CHAPITRE II
PHYSIOLOGIE DES ÉPITHÉLIUMS
Les tissus épithéliaux sont constitués par une ou plusieurs couches de cellules épithéliales appliquées sur une membrane connective et vasculaire sousjacente. Quand il n'y a qu'une seule couche de cellules (fig. 112, A, B), l'épi- Ihcliumest simple ; \\ est stratifié quand ces cellules forment plusieurs couches superposées (fig. 112, C). Les cellules épithéliales juxtaposées ou
(l)A ronmUer : Bichat : Analomie géncrate, 1801. — Virchow : La patho/ogie ccllu/aire, 1861. — M. Sée : Du tissu élastique, 18G0. — Beaunis : Anal, gcnérale et physiologie, dit système lymphatique, 18G3. — A. Bouchard : Du tissu connectif, 'l86ti. — Gillette : Du tissu conjonctif, 1873.
superposées sont agglutinées ensemble par une substance unissante, démontrable par l'action de certains réactifs, spécialement du nitrate d'argent ; mais cette substance est toujours en quantité très l'aible, de façon que les cellules paraissent intimenient accolées. Jamais d'ailleurs on ne rencontre, entre les cellules épithéliales, de la substance fondamentale ou des éléments accessoires, tissu conneclif, vaisseaux, tels qu'on en voit dans les autres tissus. Il y a cependant une exception pour les nerfs, comme on le verra plus loin.
La forme des cellules épitbéliales se rattache à plusieurs types: dans la cellule polyédrique ou sphérique, les trois dimensions sont à peu près égales; dans la cellule pavimenteuse (fig. 112, A), deux dimensions prédominent et la cellule prend la forme d'une laçsjr^^ — ^->-^-3--5-v^ melle plus ou moins mince: dans la cellule cylindrique ou cylindro-conique (fig. 112, B), une seule dimension, la verticale, l'emporte sur les deux autres. Dans quelques cas, de fins prolongements, ou cils vibratiles, se placent sur la partie libre de la cellule qui prend alors le nom de cellule vihraiile. Dans certaines régions, par exemple dans les couches profondes de l'épi- Fig. 112. — Épithélium {*). derme cutané, de l'épithélium lingual, les cellules présentent des dentelures qui s'engrènent avec des dentelures correspondantes des cellules voisines, cellules dentelées. Enfin, les cellules épithéliales peuvent présenter des formes très irrégulières, qu'il est difficile de rattacher à une forme-type; tel est, par exemple, l'épithélium de la vessie. Certains épithéliums ofl'renl, en outre, des détails de structure particuliers qui seront étudiés à propos de la physiologie des organes auxquels ils appartiennent ; tel est le i)lateau qui se rencontre sur les cellules cylindro-coniques de l'intestin grêle.
Chacune de ces formes épithéliales correspond à un rôle physiologique difl'érent. L'épithélium pavimenteux qui, avec un petit nombre d'éléments cellulaires (fig. 112, A), recouvre une surface étendue, a surtout un rôle de protection; l'épithélium cylindrique qui permet, à surface égale (fig. 112, B), de multiplier les éléments cellulaires, indique une vitalité nutritive plus énergique; cette vitalité est au maximum dans l'épithélium stratifié, qui nécessite une abondante prolifération cellulaire (fig. 112, C). L'épithéhum vibratile est surtout en rapport avec un mode particulier de mouvement, mouvement vibratile.
L'épithélium forme une couche continue à la surface de l'organisme ; sur toute l'étendue de la peau et des muqueuses, on trouve une couche épithéliale simple ou stratifiée. L'exception qu'on avait cru exister pour la muqueuse des vésicules pulmonaires ne s'est pas contirmée; il est aujourd'hui prouvé qu'un épilhéhum tapisse ces vésicules; mais cet épithélium, très délicat, se détruit avec la plus grande facilité. De la continuité de l'épithéliuin dérive un fait physiologique très important; c'est que : toutes les substances
(*) A, épithélium pavimenteux. — B, épithélium cylindrique. — C, épithélium stratifié (Kuss).
