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Théories de la génération

Pour terminer l'élude générale de la génération, il me reste à exposer sommairement les principales théories émises pour expliquer les phénomènes de la génération.

Ces théories peuvent se grouper sous trois catégories, emboîtement des germes, molécules organiques, épigenèse.

t" Emboîtement des germes (Leibnilz, Bonnet, Haller, Cuvierj. Celte Ibéorie esl connue aussi sous le nom de théorie de Vévolution (1). Dans cette bypotlièse il n'y a dans l'évolution individuelle de l'organisme aucune formation nouvelle, mais un simple accroissement de parties qui pi'éexistaient déjà de toute éternité; les premiers germes créés contiendraient ainsi en miniature tous les individus ou tous les germes des individus futurs, et, parmi les partisans de cette tbéorie, les uns plaçaient ces germes emboîtés dans l'œuf (ov/si^^s.- Swammerdani, Malpigbi, Haller), les autres dans la liqueur fécondante {spermatistes: Leuwenboek, Spallanzani i. Certains faits paraissent bien, au premier abord, justifier cette théorie, même chez les animaux supérieurs; ainsi le fœtus contient déjà dans son ovaire les germes ovulaires d'une génération nouvelle. Mais, en réalité, celte hypothèse est insoutenal)le actuellement, quand bien môme on la modifierait pour l'adapter aux connaissances scientifiques modernes.

2° Molécules organiques de Buffon. — Ktiiïon considéra les éires vivants l'onmie une agglomération de molécules organiques comparables à des êtres vivants f'I ayant chacune leur individualité; l'animal, dans celte bypotlièse, n'est autre chose qu'un être complexe; la mort n'est qu'une dissociation de ces molécules organiques qui, mises en liberté, continuent à vivre isolément ou entrent dans do nouvelles combinaisons, dans d'autres organismes complexes. Ces molécules oiganiques seraient moulées pour ainsi dire sur le modèle même du corps dont elles font partie. Déjà, longtemps avant, Hippocrate avait dit que la semence provietUde toutes les parties du corps. A la théorie de Buifon peuvent se rattacber plus ou moins directement la théorie des unités physiologiques d'Herbert Spencer, celle des microzymas de Béchamp (voir : Fcrmcntdlions), celle des unités animales ou zoonilrs de Durand de Gi os, etc. Dans ces derniers temps Darwin a repris sous le nom de pangenèse une théorie qui se rapproche beaucoup de celle de BulTon. En résumé,

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PHYSIOLOGIE (iÉNERALE DE L'ORGANISME. 729

dans celte hypothèse el sous les diverses formes qu'elle présente, le germe de l'emliryoïi n'est qu'un extrait de l'organisme des parents, d'où le nom de théorie de l extrait qui lui a été donné quelquefois.

3" Théorie de Tépigénèse. — G. -F. Wolff, en 1739, émit le premier la théorie de l'épigenèse généralement adoptée aujourd'hui. 11 montra que le développement des organismes s'elïectuait par une série de formations nouvelles et que, ni dans l'œuf, ni dans le spermatozoïde, il n'existait de traces des formes définitives de l'organisme (Ij. Dans celte théorie le germe est donc le produit d'une formation qui se renouvelle chaque fois aux dépens de l'organisation existante.

L'épigenèse se rapproche plus de la vérité et s'accorde mieux avec les données scientifiques, cependant elle ne répond pas à toutes. Chacune des deux théories, de l'emboUement el de l'épigenèse me parait correspondre à un des côtés du problème, l'emboîtement à la génération asexuelle, l'épigenèse à la génération sexuelle. En eilet, dans la génération asexuelle un oi-ganisme contient virluellemmt toute une série de générations successives, et s'il n'y a pas emboîtement dans le sens littéral du mot, il y a du moins préexistence, non pas des germes euxmêmes, mais au moins des conditions organiques auxquelles sont dues les apparitions successives des générations à venir. Dans la génération sexuelle au contraire, un produit est formé, qui se rattache bien par ses caractères aux deux organismes préexistants qui lui ont donné naissance, mais qui, pour chacun d'eux est différent du générateur et contient (juelque chose d'étranger qui en fait un organisme nouveau.

