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Bilirubine

Préparation. — La bilirubine se retire liabituelieineut des calculs biliaires à l'aide du chloroforme. Si l'on veut n'en avoir que de petites quantités, on peut l'extraire de la bile fraîche un peu acidulée en l'agitant avec du chloroi'urnie ; le liquide inférieur se colore en jaune, tandis que le liquide supérieur devient pâle ; par l'évaporation du chloroforme, la bilirubine reste et on la purifie en la traitant par l'alcool, puis par le chloroforme en la précipitant de nouveau par l'alcool. La bilirubine se sépare quelquefois de la bile par l'évaporation spontanée et donne de petits cristaux incomplets qu'on peut retrouver dans les cellules hépatiques dans les cas d'ictère.

Caractères. — La bilirubine se présente tantôt sous la forme d'une poudre amorphe rouge-orange, tantôt sous celle de cristaux microscopiques rouge foncé (aiguilles ou tables romboédriques). — Elle est insoluble dans l'eau, à peine soluble dans les huiles grasses et la glycérine; très peu soluble dans l'alcool, l'éther, l'essence de térébenthine, l'acide acétique glacial, soluble dans le chloroforme (586 paiiies), la benzine, le sulfure de carbone, les alcalis, l'acide sulfurique; très soluble dans les solutions d'alcalis, de carbonates alcalins, d'ammoniaque, de biphosphate de soude, etc. Le chloroforme ne l'enlève pas de ses solutions alcalines, ce qui la distingue des autres pigments biliaires. Elle est insoluble dans la salive et les solutions albumineuses. — Ses solutions précipitent par les acides (flocons bruns). — Ses solutions précipitent par le sulfate d'ammoniaque, ainsi du reste que les autres pigments biliaires (Méhu). — Elle ne présente pas de bande d'absorption spectroscopique. — Elle a un pouvoir tinctorial considérable et, étendue au 40,000*', colore encore les tissus en jaune.

Propriétés chimiques. — La bilirubine a les caractères d'un acide faible. Elle se combine avec les alcalis et avec le calcium (calculs biliaires de bœuf). — Par ron oxydation (exposition à l'air, acide azotique, etc.), elle se transforme en bdiverdine (Voir : Réaction de Gmelin).

Ci6Hi8Az20^ 4- 0 = Ci6Hi8Az20'^ Bilirubine. Biliverdine.

Dans cette réaction il n'y a pas dégagement d'acide carbonique, comme le dit Thudichum.

En ajoutant de l'eau à la solution brune de bilirubine dans l'aeide sulfurique concentré, il se dépose des flocons vert foncé qui se dissolvent dans l'alcool avec une belle coloration violette. — L'acide chlorhydrique concentré la décompose en donnant une masse brunâtre. — Au soleil, sa solution chlorol'ormique verdit et il se précipite des flocons verts, regardés par Capranica comme de la biliverdine, mais qui, d'après Thudichum, seraient un composé chloré. — Sous l'influence de l'hydrogène à l'état naissant, la bilirubine (et la bdiverdine) se transforment en hydrohilirubine (Voir : Ilydrohilirubine, p. 200). — Le ôrowe produit avec la bilirubine une série d(! composés intéressants. Si ou ajoute peu à peu à une solution de bilirubine dans le chloroforme quelques «^outtes d'une solution chloroformique de brome, le liquide passe par une série de brillantes colorations, verte, bleue, rouge, jaune orange, comme dans la réaction de Gmelin. Mais les produits formés ne sont pas de simples produits d'oxydation, comme dans cette réaction; ce sont des produits de substitution du brome, dont le mieux étudié est la bilirubine tribromée, corps bleu foncé, insoluble dans l'eau (.Maly).

