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V. Contractilité des végétaux vasculaires

Toutes les planteè vasculaires sont douées d'excitabilité. Elles sont sollicitées par des puissances excitantes à se développer, à se nourrir, et à exécuter les mouvements intérieurs qui se rattachent à ces opérations. Les vaisseaux des plantes, tant ceux qui absorbent la sève dans les racines, et la conduisent aux feuilles, à travers la tige ou le tronc, que ceux qui s'emparent, dans les feuilles, du suc nourricier préparé par le travail de la respiration, et le conduisent aux diverses parties, pour servir à la. nutrition et à la formation , paraissent être doués d'une faculté contractile vivante. Ils se remplissent de la sève pompée par les racines, et. probablement réagissent sur elle par une lenle contraction, suivie de rétrécissement, ce qui imprime le mouvementà ce liquide. On en a la preuve dans l'écoulement copieux de la sève ascendante, après lasecliondelatige;etdes branches, phénomène, qui, suivant les expériences faites par Haies, Walker, Mirbel, Chevreul, etc., a lieu avec tant de rapidité et de force, qu'on ne peut méconnaître qu'il dépend d'une réaction vivante de la part des parois vasculaires et d'une impulsion communiquée à la sève. Don et Barbieri assurent même avoir vu, dans les parois des vaisseaux, des mouvements qui se manifestaient par des contractions. U est prouvé en outre que la vélocité du mouvement de la sève est accrue par diverses inQuences ou puissances exei»-^ tantes extérieures qui agissent sur les plantes, et dont le mode d'action n'a rien de mécanique. Entin on peut alléguer en faveur de cette théorie l'action sur les plantes de différents poisons, qui arrêtent le cours de la sève. Ainsi Gœppert a remarqué qu'il ne coulait point de suc par les plaies faites à des branches d'euphorbia esula, villosa, et glaucescens, de chelidonium majus, de rhus typhinum, de chondrillajuncea, à'hypochœris radicata, de lactucaperennis , de leontolon taraxacum, etc., qu'il avait plongées dans l'acide prussique , d'où il conclut que les vaisseaux avaient perdu, par l'action de ce poison, leur contractilité ou la faculté de faire marcher la sève. En conséquence nous ne pouvons point considérer la cause du mouvement de la sève dans les végétaux comme un effet de la capillarité ou de toute autre force purement physique, puisque les poisons ne produisent rien sur ces forces. Nous devons également regarder l'opinion de Dutrocbet, qui fait accomplir le mouvement de la sève par endosmose et exosmose, comme une hypothèse dénuée de preuves , et avec laquelle ne s'accorde pas non plus la manière d'agir des substances vénéneuses. Nous sommes donc obligés devoir dans ce mouvement du suc séveux un acte vital qui, à en juger d'après les expériences indiquées plus haut, 80 manifeste par une leuto contraction dos yais-

seaux, ayant pour résultat de diminuer leur calibre et de communiquer à la sève l'impulsion au mouvement. .

Les mouvements des feuilles , la faculté qu'elles ont de reprendre leur situation quand elles en ont été éloignées par une violence mécanique , leur redresseiïicnt , leur déploiement et leur expansion pendant la journée , leur affaissement et leur plissement pendant la nuit, qui s'accompagnent d'un changement dans le cours de la sève et dans l'état de turgescence , sous l'influence de la chaleur et de la lumière, paraissent également être les résultats d'un certain degré de contractilité de leurs vaisseaux et de leur tissu cellulaire. Nous en avons une sorte de preuve dans la tension et la rigidité qu'offrent les feuilles. On peut encore alléguer , à l'appui de cette opinion, les expériences de Schuebler, Zeller et Gœppert, qui démontrent que la faculté motile des feuilles est anéantie par les poisons , par l'acide prussique, les prussiates , l'eau de laurier-cerise , les substances narcotiques , l'opium , là noix vomique , qu'on donne aux racines à absorber. Les mouvements que les plantes dites sensilives exécutent sous diverses influences et excitations , et qui s'accompagnent d'un changement dans l'afflux de la sève et dans le degré de turgescence et de tension des conduits des pétioles , paraissent aussi être occasionés d'une manière immédiate par la contraction des vaisseaux séveux et du tissu cellulaire, à l'occasion de l'impression exercée par les puissances stimulantes. On peut citer en preuve les effets que Hope , Wilson , Link , Jœger , Becker , Gœppert, Macaire-Prinsep et Mulder ont observés de la part de l'opium , de l'acide prussique, de l'arsenic , du sublimé et d'autres poisons, qui enlèvent aux végétaux la faculté de se mouvoir à la suite des irritations , quand ces substances ont été absorbées par les racines , ou immédiatement appliquées sur les feuilles et les renflements pétiolaires. Les mouvements des feuilles d'après les époques de la journée , l'élévation et l'abaissement des pédoncules , l'épanouissement et la clôture des feuilles, paraissent également dépendre d'un changement dans l'affluence de la sève, qui est occasioné par la contraction que des puissances excitantes font naître dans les vaisseaux séveux. Enfin, les mouvements des étamines et des anthères et ceux du pistil et du stigmate, qui surviennent à la suite du développement des plantes ou d'excitations portées sur ces organes , doivent être considérés , en partie , comme des effets de l'affluence du suc séveux et de la turgescence qui en résulte, phénomène dépendant lui-même de la contraction des vaisseaux séveux , en partie comme des produits de la contractilité vivante du tissu cellulaire de ces parties, qui est mise enjeu par des stimulations. On en a la preuve dans la suppression de ces mouvoments par diverses substances vénéneuses, ainsi qu'il résulte des expériences de Macaire-Prinsep, Gœppert et autres. Il en est de même des mouvements qu'exécutent les capsules de plusieurs plantes.

