CHAPITRE II
LYMPHE
Procédés pour recueillir la lymphe. — A. Grenouille. — On peut se procurer une petite quantité de lymphe en incisant les sacs lymphatiques de la grenouille. Ces sacs lymphatiques sont des lacunes qui existent entre la peau et les parois du
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corps, lacunes qui sont scparccs par des cloisons allant de la peau aux parties profondes, et qui peuvent se distentlrc par l'insnftla.tion. An tronc, on trouve quatre sacs lymphatiques, deux latéraux, un dorsal et un ventral. Seulement la quantité de lymphe eoutenuc dans ces sacs à l'état normal est très faible et, pour qu'ils en contiennent une certaine quantité, il faut curariser l'animal. .Mais le sac qui en fournit le plus dans ces ronditions est le sac lymphatique sublingual (Tarchanotf). Si on soulève l'animal par les extrémités inférieures de manière à lui tenir la tète en bas et qu'on tire doucement la langue en dehors, ou voit à la face inférieure de l'organe un sac volumineux rempli de lymphe qui forme une boule accolée à la langue.
li. Mammifères. — Pour recueillir la lymphe sur l'animal vivant, la première pré- »'autiou il prendre est de l'immobiliser par un des différents procédés usuels (curarisation rt respiration artificielle ; injection d'opium dans les veines, etc.). On peut s'adresser à difîérents vaisseaux, et naturellement le procédé varie suivant le vaisseau qu'on a choisi. Je décrirai brièvement ces procédés tels qu'ils sont employés chez le chien. — 1° Canal thoracique. — L'animal doit être à jeun depuis vingt-quatre heures pour que la lymphe ne soit pas mélangée i\r chyle. On fait à gauche une incision oblique en bas et en dedans comme pour la recherche du ganglion cervical inférieur du grand synipathique ; on se guide sur la veine jugulaire externe et on trouve le canal thoraciqut; à l'miion de cette veine avec la sous-clavière; il faut beaucou[) de précautions pour arriver sur le canal qu'on reconnaît à sa coloration blanchâtre, opaline et dans lequel on introduit une canule de verre. La lymphe s'écoule continuellement pendant quatre à cinq heures et l'écoulement peut encore persister quelque tenqis, même après l'arrêt du cœur. Des mouvements [Kissifs (^flexion et extension) imprimés aux membres, soit par la main, soit par une machine, augmentent l'écoulement de la lymphe (Lesser, Paschutiu). — 2° Vaisseau lyrnphalique cervical. — Ce vaisseau se ti'ouve dans la région carotidienne en rapport avec la carotide et la trachée : on le rencontre à la partie moyenne du cou, entre le sterno-mastoïdieu et le sterno-hyoïdieu. — 3° Tronc lymphatique brachial. — Ce tronc marche près de la veine cervicale transverse et parallèlement a cette veine juscpi'à l'endiouchure de cette veine dans la jugulaire extei'ne ; un peu avant, elle se recourbe en dedans, la croise ainsi que le plexus brachial et s'ouvre dans le tronc lymphatique cervical au bord externe de la veine jugulaire. L'incision de la peau doit être faite au bord externe de la veine jugulaire externe; on se guide sur la veine et l'artère cervicale transverses (Hammarsten, Paschutiu I. — 4° Lijmpha tique du membre postérieur. Ce vaisseau accompagne la veine saphène externe sur laquelle on se guide pour le découvrir (Emminghaus). — La section du nerf sciatique et la ligature de la veine crurale augmentent considérablement la [iroportion de lyiiqjhe (Ranvier). — 5° Lymphaliques dti testicule. On met à nu le cordon spermatique à sa sortie du canal inguinal; les lymphatiques accompagnent l'artère spermatiquc, mais sont cependant dans une gaine distincte (Tomsa). — Pour le détail des procédés, voir les mémoires originaux. — Chez les autres animaux, cheval, bœuf, etc., les procédés varient un peu suivant les dispositions particulières des lymphatiques. On peut se procurer encore une certaine quantité de lymphe en assommant un animal et mettant à nu inunédiatement le canal thoracique; des mouvements passifs de flexion et d'extension imprimés aux membres augmentent la quantité de lymphe. On peut aussi, à l'exeujple de Genorsich, prolonger l'écoulement de lymphe en entretenant une circulation artificielle de sang défibriné dans l'aorte.
C. Homme. — Chez l'homme, on a pu se procurer de la lymphe en quantité quelquefois consiilérable, par des fistules des vaisseaux lymphaliques (cou, cuisse, prépuce, etc.).
La hanphe est un liquide alcalin (moins que le sang), incolore ou opalescent, qui lient en suspension des globules blancs semblables à ceux du sang et, comme le sang, se coagule après sa sortie des vaisseaux ; sa densité est de l,Oio.
Les parties constituantes de la lymphe sont : les globules, le plasma et les gaz en solution dans le plasma.
§ i". — (.lobules de la lymphe.
Les globules de la lymphe sont identiques aux globules blancs du sang, et on peut leur appliquer exactement la description de ces derniers. Leur nombre, variable suivant les régions du système lymphatique et les conditions dans lesquelles ils sont recueillis, peut être évalué à 8,200 par millimètre cube (Ilitter). Cependant avec les ganglions lymphatiques, on n'en rencontre qu'une très faible quantité.
Outre ces globules, on trouve dans la lymphe des hématoblastes (Hayem), des noyaux libres ou des globules plus petits d'aspect homogène et une très petite quantité de granulations élémentaires. On y rencontre aussi des globules rouges, surtout dans les lymphatiques de la rate (animaux à jeun) et dans le canal thoracique.
