CHAPITRE III
CHYLE
Procédés pour recueillir le chyle. — Pour voir les chylifères gorgés de chylo, il suffit d'ouvrir nn auimal eu pleine digestion, de préférence un animal encore à la mamnielle, et d'examiner le mésentère; les chylifères apparaissent sous forme de traînées blanches (Découverte des chylifères par Gaspard Aselli, en 1622). — Pour se procurer du chyle en quantité assez considérable, on peut, soit ouvrir le réservoir de Pecquet sur un animal en pleine digestion, soit pratiquer uue fistule du canal thoracique par le procédé décrit p. 4;)L — Procédé de Colin. Chez le bœuf, au lieu de s'adresser au canal thoracique, on introduit une canule dans un des gros chylifères accompagnant l'artère mésentérique et que l'on met à découvert par uue incision faite au liane droit de l'animal. Le même procédé peut s'employer chez le mouton, le bouc, etc. (Colin, Pki/siolor/ie, t. II).
Hors l'état de digestion, le liquide des chylifères est tout à fait identique à la lymphe; et ce n'est que pendant la digestion qu'il se présente sous un aspect particulier. C'est un liquide faiblement alcalin, laiteux ou opalin, coloré quelquefois d'une légère teinte jaunâtre ou jaune verdàtre, d'une consistance variable, mais ordinairement fluide et d'un poids spécifique de 1,020 environ. Son odeur et sa saveur sont les mêmes que celles de la lymphe. Comme elle, il se coagule après sa sortie des vaisseaux, et son caillot est mou, gélatineux, peu rétractile; on a remarqué que la coagulation se fait plus vite et est plus complète quand on prend le chyle sur l'animal vivant que quand on le recueille après la mort ; la substance fîbrinogène paraît se détruire très vite. Quelquefois ce caillot se Hquéfie au bout de quelque temps sous l'influence de la chaleur. D'après quelques auteurs il pourrait prendre à l'air une coloration rosée, fait nié par Colin, et qu'il est cependant difficile de mettre en doute en présence des affirmations positives de plusieurs physiologistes; cet effet paraît dû à la rutilance produite par l'oxygène de l'air sur les globules rouges que contient souvent le chyle. Le sérum qui provient de la coagulation est fortement alcalin.
Le chyle contient les mêmes éléments anatomiques que la lymphe, et de
4o8 LIVRE TROISIÈME. — PHYSIOLOGIE GÉNÉRALE.
plus d'innombrables granulations moléculaires excessivement fines, qui ne sont autre chose que des granulations graisseuses entourées d'une membrane albuminoïde.
La composition chimique du chyle se rapproche beaucoup de celle de la lymphe (voir : Analyse de la lymp/ie); seulement il est plus riche en matières solides (1) et surtout en graisses, qui varient du reste suivant ralimenlntion ; outre des graisses neutres, on y rencontre de petites quantités de savons. Il renferme en outre do l'urée, des traces d'un ferment saccharifiant (Grohe), des peptones. Parmi les matières organiques, la présence de la glycose a donné lieu à de nombreuses discussions : suivant les uns, elle y existerait toujours, quel que soit le mode d'alimenlation; suivant d'aulres, elle ne se rencontrerait que dans le cas d'alimentation féculente et sa proportion serait exactement en rapport avec la quantité de cette alimentation. Les gaz du chyle sont les mêmes que ceux de la lymphe.
Les analyses du chyle de C. Schmidt ont été données avec celles de la lymphe, page 454. Le tableau suivant donne deux analyses comparatives du chyle et du sérum sanguin, empruntées à Hoppe-Seyler {Physiologische Chemie) :
Eau
Matières solides
Fii)rine
All)umine
Graisse, cholestcrine
Lécithine
Autres matières organiques Sels minéraux
(.IIVI.F. DE CHIEN.
90G,77 !)G,2:3 l.ll 21,05
SERUM SANGUIN nu MÊME CHIEN.
Owen Rees donne les chifl'res suivants pour le chyle pris dans le canal thoracique d'un décapité :
Eau 90,48 p. 100 j Extrait alcoolique 0,52 p. 100
Albumine et fibrine. . . 7,08 — ' Graisse 0,92 —
Extrait aqueux 0,56 — ' Sels 0,44 —
Hoppe-Seyler donne l'analyse suivante de chyle humain recueilli dans la cavité péritonéale et dans la plèvre à la suite d'une rupture du canal thoracique :
FOUR 1,000 P.\RTIES.
Eau
Matières solides..
Aibiiminoïdes . . .
Cholestérine
Lèeithine
(iraisse
Savons
Extrait alcoolique.
— aqueux . . .
940,724 59,276 36,665 l,3il 0,829 7.226 2,353 3,630 0,578
Sels minéx'aux solubles .
Sels insolubles
Fibrine
Globuline ,
AllMimine du sérum ,
Graisse, cholestérine i*
Lécithine ^
(1) C. Schmidt est arrivé à uu résultat contraire.
CHYLE
Pour la quantité d'urée dans le chyle, voir page 455, les analyses de Wurtz.
La proportion de graisse contenue dans le chyle varie suivant le moment de la digestion; le maximum a lieu cinq heures après l'ingestion de la graisse. Le tableau suivant emprunté à Zawilsky donne les quantités de graisse correspondantes aux divers stades de la digestion de la graisse chez le chien:
ce o
des 1