LIVRE TROISIÈME
— PHYSIOLOGIE GÉNÉRALE
sanguin à travers les parois vasculaires, Iranssudation qui est la condition essentielle de la circulation lymphatique et de la nutrition des tissus.
Enfin, par sa circulation, le sang est le grand distributeur du calorique dans l'organisme; cette chaleur engendrée par les actions chimiques qui se passent dans son sein ou en dehors de lui, il la transporte dans toutes les parties du corps et en régularise la répartition et la perte. (Voir : Chaleur animale.)
Pertes de sang. — Le rôle physiologique si multiple du sang explique les accidents qui surviennent lorsque les 23e»*fes rfe sang' deviennent considérables. La quantité de sang qui peut être perdue ainsi sans amener la mort, varie évidemment suivant les individus, la constitution, l'âge, le sexe, etc. Les femmes supportent plus facilement que les homnies des liémorrhagies notables; elles sont plus graves chez les personnes grasses, chez celles d'une faible constitution, chez les vieillards. En général, chez l'adulte une hémorrbagie qui fait perdre la moitié de la quantité totale de sang est mortelle. Plus l'hémorrhagie est intense, plus les accidents se produisent vite et, dans les hémorrbagies foudroyantes, la mort peut être immédiate. Les pertes de sang s'accompagnent de pâleur et de refroidissement des téguments, de résolution musculaire, de vertige et de syncope; dans les hémorrbagies foudroyantes, il y a de la dyspnée, la perte de connaissance est complète, et bientôt rémission involontaire de l'urine ou des matières fécales, la dilatation des pupilles et des convulsions générales annoncent une mort imminente. Quand la mort ne suit pasrhémorrbagie, l'eau et les sels du sang se réparent vite par résorption, mais il faut un temps plus long pour les albuminoïdes et surtout pour les globules rouges. Cependant d'après les recherches de Tolmalscbetl's, la formation nouvelle des globules rouges serait assez rapide, car il a vu la quantité d'hémoglobine du sang augmenter quelques jours après des saignées abondantes. Frédéricq a étudié récemment d'une façon détaillée les effets physiologiques des soustractions sanguines.
Les animaux à sang froid peuvent supporter impunément des pertes considérables de sang. Hensen a trouvé sur une grenouille, à la suite d'extravasations sanguines musculaires, un sang coagulable presque incolore etàpeu près dépourvu de globules rouges, et il a pu reproduire artificiellement le même état par desblessures musculaires multiples. Mais les expériences les plus curieuses dans cette direction sont dues à Cohnheim. Il injecte dans la veine abdominale d'une grenouille une solution de chlorure de sodium à 0,75 p. 100, jusqu'à ce que tout le sang de l'animal ait été entraîné par l'injection et qu'il ne reste plus dans les vaisseaux que la solution saline; cette grenouille salée continue à vivre pendant quelques jours comme une grenouillenormale ; ces faits ont été confirmés par Bernstein, Lewisson, et d'autres physiologistes. Lewisson a étudié chez ces animaux l'influence des divers toxiques et Oertmann a montré que chez des grenouilles salées les phénomènes de nutrition et en particulier rélimination d'acide carbonique se produisaient comme chez les grenouilles saines.
Bibliographie. — G. Bunge : Ueber das VerfiaUen der Kalisahe im Blute (Zeit. f. phys. Cil., t. III, 1879). — Klikowicz : Die Regelung der Salzmcngen des Blutes (Arch. f. Physiol., 1886). — L. Frédéricq : De l'action physiologique des soustractions sanguines (Trav. du laboratoire, 1886).
§ 6. — Transfusion du sang'.
