Réductions
A côté des dédoublements se placent les réductions, et ces réductions se présentent plus fréquemment qu'on ne le pensait dans l'organisme animal. Les plantes offrent un exemple type de réduction dans la décomposition de l'acide carbonique (acide carbonique hydraté, GO^H") dans la chlorophylle sous l'influence de la lumière ; et ce processus, pour lequel les volumes d'oxygène et d'acide carbonique absorbé sont égaux, paraît répondre exactement iï la formation des hydro-carbonés comme le montre l'équation suivante :
6COaH2 = C«Hi206 + 602.'
Dans l'organisme animal on trouve aussi des exemples de réductions ; telles sont la formation de l'urobiline aux dépens de la matière colorante de la bile, celle de l'acide benzoïque aux dépens de l'acide quinique, la transformation des iodates et des bromates en iodures et en bromures, celle de l'indigo bleu en indigo blanc, etc. Quelquefois même ces réductions pourront se produire simultanément avec des oxydations, comme dans la combustion du bois il se forme à la fois des produits d'oxydation comme l'acide carbonique et l'eau, et des produits de réduction comme le charbon ; c'est ainsi que, pour ne citer qu'un exemple, l'acide malique introduit dans l'organisme est en partie réduit en donnant naissance à de l'acide succinique et en partie oxydé pour former de l'eau et de l'acide carbonique. L'étude des fermentations nous donnera de nouvelles preuves de cette simultanéité d'oxydationsr et de réductions.
Je ne ferai que rappeler ici les propriétés réductrices attribuées par Low aux tissus vivants, propriétés qui ont été étudiées page IGo.
Article II. — Synthèses.
La synthèse paraît jouer dans l'organisme animal un rôle beaucoup plus important qu'on ne le supposait autrefois. Jusque dans ces dernières années les processus synthétiques paraissaient réservés aux organismes végétaux,
et quand Wohler, en 1824, montra que l'acide benzoïque ingéré par un animal se transforme en acide hippurique, le fait fut considéré comme une exception. Cependant, depuis celle découverte, les exemples de synthèse se sont multipliés et ont prouvé une fois de plus combien est artificielle, au fond, la distinction établie entre la vie animale et la vie végétale.
Les processus synthétiques qui se passent dans l'organisme animal peuvent se classer en différents groupes, et quoique la plupart de ces synthèses aient été étudiées dans les paragraphes précédents, il me paraît utile de les rappeler de nouveau et d'en présenter une vue d'ensemble.
Un premier groupe comprend les synthèses dans lesquelles une sul)Stance, introduite dans l'organisme, s'y combine, sans se décomposer, avec une autre substance de façon ù donner lieu à un corps de composition plus complexe qui s'élimine par les excrétions ; j'en donnerai quelques exemples.
L'acide benzoïque se combine avec le glycocolle pour former de l'acide hippurique (voir page 277). Les recherches de Bertagnini, Maly, Lôbiscb, Baumann, etc., ont montré que beaucoup d'acides s'unissent de môme au glycocolle pour former des composés analogues à l'acide hippurique; tels sont les acides salicylique, oxybenzoïque, paroxybenzoïque, nitrobenzoïque, chlorobenzoïque, anisique, etc.
Un second exemple est fourni par l'union du groupe COAzH (carbimide ou acide cyanique) avec dos substances azotées. C'est ainsi que, comme l'a montré Salko^vsUi, la taurine ingérée reparaît, chez l'homme, dans l'urine à l'état d'acide laurocarbamique ou uramidoiséthionique (voir page 268).
La transformation des combinaisons ammoniacales en urée dans l'organisme, transformation donl les conditions ont été étudiées page 269, rentre aussi dans le même groupe. Enfin un exemple très remarquable est donné par l'union d'un certain nombre de substances aromatiques avec l'acide sulfurique, comme l'a démontré Baumann pour les acides sulfo-conjugués (voir p. '294).
Dans toutes les synthèses précédentes, les substances introduites dans l'organisme ne subissent pas de décomposition avant de s'unir à l'autre substance pour former le composé final. Mais il arrive souvent que la substance introduite est d'abord modifiée dans sa composition par dédoublement, oxydation ou réduction et que ce n'est qu'un de ces produits qui contribue à former le composé final. Le processus est déjà plus complexe. C'est ainsi que le loluoi ingéré est oxydé et donne de l'acide benzoïque qui s'unit alors au glycocolle pour former de l'acide hippurique; de même le benzol par l'oxydation se transforme en phénol, l'aniline en amido-phénol, l'indol en hydroxylindol (?) et fournissent ultérieurement des phénolsulfates, des amidophénolsulfales et de l'indican. D'autres fois, c'est une réduction qui se produit comme dans la production de l'acide hippurique aux dépens de l'acide quinique, C'IP^O".