Mais, à un point de vue plus générai, la génération, comme on l'a vu plus haut, n'est qu'une forme même de la nutrition, et il n'y a, pour le montrer, qu'à suivre dans la série animale les changements successifs que cette fonction éprouve jusqu'aux êtres les plus élevés de la série. Un fragment de protoplasma détaché de la masse d'une plasmodie se nourrit et se développe comme l'organisme primitif; la génération se confond avec la nutrition el avec l'accroissemenl. Dans les organismes unicellulaires ou dans les organismes pluricellulaires dont les cellules sont à peine différenciées, il en est de même : chaque partie du tout a le pouvoir de reproduire un èlre semblable au tout auquel elle appartenait; c'est ainsi qu'un morceau de feuille de bégonia reproduit le végétal entier. Mais à mesure que la division du travail physiologique s'accuse, (jue les tissus se différencient, ce pouvoir générateur, d'abord répandu dans l'organisme, se localise de plus en plus; dans le protoplasma, la même suljstaiice, c'esl-à-dire une fraction quelconque de la masse, digérait, assimilait, excrétait, se contractait, se régénérait, se multipliait; mais à mesure que la spécialisation se fait, la localisation des divers actes vitaux se produit de plus en plus, une partie de la substance vivante se constitue en rd)re musculaire et sert à la conlraclion; unn autre devient cellule glandulaire et séi-rrte, et ainsi de suite; et à mesure que ces éléments, d'abord indifférents el semblables, se spécialisent comme structure et comme fonctions, ils perdent de plus en plus de ces propriétés fondamentales qui leur étaient communes au début; le pouvoir générateur n'échappe pas à celle spécialisalion ; il se localise aussi dans des parties de plus en plus circonscrites, dans un oi gane plastique par excellence qui alors, dans les êtres supérieurs, a seul la faculté de créer les germes des êtres futurs. Mais cet organe plastique, celte substance formatrice se spécialise elle-

(1,1 W oltl' .-uivit pour l.i pn'Miicri' luis un ni-y,iiic (lc|uii^ sa preniiri-c «ipparilion jns(|u ;'i sou dêvclopponicut couipliM, et nionlra le picniior que la l'Mi'inaliini d'un organe conqiU'xc ciiinnii' rint''sliu pouvait se l'aïufiicr à I rvoluliun de siuq)ics i'rnilli'ls gi'i'minatitV.

inrnie do plus en plus; la sexualité apparaît; les deux éléments encore inconnus ■de celle puissance fornialrice, d'abord confondus dans le même organe, dans la même substance, s'isolent et se dtiveloppent à part, constituant ce que nous appelons élément mâle et élément femelle ; mais nous ignorons complèlemenl la nature <}e ces deux éléments, la composition intime de leur subslance et le mécanisme de leur action. Tout ce que nous savons, c'est que, lorsque la séparation et l'isolewent sont complets, conmie chez les animaux supérieurs, un acte nouveau intervient forcément dans la génération, la conjugaison de ces deux éléments, autrement dit la fécondation.

I.a génération comprend donc deux actes essentiels et jusqu'à un certain point opposés, une multiplication cellulaire, une conjugaison cellulaire. Le premier -îicte a son analogue dans les phénomènes ordinaires de l'accroissement cellulaire; le second parait au pi-emier abord sans analogue dans la vie de l'organisme et constituerait par conséquent le phénomène caractéristique de la génération ; cependant, en y rélléchissanl, il rentre aussi dans les actes ordinaires de la iiutrition, «t ne pourrait-on pas cotnparer, par exemple, la disparition du spermatozoïde dans l'ovule à la disparition d'un grain d'amidon dans une amibe, ou d'un globule san- -guin dans un ^^dobulc aniœboïde de la raie, et ne pourrait-on voir dans ce phénomène quelque chose d'analogue à un acte de digeslion ? L'élément mâle représenterait, dans ce cas, une sorte d'aliment à la quatrième puissance ou plutôt un élément chargé de préparer et de condenser sous un pelil volume la provision de matière plastique nécessaire au développement de l'ovule.

! iN m; TOMI-: (-remifr.

TABLE DES MATIÈRES

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