Caractères des globules rouges
Séparation des globules et du plasma. — Le sang se coagulant très vite après ea sortie des vaisseaux, il faut, pour en isoler niécaniquenient les diverses parties constituantes, prendre certaines précautions. On peut séparer la partie liquide (plasma) des globules de la façon suivante : si on laisse tomber, sur un filtre à pores assez fins et contenant de l'eau sucrée, du sang de grenouille, les globules restent sur le filtre et il passe seulement un liquide presque incolore, mélange d'eau sucrée et de plasma sanguin (Muller). — On peut, sans aucune addition, obtenir le même résultat en choisissant des animaux dont le sang se coagule très lentement. Si on reçoit du sang de cheval dans une éprouvette maintenue dans un mélange réfrigérant, le sang ne se coagule pas et se partage au bout d'un certain temps en trois parties : une couche inférieure, opaque, rouge foncé, constituée par les globules rouges et qui occupe un peu plus de la moitié de la hauteur totale; une couche moyenne, blanc grisâtre, de 1/20^ environ d'épaisseur, formée par les globules blancs, et une couche supérieure, liquide, transparente, constituée par du plasma pur (Kuhne). — R. Pribrani, Salet et UarendDerg, etc., ont utilisé la force centrifuge pour séparer le plasma des globules ; le sang est recueilli dans une éprouvette étroite entourée de glace à laquelle une machine imprime un très vif mouvement de rotation horizontale; le plasma se sépare des globules en quelques minutes.
Numération des globules rouges. — 1° Procédé de Vierordl. On étend une petite quantité de sang d'un volume déterminé d'eau sucrée; on fait passer une petite quantité de ce mélange dans un tube capillaire dont on connaît exactement le calibre; on mesure sous le microscope la longueur de la colonne sanguine, ce qui donne le volume du sang; on étend ce sang sur un verre porte-objet dans une solution de gomme qui, en séchant, conserve les globules, et on n'a plus qu'à les compter à l'aide d'un micromètre quadrillé. — Welcker a modifié un peu le procédé de Vierordt, mais la numération par ces procédés est toujours une opération très longue. — 2° Procédé de Malassez. Le principe de ce procédé, qui représente un perfectionnement sur celui de Vierordt, est dû à Cramer, qui, au lieu d'effectuer la numération des globules sur une surface, l'effectua dans un volume déterminé de dilution. — Ou fait d'abord un mélange parfaitement titré de sang et de sérum artificiel, soit dans une éprouvette, soit avec le mélangeur Potain. Le sérum artificiel se compose d'une solution de sulfate de soude de S à 6 p. 100. Malassez a renoncé à la solution de gomme arabique qu'il employait primitivement. — Le rnélan-
Fig. 90. — Mélangeur Potain.
geur Potain (fig. 90) représente une sorte de pipette à tube capillaire ; dans l'ampoule de la pipette se trouve à l'état de liberté une petite boule de verre ; un tube de caoutchouc s'adapte à la partie de la pipette supérieure à l'ampoule ; l'autre extrémité du tube est graduée et effilée en pointe et a, entre les deux traits extrêmes de la graduation, une capacité de l/lOO* de la capacité totale de l'ampoule. Pour faire un mélange au 1/100", on aspire par le tube eu caoutchouc une colonne de sang égale à la longueur de la partie graduée et on aspire ensuite du sérum artificiel de façon à remplir l'ampoule; on agile le tout, et la petite boule contenue dans l'ampoule mélange entièrement le sang et le sérum. Ce mélange est alors introduit dans un tube fin en verre ou capillaire artificiel (fig. 91), calibré et cubé, qu'on place sous le microscope et dont on compte les globules sur un micromètre quadrillé (fig. 92). L'appareil de Zeiss et Thoma est construit sur le
SANG
même principe que celui de Mala.soz. - 3» Procédé de ^ /^^^ ,t le .un n^élangc de sang et de sérum dans une petite éprouvette (fig. 93 o «^"«^ ;^ avant été aspiK-s dans dos pipettes graduées, on connaît la qua lUe qu ou ^» ^ P À par suite le titre du u.élange. On dépose une goutte du mélange dan. une celluie
l.'ig 91. Capillaire artificiel de Malassez.
(fi'- 94) formée par une lamelle de verre épaisse de 1/5 de millimètre, perforée à son contre et^collée sur une lame de verre, et on recouvre d'une lamelle de verre. L oculaire du microscope contient un micromètre oculaire, qui porte un carré divise de 1/5° de imllimètrcde côté (pour l'objectif dont on se sert et pour un enfoncement détermine de l oculaire dans le tuho du microscope, enfoncement qui est indiqué par un trait) ; cette frac-
Fig. 92.
Capillaire artificiel rempli de sang dilué et observé au microscope avec un micromètre oculaire quadrillé.
tion 1/5" représente la valeur de l'épaisseur de la cellule (|ni contient le mélange; le carré divisé de l'oculaire donne donc à l'œil de l'observateur la proj(>cli(m d'un cube de 1 /."/ de millimètro de côté, et en comptant les globules contenus dans ce carré, on aura le nombre de globules contenus dans un cube de 1 /à* de millimètre de côté ; en multipliant par 126, ou aura le nombre de globules renfermés dans 1 millimètro cube du mélange, et en multipliant ce chilfre par le titre du mélange, on aura le nombre de globules contenus dans 1 millimètre cube de sang. — 4» Hémocytomélrc de Gowers. Le compte-globules de
Gowers ressemble beaucoup à celui d'Hayem ; uiais Gowois remplace le quadrillage oculaire par un quadrillage objectif, de sorte qu'il supprime ainsi le réglage préalable du microscope et l emploi d"uu oculaire spécial. — 5° Compte-globules d'Alferoxv. Allerow a récemment décrit un compte-globules dans lequel il a cherché à éviter quelques-uns des inconvénients de ceux de Malassez, Hayem, Zeiss, etc., mais dont le manieuient paraît un peu délicat. Il facilite la numération en recevant l image sur le verre dépoli d une chambre micro-photographique. Sou appareil permet d'employer des cellules de un demi et 1 millimèti'e de profondeur. — 6° Procédé d'Hai/em modifié par Malassez. Malassez a modifié et perfectionné sur plusieurs points le procédé d'Hayem. Sa principale modification porte sur l'addition au compte-globules d'une chambre humide graduée (fig. 95) munie d'un compresseur porte-
Fig.93
Eprotivetle et agitateur.