Procédés. A. Transfusio7i immédiate. — Dans ce procédé, on fait passer directement le sang du vaisseau auquel le sang est emprunté (artère ou veine) au vaisseau par lequel
SANG
le saug transfusé tloit arriver dans l'appareil circulatoire de l'individu transfusé ; ce vaisseau peut être une artère ou une veine. Ordinairement, on réunit l'extrénnte périphérique d'une veine du sujet (jui fournit le sang, à l'extrémité centrale d'une veine de l'individu transfusé. On a imaginé pour ce mode de transfusion divers appareils di'slinés tous à empêcher l'introduction de l'air, et panni lesquels je mentionnerai surtout l'appareil de Housse!, de Genève. On peut faire la transfusion immédiate soit d'homme a homme, soit d'animal à homme. A. Guérin a proposé un procédé qui n'a été appliqué qu'au point de vue expérimental, sur les animaux ; il joint le bout central d'une artère au bout périphérique d'une artère d'uu autre animal, et répète la même opération sur les deux extrémités restantes des deux artères ; on peut ainsi faire un échange complet de sang entre deux animaux (transfusion réciproque). — B Transfusion médiate. — Dans ce procédé, le sang extrait des vaisseaux est recueilli dans une seringue, ou tout autre appareil, et injecté dans les vaisseaux (artère ou veine) de l'individu sur lequel se fait la transfusion. Le sang doit être maintenu à la température normale; et l'injection doit se faire lentement et ne pas dépasser une certaine quantité de sang. On injecte soit du sang pur, soit du sang défibriné par le battage, soit du sang additionné d uno solution saline (phosphate de soude) pour retarder la coagulation. Dans certains cas, on a essayé de remplacer le sang par du sérum, du lait ou des solutions de sel marin à un demi p. 100. Pour la description des appareils pour la transfusion, et en particulier ceux de Moncoq et Mathieu, voir les mémoires spéciaux.
La transfusion, pratiquée pour la première fois à Paris en 1607, par J. Denis, repose sur des bases physiologiques qu'il est utile de préciser. Elle a été et est encore enmployée soit dans les cas de perles de sang considérables meltant en danger la vie du malade, soit dans les cas d'intoxication comme dans l'empoisonnement par l'oxyde de carbone, soit enfin dans certaines maladies, comme l'anémie, la phthisie, etc.
Pour comprendre l'effet de la transfusion, il faut se reporter à ce qui a été dit du rôle physiologique du sang; au point de vue de la transfusion, il y a deux faits dominants : en premier lieu, le sang par ses globules rouges et par l'oxygène qu'ils transportent a un rôle vivifiant, excitateur; en second lieu, il détermine une certain degré de tension nécessaire à l'activité des tissus et à leur fonctionnement régulier; c'est là le rôle principal du sang transfusé, il agit comme excitateur des fonctions et il rétablit la tension sanguine abaissée au-dessous de la normale. Le sang transfusé agit donc par ses globules rouges et par sa masse. La fibrine n'a aucune infiuence et peut Gtre enlevée par le battage sans que le sang transfusé perde ses propriétés. L'albumine du sang ne joue probablement aussi d'autre rôle que celui de maintenir l'état d'intégrité des globules et de leur offrir leur milieu normal. Une faible partie de l'action vivifiante et stimulante du sang transfusé peut cependant être attribuée aussi aux sels du sang; car dans certains cas l'injection d'une solution saline a pu remplacer la transfusion sanguine; il est vrai que dans ces cas la solution saline a pu agir par sa masse seule et rétablir la tension normale du sang dans l'appareil vasculaire.
Les globules rouges représentant la partie active du sang transfusé, il importe d'étudier ce que deviennent ces globules une fois introduits dans le système circulatoire de l'individu soumis à la transfusion. Il faut à ce point de vue distinguer deux cas : !<> celui où le sang transfusé appartient à un individu de même espèce; 2° celui oii il appartient à un individu d'espèce difl'érentc.
1° Quand h sang provient d'une espèce différente, les globules rouges du sang transfusé se dissolvent plus ou moins vite; ils s'agglomèrent d'abord en formant des masses irrégulières assez volumineuses pour obstruer les capillaires et les petites artérioles ; puis ils perdent peu à peu leur matière colorante qui passe dans le sérum (Panum, Landois). Ce sérum, ainsi chargé d'hémoglobine, produit à son tour des coagulations dans le sang de l'animal transfusé (Naunyn, Francken), et on remarque même, surtout chez certaines espèces, une dissolution des globules Beaums. — Physiologie, 3^ édition. I, 29