Gomme, à l'occasion d'influences et excitations diverses, il survient, chez les animaux, des mouyemeuts qui sont accompagnes d'un changement

TRAITK DE l'HYSIOLOGIE GÉNÉRALE ET COMPARÉE.

de situation et do direction des parties irritées, et qu'on ne peut rapporter à la série des elïels produits par l'élasticité, nous sommes forcés d'accorder, avec Gorter, Lups, Bonnet, Broussonnet, J.-E. Smitb, Kœlreuler, Medicus, Desfonlaines (1), Hedwig, Gahagan, Humboldt, Saussure , Brugmans et Coulon , Tan Marum , Decandolle , Carradori , G.-R. Treviranus et autres, que les végétaux possèdent l'excitabilité cl une faculté motrice vivante on organique. Cependant nous ne pensons pas , comme plusieurs de ces physiologistes , que cette faculté soit identique avec l'irritabilité ballérienne, parce qu'on n'aperçoit nulle part, dans les plantes, de fibres qui soient comparables aux fibres musculaires des animaux , et que les mouvements provoqués en elles par des excitations ne sont point accompagnés d'oscillations semblables à celles qu'on observe dans les muscles irrités. Avec Unzer , J.-F. Gmelin et OEttinger, Farr, L.-C. Treviranus,

(1) Zoc. cit. — (( La force contractile, qui nous offre dans les animaux des phénomènes si étonnants et si variés, n'est point , comme on le croit communément , un attribut particulier qui les distingue ; un grand nombre de plantes donnent aussi des signes d'irritation plus ou moins sensibles , selon leur âge , leur vigueur , la partie qu'on touche ou qu'on irrite. Les lois physiques et mécaniques communes n'en rendront jamais mieux raison que de l'action musculaire des animaux.

Rudolphi, etc., nous regardons la faculté motrlc» des plantes, qui se maiiifuslo par la contraction et la condensation du tissu cellulaire végétal, comme une faculté différente do la force musculaire , et ayant sa source dans le mode de nutrition de cet corps. Sous le rapport de sa manière d'agir , elle a la plus grande analogie avec la contractilité du tissu cellulaire et autres parties non musculaires des animaux , si même elle n'est identique avec elle. L'excitabilité et la contractilité des végétaux vasculairei diffèrent , quand à leur degré et à leurs manifestalions, suivant l'état de développement des plantes, les périodes de l'année et du jour , la température, l'inQuence de la lumière , la constitution de l'air, les aliments et autres influences jouant le rôlede conditions par rapport à la nutrition , et elles peavent subir une fuule de modifications de la part de toutes ces circonstances. Beaucoup de substances enfin , comme certains poisons et l'élincelle électrique, les anéantissent. Tous les mouvements des plantes sont automatiques; ils sont le résultat d'une aveugle nécessité , et sont relatifs aux opéraliong de la formation , du développement , de la nutrition et de la génération. Nul végétal n'a le pouvoir de se mouvoir spontanément et volontairement, par des excitations comparables aux slimulations nerveuses, d'après des déterminations venant de Kon intérieur, et avec des interruptions dépendantes de lui.

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