Jusqu'ici toutes ces synthèses se produisent après l'inlroiluclion dans l'oi-ganisme de substances déterminées ; mais il est très probable qu'en dehors même de l'ingeslion de ces substances, une partie de ces synthèses s'accomplissent à l'état normal dans le corps; on a vu en effet, à propos de l'étude de ces différents principes, que l'acide hippurique, l'urée, l'indican, les phénolsulfates, etc., existent dans l'organisme quel que soit le mode d'alimentation et en dehors de toute ingestion des substances qui leur donnent naissance dans les expériences citées plus haut. Il paraît donc hors de doute qu'un certain nombre de synthèses se produisent normalement dans l'organisme animal à côté des décompositions orga-
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niques, et qu'une part, très diflîoile du reste à déterminer, doit être faite dans les actes intimes de la nutrition aux deux ordres de phénomènes. Mais il ne faudrait pas considérer ces synthèses comme donnant naissance seulement à des produits de déchet, éliminés par les excrétions, comme l'acide hippurique, l'urée, les acides biliaires, etc. KUes ont très pi'obablement une valeur physiologique plus haute, si, comme tout porte à le penser, la synthèse intervient dans la transformation du sucre de raisin en substance glycogène, dans la formation de la lécithine, dans la production de la gi aisse, dans celle de l'hémoglobine et de la plupart des substances albuminoides, par conséquent dans la formation des substances organiques les plus complexes. Le groupement de l'acide phospliorique, de la glycérine et de la neuriue pour constituer la lécithine est sous ce rapport un bel exemple de synthèse intraorganique. L'hémoglobine traitée par les alcalis se dédouble en allmmine et hémaline; si on agite avec de l'oxygène ces deux substances, l'hémoglobine se régénère de nouveau. R. Rudzki a pu maintenir des lapins au même poids pendant un certain temps en leur donnant une nourriture absolument privée d'albuminoïdes avec addition d'extrait de viande ou d'acide urique, et on ne peut guère douter que dans ce cas il ne se soit formé des albuminoides par synthèse. Il faut probablement ranger dans la même catégorie de faits la production artificielle d'ali)uniinoïdes (syntonine, protéine, etc.) aux dépens des peptones, obtenue par Plosz, Maly, Hcnninger, K. Ilofmeister.
Par quel mécanisme maintenant ces synthèses se produisent-elles dans l'organisme? Dans la plupart des cas, comme on peut le voir dans les exemples précédents, il y a en môme temps élimination d'eau, et les substances formées par synthèse peuvent être considérées comme des anhydrides. L'organisme parait donc avoir la propriété d'enlever une molécule d'eau à un certain nombre de substances, et Bieyer et Nencki considèrent ce phénomène de déshydratation comme un processus vital des plus importants. Seulement l'explication de ce phénomène est assez difficile à donner. On l'a rapproché des fermentations, et en on'et Nasse a constaté que certaines synthèses se produisent sous rinlluence de ferments dans l'organisnie. W. Kochs a vu aussi la synthèse des acides sulfo-conjugués se faire en mettant certaines substances (résorcine, etc.) à digérer avec des tissus (rein, foie) finement hachés. D'autre part il est probable qu'il y a là un phénomène complexe et que ces synthèses parcourent plusieurs stades avant d'arriver au résultat final.
Quant au lieu de ces synthèses, nous sommes encore dans le doute et nous ignorons pour la plupart d'entre elles quels sont les organes ou les tissus dans lesquels elles s'accomplissent.
Bililiog'rapliie. — E. Baumann et G. Pkeusse : Zur Kennlniss der Oxydalionen und Syn- Ihcsen iia Thierkurper (Zcit. f. phys. Ch., t. III, 1810). — W. Kociis : Uehei' eine Melliode zur Besliinmung der Topographie des Chonismiis im Uiierisclien Kiirper (Arch. de PlUigcr, t. XXII, 1879). — Id. : Uni. ûb.die liildunr/ssl/illen der JElherschwefelsauren, etc. (1(1., t. XXIII, 18*9. — 0. ScHMHîDKBKiui : Uebcr Ojijdattonen und SijiUhesen im Thierkijrper (Arch. fiir oxp. Pat., t. XIV, 1881). — E. Balmann et G. Phklssf. : Zur KeniUniss der syntUelischen Processe im Thierkorper [Zeit. î. phys. Ch., l. V, 1881). —0. SciiMnoDK- BKRO : Ucber Spallu/n/en und Synlhcsen im T/iierkOrpcr (Arch. fur cxp. Pat., t. XIV, 1881). — E. KiiLz : Zur Kennlniss der synthelischen Vorr/iinge im l/iierisc/ien Organismus (Arch. (le PfUiger, t. XXX, 188.3). — Nasse : UeOer die Synthesen im tinerischcn
RÉACTIONS CHIMIQUES DANS L'ORGANISME VlUNT.
0,'oanismi(S (Rostockov Zoitung, 1884). - U. Nassk : Ueber Syfilliesen im tlderischm (h-ganismus (Biol. Cbl.. I. IV, 1885) (1).
Article III, — Fermentations.
Les fermentations jouent un si grand rôle dans les phénomènes intimes de la nutrition qu'il est impossible de les passer sous silence et que leur étude doit terminer celle des réactions chimiques de l'organisme dont elles représentent la forme la plus complexe.
Les fermentations se divisent en deux classes qui correspondent à deux groupes de ferments, les ferments solubles et les ferments figurés.