‹ Nouveaux éléments de physiologie humaine (volume 2)Chapitre 308 sur 329 · VI. — RÉSERVE ORGAiNIQUE OU .NUTRITIVE · texte numérisé non relu

VI. — RÉSERVE ORGAiNIQUE OU .NUTRITIVE

La réparation alimentaire n'est pas continue; môme chez les espèces dont l'estomac est toujours plein et qui mangent presque continuellement, il y a toujours des temps d'arrêt dans l'arrivée dans le sang des matériaux assimilables. Il y a de même des variations continuelles dans la désassimilation, et, par suite, dans le besoin de réparation ; de là la nécessité d'une réserve organique. Comme le fait remarquer Cl. Bernard, la nutrition n'est pas directe; un emmagasinement précède l'utilisation. De même que les matériaux plastiques de la plante, formés dans les feuilles, vont s'emmagasiner dans certains organes, graines, tubercules, etc., jusqu'au moment où ils seront utilisés pour la germination, de môme chez l'animal, quoique d'une façon moins régulière, les matériaux nutritifs s'accumulent aussi et s'emmagasinent dans certaines parties de l'organisme. Dans quelles parties, dans quels organes se fait cette réserve organique pour les différents groupes de substances assimilables? On ne le sait jusqu'ici d'une façon certaine que pour les graisses; le tissu connectif est l'endroit dans lequel s'accumulent les graisses introduites en excès par l'alimentation (tissu cellulaire sous-cutané, tissu cellulaire insterstitiel, épiploons, etc.). Pour les hydrocarbonés et les albuminoïdes, on est beaucoup moins avancé. Cependant il me paraît que les données actuelles delà physiologie permettent d'en préciser le siège d'une façon presque certaine. L'amidon et les hydrocarbonés s'emmagasinent chez l'adulte dans le foie, dont les cellules contiennent toujours de la substance

(1) .4 consulter : BcrI, De la greffe animale, 18G3. Beaums. — Physiologie, 3» édition.

glycogèiie, et qui relient au passage, en les transformant, une partie des substances hydrocarbonées de l'alimentation. Les albuminoïdes s'emmagasinent dans les organes lymphoïdes (rate et ganglions lymphatiques) ; tous ces organes sont en efï'et très riches en substances azotées; ils jouent tous un rôle essentiel dans la formation des tissus, comme le prouve leur développement chez le fœtus et dans l'enfance; enûn ils sont le siège principal, sinon unique, de la production des globules blancs dont le rôle formateur est hors de doute. Aussi, dans l'inanition, ces organes subissent-ils une perle de poids qui approche de celle de la graisse, comme le prouvent les chiffres suivants de Chossat :

Porto ilo ])oiils pour l,OUO.

Graisse 0,933

Rate 0,7 li

Paucréas 0,(54 1

Foio 0,520

On ne voit pas, en effet, pourquoi la graisse seule de l'alimentation aurait la propriété de s'accumuler ainsi dans l'organisme, au détriment des autres substances, et pourquoi l'excès de ces dernières ne s'emmagasinerait pas aussi dans certains organes. Il est vrai qu'une partie de la graisse du corps semble provenir du dédoublement des albuminoïdes et d'une transformation des hydrocarbonés; mais tout l'excès de ces substances n'est pas utilisé de cette façon, et ce qui reste après l'utilisation immédiate ou la transformation graisseuse doit être mis en réserve quelque part.

Les muscles jouent aussi, comme l'a montré Mieshcler, le rôle de réserve albuminoïde; il a vu en effet chez les saumons du Rhin l'époque du développement de l'ovaire coïncider avec une atrophie des muscles du tronc. Il semble y avoir là un de ces transports de principes nutritifs si communs chez les végétaux.

Ces faits d'emmagasinement sont du reste très marqués dans certaines conditions, ainsi dans l'hibernation par exemple. Ils ne sont pas d'ailleurs exclusifs aux substances organiques; on les rencontre aussi pour les substances minérales. Ainsi tout le monde connaît ces masses calcaires (yeux d'écrevisse) que l'on trouve dans l'écrevisse au moment de la mue; Dastre a signalé dans le chorion des ruminants des plaques blanchâtres constituées par des phosphates terreux et surtout du phosphate de chaux, véritable réserve phosphatée et calcaire pour l'ossification ; enfin, d'après les recherches récentes de P. Picard, la rate semble être un lieu d'emmagasinement pour le fer et peut-ôlre pour le potassium.

Pour l'oxygène, il en est de même; non seulement les globules sanguins pourraient être considérés comme une réserve toujours disponible d'oxygène, mais en outre les tissus paraissent, dans certains cas, emmagasiner de l'oxygène et en faire provision pour le dépenser plus tard; ainsi, d'après les recherches de Peltenkofer, le muscle absorberait plus d'oxygène pendant le repos, pendant le sommeil et en dépenserait davantage pendant l'activité (voir Respiration). II y aurait donc, dans ce cas, dans ce fait des réserves organiques, une loi générale de la nutrition.

PHYSIOLOGIE (iÉNËRALE DE L'ORGANISME.

La réserve nutritive comprendrait donc :

— La réserve graisseuse ayant pour siège le tissu connectif ;

— La réserve amylacée, dont le siège est dans le foie chez l'adulte, dans d'autres organes et tissus chez le fœtus (voir : Nutrition du fœtus) ;

— La réserve albuminoïde, dont le siège est dans les organes lymphoïdes et dans les muscles;

— La réserve d'oxygène ;

— La réserve minérale (réserve phosphatique, calcaire, ferrugineuse, etc.)-

Articlk II. — Génération et reproduction.

Les organismes vivants peuvent se reproduire, c'est-à-dire qu'ils donnent naissance à des êtres nouveaux plus ou moins semblables à l'organisme générateur. La reproduction est sexuelle, quand il y a intervention de deux éléments distincts, màle et femelle, asexuelle quand le concours de deux sexes n'est pas nécessaire pour la formation du nouvel être. Entin, quelques physiologistes admettent aussi que des organismes inférieurs peuvent se produire sans germes ou parents antérieurs ; c'est la génération dite apontanée.

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