PHYSIOLOGIE DES ÉPITIIÉLIUMS.
qui doivent pénétrer dans rorganisme, comme toutes celles qui doivent en sortir, sont forcées de traverser une membrane épilhéliale.
D'après les recherches de Klebs, Ranvier, Mitroplianow, Prenant, etc., cette continuité serait loin d'être absolue. Les cellules épithéliales, du moins sur un certain nombre de membranes (membrane deDescemet, etc.), seraient séparées par des espaces, espaces intercellulaires, traversés par des ponts qn\ réuniraient les cellules voisines. Ces espaces serviraient de véritables canaux nutritifs pour les éléments épithéliaux.
L epilhélium se présente sous deux formes principales : l'épithélium tégumenlaire et l'épithélium glandulaire.
L'épithélium téguinentaire est étalé et constitue, comme l'indique son nom, une sorte de couverture qui s'étend sur les parties sous-jacentes ; c'est lui qui revêt toute la surface extérieure du corps (épidémie, tégument externe) et les muqueuses des cavités digestive, respiratoire, génito-urinaire (tégumentinterne), muqueuses qui ne sont que des continuations du tégument externe.
On admet souvent entre la face profonde des épithéliums tégumentaires et la membrane conneclive sous-jacente une membrane amorphe, très mince {basement membrane de Bowmann) dont l'existence est plus que douteuse.
Les épithéliums tégumentaires ou de revêtement peuvent être classés en épithéliums simples et épithéliums stratifiés.
A. Epithéliums simples. — 1° Épithéliums simples à cellules plates. — Ces épithéliums se rapprochent beaucoup des endolhéliums étudiés à propos du lissu connectif. Ils sont constitués par une couche simple de cellules aplaties, lamelleuses, a bords plus ou moins sinueux, accolées par une substance unissante, démontrable par le nitrate d'argent et contenant un noyau entouré quelquefois d'une petite niasse de protoplasnia. C'est cette forme d'épithélium qui se rencontre, par exemple, dans les vésicides pulmonaires, les glomérules du rein, et pour ceux qui ne les rangent pas dans les endothéliums propi'ement dits, sur les séreuses et la membrane interne des vaisseaux.
2" Epithéliums simples à cellules cylindriques. — Les cellules ont une forme cylindrique ou cylindro-conique, ou plutôt la forme d'une pyramide à six ou huit pans par suite de la pression récipraque qu'elles exercent les unes sur les autres. Il en résulte que, vues de face, elles présentent l'aspect d'un épithélium pavimenteux. Cette forme d'épithélium se rencontre dans l'estomac, l'intestin, les conduits excréteurs des glandes, etc.
3« Epithéliums simples à cellules vibratiles. — Celte forme d'épithélium ressemble tout à fait à l'épithélium précédent, avec cette seule différence que la face libre des cellules est couverte de cils vibratiles. Elle se rencontre dans les petites bronches, par exemple.
B. Épithéliums stratifiés. — Épithélium pavimenteux stratifié. — Les cellules des diverses couches de cet épithélium n'ont pas les mêmes formes. Les plus profondes, très adhérentes au tissu connectif sous-jacent, dont elles se distinguent nettement, sont cylindriques, souvent dentelées, pourvues d'un noyau transparent ovalaire. Au-dessus de celles-ci, les cellules sont plus volumineuses, sphéliques, offrent aussi des dentelures; puis, à mesure qu'elles se rapprochent de la sui'lace les cellules deviennent de plus en plus aplaties , et dans la couche cornée de l'épiderme, .par exemple, sont réduites à une lamelle mince dans laquelle le noyau a disparu. Cet épithéhum tapisse la peau et un grand nombre de muqueuses.