qu'ils renfermaient autant de sang queces derniers ; car c'est comme si l'on disait qu'une section de l'origine de l'aorte, que dans un temps donné traverse une certaine quantité de sang, était aussi capace qu'une section d'égale longueur des divisions de l'aorte que traverse dans le même temps une égale quantité de liquide. Mais si ces capillaires ont moins d'étendue que ceux du reste du corps, le sang doitles parcourir avec plus de rapidité. On conçoit difficilement que cette proposition ait pu être contestée par des physiologistes recommandables et versés dans les connaissances physiques : c'est dans ces deux systèmes capillaires que le sang éprouve les changements remarquables que nous avons indiqués. 3° La respiration exerce une action bien évidente sur le cours du sang artériel et veineux de la grande circulation. A-t-elle quelque influence sur celui du petit cercle? Des physiologistes l'ont pensé; ils ont dit que pendant l'inspiration les vaisseaux du poumon étaient déplissés, et qu'alors ils étaient plus facilement traversés par le sang; d'où résultait une circulation plusactive detoutlepetitcercle. M. Defermon, loin de considérer l'inspiration comme favorable au passage du sang au travers des capillaires du poumon, prétend au contraire avoir constaté, par des expériences, que le sang stagne dans ces capillaires pendant le temps de la respiration ; et le but de ce retard est, selon lui, de faciliter le contact prolongé de l'air atmosphérique avec le sang, afin que celui-ci soit mieux hématosé.
Au double cercle que nous venons d'examiner , Bichat en a oppose un seul : il fait remarquer que le système des vaisseaux du poumon, en y joignant même les cavités du cœur qui en dépendent, ne représente pas un cercle entier; que ce n'est qu'un segment , ou mieux un arc dans le grand cercle de la circulation générale. En parcourant la circonférence de ce grand cercle, le sang rencontre tous les organes placés , comme autant d'intersections, le long des vaisseaux qui le constituent. Pour sim-
plifier l'idée qu'on doit s'en former , on peut réduire ces intersections à deux principales : l'nne d'elles répond aux poumons, l'autre à tout le reste du corps. Les veines, les cavités droites du cœur et l'artère pulmonaire avec ses divisions , forment la moitié de la figure circulaire ; les veines pul-| monaires , les cavités gauches du cœur, l'aorle elk toutes ses branches, en figurent l'autre moitié. Lesp vaisseaux capillaires du poumon en occupent l'uni des points d'intersection , et les capillaires de tousl les autres organes remplissent l'autre point, enf unissant ensemble le artères et les veines de|i tout le corps, comme ceux des poumons clablig-|^ sent la jonction entre les artères et les veines deU ces organes. !.
Quel temps faut-il pour qu'une molécule de san fasse le tour des cercles circulatoires dont non avons parlé? La solution d'une pareille questioni est difficile à donner. Ce qu'il y a de certain, c'es que ce double tour n'estpas accompli dans le mèm temps par toutes les molécules du sang à la fois Pour la grande circulation , en effet, il y a desk cercles de toutes grandeurs : les plus grands sonti' formés par les vaisseaux qui du cœur se rendent)! à l'extrémité du gros orteil, et de ce lieu revien-» nent au cœur; les plus petits comprennent les pre-» mières branches artérielles qui se détachent defc l'aorte pour entrer dans les parois du cœur , cercle complété par les veines qui des parois du cœur re viennent à l'oreillette droite : entre ces deux es trêmes on trouve tous les cercles intermédiaires Or, il est évident que les molécules du sangenga géesdans ces différents cercles reviendront d'autan plus tôt au cœur qu'elles parcourront des cercle plus petits. Les cercles de la petite circulation ayan au contraire tous la même longueur ou à peu près les molécules du sang qui les parcourent doiven achever ce circuit dans le même espace de temps Les expériences faites par différents physiologiste qui ont placé dans le sang d'une veine une sub stance facile à reconnaître par des réactifs chimi ques , ont en outre prouvé que le double circui parcouru par le sang devait être promplemenl ac compli , puisqu'ils ont, au bout d'un temps for court, retrouvé les substances dans le sang d'autres veines et dans les urines de l'animal.
Outre la circulation générale dont nous venons d'exposer les lois et de décrire les phénomènes , on peut dire que chaque partie a sa circulation parti culière plus ou moins lente ou rapide, suivant la | disposition et la structure de ses vaisseaux. Cha cuùe de ces circulations particulières forme autant|( de rouages compris dans le grand cercle de la circulation générale , et dans lesquels le cours du sang se lait d'une manière différente, peut être accéléré ou retardé , sans que la grande circnlation s'en res sente. La circulation ne se fait point dans le cerveau comme dans les poumons , dans ceux-ci comme dans les viscères du bas-ventre.
LXV. Quels sont les usages de la circulation? Comme nous l'avons rappelé en commençant l'his loire de lacirculation, ses organes sont spérialenien destinés au transport mécanique des humeurs: les changements, les altérations que le sang éprouve en parcourant les organes, il ne les subit qu'au moment