Fig. 9i.
Cellule calibrée pour la numération des g lob ides.
lamelle et pour le maniement de laquelle je renvoie au mémoire original de l'auteur. — ■0 Globidimèire de Muntegazza. Cet appai'eil, construit sur le même principe que le lactoscope de Donné (voir : lait) est basé sur la transpai*ence d'un mélange de sang et d une solution de cai'bonate de sodium. — Je ne ferai que mentionner l'appareil compliqué de Ceradini, le citemarilmo.
Fig. 95. — Chambre humide graduée munie d'un compresseur porte-lamelle.
Dans ces procédés de immératiou les causes d'erreur sont très nondireuses et on peut se tromper facilement de 600,000 globules par millimètre cube. Les résultats obtenus par ces procédés ne peuvent donc être accueillis qu'avec toutes réserves. Ils ne peuvent avoir une certaine valeur que lorsque les numérations sont faites par le même observateur et toujours de la même façon; mais les résultats obtenus par ditférents observatmirs ne sont pas comparables.
Les globules rouges ou hématies ont été découverts en 1658 par Swanimerdam, chez la grenouille, en 1G73 par Leuwenhoek, chez l'homme. Ce sont de petits corpuscules de 0™'°,007 de diamètre sur 0"°°, 001 9 d'épaisseur; ils ont la forme d'une lentille biconcave, de façon que, vus de face, ils représentent un disque circulaire avec une dépression centrale, et de protll un bâtonnet un peu renflé à ses deux extrémités. Leur couleur est jaunâtre clair tirant un peu sur le vert^ et ce n'est qu'en grande masse qu'ils ont une colo-
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ration rouge. Ils s»nt très mous, élastiques et, après avoir été comprimés ou étirés, reprennent immédiatement leur forme primitive ; cette élasticité leur permet de se modifier suivant les obstacles qu'ils rencontrent et de traverser des capillaires plus fins que leur diamètre. Une particularité singulière encore mal expliquée est la propriété qu'ils ont de s'empiler les uns à côté des autres comme des piles de monnaie (lig. 96, a) (1).
Leur volume de 0,00000008 de millimètre cube (Welcker) a une assez grande Fig. 96. — Globules du sang humain (*\ fixité pour une même espèce animale.
Leur poids est de 0,00008 de milligramme (2). Leur nombre est considérable; Vierordtl'a trouvé de 5 millions par millimètre cube; lïoppe-Seyler a trouvé par son procédé 32C parties de globules pour 1,000 parties en poids de sang de cheval. D'après Welcker, la totalité des globules rouges contenus dans le sang représente une surface de 2,816 mètres carrés (surface oxygénée du sang). Leur densité, 1,103, est plus considérable que celle du plasma ; aussi, si on laisse le sang reposer en retardant la coagulation de la fibrine, tombent-ils au fond de l'éprouvette.
Hayem distingue dans le sang trois sortes de globules rouges, dont les moyennes seraient représentées par les chiffres suivants : 0«»,0083 — O-^jOOTo — 0'^,0063. Pour 100 corpuscules, on aurait en général dans le sang normal 75 moyens, t2 gros et 12 petits. Le froid, les inspirations d'oxygène, les saignées, la quinine, l'acide cyanhydrique, l'alcool augmenteraient les dimensions des globules ; leur grosseur diminuerait au contraire par la chaleur, l'acide carbonique, la morphine et sous l'inlhience de la fièvre aiguë (Manasséin). D'après Berchon et Périer les globules rouges du nouveau-né auraient, les deux premiers jours de la naissance, des dimensions plus faibles que ceux de l'adulte.
Le nombre des globules est sous l'influence de plusieurs conditions parmi lesquelles une des plus importantes est la quantité du plasma sanguin. Ce nombre peut varier dans des limites assez étendues. Sôrensen, qui s'est servi du procédé de Malassez un peu modifié, a fait une série de recherches intéressantes sur les causes qui peuvent faire varier ce nombre. Le tableau suivant représente la moyenne des chiffres qu'il a trouvés pour les différents âges dans les deux sexes. :
(1) Pour Robin, cette adhérence serait due à la sécrétion par les globules d'une substance visqueuse lorsque le sérum se concentre par l'évaporation. lyopiniou de Dogicl qui la considère comme produite par la fibrine a été réfutée pai' Weber et Suchard. D'après Hering, cette adhérence pourrait aller dans le sang stagnant et môme dans l'intérieur des vaisseaux jusqu'à une véritable confluence en une masse liquide collo'i'de. Norris a cherché à donner de cette propriété singulière une explication physique et a essayé de reproduire artificiellement les mêmes phénomènes en se servant de petits disques de liège imprégnés d'un liquide et placés en suspension dans un liquide non miscible au liquide d'imprégnation; l'adhérence des globules serait due à ce qu'ils possèdent à leur surface une substance qui ne se mélange pas avec le plasma.
(2) Il est évident que ces mesures n'ont qu'une valeur très approximative.
(*) a, globules empilés en colonnes. — b, c, globules vus de face.