Réactions caractéristiques. — 1° Réaction de Gmelin. La réaction de Gniclin caractérise les matières colorantes biliaires. EHe consiste en une série d'oxydations que subisstMit ces matières colorantes sous l'influonce de l'acide azotique contenant des vapeurs nitreuses. Un verse dans un verre à pied 2 centimètres cubes d'acide azotique jaune et par dessus on laisse couler, avec précaution, le long des bords, la solution contenant la matière colorante biliaire. Au bout d'un certain temps on observe, à la limite des deux liquides, une série de colorations annulaires qui se succèdent, de haut, en bas. dans l'ordre suivant : vert, bleu, violet, rouge, jaune. Au lieu d'acide azotique, on peut employer le nitrate de soude et l'acide sulfurl(iue (Fleischi). Clhacun des anneaux correspond à un degré de plus en plus intense d ctxydation et aux produits suivants : vert : hiliverdine; itieu : bilicyaniue ; violet: corps inconnu, peut-être mélange des deux colorations voisines, bleue et rouge; >'ouf/e : ])ilipurpurine 1(1) ; jaune : cholétéline (Voir les paragraphes suivants). — 1^ Réactif d'Ehrlic/i. Ce réactif se compose de 1 grannne d'acide sulfanilique, 15 centimètres cubes d'acide chlorhydrique, et 10 centigrammes de nitrite de sodium, pour un litre. On ajoute à une solution ehlorol'ormiqne de ])ilirubine un volume égal ou double du réactif et on traite par l'alcool qui clarifie la solution en lui donnant une coloration rouge, l'addition de quelques gouttes d'acide concentré (acide acétique glacial) produit une coioi-ation violette (jui passe au bleu intense. Cette réaction n'a pas lieu aj'ec les autres matières colorantes biliaires. — 3" /{. avec le brome (Voir plus haut). L'acide iodique et Xacide chloriqiie produisent les mêmes réactions colorantes ({ue le brome (Capranica).

Constitution et formule. — Tous les auteurs ue s'accordent pas sur la fornmle de la bilirubine. Cependant la fornmle C'^H'^Az^O^ est la plus probable (Stœdeler), ou cette fornnde doublée, C^-H3*Az''0<' (Maly). Sa constitution est encore inconime. Par leur formule brute, les matières colorantes biliaires pourraient être rapprochées des corps du groupe de l'indigo (voir plus loin : groupe de l'indigo). On pourrait aussi supposer qu'elle rentre dans la classe des composés aromatiques; mais rien ne permet d'affirmer ces hypothèses.

Existence dans l'organisme. — La bilirubine existe dans la bile (homme, porc, chien), à laquelle elle donne sa couleur jaune ou jauneorangé. On l'a trouvée aussi dans le sérum du sang de cheval (Hammarsten) et à l'état pathologique dans les urines ictériques et les cartilages, dans les tissus des nouveau-nés morts peu après la naissance, et surtout dans les calculs biliaires. A l'état cristallin, elle existe dans les foyers apoplectiques et constitue une partie des cristaux d'hématoïdine.

Formation. — La bilirubine provient de la matière colorante du sang. Tous les faits chimiques et physiologiques parlent en faveur de cette opinion. Comme l'a montré Yirchow, on rencontre dans les anciens extravasats sanguins (foyers apoplectiques du cerveau par exemple) des cristaux, cristaux d'hématoïdine (voir p. 202) dont la provenance de la matière colorante du sang ne peut être douteuse. Le même résultat se produit à la suite des injections de sang pur ou défibriné dans le tissu cellulaire sous-cutané (Quincke). Les recherches de Jaffé, Hoppe-Seyler, Salkowski ont démontré que les réactions de l'hématoïdine sont identiques à celles de la bilirubine. Du reste, Frerichs, Kûhne, Hermann, etc., ont prouvé que toutes les causes qui produisentla destruction des globules sanguins (injection d'acides biliaires, d'ammoniaque, de grandes quantités d'eau dans le sang) déterminent l'apparition delà matière colorante biliaire dans l'urine. Dans cette hypothèse, la formation de la bilirubine doit être conçue de la façon suivante : l'hmoglobine se transforme d'abord en hématine et celle-ci, en perdant du fer et prenant de l'eau, se transformerait à son tour en bilii^ubine d'après l'équation :

C32H32Az'*0>Fe + 2H20 — Fe = C32H36Azi06 Hématine. Bilirubine.

PRINCIPES CONSTITUANTS DE L'ORGANISME. ' Cette transformation s'opérerait sous l'influence du tissu connectif (Quincke). On verra plus loin en outre que l'urobiiine, ce dérivé de la bilirubine, a des relations intimes avec la matière colorante du sang (voir : Urobiline). Cependant il faut dire que jusqu'ici on n'a pu obtenir artificiellement cette transformation d'hémoglobine en bilirubine en dehors de l'organisme.