Le mode de formation des globules de la lymphe a été étudié page 403.
ii 2. — Plasma.
Le plasma de la lymphe est un liquide alcalin, jaune citron ou ambré, quelquefois à peine coloré, dont la couleur rappelle assez celle du plasma sanguin de l'animal et qui se coagule quelque temps après son exposition à l'air (o à 20 minutes). Ce plasma se compose de deux parties, la fibrine ou substance coagulable et le sérum.
La fibrine de la lymphe offre les mêmes caractères et la même composition que celle du sang; elle peut manquer dans certains cas (voir Coagulation de la lymphe), et la lymphe perd alors la propriété de se coaguler. La lymphe qui sort des ganglions lymphatiques est plus riche en fibrine. La ymphe contient environ 2 millièmes de fibrine (0,526 pour mille d'après Hayem; cheval).
Le sérum qui reste après la séparation de la fibrine a à peu près la même constitution que le sérum sanguin; les proportions seules diffèrent. Il conent 3 p. 100 de substances albuminoïdcs consistant surtout en globulinealbumine du sérum, un peu d'albuminate de potasse et un excès de fibrinogène: des peptones, des matières extractives azotées, de l'urée, en plus forte proportion que dans le sang (Wurtz) ; des graisses à l'état de glycérides; des acides : oléique, palmitique et butyrique; des traces de savons et quelques acides gras volatils, spécialement de l'acide butyrique; du glucose, qui, d'après quelques auteurs, y existerait toujours, et, d'après Cl. Bernard, ne s'y trouverait que quand l'organisme est saturé de cette substance. On y a constaté la présence de la cholestérine et de la lécithine. Les substances minérales sont surtout la potasse et les phosphates dans le caillot, la soude qui prédomine dans le sérum, des carbonates, des sulfates et un peu d'oxyde de fer.
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i; 3. — CJaz de la lymphe.
Les gaz de la lymphe consistent presque entièrement en acide carbonique (35 p. 100), une petite quantité d'azote (1,87 p. 100) et des traces d'oxygène (Hammarsten). 11 résulte de ces recherches que la lymphe renferme plus d'acide carbonique que le sang artériel et moins que le sang veineux.
Le tableau suivant donne les quantités de jïaz constatées dans la lymphe du chien (pour 100 parties de lymphe'i :
Lymphe pure provenant surtout des membres.
Lymphe pure dos membres et de l'intestin. . .
Tschiriew et Buchner ont fait des recherches sur la proportion des gaz de la lymphe dans l'asphyxie (voir : Asphyxie).
§ -i. — Oe la lymphe considérée dans non ensemble.
Caractères organoleptiques. — La lymphe a une odeur faible, un peu animalisée, caractéristique pour certaines espèces; sa saveur est fade, salée, avec un arrière-goût alcalin.
Coagulation de la lymphe. — La coagulation de la lymphe est un peu plus tardive que celle du sang ; elle n'a pas lieu dans les vaisseaux ; en effet, si chez le cheval on partage par des ligatures le canal thoracique en plusieurs segments, la lymphe reste liquide; mais elle se coagule dès qu'elle est exposée h l'air (Teichmann); l'expérience réussit de même très bien et peut se faire bien plus facilement, comme le fait remarquer Tarchanoff, avec le sac sublingual de la grenouille rempli de lymphe dans les conditions mentionnées page 451. Si on le suspend dans une chambre à la température de 8° à 10°, la lymphe reste liquide pendant deux ou trois jours; mais il suffit d'ouvrir le sac lymphatique pour qu'elle se coagule presque immédiatement. Le caillot est très petit par rapport au sérum ; son poids représente 40 miUièmes de celui de la lymphe; il est blanchâtre, mou, peu rétractile, et se colore quelquefois en rouge au bout d'un certain temps, fait nié par Colin pour la lymphe pure et dû probablement à la présence de quelques globules rouges emprisonnés dans le caillot et peut-être aussi à une transformation chimique produite sous l'influence de l'oxygène (Gubler et Quévenne). La peptone agit sur la lymphe comme sur le sang et retarde sa coagulation.
4i)4 LIVRE TROISIÈME. — PHYSIOLOGIE GÉNÉRALE.
Quantité de lymphe. — On a cherché à évaluer la quantité de lymphe par la quantité qui s'écoule en un temps donné par le canal thoracique: mais le procédé est trop incertain pour qu'on puisse en tirer des conclusions précises. Aussi les chiffres assignés à la quantité de lymphe, tels que le 1/12" du poids du corps, ne peuvent-ils avoir aucune valeur. La seule chose certaine, c'est que la proportion de lymphe fournie par le canal thoracique peut atteindre un chiffre considérable; ainsi Colin, sur un cheval, a obtenu dans un cas plus de 2 kilogrammes de lymphe par heure. Schwanda, sur des chiens endormis parla teinture d'opium, a recueilli en moyenne 3*''^965 par heure (moyenne de 13 cas). Lesser, sur des chiens curarisés, a obtenu des quantités beaucoup plus considérables, jusqu'à 300 centimètres cubes par heure. Il est vrai que la curarisation augmente la quantité de lymphe. (On trouvera dans Colin, Physiologie, des tableaux donnant les quantités de lymphe recueillies chez les principales espèces domestiques.)
Analyse delà lymphe. — Les procédés d'analyse de la lymphe sont les mêmes que pour le sang. Le tableau suivant, emprunté à C. Schmidl, représente l'analyse de la lymphe du cou et celle du chyle du canal thoracique d'un poulain nourri de foin :