Quant au lieu de cette transformation dans l'organisme, deux opinions sont en présence : les uns admettent qu'elle a lieu dans le foie, les autres dans le sang.

hd. formation dans le foie paraît plus probable. En effet, on trouve cette matière colorante dans l'intérieur des cellules hépatiques, et on trouve dans le foie lui-même et dans ces cellules hépatiques les conditions nécessaires à la destruction de l'hémoglobine, c'est-à-dire la présence des acides biliaires qui se forment dans le foie. Une seule difficulté existe, celle de savoir ce que devient le fer mis en liberté dans la transformation de l'hémoglobine en bilirubine. On ne trouve, en effet, ni dans la bile, qui renferme cependant un peu de phospbate de fer, ni dans le sang des veines sus-hépatiques, l'équivalent du fer disparu. Ce fer est-il employé à la formation nouvelle de globules sanguins, formation qui, comme on le verra, est très probablement une des fonctions du foie? D'après H. Stern, la bilirubine se formerait exclusivement dans le foie. Si on lie chez des pigeons les vaisseaux du foie de manière à pratiquer la séparation physiologique de l'organe, il n'y a pas d'accumulation de matière colorante biliaire dans le corps; ce qui devrait arriver si le foie était un simple organe d'élimination de cette matière colorante. Si au contraire, on lie le canal cholédoque, la bilirubine apparaît au bout d'une heure et demie dans l'urine et après cinq heures dans le sang.

L'origine hématogène de la bilirubine est plus controversée, et les expériences pour décider cette question sont très contradictoires. D'après quelques auteurs, l'hémoglobine, une fois passée des globules dans le sérum sanguin, se transformerait immédiatement en bilirubine; cependant Naunyn, en injectant dans le sang une solution d'hémoglobine, n'a pas retrouvé la bilirubine dans l'urine et n'a pu y constater que la présence de la matière colorante du sang. Il est vrai que Tarchanoff, dans des expériences récentes, est arrivé à des résultats opposés. Il faut mentionner cependant que l'existence de la biliverdine dans le placenta du chien, sa présence bien constatée dans certains kystes, semble indiquer que cette matière peut se former aussi, au moins dans certains cas, indépendamment du foie, dans le sang et dans les tissus.

L'opinion de Frerichs, qui faisait provenir la bilirubine d'une transformation des acides biliaires, est peu acceptable. 11 ne semble y avoir, comme le prouvent les analyses de bile incolore de Ritter, dans lesquelles les acides biliaires ont toujours été constatés, aucune relation de cause à effet entre les deux espèces de principes; en tout cas, les acides biliaires peuvent exister dans la bile sans qu'on y rencontre de matière colorante. Cependant récemment Michailow a cherché à démontrer que la matière colorante biliaire peut provenir de l'acide glycocholique. lin traitant cet acide par l'acide

acétique et l'acide sulfurique concentré, on obtient une solution jaune à fluorescence verte qui, saturée par le sulfate d'ammoniaque, donne des flocons orangés qui passent au vert et au violet. Ces flocons seraient identiques à la matière colorante biliaire.

Élimination et produits de décomposition. — La bilirubine, une fois formée, passe avec la bile dans l'intestin. Cependant une partie de cette bilirubine se transforme déjà dans le foie en biliverdine. Une fois dans l'intestin, la bilirubine et la biliverdine sont décomposées et donnent naissance à un certain nombre de dérivés qui seront étudiés plus loin, et en particulier à l'hydrobilirubine qui va constituer, après avoir été résorbée dans l'intestin, une des matières colorantes de l'urine (voir : Urobiline).

L'injection d'une solution de bilirubine dans les veines (cbien) augmente l'élimination de bilirubine par la bile (Tarchanofl).

Rôle physiologique. — D'après ce qui vient d'être dit, la bilirubine n'est très probablement qu'un produit de désassimilation des globules sanguins rouges, et n'a pas d'autre signification physiologique. On s'est demandé cependant si elle n'avait pas un rôle inverse, et si elle ne servait pas à la formation de l'hématine et à la constitution de la matière colorante du sang.

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